Abus de l'ancienne éducation : dévoilés et réformés par les progrès de la raison ([Reprod.]) / par M. Degranthe,...

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Desseine (Paris). 1790. Éducation -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche acétate de 49 images, diazoïque ; 105 * 148 mm.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1790
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^V^tLÈS ,ET RÉFORMÉ"
*ÀR LES PROGRÈS D E LA RAISON*
Par M. DEGRANTHE,
A» Collège de Louis -le -Grand*
Vn blâmert, luttai m'approuvera un tier»
jugera,@ ->l-
Peu importe à qiri tombe un plus grand bonheur
1 Intérlt car chacun eft partieUe Ton élbece Si
non autre individu.
P&x vingt fous
Ai
AVIS
JL' ouvrage que j'entreprends ici et}
plus utile qu'on ne pt;nfe fi j'en juge d'après
le peu de loin qu'apportent a bien élever &
instruire la jeunefle la plupart de ceux qui
par état font chargés de cette honorable fonc-
tion. Le point de vue fous lçquel je vais envifà-
ger l'éducation va défefpérer & ruiner ceux qui
vivent d'abus. Mon titre-feul les épouvantera 10
fur-tout lorfqu'ils verront que celui qui écrit eft à
portée de favoir & fait ce qu'il écrit. Mais j'ofe
me flatter que les bons citoyens feront fatisfàits
parce que je fuis bien difpofé à aller droit à mon
but, duffai-je être facrifié. Les ménagemens fe-
roient hors de faifon c'eft ici un temps de ré-
forme il faut en profiter & faire connoître
tout ce qui en en: fufceptible. Je n'ignore pas
ce qui doit m'arriver mais on m'a déjà accou-
tumé à faire des facrifices, & difpofé comme
je le fuis à expofer ma vie pour l'intérêt géné-
ral. Que peut-on dire? que peut-on faire, qui
foit dans le cas de m'intimider & de m'impofer
filence? Je parlerai donc, & je parlerai avec
cette fermeté & ce courage qu'infpire le patrio-
tifme fur-tout lorfqu'i! s'agit de défendre la re-
ligion & la patrie. Au furplus je. foufcrirai
volontiers au jugement que portera le public
fur cet ouvrage c'eft à lui que j'en fais hom-
mage, & non à des gens intéreflës direaement
ou indirectement à le décrier & môme a l'a-
néantir, après avoir fait d'inutiles efforts pouf
l'empêcher de paroître. L'accueil favorable que
le public a daigné faire au projet de ce plan*
les inquiète en même-temps qu'il me faitefpercr
que le n'aurai pas écrit envain. J'ai l'honneur
de prévenir le public que j'ai adopté ces deux
dénominations. de maifon polyfophique natio-
nale & de maifon d'éducation nationale, & que
j*ai banni de ce plan ces deux autres termes flé-
tris par l'opinion, de collége & de penfion ces
mots ne feraient que rappeler les abus les vi-
ces, les ridicules de l'ancien régime d'éduca-
tion que je vais nVeffbrcer de faire oublier par
une régénération déjà commencée & bientôt
achevée dans la manière d'élever la jeuneffe chez
un peuple fier de fes connoiflânees de fes lu.
mieres en un mot, né pour la liberté & pour
toutes les vertus qu'elle infpire (i).
(0 on vient d'élever un étabîiffemerit public fous le
nom de fociété polyrophique pour l'inftru&ion de la
jeunetfe les maîtres les plus diftingués dans toutes les
feiences utiles & agxéables-, les avantages inapprécia-
btes qu'il préfente, tout dévoie concourir à lui aflurer
la protection de notre augufte Monarque, de l*À(Tcm-
blée de nos Rcpréfentans & lui mériter l*eftimc & la
confiance fdrb garants des Succès ( car je ne doute
pas que la religion & les moeurs n'y.trouvent un aryle).,
1'ai vu avec la plus vive fatisfaûïon que les membres de
cette fociété infiniment précieufe à la patrie étoîenc
entrés dans mes vues & a voient heureufement exécuté
un projet dont j'avois cherché à prouver Pimmenfe uti-
A}
A B U S
D E.
DÉVOILÉS ET EÉFQRMÉ&
*ar LES. paocfès j*e lA.
