Abrégé de la vie d'Antoine Monnatte : natif du village de Martinet, paroisse de Monlet,... ([Reprod.]) / par lui-même

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Momoro (Paris). 1790. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1790
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A B K É CE
pf'H VIE
D'ANTOINE MONNATTE,
Natif du village de Martinet paroisse de
Monlet près la ville d'Alegrc province
ËCRIT PAR LUI-MÊME.
A PARIS,
De l'Imprimerie de MOMORO premier
Imprimeur de la L:berté nationale, rue de 14
Harpe n9. 160.
i 79 o»
A*
A MONSIEUR
DE FILHE,'
P RI E UR ET C V RE.
v/Lo nsieur;
PERMETTEZ que je mette au jour, sou*
vos auspices, ce petit Ouvrage, qui est F abrégé
de ma vie. A qui puis-je mieux toffnr qu'à
mon Pasteur 1 Vous y verreç les traverses que
j'ai essuyées et 1'usage que j'ai fait des
prinsipes de religion, que j'ai sucés avec le lait
dans l'endroit qui me vit naltre, et dont vous
,emplisse( si dignement la pénible et uange»
4 if P I T R E,
dt\ Pasteur des âmes. Je suis
Jcekê de n'avoir plus Qril-
Iiintesyi vous mais 'pas 'ma
̃ fauteisi je re suis ras
eest de bon .caur ,• ex si les fait,, 9ont stériles
au moins da narration en sera simple et naïve.
Je 'désire que le récif, des évenèméns de ma
vie vous fasse passer un moment de loisir ce
sera pour vous un délassement de vos occupa-'
lions sérieuses et .comme Ministre du ,S'et-
gneur^ daigner le prieS- qu'il m'accorde routes
les grâces dont )' ai besoin pour terminer ma
ne dont la carrière actuelle m'a déjà ejeposé
à bien dt's périls.
f Pour moi Monsiur je serai tres-satisfait
si vous ce leger tribut
de lifreconnonsance et du respect avec lesquels
MONSIEUR,
Votre très-humble et très-
obéissant scrvrrcur
Antoine Monnattl
AVANÏ%-PROPOS.
C E n'est point la lie d'un prince ni
d'un grand que j'écris, mais celle d'un
simple particulier qui sans avair
couru de grandes ct brillantes aventures,
comme le font .d'ordinaire les person-
nages illustres ne laissera pas de faire
plaisir aux lecteurs, par le récit naïf
des évenemens de sa vie qui ne man-
queront pas d'intéresser en sa faveur
toute ame sensible et tout cœur géné-
reux qui réfléchissent sur les migres de
l'humanité et plaignent le triste et
.malheureux sort de ces êtres infortunés
que la nature a maltraités dévoués
des leur naissance, yi mépris et la
haine deleurs parens et destiner, a être
un jour le rebut de la société dolt ils
ne sont membres que pour en remplir
6 AVANT-PROPOS.
les fonctions les plus basses et les plus
Ne vous attendez pas non plus, cher
Lecteurs à être dédommagés de la
stérilité des faits par la richesse tdu
style il sera aussi simple que le récit
des évenemens est naïf. D'ailleurs, que
pouvez-vous raisonnablement attendre
d'un homme sans étude et sans lettre,
comme mot sans usage du monde
et sans d'autres connoissances que celles
que j'ai acquises moi-même et qui
sont par conséquent peu étendues vu
la multiplicité de mes occupations, qui
m empêchèrent de tout temps de me
livrer à aucune science, malgré le desir
que j'avois de m'instruire et de cultiver
les belles-lettres si j'avois eu le bon.
lieur de naitre de parens qui eussent
pris soin de former mon éducation ?
Né dans la misère élevé de méme^
AV A 14 T.-P R OP OS.' 7
j'ai passé la majeure partie de ma vie
dans un lieu qu'il suffit de nommer,
pour parfaite de l'assem-
blage de tous les maux qui affligent
Inhumanité et si je puis me flatter d'a-
voir rendu quelques services à la socié-
té, c'est particulierement dans cette
maison où je suis occupé depuis plu-
sieurs années à soulager l'humanité
souffrante qui gémit accablée sous le
poids des maux de toute espece qui
l'affligent emploi qui est a la vérité
aussi pénible et dégoûtant qu'il est
peu lucratif mais que je tâche autant
qu'il m'est possible de remplir avec
autant d'exactitude que de zele pour
me rendre agréable à Dieu et utile à la
société et j'avoue de bonne foi que
c'est le seul mérite, tout petit qu'il soit,
auquel j'aye droit de prétendre.
Je finis ma préface cher lecteur, en
ne vous demandant ni grâce ni indul-
Avant-propos.
gence pour le petit ouvrage que j'ex-
pose à vos yeux je suis sans prévention
comme sans talens. Ce n'est point au
mérite littéraire que j'aspire ni à la
gbire de passer pour auteur quand je
le voudrôis, je ne le pourrois, pas je
sens mes forces, je connois mon insuf-
fisance, j'avoue mon peu de talens
ainsi, lisez-moi, vous me ferez plaisir
ne me lisez pas, vous ne me ferez au-
cune peine.
