Abrégé de la vie de Monsieur Louis Sainson , avec la relation du miracle opéré à son intercession sur Mademoiselle Croyez. A Meung-sur-Loire, diocèse d'Orléans, le 16 septembre 1786

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[S.l., après 1786.]. 1786. [4]-113 p. ; in-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1786
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DE
MONSIEUR
DE
MONSIEUR
AVEC LA RELATION DU MIRACLE
OPÊRÉ A SON INTERCESSION
SUR MADEMOISELLE CROYEZ, A
MEUNG - SUR - LOIRE , DIOCESE
D'ORLÉANS , LE 16 SEPTEMBRE
ABRÉGÉ
DE LA VIE
DE M. SAINSON,
ANCIEN CURÉ DE SEMERVILLE.
OUIS SAINSO N naquît dans
le commencement du mois de Mai 1703,
d'une honnête famille, au village de
Mone, Diocefe de Blois. Dès fon en-
fance, il négligea les amufemens qui occu-
pent ordinairement les enfans de cet âge.
Il fut élevé dans le Monaftère des RR.
PP. Bénédictins, de Pont-le-Voi, où il
y a encore une Pension, dirigée pour
lors par des Religieux tous Appellans.
Il eut le bonheur, quelques années
après , d'être mis au fait des disputes qui
agitent depuis fi long-temps l'Eglife , &
d'être conduit dans les voies du salut
par le célèbre Dom Louvard , le pre-
mier de son Ordre qui ait élevé la voix
4
contre la Bulle Unigenitus , & qui a
fcellé son témoignage par plufieurs an-
nées de prison & par un grand nombre
d'exils. La fuite de la Vie de M. Sainfon ,
prouvera qu'il a imité le zèle plein de
feu, dont étoit animé ce grand & cou-
rageux défenseur de la vérité. Dans le
temps de ses voyages, il á eu encore
pour son Confeil & son Directeur, Dom
Tenne, Bénédictin de Saint Benoît-fur-
Loire.
Après fon cours de philofophie &
de théologie, M. de Caumartin, fon
Evêque , le pria de préfides dans un châ-
teau, à l'éducation chrétienne de quel-
gues jeunes seigneurs. II étoit dans fa
Vingt-cinquieme année , lorsqu'il fut or-
donné Prêtre par le même M. de Cau-
nartin qui, étant uni aux Appellans ,
n'exigeoit pas; l'acceptation de la Bulle
Unigenitus. Il fut envoyé de fuite à
Mone., fa patrie , pour y remplir les
fonctions de Vicaire : ce qu'il fit pen-
dant quatre années. Son Evêque le
donna au Curé de cettie Paroiffe, qui
étoit d'un caractère intra able, persuadé
qu'il pourroít 1e gagner par fa douceur
fa patience & fon humilité. L'espérance
de M. de Caumartin ne fut pas trom-
[ 3 ]
péé. M. Sainfon réuffit à adoucir par
sa patience, l'humeur âpre & difficile de
cet Eccléfiaftique.
Il eut la Cure de Sémerville , en
Béauce, dans le même Diocefe, par ré-
fignation. En entrant dans cette Pa-
roiffe , M. Sainfon la trouva plongée ,
comme tant d'autres, dans une grande
ignorance fur les points les plus impor-
tans. Son prédéceffeur avoit, à la vé-
rité, de bonnes moeurs ; mais il étoic
mou & indulgent; il ignoroit entiére-
ment les regles de la pénitence. Le nou-
veau Curé crut donc devoir commencer
par interdire les Sacremens à tous ses
Paroissiens. On jetta les hauts cris ; mais
il tint ferme ,& s'appliqua à dissiper leurs
préjugés & leurs ténèbres, par des inf-
tructions claires & solides.
Ces villageois qui n'étoient pas ac-
coutumés à ce nouveau langage & à
cette conduite, en porterent des plaintes
à leur ancien Curé, qui écrivit a M.
Sainfon pour l'engager à diminuer fa
sévérité, & à modérer son zèle. M. Sain-
fon lui répondit que n'y ayant qu'une foi
& un Evangile , il ne connoiffoit qu'une
maniere de conduire les ames dans la voie
du falut : qu'il n'avoit trouvé perfornne
A
état de participer aux Sacremens , &
qu'il se croyoit obligé de les suspendre
pour un temps. Cette Lettre ne l'ayant
donc pas ébranlé , on fit de nouvelles
plaintes à l'ancien Curé qui se déter-
mina pour lors à aller à Sémerville, ef-
pérant gagner plus par fa présence &
par ses exhortations, que par ses lettres.
Il fut reçu par le nouveau Curé avec
tout honneur , respect & charité ; mais
il lui fit sentir d'une maniere fi frap-
pante, les dangers de fa conduite relâ-
chée , & le convainquit tellement par
la force de ses raifons , qu'après quel-
que séjour , l'ancien Curé touché jufqu'au
coeur, affembla la Paroifle. à la porte de
l'Eglife , pour y faire une amende ho-
norable de ses prévarications dans le tri-
bunal de la pénitence , pour exhorter les
Paroissiens à suivre les avis de leur nou-
veau Pafteur qui ne fuivoit lui-même
que la loi de Dieu & les maximes de
l'Evangile. Il leur dit enfuite qu'il se
retiroit pour aller pleurer, jusqu'à la mort,
fes relàchemens ; & faire pénitence de
la conduite qu'il avoit tenue à leur égard.
Il fe retira en effet à Vendôme où il
Vécut en vrai pénitent. Rare exemple
d'humilité & de la force toute-puiffante.
de la grâce sur le coeur des hommes
Dieu donna aussi - tôt une nouvelle
preuve de la force de cette grace, en com-
mençant à changer le coeur de ces bonnes
gens, pour récompenfer en même temps
l'humilité de l'ancien Curé, & le zèle
du nouveau.
M, Sainfon fut le principal instrument
dont Dieu se servit pour infpirer à la
veuve Mercier, le deffein de demander
à Dieu sa guérison par l'interceffion du
bienheureux Diacre M. de Paris, & la
confiance d'en obtenir l'éclatant miracle
dont le P. de Gennes a démontré la vé-
rité par des preuves fi frappantes , &
dont il a tiré des conséquences fi' déci-
sives en faveur des Appellans & des pré-
cieuses vérités que l'appel revendique!
L'Auteur des NN. Ecclésiastiques parle
.ainsi de ce miracle, le i6 Novembre 1737.