•Sur Bonne' éducation. Eloge 'de:
de ta bonne ou de h mauvaifé éduca^
tîonque l'on donnç.à la jeunefle, que dépend;
la gloire pu la honte d'un Empire ron âévatîoa
ou û décadence. un certain âge, le$.
jeunes gens entrent dans le monde, renouve-
lent, pour ainfi dite, là fociété entière & $
portent les bons ou les mauvais principes qu'on
leur a donnés dans leur enfance. A peine les
Romains furent- ils convaincus de cette impor-
tante vérité qu'ils devinrent les maîtres du mon-
de^ à peine cefferetu-ils d'en être convaincus,
qu'ils en devinrent les efclaves.
Mais quoi de plus propre à nous en faire fen.
tir les avantages que cette Surprenante révolution
qui étonnera les Cèdes a venir ? N'eft-ce pas
l'éducation qui a diffipe les nuages dont préfqué
tous les efprits étoient enveloppés ? N*eft-ce pas
elle. qui a ranimé la voix. de l'humanité que la
barbarie des temps avoit étouffée pendant plu-
Ceurs ûfige
avoient réduit au filence même dans le Cède
des lumières ou elle fembïoïr Vouloir Ce faire
entendre ) .Weflxe pas dle.quj .en
fànt nous -il' convaincus que'tout homme eft
gue tous font égaux, &
que les qualités' ïeulëiy du coeur '& dePelprît dé-
voient mettre entre eux'-
pas «Ile
gefle fera admirée, de tous les peuples de l'uni-
vers ? les François,
C dignes, de donner l'exemple ? Mais hélas au-
ront-ils des Louis XVÏl
A 4
O grand Roi plus jaloux d'être le père de tes
fiijets que d'en être le Souverain uniquement
jaloux de régner-fur leurs coeurs tu viens de pro-
noncer des paroles dont le fouvenir ne s'effacer*
jamais de la reconnoiflance des' François. Je
» foutiendrai de tout mon pouvoir cette nouvelle
n constitution, qui doit aflurer mon bonheur en
» affurant celui de mon peuple a). Cette pro-
mette vient d'anéantir les préjugés qui fembloienc
encore efpérer ce avec eux tous les abus épou-
varitablcs qui marchoîent a leur fuite & qUi' fài-
fcient d'un peuple né pour la liberté un peuple
d'efclaves. Non, on ne te propofera plus les.
Chat.les V les. Louis XII & les, IV
pour modèles tu les. a. furpaiTés ils ont, adouci
leur fceptre de fer y, toi fcul l'a dépofé ils, ont
cherché les moyens de jfendre leurs peuples heu-
xeux^toi (eu! les a trouvés :.ils ont formé des:
dignes.de ton, cœur $. mais tpLfeul*
oui! toi feul les a réaliCs ce réalifis. pour tou-
jours..0 Monarque puiflànt & plus pmi&nt
que jamais., tu as. augmenté toit. autorité en:
consentant à la ddnihuer vie peuple FrançoiV ne
& laîiïera jamais- vaincre en amour &: en gêné-
rofité; & puûque tu veux vivre de ion bon-
heur,. il vivra pour te-. tendre heureux.
Quel combat attendriflant de générofité ût
(8)
d'amour entre un Spuverain & fes fiijets > ou plu-
tôt çntre un père & fes enfans aucun fie-,
de jufqu'à préfent ne nous en avait fourni
d'exemple il failoic des falloit un
ï-oujs
CHAPITRE II,
Jièducaûon l'éducation
privée fis avantages r moyens de remédier 4
fes
X ARMI le grand nombre de, ceux qui, de nos
jours -ont traité de l'éducation publique de
l'éducation privée, a peine en trotive-t*on unfeul
qui, dégagé de tout intérêt perfonnel ait ofi
ft déclarer en faveur de l^one ou de l'autre 2
fans doute l'éducation publique leur offrait des
avantages bien fupérieurs a ceux que pouvoit leur
offrir l'éducation privée^ mais en récompense f
celle-ci leur préfentoit beaucoup moins d'incon-
véniens àuffi n'étant pas obligés de prononcer,
le font -il toujours; contentés de balancer dans
letirs écrits le pour & le contre de ces deux
éducations en lahlàiit cette grande qut'ftton in«
décife l'éducation publique eft-elle préférable k
Mais moi plus hardi, ou peut-étre plus ternes
raire, je ne crains pas d'avancer que l'éducation
publique mérite feule de fixer & de captiver tous
les Suffrages. Sans doute les partifans de l'édu-
cation privée vont fe récrier contre une pareille
dtcifion fans doute ils vont répéter les paroles
qu'ils font fi fouvent retentir à nos oreilles
Une maifon nombreufe eft le centre de l'igno-
» rance & du libertinage c'eft le tombeau des
» Sciences & des mœurs » peut-être vont-ils
m'accufer d'ignorance & même de partialité ?