ABRÈGE
B
A B È G É
D E L A V I E N
D'ANTOINE MONNATTE.
CHAPITRE PREMIER.
Sa Naissance, son Education.
\J E naquis au village de Marrinec paroisse
de Montcl, près la vil'e d Al^gre provincé
d'Auvergne, le 2 mars J'eus pour peré
Jean Monnattc natif du même lieu tc pouf
mcie Marguerite Crocile, qui étoit d un vil-
lage voisin nommé Barribas. J'eus le malheur
ans après de tomber dans une infirmité qui
causa bien du chagrin à mes parens, et qui
fut dans la suite la principale source d:: met
malheurs, puisque mon pere qui auroir dû pour
cela même me protéger plus que ses autre
enfans, se servit de ce prétexte pour me frustrer
de mes droits dans ma part du petit héritage
qu'il avoit et dont il se démit mon détriment
en faveur de ma sœur lorsqH'il la maria, préfé-
rence injuste dont il fut !e premier a se repentir,
comme on le verra dans la suite de cette
histoire. Mon infirmité étoit une descente,
pour la guérison de laquelle ma mere et mon
grand pere firent inutilement touv/eurs efforts.
Médecins, chirurgiens, tout fut consulté liane
le pays, et aux environs, sans qu'aucun d eux
le
pût apporter le moindre soulagement à mon -mal,
leurs remèdes ne servirent qu'a me\ tourmenter
loin de nie guérir, et mes parens n'espérant
plus rien de l'art <iw gommes pour ma guéiisqn,
eurent recours à celui qui dispense à son gré
ici bas tes b:tns et les maux aux foiblts mortels
qtli, soit dans les afflictions, ou les consoll-
tions doivt it toujours bénir la divine provi-
dence, qui ne les afflige, et les console, {jue
lorsqu'elle le propos pour leur avantage
présenter venir.
Mes parents d s-je, ne comptant plus rien
pour moi sur l'art des médecins, se passèrent
de leurs secours qui jusqu'hors leur avoient
été très dispendieux, sans m'ètre d'aucune
utilité, et se reposèrent entièrement du. soin de
ma guérison, sur la bonté de Dieu, qui est-
quand il lui plait le médecin par excellence, et
qui guérit sa volonté les maladies du corn* et
de l'ame. Un beau jour donc mnn ?r.in.i pere,
qui plus juste que mon \er: m'aimoit rendre-
ment, me prit entre ses bras et me porta à
notre dame du Puy en Velai qui est un péleri-
nage très fréquenté dans le pay"J\ à cause des
mincies sans nombre qu'elle opjiv en fiveur
des aflig 's qni ont recours à S3 puissante protec-
tion. Mon grand oere à son arrivée au Puy,
n'eut rien de p'us pressant que d'aller me re-
commandera cate mere commune des affligés,
qui n'abandonne jamais ceux qui ont recours
de bonne foi à sa puisque protection, et qui
intercède slns cesse en leur faveur auprès de
son cher fils notre Seigneur qui lui accorde tou-
II
B 2.
jours le* grâces qu'elle loi oVjHande. Mo"
grand père fit voeu si je^guérissois de donner
à l'église du Puy où tlle étoir particùliéremen
révérée, autant de-livres de cire, que je pouvois
alors peser, ce qu'il vit sur le champ, en me
mettant dans une balance, et il s'acquitta aussi-
tôt de sa promesse, et je puis dire que c'est à
cène plieuse action que je fus redevable de tia
guérison, aussi.ai-je eu toute gia vie la plus
grand* confiance en cette puissante protectrice
auprès de Dieu. J'avoue sincèrement'en rendant
hommage à la vérité, qu'au milieu des peineset
traverses que j'éprouvai' presque toute ma vie,
j'ai échappa aux d ingers que j'ai courus, j'en
suis surtout redevable à la §te. Vierge, que j'ai
toujours invoquée dans la prospérité, comme
dans l'adversité, le., la remercie encore tous les
jours d'avoir béni mes travaux et ne cesse de
la prier de les 'bénir\'encore tant que je vi-
vrai.
i Après que mon grand père fut d*. retour
a la maison paternelle, il ne fut pas longtemps
sans s'appe.rcevoir que ses prieres ferventes
avoient été exaucée/, puisque je fus si non
entièrement guéri, au moins beaucoup soulagé
pour le présent, je ne puis que me louer des
soins généreux qu'il prit de mon enfance, con-
jointement avec ma mere qui m'aimoit aussi
I tendrement que lui,c'éto;t pour moi un dé-
donngement bien consoiant du peu d'amour que
mon pere avoir pour moi, pour ne pas dire de
la haine qu'il me pnnoit jkui au moins de .on
son indifférence a mon égard. Je 1 u:
des époques les plus malheureuses de ma vie*
puisque je perdis ce que j'avois de plus cher au
monde, je veux dire ma pauvre et tendre mere,
dont la mort arriva le premier dimanche du
carême de lanrce J'avais alors 14 ans.
