Adresse au Congrès, à toutes les puissances de l'Europe, par M. Marie-Armand de Guerry de Maubreuil, Mis d'Orvault, envoyée à Aix-la-Chapelle, à tous les souverains... 3e édition

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impr. de Schulze et Dean (Londres). 1819. In-8° , VI-325 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1819
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ADRESSE AU CONGRES,
A TOUTES
LES PUISSANCES DE L'EUROPE,
PAR
M. MARIE-ARMAND DE GUERRY DE MAUBREUIL,
MARQUIS D'ORVAULT,
ENVOYEE
À AIX-LA-CHAPELLE,
A tous les Souverains, à leurs Ambassadeurs, à leurs Minitres,
et aux différents Cabinets.
" Celui qui met un frein à la fureur des flots,
" Sait aussi dss méchants arrêter les complots."
(RACINE, Athalie.)
Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir
" la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage."
(PASCAL, Lettres provinciales, XII.).
TROISIEME EDITION.
LONDRES :
DE L'IMPRIMERIE DE SCHULZE ET DEAN, 13, POLAND STREET,
OXFORD STREET.
JANVIER 1819.
AVIS TRES-ESSENTIEL.*
J'ÉTAIS à la campagne lorsque j'appris
l'ouverture prochaine du Congrès ; l'on
m'avait assuré qu'elle n'aurait lieu qu'au
15 Décembre. Cette méprise est cause que
cette Adresse a été écrite avec une grande
précipitation, et donnée feuille par feuille à
l'imprimeur, A peine ai-je eu le temps de
revoir les épreuves, de les lire et de les cor-
riger. Pour hâter l'impression, il m'a fallu
retrancher une foule de pièces, supprimer
beaucoup d'explications que je réserve pour
un autre temps. Si l'on ajoute à cela, les
tracasseries que j'ai éprouvées par la Police
française établie à Londres, et notamment
pendant qu'a duré cette impression ; les soins
qu'il m'a fallu prendre pour lui en dérober
la connaissance ; on verra que je n'ai eu ni
* Cet Avertissement fut seulement écrit pour les deux
premières éditions en Français et en Anglais.
IV
assez de temps ni assez de repos pour la
composition et pour la correction de cette
Adresse.
J'ose donc réclamer ici toute, l'indul-
gence de mes lecteurs; et les prie, en outre,
de vouloir bien consulter l'Errata qui se
trouve à la fin.
Il est indispensable d'y recourir en
lisant cette Adresse; par rapport, surtout,
aux erreurs de dates, qui sont nombreuses.*
* Pendant la traduction de cette Adresse les tracas-
series ont été bien autre chose, que pendant la composition;
la Police française établie à Londres a redoublé d'efforts
pour empêcher que l'ouvrage ne s'achevât. Des miséra-
bles appartenants à cette police, soudoyés par le Marquis
d'Osmond, ont tout fait pour empêcher que la Nation
Anglaise ne connut la vérité, Je ne rapporterai point
ici toutes leurs intrigues, ce serait trop long, ni les
basses manoeuvres du sieur d'Osmond ! digne représentant
du plus indigne des rois ! ses offres pour me faire enlever,
ses détestables moyens de corruption et ses honteuses sol-
licitations pour obtenir contre moi l'Alien-Bill, etc., etc. :
en analyse ses lâchetés n'ont produit qu'un réel état de
fatigue; et des tourments, éprouvés par moi, pendant cette
traduction et l'impression. Il n'a pas dépendu du sieur
d'Osmond de la faire saisir: heureusement on lui a refusé.
Croirait-on que ce marquis, l'âme damnée de l'infâme
Talleyrand, et néanmoins, comme son intérêt l'y oblige, le
valet de De Caze, a été jusqu'à me faire attaquer judi-
V
ciairement par l'inspecteur-général de la Police française,
à Londres, Beaumont de Brivasac? Ce lâche est venu par
son ordre déclarer au magistrat de Queen Square, le Ven-
dredi, 23 Octobre, que, " attendu que j'avais dit à quel-
" qu'un, qui le lui avait rapporté, que je finirais par lui
" donner des soufflets publiquement, sa vie était en danger
" et qu'il demandait des cautions et une somme," somme
que j'étais hors d'état de fournir.
Un homme honnête, lorsque je ne l'espérais pas, a
daigné, en me faisant cautionner, me procurer le temps
nécessaire pour achever cet ouvrage. Sans lui j'aurais dû
quitter l'Angleterre, faute de moyens pour cautionner la
dégoûtante existence, d'un des plus vils mouchards de
l'Europe. Que cet homme généreux reçoive ici le tribut
de tonte ma reconnaissance. Puissé-je un jour être à
même de lui témoigner mon entiere gratitude.
Le Marquis d'Osmond qui ne pensait pas que je
pourrais me procurer des cautions, me voyant par consé-
quent déjà hors de l'Angleterre, ou en prison, a été un peu
désappointé.
Ce marquis ne s'était pas contenté de mettre en avant
l'inspecteur-général de la police française, qui ainsi qu'il
l'a déclaré au magistrat de Queen Square, en propres et
dus termes, " est ici en mission, envoyé par le ministre
"de la police-générale, et travaillant d'accord avec les
" autorités du pays."
Un chevalier d'industrie de la trempe du Beaumont,
et son digne accolyte, (lequel fut conduit chez le sieur
d'Osmond et gagné par lui,) a été ensuite poussé à me renier
une dette sacrée et une somme prêtée à ce personnage,
avant mes malheurs. Il se trouvait en prison à Londres, pour
dettes. Il a été tiré de prison par le sieur d'Osmond, et
poussé par lui à venir se parjurer publiquement, à Queen
VI
Square. J'ai la preuve certaine contre lui de sa culpabilité,
je pourrais le perdre si je voulais, mais je dédaigne de
m'occuper d'un tel homme que je méprise autant que ses
commettants. Il se dit ici " chargé particulièrement de
" l'espionnage de la maison du Prince Régent, assurant
» qu'il ne s'y fait rien, qu'il ne sache à l'heure même."