« Telle étoit la triste & incompréhen-
» sible situation de cette pauvre femme,
» lorsque , le 16 Octobre de la présente
» année, M. le Curé de Sémerville lui
» rendant pour la première fois une
» visite de charité, l'exhorta à la pa-
» tience , & lui parla des miracles
» opérés par l'interceffion du bienheu-
» reux François de Paris, Diacre, dons
A 3
[ 6 ]
» elle ignoroit jusqu'au nom. Ce Cure
» dont le zele connu dans le canton, n'eft
» ni timide ni précipité , & qui fait
» allier dans ses discours & dans fa
» conduite, la prudence & la fimpli-
» cité prescrites par Jéfus-Chrift aux
» Pafteurs de son Eglife , dit à la ma-
» lade entr'autres choses : que fi Dieu
» lui donnoit de la confiance dans ce
» faint Pénitent, elle pourroit obtenir
» sa guérison : mais qu'elle ne devoit
» pas la demander pour elle seule, puif-
« que c'est un grand bonheur de vivre
» & de mourir dans les souffrances;
» qu'elle devoit principalement deman-
» der fa guérison pour instruire le Dio-
» cefe de Blois, & en particulier le can-
» ton de Moify & de Sémerville ; que
» l'Eglife auffi étoit bien malade, que
» les Pafteurs ne s'accoxdoient point ;
» que bien des gens avoient condamné
» M. François de Paris pendant fa vie ,
» comme fi fa croyance n'avoit pas été
» bonne ; qu'après fa mort ils vouloient
» qu'on le regardât comme un méchant
» qui n'étoit point enfant de notre mère
» la sainte Eglife; & que le grand mi-
» racle de sa guérison feroit voir à tout
• » le monde, qui avoit'tort ou raifon.
»■ Ainfî parla ce refpectable Pafteur. La
» malade l'écouta avec d'autant plus d'at-
» tendon , que,fur ce qu'elle avoit ouï
» dire de fa vie pénitente.& de fa grande
» charité, elle defifoit depuis long-
» temps de le voir & de l'entendre.
» Le Curé de la Paroiffe entra dans
» le moment , & celui de Sémervillé
» lui, laissa des Reliques du bienheureux
» Diacre , pour les donner à la malade
» lorsqu'il le jugeroit à propos ».
On lit dans une lettre de M. Sainfon ;
adressée à sesParoiffiens, le 26 Févrièí
1743 , que Dieu avoit bien voulu lui inspi-
rer de demander ce prodige spécialement
pour eux , afin de leur prouver qu'ils de»
voient le croire, prendre & fuivre fes
enrfeignemens & ses avis pour la con-,
duite de leurs âmes. On fait aussi qu'eu
donnant les Reliques du bienheureux
Diacre à la veuve Mercier, il avoit en-
core intention d'engager M. Malherbe ,
Curé de Moify , dans la bonne caufe
pour laquelle il n'avoit pas grand zèle,;
& de le mettre dans l'heureufe nécessité
de ne point reculer, fi Dieu opéroit
cette merveille. En effet il l'avoit lui-
même invité à visiter cette,moribonde
dont on attendoit à chaque moment la
A 4
[ 8 ]
mort, M. le Curé de Moify en étoit
fi persuadé qu'il dit: Oh ! pour le coup,
fi cette femme eft guérie, il n'y aura
point à s'en dédire , la caufe des Appel-
lans fera jugée. Le miracle fut opéré, &
Dieu fit en même temps la grace au Curé
de Moify, de ne point balancer & de
foutenir, aux dépens de tous les avantages
humains, la vérité du miracle. Ainfi
M. le Curé de Sémerville obtint de la
bonté toute puissante de Dieu, un miracle
fur le corps de la malade, & fur le coeur
de fon confrère.
En effet il donna avis, avec le Curé
de Sémervilíe & plusieurs autres té-
moins oculaires , à M. de Cruffol, leur
Evêque, de la maladie étonnante de cette
veuve , & de fa parfaite guérison opérée*
par l'attouchement des Reliques du bien-
heureux Diacre, pendant différentes re-
prises d'un sommeil miraculeux , afin
d'engager le Prélat à exécuter le Décret
du Concile de Trente, en faisant auffi-
tôt ce que la vérité & la piété exigent
en pareil cas. La lettre fut remise à
M. de Cruffol, dans fa maison de cam-
pagne de Champigny, en présence d'un
grand-Vicaire & du Recteur des Jéfuites
de Blois. Le Prélat promit en peu de
[ 9 ]
mots, d'examiner le fait qu'il avoua mê-
riter effectivement attention.
Le résultat de cet examen fut de se
procurer par le canal du Cardinal de
Fleury, cinq lettres de cachet datées de
Fontainebleau, le 2 Novembre : là pre-
mière, pour enlever la miraculée & la
conduire à l'hôpital de Blois fur une
charetté couverte, au milieu de deux Ar-
chers ; les autres lettres de cachet, pour
exiler les Curés de Moify, de Semer-,
ville, de Morée- & de Linieres , en dif-
férens lieux. L'Auteur des Nouvelles Ec-
cléfiaftiques, p. 184 , après avoir rap-
porté les faits, ajoute : « Le délit de MM.;
» les Curés de Morée, de Moify &
» de Sémervilíe étoit bien constaté :
» ils avoient osé donner avis à leur Su-
» périeur, comme les. Canons l'ordon-
» nent, d'une merveille opérée fous leurs
» yeux par les Reliques d'un Appellant
» & ils avoient porté leur hardiesse juf-
» qu'à en demander respectueusement
» l'information juridique : péché irré-
» miffible aujourd'hui ».
Le 8 Novembre , M. de la Foffe, chef
de la Maréchauffée de Blois , dès le
matin signifia à M. Sainfon, en ufant
de termes, qui lui exprimaient la peine
M.
qu'il en avoit, l'ordre du Roi, dont
nous venons de parler , qui l'exiloit à
Apt ; il lui enjoignoit de partir inceffam-
ment , avec défense de passer par Paris.
Il reçut cet ordre avec le respect qui est:
dû au Roi. Comme il étoit sans contredit
le plus odieux & le plus coupable aux
yeux des Jéfuites à qui M. de Crussol
étoit totalement livré , ils avoient fait
choisir un des endroits le plus éloigné ,
pour le mieux punir de son grand cou-
rage à publier les merveilles du Sei-
gneur , & de son zelè à instruire soli-
dement ses Paroiffiens , & à suivre les
règles de l'Eglife dans l'adminiftration
des Sacremens de Pénitence & d'Eu-
chariftie. Il n'étoit dans fa Cure que
depuis cinq ans & demi. Il en partit
le 13 avec le P. de Gennes.
Le Nouvellifte dit à ce sujet î
» La plus grande douleur des exilés a
» été la séparation de leur troupeau qui
» ne leur a jamais plus témoigné que
» dans cette occafion , fon refpectueux
M attachement. M. le Curé de Sémer-
» ville depuis long-temps en butte aux
* Conftitutionnaires à cause de son déf-
» intéressement univerfel dans l'exercice
» du saint Miniftère, & de fon zele connu
[ 11 ]
» pour toute vérité , a reçu des marque
» extraordinaires de vénération , non-
» feulement de fa Paroiffe, mais d'un
» grand nombre d'habitans des Paroiffes
» voisines. On est venu en foule en-
» tendre ses dernieres inftructions .Sa
» maison ne défempliffoit pas de per-
» sonnes qui venoient lui demander des
» avis , ou qui ne lui parloient que par
» leurs larmes. Rien de plus touchant
» que les pleurs finceres de tous ces pau-
» vres enfans k qui il faifoit lui-même
», l'école avec une charité infatigable.,
» en leur fournissant abondatriment tous
» les livres nécessaires : ils paroiffoient
» sentir tout ce qu'ils perdoient. Ce
» qui a pu consoler ce tendre Père, dont
» on arrachoit les entrailles , c'est d'à-
» voir vu la plupart de ceux qui avoienfi
» le moins, goûté fa conduite dans l'ad-
» miniftration des Sacremens, fondre;
» en larmes, & avouer que Dieu les
» puniffoit d'avoir mal profité de fa cha-
» rite & de ses lumieres ».
