A vol d'oiseau. France, Rome, Italie / par Jules Favereau

De
Publié par

E. Dentu (Paris). 1862. France -- Descriptions et voyages -- 19e siècle. Rome (Italie) -- Descriptions et voyages -- 19e siècle. Italie -- Descriptions et voyages -- 19e siècle. VII-347 p. ; in-12.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : mercredi 1 janvier 1862
Lecture(s) : 28
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 356
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

A VOL D'OISEAU
FRANCE, ROME, ITALIE
A VOL D'OISEAU
FRANCE
ROME ITALIE
FAR
J"' FAVEREAU
PARIS
E. DENTU,
TABLE DES MATIÈRES
I M. Il. Saintes. Ses arènes. L'arc de
triomphe de César. Ses églises. Son
cognac.
Il Souvenirs "d'affection. Angoulême.– Un jeune
magistrat. Poitiers. Châtellerault. La
Touraine. Orléans. Le 15 août. Les
influences dangereuses 4
III Saint-Étienne. Lyon. Tartufe et les pen-
sionnaires de la Comédie-Française. La mu-
sique militaire. Le maréchal de Castellane. Il
IV Culez. Aix-les-Bains. Lamartine. Gliain-
béry. rima la comtesse de C. Eugène
Suc. La princesse de Solms. 19
V-VI. Le bey d'Alexandrie et sa femme. Lans-le-
Bourg. Le mont Cénis. 'J.'i
VU La douane. Suze, et de Suze a Turin 50
VIII Turin. Hôtel de, l'Etirope. Ses places.
Ses églises. -Ses musées. -Ses théâtres.
Le Palais-Royal. Le Jardin-Royal ôij
IX De Turin a Milan. Verceil. Novare. Un
officier piémontais. ytagenta. 4."
X. De Milan a Bergame. Bergame. L'hôtel
d'Tlalie.-La marquise de T. Les églises.
Les foires. Les femmes de Bergame.
La musique :i(
II
Pig«s.
XI Milan. -Aspect général.-Le DÔme. Églises.
Palais-Royal. -Musée ou académie des Beaux-
Arts. La Scala. 60
XII De Milan à Gènes. Alexandrie au clair de la
lune. Marengo. Les environs de Gênes
et ses campagnes. 76
XIII. Gènes. L'hôtel de France. Les Églises.
Le Palais-Royal et le Palais-Ducal. La du-
cbesse de L. Les palais. Le Palais-
Rouge. Le Café d'Italie. Le palais Balbi.
-Le palais Palaviccini. La villa Palaviccini.
-Le Yiclor-Emmanuel. Le restaurant An-
tonio. Jovannis le batelier. 84
XIV Le Quirinal.- Les Messageries impériales.- Le
capitaine Capoufiguc. Le patriarche de Ba-
bylone. Le capitaine Voisin. M"" Angé-
lina Cave.-Le père Guarini. Italie centrale.
-Le père Perboire. Les sœurs de charité.. 100
XV. Livourne.-Pise. Son histoire. Le Dôme.
Le Mendiant noir. Le Baptistère. La
Tour penchée. Le Campo Santo. Le pa-
lais des Médicis. Le Café Lung'Arno.
Notre cicerone. L'académie des Beaux-Arts. 113
XVI De Livourne à Civita-Voccliia. Le port de Ci-
vita-Vecchia. La messe et la musique delà
garnison française.- Les passeports. L'hô-
tel Orlandi. La gare. La campagne et
l'arrivée à Home. 158
XVII. Rome Aspect général. Hôtel de la Minerve.
Le Pape à Saint-Louis-les-Français. La
villa Borghèse. La musique. La place du
Peuple. Le Corso. Premières impressions
sur le clergé romain. 140
XVIII. Saint-PierredeRome.-Sonhistoire.-Façade.
Intérieur. Coupole. Mattre-autcl.
Tribune et chaire. Partie méridionale.
Transsept du Sud. Chapelle Clémentine.
Bas-côtés. Chapelles du Chœur, de la Pré-
III
Pages.
sentation, des Fonts baptismaux, de la Piété,
de Saint-Sébastien, du Saint-Sacrement, de
la Vierge. Transsept du Nord. Souter-
rain. Sacristie. Partie supérieure.
Extérieur IGO
XIX. Le clergé romain. Le gouvernement. Intri-
gues. Le cardinal prince d'X. Un car-
dinal célèbre de Home. M. de Mérode 18;>
XX. Lettre d'un curé de campagne. Le Pape. Le
pouvoir temporel. Le pouvoir spirituel. 190
XXI Basiliques. Les Thermes. Mausolées.
Saint-Ange. Le Colysée. 210
XXII. Saint-Jean de Latran. Les moines mendiants.
Scala Santa. Santa Croce in Gerusalemme.
Sainte-Marie-Majeure. 215
XXIII. Saint-Paul. Saint-Paul-les-Trois-Fontaines.
Le Capitole. 220
XXIV. Le Vatican. Le Pape.-Le cardinal Antonelli.
Le cardinal de Richelieu. 225
XXV. Le catholicisme en France. Le catholicisme à
Home. Le clergé romain. Réforme.
Conclusion 23o
XXVI. Forum.- Temples. Rome antique Places.
Obélisques. Fontaines. 21.">
XXVII.. Églises. Santa Agnese. Sant'Agostino.
Ara Cœli. Capuccini. San Clemenle.
Gesu. Sant'Ignazio, San Luigi de' Fran-
cesi. Santa Maria sopra Minerva. Santa
Maria del Popolo. San Pietro in Vincoli.
Santa Fudenziana. Galeries Spada. Gale-
ries Corsini. Jardin Corsini. Villa Bor-
ghèse.- La place d'Espagne.– Via Condotti 237
XXVIII. Départ de Rome. L'abbé 0. et la police pon-
tificale. Opinion de la noblesse et de la
classe commerçante sur l'état actuel de la ville
de Nûples. François il et la reine de Naples.
Victor-Emmanuel. Garibaldi. 271
P»KC3.
XyIX. Le Capri; son équipage. Le macaroni. Mar-
seille ses cafés, ses embellissements, sa po-
pulation, son commerce. M. et Mme de Mai-
sons (influences dangereuses).- De Marseille
à Toulouse. Toulouse. Le Juif-Errant et
le Normartd. 285
XXX. Arrivée à Bordeaux.- Retour à É. 293
Pinacothèque. Historique des quarante et un tableaux
contenus dans ce célèbre jnusée 295
AUX. LECTEURS
Homme d'affaires, peu habitué à l'alignement des
phrases et des périodes irréprochables, je présente ce
livre à mes lecteurs sans prétention et sans amour-
propre.
Notes de voyage, jetées à la hûte en passant dans des
contrées qui m'étaient jusqu'alors inconnues, les pages
qu'on va lire n'étaient point destinées à la publicité.
Néanmoins, je fis certaines remarques, j'observai cer-
tains faits qui, rapprochés, coordonnés entre eux, ont
fini par devenir un volume.
Je les ai lues, ces pages, à des amis peut-être trop
indulgents. Ils m'ont pressé de leur donner l'honneur
de l'impression; je J'ai fait. Je l'ai fait, parce qu'il m'a
semblé que ce ne sont pas toujours les idées. les plus
neuves, revêtues des formes les plus brillantes, qui
plaisent davantage au public mais qu'on est parfois
bien aise de lire les pensées simples écrites simplement.
