1792, chute de la Royauté ([Reprod. en fac-sim.])

De
Publié par

Edhis (Paris). 1792. République -- Ouvrages avant 1800. France -- 1789-1792 -- Sources. Pagination multiple ; 23 cm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : dimanche 1 janvier 1792
Lecture(s) : 22
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 341
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

VI-
TABLE GÉNÉRALE DE LA COLLECTION:
AUX ORIGINES DE LA RÉPUBLIQUE
1789 1792
1 -GUIRAUDET. Qu'est-ce que la Nation et qu'est-ce que la
France? 1789.
II -ROBERT, François. Le Républicanisme adapté à la France. 1790.
III -LE RÉPUBLICAIN, ou le Défenseur du gouvernement représen-
tatif. Par Condorcet et Thomas Payne. Paris, 1791.
IV -JOURNAL DU CLUB DES CORDELIERS. Paris. Imprimerie
de Momoro, 1791.
V -1791, NAISSANCE DU PARTI RÉPUBLICAIN.
VI -1792, CHUTE DE LA ROYAUTÉ.
AUX ORIGINES DE LA RÉPUBLIQUE
1789 -1792
–VI–
1792,
CHUTE
DE LA ROYAUTÉ
EDHIS
PARIS
TABLE DE CE VOLUME
1 ROLAND, Jean-Marie. Lettre écrite au Roi par le ministre de l'Inté-
rieur. Le 10 juin 1792. Paris, Impr. du Cercle Social 15 pp.
2 Pétition et adresse présentées à l'Assemblée nationale et au Roi, le 20
juin 1792. par les citoyens des faubourgs Saint-Antoine et Saint-
Marceau, des différentes sections de la Capitale et Municipalités des
environs Paris, Impr. de la Liberté 4 pp. (Signé HUGUENIN, rédac-
teur).
3 Discours prononcé par Jean-Antoine ROSTAIN dans une assemblée des
citoyens de la ville de Bourg, chef-lieu du département de l'Ain, suivi des
pouvoirs donnés par les citoyens à l'Assemblée nationale, pour la réor-
ganisation du pouvoir exécutif. A Bourg, le 24 juin 1792 13 pp.
4 Les Citoyens de St-Girons à l'Assemblée Nationale. « Législateurs, si
l'homme a des tyrans, il doit les détrôner. » St-Girons, 29 juin 1792, J.
Carol, Impr. 4 pp.
5 Opinion de M. VERGNIAUD, député du département de la Gironde,
sur la situation actuelle de la France, prononcée le 3 juillet 1792. -Paris,
Impr. Nationale 24 pp.
6 Adresse du Conseil général de la commune de Marseille à l'Assemblée
Nationale. 2 pp. (Lue à l'Assemblée, par un secrétaire, le 12 juillet 1792
Extrait du Moniteur).
7 Pétition faite par un grand nombre de citoyens de Bordeaux à l'Assem-
blée Nationale, pour lui demander la suspension du pouvoir exécutif.
Bordeaux, Impr. du Club national (mi-juillet 1792). 4 pp.
8 BILLAUD-VARENNE. Discours sur les moyens à prendre pour sauver
la patrie, prononcé le 15 juillet 1792 [aux Jacobins]. Paris, Impr. du
Patriote Français. 8 pp.
9 Pétition individuelle des citoyens de la Section des Quatre-Nations à
l'Assemblée Nationale, lue à la séance du soir du 16 juillet 1792. Impri-
mée par ordre de l'Assemblée Nationale. Paris, Impr. Nationale 4 pp.
10 [ROBESPIERRE, Maximilien.] Pétition des Fédérés à l'Assemblée
Nationale S. 1. n. d. 8 pp. Lue par l'orateur de la députation, le fédéré
Louis CAILLE, à la séance du 17 juillet 1792.
11 Opinion de J.-P. BRISSOT, député du département de Paris, sur la mar-
che à suivre en examinant la question de la déchéance et les autres mesu-
res. Prononcée le 26 juillet 1792 Imprimée par ordre de l'Assemblée
Nationale Paris, Impr. Nationale. 11 pp.
12 Pétition des citoyens réunis à la foire de Beaucaire, de toutes les parties
de l'Empire français, à l'Assemblée Nationale Beaucaire, le 29 juillet
1792. 8 pp.
13 Extrait des Registres de la Section Mauconseil, à tous les citoyens du
Département de Paris, 31 juillet 1792. 4 pp.
14 Adresse des Fédérés de Marseille à l'Assemblée Nationale, présentée le 2
août 1792 Imprimé par ordre de l'Assemblée Nationale, et envoyée aux
83 départements. Paris, Impr. Nationale. 4 pp.
15 BAYLE, Moyse. De l'inutilité et du danger d'un roi dans un gouverne-
ment libre et représentatif, le 2 août 1792. Marseille, Impr. de Roche-
brun et Mazet, 1792. 30 pp.
16 Les Vœux du véritable souverain exprimés à l'Assemblée Nationale par
M. PETHION, au nom de la Commune de Paris, sur la déchéance du
Roi. Impr. Patriotique, (3 août 1792). 8 pp.
17 Adresse de la Section des Gravilliers à l'Assemblée Nationale. Présentée
le samedi 4 août 1792. Paris, Impr. du Patriote Français. 8 pp.
(Signé: Léonard BOURDON, Président).
18 Acte du Corps Législatif. Du 10 août 1792 De l'Impr. Nationale. 1 p.
Signé: GENSONNÉ, Président de l'Assemblée Nationale, et
LECOINTE-PUYRAVEAU, secrétaire. Suspension du Roi, cessation
de la liste civile.
19 [CONDORCET]. Exposition des motifs d'après lesquels l'Assemblée
Nationale a proclamé la convocation d'une Convention nationale et
prononcé la suspension du pouvoir exécutif dans les mains du Roi.
Imprimé par ordre de l'Assemblée Nationale Paris, Impr. de Mellard,
(13 août 1792). 9 pp.
20 CONDORCET. Réflexions sur la révolution de 1688, et sur celle du 10
août 1792. S. 1. n. d. 20 pp. (Août 1792).
21 DANTON. Aux Tribunaux Paris, ce 23 août 1792, l'an 4 de la Liberté
et de l'Egalité le 1". Paris, de l'Impr. de Gorsas. 8 pp.
22 GRÉGOIRE, L'Abbé. Discours prononcé dans l'église cathédrale de
Blois, en présence des Corps Administratifs, Tribunaux, Garde Natio-
nale et Troupe de ligne, au service célébré pour les Citoyens morts à
Paris le 10 août 1792 Blois, Impr. de J.-F. Billault 17 pp.
23 PSAUME, Etienne. Réponse aux objections des monarchistes contre la
possibilité d'une République en France. Paris JJ. Rainville, 1792 37
pp.
24 Point de roi, ou point de liberté. Adresse aux Français Paris, l'an pre-
mier de l'Egalité. Impr. de Cordier 31 pp.
L'ouvrage se termine par un « Cahier des députés du département de
Seine et Oise», daté du 8 septembre 1792.
25 DUMOUCHET, Philippe. Opinion sur la Royauté, sur Louis XVI, sur
l'établissement d'une République Française. Paris, Impr. Vve Heris-
sant, (10 septembre 1792) 15 pp.
26 ROLAND, Jean-Marie. Le Ministre de l'Intérieur aux Corps Adminis-
tratifs, le 21 septembre 1792. Douai, Impr. de Marlier 4 pp.
27 Extrait du procès-verbal de la Convention nationale, séance du 21 sep-
tembre 1792, l'an 4e de la Liberté, et le le, de l'Egalité, onze heures du
matin; imprimé et envoyé aux départements et aux armées, par ordre de
la Convention nationale. Signé: Pétion, Président; Condorcet, Brissot,
Rabaud Saint-Etienne, Lasource, Vergniaud, Camus. Paris, Impr. de
Marlier 8 pp.