Qu'emporte qu'ils jettent un coup..d'oeil attentif
fur l'enfemble de ce plan & ils verront que je
connois auffi bien qu'eux les vices de l'éducation
publique, mais que j'en connois la fource ainfi
que les moyens de la tarir alors recon-
noiffant les motifs qui ont déterminé mon
choix ils conviendront que je n'ai pas pro-
noncé fans connoiflânce de.. caufe & après
avoir contrarié mon fenthnent dans un temps
ou ils n'avoient peut-être hélas que trop de
raifons de le faire s'ils font de bonne foi, ils
finiront par l'adopter.
Parmi les différens avantages qui naiffent de.
l'éducation publique il en eft trois qui femblent
mériter notre attention. Elle procure de bons
répétiteurs formç les caraderçs paur la fbciétc
( la 1
tttcîce l'émulation, fource de tous les fûccès*
Elle procure de bons maîtres les revenus
augmentant en raifon du nombre des élevés tes
chefs d'éducation peuvent fe procurer plus facile-
ment des maîtres diftingués par leurs vertus
leurs talens & la pureté de leurs moeurs, en leur
accordant des honoraires plus conGdérables &
en excitant leur émulation par des gratifications,,
qui par-là même deviennent utiles aux élevés..
Elle forme les caraéxeres comme il y a au-
tant de caractères différens qu'il y a d'enfans -y
lorfqu'ils vivent enfemble tous. font forcés de
ployer leur caractère à celui des autres. Si l'un
eft orgueilleux on. rhumilic s'il eft viblent
emporté, il fe modère, il s'adoucit bientôt
en voyant tous les autres conjurées contre lui'
il celui-ci' eft avare, on le perfécute tant qu'on
roblige devenir généreux, & ainfi a connoître
une vertu qui fait le bonheur de la fociéte
s'il efk indiferet, la manière dont (on îndiferc-
tion eft relevée lui apprend a- être plus circonf-
pe& en un mot c*eft en- vivant dans une mai"
fon nombreufe bien réglée, qu'on apprend à haïr
les vices, qui font la honte & le fléau de la fb-
ciété, & qu'on apprend k cormoître, à' aimer 9
& h. pratiquer les vertus qui en font Tornemeac >
plus ferme appuis 4
f 'I )
Enfin elle excite l'émulation eft-il un mo-
tif d'émulation plus vif pour un jeune homme
qui a des talens que d'en voir un grand nom-
bre lui difputer la palme & une foule d'autres
prêts a applaudir à fes fuccès & à fes triom-
phes ?
Telle eft l'éducation que les princes & les fel-
gneurs doivent maintenant plus que jamais
procurer à. leurs enfans jadis les grandes places
étoient la récompenfe d'une heureufe naifTance
& les nobles perfuadés qu'on ne pouvoit les
leur enlever ne faifoient rien ou presque rien
pour les mériter mais maintenant qu'un nouvel
ordre, de chofe fe préfente maintenant que la
Nation & le Roi ne veulent plus ni rc-lpeÛer
ni récompenfer que ce qui feu! eft digne de
l'être le mérite personne}, il en: effentiei que
les enfans ne s'endorment pas à l'ombre d'un
grand nom, mais plutôt qu'ils s'efforcent d'en
Soutenir la gloire, en faifànt voir à leurs con-
difeiples qu'ils ne font *paV îéulemënt aù-deffus
d'eux par leur naiflance & leur fortune mais
encore par leurs vertus &,leurs talens & ces
preuves feront les plus'" convaincantes parce
qu'elles ferone perfonnelles ils regarderont leurs
condifciples comme leurs freres & bientôt on
verra peint fur leurs virages. cetteménité cet
( iO
candeur qui. captivent lefume & la confiance des
hommes qualités que l'éducation privée np
pourroit leur donner, parce. qu'ils feroient en-
vironnés de gens intéreiTés à ne jamais les conr
trarier & à fléchir pour ainfi dire, le genou
devant eux alors fe croiraient-ils des hommes t
ou croiroient-ils étre. fervis par des hommes ?
