À [Monsieur] Charmant, curé de ma paroisse

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imp. de Jouaust (Paris). 1871. In-8°. Pièce.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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A M. CHARMANT
CURÉ DE MA PAROISSE
Oui, tu. dis vrai, Charmant,' la foi s'altère!
De Rome à Vienne et du Louvre au Prado,
Le peuple, hélas! raccourcit son Credo,
Ou le supprime, et n'en fait pas mystère ;
Il ose rire, et traiter de rébus
Les arguments profonds du Syllabus.
La femme même, autrefois si soumise
A vos désirs, et qui dans le saint lieu
Se réchauffait au giron de l'Église,
Lit plus souvent Renan que saint Matthieu,
■Et s'habitue à ne croire qu'en Dieu.
—-2 —
Le mal est grand; mais sommes-nous la cause
De nos erreurs? « Oui, réponds-tu; sur vous
Doit éclater le céleste courroux. »
Sans parti pris examinons la chose,
Et soyons juste envers et contre tous.
Vous cultivez notre pauvre nature
En bons pasteurs ; mais, parmi vos élus,
N'en est-il point qui souvent de Jésus
Ont déchiré la robe sans couture?
Qui de Suzanne ont très-peu respecté,
Dans leurs loisirs, la chaste nudité ?
J'en vois, hélas ! qu'on ne trouve fidèles
Qu'à savourer les plaisirs défendus
Et seciéer des voluptés nouvelles.
Voilà, Charmant, ceux qui nous ont perdus.
Assurément, dans une vie honteuse
Un seul sur mille a traîné son drapeau ;
Mais il suffit d'une brebis douteuse
Pour dépriser la valeur du troupeau (1).
La foi par voua est aussi compromise :
Croyant sauver une honte à l'Église,
Votre manteau cache les passions
Du malheureux qui vit de convoitise
(1) Ne savez-vous pas qu'un peu de levain aigrit toute la pâte?
(SAINT PAUL aux Corinthiens, chap. 5.)
- 3 -
Et ne s'abstient que de privations (1); : ,■':
Par charité, vous daignez lui sourire,
Le relever du mépris qu'il inspire :
Il en advient que l'on vous croit amis;.
Aux mêmes moeurs on vous j uge soumis,
A cette erreur le peuple se réfère :
Il ne voit plus que des acteurs en chaire ;
Il s'en indigne, et tous les vrais pasteurs
Sont estimés plus fins, et non meilleurs.
Qu'arrive-t-il ? Le peuple se retire
D'un sanctuaire où les plus beaux discours
Par des excès sont flétris tous les'jours.
Sur ses devoirs quand vous voulez l'instruire.,
Dans le désert il vous laisse prêcher.
Pour le convaincre il ne faut plus lui dire :
« Ne péchez pas » ; il faut ne pas pécher.
On nous défend, à nous, la gourmandise :
La gourmandise, auteur de tous nos maux,
Le plus malsain des péchés capitaux,
Est le péché mignon des gens d'église.;
Un riche abbé, de ceux qu'on fait prélats, -
Gourmand, surtout dans les jours d'abstinence,
(1) Retranchez du milieu, de vous celui qui a commis une
action honteuse.
{Même épîlre.)
Segarde bien d'user d'une dispense.
Dévotement il jeûne entre: deux draps ;
Un doux sommeil absout sa conscience ; ■
A son réveil, quelle heureuse opulence !
C'est l'Océan qui fournit ces repas (I).
Il se repaît, dans une vie intègre, -
Devins plus fins, de mets plus délicats ; ■
Et le saint homme engraisse en faisant maigre,
Quand-le pays maigrit en faisant gras.
La gourmandise engendre la paresse :
Las de loisirs, épuisé de mollesse,
Dans son fauteuil que fait ce gros curé ?
Il a tout fait quand il a digéré.
S'il n'a plus faim, saintement il sommeille,
Et, poursuivi d'un savoureux désir,
Mange,.en rêvant, les truffes de la veillé.
Il mange, il boit, il dort, et se réveille
Pour remanger, reboire et redormir.
Et maintenant, écoutez ces bons pères
Nous gourmander sur un vice aussi bas.
(1) Ne vous mettez point en peine de ce que vous aurez à
manger et à boire ; ce sont les gens du monde qui recherchent
toutes ces choses.
(Évangile selon saint Luc, chap 12.)
L'un vous dira : « Jeûnez, chrétiens mes frères,
Jésus maigrit quand vous ne jeûnez pas* :
Ce que Dieu veut, c'est une vie austère.
Ayez donc soin de vous très-mai nourrir :
Le ciel créa l'estomac pour, souffrir ; :
Ou est puni d'après ce qu'on digère (1).
Par tous les saints l'exemple fut donné. <
Le coeur est pur quand on a mal dîné. »
Et le second : « Travaillez sans relâche :
Un bon chrétien doit mourir à la tâche,
Et, sans jouir du fruit de ses labeurs,
Il doit semer les bienfaits dans les coeurs.
Dès l'aube, après une courte prière,
Il va bénir une famille en deuil
Ou soulager une honnête misère ::
On ne naît pas pour vivre en un fauteuil.. »
Voilà ces gens, voilà ces personnages
Qui se font saints pour ne pas être sages,.
Et qui, toujours soufferts dans le saint lieu,- ;
N'ont que la langue au service de:Dieu.;] - :;
(1) Ce n'est .point ce qui entre dans la bouche qm souille'
l'homme, c'est ce qui'en sort : ce sont les blasphèmes; les faux-
témoignages , etc ; voilà ce qui rend l'homme impur.
(Évangile selon Matthieu, chap. 6.)
— 6 ^~
« Fuyez d'amour les jeux et le'mystère »,
Dit un abbé qu'on appelle mon père
Par antiphrase ; il blâme, au nom du Ciel,
Du bon Adam l'appétit criminel,
Contre les sens fait gronder sa colère,
Et sur l'amour, qui nous mène à son gré,
Il pleure encore après avoir pleuré ! '
On croit le voir, dans une nuit profonde,
Triste, et les bras tendus vers l'autre monde,
Se lamenter, s'écrier : « Dieu m'attend ;
Quand on est mort, comme on est bien portant 1 »
Il n'en est xien : ce desservant modèle
Contre les sens n'a jamais que prêché,
Et dans la nuit, quand il est bien caché, -
A les servir n'en est que plus fidèle.
Après avoir éloquemment proscrit
Tout voeu charnel, tout regard adultère,
Il oublia qu'il doit, par caractèrev ■_■■■■
Pour héritier n'avoir que son esprit.
Un autre abbé, d'un aspect moins sévère
A votre seuil arrive à petit bruit ;
Mais, dès qu'il est chez vous, il est chez lui.
Il veut, ordonne, et souvent, sans scrupule,
"A l'odieux unit,1e ridicule.
Ainsi, parfois, d'un pauvre instituteur
Le desservant fait un souffre-douleur.
Quand dans l'école il a joué son rôle,,
Sur le ménage il étend son contrôle ,
Veut des repas connaître le menu*

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