Qu'il continue ce noble emploi ! si l'on veut bien le lui
permettre.
J'ai cité ces deux seuls exemples, j'en aurais cité
beaucoup d'autres, ceux-là suffisant pour faire voir com-
bien j'ai dû être tourmenté depuis deux mois.
On sent que pendant que le sieur d'Osmond, mettait
en avant des lâchés, et soudoyait des parjures, etc., etc., je
n'avais point le repos nécessaire pour finir cet ouvrage, et
le faire traduire dans une langue étrangère à la mienne.
J'ai dû pour en hâter l'impression recourir à trois traduc-
teurs, qui n'ont pas pu respectivement lire et corriger leur
traduction, ainsi qu'il l'aurait fallu, ainsi qu'ils l'auraient
désiré. Il résulte de cela dans là traduction d'abord
nécessairement une différence dans le style, des omissions
par fois," et des répétitions en d'autres endroits.
Je réclame donc encore, et sollicite toute l'indul-
gence du lecteur. Qu'il daigne se mettre à ma place un
moment, et qu'il juge de ce que j'ai pu faire au milieu de
la continuelle appréhension de ne pouvoir achever l'im-
pression d'un ouvrage, qui contient des faits et des vérités,
que l'honneur de ma famille demande, que l'Europe doit
connaître: ouvrage que mes facilités pécuniaires me met-
taient hors d'état de recommencer! si l'impression en eût
été arrêtée.
ADRESSE AU CONGRES,
A TOUTES LES
PUISSANCES DE L'EUROPE.
LES Souverains alliés aujourd'hui assemblés à
Aix-la-Chapelle, pour régler les grands intérêts de
l'Europe, et ceux qui doivent y être représentés,
n'apprendront pas sans la plus haute indignation,
quel fut le sort réservé à l'infortuné mandataire,
au malheureux instrument que trois des Puissances
signataires du Traité de Fontainebleau choisirent
pour l'exécution de l'horrible attentat politique, du
grand crime d'état qu'enfin je viens dénoncer au-
thentiquement à l'Europe
Ces trois Puissances font partie du Congrès
qui se tient dans l'antique cité où l'illustre fonda-
teur de la deuxième dynastie française, Charle-
magne, ce grand législateur, célait avec le pom-
meau de son épée, toujours victorieuse et protec-
trice, ses sages décrets, ses admirables capitulaires.
Ces Bourbons, qui prétendent encore pouvoir
succéder à la ace carlovingienne, eux qui, depuis
cinq ans, ont osé, au milieu de l'Europe civilisée,
se jouer des traités comme de leurs promesses;
transgresser toutes les lois; prostituer, ravaler,
dégrader, avilir la justice française, méconnaître
B
2
et les garanties, et les transactions, et les chartes ;
exiger, commander et récompenser le parjure,
enfin, montrer évidemment qu'ils voulaient, en
quelque sorte, la subversion totale des vrais prin-
cipes, sont admis à ce Congrès.
De toutes leurs victimes je suis, hélas ! celle
qui a le plus souffert.
Les Souverains de l'Europe et les Gouverne-
ments étrangers à l'attentat et aux crimes politi-
ques que je vais leur révéler, se demanderont com-
ment on a osé violer ainsi des traités solennels ; les
Gouvernements russe et prussien eux-mêmes, dont
je suis aussi le mandataire, le fondé de pouvoirs
(pouvoirs illimités), le porteur d'ordres, s'étonneront
que les Bourbons et le Gouvernement royal aient
osé, sans en avoir le droit (des ordonnateurs, des
mandants ne sauraient être juges), s'emparer de
ma personne, et la sacrifier ainsi au besoin de
s'excuser: ils leur demanderont compte de mes
longues angoisses, de mes insupportables souffran-
ces, de mes innombrables pertes, de tous mes
étranges et suprenants malheurs, infortunes et re-
vers tels que le trépas leur eût été mille fois pré-
férable. Il leur sera, en outre, prescrit de laisser,
du moins, à ces tristes restes de moi-même, le repos
et le calme qu'ils m'ont depuis long-temps enlevé.
Le Congrès les obligera à réparer de la manière la
plus authentique et la plus solennelle, les maux
dont ils n'ont cessé de m'accabler, les outrages
qu'ils m'ont fait prodiguer, les atroces humiliations
3
dont ils m'ont abreuvé, à l'aide des noires ca-
lomnies dont tous les traits empoisonnés n'ont
discontinué, depuis cinq ans, de pleuvoir sur mon
Toutes les nations voudront là punition des
hauts coupables que je vais dénoncer à leur tribu-
nal; elles réclameront avec moi, dans cette circons-
tance, un grand acte de justice de la part des
Souverains. Le Congrès refuserait-il de faire droit
à mes justes demandes? Voudrait-il éluder leurs
tacites réclamations ?
Leurs Majestés l'Empereur de Russie et le
Roi de Prusse, n'ont pas besoin qu'on leur rappelle
que, peu après leur entrée à Paris, je fus chargé
d'une haute mission secrète.
Leur but en la donnant, était d'assurer aux
Bourbons, ce, trône dont un sénat avili, clandes-
tinement assemblé sous la présidence d'un prêtre
marié, chez lequel logeait un empereur triomphant,
crut pouvoir disposer en faveur d'une famille pros-
crite depuis cinq lustres, par la nation française elle-
même, rappel qui ne put avoir lieu qu'en violant
ses constitutions, et qu'en méconnaissant non-seule-
ment le principe fondamental de tous les empires
où les dynasties sont fondées ou rejetees par la vo-
lonté des peuples, mais encore, ce principe consacré
dans lès monarchies constitutionnelles, dans les-
quelles les rois sont faits pour les peuples, et non les
peuples pour les rois.