Je ne finir oîs pas f je voulois. citer ici tous
les avantages 4e l'éducation publique mais
comme mon but principal eft de prouver qu'on
peut en féparer les funeftes abus je ne m'arrête-.
rai pas plus long-temps fur une matiere qui a
été traitée avec le plus grand fuccès par des per-
fonnes, qui rçunifToient aux connoifTances les.
plus élevées les qualités qui çaraâqrifent le bon.
citoyens & l*homme vertueux.
Mais ayant que d'entrer en ma,tiere je vaisv^
'dans le chapitre fùivant expliquer ce qu'on doie
entendre par les paroles auxquelles on donne trop.
d'étendue il ne faut pas décrier un corps qui nous.
élevé 2 nourri t &c. «A
C«J>
CHAPITRE III.
Ce qu'on doit appeler décrier un corps. En dé-
voiler les abus n'efl pas le décrier ittconvé*.
mens du principe oppofé*
V-iHercheh. à faire perdre a un corps l'eftime
& la confiance dont il jouit en lui imputant
des fautes qu'il n'a jamais eommifes & en le
chargeant de crimes auxquels il n'a jamais pénfé
en exagérant des fautes légères qui en font ïnfc-
parables, & en découvrant des abus qui quoi-
que réels, ne font ni contraires au bien public, ni
fufceptibles d'être réformes en lui attribuant eni-
fin ce qui n'eG l'ouvrage que d'un de fes inem-
bres, & cela par envie ou pour le venger d'une
perfécution qui f elle étoit connue, l'honore-
roit plutôt qu'elle ne le deshonoreroit c'èft ce
que j'appelle décrier un corps 6c agir ainfi
c'eft fe rendre coupable de la plus monfrrueufe
ingratitude mais dévoiler fans animofité les
abus contraires a la religion & k la patrie, qui
s'y font gliffés & préfenter en même-temps les
doyens faciles de les faire difparoître c'efi fans
doute s'expofer, comme on m'en a convaincù par
le fait, &: fe dévouer a l'intérêt général mais
tel eft le devoir de tout bon citoyen. Peut-être
dira-t-on, Iorfqu'on a été élevé & formé par un
Corps on ne doit pas altérer fa réputation en
dénonçant fes abus ? Affreux principe qui n'a pu
être pofé que par des hommes qui fans doute
n'avoient que trop de raifons de craindre le grand
jour Affreux principe qui fait agir tant de
perfonnes vertueufcs & éclairées, comme f les
intérêts de leur Dieu & de l'Etat les touchoient
moins que les intérêts de leurs Corps affreux
principe, qui ne conduit à rien moins qu'a, fa
deitrudion entière, le Corps dont il devient
l'ame après en avoir chafle celle qui l'animoit
d'abord, l'intérêt de la religion & de la pa-
trie
En effet d'après un pareil principe un Corps
eft néceffité à jeter un voile impénétrable fur
les fautes les plus graves afin de les dérobcr aux
regards publics de peur de fe déshonorer en
déshonorant les coupables. Que dis-je? il eft
méme forcé de ne pas les rejeter de fon fein,
pour ne pas les porter à fe fervir contre lui de
fes deux armes y auflifouvent qu'injuftement em-
ployées de la médifance & de la calomnie mais
comme une pareille condefeendance fert platôç
(M )
à enhardir les coupables qu'à les faire rentrer en
eux-mémes on voit bientôt le crime marcher la
tête levée 6c la vertu réduite à un éternel filcn-
ce (i). Telles font les terribles conféquences d'un
principe que je ,ne crains pas de combattre ou-
vertement (i).
Cependant pour ne pas défefpdrer fes partifans
qui, pour fe venger des coups que je
leur porterois, pourroient preuves en main me
faire convenir que je fuis, finon un calomniateur,
du moins un vrai médifint je vais tâcher d'obéir
la voix impérieufe de la religion & de la patrie
qui m'ordonne de parler fans m'écarter de ce que
je dois, foi-dUànt à la reconnoiflànce.,
(i) Si la vertu eft opprimée, elle aime mieux gémir
dans fon injtiftc captivité, que d'en fortir par la voie
du plus léger des criraes fi au contraire elle triom-
phe, le crime en frémit; & fallflt-il, pour fortir de fa
jufte oppreffion égorger des milliers d'hommes faire
couler des flots .du fang humain, que dis-je ? immoler
même la patrie entière, ces moyens pour être violens
ne lui en paroîcroicnt que plus légitimes.