«La Convention nationale décrète que la royauté est abolie en France ».
1
LETTRE
ÉCRITE AU ROI,
PAR LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR.
Le 10 juin ifgz»
L'AN quatrième DE LA LIBERTÉ.
A PARIS.
De- l'Imprimerie du Cercle Social rue du
Théâtre François n9 4.
l79*
As
LETTRE
ECRITE au Roi par le Ministre
de l'intérieur*
S I RE,
L'état actuel de la France né peut sub-
sister long-tems c'est un état de crise dont
la violence atteint le plus haut degré il faut
qu'il se termine par un éclat qui doit inté-
resser Votre Majesté, autant qu'il inporte à
tout l'empire.
Honoré de votre confiance et placé dans
un poste où je vous dois la vérité j'oserai
vous la dire toute entière; c'est une obligation
qui m'est imposée par vous-même
Les François se. sont donnés une constitu-
tion elle a fait des mécontens et des rebelles
(4)
la majorité de la nation la veut maintenir
elle. a juré de la défendre au prix de son
sang et elle a vu avec joie la guerre qui lui
offroit un grand moyen de l'assurer. Cepen-
dant, la minorité soutenue par des espé-
rances, a réuni tous ses efforts pour emporter
l'avantage. De-là cette lutte intestine contre
les loix cette anarchie, dont gémissent l.es
bons citoyens et dont les malvcillans ont
bien soin de se prévaloir pour calomnier le
nouveau régime. De-là cette division par-
tout répandue et par-tout excitée car nulle-
part il n'existe d'indifférent on veut, ou le
triomphe ou le changement de la constitu-
tion, on agit pour la soutenir ou pour l'al-
térer. Je m'abstiendrai d'examiner ce qu'elle
est en elle-même, pour considérer seulement
ce que les circonstances exigent et me ren-
dant étranger à la chose, autant qu'il est pos-<
siblc je chercherai ce quc l'on peut attendre
et. ce qu'il convient de favoriser.
Votre Majesté jouissoit de graadcjs préro-
gatives qu'elle croyoit appartenir à la royauté.
Elevée dans l'idée de les conserver elle n'a pu
se. les voir enlever avec plaisir le desir de se
( i )
A3
les faire rendre étoit aussi naturel que le
regret de les voir anéantir. Ces sentimens qui
tiennent à la nature du coeur humain ont dû.
entrer dans le calcul des ennemis de la zévolu-
tion, Il ont donc compté sur une faveur se-
crette, jusqu'à ce que les circonstances per-
missent une protection déclarée. Ces disposi-
tions ne pouvoient échapper à la nation elle-
et elles ont dû la tcnir en. défiance:.
Voire Majesté a donc été constamment dans
l'alternative de céder à ces premières habitu-
des à ses affections particulières ou de faire
des sacrifices dictés par la philosophie exigés
par la nécessité par conséquent r d'enhardir
les rebelles en inquiétant la nation ou d'ap-
paiser celle-ci en vous unissent avec elle.
Tout a son terme et celui de l'incertitude est
enfin arrivé.
Votre Majesté peut-elle aujourd'hui s'al-
lier ouvertement avec ceux qui prétendent ré.
former la constitution ou doit-ci le généreu-
aement. se dévouer sans réserve, à la. faire
triompher ? Telle est la véritable question
dont l'état actuel des choses rend la solution
inévitable..
(6)
Quand celle très méthaphysique de
savoir si les François sont mfirs pour la liberté,
4a discussion ne fait rien ici car il ne s'agit
point de juger ce que nous serons devenus dans
un siècle mais de voir ce dont est capable 1«
génération présente.
Au milieu des agitations dans lesquelles
nous vivons depuis quatre ans, qu'est-il arrivé ?
des privilèges onéreux pour le peuple ont été
abolis; les idées de justice et d'égalité univer-
sellement répandues elles ont pénétré par-
tout l'opinion des droits du peuple a justifié
ce sentiment de ces droits la reconnoissance
de ceux-ci faite solemneIlement est devenu
une doctrine sacrée la haine de la noblesse
inspirée depuis long-tcms par la féodalité s'est
invétérée, exaspérée par l'opposition manifeste
de la plupart des nobles à la constitution qui
la détruit.
Durant la première année de la révolution.
le peuple voyois dans ces nobles des hommes
odieux par les privilèges oppresseurs dont ils
avoient joui mais qu'il auroit cessé de haïr
après la destruction de ces privilèges si la
(7)
conduite de la noblesse, depuis cette époque
n avoit fortifié toutes les raisons possibles de
la redouter et de la combattre comme une
irréconciliable ennemie.
L'attachement pour la constitution s'est
accru dans la même proportion non-seule-
ment le peuple lui devoit des bienfaits sensi-
bles. mais il a jugé qu'elle lui en préparoitde
plus grand puisque ceux qui étaient habitues
à lui faire porter toutes les charges cher-
choient si puissamment à la détruire ou à la
modifier.
La déclaration des droits est devenue un évan-
gile politique et là constitution française
une religion pour laquelle le peuple est prêt à
périr. Aussi le zèle a-t-il été déjà quelquefois
jusqu à suppléer la loi et lorsque celle ci
n'étoit pas assez réprimande pour contenir les
petturbateurs les citoyens se sont permis de les
punir eux-mêmes. C'est ainsi que des proprié*
tés d'émigrés ou de personnes reconnues pour
être dt leur parti ont été exposées aux rava-
ges qu'inspiraient la vengeance c'est pourquoi
tant de département ont été forcés de sévir con,
<̃«)
tre les prêtres que l'opinion avoit proscrit et
dont elle auroit fait des victimes.
Dans ce choc des intérêts, tous les sentimens
ont pris l'accent de la passion. La patrie n'est
point un mot que l'imagination se soit complue
d'embellir c'est un être auquel on a fait des
sacrifices à qui l'on s'attache chaque jour
davantage par les sollicitudes qu'il cause;
qu'on a créé par de grands effoxts qui s'é-
léve AU milieu des inquiétudes, et qu'on aime
parce qu'il coûte autant que parce qtl'on en
espère. Toutes les atteintes qu'on lui porte sont
des moyens d'enflammer l'enthousiasme pour
elle.
A quel point cet enthousiasme va-t-il monter
à l'instant où les forces ennemies réunies au
dehors se concertent avec les intrigues in-
térieures pour porter lés coups les plus fu-
nestes ?
La fermentation est extrême dans toutes les
parties de l'empire elle éclatera d'une manière
terrible à moins qu'une confiance raisonnée
dans les intentions de votre Majesté ne puisse
(9)
enfin la calmer.. Mais cette confiance ne
s'établira pas sur des protestations elle ne
sauroit plus avoir pour base que des faits.
Il est évident pour la nation françoise. que
6a constitution peut marcher, que le gouver-
nement aura toute la force dui lui est néces-
saire du moment où V. M. voulant absolu-
ment le triomphe de cette constitution sou-
tiendra le corps législatif de toute la puissance
de l'exécution ôtera tout prétexte aux inquie-
tudes du peuple, et tout espoir aux mécontens.
Par exemple deux décrets importans ont
été rendus tous deux intéressent essentielle-
ment la tranquillité publique et le salut de
l'état. Le retard de leur sanction inspire des
dcfiances s'il est prolongé il causera des mé-
contens et je dois le dire dans l'effervescence
actuelle des esprits les mecontentemens peu-
vent mener tout.
Il n'est plus tems de reculer, il n"y a même
plus moyen de temporiser. La révolution est
faite dans les esprits elle s'achèvera au prix
du sang et sera cimentée par lui, si la sagesse
( io)
ne prévient pas des malheurs qu'il est encore
possible d'éviter.