Leurs Majestés russe et prussienne; n'ont nul
besoin, sans doute; qu'on leur rappelle quelles fu-
2
4
rent les difficultés qu'elles éprouverent en ces cir-
constances extraordinaires,
Alexandre aurait-il pu oublier, entr'autres, que
le 2 Avril encore, la maison de Bourbon était
mise en balance, et que l'on pouvait douter qui
l'emporterait près de lui, ou de Talleyrand, ou de
M. de Caulaincourt ; et que, fatigué et indécis
dans son choix, il laissa la chose à l'option de M.
de Nesselrode; qu'alors l'ex-évêque et M. de La-
borie, le factotum-général de ses trahisons, secré-
taire du gouvernement provisoire, furent heureux
de pouvoir recourir à un expédient dont je m'abs-
tiens de parler aujourd'hui ?
Lorsqu'un jour je raconterai de quelle ma-
nière on s'y prit, et de quel stratagème on se servit
à certaine époque, pour entraîner l'Empereur de
Russie et fixer sa détermination, il ne me sera pas
fort difficile de montrer à l'Europe, à combien peu
tiennent parfois le salut des empires, le renverse-
ment des souverains, l'élévation ou l'abaissement
des princes, etc., etc. Pour le prouver, il me
suffira de raconter une partie de tout ce qne j'ai vu
au Gouvernement provisoire, où je suis allé plus de
quatre-vingts fois pendant les premiers jours d'Avril
1814, et presque toujours d'après ses ordres ou ses
invitations, pendant, je le répete, que logeaient
ensemble et vivaient en intimité, le souverain d'un
grand empiré et un évéque défroqué, président alors
d'un gouvernement ou d'une association de traîtres,
et depuis ministre d'un Bourbon.
5
Leurs Majestés russe et prussienne n'ont, sans
doute, rien oublié : par conséquent, tout ce que je
vais dire, je le dirai particulierement pour l'Autriche
et l'Angleterre, qui ont tout ignoré ; je le dirai pour
ces deux Puissances et celles qui, après le Traité de
Fontainebleau, n'en ont point ordonné la violation,
ni. sanctionné la nullité par aucun acte qu'on puisse
leur reprocher (du moins, dont j'aie connaissance),
et n'ont, enfin, point signé mes ordres, ni participé
à l'odieuse MISSION qu'on m'a forcé d'accepter, mis-
sion dont je déclare aujourd'hui, comme je l'ai
dit dans mes Protestations, depuis cinq ans, ne
m'être chargé que pour en modifier et empêcher
l'exécution.
Je serai aussi bref que possible, et me bornerai
à de légeres indications, indispensables pour l'in-
telligence des faits.
Ce fut dans ces circonstances difficiles, que
tout le monde se rappelle, et que Sa Majesté russe
aurait de la peine à ne pas reconnaître embarras-
santes, que je fus appelé au Gouvernement provi-
soire, au moment où l'on renversait nos constitu-
tions, au moment où l'on s'efforçait de faire passer
pour opinion publique, les stupides clabaudages de
quelques salions du Faubourg St. Germain, dans
lesquels de grands seigneurs las des anti-chambres
de Napoléon, exhalaient à huis clos leur lâche et
timide haine, haine qu'ils firent manifester au grand
jour par des jeunes gens inexpérimentés dont l'ar-
deur produisit le déraisonnable enthousiasme de
Boulevards du trente-un Mars et des premiers jours
d'Avril.
Ce fut pendant ce temps, où l'on s'efforçait
de faire passer pour compétent le Provisoire gou-
vernement que présidait un apostat disgracié, de
donner force de loi à ses ordonnances et aux décrets
d'un sénat dont l'histoire n'excusera pas la lâcheté,
ce fut alors que je fus mandé, alors que, sans con-
sulter la nation, on lui faisait déclarer ce qu'elle
n'a jamais déclaré, vouloir ce qu'elle n'a jamais
voulu, désirer ce qu'elle n'a jamais désiré, en un
mot, rappeler Louis-Stanislas Xavier, ironiquement
surnommé le Désiré, car jamais nation qui désira
n'eut besoin d'être forcée et envahie à deux repri-
ses consécutives, comme la nation française l'a été,
pour la. remettre sous le joug des Bourbons.
Ce fut pendant le temps où ces hautes mystifi-
cations politiques avaient lieu pour la première
fois, et lorsqu'on doutait encore de pouvoir parve-
venir à faire passer ces contre-vérités, et pendant
qu'on pensait à retirer d'Hartwell, une famille
réduite à la nécessité, depuis vingt ans, de vivre de
superbes aumônes, famille qui, successivement chas-
sée de presque tous les états du continent, avait
enfin été trop heureuse d'obtenir un asile chez la
généreuse, bienfaisante, et hospitalière Angleterre,
qui seule refusa constamment de lui donner l'Alien-
Bill, ce fut au moment où il s'agissait de la réta-
blir malgré la nation, que je fus appelé au Gouver-
nement provisoire.