C'est à quoi j'ai visé quand ma main inexpérimentée
traçait ces lignes.
Je demande donc à mes lecteurs indulgence bien-
veillante, en leur promettant de leur dire la vérité sur
des faits, des hommes et des pays dont on a déjà beau-
coup parlé, dont on parlera sans doute beaucoup plus
encore j'ai payé un juste tribut d'éloges aux hommes
qui le méritaient à mes yeux j'ai blâmé les actes de
quelques autres, en me faisant en cela l'écho fidèle des
griefs qui leur sont reprochés.
Sans doute ce modeste livre soulèvera contre moi
des jalousies, des rancunes ou des inimitiés.
Les premiers me diront que j'aurais mieux agi de
m'occuper de mes affaires que de perdre mon temps
faire de la littérature ou des voyages.
Les seconds voudront se voir désignés dans quelques
passages relatifs aux petitesses de l'espèce humaine.
Les derniers, par habitude ou par besoin, exerce-
ront contre ma modeste production leur verve impuis-
sante ou leurs phrases vides de sens.
Aux premiers je répondrai que sans rien négliger
on peut faire marcher de pair les affaires, le travail,
avec les distractions scientifiques, littéraires ou politi-
ques que je prends en cela pour modèle le plus grand
potentat des temps contemporains, l'homme au puis-
sant génie qui trouve le temps d'écrire la vie de César
au milieu des sollicitudes de la cour, des embarras
de la politique universelle, et qui, en sortant de prési-
der un conseil de ministres où se sont agitées les des-
tinées du monde entier, ne dédaigne pas le noble
VII
exercice de la chasse, les délices d'une promenade ou
d'un voyage d'agrément.
Aux seconds je répondrai Je n'écris l'histoire de
personne; si, parmi mes lecteurs, il en est qui se re-
connaissent dans des tableaux peu flattés, tant pis
pour eux.
Aux derniers, enfin, je dirai Peu m'importent vos
inimitiés impuissantes et vos critiques de mauvais aloi
car j'ai toujours pris pour modèle et ligne de conduite
le mot fameux de François 1er « J'ai fait ce que ma
conscience et la bonne foi m'ont inspiré. Adviendra ce
que pourra. »
Mais aux lecteurs impartiaux et bienveillants, aux
critiques sérieux et aux amis-sincères de la vérité, je
dirai toujours Lisez ces pages comme je veux qu'elles
soientlues, avec coufiance, indulgence et sans pré-
vention, et vous en rapporterez peut-être quelque en-
seignement utile, quelques heures de distraction.
Et si j'ai réussi, chers lecteurs, à vous intéresser
ou à vous plaire, je serai satisfait au-delà de mes espé-
rances.
J. F.
A VOL D'OISEAU
FRANCE, ROME, ITALIE
M. Saintes. Ses arènes. L'arc de triomphe de César.- Ses
églises. -Son cognac
M. H. mon compagnon de voyage, a dépasst':
la cinquantaine il habite la jolie petite ville de
Saintes, et, comme tout bon patriote, il voudrait
voir sa ville. natale, un peu triste et monotone,
devenir le clief-licu de la Charente-Inférieure, au
détriment de La Roclielle, qui n'entend pas du
tout abandonner ses droits.
Saintes a, on le sait, ou on est censé le savoir,
des arènes romaines un arc de triomphe élcvé ;'i
Jules César, et que les Saintais, dans leur profond
amour de l'art, ont conservé intact, quoique en lu
2
démolissant, parce qu'il ne se trouvait pas en face
d'une rue qu'on voulait créer; mais on l'a rétabli
sur ses bases en numérotant les pierres et en
leur donnant un lustre d'antiquité, au moyen de
fumigations ou de peintures. Est-ce de l'art, est-ce
du vandalisme?. Je me garderai bien de décider
la question.
Saintes possède aussi de splendides églises qui
remontent au temps des plus belles œuvres gothi-
ques et romanes; Saintes, enfin, possède de bon,
d'escellent cognac et, qui plus est, Saintes pos-
sède un brave, digne, excellent homme, qui, mal-
gré sa cinquantaine achevée, malgré ses habitudes
due travail sérieux et ses occupations parfois pé-
nihles, a conservé un caractère d'une égalité par-
l'aitc"un entrain, une gaîté et surtout un appétit
qui ne se démentent jamais.
En un mot c'est un bon compagnon de voyage
et ce qui est préférable encore un excellent
ami.
Aussi jouit-il, dans sa ville natale d'une juste
et légitime considération, et, depuis bien des an-
nées, le suffrage universel lui prouve la reconnais-
sance de ses concitoyens. Il en est orgueilleux et
lier.
Pour être élu membre d'un conseil municipal,
dans une petite ville comme dans une grande cité
dans les campagnes surtout il faut vraiment jouir
-3-
de la considération publique. Chaque électeur veut
connaître l'homme qui va défendre ses intérêts les
plus chers, qui prendra soin du foyer domestique,
qui veillera à la bonne administration des deniers
communaux. Le conseiller municipal est l'ami le
défenseur réel et sérieux de l'électeur.
Donc M. H. est membre du conseil munici-
pal de la ville de Saintes, et c'est vous dire qu'il
est aimé dans sa ville natale estimé de ses conci-
toyens et j'ajouterai que son jugement droit ses
connaissances sur certaines questions qui intéres-
sent la classe ouvrière, lui ont acquis une grande
popularité dont il ne s'enorgueillit pas, mais dont
il parait satisfait, et je trouve qu'il a raison.
Et maintenant que vous connaissez mon com-
pagnon de voyage, permettez-nous de prendre fi
Bordeaux le train express de Paris, à huit heures
cinq minutes du matin, le 15 août, jour de la fête
due S. M. l'Empereur, et de vous dire ce que nous
avons vu depuis cette époque et pendant le voyage
que nous allons accomplir.
II.
Souvenirs d'affection. Angonlème. Un jeune magistrat. Poitiers.
Chàtellerault.– La Tonraine. Orléans. Le 15 août. Les
influences dangereuses.
Partis de Bordeaux à huit heures cinq, nous dé-
jeunons au buffet d'Angoulème où nous trouvons
lionne table, très-bon service, mais de mauvais vin.
Les propriétaires du buffet d'AngouIème, qui par
parenthèse,, gagnent beaucoup d'argent, ne peu-
vent faire mieux quant à lcur table mais il nc faut
pas que l'amour du pays leur fasse oublier que la
Gironde produit des vins supérieurs à ceux de la
Charente, laquelle possède, du moins, de meilleur
cognac. Or, voyez ce qui arrive on vous sert du
vin d'AngouIème ou des environs et on vous offre
du cognac de Bordeaux. Le buffet d'Angoulemc
part cette légère observation est parfait sous
tous les rapports.
Q i
Mais le signal est donné cessons nos réflexions
et partons.
I)'Angoulème à Orléans, le pays est superbe.
laissant cette dernière ville, coquettement assise
sur une jolie et fertile montagne qui domine la
plus riche des vallées, nous volons vers Poitiers,
la ville aux souvenirs historiques, en laissant notre
esprit et notre cœur porter un bon souvenir dc
reconnaissante affection, d'amitié sincère, à un
jeune magistrat pleiu d'honneur, de savoir et d'in-
dépendance, qui, du fauteuil modeste de substitut
de procureur impérial d'Angoulême deviendra
nous l'espérons un de ces hommes que le monde
entier respecte et vénère, parce qu'ils tiennent
dans leurs mains l'honneur des familles, la fortune
publique la bonne foi du pays.