Je .sais qu'on peut imaginer tout opérer et
tout contenir par des mesures extrêmes; mais,
quand on auroit déployé la force pour con-
traindre l'assemblée quand on auroit répandu
l'effroi dans Pari, la division et la stupeur
dans ses environs, toute là France se leveroit
avec indignation et se déchirant elle-même
dans les horreurs d'une gûerre civile deve-
lopperoit cette, sombre énergicmère des vertus
et des crimes, toujours funeste a ceux qui l'ont
provoquée*
Le salut de l'état et le bonheur de V. M.
sont intimement lies aucune puissance M'est
capable de les séparer des cruelles angoisses
et des malheurs certains environneront votre
trône s'il n'est appuyé par vous-mêmes
sur les bases de la constitution et affermi
dans la paix que son maintien doit enfin nous
procurer.
Ainsi la disposition des esprits le cours
des choses, les raisons de la, politique, l'in-
térêt de V. M. rendent indispensable l'obliga-
( il )
tion de s'unir au corps législatif et de répondre
au voeu de la nation; ils font une nécessité.
de ce que. les principes présentent comme
devoit mais la sensibilité naturelle à ce peu-
ple affectueux est prête à y trouver un. motif
de reconnoisaance. On vous a cruellement
trompé, Sire quand on vous a, inspiré des
éloignemens ou de la méfiance de ce peuple
facile à coucher «j'ist en vous inquiétant.
perpétuellement qu'on vous a porte à une in-
conduite propre à l'allajmer lui-même. Qu'il
voye que vous êtes résolu à faire marcher cette
constitution à laquelle il a attaché sa félicité
et bientôt vous deviendrez le sujet de ses ac-
tions de grace.
La conduite des prêtres en beaucoup d'en-
dr.oits; les prétextes que fournissait le fanatisme
aux mécontens «mt fait porter une loi sage
contre les perturbateurs que votre Majesté lui
donnc sa sanction la tranquillité publique la
réclame et le salut des prêtres la sollicite. Si
cette loi n'ett *niic en vigueur, les dépar-
tement seront forcés de lui substituer comme
ilsfont de toute parts des mesures violâtes,
et le peuple irrité y suppléra par des excès.
( ).
Les tentatives de nos ennemis les agitations
qui se sont manifestées dans la capitale l'cx-.
treme inquiétude du avoit excitée la conduite
de votre garde et qu'entretiennent encore les
témoignages de satisfaction qu'on lui a fait
donner paT Votre Majesté par une proclama-
tion vraiemefit impolitique dans la circons-
tance la situation de Paris ta proximité des s
Frontières, ont fait sentir le besoin d'un camp
dans son voisinage. Cette mesure ddnt la sagesse
et l'urgence ont frappé tous les bons esprits,,
n'attend encore que la sanction de Votre Ma-
jesté. Pourquoi faut-il que des retards lui don-
nent l'air du regret lorsque la célérité lui gagne-
toit tous les coeurs Déjà, les tentatives de
l'.Etat-Major de la garde Nationale Parisienne
contre cette mesure ont fait soupçonner qu'il
agissoit par une inspiration supérieure déjà
les déclamations de quelques démagogistes
outrés reveillent les soupçons de leurs rapports
avec les Intéresses au renversement de la cons-
titution déjd. l'opinion coniplomet les. in,.
tentions de Votre Majesté encore quelque
délai et le peuple centriste verra dans son
Roi l'ami et le complice des conspirateurs.
juste ciel Autiez-vous frappé d'aveugle-
( xsy
ment les Puissances de la terre et n'auront-eues
jamais que des conseils qui les entraînent à
leur ruine
Je sais que le langage austère de la vérité est
rarement accueilli près du trône; je sais aussi,
que c'est parce qu'il ne s'y fait presque jamais
entendre que les révolutions deviennent néces-
saires je sais sur-tôut, cjue je dois le tenir à
Votre Majesté non-seulement comme citoyen
soumis aux loix, mais comme ministre honoré
desaconiïanceourcvêtu de fonctions qui la sup-
posent et je ne connois rien qui puisse m'em-
pêcher de remplir un devoir dont j'ai la cons-
ciencc.
C'est dans le même esprit que je réitérerai mea
rcprcsentations à Votre Majesté, sur l'obliga-
tion et l'utilité d'exécuter la loi qui prescrit
d'avoir un secrétaire au Conseil. La seule exis-
tence de la loi parle si puissamment, que
l'exécution sembleroit devoir suivre sans retar-
dement mais il importe d'employer tous les
moyens de conserver aux délibérations la gra-
'vité, la sagesse et la maturité nécessaires et
pour des ministres responsables il faut un
( M.)
moyen de constater leurs opinions si celui-Il
eût existé je ne mr'adrcsscrois pas par écrit en
ce moment à Votre Majesté.
La vie n'est rien pour l'homme qui estime ses
devoirs au dessus dt tout mais auprès le boit.-
heur de les avoir remplis le bien auquel tt soit
encore sensible est celui de prouver qu'il Fa
fait avec fidélité et cda même est une obli-
gation pour l'homme public.
Le to juin 1792 l'an 4e. de la liberté.
Signé ROLAND..
Nota. Le courageux ministre dui avoit écrit
ceue lettre le 10 ,a reçu le i3 l'ordre de rendre
le porte-fçuiue. L'assemblée Nationale en dé-
crétarit qu'il emportoit ses regrets a décrète
aussi l'impression de sa lettre et son envoi aux
83 Départemens.
C'est, à la fois mériter et obtenir la cou-
ronne civique.
Lettre écrite par J. M. Roland au
président de l'Assemblée nationale.
M. Le Président,
J-»'espoib R de concourir au bien de l'état
avoit pu seul déterminer des Citoyens Patriotes
à accepter le fardeau du miiiistèredans ces tems
orageux. Cet espoir étoit fondé sur la confor-
mité des principes qui paroissoit animer égale-
ment tous les membres du conseil.
Dévoué sans réserve au salut public je me
suis efforcé de remplir l'honorable tâche qui
ro'étoit imposée. Je reçois en ce moment l'ordre
du toi, de remettre le porte-feuille de l'intérieur
à M.Mourgue.Je me retire avec ma conscience,
et tranquillement appuyé sur elle. Mais je dois
à l'assemblée, à l'opinion publique, communica-
tion d'une lettre que j'ai eu l'honneur d'adresser
au roi lundi dernier. La vérité dont je m'ho-
nore d'imprimer le caractère sur toutes mes
actions me Tavoit dictée; c'est-elle aussi qui
m'ordonne de vous en faire part.
Je suis a vec respect,
Signé. ROLAND.
Le 13 juin 1799 l'an 4e. de la liberté.
2
PÉTITION
ET
ADRESSE
Préiêntccs a i'Aflemblée Nationale & au roî
Le mercredi, vingt juin, l'an quatre de la liberté
Par les citoyens
DES FAUIOVACi fAIN'T ANTOINE ET SAINT MAR.CÏAV
DeI différentes Sections de la Capitale
Et Municipalités des Environs.