Cette pauvre femme quelque tems avant de
mourir, me fit approcher de son lit, pour me
faire la remontrance suivante, qui fut si bien
gravée dans mon esprit, que je ne l'ai jamais
oublie depu s, ce je ne saurois m'empêcher de
verser des larmes tomes les fois que j'y pense
encore; voici ses paroles qui prouvent tout à la
lois et sa rel gion et la tendresse qu'elle avoit
pour moi.
« Viens, mon jher enfant embrasser pour la
dernière fois ta pauvre mere, ot lui faire tes
damiers adieux en recevant sa bénédiction.
Nourrie jamais de ta vie mes dernières paroles,
grave -Its bien profondément dans ton cœur, et
surtout aïesrand !oin de mettre en pratique ce.
qu'elles renferment, et de suivre de point en
point Us conseils que je vais te donntF. Ne
manque jamais de remplir tes devoirs de reli-
:;ion ce son les plus sacrés, aie soin de prier
Dieu tous les jours le matin et le soir, en te
kvnnt offre-lui ton cœur, et les actions ordiv
nains du Il j-nurnt'c, en le priant d'éloigner de
toi roi tes les occas'or.s dit peché, ^remercie le
en te couchant de la qu'il t'a faite de l-a-
\">:r pn^sce sans arcident. Sanctifie les jours de
iereS et de dimanches, en assistant à la messe,
ai.v \csnres.ct raix ir.strurtions de !a paroisse,
Jhoi.ovc wn hcrc, si tu veux que Dieu te t>6*
13
nisse sur la terre, et s'il se remarie, ce qui!
ne manquera pas de faire, aie pour ta belle-mere
autant de respect que pour lui, quelques mau-
vais traitement que tu essuies de l'un comme,
de l'autre; aime les enfans qu'elle pourroit
avoir, comme les miens propres qui sont tes
freres et sœurs, que la pail, l'union et la con-
corde régnent entre vous; jfete recommande sur-
tout comme à l'aine, ta pe 1 te soeur qui est en-
core au berceau, prends de ce pauvre petit
innocent autant de soin que j'en pris de toi
dans ton enfance, puisqu'elle va être privée pour
jamais des miens. Que l'honneur et la probité
président à toutes tes actions'pendant tout le
cours de ta vie ne fais jamais de tort à per-
sonne sois fidéle dans les plus petites choses,
si tu veux plaire à Dieu et. aux hommes, et sois
sûr que tu n'obtiendras la confiance de ces der-
niers, qu'autan qu'ils verront en toi de zèle,
d'exactitude, et de fidéliré à remplir tes devoirs,
c'est le seul moyen de réunir en ce monde,
toute autre conduite te précipiteroit dans la
misère, et peut-être quelque chose de pis; sou-
viens-toi surtout que l'orsqu'on n'a pas de bien
il faut avoir beaucoup de soumission, de com-
plaisance, d'attachement, d'obéissance, d'hon-
nêteté et de politesse, pour ceux avec lesquels
on est obligé de vivre, et que ton défaut de
biens te met dans la nécessité de servir; aime
le travail comme ton pere, c'tst une justice
que je dois lui' rendre, il vous a tous élevé jus-
qu'à présent à la sueur de son front sois sobre
ot ménager, si tu veux amasser un morceau de
'4
p-n qur re mette à l'abri de dépendre d'autrui
nr /a nI] ^e U5 jours, si tu ne scais pas encore,
au moins t, arpre;i;irrtS un jour, lorsque la rai-
so.i te vicnd.u n,,c 1., jeunesse est le seul term
P^pre a travail pour ne manquer de rien
w<- à hivers ci f est h plus mauvaise saison de
fa't que dissiper ce qn'on a amassé pendant
enfant
si tu veur pasyr une heureuse vieille supposé
que Dieu te fasse la grace d'y parvenir, seme
et recueille tandis que tu sera en â*c de le
faire, pour avoir de quoi alors te passer des
a très, car le pain des étrangers tou- bon qu'il
puisse être, est toujours plus dur que celui que
l'on mange chez soi; tâche de vivre en-paix
avec touc le monde, tu en viendras bout faci-
lement, si tu soumet,- ta volorré a celle des au-
tres, malgré la répugnance que tu y trouverais
souvent, je vais mon enfant te quitter
PQflr toujours, et mon unique regret est de te
•fsse^ dans infirmité, et ta-petite sœur dans
un âge si tendre, je te la recommande, et toi à
JJieu que je t'ordonne de toujours bien servir
si ru veux qu'iL/e bénisse; embrasse-moi, ct
recois ma bénédiction.