Élevé à l'école de l'indépendance et de la plus
sévère probité, M. M. nous n'en doutons pas,
sera quelque jour chef d'un parquet important, et
je félicite à l'avance le tribunal qui le possédera
dans son sein. Que ces vœux, si modestes qu'en
soit l'originc, soicnt considérés par M. NI. comme
nn témoignage de l'amitié que je lui ai vouée et de
l'estime qu'il s'est acquise auprès de tous ceux qui
l'ont connu.
Un souvenir de profond respect M"1C 13. la
tille aimée du digne et honorable sous-préfet de
la douceur jointe à la beauté, à la candeur
6
et à la modestie, qu'une mère le modèle des
femmes, a si bien su inculquer à sa fille. Notre
pensée, en courant, se reporte dans les salons des
gracieux époux qui savent si bien en faire les hon-
neurs et quand la pensée vogue sur les sentiers
de l'affection, du dévoûment, du respect de la
tâmille, on aime à laisser flotter ses idées au gré
des caprices de son coeur Mais nous arri-
vons en gare de Poitiers.
Près de là aussi nous avons le bonheur de comp-
ter un vieil ami des plaisirs de notre jeunesse.
Octave de L. si quelque jour ce livre va
jusqu'à toi, tu sauras que le coeur de celui que tu
appelais autrefois ton mcilleur ami n'a pas changé,
et que bien souvent le souvenir des bonnes jour-
nées que nous avons passées ensemble, vient
donner à ma vie d'affaires, parfois si insipide et si
pleine de déboires de toute sorte un peu de ce
bonheur d'autrefois, quelques souvenirs lointains
des beaux jours de Saint-G. et de Cobourg.
Te souviens-tu de deux jeunes et charmantes
filles blondcs fraîches roses gracieuses ?
L'une, celle que tu aimais alors, connais-tu sa
triste lin? Elle a épousé un homme qu'elle n'aimait
que parce qu'il habitait une grande ville. Voulait-
elle s'étourdir et ne plus songer à toi? Je l'ai tou-
jours pensé. En donnant le jour à deux charmants
enfants qui feraient aujourd'hui son orgueil et sa
7
joie, elle est morte en t'envoyant peut-ètre sa
dernière pensée d'amour, à toi qu'elle n'a jamais
oublié, même dans les bras d'un autre homme.
L'autre. Comme j'aimais cette blonde jeune
fille, et que d'angoisses a subies mon pauvre cœur
J'avais dix-huit ans, elle en avait seize à peine
nous nous étions juré des amours éternelles.
Elle a épousé un enfant de la blonde Albion
très-brun et, dit-on, fort jaloux. Elle a beaucoup
d'enfants elle est toujours belle agaçante et co-
quette. Je ne l'ai revue qu'à de rares intervalles.
et sa vue, chose étonnante! m'a laissé froid et
indifférent. Tant il est vrai que l'absence et la
mort sont les souverains médecins de cette dan-
gereuse maladie qu'on appelle l'amour.
C'est que, vois-tu, cher Octave, nous avons
l'un et l'autre des enfants à chérir, des femmes ;1
aimer, du bien-être à acquérir pour les héritiers
de notre nom et l'espoir de notre vieillesse.
Nos rêveries se seraient prolongées bien long-
temps encore si, arrivés en gare de Chàtellcrault.
nous n'eussions été rappelés à nous-mêmes par
une voix doucereuse qui s'adressait à nous « De
jolis couteaux, monsieur, pour.faire un joli cadeau
à une jolie personne?. ».
M. H. marchande longtemps; il s'en faut du
bien peu de chose, mais au moment de partir il
Ibit une condition au marché d'essayer le couteau
8
pendant un mois avant de le payer le prix con-
venu. Marché manqué.
Le voyageur qui pour la première fois traverse,
même en chemin de fer, ce beau pays qui de Châ-
tellerault conduit à Orléans et qui porte le nom de
la Touraine, doit se demander, il nous semble, si
dans le monde entier il existe rien de plus en-
chanteur que ces rives tant vantées, que ces sites
admirables. Ici c'est une maison gracieusement
élevée au milieu d'arbres nouvellement alignés
dans l'épaisseur d'un bois tout surpris de voir la
symétrie anglaise appliquée à son désordre sécu-
laire là c'est un petit château bâti avec les écono-
mies d'un petit négociant de la capitale qui vient
respirer le grand air qui lui a fait défaut pendant
tant d'années plus loin apparaît la demeure
somptueuse des anciennes familles qui viennent
oublier le bruit des fêtes de leurs splendides hô-
tels du noble faubourg parisien. Profonde erreur!
inconvénient des grandes positions de ce monde
Même dans la Touraine, le bruit des fêtes et des
plaisirs les poursuivent sans cesse, et leur séjour à
la campagne n'est qu'un prétexte à de nouvelles
l'êtes, de nouveaux ennuis. Fatigués de trop s'a-
muser, ces heureux de la fortune passent leur vie
à désirer la position modeste de ceux qui, de leur
côté, passent leur existence à souhaiter celle de
ces privilégiés; les uns et les autres suivent le
g
r
cours de leur destinée, et en arrivant à la fin de leur
carrière, ils comprennent qu'ils n'ont suivi qu'un
sentier détourné pour arriver au même but la
mort.
Chaque station de cette belle contrée est uue
page de notre histoire de France, et les noms de
Tours, Monllouis, Amboisc, Blois, Beaugcncy,
nous rappellent les plus beaux temps de notre
belle noblesse française.
Nous arrivons à Orléans à six heures et demic
notre omnibus nous conduit au meilleur hôtels de la
ville. Que sont donc les autres, grand Dieu
Ne pouvant.continuer notre voyage que par Ic
train de dix heures trente minutes, nous profitons
des quelques heures qui nous restent pour parcourir
la ville d'Orléans.
Nous avons assisté au feu d'artifice offert au pu-
blic en l'honneur de la fête de Napoléon III et
nous ne pouvons féliciter Orléans que d'une chose,
c'est de la grande économie de la municipalité!
Quelle parcimonie
Orléans possède, outre sa fort belle cathédrale,
beaucoup de légitimistes. Aussi avons-nous re-
marqué le peu d'empressement de la population
l'èler le 15 août, que l'immense majorité de la
France célèbre avec tant de bonheur et de recon-
naissance. Pas' de maisons pavoisées, absence
complètc d'illuminations.
10
« ̃ X quoi tient donc cet état de choses, de-
mandons-nous à un de nos compagnons de voyage
» ̃ Aux influences dangereuses, nous fut-il-
répondu.
» Qu'appele7-vous donc influences dange-
reuses, demandai-je au personnage qui venait de
s'exprimer ainsi homme de einquante-cinq à
soixante ans environ, portant à sa boutonnière le
ruban de la Légion-d'Honneur.
» Ce que j'appelle influences dangereuses,
monsieur, c'est ce qui malheureusement, existe
dans bien des départements de la France je vais
m'expliquer, continua-t-il, et je vais vous racon-
ter ce qui se voit encore de nos jours, au moment
où je vous parle, en plein dix-neuvième siècle,
dans ce beau pays civilisé qu'on appelle la France.
