Abraham remix

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Dans ce nouveau roman, Frédéric Boyer interroge le déplacement, la migration, l'exil. Il se sert d'Abraham, le patriarche biblique et le transporte de nos jours, dans nos sociétés, pour en faire un simple émigré et aussi la figure emblématique de l'émigré, ou encore du réfugié. Celui qui quitte tout et tous pour du travail et, au delà, pour vérifier son espoir. Ce sont des variations sur ces thèmes, et ceux de la filiation et de la loyauté, avec une visite systématique de toutes les situations, dans un ressassement lyrique proprement sidérant parce qu'il mêle le trivial et le sublime, le politique et le mystique avec une simplicité déconcertante. Tout devient non seulement signifiant et symbolique mais aussi universel, légendaire.
Publié le : jeudi 16 septembre 2010
Lecture(s) : 165
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818005248
Nombre de pages : 225
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Abraham remix
Chez le même éditeur LACONSOLATION,roman, 1991 EN PRISON,roman, 1992 DES CHOSES IDIOTES ET DOUCES,roman, Prix du Livre Inter, 1993 COMPRENDRE ET COMPATIR,essai, 1993 COMME DES ANGES,roman, 1994 ESTCE QUE TU MAIMES?,roman, 1995 LE DIEU QUI ÉTAIT MORT SI JEUNE, 1995 L’ENNEMI DAMOUR, 1995 LESINNOCENTS,roman, 1995 ARRIÈRE,FANTÔMES!, 1996 DIEU,LE SEXE ET NOUS, 1996 NOTRE FAUTE,roman, 1997 LEVERTIGE DES BLONDES,roman, 1998 LEGOÛT DU SUICIDE LENT,poèmes, 1999 PAS AIMÉE,roman, 1999 UNE FÉE,roman, 2000 KIDS,poèmes, 2000 GAGMEN,poèmes, 2002 LABIBLE,NOTRE EXIL, 2002 SONGS,poèmes, 2003 MAUVAIS VIVANTS,nouvelles, 2003 « NOUS NOUS AIMONS», 2004 MES AMIS MES AMIS, 2004
Aux éditions CalmannLévy
COMME DES FRÈRES,essai, 1998
Frédéric Boyer
Abraham remix
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2005 ISBN : 2846820864 www.polediteur.fr
Mais il n’y a pas de terre pro mise pour les opprimés du monde entier. Il n’existe aucun lieu audelà de l’horizon où ils puissent trouver refuge. Il leur faut tenir debout, comme nous.
Charlie Chaplin, 1940
Abraham aimerait entendre de la musique et manger du jambon. Abraham aimerait revoir ses amis d’enfance. Il aimerait s’asseoir quelque part avec eux et être pardonné. Il aimerait entendre les derniers bruits du soir. Il raconterait à tous sa vie sans poésie pour que tous ne lisent plus la vie des gens comme on lit des poèmes. Abraham aimerait réfléchir aux débuts de son histoire. Il y a des choses qu’il ne comprend toujours pas même si Abraham se souvient avec Wittgenstein que toute explication est une hypothèse. Par exemple pourquoi tout homme épouse la sœur d’un autre. De temps en temps son désir idiot d’explication s’accompagne d’une douleur brève mais fulgurante. D’abord il a pensé à une déchirure minuscule d’un muscle. Aujourd’hui il opte pour une faiblesse du cœur. Il sent alors une étrange envie le gagner – celle de savoir ce qu’il fait quand il fait quelque chose.
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Abraham pense qu’il lui suffirait de fermer les yeux pour que recommencent la folie et la fumée des hommes. Ce serait alors le mois d’avril ou de mai. Peu importe. Abraham se dit autant me laisser mourir sans brusquer les choses. Il se demande où est ma terre, où est ma descendance, et ne voit sur l’océan ni arbre ni même une pousse d’arbre. Abraham se souvient s’être cassé une jambe en sau tant d’un train en marche. Il se souvient avoir choisi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et un oisillon. Abraham a cent soixantequinze ans et des pous sières. Il rêve encore à sa vie, à sa vie à venir. Et pourrait rêver comme ça pendant de longues heures. Abraham n’a jamais insulté une seule per sonne. Abraham a dû faire d’incontestables progrès dans l’exercice enchanté de la parole. Il vient de se remarier et sa toute jeune femme dort dans la cabine. Abraham sur le pont fume sa dernière cigarette russe. Cette fois je sais où je vais, ditil. Anywhere, anytime– comme dans un rock anglais des années soixante. Sur le pont du cargo il se sent lointain, ancien et fragile comme tout. Le vent du large le fait pleurer de bonheur. Il pense on vient de quitter Suez et le désert d’Égypte. On se dirige vers le port de Haïfa où de très jeunes filles ont revêtu l’uniforme de soldat et braquent sur d’autres jeunes filles des armes lourdes automatiques. Abraham n’aura jamais la consistance ni l’épaisseur d’un
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