(x) £e préjugé qui fait retomber fur le Corps entier
la faute d'un de fez membres n'eft pas moins injufte
ni moins funefte à l'Etat que celui qui déshonore une
famille, parce qu'un de fez membres a fubi- la jufte pu-
nition de ion crime le fécond vient d'être détruit, le
premier lui funrivra-^Udoact Non, le règne des^réju-
gés eitpafle*
( 16)
CHAPITRE IV*
A qui doit appartenir te droit de faire élever la
jeune
CEUX qui, enflammés de l'amour du bien pu-
blic, fe piquent de générofité envers la patrie
& de dévouement à fes intérêts répètent fans
teite avec emphafe ces paroles des anciens les
enfans appartiennent plus k la patrie qu'aux pa-
tens & partant de ce grand principe ils en
'1 concluent qu'elle feule a le droit exclufif de fe
charger de leur éducation & de la diriger à fon
gré. Mais n'efl-ce pas pouffer le patriotifme trop
loin? N'eft-ce pas aller contre les premiers droits
de la nature ? que de foumettre une autorité pre-
miere à une autorité tecondaire puifqu'il eft vrai
de dire que l'autorité de la patrie ne s'eft for*-
mée qu7à l'inftar de l'autorité paternelle ? tt de
quel œil un tendre pere & une tendre inere Ce
verroient-ils dépouiller d'une autorité qui doit leur
être fi chere d'une autorité qui n'a pu leur être
enlevée que dans les temps de barbarie ? De quel
oeil fe verroient-ils arracher d'entre les bras le
gage précieux de leur amour, fur-tout dans un
( Il 7 ')
B
1ge oii il commencèrent à peine à les dedom-i
taager de leurs inquiétudes & de leurs feins ? le
ne prétends pas que la patrie ne doive voir que
par les yeux des parehs, & n'agir que par eux:
non, elle a des droits nécefiaires fur tous les
enfans qu'elle renferme dans fon fein elle fouf-
inir à leurs befôins & veille à leur conferva*
tion mais ne peut-elle donc pas les exercer t
fans anéantir les droits paternels & même fans
tes Méfier Ne peut-elle donc pas porter les psH
rens à foumettre d'eux-mêmes leur autorité à la
ïîenne en faifant jouer ces deux grands mobiles
des actions humaines l'intérêt perfonnel & l'in-
térêt de la religion & de la patrie qu'elle fefli
des établiffemens lx fages fi avantageux & Ç fc-
périeurs à ceux qui fe formeront d'eux-mêmes 9
que les parens foient pour ainf dire, forc^
de les préférer alors libres dans leur choix -) i1
irenoncezônt par le fait à leurs droits en croyant
les conferver, & la patrie parviendra à $fl
(
CHA PITRE V.
¡Quel but doit fi propofer la patrie par rapport
à la jeunefft que doit-elle faire pour y par-
venir ?
LE .grand but que doit fe propofer la patrie par
îapports aux enfans > ert, i°. de leur faire fucet
avec le lait l'amour ,de la religion & de la patrie
%<>. de 'mettre la pureté de leurs moeurs hors de la
plus légère atteinte de faire naître dans
leurs cœurs le delîr de fe rendre utiles a une fo-
ciété au bonheur de laquelle tous doivent con-
courir de leur en faciliter les moyens en
lés mettant a, portée cônnoiflances
'dont ils puîQcnr profiter dans la fuite quelqu'état
qu'ils embraient. Pour parvenir à ce but il faut
2<>. Qu'elle les confie à des chefs fur lefquels
elle fe réfervera l'infpeâioru
a°i Qu'elle prefcrive la marche de Tinfiruôion,
& un plan de difcipline qui indique ce qu'on
doit exiger des enfans & ce qu'il faut faire pour
l'obtenir.
B a
CHAPITRE VI.
Des ctabliftmens.