T
Napoléon trahi dans Paris, était encore à Fon-
tainebleau, entouré d'une garde fidele toute entière,
et d'une armée dont on connaît la valeur: on pense
qu'il était difficile de mettre à la place de ses aigles
victorieuses, ces lis dès long-temps flétris; et quel-
ques soins que l'on prît d'exalter, de prôner ces
ineptes cris qu'une poignée de Français composée
d'ignorants, d'étourdis, d'émigrés pardonnés,*
ou d'espions à la solde des étrangers, faisaient
entendre en faveur des Bourbons, quelques efforts
que l'on fît pour persuader qu'ils étaient la véritable
expression de la volonté générale et de l'opinion
publique, et quelque opiniâtre affectation que l'on
mît à ne voir dans le silence produit par l'indigna-
tion de la plupart des Français, qu'une approbation
et un consentement tacite, il est certain que le
rétablissement de ces lys ternis et desséchés ne laissa
pas d'éprouver de grandes difficultés; et le succès
de cette opération, en montrant ce que peut per-
mettre sur une nation la suprise et la stupéfaction,
est on grand sujet à méditer, sujet, qui doit faire
l'étonnement de ceux qui, en déplorant chez les
Français, l'absence d'esprit national, savent qu'ils
ont au moins un amour-propre national prêt à s'ir-
riter lorsqu'ils sont blessés dans leurs affections.
* Je parle de ces émigrés espions de Fouché à Londres,
espions de Savary à Paris, non des émigrés dont Louis XVIII a
si mal payé l'honorable fidélité, ces généreux sacrifices, et le dé-
vouement aveugle à sa personne.
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S'il est une chose qui ait permis l'étrange res-
tauration et le bizarre rappel qui eut lieu en mil
huit cent quatorze, c'est, j'ose le dire, l'étonnement
auquel un pareil événement donna lieu ; la chose
eût paru tellement folle et déplacée trois jours
avant l'entrée des alliés, que personne n'aurait osé,
ni en concevoir, ni en émettre la pensée. Cette
mention des Bourbons était donc tellement impré-
vue et tellement imprévoyable, qu'elle déconcerta
tous les Français, et jusqu'à Napoléon lui-même;
leur surprise servit mieux les alliés que toutes leurs
combinaisons ; Sa Majesté russe elle-même en con-
viendra. Un mot de Napoléon, un seul signal
donné à sa garde, c'en était fait : Paris était évacué,
Mais Napoléon étourdi et stupéfait, n'en eut pas l'i-
dée: malheureux, il n'eut pas un véritable ami, du
moins, pas un seul bon conseil ; et, semblable au
malheureux Pierre III, faute de savoir prendre à
temps une sage détermination, comme lui il per-
dit l'empire, et à son exemple, il aurait perdu la
vie, si un Français n'eût pris sur lui, en se sacri-
fiant, de la lui conserver,
Au milieu de ce conflit universel d'espérances
et de craintes, d'incertitudes et d'assurances, Tal-
leyrand se rappelant que ma famille (celle de
France qui a perdu le plus de sang dans les
champs vendéens, pour la cause ingrate et fatale
des Bourbons), se rappelant tout ce qu'elle avait
sacrifié pour la cause royale, tout ce qu'avait fait
pour cette cause Henri de La Roche-Jacquelein
9
dans la première Vendée, tout ce que Louis de La
Roche-Jacquelein venait encore de faire à Bor-
deaux pour les Bourbons, pensa, en un mot, en
songeant aux grandes injustices que j'avais éprou-
vées sous Napoléon, que j'étais le seul homme, en-
fin, auquel on pût s'ouvrir, et confier l'exécution de
l'étrange entreprise qui fut alors conçue : six mes-
sages furent envoyés chez moi, en mon absence
(toutes les preuves existent; et qu'une fois pour
toutes, on veuille bien se rappeler que je n'avance
rien que je ne puisse prouver). A huit heures du
soir, mon valet-de-chambre me remet à la fois,
comme je descendais de voiture, les six lettres
qu'on m'avait adressées du gouvernement provi-
soire, et me répete que je n'ai pas un moment à
perdre pour m'y rendre. Mes chevaux étaient
épuisés: j'avais couru tout Paris. Je voulais m'ha-
biller; ce fidèle valet-de-chambre, depuis dix-sept
ans à mon service, et que M. de Laborie et Tal-
leyrand connaissent parfaitement, m'apprend, qu'ils
lui ont fait recommander de ne pas me laisser une
seule minute chez moi. Je me rends donc le plus
vite possible au Gouvernement provisoire. Là,
dans le cabinet de Talleyrand, tout me fut déclaré,
à ma grande surprise, car j'étais loin de m'attendre
à l'épouvantable révélation qui m'y fut faite.
Je passe sur toutes les précautions qui furent
prises, les conciliabules qui eurent lieu, les ser-
ments qu'on exigea de moi avant de me faire ces
funestes et terribles confidences; je passe sur tous
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les moyens, les travestissements et les expédients
qui furent tour-à-tour adoptés, rejetés; je me tais
sur les personnes qui durent m'accompagner, et
qui surent qu'on venait de me confier une haute et
importante mission, celles qui s'offrirent, etc., etc.
Ce n'est pas le moment de les nommer ; plus tard
elles seront signalées. Bref, après m'être remis
de l'étourdissement, de la stupéfaction que me
causerent la connaissance de tels projets, et la cer-
titude de leur existence, après m'être remis de la
situation dans laquelle m'avait jeté une telle révé-
lation inattendue, je rassemblai toutes mes forces ;
et, voyant qu'il n'y avait pas à reculer, je déclarai
que, puisque la confiance en moi était sans bornes,
il fallait me laisser faire, me laisser entierement le
maître de mes moyens et de l'adoption des plans
que je proposerais.
C'est à cette idée seule, que j'eus par bonheur
alors, que je dois d'avoir pu conserver depuis, la vie
d'un Empereur passé et celle d'un Empereur futur :
on souscrivit à mes demandes, qui furent de rester
maître en entier du secret et de la conduite de
l'affaire, laquelle, ainsi que je le demandais expres-
sément, ne fut révélée à personne.