Ma pauvre mere, après m'avoir bien recom-
mandé mes deux sœurs, et surtout la hlus jeune
•lui éroIC encore au berceau, et m'avoir tracé
les larmes aux yeux le plan de conduire que je
devo-s tenir l'égard de mon pere, et de mi
15
en m'arrachant à moi meme les larmes des
yeux, j'en versai un torrent sentant bien la
perte que je venois de f.ure qui m'étoit encore
plus sensible par rapport à mes deux sœurs
qui étoent orphelines de si bonne heure, et
surtout la pius jeune encore au berceau. Lorsque
ma mere eut rtndu entre mes b<as les dernier
soupirs, je me trouvai fort embarrassé, seul
à la maison, la mort d'un côté, de l'autre un
enfant au berceau je ne savois de quel coté
donner de la tète; il me vint cependant à la
pensée tour jeune que j 6 ois, et sans expérience,
d'aller chercher une de mes tantes qui demeu-
roit dans un couvrent peu éloigné de rotre
village, et qu'on nommoit Chomélté. Cette
respectable tante sœur de mon pere à la
nouvelle de la mort de ma pauvre mere, n'eut
rien de si pressant que de se rendre à la maison
donr elle prit le p.us grand soi:i jusqu'à l'ar-
rivée de mon père qui ne tarda pas, puisqu'il
arriva au pays à Pâques.
V Lorsque mon pere fut de retour il s'occupa
moins du deuil de sa défunte, que du soin
de se procurer une autre épouse, puisqu'il se
remaria quelques mpis après, j'aurois cependant
tort de me plaindre de ma belle-mere, je lui
N rends avec plaisir toute la justice que je \u'\
dois, elle eut pour moi plus d'égards et d'ai-
fention que mon propre pere, qui me maltraitait
sans cesse, pour me préparer sans doute à sup-
porter avec patience l'injustice qu'il méditoit à
mon égard.
J'étois laîné de li maison, et je devois ^)ar-
ï€
Conspuent à ce tïtrc ê:re établi le premier,
cclui-Ia s'en joignoit un autre qui étoic égale-
ment en ma faveur, si mon pere eut été suscep-
rible de la moindre justice envers moi je veux
parler de mon infirmité, qui auroir mérité
des égards pour 'moi de la part d'un tout
autre pere que. le mien, mais que tes injustices
coûtent peu aux hommes, surtout- l'orxque la
passion ou l'inre:ct les aveugle j'en suis une
preuve bien convainquante, puisque mon p«îi e,_
loin de faire en ma faveur le plus léger sac:i-
fice, vu mon infirmité, me sacrifia moi-même,
ainsi que ma sœur cadette, à l'aînée de mes
sœurs en la dotant de presque tout son bien,
--rpour la marier au préjudice de ma petite sœur
et de moi, qui n'eûmes presqne rien en partage;
injustice criante dont il fut le premier à se
repentir, comme on le verra dans la suite, par
les mauvais traitemciis, et l'ingratitude de
son geindre, dont il f trompé parce qu'il
l'avoit bien voulu lorsqu'ils passèrent en-
semble le contra? Je nuimge.
Lorsque j'ai dit que pour ma récompense,
je ne recevois de sa part que de mauvais trai-
îemens, ce n'est pointa tort, en voici la preuve:
un jour que j'étois avec lui à labourer un champ,
ma sœur par hazard vint à passer près de nous,
flfeavoic alors sur la tète une coëifc blanche et
grsc, selon la mode du pavs mon pere ne l'eut
pa> plutô' qui! m<j titarrèrrer la châr-
aveiée de «^Mntre vaches, comino c'est l'u-
nu soeur po.ir la gron-
der
c
tk'f de ce qu'elle se r^n^ï voici ce
qui! lui dir, j'en
présent, que ses
rcr epi m'avoierr
bic.
» Ma fille, tu-cop.nois mes vues sur toi tu
sais que y: veux te marier, et tu mt"«s encore
des bonnets d'enfin* dis h ra belîc- inerc que je
ne veux pas quelle te cocrle davantage de
la forte, parce que si les garçons le voyoienc
ainsi coetfee ils ne pis de fe
mocquer de toi et de me rire au net lors-
que je leur p.ulcrois de te marier tu de-
vrois être ia prenû.re à tâcher de leur pla^e
en t'habi ihnt d une manière modeste à la
vérité mais propre et en leur disant en
particulier à chacun deux monsieur, je fuis
jeune il est vrai mais j'esperc que si vous
m'épousez tout ce qui dépendra de moi, ne
sera pas épargné de nia part pour tâcher de
faire un bon ménage, et que vous n'aurez
pas lieu d'être mécontent d'r il leurs je croî-
trai en fge et je redoublerai d'efforts
pour vous donner toute la satisfaction que
vous avez droit d'attendre d'une epouie qui
fera consister son bonheur à vous aimer à
vous plaire et vous rendre la vie heu-
rcufl1 en courant
ce qui pourra vous lnfirc 3e nicirnîrc ji'iisir.
C\;toit pas ce> discouis et tî.r.i^.cs i'ctnb'abks
que mon peie piquoic fri» h vniiré
de ma sœur, et exeitoii nu par lia-
ig
juste préférence qu'il lui marquoit sur moi.