Le même Auteur, dans la feuille dit
6 Février 1740 , rapporte une repartie
que fit dans ce temps-la la veuve Mercier,,
lorfqu'à.l'hôpital de Blois on tâchoit de
la féduire par les menaces & les pro-
A 6
meffes, par des calomnies grossieres con-
tre M. de Pâris, par différens fophifines.
«Un Prêtre voulant donc persuader
» à la veuve Mercier , que M. de Paris
» étoit damné, elle lui fit cette réponfe
» tranchante : Dieu n'exauce point les
» prieres d'un damné. Un autre (ou le
» même peut-être ) ajouta : M. l'Evêque'
» dit que vous avez été guérie plutôt
» par les prières de M. le Curé de Sé-
» merville, que par celles de M. Paris ;
» qu'il connoît ce Curé comme un
» homme de bien, & que c'est dom-
» mage de ses fentimens. D'où vient,;
« ( reprit la veuve ) qu'il le fait souffrir ,
» puisqu'il est agréable à Dieu ,& que
» Dieu exauce ses prières ? Quand il
» sera mort , il sera donc comme, le
« bienheureux Paris, puifqu'il vif comme
» le bienheureux Paris, & qu'il est op-
» pose à la Bulle comme lui ».
Le saint Evêque de Senez , prisonnier
lui-même pour la caufe de Jefus-Chrift ,
voulut prendre part au témoignage de
M. le Curé de Sémervilíe par fa lettre
du 13 Janvier 1738.
« Je ne dois plus, Monfieur, m'atten-
» drir fur vos souffrances , puisque vous
» lés supportez avec un courage qui fait
» rougir ma lâcheté. Mais je ne gé-
[ 13 ]
» mirai pas moins fur la malice des
» hommes, puisqu'elle s'irrite des bé-
». nédictions du Seigneur , & qu'elle
» change en ténèbres, la lumiere qui de-
» voit la guérir. Le miracle de Moify est
» devenu célébre dans tout le royaume.
» Les moyens dont le démon s'est servi
» pour l'anéantir , n'ont servi qu'à lui
» donner plus d'éclat. Il est nécefaire
» que l'incrédulité succombe à l'évidence.
» Et que peut-on defirer pour la. cer-
» titude d'un fait, lorsqu'il est constaté
» par quatre Curés dont la confession
» est scellée par un exil auffi rigoureux
» qu'honorable ? J'ai une vraie joie ,
» M. , de me trouver sur votre route.
Que
ue ne puis - je par mes voeux, acce-
» lérer le moment où j'aurai le plaisir
» de vous voir ? Mais je me trompe,
» & ils seroient bien mieux remplis ft
» un ordre plus digne de la Religion
» du Roi, vous renvoyois a. votre cher
» troupeau. Je m'unirois à fon bonheur,
» après m'être édifié de votre foi ; &
» comptant fur la part que vous voulez
» bien me donner à vos prières , je
55 tâcherois de vous marquer , Mon-,
» sieur, &c
M. Sainson passant à Orléans,, ses
■§fc lui conseillèrent d'écrire au Mi*
[ 14 ]
niftre , & de lui demander les -secours
dont il avoit besoin pour se rendre au
,lieu de son exil, & ponr s'y entrete-
nir quand il y seroit arrivé. Sa lettre
étant restée fans réponse, il prit ce silence
pouf un consentement tacite d'aller par-
tout ou il pourroit vivre, excepté à Séjner-.
ville. Ainsi il se retira bientôt après avec
son bon ami le P. de Gennés, à Ecri-
gnelles, Diocefe d'Auxerre, où il a resté
jufqu'en 1750 (1). Avant de s'y retirer j
il séjourna trois mois au château de la.
Motte-Saint-Lié, chez M. de Bagnols
& il fut ensuite au château de Regennes,
chez M. l'Evêque d'Auxerre, où il paffa
le Carême de 1738. Il témoigne dans
une de ses lettres, que cette obligation
d'aller tantôt d'un côté , tantôt de l'au-
tre , d'errer çà & là , n'ayant ni feu
ni lieu , & d'être, exposé continuelle-
ment à être gêné par les uns, & à gêner
soi-même les,autres , lui étoit fort pé-
nible , aimant, comme il aimoit, le secret
(i) Nous remarquerons ici en paffant,qu'on
avoit accusé mal à propos M. Sainfon d'une
sévérité outrée à l'égard du refpectable P. de
Gennes, compagnon de fa pénitence. Il s'en
eft plaint lui-même dans le temps à l'Auteur
de fa vie ; & on a eu. égard à ses plaintes
dans sédition que. BOUS avons fous les yeux
de son cabinet. Mais il adoroit en cela
les ordres de la Providence. Il n'a;*oit
garde de s'en prendre à l'injuftice de
ceux qui le traitoient d'une manière pire
que les hommes les plus criminels ne
le sont, & cela fans vouloir rien exa-
miner ni l'entendre, Uniquement parce
qu'ilavoit enseigné le vrai chemin de la
pénitence & de la justice chrétienne à fes
Paroissiens, & rendu témoignage à.un mi-
racle. C'est de la justice de Dieu, disoit-
il, que tout cela me vient. C'est auff
un effet de fa.bonté, garce qu'il savoit
bien que j'en avois besoin. Il ne parloit
même ainfi de ce qui le regardoit per-
fonnellement, que pour ranimer la foi
de ses Paroiffiens.
La bénédiction que Dieu avoit daigné
répandre fur plusieurs lettres qu'il leur avoit
déja adreffées ,le détermina à leur écrire
d'Auxerre, le 11 Mars 1738, pour lés
prémunir contre la séduction dont ils
étoient menacés dans la quinzaine de
Pâques. Pour les en préserver, autant qu'il
étoit en lui, íl leur rappelle ce qu'il
leur avoit déja dit, soit de vive voix,
soit par écrit, sur les regles invariables
de la pénitence, fut les caracteres de
la iufiice Chrétienne, fur la néceffité de
[ 16 ]
combattre sans cesse la triple concupis-
cence que nous portons en nous de-
puis le péché, fur l'obligation de faire
des progrès dans la piété, fur l'atten-
tion qu'ils dévoient avoir à diminuer
tous les jours le nombre de leurs fautes
les. plus légères, k en gémir-jusqu'à la-
mort, & à remplir leur vie , de prières, .
de travail, de lectures saintes, de jeûnes
& autres mortifications tant du corps
que de l'esprit», d'assistances du prochain
& de toute forte de vertus , afin de con-
sommer ffaintement leur course. L'Eglife
ordonne, il est vrai , la Communion
pafchale, & plût à Dieu, leur dit-il,
que tous fussent en état de la faire ! mais
l'Eglise n'ordonne & n'ordonnera ja-
mais dé faire un sacrilège, comme pref-
que tous ont le malheur de le faire en
communiant, parce que c'eft Pâques
c'eft-à-dire, que l'Eglife n'ordonne la
Communion pafchale qu'à ceux qui en
sont jugés dignes par un bon Confef-
seurtou Directeur qui les a examinés
avec toute la sagesse , les lumières &
l'application possible fur leurs difpofitions,
& qui est moralement certain que Dieu
a changé leur coeur.
