Abdication des fonctions dites curiales ([Reprod.]) / par le sans-culotte Laugied,...

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[s.n.]. 1794. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1794
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ABDICATION
DES
DITES CURIA Î/E&.9
PAR LE SANS-CULOTTE Laugied,
Rosières aux Salines Département
dt la
A
i ABDICATION
DES FONCTIONS
DITES CURIALES*
PAR LE Sans-culotte Laugied,
Ex-Curé de Rosières aux Salines Département
de la Meurthe.
CITOYENS:
Les guerres étrangères les dissentions intes-
tines qui nous déchirent depuis si long-temps, ont
retardé les progrès de la philosophie mais que
nous soyons victorieux de nos ennernis ou que
nous succombions sous leurs coups la raison. a
éclairé notre hémisphère de son flambeau les
préjugés plus redoutables encore que les tyrans.
sont presque détruits c'est aux vrais amis de la
liberté, c'est à un mairt hardi^-qu'il est réservé
de leur porter le dernier coup et de bâtir un
nouvel édifice sur ks ruines sanglantes du despo-
tisme politique et religieux. On idotâtroit les princes
et les rois un aveugle enthousiasme avoksçu
transformer leurs victs en vertu? leurs nojgisiîns-
piroitnt l'affection et la terreur sentiment in-
compatibles et qui prouvent bien jusqu'à quel
point l'esprit humain peut délirer aujourd'hui,
l'opinion du premier peuple de la terre est fixé1;;
i! ne voit plus. dans ce qu'on appelloit les Sou-
verains et les maîtres du monde que des tigres
altérés de sang. ou des égoïstes altiers, qui eussent
voulu faire servir à leurs passions effrénées la
nature entière.
Mais fiifm l'heure de la liberté a sonné que
tous les enclaves couronnées tremblent le peuple
conr-oît ses druits il s'est levé tout entier, pour
reconquérir sa souveraineté elle ne lui ichapera
plus il reste debout pour la conserver; son
courage est invincible sa patience est à l'épreuve,
sa ven^arce ect terrible, son bras est armé d'un
glaive tranchant, il frappe sans relâche, et ne se
reposera que quand tous ses ennemis auront
mordu la poussière.
Pourquoi donc, dans cette régénération des
choses, dans cette réviviscence des principes na·
turels et indestn^Rbles AT la philosophie, ose-t-on
(j>
Ai
encore tromper les hommes et sous prétexte de
les rendre heureux leur enlever la source du
bonheur pourquoi ne l'affranchir qu'à moitié, et
ne pas lé tirer de la fange des opinions religieuses
qu'il chérit par habitude et qu'il respecte par
i ignorance ?
La vente est une et celui qui la suit la doit
toute entière à la postérité s'il étoit assez lâche
pour n'oser parier à la génération présente. Nous
sommes faits les uns pour les autres, le grand tout
de la nature ne-subsiste que parce qu'il est lié dans
ses parties en physique comme en morale
l'harmonie cesse, si la grande chaîne est rompue
'celui-là donc, qui refuse de tenir par un chaînon
à la société est un être pervers opposé à lui-
même, un animal contre nature ce qui vient à
l'appui de ce principe, ce sont les besoins mul-
tiples de l'homrne ce sont les infirmités qui le
poursuivent dans les passages successifs de sa courte
carrière abandonné à lui-même il végète il
périt secouru par ses semblables il prend cette
supériorité cette attitude cette force qui lui
assignent une place distinguée parmi tous les êtres
qui l'environnent 'mais quoique supérieur à tous
les animaux, par l'éducation, il a toujours de com-
mun, avec eux le besoin de la reproduction
penchant indestructible, « qu'on ne peut arrête/ ou
(4)
détruire » sans .outrager la nature et qu'un gou-
vernement sage doit favoriser de tout son pou-
voir, pour ramener le règne de la vertu. Cependant
à temps ô moeurs par quel étrange renverse-
ment de tous les principes de toutes les bien-
séances, cette vérité a-t-elle été méconnue pen-
dant des siècles entiers par quelle impudeur
a-t-on osé consacrer le célibat le regarder comme
état de perfection, et poignarder ainsi la vertu
Peuple bon, ce sont les prêtres qui t'ont t:ompé,
ils on? voulu s'élever au-dessus de toi par leur
propre crime en se faisant un mérite de leur turpi-
tude leurs passions raffinées par la molesse leur
égoïsme, leur ont fait méconnoître la nature qui
parle à tous les coeurs e: séduits par leur hypo-
crisie tu crus que des hommes qui parloient au
nom du créateur ne pouvoient méconnoitre ses
loix éternelles que le prestige disparaisse que
le bandeau dont on avoit couvert les yeux soit dé.