» Depuis vingt ans, je suis juge au tribunal de
première instance de C. et je vous assure que
j'ai pu observer bien des choses qui, si elles arri-
vaient aux oreilles de l'Empereur, lui feraient
comprendre combien il est trompé souvent par
ces hommes sans convictions qui affublés d'un
grand nom, après avoir déserté tous les partis aux-
quels ils ont appartenu après avoir, renié tous les
gouvernements qu'ils ont servilement adulés, em-
ploient leur vie à faire le mal du pays qu'ils habi-
tent, en voulant faire accroire qu'ils en sont les
bienfaiteurs. »
Et alors le magistrat de C. tirant de sa poche
un petit volume in-octavo, nous lut l'histoire de
M. et Mme de Maisons.- « Ce petit volume, nous
dit-il sera mis au jour, si les circonstances m'y
forcent, et ce jour-là nous espérons, mes amis et
moi débarrasser à tout jamais notre contrée de
ces personnages qui lui font tant de mal. »
Pendant près de trois heures, nous demeurâmes
sous le charme de la lecture intéressante de notre
digne magistrat. Son petit volume, je vous assure,
est appelé à produire une grande émotion dans
l'arrondissement de C. et les influences dange-
reuses de tous les pays n'ont qu'à se bien tenir sur
leur garde.
» Oui, continua notre digne magistrat, in-
fluences dangereuses, monsieur, et qu'il est bien
temps de voir cesser dans notre France; car c'est
une menace de mort pour un gouvernement lors-
que des faits pareils sont connus de lui. et qu'ils
sont tolérés.
» Mais espérons que notre souverain saura
mettre un terme à de pareils abus des plus saintes
choses, et qu'un jour viendra où entouré seule-
ment d'amis, et d'amis vrais et sjgcercs, l'Em-
pereur, débarrassé de ces quelques vieilles toiles
politiques, utiles seulement dans la formation d'une
liste de sénateurs, comme dans la composition d'un
salon d'antiques, saura mettre les hommes politi-
12
(|iies à leur place et rendre à chacun ce qu'il
mérite.
»-Ah! si vous connaissiez, monsieur, tout le mal
que font à un gouvernement les influences dange-
reuses dans un département, vous ne me demande-
riez pas A quoi tient cette absence d'illuminations
au jour de la fête de l'Empereur, à Orléans ? Vous
sauriez que bien des familles, victimes de la haine,
de la vengeance, de la calomnie des vieux partis
politiques, sont autant d'ennemis du Gouverne-
ment, parce qu'on ne comprend pas que l'Empe-
reur se laisse approcher par des hommes tels que
celui que je vous ai montré tout à l'heure. Alors,
s'il arrive une manifestation politique, les mécon-
tents ou les victimes s'abstiennent, et je dois con-
venir que le nombre en est grand.
» Vous me dites que vous vous rendez en Italie,
monsieur, et que vous reviendrez par Marseille
moi je vais de Lyon a Marseille et, dans un
mois, je vous attendrai à dîner à l'hôtel de l'Uni-
ri'j-s, rue Cancbiùrc.
» C'est entendu! nous écriâmes-nous. Dans
un mois, à Marseille.
» Je vou^ dirai certains autres détails qui ne
manqueront pas de vous intéresser. Je vous mon-
trerai les nobles époux dans un autre monde et
sous un autre jour; et, quand vous les rencontre-
rez, vous pourriez les mépriser comme tout le
43
monde, et les faire connaître à ceux qu'ils trom-
pent depuis si longtemps.
» Au 15 septembre donc. Engagement ré-
ciproque, scellé d'une bonne poignée de mains.
«-Au revoir! messieurs,» nous dit, en s'arrè-
tant à Saint-Étienne, notre intéressant magistrat.
Saint-Éticnne. Lyon. Tartufe et les pensionnaires de la Comédie-
Française. La musique militaire.- Le maréchal de Castellane.
Pendant que M. X. nous racontait son his-
toire intéressante, nous franchissions rapidement
les distances et nous laissions bien loin derrière
nous Bourges Le Guétin station des eaux de Vi-
rh y, Roanne, ville manufacturière et qui a donne
son nom aux marchandises diverses qui composent
les magasins de rouennerie.
Nous arrivons a Saint-Ëticnne.
L'aspect sale et enfumé de cette ville qui compte
des milliers d'usines de toute sorte, mais surtout
pour la fabrication des armes, fait mal à voir car
lorsqu'on pense qu'une moitié de la population,
qu'on évalue à 42,000 âmes, passe presque toute
sa vie dans des puits de houille, dans des magasins
15
ou des ateliers qui ressemblent à une fournaise ar-
dente, on est forcé de plaindre le sort de cette
classe de notre société qui, pour acquérir le bien-
être ou simplement le gain modeste nécessaire à
fournir le pain de chaque jour à de nombreuses
familles, est obligée de s'enfouir dans une pous-
sière épaisse, dans une fumée noire et infecte.
Aussi, lorsque vous arrivez à Lyon, n'avez-vous
pas mal de ressemblance avec un citoyen de la
libre Amérique.
Lyon est une grande ville, mais à notre avis ce
n'est pas une belle ville. C'est, on le voit sans
peine, une cité commerçante, pleine de mouve-
ment, remplied'une population qui, le soir surtout,
donne un aspect très-vivant à certains quartiers;
mais il lui manque ce cachet d'aristocratie cette
apparence de bon ton, ces campagnes verdoyantes
et coquettes qu'on ne trouve qu'aux environs de
notre belle ville de Bordeaux.
Bordeaux. Nous ne savons trop si le patriotisme
nous aveugle si notre esprit est égaré par la sym-
pathie qne nous avons vouée à cette grande et
noble cité, dans le sein de laquelle nous avons
passé les plus beaux jours de notre jeunesse mais
ni Marseille et sa Canebière, ni son port de la
Joliette, ses arsenaux, sesnavires, ses grandis cafés
et sa Bouillabessc ne vaudront pour nous la ma-
jesté de notre quai splendide, le féerique coup
16
d'oeil de la place des Quinconces, du Grand-Théà-
tre, des cours de Tourny, du Jardin-Public, de
l'Intendance, Napoléon, etc., etc.
Mais nous n'avons à parler pour le moment ni de
Bordeaux ni de Marseille. Disons ce qu'est Lyon
nous distinguerons plus tard.
Lyon est une ville riche et manufacturière.
Elle compte 295,000 habitants. De très-bons
hôtels reçoivent les nombreux voyageurs qui se
rendent dans cette ville à toute époque de l'année.
Les hôtels de Lyon et de l'Europe, l'un place
Bellecôur, l'autre rue Impériale sont, croyons-
nous, ce qu'il y a de mieux.
Les églises n'ont rien de remarquable. Cepen-
dant nous devons citer le monastère de Saint-
Pierre, qui renferme de beaux tableaux, car il a
été érigé en musée.
Des hauteurs de Fourvières, vous pouvez très-
bien vous rendre compte de la ville de Lyon. A part
la grande rue Impériale qui donne accès sur la
grande place principale, rien ne s'offre à vos regards
quai ne soit très-ordinaire. Mentionnons toutefois
la nouvelle bourse l'hôtel de villc résidence de
l'administrateur de ce beau département du Rhône.
Les théâtres sont loin de valoir la scène borde-
laise mais ils ont l'heureuse chance de donner à
leurs directeurs beaucoup de spectateurs, et, ce
qui est mieux encore, de bonnes recettes.
