Adieux de l'Alsace à la France / [signé : un alsacien]

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Bureau (Lille). 1871. France (1870-1940, 3e République). 14 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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LA PAIX
ADIEUX DE L'ALSACE
A
LA FRANCE
« Brevis possessio in quam solum
gludio inducimur. »
« Courte possession, celle obtenue
par le glaive seul, "
LILLE
BUREAU, LIBRAIRE
Rue Esquermoise, 6.
1871
ADIEUX DE L'ALSACE
A
LA FRANCE
O mère chérie, mère adoptive, l'heure fatale est donc
sonnée ; et bientôt dans tes bras , ta dernière étreinte
m'apprendra que tout est consommé et que la cruelle
séparation commence !...
Permets à ta fille éplorée, en cet instant suprême, de
laisser éclater, au milieu des sanglots qui m'étouffent, mes
protestations, hélas! devenues inutiles.
Tes représentants, 6 France, obéissant à la terrible loi
imposée par un vainqueur inexorable m'ont jeté sanglante,
mutilée, dans les mains avides de l'Allemagne.
Je n'ai pas à les juger.
— 4 —
Avec moi, ils paraîtront devant le tribunal inflexible de
la postérité et alors passant devant eux, le front haut, je
jetterai dans le plateau de Thémis mon glorieux passé
et le lien doublement séculaire qui me rattachait à toi,
ô France, ma mère adorée.
Nouvelle victime, je monte résignée sur l'autel des
sacrifices, car pour sauver une mère comme toi aucune
de tes filles ne saurait reculer.
Puissent les flots de sang qui ont coulé de mes blessures
être la rosée bienfaisante qui fécondera, ô France, tes
champs de l'avenir, sur lesquels je vois se lever l'aurore
de la liberté !
Puissent mes larmes essuyer sur ton auguste visage
les rides creusées par les horreurs de l'invasion, de la
guerre civile ; et le désespoir d'un désastre sans précédents.
Puisse la perte d'une tendre fille servir de compensation
aux terribles douleurs qui te déchirent le sein.
Puisse l'heure du suprême sacrifice que je vais accomplir,
être pour toi, ô ma mère, une ère nouvelle de paix et de
prospérité.
Mes soeurs, plus heureuses que moi, serrées autour de
leur noble mère, assisteront au triomphe que te réserve
l'avenir.
— 5 —
Tu portes fièrement, ô France, la couronne de l'im-
mortalité ; à tes côtés sont assises toutes les gloires ;
aujourd'hui ta main, abandonnant un moment le sceptre du
monde, a saisi la palme du martyre.
Le martyre purifie tout, exalte tout ! ô France, dans
l'adversité ta grandeur est plus sublime, plus majestueuse !
Si tu ne règnes plus par l'épée; tu règnes toujours par
le génie.
O mère chérie, vaincue mais non terrassée, relève la
tête, l'heure va sonner où tu commenceras ta nouvelle
mission.
L'Allemagne a porté chez toi la force, le fer, le feu,
le sang !
Elle applaudit déjà à ta chute prochaine, la torche
incendiaire promenée sur les splendeurs de Paris provoque
ses joies les plus secrètes.
L'Allemagne tend déjà les mains pour recueillir ton
héritage de gloire et de grandeur.
Arrière piétistes, cafards ensanglantés !
Voici ma mère qui s'avance Républicaine, elle apporte
chez vous: la Fraternité des peuples, la Liberté, le Triomphe
des arts et de l'industrie, la Paix universelle !

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