E premier confifte en un certain nombre de
maifons d'éducation nationale proportionné à la
population de chaque département les parent
jaloux de bien élever leurs enfans pourront les
y envoyer facilement, s'affurer de leur bonne ou
de leur mauvaxfe conduite & de leurs progrès
dans les fciences on les placera .dans les diffé-
rentes divifions du département, & toujours dans
la campagne, i°. pour faire circuler l'argent
par-tout i & mettre les braves citoyens de la cam-
pagne à portée d'en profiter ainfi que des fc-
cours gratuits que les inflituteurs de ces maifons
pourront leur donner foit en les foignant dans
leurs* maladies-, (bit en apprenant à lire. & k
écrire à leurs eh&ns (i). î<\ Pour cjuè les élevas
(1) Vh chef intelligent étant chargé d*cntretenir Tes
élèves, pourroït occuper pendant l'hiver les pauvre.
d'un village les uns 3 filer, les autres à faire de la
toile & à faire le linge, &c.
C»)
puisent fe donner plus d'exercice & refpirer un
air par ,-& pour qu'ils ne foient pas troublés par
des vifites trop fréquences, les inilituteurs de ces
jnaifons d'éducation ne recevront lés enfans que
depuis rage de $ jufqu'a 8 ans, & ne les con
ferveront chez eux que jufqu'à ans. L'âge
«tant auiïl fixé pour entrer dans les maifons d'é-
ducation & pour en fortir on fera moins expofé
y recevoir des enfans corrompus, & en les
veillant on pourra cbnferver lgjir innocence;1 De
plus les ènfens né fe trouveront jamaîs[> avec
lés jeunes gens réùnbn^i eft foulent fùnefte
aux uns & aux autres^ enfin lairianiere dé con-
duire ceux-ci eG bien différente' de la manière
dont on dbit°c6hdtiire ceux^sù ••̃*
i^ en, 'une maifon polyw
fophique.dans le centre de<h*que département.
<z°* En deux bu trois grandes nukbns .d'éducation
-naaonde ± deftinées recevoir les penfionnajxqs
âgés.- de qui voudront, en qualité
externes fuivre les exercices de la maifon po-
lyfophique,. r t
C**)
IL 1
1 II.
Le troifieme confié en quatre maîfons poly.
fôphïques nationales a Paris qui feront comme le
centre de réunion d'un certain nombre des meil-
leurs fujets des départements en un certain
nombre de grandes maifons d'éducation natio-
nale dellinées à recevoir ceux de tout le royaume
qui voudront fuivre comme penfîonnare les.
exercices de rune de ces quatre maisons poly–
fophiques dans lefquelles on enfeignexa différens-
genres de Sciences.
Il fera défendu à tous les chefs d'éducation^
d'avoir en penlion plus de ̃ 1 $q élevés.
C H
du premier
nationale
mier fera divifée en trois
dans. la on
dans la,,
dans la
(*O
Première CLASSEO
Comme les entons qui compoferont cette pre-
mière ckiTe n'auront pas encore aflez de juge-
ment peur étudier des langues dont les premier
principes offrent de grandes difficultés, on fe
contentera de leur donner les démens du catér
chiûne, de la levure, de l'écriture de rortho-.
graphe & du de/fin. C'eft ainfi qu'on profitera
de cet âge pour leur faire apprendre des chofes,
néceffaires, & qui n'exigeant pas beaucoup de
raifonnement feront 4 leur portée c'eft ainf
qu'on les accoutumera de bonne heure au travail, &
çn exerçant leur jugement il re développera in-
fenfiblçment & parviendra aux les
plus çlçyéçs.
Eu égard la fôibleffe de cet âge^ la danfe
leur fiiffira alors Us s*a.ccouturoeront à marcher
comme il- faut & fans Ce bleflèr à'fë tenir droits x
ce qui les empêchera d'être contrefaits dès l'âge
de xo ans enfin à fe gréfenter avec gra^
ce ce qui di|ttri|uç t^qujours un enfant bfen
C*J )
B*
Des jeux»
On leur interdira les jeux de dames de dô..
mino & les autres jeux de cette efpcce qui les
retiendraient Cdentaires & qui exigeraient leur,
attention l'esprit ne peut être toujours tendu,
ni le corps toujours en repos. Mais on leur per-
mettra les jeux de balle de danfe de courfe
de corde, &c. & fur-tout de fault.. On fera a
L'extrémité d> la cour, des foffés de différentes,
largeurs & de trois a quatre pouces de profon-.
deur, ils commenceront par fauter les plus étroits'
puis s'exciteront a Tenvi & fans danger fauter
les plus, larges. Ik pourront dans roccafion tirer
parti de la foupleffe de leurs jambes. Lespen-
terrein afTez vafte. aux. enfans ils. ce peuvent
prendre, d'exercice, ils manquent de jeux, de-lk.
les maladies de-la, la corruption des moeurs
{oyez rina.cHon, rojfiyçté (les vices^.