47
Mmc Arnould Plessy, MM. Bressant et Delaunay
jouaient au Grand-Théâtre, le 16 août dernier, le
Tartu fe de Molière, œuvre immortelle, qui trouve
l'application de sa critique amère et mordante
dans toutes les villes du monde. -Les pension-
naires émérites du Théâtre-Français trouvent le
meilleur accueil chez les Lyonnais, et, pour notre
compte, nous les avons applaudis de tout notre
cœur et de toutes nos forces.
La musique militaire des régiments qui compo-
sent la garnison de Lyon se rend tous les soirs
sur la place Impériale. Là, sous des allées d'arbres
jeunes encore, parmi des massifs de fleurs parfai-
tement entretenus, près de belles gerbes qui mêlent
le concert de la chute de leurs eaux abondantes
aux doux accents d'une excellente musique une
société brillante et plus bruyante encore se donne
rendez-vous.
Assis devant un joli pavillon appelé le Café des
Officiers, nous prenions une glace en compagnie
d'un compatriote que nous avions eu la chance de
rencontrer par là lorsque de loin nous avons vu
s'avancer au milieu d'une population d'ouvriers en
blouses, et chapeaux bas, une de nos vieillesillus-
trations militaires dont la poitrine disparaît sous les
distinctions, les croix, les médailles, lescracliats.
D'une main tenant un lorgnon qui est presque sans
cesse appliqué à son oeil droit, le chapeau la
48
main gauche courbé sous le poids des ans et de
la gloire militaire, le noble maréchal de Castel-
lanne s'avançait lentement, et, le dirons-nous, sai-
sis d'un profond respect pour cet illustre vieillard
nous identifiant à l'honneur national, nous nous
sommes levés et nous avons obtenu le coup de
chapeau que nous sollicitions de lui.
IV.
Culoz. Aix-les-Bains. Lamartine. Chambéry. M"' la com-
tesse de Eugène Sùe. -La princesse de Solms.
De Lyon à Culoz, point d'intersection du che-
min de fer de Paris, on ne remarque rien de bien
saillant. On traverse les faubourgs de Lyon on
longe un jardin public nouvellement tracé au mi-
lieu de garennes d'arbres qui d'ordinaire servent
peu d'ornement aux jardins d'agrément. Quelques
centaines d'aubiers composent des massifs qui
n'offriront jamais aux promeneurs ni un ombrage
agréable, ni un arôme enchanteur. Mais mieux
vaut le tiens que deux tu auras. et c'est ici le
lieu d'appliquer ce vieil adage. Les Lyonnais se
sont servis de ce qu'ils avaient.
De Culoz à Aix-les-Bains, on commence à lon-
ger les montagnes en passant dans une vallée
-20-
étroite qui nous mi:ne jusqu'au splendide lac du
Bourget. Saluons en passant la demeure où notre
grand poète Lamartine s'est inspiré de ses plus
belles créations et de ses plus beaux vers, sur les
bords de ce lac dans les plus doux rêves de ses
belles années, alors que le modeste chalet con-
struit sur les rives du lac du Bourget abritait ce
grand homme, ce génie immense, incomparable,
incompris pourtant de la plus grande partie de
cette France qui se serait en un temps fait tuer
pour lui, pour lui, qui avait exposé sa vie dans un
jour de deuil et d'horreur pour la France
Nous arrivons à Aix-les-Bains ville très– fré-
quentée pendant la belle saison à cause de ses
eaux tlicrmales.
D'Aix-les-Bains à Chambéry, la campagne, riche
et fertile, offre un coup d'oeil ravissant. Ce ne sont
que maisons de plaisance, que chalets, que châ-
teaux bien situés bien ombragés le tout égayé
par une plaine riante entre de hautes montagnes,
traversée par deux rivières, l'Alysse et l'Alhanc.
Un château construit en 4215 par Thomas Ier a
longtemps été la résidence des princes de la Sa-
voie, jusqu'à ce que Turin ait annexé cette partie
de la France d'aujourd'hui et d'alors au gouverne-
ment piémontais.
Dans le rapide trajet d'Aix-les-Bains à Saint-
Jean- dc-Maiirienne nous avons eu l'heureuse
chance de rencontrer une jeune et charmante
femme, italienne de naissance, française par les
moeurs la grâce et l'amabilité Mme la comtesse
de C. qui habite Turin mais qui passe la plus
grande partie de sa vie à voyager en France. Elle
connaît tous nos auteurs modernes; elle a été en
rapports fréquents avec nos principaux romanciers,
et je l'ai vue avec bonheur payer un juste tribut
d'admiration à notre grand poète de Lamartine, t
notre immortel Victor Hugo je l'ai entendue van-
ter les œuvres d'Eugène Süe, qui a lui aussi, ha-
hité la Savoie, aux environs de Chambéry, quand,
frappé par les circonstances politiques, il fut forcé
de sortir de France, en 1852. Ce fut la qu'il rendit
le dernier soupir, en envoyant sa dernière pensée
a la patrie, qu'il aimait à sa manière, cet homme
que des illusions encouragées par un parti politique
toujours turbulent et parfois dangereux avaient
égaré sans retour.
C'est là qu'il connut M"10 la princesse de Solms,
cette femme adorée et adorable, ce poète enchan-
teur, cette douce et charmante enfant, si aimée
et si calomniée Elle l'aida par sa (;ailé, par son
esprit, par ses conseils, à supporter les douleurs
de l'exil dont elle comprenait si bien toute l'amer-
C'est li qu'Eugène Sue a écrit « Au jour de
réparation et de justice, Aix et Chambéry. devien-
22
dront possession française. » Sans doute que ce
jour est arrivé, puisque la Savoie est aujourd'hui
francaise. C'est justice, en effet, car l'étranger
qui entre pour la première fois dans ce beau pays
ne se doute pas que les populations qui l'entourent
ont jamais été italiennes les moeurs les usages,
le langage, le costume, tout est français.
D'Aix à Chambéry, et aux environs de cette
dernière ville, aujourd'hui chef-lieu de départe-
ment, et qui compte 15,500 habitants, il y a de
fort jolies excursions à faire. Comme souvenir his-
torique, nous sommes allés voir la maison de cam-
pagne longtemps habitée par Jean-Jacques Rous-
seau en compagnie de Mmc de Warens.
A 23 kilomètres de Chambéry, vous devez visiter.
la Grande-Chartreuse de Grenoble où les pères
chartreux reçoivent avec plaisir les nombreux visi-
teurs du sexe masculin qui vont goûter l'excellente
liqueur répandue dans le monde entier et que l'on
doit a leur fabrication.
Dans une montagne calcaire qui ferme la vallée
que traverse le Guiers Napoléon I°r a fait percer
une galerie qui a 8 mètres de hauteur, autant de
largeur, et plus de 900 pieds de longueur. C'esb
en 1817 que le roi de Sardaigne a fait terminer ce
magnifique travail. Le village que l'on traverse, et
qui s'appelle les Échclles-de-Savoie, doit son nom
li la coutume qui existait autrefois de passer par
23
un sentier conduisant à travers les montagnes au
moyen d'échelles placées l'une au-dessus de l'au-
tre. Ce passage, fort mauvais dans les temps plu-
vieux, était parfois traversé par le voyageur assis
dans un fauteuil, porté sur son dos par un fort et
vigoureux Savoisien.
Nous apercevons la crète aride des montagnes
appelées le Mont du Chat la Dent de Nivolel
dont la hauteur est de plus de 1,400 mètres. Une
dame voyageant avec son mari, grand admirateur
des beautés de la nature, nous dit qu'elle a tou-
jours mieux aimé admirer les montagnes d'en bas
que d'en haut.