On voit dans cette lettre , la tendre
affection que le Seigneur lui avoit dost2nt
née pour eux, le déchirement de coeur
qu'il reffentoit continuellement de fe
voir séparé d'un troupeau qui lui avoit
toujours été si cher, & qui l'étoit devenu
davantage à son égard par les admira-
bles dispositions dans lesquelles il per-
fevéroit depuis qu'il leur avoit été en-
levé. On y admire son humilité, sa pa-
tience à supporter les suites pénibles de
son exil, sa soumission aux ordres les plus
rigoureux de la Providence. II tâche de
les consoler dans les peines, les afflic
tions, les médisances, les insultes, les
calomnies, les mépris, les opprobres &
les persécutions, dé toutes fortes qu'ils
a voient ou qu'ils pourroient avoir à souf-
frir dans la fuite, comme étant le par-
tage des élus en cette vie. Il les exhorte
vivement à entrer dans les sentimens
du saint Prophète Daniel, dont il leur
fait un long extrait, & de dire au Sei-:
gneur avec lui : « C'est par votre jus-
» tice très-véritable que vous, nous avez
» envoyé ces châtimens , que vous nous
» avez fait tous ces maux, & que vous
» nous avez livrés entre les mains de
» nos ennemis qui sont des injustes, des
« scélérats & des prévaricateurs de votre'
[18]
» loi,.. Nous n'avons point -obéi à vos
» Serviteurs les Prophètes, (c'est-à-dire,
» aux Pasteurs ) , qui ont parlé en votre
» nom...Il ne nous reste que la confufion
» de notre visage à nous , à nos Rois , à
» nos Princes & à nos Pères qui ont pé-
» ché ; mais à vous qui êtes-notre Sei-
» gneur, notre Dieu, appartient la mi-
» séricorde & la grâce de la réconci-
» liation ». En terminant cette lettre,"
il leur dit qu'il n'y a rien de meilleur
pour eux que de se réunir, s'entr'entendre
& s'aider pour faire le bien, comme
signifie le 1er du Pf. 132. Et en
effet, ajoute-t-il, pourquoi les bons n'a-
girpient-ils pas 4e concert les uns avec
les autres ? Les pécheurs s'affemblent
bien, s'entrecherchent, s'entr'entendent j
s'accordent pour faire le mal, & s'y por-
tent lés uns les autres. Les médians ne
rougissent point d'agir ainsi pour se per-
dre ; & nous, nous rougirions d'en user
de rnême pour nous sauver !
« Plût à Dieu, mes chers amis, leur
» dit-il dans celle du 17 Juillet de la
» même année , qu'au lieu d'exil, je
» fusse détenu dans la plus affreuse prison;
» & qu'elle, fût voisine de vous : elle.
» rue deviendroit un lieu de délices,
» pourvu que je vous euffe avec moi ;
» ou plutôt que vous fussiez du moins
» à portée de vous pouvoir rendre les
» services dont vous avez besoin! Le
» cachot même le plus profond & le
» plus horríble,seroit pour moi, je pense,
» comme un agréable palais ,si quelque-
» fois je pouvois recevoir la visite de
» ces chers enfans que j'ai engendrés
» à Jésus-Christ par la prédication de
» fa divine parole. Quelle joie, quelle
» consolation seroit-ce pour moi de
» vous pouvoir ainsi consoler & forti-
» fier par la vue de ce que j'enduterois ,
» & par les paroles de vérité que Dieu
» auroit la bonté de me mettre dans la
» bouche pour vous ! Quelle douceur
» dans mes souffrances votre docilité ne
» m'apporteroit-elle point, fi je me
» voyois à portée de pouvoir appliquer
» à vos maux spirituels, les remedescon-
» venables, & que vous defirez, par la
» grâce de Dieu , bien loin de les ap-
» préhender & de les fuir,commetant
» d'autres ont le malheur de faire.!..
» Mais dans l'affliction où me réduit
» l'impossibilité ou je fuis de faire toutes
» les fonctions pastorales que je desire-
» rois faire , & que je ferois en effet, si,
[ 20]
je vous tois rend en quelque façon
». que ce fût ;... Ne trouverai -je au-
» cune consolation ? La foi ne m'en--.
» seigne-t-elle aucun moyen par lequel
» vous soyez dédommagés de.la perte
» que vous pouvez souffrir par mon ab-
» sence? Oui, mes frères,-j'en connois
» un moyen , & un moyen bien puis-
» sant, lequel par conséquent est bien
» capable de faire votre consolation
» ainsi que la mienne.., N'est-il pas
» vrai que Jesus-Christ est plus votre
» Pasteur, que je ne le fuis ? N'est-il pas
» également certain que ce Pasteur in-
» comparable est auffi un Pasteur in-
» dépendant ? . . Ne peut-il pas sau-
» ver ses élus fans notre secours ; &
» quand il nous fait l'honneur de se
» servir de nous pour travailler à l'oeu-
» vre de leur salut, est-ce par besoin....
» Ce seroit un blasphème de le dire...
» Je vous ai servi de Vicaire de J. C.,
» il est vrai, & je vous en servirai en-
» core quand il le voudra ; mais c'étoit
» toujours lui qui faisoit tout en vos
» coeurs. . . Quand il a permis que la
» malice des hommes m'ait chassé, c'est
» comme s'il m'eût parlé en ces ter-
» mes : Mon fils , je veux maintenant
[21] .
me charger de faire mon oeuvre moi-
» même, ou du moins fans vous. . .
» Pendant un temps je vous ai confié
» cet ouvrage à faire en mon nom;
» mais crainte que mes enfans ne
» croyent que c'est à vous qu'ils font
» redevables de leur conversion, au lieu
» de reconnoître, comme ils y sont obli-
» gés, que c'est à moi qu'ils la doivent
» toute entière , je vous dispense pré-
» sentement d'exercer le Ministère Pat
» toral parmi eux, mais seulement je
» vous charge de faire, plus que jamais ,
» pénitence pour eux, & de prier beau-
» coup ; comme auffi , pour les punir par
» miséricorde, je veux que vous les quit-
» tiez. Et afin que vous ne doutiez point,
» ni eux non plus, que c'est ma volonté,
s» mes ennemis qui font la guerre à m'a
» doctrine & à mes miracles, vont par
» un crime énorme vous chasser de votre
» Cure ; je leur laisse ce pouvoir fatal ;
» en cela ils serviront à l'exécution de
» mes desseins : or un de mes princi-
» paux desseins est de vous bien con-
» vaincre tous que je saurai parfaite-
» ment conduire ceux que mon Père m'a
» donnés, c'est-a-dire, mes élus; soit
» en les instruisant moi-même extraor-
[22]
« dinairement, soit en les faisant con-
» duire par qui il me plaira de leur-
» envoyer de temps en temps... Je fuis
» le Pafteur & l'Evéque de vos âmes.
» ( 1 Petr. 2 , 25,.. Considérez que
» je fuis Apôtre & Pontife ( Heh. 3,1 ).