Sec Or.. n D- B C t X $: Si e^
L'inftituteur.féra^paffier 4an$ la.jfeconde claflç
les enfans parvenues ajis. On pro-
fitera des légères connoiflànces qu'ils; auront dur
4effin pour.lfiuc faixs, de geograr
( M)
phie a mefure qu'on la leur montrera Thiftoirç
nationale & moderne accompagnera cette étude
dont elle doit être infcparable car alors, les faits
hiftoriques fe gravent bien plus, facilement dans
la mémoire des enfans lorfqu'en même- temps on
leur fait voir fur les cartes les endroits ou ils fç
font paflcs. Cette double étude n'empêchera pas
qu'on ne leur donne les premiers principes de ta
géométrie qui, outrç les avantages directs qu'ils
procurent, fervent encore à re&ifier l'efprit. On
les difpofera k leur première communion & ils
la feront avant que d'entrer dans la troifieme.
ckffç c'eft-à-dire à n ans. Après avoir fubi
un examen tant par rapport à leur conduite
que par rapport au catéçhifbe & à évangile,
Sciences
L*exerçiçe milice & Vefcrinxe. Rien d plus
amu&ht & en même-temps de plus falutaire. Ce
double exercice dénouera leurs membres forti-
fiera leurs miifçjes. & donnera k leurs corps de
la foupleffe & de la vigueur. Accoutumés a ma-
nier les armes dès leur eafance, ils prendront de
bonne heure cet efprit qui animait autrefois les
Henri IV les Turennes & qui aime encore
aujourd'hui 9 pour. le. bonheur de la France, las
la Fayette & tous Tes braves détenteurs de
la liberté & de la patrie. Alors, quel intrépi->
dite Quel noble courage un royaume compofé
de pareils citoyens feroit refpeâé ou du moins
fauroit fe faire refpe&er de tous les autres royaux
mes de l'univers, O admirables effets -de Fédu-r
camion
Des jeux.
Les mêmes que pour la claire précédente.- On
pourra y ajouter les jeux de raquette & de bil:
Jard.
Troisième Classe.
A douze ans l'iriftitutcur fera paifer fes éleves
dans la troifîeme claflè. On continuera de les
ïnflmire de la religion de la morale, ainfi que
de la géométrie; & pour ne pas leur laifler ou-
blier ce qu'ils auront appris dans les clafîes pré-
cédentes on les mettra portée en expliquant
leurs auteurs de .fe Servir des connoiiTances
qu'ils auront de l'hiloire, & de la géogra-
phie.
A cet âge le jugement Ce développe; on ap^
prendra donc aux éleves différentes langues &
ils feront des progrès bien plus raphides. Comme
il*ft effentiel qu'ils étudient difficilement une
langue par principes afin qu'ils puiiïént s*in£
truire plus facilement des autres, dont la mar-
che eft ii-peu-près la même la langue françoife
fera l'objet de leur étude; & cette étude ne pourra
ni leur attirer des. punitions fréquentes, ni les
dégoûter de leur travail vu que les, expreffions
& les mots de cette langue ne leur feront pas.
étrangers. Un François ne devroit-il pas rougir
de parler des langues mortes plus facilement &
plus correctement que & propre langue 1 D'oû
vient ou plutôt d'où, peut venir cette indiffé-
rence, je dirois prefque ce mépris pour une lan-
gue déjà admirée de toute l'Europe quoiqu'elle
foit encore fufceptible d'être perfectionnée ? Non
les enfans de ces maifons d'éducation nationale
ce Ce livreront aux langues grecque & latine
qu'autant qu'il leur fera néceffaire pour qu'ils.
puiflent les entendre & çarake pafler les richef-.
fes dans, la nôtre.
Sciences ^agréments. Des jeux.
tes. mêmes que pour les. claCes pEcçcdent^s-
cependant 6 les parens défirent donner k leurs.
enfans des mattres de mufîque ou vocale ou.
ifcftrumentale alors ils les payeront à part, &:
V oftituteur; conviendra ayee eux 4'un.
prix. Car il ne pourroit fournir tous; les maîtres
utiles & agréables fans faire payer une penfion
très forte ce qui g$nerpit beaucoup de pa-
ïens.
CHAPITRE VIII,
Pcs exercices communs à cet trois claffes.