LÉGISLATEURS,
| rfa peuplefrancau vient aujourd'hui rwm présenter ses craintes
et ses inquiétudes; c'est dans votre sein qu'il dépose ses allumes
et qu'il espère enfin trouver le remède à ses maux.
ce jour lui rappelle l'époque à jamais mémorable du 10 juin an
jeu de paume où les représentant du peuple se sont réunit et ont
juré, a la face du ciel de tte point abandonner notre cause, de
mourir pouf la défendre. Rappclei-vous WW. ce serment sacré
et souffre* que Ce même peuple affligé a son tour vous demande
si vous l'abandonnez
Au nom de la Nation, quia a les yeux fi y^s sur cette ville, nousvenons
pour assurer que le peuple est debout, est a la hauteur des circons-
tances et prêt se servir de grands moyens pour venger la majes-
té du peuple oatrapé ? re% moyens de rigueur sont justifiés par l'ar-
ticle IX. de la déclaration des droits de l'homme, Hi si (tance à l'op
pression» Quel malheur cependant pour des hommes libres, qui
vous ont transmit tous leurs pouvoirs de se voir réduits a la cruelle
nécessité de tremper leurs mains dans Je sang des Conspirateurs
il n'est plus tems de se le dissimuler la trame est découverte, le sang
coulera, ou l'arbre de la liberté* que nous allons planrer fteurira, en
paix 1
législateurs que ce langage ne vous étonna pas nous ne som-
mes d'aucun parti nous n'en voulons adopter d'autre que celui
qui sera d'accord avec la constitution. Les ennemis de la patrie
s'imagineraient-ils que les hommes du 14 juillet sont endormis?
s'ils leur avaient paru l'être leur réveil est terrible ils n'ont rien
perdu de leur énergie. L'immortelle déclaration des droits do
l'homme est profondément gravée dans leurs coeurs. Ce bien pré-
cieux cc bien de toutes les nations sera défendu par eux et rien
ne sera capable de le leur ravir
il est tems MM. de mettre à exécution cet article II. des droits
de l'homme. imitez les cicéron les Démosthene ct dévoilez en
plein sénat les perfides machinations des Catilina. vous avez des
hommes animés du feu sacré du patriotisme qu'ils parlent et nous
agirons c'est en vous MM, que réside aujourd'hui le salut de l'em-
Îure nous avons toujours cru que notre union faisant notre force,
l'union,le concert général devaient régner plus essentiellement chez
voui. Nous avons toujours cru que lorsqu'on discutoit les intérêts
de l'état, on ne devait envisager que lui et que le législateur devoit
avoir un cœur inaccessible à tout intérêt particulier. L'imagede la
patrie étant la seule divinité qu'il lui soit permis d'adorer cette
divinité si chère à tous les Français trouveroit elle jusque
dans son temple deç refractaires à son culte ? en existerait-
il ? qu'ils se nomment les amis du pouvoir arbitraire, qu'ils le fas-
sent connaître le peuple le véritable souverain est là pour les
juger. Leurs places n'ejr point ici qu'ils aillent à CoblenU rejoin-
dre les émigrés près d'eux leurs coeurs s'épanouiront, là ils dis-
tilieront leurs venins ils machineront sans crainte ils conspire-
ront contre leur patrie qui ne tremblera jamais.
c'est ainsi que parlait cicéron dans le sénat de Rome lorsqu'il
pressait le traître catilina, d'aller joindre le camp des traîtres à la
patrie. Faites donc exécuter la Constitution la volonté du peuple
qui vous soutient qui périra pour vous défendre réunissez-vous,
«giisex il en est tems. oui il est temps, législateurs que le peu-
pie français se montre digne du caractère qu'il a pris il a
abattu les préjugés il entend rester libre et il te sera en dépit des
tirant conjurés contre lui. Ces tirans, vous les connoissez, ne mollis.
sei point d'avantage trembleriet-vous tandis qu'un simple par-
lement foudroyoit la volonté des despotes.
m
te pouvoir executif n'est point d'accord avec vous nous n'en
voulons d'autres preuves que le renvoi des ministres patriotes. C'est
donc ainsi que le bonheur d'un peuple libre, dépendra de la volon-
té d'un caprice d'un Roi mais ce roi doit il avoir d'autre volonté
que celle de la loi. Le peuple le veut ainsi et sa tète vaut bien
celle des despotes couronnés. Cette tête est l'arbre généalogique de
la Nation, er devant ce chêne robuste le faible roseau doit plier.
Nous nous plaignons MM. de l'inaction de nos armées, nous
demandons que vous en penétriez la cause si elle dérive du pou-
voir exécutif, qu'il soit anéanti. Le sang des patriotes ne doit point
couler pour satisfaire l'orgueil et l'ambition des Tuillerics. Qui peut'
donc nous arrêter dans notre marche ? verrons-nous nos armées pé-
rir partiellement ? la cause étant commune, l'action doit être gi-
nérale, tt si les premiers défenseur» de la liberté eussent ainsi tem-
porisé siégeriez-vous aujourd'hui dans cet auguste aréopage?
Réfléchissez-y bien m m. rien ne peut vous arrêter la liberté ne
peut être suspendue si le pouvoir exécutif n'agit point, il ne peut
y avoir d'alternative c'est lui qui doit l'être un seul homme ne
doit point influencer la volonté de 2j millions d'hommes. si nous
Je maintenons dans son poste, c'est à condition qu'il le remplira
constitutionnellement s'il s'en écarte, il n'est plus rien pour le peu-
ple français.
Nous nous plaignons enfin de ta haute cour nationale vous lui
avez remis le glaive de la loi qu'attend-elle pour l'appésantir sur
la tête des coupables ? La liste civile 2urait-elle encore ici quel-
ques influences ? aurait-elle des criminels privilégiés des crimi-
nels qu'elle puisse impunément soustraire à la vengeance de lit
loi Forcerai -on le peuple à se reporter à l'époque du Il juillet,
& reprendre lui-même ce glaive, et venger d'un seul coup la loiou-
tragie? a punirles coupables et les dépositaires pusillanimes decette
même toi Non MM. vous voyez nos craintes, nos allarmes, et vous
les dissiperez 1
Nous avons déposé dans votre sein une grande douleur nous
avons ouvert nos coeurs ulcérés depuis long-temps nous espérons
que le dernier cri que nous vous adressons se fera sentir au
vôtre. Le peuple est là il attend dans le silence une réponse digne
de sa souveraineté législateurs, nous demandons la permanencede
nos armes jusqu'à ce que la constitution soit exécutée.
ADRESSE A U ROI.
ROI DES FRANÇAIS
vous vous êtes déclaré le premier citoyen de l'empire Te défen*
,eu¡ de notreconstjtuiion les tetns sont arrivés où vous devez soo-
(4
temr ennn ce titre auguste nous allons vous parier le langage de
la vérité, le seul que des hommes libres doivent tenir: le peuple
gémit; il est fatigué de voir les entraves que vous apporte! cha-
que jour à sa constitution; il en penétre les motifs. Assiégé par de
vils courtisans que notre liberté désespère ils trahissent par leurs
pernicieux conseils, et sousl' espoir d'en venir kleurbut, et les intérêts
de la Nation et ceux de son représentant. La maison d'Autriche est
notre ennemie,cette puissance rivalede la notre, voudroit nous sou-
mettre à son joug voudrait vous rendre, si elle le pouvoir Roi tri-
butaire sa haine pour la Fiance est celle qui existoit entre carthage
etRome.AU mitieude toutes ces agitations,qucl parti devez-vous pren-
dre, seconderez-vous les desseins de la maison d'Autriche, et le sang
de vingt-cinq millionsd'ames, nesera-t-il rien a vos yeux i il coulera
néanmoins ce sang pour la défense de notre libertE; vos frères sont
parmi nos ennemis et leur résistance à obéir aux décrets de la Na-
tion, ne doit plus vous les faire regarder que comme des rebelles 3
la loi qui ne méritent plus le nom de Français vous devez vous
déclarer si vous êtes de leur parti il faut les rejoindre la Nation
ne peut pas resterdans cet état de crise et d'incertirude elleveut sa-
voir si elle a en vous un roi ou un cyran mais il faut que vous te-
niez le langage de la vérité il est tems que vous vous déclariez. nous
voyons avec douleur que la conduite de votre épouse est aussi suspecte
à la Nation que celle de Médicis l'histoire à dû vous apprendre que
les rois qui se laissoient gouverner par des femmes, étoient des rois
malheureux et le fléau des peuples.