Soyiieyt t je cachois le dépit secret qui me
cvoroit par un sourire malin mais ce jour-
là ce ne fur point impunément car mon
pere m'ayant apperçu rire -comme pour me
mocquer de lui de ce qu'il parloic sérieuse-
ment de mariage à un enfant de son âge
puisque ma sceur avoit à peine douze ans
il se tnit dans une si étrange colère contre
moi q.u'il courut sur le champ à un petit
bois voisin arracher une branche pour me
maltraiter et 1 a peine qu'il eut d'en venir
à bout redoubla encore sa fureur parce qu'il
s'arracha à un petit buisson qui pliioit
sans rompre enfin après bien des efforts il
courut sur moi avec quelques branches de-
pines, et après m'avoir renversé plusieurs
fois par terre, il me mit la tête et le visage
tour en sang de dire que j'avoï*
d'abord pris la fuite pour me sousrraîfc à ,'t
vengeance, mais il me fit payer bien cher
les pas qu'il fiit obligé de faire pour m'aci râ-
per. Je me traînai à la maison le mieux que
je pus, et j'arrivai arec bien de la peine tout
meurtri de coups, la tète toute meurtrie et
la figure tout ensanglantée aurà-tôt que je
fus de retour au village, j'allai trnuvcL" w.\e femme
que je connoissois particulièrement nommée
Marie-AnneChapeile.àlaqtiellc j'avoi <> confiance,
et lui racontai tout ce qui veuoirde m'arnver.
Cette bonne femme tâcha non-srulcmmt de me
consoler, mais- encore nits p'ayes avec
de l'huile d'olive de l'eau du sel et du vinaigre
ce qui me procura dans peu une pariée giKn-
son.
Mon pere de retour à la maison ne. s'in-
forma pas plus de moi que si je n'exïstois pas
et lorsque j'y reviens, je fis «on ouvrage
comme à l'ordinaire, sans parler de rien et sans
ï qu'il me parlit de la scène sanglante qui s'étoit
passée entre nous aCux; cependant je dévorois
mon chagrin en secret et j'étois bien résolu
de prendre quelque parti qui put apporter
quelque changement à mon triste et malheureux
sort, ce que je ne pouvois exécuter, sans quitte
i la maison paternelle qui ne tarda pas à arriver
comme on va le voir.
« Mon pere, malgré son injustice à mon égard,
i mérite cependant d'un autre côté ma recon-
noissancc en ce qu'i travailloit jour et mm pour
élever sa famille composée alors de P femm<s
et quatre cnfans puisqu'il en avoit déjà un du
deuxième mariage.et t-rois que nous éroins restes
? du premier. Ce brave homme voyait qu'avec
toutes les peines qu'il prenoit il ne pouvoit
pas venir à bout de, faire face à tout ce qu'il
avoit à payer pour les impôts du Rôi,qui se mon-
toient alors, avec les droits du seigneur et du
V curé à i ^liv.jsommc exorbitante pour lui, njujs-
qu'elle surpissoit le produit de son bien qui
étoit peu considérable, comme on peut le voit
abandonna le fonds avec le rapport pour
subvenir à tous ces frais onéreux tt résolut de
m'enmener travailler arec lui du coté de PariH^
f voyage qu'il faisoit tous les ans vers la sainte
Martin et ne revenDit qu'à Pâques au pays»
V
eu il rapporroit le fruit de ses travaux de
loiite s.i
Mot' pctv,prè» avoir mi <c ordre à ses affaires,
travailler
avec-lui et en erh.r nous pirti/fies de b maison
après- er il me coivîiifsit
hv du cote de Siv.s en Bourgogne où il alioic
tout kvsaiii tlci'iiis quelques années.rendant la
roufc > iorc cu'ie; '"îf savoir le nom de
tous c!uir-ïs où aous passions j'avois beau
les lui il ne me rcpondoir que pair
ces m{;ts,iv;ince toujours que cela ne t'inquiète
pa- cDn.r. e sïi eût pressenti ce qui lui arriva
;ji:ips apr(?.s mais fetois aussi sur que
lui > poit* tic pas dire d'avantare, j'avois soin,
voyar.r qu'il refr.soit toujours de satisfaire ma
.curio.'iitv j'.ivois soin dis-je de prendre à son
inçu de:; par-tout où nous pas-
sion'; et c'eto t sur-tour dans les grandes Vi!l< s
qui *c trouvokrt sur rotre route, que je fai-
soii que j? croyois nécessaires
pour mon projet si l'occasion se. présentoir,
de i'ex'Jcurtr ce oui r,e tarda va
le voir t pour des raisons de mécontentement
que mon rcre me donna. A peine arrivés à notre
destinai ion mon perv loin de m'accorder quel-
que temps pour me reposer, après avoir fait
ure si longue roue, ne songea qu'aux moyens
d. ^occuper et moi avec lui. Il n'attendit pas
lotvxc '!i-»<, car il trouva aussi-tôt de l'ouvrage
à i::i rommj Fourche en Fontaine près
m p^i éloigné de Sens puisqu'il
n'en uoii qu'à cinq lieues.