J. ROIS fois la femaine on fera apprendre aux
çnfans le catcçhifine de la constitution & tous.
les mois on leur demandera compte de ce qu'ils
auront appris,
II
Tous les mois on leur fera reprdfenter des
petites pièces de Berquin, c*eft ainf qu'ils s'ac-
coutumeromt h paro^tre en public, & à s'enon-^
cer avec noblefle & avec grâce c'eft ainf qu'il^
fç formeront a tontes les vertus dont Berquin,
•n fe copiant lui-m$iner leur préfère Vieuçeux
aflemblagé^ •
En tçait temps & les. -dimanches
feront deftînés aux promenades des enfuis. Des
parties de toute efpece, militaires 6c autres, leur
feront propofées & on ne négligera rien pour
qu'elles foient amusantes. De temps- en-temps oa.
portera le dîner au lieu de la promenade afin
que les enûns. ne Ment aucune dépenfc. Quatre
fois par an il y aura un exercice militaire ou pe-
tite guerre entre h moitié de la maifon d'éduca-
tion ,& l'autre moitié qui fbrtira quelque temps au-
paravant. Le colonel de chaque petit régiment cher-
chera à fe distinguer en commandant, les autres.
en obéiilânt & tous en exécutant les leçons de
leurs maîtres d'exercice. Après le combat, ces,
jeunes guerriers nommeront entrfeux les colonels
& officiers., & recevront les complimens de ceu*
qui auront été fpçâateurs de la» petite guerre.
IV.
Tous les trois mois il y aura un examen en.
prtfence de fJ^K des impeâeurs dpntje parlerai
dans b, fuite on. interrogera les en&ns fur ce'
qui aura fait l'ohjet; de, leui étude pendant les.
trois.mois, &: ceux qui ne répondront. pas d'une
«naniexe fàti^faiuante feront remis k un autre exà":
.fes nt s'ils.
n'ont pas fait quelque progrès alors Pinfti-.
tuteur Ce= btérefle à les exercer tous, dé craint*
bcui fois par an on donnera des prix a ceux
qui, pendant: les fix mois, auront été le plus de
fois les deux premiers dans chaque genre d'étude*
& on en diftribuera augi à ceux qui auront le
mieux travaille, quoiqu'avec peu de fuccès. Dans
le premier cas, les récoœpfcnfcs ne feront pas ac-
cordées aux fuccès du jour, & dans le fécond,
elles ne feront pas données aux rucces fans tra-
vail ce .qui excitera réraulàtïbn des foibles 5c
des forts, puifque tous auront affez de talens ponr
y prétendre les obtenir.
Vi:
Tous le's «jninze fours, les trois tnfans qui au-
>6nt le mieux rénffi dans chaque' genre d'étude
feont dingues par des petites croix; ainfi on
excitera d'uri nombre de
tiijets fans multiplier les récompenfes vu qu'il
n'y aura que trois croix ^pour chaque genre dfé-
*P4e* A.que ceux
^V-
co^p^nfesr&ot agir ksiJramer,1 pourquoi ne
jh*
cionale qu'une feufe & qu'une fenle
<1O
& même table pour les éleves, le répétiteur & l'inf-
tuteur lui-même. Alors il n'y aura plus dé distinc-
tions entre les éleves, diftindions qui font lafource
de la jaloufie de la haine & de l'orgueil; alors
la nourriture fera meilleure & mieux affaiibnnée,
vu que Tin Ai tuteur y fera intérefTé on fera la
lecture de l'évangile du jour, d'un chapitre de
limitation & d'un. chapitre d'un autre livre le
tout jufqu'â la moitié du repas puis les élevés
s'entretiendront enfemble & tranquillement le
refte Au temps.
VI I I.
Uinfti tuteur conviendra avec les parens d'un
certain prix pour l'entretien des enfàns, & pout
les dépenfes ordinaires afin ne. (bit jamais
dans le cas de préfenter. des mémoires,, qui fou-*
.vent augmenteroient la penfion du double*»*
̃ Les inftituteurs pourrons recevoir dés *exter^
ses en demandant' fleurs parons mie certaine
fotnrnSl; maisr ili. feroht obligés? d'augmenter te
ixombre de leurs répétiteurs, à tzifon Û'anifout
quinze & ceux--
.ci n'auront aucune communication avec les pen-
fionnaîres, de-ptûr qu'ils ne leurapportàÔenc des

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