» Et même que je fuis ce grand & fou-
» verain Pontife ( Heb. 4, 14. ) , qui ai
» fait pénétrer le sang de ma victime ,
» c'est-à-dire, mon propre sang, jusques
p dans le Ciel, en y entrant moi-même
» pour m'y offrir fans cette & fans au-
» cune interruption, à mon Père, en fa-
» veur de ceux que j'ai rendus, ou que
» je veux rendre mes frères par la vertu
» & les, mérites de ce même sang...
» Il suffit feulement qu'ils s'unissent à
» moi, qu'ils s'y attachent & qu'ils ne
» faflent qu'une même victime avec
» celle que j'offre , c'est-à-dire , avec
» moi-même qui fuis, l'hostie offerte &
M immolée , comme je fuis le Prêtre
» & le Pontife qui offre invisiblement,
» mais bien réellement avec eux & poux
. » eux.....
» N'est-il pas vrai que tout contribue,
» que tout sert au salut des élus (Rom.
» .8 ,28 )... Or n'avez-vous pas la con-
fiance d'être de ce bienheureux, nom-
(23)
» bre des élus: qui profitent de tout par
a l'amour qu'ils ont pour Dieu ? Ceci,
» au lieu de nuire à votre salut, y servira
» -donc aussi ? .... Vous auriez peut-
» être, été tentés de partager votre
« confiance a l'égard de votre salut ,
« entre J. C. & votre Pasteur, qui n'est
» que son pauvre & inutile serviteur,
» même sans vous en apperçevoir, si
» J. C. nous avoit toujours - laissé en-
» semble : ainsi encore une fois, cette
» rude séparation vous servira} bien loin
» de vous nuire....»
II leur écrivit bien d'autres lettres
qu'ils recevoient avec reconnoissance ;
mais vers 1740 ou même dès 1739, il
fit plus : il fut les voir à Sémerville,
comme il pût & où il put, quelquefois
même en une cave où ils venoient le
trouver, quelquefois dans un grenier;
ce. qui a duré fans interruption , chaque
année une fois , jusqu'en 1748, qu'y
étant encore retourné vers Pâques, il y
apprit la mort toute récente du desser-
vant. Nous rapporterons ailleurs les
fuites de ce fait.
Pendant ces ' premières années de son
exil, qu'il faisoit secrètement des voyages
à Sémerville, Dieu le préserva de dif-
[ 24]
férens dangers. M. l'Evêque le trou-
vant importuné par les lettres qu'il lui
écrivoit pour lui demander une entre-
vue, s'expliquer avec lui, mit en
quelque forte fa tête à prix, promet-
tant à un gentilhomme de fa paroisse,
homme fans honneur comme fans biens,
la somme de cent écus, s'il pouvoit le
prendre, ou le faire prendre. Nous; ne
parlerons point de plusieurs chûtes de
cheval, & de deux fur-tout que fit notre
saintPasteur dans ses voyages pour ses
frères; chûtes très-dangereuses, où il
devoit se tuer ou s'estropier , & ou
cependant, grâces a Dieu , il n'en reçut
aucun mal.
Dans ce temps-là son séjour ordinaire
étoit Ecrignelles , comme nous avons
déja dit. Voici comment il parle de
fa chere retraite dans une de ses lettres,
8 janvier 1744 : » Par-tout ailleurs je
„ ne me plais point comme ici , où
„ rien ne diffipe l'ame, où la paix règne,
„ où l'esprit de Dieu est & se fait
»admirablement sentir, sur-tout dans
,, notre bon François ( Domestique du
,, Curé d'Ecrignelles ) dont la vertu
„ qui prend tous les jours des accroit-
» semens nouveaux, m'étonne & me
charme....
[25 ]
» charme. ....... .. Nous avons pourtant
„ un hôte bien bon aussi dans la per-
„ sonne de notre cher & respectable
„ Pasteur, dont les Paroissiens conti-
„nuent toujours à profiter très-mal-
„ Pas un ni une ne lui donne de con-
„ solation ,malgré tout ce qu'il fait pour
„ eux avec une application - infatigable
,, avec un courage qui ne se rebute
„ de rien. Assurément bien d'autres que
,, lui laisseroient là ces indociles dan»
„ leur impénitence ; mais lui espère
„ toujours, il ne cesse de les aimer:,
„ parce qu'il sent qu'il est père par l'or-
,, dre de Dieu qui l'a mis là; il y reste
,, jusqu'à ce que. Dieu l'en ôte par la
,, persécution ou par la mort. En atten-
„ dant il fait son devoir, fans rien crain-
„ dre- ni espérer de la part des hom-
,, mes, & il a bien raison; car ce
„ n'est que Dieu qu'il faut voir en tout :
„ c'est son adorable volonté feule qu'il
„ faut consulter & suivre; c'est a Dieu
„ seul que nous avons intérêt de plaire.
„ Mais : quí s'en met en peine Comme
,, il faut,, !
En éloignant M. Sainson de fa Pa-
roisse où le bien commençoit à être so-
lidement établi , Dieu avoit résolu de
B
s'en servir pour opérer une' heureuse ré-
forme dans une autre. M. le Curé de
Chambon en Gâtinois, Diocèse de Sens,
ayant eu occasion de le voir & de s'en-
tretenir avec lui à la Roncière , terre
deMadame de Vieux-Pont, fut si touché
de Dieu, & si agité de remords à la vue
èé ses négligences dans le gouverne-
ment de fa Paroiffe, qu'il vint à Paris
pour consulter des personnes éclairées,
& voir ce qu'il avoit à faire. Ce Curé
n'y ayant trouvé personne qui le satisfit
autant que le jeune Curé de Sémerville,
retourna le trouver à Ecrignelles., 6c
ne le quitta point qu'il ne l'eût fait con-
sentir de venir avec lui dans fa Paroisse
pour y réparer le mal qu'il y avoit fait
par fa lâcheté & son ignorance dans
l'administration des Sacremens de Pé-
nitence & d'Eucharistie. M. Sainson
après bien des résistances , pressé par M.
Je Cure d'Ecrignelles & le P. de Gennes
de se; rendre à l'ordre de Dieu qui pa-
roissoit si marqué, se détermina à ac-
compagner ce Curé qui eut le courage de
monter en chaire, pour dire à ses Pa-
roiffiens qu'ayant eu le malheur de les
conduire dans une voie qui menoit à
la mort, il descendoit de l'autel pour faire
pénitence, & qu'il les conjuroit de s'y
mettre auffi eux-mêmes avec lui, & d'é-
couter les leçons du charitable Ministre
qui vouloit bien faire les fonctions à fa
place.
C'étoit peu de temps avant le Carême.
Cette sainte Quarantaine se passa , de la
part de M. Sainson, en exercices du saint
. Ministère , Instructions matin & soir ,
Catéchismes, &c. , mais il ne voulut
•jamais se charger de la Confession. Au
temps Pafchal M. Sainson se retira, &
revint après la quinzaine , laissant an
Pasteur lâ liberté de reprendre ses fonc- .
tions ; mais il fut le seul à faire ses Pâ-
ques.