J'eus ensuite le moyen de pouvoir refuser des
offres gênantes qu'on me faisait, telles, par exem-
ple, que les chevaux de l'Empereur de Russie, en-
tr'autres celui qu'il avait donné à son aide-de-camp
Rapatel, et repris après qu'il eut été tué à Fere-
Champenoise : Sa Majesté le désignait elle-même
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comme le premier de son écurie. Une autre chose
m'embarrassait encore, c'était la résolution de me
donner un détachement de cent officiers ou soldats
d'élite pris parmi les alliés. Pour moi, je ne pen-
sai plus qu'à lui sauver la vie.* Je leur persuadai
qu'ils voudraient eux-mêmes savoir ce qu'on vou-
lait, conseiller ensuite; que peut-être ils commet-
traient des indiscrétions, et que je n'en pourrais
rien faire : l'on y renonça.
Je fus donc le maître absolu, et de mon secret,
et de ne prendre seulement que les moyens qui me
conviendraient, etc., etc.
Dirai-je un mot des récompenses offertes ? C'est
inutile; cependant, je rappellerai que le titre de
duc, le gouvernement d'une province, le brevet de
lieutenant-général, et deux cent mille livres de rente,
furent les offres qui me furent faites dès le premier
moment. Plus tard, on y ajouta toutes les ri-
chesses qui me conviendraient, appartenantes à la
*Voici qu'elle fut la première idée : prendre des uniformes
de chasseurs de la garde (et l'on alla pour cela, au dépôt des chas-
seurs, à l'Ecole militaire, chez le quartier-maître, et le capitaine
d'habillement, qui dirent n'en plus avoir) ; avec ce détachement,
il s'agissait de pénétrer jusqu'à Napoléon, au milieu d'une bataille,
ou dans une de ses marches, et de se rendre maître de lui, ou de
lui ôter la vie.
Après l'abdication, je n'ai pas besoin de faire observer que,
comme il ne s'agissait plus que d'un lâche assassinat contre un
homme désarmé, on ne pensa plus à ce travestissement ; les
moyens adoptés furent tout différents.
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famille Bonaparte, etc., etc. ; l'autorisation d'a-
vancer jusqu'au grade de colonel tous ceux qui me
serviraient. Ces promesses, ces autorisations furent
ce à quoi je fis le moins d'attention.
Le commissaire bourbonique SEMALLÉ, VAN-
TEAUX, intendant du Comte d'Artois, VITROLLES,
LABORIE, etc., ne manquèrent pas dans cette occa-
sion, de me demander, en leurs noms et celui du
Comte d'Artois, une bonne part de prise.*
Je ne rappellerai point comment Napoléon ab-
diqua; comment on différa jusqu'à son départ l'exé-
cution de l'attentat politique médité contre lui,
sans que rien, par le fait de son abdication, fût
changé dans les résolutions prises, car, loin de rien
diminuer, on étendit la mesure sur la personne de
son fils et celle de ses frères.
Le Comte d'Artois arriva le 12 Avril; et,
loin de désapprouver la chose, il y adhéra avec une
complaisance extrême, complaisance que peuvent
sans peine se figurer ceux qui savent le nombre pro-
digieux d'assassins qui furent envoyés de toutes parts
* On se rappelle sans doute que le Comte d'Artois eut la cu-
pidité de faire courir après Georges et de lui faire demander, au mo-
ment de son embarquement, par un de ses favoris (le Baron de
Rolle), une portion de l'argent qu'il avait reçu pour se rendre en
France, et y faire assassiner Napoléon. Ce conspirateur; pour se
débarrasser des importunités du Comte d'Artois, lui envoya deux
mille pounds. Je rappelle ceci pour les incrédules, et ceux qui
trouveront étonnant que le Comte d'Artois, ait voulu avoir sa
part du pillage.
13
par les Bourbons, à différentes époques, pour atten-
ter sur la personne de Napoléon consul et de Na-
poléon empereur, notamment celles qui connaissent
le procès des inventeurs de la machine infernale,
et celui des Georges Cadoudal, des Burban, des
Picot de Limoélan, des Polignac, des Riviere, des
D'Hosier, etc., et autres sicaires titrés partis d'Hart-
well en mil huit cent quatre, personnages avec les-
quels la malveillance a osé tenter de m'assimiler,
comme si le mandataire, le porteur d'ordres illi-
mités de trois gouvernements à la fois, celui qui
seul a su empêcher l'exécution d'un grand crime po-
litique, pouvait avoir rien de commun avec des in-
dividus qui ne furent avoués par aucune puissance,
et qui, condamnés à mort pour avoir entrepris (en
exterminant, dans la rue St. Nicaise, trois cents in-
nocents, comme par tous autres moyens,) de faire
périr le chef de l'état, ne doivent la vie qu'à sa clé-
mence, du moins, plusieurs d'entr'eux.
Plus je vis d'acharnement et de persévérance
dans ces affreux desseins, plus je redoublai de soins,
d'attentions et d'assiduités au Gouvernement-provi-
soire, où je me rendais cinq fois par jour, pour y
prendre les nouvelles instructions, et y savoir ce
qui survenait de nouveau. Cette conduite me fut
dictée par le désir d'empêcher que de grands crimes
d'état ne fussent commis. J'ose assurer que sans
moi, ils l'eussent été infailliblement. Je crus donc
devoir tout faire pour demeurer constamment maî-
tre de la chose, afin d'en empêcher l'exécution.
14
Je sais que les Bourbons entr'autres, furieux
de ma conduite dans cette circonstance, prétendent
que je les ai trompés ; ils prétendent aussi que la
colère d'Alexandre fut sans bornes lorsqu'il vit
Bonaparte et son fils sauvés ; ils n'ont cessé même,
depuis près de cinq ans, de s'autoriser de cette
Superbe et toute puissante colere, pour accabler
d'opprobre et de douleur mon insupportable
existence, etc., etc. Mais je leur déclare ici que
je méprise leurs infâmes regrets, et dédaigne la
colere de tous ceux chez lesquels elle est déplacée.