Titus, celui que vous vouliez imiter & votre avènement au trônent
taixe sa passion pour donner tout 6on amour à la patrie, et faire exé-
cuter les lois d'un peuple libre Titus s'est emparé de la mémoire
des humains; soyez juste, franc et le dernier jour des siècles vous
surprendra chargé de ce titre honorable qu'il regne donc entre vous
et la Nation un accord une sainte confédération qui nous fasse
tous tendre au même but; ne comptez point sur elle, si vous voulez
régner en despote si au contrairevous voûtez être notre ami, notre
frère vous trouverez dans tous les citoyens autant de défenseurs de
votre autorité constitutionnelle
HUGUENIN, Rédacteur;
Citoyen du Faubourg S&Antôine.
De l'Imprimerie de la liberté rue de la Harpe
Numéro cent soixante et onze.
3
DISCOURS
Prononcé par Jean-Antoine ROSTAIN
dans une aiemblée des Citoyens de
la Ville de Bourg Chef-lieu du
Département de l'Ain.
Suivi des Pouvoirs donnés par les
Citoyens à VAffemUée Nationale.
pour la réorganisation du Pouvoir
exécutif.
Le tout imprimé par ordre de la Société det
Amis de la Contlitution.
Messieurs*
La grandeur des circonftances qui pèfe maintenant
fur Udeftiae'e de l'empire français, excite l'inquiétude
co
de tous les véritables patriotes, & provoque leur
vigilapce & leurs réflexions. De toutes parts il,
fonnent la trompette de vérité Se. le peuple eft
fourd à fa voix. Injufte envers Ces plus fidèles fervi-
teurs, la calomnie eft prefque par-tout le prix du
civifme; & bien loin que les amis de la liberté n'aient
à exercer leur courage que contre les confpirateurs
& les fauteurs du defpotifme, c'eft contre le peuple
lui-même qu'ils font obligés de foutenir la lutte la
plus pénible mais il eft digne d'un homme libre de
mériter l'ingratitude de Ces concitoyens, & de braver
leur prévention & leur injuflice, en s efforçant de les
fervir. Ainfi donc, quelqu'idée que l'on puiffe prendre
de mes opinions, & en dépit de la malveillance qui
ne manquera pas de les incriminer, je vous dirai la
vérité toute entière.
Je devrais peut-être, pour mieux empreindre vos
ames du fceau de la conviction vous retracer le
tableau d'une révolution qui quoique préfent en-
core aux yeux de tous femble prefque effacé je
devrais en fcruter les causes, marquer fes efl'ets réels,
& vous entretenir de fes effets pofliblei. Mais il faut
fe borner pour obtenir l'attention, & je me conten-
terai de vous parler du pouvoir exécutif; je le fuivrai
dans fa marche, depuis fà dernière querelle avec les
parlemens, en 1788. Je parlerai de fes bienfaits pré-
tendus & de fes crimes prouvés & le résultat de
mon examen fera la que!lion dë favoir s'il doit exifler
tel qu'il eft ou s'il eft convenable & néceffaire de
l'organifer autrement.
Ceux qui Ce font un devoir d'observer le mouveffltfct
(3)
des corps politiques, n'ont point oublié que depuis
long-temps une rivalité de defpotifme une lutte
violente s'étoit élevée entre les parlemens & la Cour
de France. Il s'agirait entre eux de favoir lequel au-
rait le privilège de tyrannifer le peuple français &
tous deux efpérant l'employer à river fes propres
chaînes, feignirent de l'appeler au fecours de la chofe
publique; tous deux ont prétendu depuis fe faire un
mérite de leur appel au peuple; tous deux ont voulu
le faire envisager comme un bienfait. Mais les par-
lemens, étouffés dès le principe de la révolution, n'ont
point accrédité cette erreur, tandis que les partifans
de Louis XVI persiflent encore à donner en preuve
de fa prétendue loyauté, la convocation des états
généraux.
Il eft temps, Meneurs, de déchirer le voile, &
de prouver que la convocation des états généraux ne
fut point un bienfait de la part de Louis XVI, mais
une mefure commandée par la plus impérieufe né-
ceflité. L'embarras des finances était au comble grâce
aux déprédations d'une Cour faflueufe & ditfolue; un
déficit immenfe & progreffif menaçait la fortune pu-
blique, & celle des particuliers; tous les refforts du
gouvernement étaient tendus avec violence & mena-
çaient de fe brifer dans les mains des adminiftrateurs;
il fallait donc bien fe réfoudre à une convocation
arrachée par le befoin. Mais la Cour était fi éloignée
de confentir à reflituer au peuple fes droits légitimes,
que le premier minière des finances, dans fon dif-
cours à l'ouverture des états parut leur distribuer
t'ordre des matières dont la Cour voulait bien leur
(4)
permettre de s'occuper: l'article des finances était
fur-tout le principal fujet de ce difcours. On femblait
n'avoir appelé les repréfentans de la France, que pour
approuver les états de dépenfes qui leur feraient pré-
fentés, & pour obtenir d'eux le contentement (t'un
nouvel impôt après en avoir démontré la nécefîité
par l'exiflence d'un déficit.
A peine les députés des communes eurent-ils ma-
nifeflé l'intention de déployer le caractère public dont
ils étaient invertis que la Cour trama contre eux les
projets les plus finiftres. Rappellez-vous,MM. tous les
moyens employés pour décourager nos députés fui-
vcz-les dans le jeu de paume, où ils furent forcés de
fe réuuir, parce qu'il plaifait à la Cour de fermer la
falle de leur aflemblée. Rappelez-vous la féance royale
du 27 juin, oir Louis Xvi diclait arrogamment fes loix
à ceux qui devaient lui en donner, où un valet in-
folent venait en fon nom commander aux repréfen·
tans du peuple fouverain de fe féparer. Jetez les yeux
fur ce raffemblement de cinquante ou foixante mille
hommes deftinés à diffoudre l'Affetnblée nationale,
aftiamer Paris & opérer fa ruine, fi le foldat devenu
l'ami & le défenfeur du peuple, eût pu fe croire
encore un instrument pamf entre les mains du def-
potifme. Voyez Paris dévoré par Une famine concertée
entre les agens perfidesdu gouvernement, & fes habi-
tons forcés de conquérir pour ainfi dire, à la pointe
de leurs armes, un pain compofé de farines corrom-
pues. Enfin la Nation fe lève & par une détonation
terrible épouvante les confpirateurs, ils cachent leur
front dans la pouflière Mais bientôt l'efpoit re-
co
nait dans lame des courtifans; de nouveaux complots
font ourdis; les gardes du Roi fom gagnés, on excite
leurs partions inciviques; la Reine vient augmenter
leur délire; elle colporte le Dauphin dans leurs rangs,
elle femble imiter fa mère, remettant aux Hongrais
le deflin de Ton fils. Dans cette orgie on porte des
fantés odieufes à la Nation on éleélrife les ames
par des careiïes afleclueufes par les difcours les pluss
incendiaires une musqué perfide achève d'expliquer
Je voeu royal (i); la cocarde tricolore ell foulée aux
pieds & les fignes de la fervitude criminellement
arborés.
La Nation fe lève une feconde fois, & les conf-
pirateurs rentrent dans le néant. Cependant la
terreur dont ils ont été frappés fera bientôt diflipée;
la Cour n'a point abandonné fes projets de contre-ré-
volution, mais elle n'aura plus l'imprudence de fe
compromettre: des agens fubalternes font employés;
Faveras eft facrifié, Alaillebois prend la fuite, & tout
deux demeurent convaincus, aux yeux les plus impar-
tiaux, d'avoir été les inflrumens de la Cour. Déjouée
dans une partie de fes combinaifons, elle ne fe laide
point abattre par les revers; elle imagine de fufciter
une guerre entre l'Efpagne & l'Angleterre c'cd un
moyen de diverfion on l'emploie avec une appa-
rence de fuccès: mais l'aflive prévoyance du corps
condituant porte la lumière dans cette farce diplo-
matique, & comme le dénouement ferait fans avan-
(1). Elle jouoit l'air 0 Richard! i mon Roi
co
tage, on fe réfout à la terminer promptement. Une
guerre civile peut-être fera plus favorable au parti de
la Cour; Bouille fe charge d'en donner le lignal &
nos frères font égorgés inhumainement aux portes de
Nancy. Cependant la contagion ne gagne point; la
Cour Ce voit réduite gémir, non pas fur (es forfaits
mais fur leur inutilité. Quelle fera déformais la con-
duite du Roi ? Il feindra de manquer de moyenspour
l'exécution des loix, & fous ce prétexte, il fomentera,
il entretiendra l'anarchie la tneilleure planche fur
laquelle puifCe Ce fauver le defpotifiiie en vain le
preflera-t-on d'agir, il fera le mort.