Pendant plus de deux ans M. Sainson
revendit souvent à Chambon reprendre
le cours de ses instructions, jusqu'à ce
que la persécution de M. Langues, Ar-
chevêque de Sens, contre ses Curés , eût
enveloppé le bon Pasteur de Chambon.
L'amour & le zele dont le Curé de
Sémerville étoit rempli pour la doctrine
de l'Eglise, lui avoit fait réfuter, fins
-aucune crainte des hommes, le nouveau
Catéchisme de M. Languet ; ce Prélat'
effaya en vain de le faire arrêter. Il
[ 28]
savoit s'absenter pour quelque temps :
& ensuite il reparoissoit.
Dieu répandit sa bénédiction fur les
travaux de cefidèle Ministre. Tous les
habîtans se soumirent à la pénitence &
à tous les exercices de piété. Ils affif-
toient tous aux instructions avec le plus
grand zele. Ils aimoient M. Sainson
comme leur père ; & lorsqu'il s'étoit ab-
senté pendant quelque temps, ils le.re-
voyoient avec les acclamations & les
témoignages de la plus grande joie. Ils
avoient une si haute idée de fa piété,
qu'ils crurent un jour le voir élevé de
terre, pendant qu'il chantoit la Préface.
II y avoit en effet des jours où son zele
& son ardeur pour les. vérités dont il
.les entretenoit,, lui causoient un ravif
sement qui tenoit du prodige. Une
fois étant en chaire, il resta quelque
temps en extase, ayant le visage d'une
beauté extraordinaire , les bras &c les
yeux élevés vers le Ciel. Après cette fa-
veur céleste, reprenant son discours, il
dir de fi belles choses , & avec tant
de feu, que tout le monde fondoit en lar-
mes.
Des Missionnaires envoyés pat M,'
Languet, après le jugement de l'offi-
[29]
cialité contre les Curés de Sens , ont
fait avorter une si belle oeuvre. Il en a
cependant résulté la converfion solide
& persévérante d'un certain nombre de
personnes qui font demeurés inviola-
blement attachées a leur Pasteur & à M.
Sainson jusqu'à leur mort. Il y en a en-
core une qui est en vie.
Nous avons déja dit qu'étant allé, selon
sa coutume , en 1748 à Sémerville, il y
apprit la mort de son Desservant. Il
vint à Orléans pour en informer M. l'E-
vêque. Il lui donna son adreffe au cas
qu'il voulût bien par écrit lui permettre
de rentrer dans fa Cure. Il lui dit en*
même temps qu'il prendroit fon filence
pour un confentement. Ayant donc at-
tendu inutilement la réponfe: du Prélat, il
retourna hardiment à Sémerville,malgré
fes amis. Tous-, à l'exception du P. de
Gennes, employèrent les plus preffans
motifs pour l'en empêcher, vu fur-tout
que M. le Doyen de la Cathédrale de
Blois, à qui il avoit écrie pour savoir
l'impreffion que feroit fa lettre fur M.-
de Blois , lui mandoit que M. l'É-
vêque ne eonfentoit point à son re-
tour.
Nous apprenons de lui-même que
B 3
Dieu se servir, pour lui inspirer cette
hardiesse de la nouvelle édition de l'on-
vrage de M. de Montgeron qu'il ve-
noit de lire. S'exposant donc à tout,
il retourna à Sémerville publiquement,
& en y allant, il l'écrivit à son Evêque
qui temoigna par son inaction contre.
lui, & même par quelques paroles fa-
vorables , n'en être pas fâché. On peut
- juger quelle fut la joie de ces fidèles
brebis. C'est dans ce temps-là que le zèle
du Pasteur & la ferveur du peuple pa-
rurent dans tout leur jour. Le Curé tou-
jours occupé des fonctions de son mi-
nistere, soit à l'Eglise, soit dans les mai-
sons , étoit l'image du bon Pasteur. Ses
Paroissiens & un grand nombre de per-
sonnes des environs se, rendoient affi-;
duement à tous les exercices de piété».
Il dit dans cette occasion ; Ces bonnes-
gens oublient qu'ils ont un corps. Il
employa le grain de sa grange pour nour-:
rit ces pauvres gens ; mais les riches
laboureurs eurent soin d'apporter du
pain , afin. que tout le monde pût.
manger.
Pendant sept semaines il fit les fonc-
tions publiques aux heures ordinaires.
Dans ce temps se trouverent les Roga-
[31]
tions. La paroisse de Sémerville alla
en processions un village voisin, selon
son usage, bien joyeuse d'avoir son lé-
gitime Pasteur à sa tête. Le Curé de ce
village voyant arriver cette procession
accompagnée de son Chef, dit à son
Bedeau de sonner le tocsin, parce que
le loup arrivoit. Cependant il laissa faire
l'Office, & fit servir-le déjeûné. Il avoit
assisté dans une tribune a finstruc
tion de M. Sainson , & n'avoit pu em-
pêcher que plusieurs de ses Paroissiens
n'y entrassent par curiosité. Ceux qui
l'avoient entendu, ne manquèrent pas de
témoigner à leur Curé qu'ils avoient été
bien satisfaits d'entendre celui de Sé-
merville. Le Curé jaloux & blessé de
cette espèce de préférence , leur dit qu'il
l'avoit aussi entendu, mais que le Di-
manche suivant il détruiroit tout ce qu'il
avoit dit. Dieu ne le permit pas ; car
dans la semaine, étant à la chasse, il posa
son fusil droit devant un arbre, & dans-
l'instant le.fusil partit, fans que la moin-
dre chose le touchât , & lui cassa la
tête. Cet événement fit une grande
impression sur tous les esprits des habitant
d'alentour de Sémerville.
Mais hélas ! il n'empêcha pas les Curés
B 4
[ 32 ]
Voisins de cabaler, afin d'obtenir un nou-
vel ordre du Roi contre lui. Informé
de cet ordre, il fe retira. Les Archers
cependant, par un ordre secret de. la
Providence, ne remuerent point. Ayant
donc laissé appaiser les esprits pendant
deux mois , il retourna , au mois de
Septembre, à Sémerville, après en avoir
de nouveau prévenu son Evêque, & lui
avoir promis que ce ne. seroit qu'en se
cachant qu'il exerceroit son ministère :
ce qu'il fit pendant quatre mois, ne te-
sant d'àssemblées,terminées par la Messe,
que la nuit.
Il recevoit dans son presbytère les
étrangers qui venoient à Sémerville pour
y assister, & leur disoit des paroles d'é-
dification jusqu'à onze heures du soir,
où on alloit à l'Eglise. On commen-
çoit par une prière en silence, le visage
prosterné contre terre, qui duroit un
demi-quart d'heure. Ensuite on faisoit
la prière du soir. Après la prière on
disoit,en psalmodiant, les trois Nocturnes
en François, parce que la plupart de
ceux qui composoient ces assemblées,
étoient des gens de campagne. Le Pas-
teur faifoit des explications de chaque
leçon Puis on disoit Laudes qui étoient
suivies de la lecture du faint Evangile
avec des réflexions solides. Voyons main-
tenant l'Evangile pratique , disoit le
Curé ; c'étoit la vie des Saints. Il en;
relevois les traits le plus remarquables.
