A mon Voisin de droite ou de gauche

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imp. de Jouaust (Paris). 1872. In-8°. Pièce.
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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A MON VOISIN
DE/dgï^PJE OU DE GAUCHE
Il fut un temps qui devrait bien renaître !
Tout habitant devait, dans ce temps-là,
Pour être libre, être digne de l'être.
Mais notre siècle a changé tout cela.
Seul le mérite avait le droit d'élire:
Tant pis pour ceux qui ne savaient pas lire.
Mais est venu le vote universel,
Ou, si l'on veut, le suffrage au gros sel.
Depuis ce temps, l'homme a, par caractère,
Droit de voter, comme l'âne de braire.
Qu'il soit ou non privé de sens commun,
Il naît voteur, comme on naît roux ou brun.
S'il ne sait rien, n'a rien, ne veut rien faire,
Cela suffit : il nomme un mandataire,
De son fauteuil expulse un Washington,
Ou fait un roi, comme un moulin du son.
Feu le canard du savant Yaucanson
Pas autrement ne se tirait d'affaire.
Assurément la loi n'a pas raison (1).
Je le maintiens : ce suffrage est stérile
Ou dangereux, et je préviens l'auteur
Que ce n'est pas quani on est imbécile
Ou malfaisant qu'on s'élit un tuteur.
Tout électeur est digne et je l'honore
Quand du savoir un fleuron le décore ;
Quand le travail, les moeurs et l'équité
Ont, sous son nom, conquis droit de cité;
C'est lui, lui seul que l'intérêt convie
Et forcé même à sauver la patrie.
Mais qui n'a rien, ne sait rien, ne fait rien ,
Est à coup sûr un mauvais citoyen.
Tranchons le mot : le gueux, c'est l'anarchie ;
Dans le sentier des moeurs guidons leurs pas ,
Instruisons-les et ne les armons pas (2).
Si du pouvoir on me laissait l'usage,
J'aimerais.mieux.faire un peuple marquis,
(Être marquis ne porte pas dommage)
Que în'aviser de le décréter sage.
Voyez-le user de ce bien mal acquis :
La liberté, fille économe et sage,
Avec les rois faisait mauvais ménage ;
Il en profite et, par un coup de main,
De vagabond il passe souverain.
Qui choisit-il pour diriger sa barque?
Des marins sûrs, un pilote exercé?
Du tout: il fait regretter le monarque
Qu'à juste titre on avait renversé.
11 court au club en pantalon percé,
Insolemment il y parle de gloire,
Et son plus beau mouvement oratoire
Est de montrer son derrière au passé.
Tout dans ces clubs est digne de remarque :
On y fait choix de ces législateurs
Qu'on a connus maçons et colporteurs,
Et dont plusieurs ont obtenu la marque.
Les laboureurs, pauvres gens, idiots (3),
De leurs travaux sont payés en injure;
La plèbe en veut surtout à leur chaussure ;
_ 4 —
Les va-nu-pieds n'aiment pas les sabots.
Le mieux disant des diseurs de barrière
Parle français comme une cuisinière.
J'entends encor pérorer en plein air
Un Cicéron de la place Maubert ; •
Il sue, il pue, il gesticule, il crie :
« Le peuple est grand, lui seul est la patrie.
Ingrats bourgeois, à cet être incompris
Vous devez tout, même ce qu'il a pris.
C'est pour lui seul que Dieu pétrit la terre ;
Et ce multiple et puissant citoyen
Ne vole pas, il rentre dans son bien.
Chargeons-nous donc du soin de ne rien faire:
L'infâme riche enfin déshérité,
Tout est à nous. Vive l'égalité ! »
IL fallait voir ses 1 gestes, son délire.
J'en ai pleuré, pour m'empêcher de rire;
Et prudemment j'ai dit en à-parté :
« 0 peuple-roi, tu n'es qu'un pauvre sire ;
Dans le repaire où l'on t'alla chercher
Que ta grandeur retourne se cacher. »
Fort bien, dis-tu, c'est résoudre un problème.
Nous en avons assez de la bohème
Et de ses preux : ce genre d'électeurs
N'a qu'un parti, le parti des voleurs.
En vérité, mieux vaut un roi quand même.
Arrêtons-rnous à des noms bien connus ,
Et n'allons pas tresser une couronne
Pour en, coiffer un fils de Gorgibus ;
Prenons un roi que l'Esprit-Saint patronne :
La France est riche en rois in partibus...
— Du vôtre, ici, mon sentiment diffère :
Vous récusez et je récuse aussi
Le bon plaisir des capite censi (4) ;
Mais vous prenez un-prince à folle enchère,
Je n'en suis plus. — Que voulez-vous donc faire?
— Jeter à l'eau ce ridicule autel
Que l'on élève au vote universel,
Sans repêcher un trône héréditaire.
— Un roi peut seul... — Mais nous n'y croyons plus ;
Mais à ce voeu notre intérêt s'oppose.
Du sens commun je plaide ici la cause.
Qui prendrez-vous? un de vos rois déchus.
Les avez-vous chassés pour les reprendre?
Sont-ils meilleur?, plus justes, plus sensés
Qu'ils ne l'étaient quand on les a chassés?
Du tout : au trône ils sont trois à prétendre
Qui de l'exil n'ont pas su profiter :
Lequel des trois voudra se contenter
Du droit commun et surtout le défendre?

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