A Monsieur de Chateaubriant

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imp. de Leleux (Lille). 1824. In-8°. Pièce cartonnée.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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A MONSIEUR
DE CHATEAUBMANT.
A MONSIEUR
-DE CHATEÀUBRIÀNT.
j-t^-iïeviens point, cherchant ton illustre amitié,
Me parer à tes yeux d'une vaine pitié,
Et d'un vers indiscret flattant ton infortune,
l'offrir le frêle appui d'une muse importune;
Comme si, ni'attacharit à ta célébrité,
J'espérais ^'affranchir dé mon obscurité,
Et que ton nom pompeux, honorant mon .audace,
Fît rejaillir sûr moi l'éclat de ta disgrâce.;
Tel qu'on voit le soleil de ses derniers rayons
Des plus humbles sommets éclairer les sillons.
Et voilà le malheur des puissans de la terre !
L'aigle, précipité du séjour du tonnerre, ,
Des clartés du soleil encor tout ébloui>
Vit long-temps au milieu du charme évanoui;
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11 détourne les yeux de sa chute profonde,
Et croit long-temps encor dominer sur le monde.
Ainsi, d'amis déçus à toute heure entouré,
Tu nourris les chagrins de ton coeur ulcéré :
Us répandent sur toi dès larmes indiscrètes ;
Revendiquant pour eux ces biens que tu regrettes,
De ces faibles amis le concours séducteur
D'une plainte éternelle entretient ta douleur.
Tes revers, tes talens, tes vertus et ta gloire,
Ton rival ébranlé par sa propre victoire,
Le royalisme et toi du même coup frappés, :
Les grands toujours ingrats, les rois toujours trompés,
De leur sacré manteau protégeant l'artifice,
Et du sceau révéré consacrant l'injustice :
Voilà par quels discours de tes longs déplaisirs
Us vont d'un peuple oisif occuper les loisirs,
Et, bravant les regards de la foule importune,
En spectacle aux passans offrir ton infortune :
Tandis qu'à prix d'argent un journal acheté,
Trafiquant de sa plume et de sa liberté,
Payé pour ses fureurs, payé pour ses scandales,
Salit d'un noir poison ses colonnes vénales,
Et vendant aux vainqueurs ses feuillets méprisés,
S'enrichit des charrias que son fiel t'a causés.
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Mais pour moi, dont la muse à l'or inattentive,
N'épouse point des grands la haine lucrative,
Qui jamais, avant l'aube assiégeant leur séjour,
N'ai mis entre eux et moi l'intérêt ou l'amour,
La vertu seule obtient mes avares suffrages.
Je puis de ce beau nom sanctifier mes pages.
Fier d'un coeur digne encor de sa sévérité,
Je t'apporte aujourd'hui l'austère vérité.
D'abord, je l'avoûrai, quand la voix du monarque
T'offrant de son estime une seconde marque,
Appela le génie au conseil de nos rois,
J'applaudis en secret à cet illustre choix ;
Soit que j'aimasse en toi cette prose parée,
Empruntant ses pinceaux à la muse sacrée ;
Soit que le vif éclat de ton style enchanteur
Eût jeté sur mon âme un charme séducteur,
Et que mes jeunes sens, divinisant leurs maîtres,
A gouverner la terre appelassent les lettres;
Soit qu'à peine au sortir de nos justes terreurs,
Ton nom m'eût garanti la fin de nos erreurs
Et promis désormais à la Gaule affranchie
L'hymen des libertés et de la monarchie.
Mais au pied de ce trône où nos voeux t'ont porté,
Réponds-moi, qu'as-tu fait de notre liberté?

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