Au surplus, je dois compte de ma conduite à
la nation française: elle seule a droit de juger,
d'approuver ou d'improuver mes déterminations
d'alors; c'est devant elle que je m'en justifierai,
lorsqu'elle sera libre et indépendante, et lorsque,
pour la troisième fois, rendue à elle-même, elle se
sera débarrassée d'un gouvernement qui, lorsque
les baïonnettes étrangères cesseront de l'appuyer,
ne sera soutenu au milieu des malédictions fran-
çaises que par les gendarmes et les espions aux-
quels ce gouvernement est seul profitable momen-
tanément.
Nul pouvoir sur la terre, sans exception, né
me parut alors comme aujourd'hui autorisé à
disposer du sang de la quatrième dynastie, à l'insu
de la nation française : on en voulait disposer sans
sa participation. Je dus donc tout faire pour m'y
opposer et assurer sa conservation; je l'ai fait: j'ai
fait ce que l'honneur national me commandait de
15
faire, car le sang des souverains tache toujours les
peuples qui le répandent.
Telle sera ma réponse à tous les diffamateurs
d'Europe, et à tous les misérables qui auront
depuis tenté de me dégrader et de me ravaler,
pour n'avoir point satisfait leur basse et odieuse
vengeance.
Après le sentiment de l'honneur national et
la pensée de sa conservation, on me permettra bien
aussi de parler de ma famille, dans laquelle il n'y
eut jamais d'assassin d'aucune espèce : l'exemple
du malheureux Caulaincourt, dont Talleyrand
sacrifia injustement la réputation, et sur le compte
duquel cet odieux asmodée plaça dans l'opinion
publique un forfait que lui seul Talleyrand avait
combiné; l'exemple de l'infortuné Duc d'Enghien,
de ce crime inutile et impolitique; les regrets amers
de M. de Caulaincourt, dont le plus grand et le
seul tort fut d'avoir resté en France après ce meur-
tre, d'avoir souffert qu'on le fît grand écuyer,
comme s'il eût été coupable. .... et d'avoir enfin
sacrifié sa réputation à l'exécrable Talleyrand ! qu'il
devait accuser dès-lors aux yeux de l'Europe, ses
regrets et ceux de la famille Caulaincourt, que
je connaissais mieux qu'aucun autre, puisque ma
famille leur est alliée, et que M. de St. Aignan,
mon cousin, aujourd'hui maire de Nantes, est beau-
frère de M. de Caulaincourt, lequel de Caulain-
court m'a lui-même autrefois, placé près du Prince
Jérôme, comme écuyer et capitaine de ses chasses
18
(par conséquent, toute mon enfance avait été remplie
des détails de ce triste événement) : ces regrets et
le souvenir de ce funeste exemple auraient seuls
suffi pour m'arrêter, si jamais j'avais pu concevoir
la pensée de laisser commettre un pareil attentat.
Les Souverains alliés, qui doivent dorénavant
me connaître, ainsi que ma famille, me permettront
d'extraire de la Lettre que j'écrivais aux journalis-
tes français et étrangers, de ma prison de Douai,
en 1817, le passage suivant, Lettre faite et im-
primée alors particulièrement, pour répondre à
ces calomniateurs salariés par le Gouvernement
royal, aux rédacteurs de ces feuilles dictées par la
police, de ces journaux que deux chambres impru-
dentes, dirai-je anti-nationales, ont adjugés en
toute propriété à celui pour lequel l'hypocrisie, le
mensonge et la fausseté sont un délice, journaux
qu'il rédige ou fait rédiger par le chef de ses espions,
son favori, devenu son maître. Il faut enfin que
les Souverains alliés sachent ce que je suis, ce qu'est
ma famille; et que par-là ils jugent aussi de ce que
j'ai dû faire moi-même dans cette circonstance.
Extrait de la Lettre écrite aux Rédacteurs des Jour-
naux français et étrangers, particulièrement aux
Rédacteurs des Feuilles périodiques qui s'impri-
ment en France.
" Douai, Tour Notre-Dame, 12 Novembre 1817.
«
17
" Vous ne voudriez pas, Messieurs, tenter
derechef de diffamer, d'avilir, de ravaler dans
l'opinion publique, par anticipation, les restes de
trois familles qui s'éteignent en moi ; de trois
familles auxquelles une longue et bienfaisante
probité, la pratique héréditaire de quelques vertus,
acquirent l'estime et la considération des Vendéens
et des Bretons: jamais on ne vit les Guerry, les
Maubreuil, les d'Orvault dans ces antichambres
qu'encombraient ces ducs à brevets; ces marquis
de la veille, ces chevaliers parvenus à force de
bassesses, de viles ou coupables intrigues, et qui
en sortant de se courber devant l'idole, distribuaient
en détail; à toutes les classes laborieuses et recom-
mandables, le mépris et l'abjection qu'ils avaient
reçus en gros;
" Songez, je vous prie, Messieurs, que celui
que vous permettez de dégrader dans vos feuilles
privilégiées, par la couleur blanche, afin d'excuser
les misérables qu'elle protege, peut dire à cette
même couleur blanche que vous prônez aujourd'hui,
que " Ce n'est point avec des espionnages; des
bassesses, de faux serments, ni des trahisons, que
ses aïeux l'ont servie dans tous les temps, mais avec
leur propre sang." Ouvrez l'histoire de Bretagne,
vous y verrez les d'Orvault suivre toujours l'hono-
rable carriere militaire; capitaine commandant les
hommes d'armes; SOUS les DUCS DE BRETAGNE,
les COMTES DE NANTES, dans tous les temps, et
depuis le d'Orvault qui le premier; sous Henri II,
C
18
entra dans Pont-à-Mousson, et en chassa les Espa-
gnols et les troupes de Charles-Quint" (Voyez
Mémoires du Sire de Scépeaux, maréchal de
Vieille-Ville),
" Depuis cet autre d'Orvault, en faveur duquel,
pour prix de faits d'armes et services militaires,
Henri IV érigea la terre d'Orvault en marquisat,
tous ont continué à les servir ainsi ; et je puis dire
à leurs descendants :"
"" Vous me devez (vous qui souffrez qu'on
m'avilisse au mépris de la vérité, pour excuser de
lâches traîtres vos favoris), vous me devez depuis
vingt-cinq ans, le sang de mon grand-pere, versé
pour vous, à la bataille de Sablé, en 1793 ; celui
de mon pere, répandu à celle d'Aisenay, en 1815;
celui de ses deux freres, qui a coulé à Quiberon;
celui, enfin, de sept autres oncles, et, en un mot, de
vingt-deux parents qui tous ont péri victimes de
leur attachement à votre cause. En est-ce assez ? " "
" Et vous, Messieurs, croyez-vous encore que
tout ce qui reste en moi doive être sacrifié au besoin
d'excuser de détestables traîtres, de lâches-régicides,
d'infâmes misérables tirés de la boue par celui
dont, sans moi, ils se glorifieraient d'avoir versé le
sang ? Ah ! Messieurs, je vous le laisse à penser.