Cet avis, qui pourrait être partagé par bien des
touristes, n'est cependant pas toujours avoué avec
autant de naïveté.
Nous laissons sur notre gauche le château de
Bâtie et celui de Chignin. Ces deux forts servaient
la défense du pays. A droite est le mont Grenier,
qui a une hauteur de 1,926 mètres.
Des monceaux de pierres et des blocs énormes
de rochiers nous rappellent que plusieurs villages
l'urent engloutis par leur chute au milieu du
XIIIe siècle.
Nous avons cru devoir faire une visite au châ-
teau de l'illustre Bayard. Ce n'est plus qu'une ruine
aujourd'hui.
En longeant l'Isère, on arrive 11 Montmélian, et
24
en traversant un pont jeté sur cette rivière qui
n'est le plus souvent, en hiver, qu'un torrent ra-
pide, nous apercevons la crète du mont Blanc.
M. Dupays, qui a publié un guide des plus com-
plets sur l'Italie et la Suisse, nous apprend que
« le château de Montmélian fut longtemps le bou-
levard de la Savoie du côté de la France. En 1600,
Henri IV, qui en faisait le siége, faillit être tué
par un boulet de canon. Le comte Geoffroy Bens
de Cavour s'y défendit pendant treize mois contre
Louis XIII; en 1691 ce château se rendit à Cati-
nat, après trente-trois jours de tranchée ouverte
enlin, Louis XIV le fit raser et démolir en 1705. Il
D'Aiguebelle nous arrivons à Saint-Jean-de-
Maurienne.
C'est à Saint-Jean-de-Maurienne que s'arrête le
chemin de fer. On prend des voitures pour traver-
ser le mont Cénis, et l'on s'arrête pour déjeuner
environ une heure.
2
Le bey d'Alexandrie et sa femme. Lans-le-Bonrg. Le mont Cénis.
La commence le régime de vie italien, ou plutôt
piémontais on vous sert des petits-pains de toute
dimension, espèce de pâte très-cuite et qui n'a
pas mal de rapport avec les gaufres de ménage.
Un bey d'Alexandrie (Egypte), sa dame au\
longues papillottes et la désinvolture anglaise
et un jeune homme charmant, d'origine grecque,
qui habite Boston sont tout surpris d'entendre un
garçon demander au chef du buffet Un veau pour
chacun d'eux!
Nous déjeunons donc tant bien que mal, et nous
montons dans l'intérieur du courrier, en compa-
gnie du bey, de sa dame, d'une jeune et aimable
Turinoise, Mme la comtesse de C. dont j'ai déjà
26
parlé, et d'une autre dame italienne qui se rend à
Milan, sa patrie.
Une chaleur excessive, jointe à une sécheresse
qui dure depuis bientôt trois mois, nous rend la
place insoutenable une poussière noirâtre nous
inonde sans merci; et ce n'est que l'amabilité de
nos compagnons de voyage qui peut nous faire en-
durer cet enfer anticipé.
Une soif ardente nous dévore, et, arrivés à Mo-
dane, petite bourgade enfouie au pied du mont
Tabor, dans les glaciers de la Vanoise, nous aper-
cevons des vieilles femmes munies de vases pleins
d'eau fraîche dont la grosseur ne peut se comparer
qu'aux affreux goitres qui leur couvrent en entier
le cou, le menton et la poitrine. C'est une affreuse
polplation que celle qui se présente à nos yeux.
Sale, déguenillée, elle accourt à J'arrivée des voi-
tures pour mendier quelque pièce de monnaie en
échange d'un verre d'eau que notre soif ardente et
la poussière nous forcent d'accepter.
Le bey d'Alexandrie est un homme très-bien
élevé sa dame, à part ses minauderies d'Anglaise
ridiculc, est fort aimable; mon Italienne de Milan
dort d'un profond sommeil, ou, si elle ne dort pas,
ne parle jamais; mon Italienne de gauche me
donne les détails les plus intéressants sur les con-
irécs que nous parcourons, et, comme elle a eu le
soin de se munir de quelques fruits en partant de
27
s Paris, nous les acceptons avec plaisir ils ne sont
pas défendus.
A sept heures du soir, nous arrivons à Lans-le-
Bourg, au pied du mont Cénis. C'est à l'hôtel Royal
{ que nous relayons c'est aussi à l'hôtel Royal que
nous devons dîner.
Un jeune auteur de la Gironde un poète très-
goûté, a publié quelques relations de voyage qu'il
fit dans le Piémont et la Lombardie, en 1844.
M. Jules de Gères, dans un style comme il en a le
secret, raconte qu'il fit des diners délicieux dans le
Piémont et la Lombardie, et la carte qu'il offre
à ses lecteurs ferait presque croire qu'on vit dans
la Lombardie en vrai sybarite. Pour nous, nous
regrettons de n'avoir pas trouvé d'aussi bonnes
choses, des cuisines si délicieuses, et ce qui nous
a été servi à l'hôtel Royal de Lans-le-Bourg était
affreusement mauvais. Triste présage pour l'aveuir.
A notre avis, sans être ni gourmet ni gourmand,
le voyageur est toujours bien aise de trouver en
voyage quatre choses une bonne table, de bon
vin de jolies femmes et de bons compagnons de
Le conducteur vient nous avertir qué les che-
vaux sont attelés et qu'on attend les voyageurs.
Ici commence l'ascension du mont Cénis. Une
route superbe a été commencée et fiuic par Napo-
léon le Grand, de 1803 à 1810 Elle est due il
-28-
l'ingénieur Fabroni des poteaux placés de dis-
tance en distance, indiquent en temps de neige
les bords de la route, qui est garnie de parapets,
et plusieurs maisons de refuge servent d'abri aux
voyageur.
Au sommet on découvre un magnifique point de
vue on aperçoit une partie des plaines de l'Italie,
et un lac qui a plus d'un kilomètre carré et qui
produit d'excellentes truites.
En descendant des hauteurs de la montagne,
vous pouvez admirer à votre aise la beauté du tra-
vail qui s'offre à vos regards la route, tracée sur
le bord d'un ravin d'une profondeur immense, pa-
rait être suspendue comme par enchantement dans
les airs; elle est soutenue par des arcades taillées
dans le calcaire. Ce travail admirable produit sur
les voyageurs un effet saisissant. Des postillons
clescendent, au galop de six, huit ou dix che-
vaux, de lourdes diligences qu'on décore du nom
plus relevé de courrier; et lorsque cette longue lilc
de chevaux prennent leur détour sur le bord du
ravin, vous passez si près du précipice, que votre
œil peut plonger dans l'immensité, et on se recule
épouvanté en jugeant qu'un accident, si mince qu'il
soit, peut nous précipiter dans ce néant. j|
Mm0 la comtesse de C. s'amusait assez de l'air k,
effrayé du bcy d'Alexandrie, et surtout des excli- 3
mations de sa moitié. '1
99
Quant à ma voisine de droite, elle avait été
remplacée à Lans-le-Bourg par une autre dame de
ses amies, voyageant avecelle. Ces dames lavaient
sans doute pris quelque somnifère, car ma nou-
velle voisine a continué le sommeil commencé par
l'autre.
Après- neuf heures et demie de voiture, nous
arrivons à Suze, à trois heures du matin.
vif.
La douane. Suze, et de Suze à Turin.