Le Catéchisme se faisoit ensuite ; suivoit
la grand'Messe, & le Prône après l'E-
vangile. Un grand nombre de personnes
y communioient. On finissoit par l'Office
de Primes , & chacun se retiroit chez soi.
Les étrangers couroient à leurs Paroisses
pour assister à la Messe & aux Instruc-
tions , afin d'ôter à leurs Curés tout sujet
de se plaindre;
Qui n'admirera la grandeur de là for
de ces vrais fideles ! En sortant de leur-
travail , après un repas pris à la hâte,
ou en mettant un morceau de pain dans
leur poche , ils se rendoient de 19 à
20 Paroisses voisines , pour assister aux
assemblées de Sémerville ; & souvens
crotés & mouillés, ils passoient la nuit
entière presque tous debout on à genoux-,
dans l'Eglise. Mais Dieu les a bénis, &
ils étaient bien dédommagés de leurs
fatigues ; car ils entendaient prêcher avec
onction & solidité toutes les plus grandes
vérités de la Religion, & d'une maniere
proportionnée à leur intelligence. On
[ 34 ]
y instruisait beaucoup sur les miracles
& les prodiges de nos jours ; on y
montroit leur liaison avec l'appel & les
desseins de Dieu sur le rappel des Juifs
& la réprobation de la gentilité dégé-
nérée & apostate. Ces faits nous rap-
pellent la ferveur incroyable & la per-
sévérance étonnante des. Chrétiens de
Troade, où nous voyons que rien n'était
capable de lasser la patience & le zele des
maîtres & des disciples.S.Paul les assembla
le Dimanche (& sans doute dès le grand
matin, comme c'était l'usage ) & cette
sainte assemblée ne se termina qu'au, jour
du matin du Lundi (Act. 20, v. 6 &
seqq. ).
Un cocher d'une Dame de condition
dans les environs de Sémerville, était
des plus assidus aux assemblées. Sa mai-
tresse en fut avertie, & lui en fit des re-
proches. Lui fans rien répondre , con-
tinua son train,; sans que son travail fût
dérangé en rien. La Dame le fut, le fit
venir, le chargea d'injures les plus atro-
ces , le traita de fou, de. fanatique,de-
coureur de nuit, & lui dit d'aller trou-
ver son Intendant pour lui faire son
compte, & de passer la porte. L'In-
tendant le traita encore plus mal, le
paya, & après lui avoir fait quitter son
[ 35 ]
habit & sa veste, il le chassa. Il se ré-
fugia à Sémerville, n'ayant fur lui qu'une
camisole. Il y fut accueilli par ces bonnes;
gens qui l'habillerent & lui firent ap-
prendre à leurs dépens le métier de
Menuisier.
Il y en eut un qui prit chez lui un
aveuglé qu'il éleva comme son enfant.
Un autre ayant trouvé dans un grand
chemin un garçon si harassé qu'il ne
pouvait plus marcher , ni se, remuer ,
le chargea, à l'exemple du pieux Sama-
ritain, sur ses épaules, le porta chez lui
& en eut soin.... Si un seul homme
animé de l'esprit du Seigneur, a fait
tant de biens ; que sera-ce , lorsqu'il
suscitera parmi son peuple une multi-
tude d'ouvriers évangéliques ?
Une personne respectable nous a dit
avoir vu exorciser deux fois un énfant
de neuf ans, dans les deux nuits qu'il as
passé dans l'Eglise. Dieu, pour affermir
la foi tant des étrangers, que des Parais-
siens, voulut qu'un Curé voisin lui en-
voyât ce jeune garçon qui était vifi-
blement possédé , & qu'il fût parfaite-
ment délivré par les exorcismes que fit
sur lui M.le Curé de Sémerville en leur
présence..
B 6
[ 36]
Nous allons maintenant rapporter un
fait d'un genre bien différent. Le Curé
d'Ozouër - le- Breuil, auprès de Sémer-
ville,était une idole plutôt qu'un Pasteur.
Jamais il n'avait fait un Prône, ni Ca-
téchisme, ni Instruction, dans sa Pa-
roisse. Quelques jours avant la fête du
Patron ,le Marguillier le vint trouver,
& lui dit : Monsieur, il faudrait bien
du moins que nous eussions un sermon ,
le jour de notre Saint. Je n'ai rien de
prêt, dit le Curé. Le Marguillier: Mais,
Monsieur , écrivez à M. le Curé de Sé-
merville ; il est toujours prêt. Le Curé :
Ecrire moi à ce Curé , j'aimerais mieux
avoir la main coupée. Le Marguillier:
Vous êtes bien scrupuleux, Monsieur
pour moi je ne le fuis pas tant, je lui
écrirai. Le Curé : Si jamais il avait
prêché dans mon Eglise, je n'y remet-
trois plus les pieds de ma vie : vas-t-en.
Il le rappelle & lui dit : Eh bien, je
prêcherai Dimanche contre ton Curé
de Sémerville : vas, je rhabillerai de
toutes pièces, tu n'as qu'à y assister avec-
tous tes pareils. En effet le Dimanche ,
après l'Evangile, il monta en chaire pour-
débiter toutes les injures qu'il avait prépa-
rées;mais à peine eut-il ouvert la. bouche,,
[ 37 ]
qu'il tomba sur le côté dans le fond' de
la chaire, un bras en l'air. Une bonne
femme avertit qu'on fût lui aider à ra-
masser son bonnet quarré, on y fut, &
on le trouva presque mourant. On le
descendit de la chaire, & on le porta
sous le porche de l'Eglise pour lui faire
prendre l'air. Il revint à lui, & voulut
continuer la Messe ; mais quelque effort
qu'on fit,il fut impossible de le faire passes
au-delà du Crucifix de la porte du choeur
On le porta chez lui, où il mourut le
lendemain.
M. Sainson que Dieu avait mis par
sa grâce au-dessus de la crainte à l'égard
de tout ce qui pouvait & devoir na-
turellement lui en arriver en entrepre-
nant/ la moisson dont nous venons de
parler , après avoir prêché en chaire &
dans toutes les occasions, toute vérité
sans en être empêché par qui que ce
fût, comme sì toutes les puissances de
la terre & de l'enfer qui frémissoient con-
tre lui, eussent, été liées & enchaînées,
fut averti par un pressentiment intime ,
qu'il devait se retirer pour n'être pas
arrêté. Il fit donc ses adieux à ses chers
enfans, de la manière la plus touchante &
la plus pathétique, le Dimanche 29Dé-
[ 38 ]
cembre 1748 , & partit le lendemain..
En effet le Mardi, veille de la Circon-
cision , arrivent cinq Archers déguisés,
a son Presbytère pour l'arrêter ; venant,
disaient-ils , pour assister à l'assemblée ;
& ayant rodé toute la nuit inutilement.,
ils s'en retournèrent le matin à Château-
dun , d'où ils revinrent encore déguisés,
deux autres fois, le Samedi pour le Di-
manche , & la veille de l'Epiphanie pour
l'assemblée de cette grande Fête : tant
était grand leur acharnement contre
lui; mais cette derniere fois quelqu'un
d'entr'eux ayant été reconnu par gens,
du pays , ils ne revinrent plus.