Cependant la guerre civile n'éclaté point; que fera-
til pour la Cufciter en un inftant fur toute la furface
de l'empire? Sa fuite doit nécefiairement l'opérer, fa
fuite en réfolue; & duflent les Français s'entr'égorger
jufqu'au dernier, celui qui s'en difait insolemment le
père, ne balance point à les facrifier mais arrêté dans
fa fuite, démafqué aux yeux de l'univers, il éprouve
encore l'indulgence intarifrable du peuple, qui, pour
prix du plus exécrable complot, lui allure plus que
jamaisla couronne conflitutionnelle, efpérant le vain-
cre par fa générofité.
Il fembloit aux efprits les plus prévenus contre la
perfidie du pouvoir exécutif, que cette époque dût
être le terme des machinations de la royauté contre
la liberté da peuple; il femblait que la reconnoilfance
du Roi devait l'engager s'identifier enfin avec lui,
pour lui procurer la jouiffance des biens que lui pré-
parait la conflitution. Mais on l'a dit, & il faut le ré-
péter, les Rois ne relfemblent en rien aux autres
(7)
hommes, & leur coeur gangrené de vices & d'orgueil,
bien loin d'être acceffible aux fentimens qui honorent
l'humanité n'éprouve jamais d'autres p? (fions que
l'infatiable amour de dominer & d'écrafer leurs fem-
blables. A peine la conflitution était achevée à peine
la nouvelle légiflature était raflcmblée que la Cour
chercha tous les moyens de la décréditer & de s'at-
tacher les efprits qu'elle lui enlevait par fes perfidics;
l'arme du veto fut dès le principe employée pour
diviier l'opinion publique, pour exciter le fanatifme
délirant des prêtres. Un miniflère infdèle machinait
dans l'ombre avec les defpotes de l'Autriche & de la
Pruffe, pour nous replonger dans l'efclavage & nous
aflurait.des difpofitions favorables de ces Cours, tan-
dis que nous n'éprouvions de leur part que des ou-
trages fanglans & toujours répétés.
Que vous dirai-je, Meflieurs de cette émigration
perpétuelle, foit des ci-devant parchemins foit des
officiers des troupes de ligne. Trompés par des bruits
accrédités à deflein nous n'avons vu qu'une efpèce
de folie épidémique là où il fallait voir un grand
complot dont le premier fil eft dans les mains de
la Cour. Et en effet à moins d'abjurer fa raifon,
peut-on douter que .la Cour n'ait fufcité fomenté
excité l'émigration ? On a cru épouvanter le peuple
en faifant déferter les chefs des troupes en defor-
ganifant l'armée en jetant dans l'ame de tous les
foldats, de profondes racines de défiance &. d'inquié-
tude & dans ce moment où le fanatifme fecoue
plus violemment fes torches incendiaires où l'efprit
public eft divifé dans le fein de Paris dans ce mo-
(8)
ment où le Roi croit pouvoir fe montrer enfin d.
découvert, il appofe fon veto fatal à deux décrets
dont l'un avait pour objet de nous délivrer de la
tyrannie facerdotale, & l'autre de veillerau falut de
Paris déchiré par les fractions émanées du trône.
Un miniftère honnête ert chaffé convaincu du crime
d'avair voulu faire marcher la constitution.
Je n'ai voulu Meneurs vous parler que par des
faits dont vous avezaufli bien que moi la connaiffance
parfaite je ne les ai point exagérés je ne vous ai
rappelé que l'hiftoire des crimes connus de Louis xvt.
Je ne chercherai point à dévoiler fes crimes fecrets,
& à démontrer l'exigence poflible des uns par l'exil-
tence réelle des autres qui pourrait d'ailleurs péné-
trer dans cette nuit de complots infâmes conçus,
avortés exécutés à demi Dans ce dédale fangeux
d'intrigues, de honte & de baflefle, l'oeil d'un courtifan
pourrait feul en foutenir l'horreur & je parle qu
peuple au peuple à qui la corruption & le crime
font fi étraqgers, qu'il doute ençore de fa réalité,lors
même qu'il en eft la victime.
Il réfulte de Vhiftorique que je viens de vous re-
tracer, que Louis XVI ne veut pas la constitution;
que toutes fes protections tendent à tromper le
peuple, à l'égarer, à le divifer, parce que divifer
pour commander cilla tactique des defpotes. Il ré-
fulte que le pouvoir exécutif ne peut pas fubfi(ler
tel qu'il en parce que c'eft un véritable mondre
politique qu'un corps dont la tête conçoit d'une
manière & dont le bras agit en fens inverfe. Ne
penfez pas qu'il y ait jamais entre la cour & le
peuple une fincère & folide union elle veut domî»
per, 8c vous voulez être libres; elle prétend exercer
toutes fortes d'injuflices & vous êtes déterminés i
vous y opposer. L'amour du crime eft trop enraciné
dans Con coeur elle nefe contentera pas de l'impunité
pour le pafle & fi vous ne lui ôtez la puiuance de
mal faire à l'avenir, vous vivrez dans une éternelle
inquiétude, toujours entre deux extrémités cruelles,
& réduits ou i (ouvrir un honteux esclavage ou
employer la force & les armes. pour défendre votre
liberté. Et dites-moi Meflieurs lequel de vous n'cft
pas épouvanté de la conduite du pouvoir exécutif f
Quoi 1 nos armées font en préfence de l'ennemi &
tout le rniniitère eft recompofc 1 neuf quoi les
iTionftres du fanatifme & de la guerre civile font Il
prêts à nous dévorer, & l'on s'oppofe aux moyens
de nous fauver de leur rage frénétique. Qui de vous
ofera fonder la profondeur de nos maux politique t
De quelque côté que l'on porte fes regards, on n'ap-
perçoit que des abymes chaque infant de l'exifieiice
prolongée du pouvoir exécutif atluel augmente nos
dangers c'eft Con bras plébicide qui creufe nos tom-
beaux & fi par unecrife violente nous neparvenons
i le défariner c'en eft fait pour jamais nous font..
mes engloutis fous les ruines de la liberté mourante.
Mais c'eft en vain que chacun de nouss'agite en fens
çontraire il faudrait un mouvement uniforme &
général chacun de nous s'égare dans le labyrinthe
des fyftêmes les mefures qui paraiflent falutaires k
ceux-ci paraiflent ceux-là dangereufes point
d'accord, point d'enfemble; la Cour recueille enfin le
(10)
fruit des germes de divifion qu'elle a tu jeter dans
nos ames elle fourit à nos mouvemens incertains;
& tandis que nous nous agitons fans harmonie, elle
foude les fers dont elle va dans un moment enchaîner
la liberté publique. 0 vous Français, qui aimez votre
patrie vous qui voulez maintenir l'égalité*, bafe facrée
de notre conflitution ralliez-vous à la caufe com-
mune entendez le langage de vos repréfentans ils
attendent de vous le pouvoir qui leur manque pour
opérer enfin notre bonheur levez-vous, tranfmettez-
leur tous vos droits & laiffez-leur le foin d'en ufer
pour votre plus grand avantage; mais, ne tardez pas
un inftant que votre exemple réveille toutes les
communes de l'empire, qu'elles vous imitent, &.que
la patrie foit fauvée.