Nous sommes obligés d'attendre à Suze, pendant
deux heures, le départ du train qui doit nous em-
porter à Turin.
On ne peut se faire une idée du désordre qui
règne dans le trajet de Saint-Jcan-de-Maurienne
a Suze quant au transport des bagages des voya-
geurs. Vous allez facilement le comprendre.
Voici comment se font les choses
Dix ou quinze voitures attendent les voyageurs
à la gare de Saint-Jean-de-Maurienne. Le cour-.
rier part d'abord, puis les autres voitures indis-
tinctement et à mesure que les places sont prises.
Or, il arrive que le courrier est toujours occupé
avant les autres voitures; mais, ne pouvant rece-
31
voir tous les bagages des voyageurs, surtout à
l'époque des bains d'Aix ou de la belle saison le
surplus est laissé en gare, et d'autres voitures, qui
partent une ou deux heures apris le courrier, se
chargent du transport jusqu'à Suze, on vous êtes
obligé d'attendre leur arrivée.
Je ne connais rien au monde de plus désagréable
en voyage que d'être continuellement à la recher-
che de ses bagages. C'est une préoccupation de
tous les instants, qui.vons empêche le plus souvent
de jouir des plaisirs du voyage. Figurez-vous donc
votre position Votre carton à chapeau vous a
suivi; mais votre malle votre sac de nuit et sou-
vent beaucoup d'autres colis sont dispersés snr
dix ou quinze voitures que vous êtes forcé d'at-
tendre.
Puis vous vous faites ce raisonnement « Si
mes effets sont sur une diligence qui subisse quel-
que retard, je manquerai le train, et je me verrai
t'orcé de séjourner jusqu'à leur arrivée. Il fauclra
faire jouer le télégraphie. On m'a peut-être pris
ma malle on l'a peut-être égarée, etc., etc. »
Mais une première voiture arrive. Il faut assister
au déchargement de tous les bagages, et au mi-
lieu d'un tohu-bohu de colis de toutes sortes, re-
chercher vos effets. Il n'y a rien sur cette voiture
il faut attendre l'autre. Sur celle-là, il ne se trouve
qu'un des colis que vous attendez. La troisième
32
n'a rien pour vous; il faut attendre la quatrième,
quelquefois la cinquième, et le plus souvent toutes
les autres.
C'est un ennui quand on voyage dans la belle
saisori mais cela devient un vrai désagrément
quand on voyage par un mauvais temps ou par un
hiver rigoureux.
C'est précisément ce qui nous est arrivé. Je
n'avais sur le courrier .qu'un colis m'appartenant;
NI. H. n'avait rien du tout. Sur la seconde voi-
ture, M. H. avait un colis seulement, et moi je
n'avais rien. Enfin à la cinquième voiture, nous
avons pu compléter nos bagages et les présenter à
la douane.
La douane de Suze est, je l'avoue à notre hon(e,
beaucoup plus facile et beaucoup plus polie que
chez nous. Messieurs les préposés sont vraiment
bien élevés, et il n'est pas de prévenances qu'ils
n'emploient vis-à-vis des voyageurs.
« Si vous avez quelque objet de contrebande
messieurs et mesdames, commencent-ils toujours
par vous dire, veuillez le déclarer; vous n'aurez
rien autre chose à payer qu'un simple droit, et
vous nous éviterez la peine de verbaliser, ce qui
pour nous, est fort pénible. »
Mes voisines de droite, qui avaient si bien dormi
pendant la traversée du mont Cénis, n'ont sans
doute pas compris le plus poli des douaniers de
33
2*
S. M. le roi d'Italie, car la douane découvre, ca-
chés dans des robes et pliés dans des chemises,
plusieurs brimborions de toilette, des rouleaux de
soie, des pièces de dentelle française et anglaise,
qu'elles se voient saisir par les employés. Après
bien des pourparlers et des excuses, les objets leur
sont rendus, et la douane se contente d'une mo-
dique somme de 14 fr. 50 c. Nous avons tous ap-
plaudi ces messieurs de leur modération, et nous
les avons d'autant plus flattés que nous voulions les
reudre plus coulants pour nous.
M. H. qui séduit toujours son monde par sa
tabatière s'y prend si bien que nos malles ne sont
pas même ouvertes, et que nous avons l'heureuse
chance de faire enregistrer nos bagages assez il
temps pour prendre le train qui allait partir.
M. H. ne quitte pas les employés sans leur serrer
affectueusement la main, en leur souhaitant tonte
sorte de prospérités.
Dans le compartiment où nous montons nous
retrouvons tous nos compagnons de route du mont
Cénis, augmentés du jeune Grec dont nous avons
déjà parlé.
De Suze à Turin, nous traversons les villages
ou communes de Bussoleno, Borgone, Sant'Anto-
nino, qui n'a de remarquable qu'une belle église;
Sant'Ambrogio, où se trouve un couvent d'une
architecture qui tient beaucoup du château fort,
-34-
et qui est construit sur le mont Picchiriano; Avi-
gliana, Rosta, Apignano, Collegno:
Sur la droite se trouve Rivoli petite ville très-
commerçante, de 5,500 âmes. C'est aux environs
de cette ville que sont construites de nombreuses
maisons de plaisance, des villas.
On doit visiter celle qu'un avocat du nom de
Colla a fait construire, et qui est fort belle.
Un château fort, dit M. Dupays, servit de pri-
son, après son abdication, à Victor-Amédée, qui
y mourut en 1732.
VIII.
Tarie. Hdtel de l'Europe. Ses places. Ses églises. Ses musées.
Ses théâtres. Le Palais-Royal. Le Jardin-Royal.
Nous sommes en Italie, dans la capitale provi-
soire du nouveau royaume de Victor-Emmanuel
cependant, il ne nous semble pas être sorti de
France. C'est que rien ne nous indique de chan-
gement dans les mœurs, le costume, le langagc
même, si ce n'est dans le peuple et parmi les em-
ployés des chemins de fer. Les vetturini parlent
une espèce de langage qui ressemble, un peu an
toulousain mélangé de breton, avec assaisonne-
ment d'agenais. Bref, on comprend parfaitement
ce langage et vous êtes très-bien compris.
La langue piémontaise n'est ni l'italien, ni le
romain; c'est. le piémontais. Ce qui prouverait
ceux qui en ont douté que l'Ilalie, qu'on veut
-36-
unifier aujourd'hui, n'est pas une par les moeurs,
une par le langage, ce qui ne l'empêche pas de
s'entondre fort bien sur les résultats qu'elle désire
obtenir.
La vie, à Turin, se rapproche, plus que dans tou-
tes les autres villes d'Italie, descoutumesfrançaises.
Les hôtels sont installés à la mode française la
nourriture, à quelques exceptions près, est la
même qu'en France. Aux dîners français ajoutez,
au potage, le fromage parmesan, et les pâtes sur
les viandes, qui vous sont servies comme des bei-
gnets, vous aurez la nourriture italienne.
L'aspect dela ville de Turin, pour tout étranger
clui arrive par le chemin de fer de Culoz, est gran-
diose et imposant.
D'anciens forts qui servaient autrefois de cein-
turc à la ville et qui la restreignaient dans son
agrandissement, sont aujourd'hui démolis en partie,
et sur leurs emplacements ont surgi, comme dans
nos grandes villes de France, de superbes conslruc-
1 ions, de vastes hôpitaux, d'immenses casernes.