"1
'A .K travaux si pénibles aux-
puisqu`il me fa\\oit tri fosses l'eau jus-
dans une saison
i., Pa, ici à la maison %£*£%?“ beUc
Sens en Bourgogne, il m'arriva une
p.tt aventure qui me chagrina beaucoup, en
22
ce qu'elle faillic à m'ètcr toutes les ressources
que j'avois pour faire nia route. La voici à l'en-
te de la Ville, je rencontrai un homme qui
.me dit: bon jour,mon petit pays,où vas tu comme
cela ? Lui avant répondu que je m'en retournois
au pays, il me demanda si je voulois me louer
avec lui pour jusques Pâques lui ayant répon-
du que je le voulois bien, il me dit 'Ce que je
voulons gagner jusqu'à ce temps dix écus
lui dis-je avec une paire de souliers et une
chemise. Après être convenu de ce prix avec moi
ct m'avoir fait plusieurs questions qu'il seroic
trop lonr de rapporter, il me demanda entre
adtrcs choses si j'avois de l'argent je n'ai qu'une
pi>to!e lui dis-je;qu'iî me prit avec mon paquet,
en m; disant mon petit am?,attends-moi auprès
de ces charertes je m'en vais à la maison porter
ton paquet et ordonner à ma servante de te
faire un bon Iit je veux que ru sois couché
comme un roi. Devois-je, et pouvois-jc à mort
âge me défier d'un homme qui me faisait tant
de caresses ? Aurois-je jamais cru.que ce n'éroit
que pour mieux me rromper ? je croyois au
contraire avoir trouvé une bonne fortune et
ce netoit qu'un volVur que j'avois rencontré
cornme on va le voir. Je l'attendis près de quatre
heures inutilement; voyant qu'il ne revenmt
pas, je me mis à pleurer, il s'amassa beaucoup de
monde auprès de moi et chacun me demandoic
pourquoi je pleurois comme je ne pouvois pas
parler francois on alla chercher près de-là
une femme qui étoit de mor pays, puisqu'elle,
me parla en mon patois je racontai naïvemeuc
23
cette bonne femme qui étoit meunière, ce
qui tenoit de m'arriver avec mon prétendu maî-
tre chaudronnier, que je lui dépeignis 1c mieux
qu'il me fut possible et 5 un coup de sabre
que je lui dis qu'il avoit à la joue, elle le re-
connut pourcelt^i qui lui avoit volé un che-
val l'année précédente vol pour lequel jl avait
manqué d'être pendu après avoir reste près
d'un an en prison. Aussi-tôt elle ht avertir les
cavaliers de maréchaussée, etm'enmena coucher
chez el Ie en me disant de ne pas -me chagriner,
parce qu'on me feroit rendre ce que cet homme
}n'avoir volé. En effet le lendfciain matin je
le vis arriver au même lieu tois, et il sou-
tint avec hardiesse qu'il m'av loué alors les
cavaliers lui demandèrent ce qu'il avoit fait de
mon argent et de mon paquet qu'on lui fit
rendre sur le champ pour l'argent, comme il
Tavoit dépensé il fut contraint,pour me le re-
mettre de vendre son habit et son chapeau;
après quoi on le chassa honteusement de la
ville, avec défense d'y remettre jamais le pied,
sous peine de prison.
Pour moi après avoir recouvré mes effets et
ma pistole, on m'a mis sur mon chemin, en m'a-
vertissant de bien me donner de garde de me
fier à de pareils gens que je pourrois rencon-
trer. Il ne m'arriva plus rien de fâcheux jusquà
mon pays où je fus de retour pour les fêtes
de Noël.
Ma bellc-mere fut bien surprise de me voir
elle me fit beaucoup ûVceuil, et me demanda
pourquoi j'étois revenu seul et j'avois laissé
24
ainsi mon père après lia avoir mes fai-
sons, qu'il mimponoic peu quelle trouvât
bonnes ou mauvaises, jaILli trouver mon oncle
qui dcmeuroir Barribas et comme il lui man-
quoit un berger il me demanda si je voulois
fntrerà son service en cette quarte. Ne pou-
vant demeurer à la maison faute Vocc^pStion
et n'ayant^ pas d'autre ressource, je n'eus pas
peine à me déterminer à prendre le parti
que mon oncle me nropoïoir j'entrai donc chez
lui, et me louai, à raison de douze liv. pou$
tente la campagne mon gain, comme l'on voit,
n croit pas considérable, et je faillis encore
a en perdre plus de la moitié par l'aventure
suivante qui tourna à mon avantage comme
on va le voir. Un jour que je gardois mes mou-
tons au bas d'une montagne nommée le bois de
Barre, il faisoit une chaleur excessive, j'avois
une sotf dévorante ce c'étoit la maison des ceri-
ses il y avoir près de-ià de fore beaux feri-
sicrs qui appartenoient au seigneur et je revois
le danger qu'il y avoit d'être surpris en flagrant
d.Iît cependant comme je ne voyois personne,
je me hazardai de m^rcr sur unV.e ces arbres
après avoir mis nus moutons l'ombre sous
un autre mais je rayai Ikr, cher le plaisir d'a-
voit- r^angé £cs a
pendant ce temps W berger du seigneur avoit
enn-.ené mes mourons en l'ourricre sans, qu'ils
eussent t.:it r<iicun t:c mon oncle fut
rasade me rctî.iir si:r \rn~
ne m: les ictiu p lS- comme en ie verra. Indi-
gné
25
D
gné d'une telle méchanceté de la part de ce
berger, je résolus de m'en venger à la première
occasion sur son troupeau et de lui rendre la
pareille.