chiré vois le premier homme .son crime même
aux yeux de cette religion mensongère que tu pro-
fessois, est la première loi de la nature qu'il ac-
complit, c'est la première leçon qu'il donne à sa
postérité c'est donc un devoir sacré pour l'homme
de doubler son existence, de reproduire won sem-
blable et il n'y parvient que par l'union sainte
du mariage il ne devient bon citoyen qu'en de»
venant bon époux bon père de famille.
(5 )
O constitution sage qui rend l'homme à lui-
même tu me pénètres de la plus vive reconnois-
sance, je saurai profiter de tes bienfaits déterminé
par le seul principe d'utilité publique, je ferai «
taire la tendresse filiale, seul sentiment qui m'avoit
empêche' de m'engager par les liens du mariage;
je renoncerai au projet que j'avais formé de rester
avec les auteurs de mes jours, pour les soigner dans
leur vieillesse s'ils perdent un fils 1 ils\ s'en con-
soleront, parce que la
Je ferai plus je renonce pour toujours à un état
sont je n'ai pas abusé, pour tromper le peuple
lont je n'ai pas à rougir ma bouche n'ayant ja-
mais été souillée de cette doctrine qui révuhe le
bon sens. et que la raison désavoue; J'en prends
à témoin la commune entière de Rosières 'si
jamais mes discours ont respiré autre chose que
cette morale précieuse qui a pour base l'égalité
la liberté, que cette morale qui en confondant tous
les intérêts opposés dans un seul t l'amour de la
patrie ne doit faire bientôt de tous les habitans
de la terre qu'un peuple; de ce peuple, qu'une
même famille; de cette famille, qu'un même cœur.
Si je n'ai pas fait une guerre ouverte au dévot in-
tolérant, et à l'imbécile crédulité; enfin si toutes
mes actions n'ont pas annoncé que j'adore la cuns-
titution, et que je suis prêt à lui sacrifier mes in-
térêts les plus chers.
(6)
Peuple, tu as entendu ma profession de fn il
n'entre dans ma conduite, ni contrainte, ni basse
hypocrisie impatient de jouir des douceurs de
l'hymen, mon coeur, libre comme ma pensée, de-
mande que tu guides son choix; vrai sans-culotte,
je n'ai point de fortune à offrir à la fille qui accep-
tera ma main si tlle étoit guidée par des motifs
d'un intérêt sordide elle seroit indigne d'un répu-
blicain aussi je n'exige d'elle qu'un cœur en-
flammé de l'amour de la p?.*rie et de la vertu.
Signé L A U G I E D Ex-Curé de Rozières.
Le sans -culotte Laugied Republicain opprimé.
A la Convention Nationale,
et a u Peuple.
1\'¡on étoile m'a réservé pour des évènemens
singuliers je remonterai à l'époque de la révolu-
lution, pour que le peuple soit plus à portée de
me juger.