Voici le projet de pouvoirs que je vous propofe
de donner à l'Afiemblée nationale législative.
( Il )
JN ou s Citoyens de la Ville de
Bourg, chef-lieu du Département
de l'Ain fouffignés raflemblés à
l'effet de délibérer fur les dangers
imminens qui menacent la liberté
publique.
Confidérant que l'ufage du veto qui n'a été con-
féré au pouvoir exécutif que comme un appel au peu-
ple, eft devenu dans fes mains un moyen de paralyfer
la volonté nationale fouveraine, généralement expri-
mée.
Conlidérant que le veto, qui n'ea que fufpenfif dans
fon effence eft devenu pourtant abfolu dans fes
effets, relativement aux décrets reconnus & déclarés
urgens par le corps législatif.
Confidérant que Louis XVI, par fon refus de fanc-
tionner le décret portant formation & raffemblement
d'un camp de vingt mille hommes deflinës A com-
battre nos ennemis qui font armés en fon nom a
violé autant qu'il était en fon pouvoir l'art. vt du
chapitre I de l'acte conRitutionnel qui lui com-
mande de s'oppoler formellement aux forces dirigée*
en (on nom contre la nation, fous peine d'être cenfe
avoir abdiqué la royauté.
Confidérant que la déforganiration complette du
minifière an moment oU nos troupes font en pré-
lence de l'ennemi, eft au moins un acte de démence,
fi elle n'eu un acte de trahifon & de félonie.
Confidérant que les témoignages d'eftime donnés
par Louis XV I n fes gardes licenciés pour caufe d'in-
civifme & d'infraction aux loix., font une preuve
non équivoque de fa haine & de fon mépris pour Li
constitution.
Confidérant que Louis XVI, bien loin de con-
courir, ainfi qu'il l'a juré, au fuccès de la conftitu-
tion l'a conftainment entravée, foit en ne faifant pas
exécuter les loix foit en s'oppofant capricieufemem
& fans motif aux décrets les plus propres con-
tenir les prêtres perturbateurs & 1 prévenir une
contre-révolution.
Confidérant enfin que l'organifation Pu pouvoir
exécutif actuel, ne peut plus fubfiaer fans opérer la
fubverfion générale de l'empire attendu que c'efl un
t-iritable monjlre politique qu'un corps dont la tète çon-
(13)
fi»// d'une manière, & dont le bras agit tn ftns inwtfe.
En vertu de l'article premier du titre vu de l'acle
eonftitutionnel qui reconnaît au peuple le droit de
changer ou modifier la conflitution voulant parvenir
à ce but néce(faire, fans faire éprouver une fecouffe
fatale à l'empire nous remettons à l'Aflèmblée na-
tionale légiflative tous nos droits & pouvoirs; nous
l'adjurons de Ce former en convention nationale
l'effet de changer ou modifier la conflitution feule-
ment en ce qui concerne le pouvoir exécutif nous
laiffbns i fa prudence & à fes lumières le foin de
l'organifer dans telle forme qui lui paraîtra la plus
convenable, pour tflurer le triomphe de la liberté.
Nous promettons & jurons d'employer nos armes-
& de facrifier nos vies pour adurer l'exécution
entière des loix, maintenir la tranquillité publique,
& déjouer les trames criminelles des ennemis du
peuple. A Bourg, le juin 179a l'an quatrième
de la liberté.
Suivent ttiviren 300 ftgnaturtt.
4
LES CITOYENS DE St. GIRONS
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
LEGISLATEURS
mSt l'homme a des tinns, il doit lei détràner ce vers fubli-
me avant-coureur du réveil des peuples fut-il jamais plus applica-
ble que dans la crise oû nous nous trouvons ? t
Quatre Années de crise 8f de forfaits ne ftiflîsent iW pas àT-owtS
XVI? & les français fe UflVront-ili enfin de leur itapidc idolâtrie
pour des rois ne feraît-i) pas rems de prouver que ces rois que l'on
ditètreinfr.itaé's pour l'utilité des peuples ont toujours été la ronrce de
tons leurs maux i le moment n'eft pas éloigné fana doute ou tous les
esprits finirontpar être frappés de cette vérité: mais aujourd'hui qu'
re préjugé fatal de royauté nous aveugle au point de ne pas apper-
(2)
cevolr l'abîme où la liberté va l'engloutir, il faut que tent eîroyeii,
pour qui le mot de patrie n'eft point un vain nom, ose dire haute-
ment qu'un roi qui refuse de courber fa tête fous la volonté ente-
me du peuple doit être ignominieusement cha0é de fun trône.
Nous ne récapitulerons point ici la longue férie des crimes trop
connus de Lonis XVI. L'univers entier ne sait- il pas que ce Louis
XVI. eft un être fans probité, fans honneur? Envain la générorité
française avait cru devoir re réposer un inltant fur la loyanté de ce
perfide monarque. Au moment où des complots ourdis au rein même
de fon palais provoquent l'expuluon de fa garde contre-révolution-
naire, Louis XVI. au mépris de l'opinion publique oie promettre
fun affection & des récompenses à cette même garde vil infiniment
de fes projets fanguinaires.
Le choix des ROLAND, SERVAN aC CI. A V 1ERE femblait prcsngef
des jours heureux, & la nation fi rouvent trompée par res miniftre»
eommençait 1 goûter le calme & la fécurité qu'inspire la confiance,
& qui ne peuvent naître que fous un gouvernement vraiment ami de
la révolution. Au moment où le char de la conllttution roulait pres-
que fans efforts, les conducteurs 6deles font congédié. le VETO fa-
tal, ce veto que la conftuution n'a rendu que SUSPENSIF, & qui
devient ABSOLU lorsqu'.il frappe les décrets d'urgence, fort de l'an-
tre impur du despotisme; il efl lancé fur des d écrets dont la fageffe
déjouait la ligue impie des conspirateeurs; & portait fur toute la
furface de fempire la concorde & la paix.
Dépofitaires de la fonveraineté nationale, votre contenance va
décider du fort de la patrie: jamais elle ne. fut aflie'gée d'aufli grands
dangers; mais pour les difliper avec fucecs, il faut en ânéantir la
Source, & cette tource, vous la connaître*! c'ett Louis XVI.
L'articte V. du chap. il. fecVion icte. de la conftitution. française
nous apprend que •» fi le roi après avoi» prêté fon ferment le rètrac*
te, il fera censé avoir abdiqué la royauté. La conduite perfide de
Iavtis XVI. n'cft-eUe pas depuis long-tems une rétractation for-
(5)
meltedeton ferment? •» D'après l'art. VI. da même chapitrer le roi
Ce met à la tête d'une armée, & en dirige les forces contre la na-
tion, ou s'il ne s'oppose pas par un ath formel, à Une telle cn-
n treprise qui s'exécuterait en fon nom, il fera censé avoir abdiqué
la royauté, Quel eft l'homme de bonne foi, qui osera nier que
Louis XVI. ne fuit d'intelligence avec le parti contre-rivolutio-
naire ? fon VETO fur le camp de vingt-mille hommes, n'indi-
quet-il pas afles que Louis XVI. veut lai/Ter la nation fxns défense,
Ce les représentas du peuple à la merci de tous les brigands Cou-
doyés ?
L'article XVIII. de la feclion Il. du même chap. porte que en
»• cas de démence du roi, notoirement reconnu; légalement cohfta-
tée, & déclarée par le corps légiflatif après trois délibérations fuc-
•> cetuvement priset de mois en mois, il y a lieu à la régence, tant
ta que la démence dure.