En effet j'usai de représailles, si-non dans le
même genre,où je n'aurais rien bagné au moins
d'une maniere qui me dédommageabien dr la per-
te injuste qu'il m'avoitfair éprouver. Un jour les
moutons du fermier se mêlèrent parmi les miens,
j'en retins un secrètement sans que le berger
s'en appercût et comme ce mouton étoit rouge,
il auroit été facile de le'distinguer des miens
qui étoient blancs, mais je savois que cette cou-
leur ne venoit que de ceile d i terroir du
fermier, c'est ppurquoi j'eus soin de le bien
laver, et il devint aussi blanc que les miens;
de retour de la rivière où je l'avois conduit, je
le mis avec les autres et le berger du fermier
qui vint quelque temps après visiter mon trou-
peau pour chercher son mouton, ne le reconnut
pas ainsi il me resta je le ga rdai cinq mois
au bout duquel temps je le vendis sept liv. cinq
fols, ce qui me fît encore do bénéfice sur l'a-
mende que mon oncle avoit été obligé de payer
pour moi, et qu'il eut encore la bonté de ne
pas retenir sur mes gages parce qu'il avoit
été content de moi pendant tout le temps que
j'étois resté à son service
Ce n'est pas tout, j'eus encore à soutenir*
un assaut d'un autre genre, pour la possession
complette de mon pauvre mouton le temps
de faire ma. première communion arriva, et il
me fallut aller à, «asfessç je déclarai T la pecca-
dille à,notre curé, qui ne manqua pas de vou-
loir m'obliger à restitution xi je n'a'mois
mieux luiremettreàlui-mc;ïie lessept liv.pouj"les
distribuer aux pauvres. Chacun ne ces deux par-
tis dérangeant mes projets, j'avois achete de l'é-
m'habiller,et ;e n'avois alors que
l'argent qui provenoit de la vente de mon mou-
ton pour payer mon marchand, }(' fis j.arttfemon
embarras à M. le cure qui me fit promettre de
satisfaire à l'obligation de restituer quand je
pourroisic faire commodement. Je le lui promis
et me c rus quitte à bon marché car en pareille
Circonstance qui n'a pas le moyen de promet-
tre ? je fis enfin ma premier communion à l'âge
de dix-huit ans, malgré que je n'eusse pas voulu
donner à M. notre curé les sept liv. du mou-
ton qui m'appartenoit à juste titre, puisque
je l'avois nourri cinq mois et que je ne l'avois
gardé moi-même, que parce que je croyois avoir
droit de Ie faire d'après l'injustice que m'a-
voit faite le berger du fermier en mettanc
tn fourrière mon troupeau qui n'avoit causé
aucun dommage et je regarde à mon tour le
mouton que je lei retins, comme une restitu-
tion forcée la vérité mais juste et équita-
ble, de l'injuste amende à laquelte mon oncle
avoit été condamné pour moi. On m'accusera
peut-être d'avoir une morale un peu relâchée
mais ma conseience ne me reproche rien cela
me suffit il y a des gens trè*-scrupuleux
qui sont tout auplus honnêtes gens pour moi
>ans avoir jamais poussé trop loin te scrupule,
je purs et j'ose me Carter d'avoir toujours tÀcheî
l'avons oublié de dire que mon pere de re-
tour de Bourgogne, avoit voulu que je revinsse
à la maison mais je ne voulus pas y consen-
tir que mon année ne fût finie ce qui arriva
bientôt après temps auquel mon oncle me
paya mes gages sans me rien retenir, parceque,
comme je l'ai déja dit il avoir ért très con-
tent de moi pendant que j'avois demeuré chez
lui. Ce fuc alors que je retournai a la maison
partcrnelle parceque mon pere qui avoir rap-
porté de l'argenr des travaux qu'il avoit faits
dans sa derniere campagne ne Bourrue a voit
racheté des vaches,, et repris la culture de ses
terres que la trop grande quantité d'impôts
lui avoit flic abandonner l'année iprécéden*e.
Je demeurai donc encore avec mnn pere
environ deux ou trois moins, c'est-à-dire jus-
qu'au temps on il fit ce beau mariage de ma
sœur qui fut cause que j'aban -.Ion liai pour jamais
la maison paternelle, et vins à Paris où j'ai
fixé jusqu'à présent ma résidence comme on
le verra dans le chapitre suivant.
CHAPITRE. I t.
LE jour de la saint Pierre de l'année.
jour tout-à-la-fois mémorable pour n'a sœur
et pour moi mon pere al 'a de bon mnrin à
saint Juis, chercher le sieur Benoic notaire
royal pour ce f mieux contrat qui don-
noit tout à l'ai née de nies securs au préjudice
de ma cadette er de rnoi,tr mon pt reçut la kor;té
de recommander à ce brave suppôt de Théiuis
d'arranger si bien les ailaiics que nous uc puis
i8
sions jamais les déranger, ma petite sœur et
moi et sopposer à ses volontés. Ea effet le
notaire fit si bien les choses que mon pere
ne put Jui-mcme aller contre l'orsqu'il vou-
lut dans la snne revenir de son erreur.
