À la France, salut, paix et honneur, par F. Ponchon

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impr. de L.-G. Michaud (Paris). 1815. In-8° , 12 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1815
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SALUT,
PAIX ET HONNEUR.
PAR F. PONCHON.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE L.-G. MICHAUD,
RUE DES BONS-ENFANTS, N°. 34.
1er. Juillet I8I5.
A LA FRANCE,
SALUT, PAIX ET HONNEUR.
UNE ruine totale menace la patrie; dès-lors
tout silence est une lâcheté , tout déguisement
est un crime: je ne serai ni lâche, ni crimi-
nel ; je parlerai, je dirai hautement toute la
vérité.
L'Europe entière est en armes ; contre nous
seuls se dirigent ses efforts ; pouvons-nous ac-
cepter le combat? Non. Vainement le bas intérêt
personnel, prostituant les mots d'honneur et de
gloire nationale, pour séduire la simplicité, s'é-
criera : Oui, oui ; l'amour désintéressé de la pa-
trie , la bonne foi, l'humanité s'écrieront plus
baut encore, et en attestant les cieux : Non, non,
et le signeront de leur sang s'il le faut.
Malheureux , qui voulez confondre la rage
avec la valeur, les assassinats populaires avec le
noble trépas du champ d'honneur, les hurle-
ments de la démagogie avec les cris de l'hé-
I..
(4)
roïsme ! Pourquoi , pourquoi vos déclamations
impies et sanguinaires viennent-elles me con-
traindre à retourner le poignard dans nos coeurs ?
Paraissez donc, monstres affamés de ruines et
de carnage ; parlez , ne sentez-vous pas déjà cette
odeur réjouissante des cadavres de nos frères ?
ne les voyez-vous pas étendus, sans vie , dans les
sillons de la Belgique, ces soldats valeureux , la
terreur et l'admiration du monde, et que pleu-
rera éternellement noire commune mère ? Où
sont-elles ces bandes indomptées , que tant de
fois nous avons contemplées triomphantes? Que
sont devenus tous ces charriots , tous ces che-
vaux , toutes ces munitions de guerre? Quoi!
quelques jours ont suffi pour consommer cette
effroyable catastrophe , sans même que nos en-
nemis les plus nombreux et les plus redoutables
y aient contribué d'un seul canon, d'un seul
homme? Et vous parlez toujours de combats éter-
ziels ! Ignorez-vous donc, coeurs aveugles et
cruels, que dans la défense les efforts sans es-
poir sont aussi indignes d'un peuple éclairé, sont
aussi atroces, aussi barbares, que le seraient dans
la conquête le sac et l'esclavage ?
Cessez de nous opposer l'immortel exemple
de l'Espagne ; l'Espagne était unie de voeux , et
nous sommes divisés ; l'Espagne avait été indi-
gnement outragée par l'ennemi, qui voulait les
dompter pour lui faire un nouvel outrage ; les
(5)
moins habiles parmi nous savent très bien que
nous les premiers avons abreuvé nos ennemis
de fiel et d'humiliation ; et presque nous tous ap-
pelons le pouvoir qu'ils prétendent relever. Des
gorges profondes, des rochers, des montagnes
inaccessibles enhardissaient le courage du der-
nier de ses pâtres ; chez nous, un pays décou-
vert, de vastes plaines éprouvent la constance
des plus vieilles troupes et des mieux discipli-
nées ; et l'Espagne enfin dès long-temps eût
été subjuguée , si des guerres entreprises dans le
Nord ne nous eussent pas contraint d'en retirer
l'élite de notre armée. D'ailleurs, en supposant
même, ce qui n'est pas, que l'Espagne eût pu ré-
sister à toutes les forces de la France , peut-on
en induire la possibilité pour la France de résis-
ter à toute l'Europe, surtout encore après les dé-
faites horribles qu'elle vient d'éprouver.
Ministres, pairs, représentants, braves et loyaux
guerriers, et nous tous Français, plus long-temps
ne soyons pas les jouets de ces jongleurs furieux.
Est-ce notre faute à nous s'ils se jugent indignes
de la lumière, et ne peuvent-ils descendre chez
les morts sans que nos villes leur servent de bû-
chers, nos femmes et nos enfants d'hécatombes?
S'ils refusent d'écouter la voix de la raison et de
la patrie, séparons notre cause de la leur; li-
vrons-les , livrons-les à toute leur fortune. Se-
rons-nous plus ménagers des caprices cruels de

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