Je n'ai jamais été prêtre mais je fus appelle à
• 't état pour être util? i une famille honnête &
pauvre, & pour qu'on m'en croit j'ai encore
chtz moi mon père, ma mère deux soeurs dont
j'étois l'unique ressource je trnois au chapitre de
(7 )
St.-Dîez en qualité de serni-prcbencle lorsque
la suppression d- to ts les fauieans en aumusse fut
prononcée je fus le seul du chapitre qui reçut
cette nouvelle avec joie & malgré les menaces
des ex-nobles au mépris de leurs promesses flat-
teuses, sans que la lui m'y appellàt, je prêtai dans
le mois di janvier 1791 le serment voulu. J'«n
reçus une lettre de félicita,,ion du directoire du
département d^s Vosges ainsi que du discours
que ;e prononçai ce jour-là Le fanaiiime ayant
excité des troubles dans la ville de Rembervilier;
des membres du même département commissai-
res envoyés pour rétablir l'ordre comntant sur
mon zèle et ma bonne volonté, m appelèrent me
chargèrent de travailler à calmer les consciences et
à propager en cet endroit l-s principes de la ré-
volution j'avais déjà payé de ma per^unne
lorsque le curé réfractaire de cttie ville tenta de
me faire abandonner mon posie en persuadant
aux moribonds qu'ils feraient un acte méritoire
pour l'éternité en m'accueillant à coups de poing j
la chose réussit mais ne me rebute pas je mis
nommé à la cure de Rosières je l'acceptai dans
l'intention de continuer à lutter contre les aris-
tocrates de toutes les classes qui levaient alors
une tête altière mêmes évènemens ou à-peu-
?ïès semblables. Des suppôts du bailliage rigides
observateurs des préceptei de notre mère la
sainte Eglise aprés s'être répûs de viande et de
bon vin un jour de Vendredi, m'appellent
ci sous prétexte qu'ils ont besoin de mon ministère
ils me badinent ils m'insultent et mouraient fait
plus si je ne m'étais prudemment retiré. Le
peuple indigné de cent outrage s'arme de toutes
pièces j'apperçois le danger, je crains que l'in-
nocent ne soit confondu avec le coupable, et je
ne quitte le peuple que lorsqu'il a juré de ne
se pas faire justice par lti-même la force armée
est requise par le Maire le tribunal du district
se saisit de l'affaire. les Patriotes sont poursuivis,
sont incarcérés; l'aristocrate Sirgens, juge du tri-
bunal chargé des informatisons, fait remplir une
rame de papier et le résultat le voici les
innocens sont trouvés coupables et les coupables
sont trouvés innocens. Personne n'a encore eu
connaissance du jugement définitif de cette affaires
qui sera toujours un mystère d'iniquité c'est-à-
dire le triomphe des aristocrates sur les Patriotes
enfin après avoir fait face pendant long-tems
contre rne troupe de prêtres réfractaires réfugiés
dans ma commune après avoir dévoilé la
conduite du juge de paix Châtillon qui
nommé commissaire pour l'enrôlement des vo-
lontaires en mai 1792 avait trahi les intérêts de
la Nation, en détournant les Citoyens de voler
au secours de la Patrie après avoir fait enrôler
(9)
moi-même Citoyens dans l'espace de trois
heures et donné jusqu'à-present six livres de haute
.paye par mois aux deux Citoyens qui les pre-
mien avaient donné l'exemple du patriotisme la
commune de Rozières a joui de la plus grande
tranquillité parce que les ennemis de la chose
publique perdant tout espoir avaient rendu les
armes. La révolution allant à pas de gt'ant
depuis que la Convention est purgée de tous les
scélérats qui s'étaient cachés dans h fange du
marrais la sainte montagne lançant de tous côtés
le feu lumineux de la raison et de la vérité
parvient à faire connaître à un peuple libre
l'inconséquence et le danger d'un culte supersti-
tieux aussitôt et à l'imitation du ci-devant évèqus
Lalande, je fais mon abdication dans ma commune
le 25 Brumaire je la consigne sur les registres
de la Municipalité; jaloux de mettre une pierre
au nouvel édifice bâti sur les ruines sanglantes du
despotisme politique et religieux, je viens dans le
sein de la société populaire de Nancy le 26
Brumaire, j'y fais ma profession de foi, mon
discours est accueilli il plait au peuple parce
qu'il est dans les grands principes, et les socié-
taires m'invitent de le répéter dans le temple de
la Liberté pour le jour de la Décadt suivante.
Dans la même séance quelques sociétaires bien
pénétrés de cette vérité que l'ignorance et la su-

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