Il étoit dit dis le contrat je donne en ma-
riage à mafilic Françoise Monnatte, un quarc
de mon bien, quitte et liquida c'est-à-dire sans
être obligé de payer aucune dette qui pourroic
y avoir sur le bien. Je reconrois que mon gen-
dre Claude Monteliard, aporte en mariage a ma
fille, la somme de liv. Ce tabellion injuste
s'entendoit sans doute avec les deux autres pour
nous tromper, puisque je ne vis ni entendis
sonner ni especes d'or ni d'argent, et que mon
beau-fiere n'apporta à ma sœur que 400 livres
en mariage, ce qui étoit bien éloigné des
liv. dont il étoit fait mention dans le
contrat, espèce de monopole qui me révclte
encore lorsque j'y pense, mais dont mon pere
fut plus puni que nous, puisqu'il en versa dans
la suite des larmes de repentir. Mais je lui ai
pardonné de bon cœur cette révoltante injustice,
qu'il me fit avec d'autant moins de raison que
je travaillois jour et nuit pour le bien do la
maison, malg'é mon infirmité.
Tout dans la maison étoit joyeux excepté moi.
cependant je faisois comme l'on dit,
ne bon cœur, puisque j'affectois une joie 3 l'ex-
térieur, que j'étois bien éloigné d'avoir inté-
rieurement. Cependant )'allai au cabaret avec
mes camarades et tirai comme eux avec un
piuolci selon l'usage du pays. Mon pere vienç
ine chercher pour aller garder mes Vaches
lui répondis que ma petite sœur pouvoic
bien y aller ce jour la que c'étoit assez sou-
vent à mon tour cette réponse loin de le
satisfaire ne servit qu'à l'aigrir encore d'avan-
tage contre moi, et me commanda avec me-
nace d'aller où il m'envoyoit. J'obéi* quoi
qu'avec répugnance bien résolu non seule-
ment de ne pas faire ce qu'il me comman-
doit, mais aussi de lui jouer un tour auquel
il ne s'attendoit gueres je veux dire de quictcr
la maison*, et de partir le lendemain pour
Paris, ceque je' fis comme il suit. Devant
donc partir le lendemain de grand matin j'a-
vois besoin de prendre du repos la nuit qui
précédait mon départ ainsi au lieu d'aller
'garder le arque comme je le faisois tous les
jours, j'allai me cacher dans du foin sur notre
grenier de crainte que mon père qui vint
à la maison s'informer où j'étois ne me con-
traignît d'aller garder le parque s'il me trou-
voit. il fut obligé de faire lui-même mon ou-
vrage, ce qui le courrouça tellement contre
moi que je l'entendois dire de la grange ou
j'étois caché ah si je pouvois le trouver le
drôle je lui casserois les reins vous n'aurçe
pas cette peine-là, dis-je en moi même ea
tffet le lendemain des les quatre heures du
matin je fis mon petit paquet, et jettant les
yeui sur le lit où ma pauvre mere avoitexpiré
entre mes bras je ne pus m'empêcher de ver-
ser un torrent de l'armes en me rappellant
le rristt et douloureux souveuir de ce qu'elle
3<>
m'avoit prédît au lit de la mort dont je vayoi*
J'acomplissement à la lerrre pour tout ce
qui me concernoit. Est-il possible, me disois
je en mot-même, de me voir ainsi sacrifié par
celui même qui m'a donné le jour, et qui
devroit par conséquent être le premier à veil-
ler à mes intérêts snr-tout dans l'état infirme
où je me trouve. Ces réflexions et d'autres
semblables loin d'abattre mon courage ne^
servoient qu'à le relever davantage. Après
avoir fait mes adieux à ma bellc-mere et
l'avoir priée de les faire de ma part à mon*
pere qui gardoit en ce moment le parque à
ma place, comme je l'ai observé plus haut,
je lui dis que je partois pour Paris, dans
l'intention d'y chercher de l'occupation. J'a-
vois un oncle qui avoit gagné 600 liv. à bat-
tre du plâtre à Montmartre, je crus qu'avec
du travail de l'économie ec de la conduire
je pourrois en faire aurant cette idée me
berçoit sans cesse mais qu'il y a loin de l'ima-
gination des chosesà leur réalité j'avois encore
bien des peines et des traverses essuyer avant
de parvenir à me faire un sort semblable à
celui de- monf oncle comme on le verra danï
la sOite. Je me mis donc en chemin dès la
pointe du jour, aussi peu chargé d'aigenf,
que je l'étois c'e mon pe'it paquer qui comme
l'on peut le croire, n'etoit pas bun lourd. A un
quart de lieue de moi village, je rencontrai
des garçon'; de mot endroir qui revenoienc
de garder le parque ils me demandèrent où
j'allais-, je leur répondis qt:e je paitois pour

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