Une voiture que nous prenons à la gare nous
conduit rapidement à l'hôtel de l'Europe, place du
Château. C'est un magnifique et vaste bâtiment
qu'on appelle un palais. Nous prenons note de
celle dénomination, qui nous semble désigner avec
trop d'orgueil, ou trop d'engouement des mots
ronllants, quelques belles maisons de Turin, mais
37
qni pourrait s'appliquer à juste titre aux magniG-
ques édifices qui embellissent les villes de Milan
de Gênes et de Rome.
Après avoir réparé par de nombreuses ablu-
tions, les désordres et la poussière du voyage
nous prenons une voiture qui va nous conduire sur
les principales places de la ville en nous prome-
nant par les rues importantes de la capitale provi-
soire def Italie.
Au sud-ouest de la ville, un terrain carré très-
vaste sert de champ de manœuvres. C'est le champ
de San Secondo, autrement dit Champ de Maos.
La place de la Consolata est assez belle. Oruée
au centre d'une colonne de granit dit de Bielle,
cette colonne est surmontée d'une statue de la
Vierge. II paraît qu'elle fut élevée à la Reine des
cieux après une cruelle épidémie qui ravagea
Turin et qui était causée par le choléra.
Un obélisque, dû à Siccardi, décore la place
Paesana ou Susine. II paraît que cet obélisque fut
édifié en l'honneur de l'abolition du tribunal ecclé-
siastique.
Près la rue du Pô, se trouve la place Carline. La
place du palais de la ville n'a rien de remarquable
c'est un simple marché aux fruits et aux légumes.
Une statue de Charles-Albert nous a paru assez
déplacée en cet endroit.
Une fort jolie placc' ornée la parisienne de
38
squares parfaitement entretenus, est celle de Char-
les-Félix, vis-à-vis le débarcadère du chemin de
fer de Gênes. De fort belles constructions, très-
régulières, d'un aspect grandiose, décorent cette
place et lui donnent une ressemblance avec nos
cités françaises qui n'est pas à dédaigner.
La place Carignan pèche par la grandeur. C'est
là que sont situés le palais et le théâtre Carignan.
C'est au palais Carignan que se tiennent tes séan-
ces de la chambre des députés italiens.
Entre les rues Neuve et la porte Neuve se
trouve la place Saint-Charles. Sur cette place la
plus belle de Turin aboutissent six rues larges et
bien construites. Deux palais, sur les deux faces
de la place produisent un bel effet. Nous avons
visité deux jolies églises dédiées à saint Charles
et à sainte Catherine, qui forment les angles de la
place, sur le côté sud. La statue en bronze d'Em-
manuel-Philibért, qui est due Marochetti est
fort belle et produit le plus bel effet.
La plus belle place de Turin est naturellement
la place du Château. C'est là que s'élève le palais
royal qu'on appelle le Clatlteau, comme nous appe-
lons le palais des Tuileries. Le palais Madame, au
centre de cette place est le siège du sénat.
Des rues, les plus spacieuses de Turin aboutis-
sent à cette place. La rue du Pô, la rue Dora
Grossa et Via Nuova sont bien alignées; les con-
-39-
structions sont modernes et ne donnent aucune
idée de l'art italien. Sur la place du Château et
vers le côté du nord sont situés les ministères du
gouvernement de Victor-Emmanuel. Des arcades,
dues à l'initiative de Charles-Emmanuel Ier, déco-
rent ces monuments, et n'ont pas mal de ressem-
blance avec les arcades de la rue de Rivoli.
Le pont de la Doire et le pont du Pô sont de
fort belles constructions, qui rappellent avec orgueil
le beau temps de la domination française en Italie.
On compte plus de cent églises à Turin.
Les plus belles sont
La cathédrale monument du XVe siècle. Il n'y
a de remarquable dans cette église qu'un beau ta-
bleau d'Albert Durer.
Saint-Suaire est un bel édifice, d'une tristesse
et d'un ensemble imposants, qui fait profondément
réfléchir à la fragilité des destinées humaines.
La Consolata, Saint-Philippe-de-Néri, Saint-
Esprit, Saint-Laurent, Saint-Dominique, Sainte-
Christine, Saint-Charles, Saint-Dalmace, Saint-
François-de-Paule, Sainte-Marie-des-Carmes,
Saint-Thomas, Saint-Roch La Trinité Sainte-
Thérèse et la Mère-de-Dieu sont, chacune dans
leur genre, de beaux monuments plus brillants
que sérieux plus éclatants que d'un goût irrépro-
chable.
Dans l'église du Corpus Domini, par exemple,
40
Alficri a prodigué les décorations intérieures à pro-
fusion. C'est écrasant pour l'oeil, mais on cherche
vainement fart.
Saint-Dominique renferme un beau tableau at-
tribué au Guerchin.
Le musée royal des armures est très-complet
et l'un des plus riches que nous ayons vus. Les
pièces qui nous ont paru les plus remarquables
sont: un bouclier attribué à Benvenuto Cellini,
et les armes du prince Eugène à la bataille de
Turin, en 1706.
Le Palais-Royal est richement décoré à l'inté-
rieur. D'une apparence extérieure mesquine, il
n'est plus digne aujourd'hui de contenir la royauté
italienne indépendante ou unifiée. Les apparte-
ments sont cependant vastes, grandioses, d'un
bel effet, mais l'ensemble de l'édifice n'est plus
en rapport avec la grandeur du gouvernement.
Nous avons visité de riches collections d'art et de
hclles galcries de tableaux, parmi lesquelles nous
avons surtout admiré une llfadonna della Tcnda,
de Raphaël; un David, du Guercliin; un Vieil-
lard, de Titien; un Saint Jérôme, de Caravage
une Sainte Elisabeth, du Guerchin; uh Moïse
sauvé des eaux, par Véronèse; l'Adoration des
Gergers, par Titien; l'Enlèvement des Sabines,
par Bassan un Saint- François d'Assises, par
Guide; Samson se désaltérant dans la mâchoire
41
miraculeuse, par Guide Repentir de saint Pierre,
parCarrache; le Retour de l'en/'ant prodigue, par
le Guerchin;. le Sauveur au sépulcre, de Bassan
deux tableaux de Piola; des Bacchantes et une
Chasse au sanglier; la Sainte Trinité, par le
Tintoret; Saint Jean-Baptiste, par Guide; la
Naissance de Vénus par Albane; plusieurs ta-
bleaux très-décolletés du même Saint Pierre
repentant par Guide; un beau tableau de Van
Dyck, représentant les Enfants de Chai-les I"
d'Angleterre; la T'iérge et l'Enfant, par le même,
les Bacchantes de Rome, du même auteur; un
Portrait de Rembrandt, par lui-même; ]'fade-
leine aux pieds du Christ, par Van Dyck une
Chasse au sanglier, une Tête d'étude, du même;
l'Adoration des mages, de Van Dyck; Suzanne
au bain, par Rubens; le Jugement universel,
par Albert Durer; la Résurrection dé Lazare,
par Mignard un Bourguemestre, par Rembrandt
Louis XVI et sa Famille, par Boucher; la Dépo-
sition de lacroix, par Albert Durer; la Naissance
chc Sauveur, har le même.
Le plus grand théâtre de Turin est le Théatre-
Royal. Il peut contenir 2,800 spectateurs. Exté-
rieurcment, il n'offre rien de remarquable. L'in-
térieur est imposant et d'une distribution bien
entendue.
Le théâtre Carignan beaucoup plus petit est,

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.