" Non, vous ne voudrez pas plus long-temps,
Messieurs, excuser de grands coupables; ni prêter
votre ministere à des traîtres et des fripons qui ont
besoin de tromper le public, afin de se maintenir
dans son opinion. "
10
" Vous ne voudrez pas non plus égarer celle
de la nation, lorsqu'il s'agit, non par rapport à moi,
triste instrument! mais par rapport à la mission
dont je fus chargé, de faits qui intéressent la nation
et l'honneur national.
" Vous ne voudriez, pas qu'un jour elle pût
vous reprocher d'avoir accepté la honteuse et dés-
honorante fonction de tromper vingt-huit millions
d'hommes! vos compatriotes ! dans des feuilles dont
vous n'auriez obtenu le privilége qu'à cette lâche
Condition ; non c'est impossible ! ! !.... .... ...
" etc.
Ainsi, l'on voit qu'après le sentiment de
l'honneur national et l'obligation de songer à sa
conservation dans les circonstances extraordinaires
où je me trouvais, l'honneur de ma famille me
faisait un devoir de ne point souffrir l'exécution du
crime d'état qu'on résolut en 1814. L'humanité,
la raison, la justice et la morale en rejetaient
également la pensée : j'en appelle non-seulement à
tous les souverains qui ont quelque sentiment
d'honneur, mais encore à tous les hommes géné-
reux, aux nations courageuses et indépendantes;
notamment à la nation anglaise; reconnue par
sa justice, sa bienfaisance; et ce jusqu'à ce que la
nation française, libre enfin, puisse prononcer.
Tout le monde sait que Napoléon partit de
Fontainebleau le 20 Avril, après avoir consenti à
s'exiler volontairement sur les rochers de l'Elbe,
pour éviter à la France envahie, les horreurs d'une
C 2
20
guerre intestine; Je dus partir avant lui, après
avoir reçu les dernières instructions, après avoir
été muni de pouvoirs que je transcrirai ici litté-
ralement; ils ont été imprimés par les avocats
Couture, Pinet, Laflotte, Caullet, etc., etc., en
France, lorsqu'aprés trois ans de disparution, nous
forçâmes enfin le Gouvernement royal à les repro-
duire, car ils m'avaient été arrachés en 1814, par
les commandements d'un traître (des sbires me les
enleverent dans le cabinet de l'infâme Pasquier, et
en sa présence, deux jours après ma premiere
arrestation) ; Pasquier était alors directeur de cette
vaste association de scélétats appelée préfecture de
police, et vendu à Talleyrand: celui-ci obtint fa-
cilement de lui cette atrocité: Le Comte d'Artois et
le boîteux avaient le plus grand intérêt à faire dispa-
raître ces ordres après que le complot fut échoué, et il
ne fallut rien moins que le retour le Napoléon pour
en faire constater l'existence. Ce n'est même que
trois ans après le commencement de la persécution
dirigée contre moi, qu'on permit encore aux
avocats de les publier, et un an après leur publi-
cation qu'on m'en délivra des copies authentiques,
à Douai, copies que je n'ai pu avoir que le dernier
jour même de mon emprisonnement, c'est-à-dire,
le jour où je me décidai à profiter des facilités qui
m'étaient données pour sortir de ma douzieme
prison, de celle de Douai. Je pensai devoir en
profiter, non que j'aie rien à craindre d'une justice
réelle, mais parce qu'il m'est commandé de vivre
21
pour venger l'honneur de ma famille, et que je
n'avais plus la force de pouvoir résister aux tortures,
aux privations et aux malaises que j'éprouvais,
surtout à Douai, où les sous-persécuteurs et les
juges étaient royalistes, et espéraient, en me faisant
périr, tirer d'affaire et excuser leurs Bourbons, plus
sûrement encore que par des arrêts de commande
et des jugements illusoires.
J'ai cité ce qui avait eu lieu par rapport aux
ordres, et ce seul exemple, pour faire voir avec
quelle bonne-foi et quelle franchise le Gouvernement
royal s'est conduit dans toute cette affaire : je ne
doute pas que les Souverains et le Congrès ne
soient indignés d'une telle lâcheté,
Les journaux anglais ont eux-mêmes rapporté
ces ordres; il est presque superflu de les transcrire
ici; cependant, les voici.
Copies des Dix Ordres remis à M. de Maubreuil,
Marquis d'Orvault.
" MINISTÈRE DE LA POLICE GÉNÉRALE.