Depuis cette époque M. Sainson n'est
pas retourné à Sémerville. L'année sui-
vante il fut néanmoins tenir pendant
quelque temps, des assemblées à Verdes,
tout proche de sa Paroisse , où il ne
risquait guere moins qu'à Sémerville.
Les Archers pourtant-,dit-il dans une
lettre du 14 Octobre 1760 ,« dont la
» fureur,peu auparavant,allait, comme
» ils le dirent à celui qui était chargé
» de ses affaires , jusqu'à l'écarteler
» comme un pigeon , s'ils l'eussent tenu ,
» pouvaient l'avoir oublié, ainsi que M..
» l'Intendant d'Orléans qui les avait:
» tant mal menés pour n'avoir pas exé-
» cuté , lors des assemblées, leurs ordres
»contre lui qu'il qualifiait de scélérat
» de Curé qu'il ferait pendre ». Il ris-
quait donc à Verdes , mais pas tant
qu'en 1748.
». Au surplus, ajoute-t-il, les risques
» ne sont pas toujours une raison pour
» ne point tenir d'assemblées, non plus
» que ce que je risquais en retournant
» à ma Cure, n'était pas une raison
» pour m'en empêcher. C'était vrsible-
» ment me jetter dans la gueule du
» loup. Je le savais aussi bien que mes
» amis qui me le disaient. Mais,leur
» répondais-je , lorsque Dieu veut
» qu'on s'y jette, il -faut s'y jetter. Or
» il a paru que Dieu l'avait voulu, fur-
» tout par le fruit étonnant qui en a
» résulté d'abord. Car j'ai été témoin;
». alors d'une ferveur admirable de la
» part de ceux qui venaient de près &
» de fort loin, jusqu'à neuf lieues à la
» rondes (il y en avait, je l'avoue
» qui venaient en ennemis, mais ils
» s'en retournoient amis, en se frappant
» la poitrine) & tout cela par honneur
» pour le très-grand miracle de Moisy
». qui setrouvait comme ressuscité parmi
[ 40 ]
» nous, & comme tout de nouveau opéré
» quoiqu'alors il eût déja onze à douze
» ans d'ancienneté, & qu'on n'y pensât
» presque plus. De telle forte que quand
» même j'y aurais perdu, comme je
» m'y attendais, mon petit reste de
» liberté & ma vie même , aurais-je
» eu sujet d'en être fâché ? bien au con-
» traire : car j'aurais eu la confiance
» d'y beaucoup gagner. Mais Dieu ne
» l'a pas voulu. (Hélas, mon Dieu, que
» je n'y perde pas, car,j'en ai grand-
» peur !) Dieu a voulu me faire une
» autre grâce : c'est la grâce d'une pré-
» servation comme miraculeuse qu'il a
». voulu me faire, ainsi qu'on le voit
» évidemment par tout le récit précé-
» dent , depuis mon premier retour
» clandestin à Sémerville, jusqu'à mon
» dernier à Verdes »....
Aucun bon Chrétien ne doutera que
Dieu.n'eût donné ordre à ses Anges
de le conduire, de le soutenir , de le
garder & de le soustraire à la mauvaise
volonté & aux puissantes poursuites de
ses ennemis, après cette périlleuse mit
sion. Etant en Touraine chez des Dames
pieuses où. il était caché , & où il ins-
risoit des personnes, de bonne volonté
[41]
on y envoya son signalement. En étant
instruit, il se retira de ce pays. Accom-
pagné d'un guide qu'on lui avait donné,
il passa à côté des Archers qu'il salua,
& ils ne le reconnurent pas. Un
Archer a dit dans le temps , qu'ayant
donné à un de ses camarades la lettre
de cachet pour se saisir de M. Sainson ,
en allant d'un côté où on le croyait sans
doute, il le rencontra d'un autre, & ne
put pas le prendre , étant dépourvu des
ordres du Roi.
M. Sainson avait été obligé de con-
soler & de soutenir ses Paroissiens con-
tre les Desservans qu'on leur donnoit en
sa place depuis son exil ; mais on peut
bien dire que celui qui fut mis après la
mission dont nous venons de parler, était
un loup des plus furieux, un vrai san-
glier dans la vigne du Seigneur , pour
y perdre, renverser , ravager & ruiner
tout. Il avait, à la vérité, une certaine
éloquence , capable de séduire ceux qui
méritaient de l'être; mais les âmes sim-
ples & droites pouvaient voir par ses
oeuvres, en suivant les règles de l'Evan-
gile , ce qu'il était, & de quel esprit
il était animé. Et d'abord son avarice
l'avait rendu doublement adultère dans
[ 42 ]
l'ordre spirituel, puisqu'il avait osé ac-
cepter & prendre deux épouses ( les Pa-
roisses de Moisy & de Sémerville ) , dont
les deux légitimes époux étaient encore
en vie; & qu'il usoit de ces épouses,
comme si elles eussent été à lui; parce
que leur Evêque, ennemi déclaré & per-
sécuteur de ces deux légitimes Pasteurs,
lui avait très-injustement donné pouvoir
de prendre ces deux épouses qui leur
appartenaient toujours devant Dieu. 2°.
Tandis qu'il ne prêchait pas contre ceux
qui s'assemblaient pour le plaisir & pour
le mal, il se montrait, en osant pren-
dre la clef de l'Eglise de Sémerville,
ennemi du bien , jusqu'à empêcher har-
diment & abolir par-là les saintes as-
semblées qu'y tenaient les plus honnêtes
gens & les meilleurs Chrétiens, pour
prier, pour s'instruire & pour s'édifier
en toute manière. Un troisième objet
encore plus criant, que tout le resté ,
c'est qu'il imagina & exécuta une neu-
vaine de prières avec exposition du très-
saint Sacrement & de prédications, pour
demander au Saint des Saints de se re-
noncer lui-même, en montrant que le
miracle de Moisy n'était point l'effet de
sa toute-puissance, & en convertissant
ces prétendus pécheurs, infidèles & hé-
rétiques, parce qu'ils avaient la prudence
de ne pas livrer leur ame à un tel guide ,
& qu'ils étaient fidèles à la grace qui
leur avait fait connaître la vérité. Ils
pouvaient aussi juger facilement de quelle
nature était le zele des Curés du voi-
sinage, sait pour les intérêts du Sei-
gneur , foit pour le salut de leurs frères,
en comparant le silence qu'ils gardaient
à l'égard d'un tel Prêtre, avec les hauts
cris qu'ils avaient pouffes , les discours
& le train épouvantable qu'ils avaient
fait l'année précédente contre M. Sain-
son , parce que, sans craindre les hom-
mes , mais Dieu seul, il avait prêché
la vérité en parlant librement & sou-
tenant hautement le miracle de Moisy ,
qu'il n'avait pas pu avant son exil pu-
blier autant qu'il méritait de l'être.
Comme dans cette lie des siécles , ce
n'est que le très - petit nombre qui se
dirige par des vues de foi & de reli-
gion , le mal allait dans ces cantons tou-
jours croissant, & cela embarrassait peu
de tels Prêtres qui étaient contens ,
pourvu qu'ils eussent de quoi vivre bien
tranquillement dans un repos & dans'
une paix dont notre misérable corps s'ac-

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