Ceft à vous légiflateur», c'eft «\ votre fageffe à décider lequel do
ces partis il convient de prendre avec Louis XVI. L? déftititer com-
me parjure & conspirateur, eft moins un afte de juftice qu'une répa-
ration legere des attentats dont-il s'eft rendu coupable. Mais ('t par
des vues de prudence Ou par un nouvel txclt de généroHté, vous
vous borniec 4 ne voir dans la personne du roi qu'un être en démence,
veuillez décréter d'urgence la convocation du corps électoral pour la
nomination d'un régent. Le tems de la guerre n'étantpoint propre à
rétablir les facultés montes de ce monarque aliéné vous attendrés
tans doute le retour de la paix avant d'examiner fi fon cerveau royal
a repris fon bon [en' naturel
Tel ett le voeu bien prononcé det citoyens de Si. GiRONS, de
toutes les communes de ce diftrift, & tel est, nous osons le dire, le
voeu de tous les amis de la liberté. Il cft tems enfin de mettre un
terme à l'état d'anxiété où nous vivons, état que la dépravation du
pouvoir exécutif prolonge avec une lenteur étudiée; il eft tems que
l'orgueil d'un roi t'abbaine devant la majeité du peuple, & que la
(4)
«me Je l'humanité l'emporte fur une poignée d'ambitieux 8t de
petit* tirans.
Les CtTOYENS DE St. ciROMS. Suivent 218 8 fîgnaturei
St. GiRONS, ij Juin Van IV. de la liberté.
AUX SOCIÉTÉS AFFILIÉES
FRERES ET AMIS
Lorsque nous nous fommes rcndns les organes de tous 1es patri-
otes de l'empire, c'eft que nous étions tffuréi d'avance de n'étre
point démentis par vous CVft dans cette confiance que nous vous
prions d'appuyer par des adreflès rédigées dans nos principes leç me»
(lires que nous vous foamettons 6c qnt nous par&iflcnt les feules
propres à fauver la patrie.
Les amis de la conilitution de St. GIRONS,
VAIEKCB Prient
FtfCHOT, DURAK, BELWTTGtrtT Pa^S Curé fecre tairet.
A St. Girons, chez J. Caroi., Imprimeur, Tan 4 de la liberté.
5
A
OPINION
DL M. VE RGNI AUD,
DÉPUTÉ DU DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE
SUR LA SITUATION ACTUELLE
DE LA FRANCE,
Prononcée le 3 juillet 179a l'an 4e. de la Liberté.
IiMPniMKE ET ENVOYÉE AUX 83 DÉPART KM EN 3 TAK
ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
MESSIEURS,
Quelle est donc l'étrange position où se trouve
l'Assemblée nationale Quelle fatalité nous pour-
suit, et signale chaque jour par de grands événe-
mens qui portant le désordre dans nos travaux,
nons livrent a l'agitation tumultueuse des in-
quiétudes des espérances et dos passions ?
Quelles destinées prépare à la France cette ter~
Administration n°. J\6. A
rible effervescence au sein de laquelle, si l'on
connoissoit moins l'amour impérissable du peuple
pour la liberté, on seroit tenté de douter si la
révolution rétrograde ou si elle arrive à son
terme.
Au moment où nos armées du nord paraissent
faire des progrès dans le Brabant et ilattent
notre courage par des augures de victoire
tout à coup on les fait se replier devant l'en-
nemi elles abandonnent des positions avanta-
geuses qu'elles avoient conquises j on les ramène
sur notre territoire on y fixe le théâtre do la
guerre, et il ne restera de nous chez les malheu-
reux Belges que le souvenir des incendies qui
auront éclairé notre retraite. D'un autre côté,
et sur Jes bords du Rhin nos frontières son
menacées par les troupes prussiennes dont des
rapports ministériels nous avoient fait espérer que
la marche ne scroit pas si prompte. Telle est
notre situation politique et militaire, que jamais
la sage combinaison des plans la prompte exé-
cution des moyens l'union l'accord de toutes
les parties du pouvoir à qui la constitution dé-
lègne l'emploi do la force armée, ne furent aussi
nécessaires; que jamais la moindre mésintelligence,
la plus légère suspension les écarts les moins
graves, ne purent devenir aussi funestes.
Comment se fait-il que ce soit précisément au
dernier période de la plus violente crise et sur
les bords du précipice où la nation peut s'en-
gloutir, que l'on suspende le mouvement de nos
armées que par une désorganisation subite du
ministère on ait brisé la chaîne des travaux
rompu les liens de la confiance livré le salut
de l'empire & l'inexpérience de rbains choisies
(3)
Aa
au hasard multiplié les difficultés de l'exécution
et compromis son succès, par les fautes qui échap-
pent, même au patriotisme le plus éclmré dans
l'apprentissage d'une grande administration.
Si l'on conçoit des projets qui puissent faciliter
le complètement de nos armées augmenter nos
moyens de vaincre ou de rendre nos défaites moins
désastreuses, pourquoi sont-ils précédés auprès du
trône par la calomnie, et la, étoulfés par la plus
perfide malveillance ? Seroit-il vrai que l'on re-
doute nos triomphes ? Est-ce du sang de l'armée
de Coblentz ou du nôtre dont on est avare ? Si le
fanatisme excite des désordres s'il menace do
livrer l'empire au déchirement simultané de la
guerre civile et d'une guerre étrangère quelle
est l'intention de ceux qui font rejetter avec une
invincible opinintreté toutes les lois de répression
présentées par l'Assemblée nationale? Veulent-ils
régner sur des villes abandonnées, sur des champs
dévastés ? quelle est au juste la quantité de
larmes, de misère, de sang de morts, qui suffit
à leurs vengeances? où sommes nous enfin? dans
quel abyme veut-on nous entraîner? Et vous
Messieurs, qu'allez-vous entreprendre de grand
pour la chose publique?
Vous dont les ennemis de la constitution se
flattent insolemment d'avoir ébranlé le conrAge.
Vous dont ils tententchaque jourd'alarmeries
consciences et la probité en qualifinnt l'amour de
la liberté, d'esprit de faction comme si vous pou-
viez avoir oublié qu'une cour despotique donna
aussi le nom de factieux uux représentans du peuple
qui allèrent prêter le serment du jeu -de paulme;
que les lâches héros de l'aristocratie l'ont cons-
tamment prodigué aux vainqueurs de la bastille,
(4 )
tous ceux qui ont fait et soutenu la révolution
et que l'Assemblée constituante crut devoir l'ho-
norer en proclamant dans une de ses adresses
que la nation étoit composée de vingt-quatre mil-
lions do factieux.
Vous que l'on a tant calomniés, parce que vous
êtes presque tous étrangers la caste que la cons-
titution a renversée dans la poussière et que
les intriguans, qui voudroient la relever, et les
hommes dégradés qui regrettent l'infâme hon-
neur de ramper devant elle n'ont pas espéré de
trouver en vous des complices.
Vous, contre qui on ne s'est déchaîné avec tant
de fureur, que parce que vous formez une as-
semblée vér.itablement populaire, et qu'en vous
on a voulu avilir le peuple.
Vous, que l'on a si lâchement accusés de flétrir
l'éclat du trône constitutionnel parce que plu-
sieurs fois votre main vengeresse a frappé ceux
qui vouloient en faire le trône d'un despote.
Vons, à qui Ton a eu l'infamie et l'absurdité de
supposer des intentions contraires à vos sermens,
comme si votre bonheur n'étoit pas Httachci à la
constitution, ou comme si, investis d'une autre
puissance que celle de la loi, vous aviez une liste
civile pour soudoyer des assassins contre-révo-
lutionnaires.
Vous, que par l'emploi perfide de la calomnie et
du langage d'une hypocrite modération on vou«
droit refroidir sur les intérêts du peuple parce
qu'on sait que vous tenez votre mission du peuple;
que le peuple est votre appui, et quo si par
une coupable désertion de sa cause, vous méritiez,
qu'il vous abandonnât à son tour, il seroit aisé
de vous dissoudre.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.