" Il est ordonné à toutes les autorités chargées
de la police de France, aux commissaires-généraux,
spéciaux et autres, d'obéir aux ordres que M. de
Maubreuil leur donnera, et de faire et d'exécuter à
l'instant même tout ce qu'il prescrira, M. de
22
Maubreuil étant chargé d'une mission secrete de la
plus haute importance.
" Le ministre provisoire au département
de la police générale.
Signé, " Le comte ANGLES,
Cachet. « Paris, 17 Avril 1814.
" Commissariat de la police générale.
" MINISTÈRE DE LA GUERRE.
" Il est ordonné à toutes les autorités militaires
d'obéir aux ordres qui leur seront donnés par M.
de Maubreuil, lequel est autorisé à les requérir et à
en disposer selon qu'il le jugera convenable, étant
chargé d'une mission secrete. Messieurs les com-
mandants des corps, veilleront à ce que les troupes
soient mises sur-le-champ à sa disposition, pour
l'exécution des ordres dont il est chargé POUR LE
SERVICE DE SA MAJESTÉ LOUIS XVIII.
" Le ministre de la guerre,
Signé " Le général comte DUPONT.
Cachet. " Paris, 16 Avril 1814.
" DIRECTION GÉNÉRALE DES POSTES ET RELAIS
DE FRANCE.
" Le directeur général des postes ordonne aux
maîtres des postes de fournir à l'instant à M. de
23
Maubreuil, chargé d'une importante mission, la
quantité de chevaux et de postillons qui lui sera
nécessaire, et de veiller à ce qu'il n'éprouve aucun
retard pour l'exécution des ordres dont il est
chargé par le service des postes.
" Le directeur général des postes
et relais de France,
Signé " BOURIENNE,
— « Hôtel des Postes,
Cachet. " Paris, le 17 Avril 1814.
" P. S. Le directeur général ordonne aux ins-
pecteurs et maîtres des postes, de veiller avec le plus
grand soin à ce que le nombre de chevaux demandé
par M. de Maubreuil, lui soit fourni avant et de
préférence à qui que ce soit, et qu'il n'éprouve
aucune espèce de retard.
" Le directeur général,
Signé, " BOURIENNE,
" Hôtel des Postes,
Cachet. " Paris, le 17 Avril 1814. "
ORDRE RUSSE.
"
Signé " Le baron SAAKEN."
Traduction littérale.
" M, le général de Maubreuil étant chargé
24
d'une haute mission d'une très-grande importance,
pour laquelle il est autorisé à requérir les troupes
de Sa Majesté impériale russe, en conséquence M.
le général en chef de l'infanterie russe, gouverneur
de Paris, baron de Saaken, ordonne au comman-
dant des troupes de les lui mettre à sa disposition,
pour l'exécution de sa mission, dès quil les deman-
dera.
" Le général en chef de l'infanterie russe,
gouverneur de Paris,
Signé " Le baron de SAAKEN.
Cachet. " Paris, le 17 Avril 1814."
ORDRE ALLEMAND-PRUSSIEN.
"
Signé " Le baron de BROKENHAUSEN."
Traduction tittérale.
" M. le général de Maubreuil étant autorisé à
parcourir la France, pour des affaires d'une très-
grande importance, et pour l'exécution de très-hautes
missions, que dans son besoin il peut avoir occasion
de requérir les troupes des hautes puissances, en
conséquence, et suivant l'ordre de M, le général en
25
chef de l'infanterie russe, baron de Saaken, il est
ordonné à Messieurs les commandants des troupes
alliées, de les lui fournir sur ses demandes, pour
l'exécution de ses hautes missions.
Signé " Le général baron BROKENHAUSEN,
Cachet. « Paris, le 17 Avril 1814. "
Cinq ordres de M. Dasies.
Nota, — Ces cinq ordres furent donnés en
doubles à M. Dasies, la personne qui accompagnait
particulierement M. de Maubreuil; ils lui furent
remis absolument pareils, vu le cas où il aurait dû
s'en séparer, ou le cas d'accident arrivé à M. de
Maubreuil. Par cette raison, on jugea plus con-
venable de faire mettre ces doubles ordres dans le
nom même de M. Dasies.
" MINISTÈRE DE LA POLICE GÉNÉRALE.
" Il est ordonné à toutes les autorités chargées
de la Police de France, aux commissaires généraux,
spéciaux et autres, d'obéir aux ordres que M. Dasies
leur donnera, de faire et d'exécuter à l'instant
même tout ce qu'il prescrira, M. Dasies étant
chargé d'une mission secrète de la plus haute impor-
tance.
Signé " Le comte ANGLES.
Cachet. « Paris, le 17 Avril 1814.
" Commissariat de la police générale.
26
" MINISTÈRE DE LA GUERRE,
" Il est ordonné à toutes les autorités mili-
taires d'obéir aux ordres qui leur seront donnés
par M. Dasies, lequel est autorisé à les requérir et
à en disposer selon qu'il le jugera convenable; étant
chargé d'une mission secrete. Messieurs les com-
mandants des corps veilleront à ce que les troupes
soient mises sur-le-champ à sa disposition, et qu'il
n'éprouve aucun retard pour l'exécution des ordres
dont il est chargé POUR LE SERVICE DE SA MAJESTÉ
LOUIS XVIII.
" Le ministre de la guère,
Signé " Le général comte DUPONT,
Cachet. « Paris, le 16 Avril 1814,
" DIRECTION GÉNÉRALE DES POSTES ET RELAIS
DE FRANCE.
" Le directeur général ordonne aux maîtres
des postes de fournir à l'instant à M. Dasies, chargé
d'une importante mission, la quantité de chevaux
et de postillons qui lui sera nécessaire, et de veiller à
ce qu'il n'éprouve aucun retard pour l'exécution
des ordres dont il est chargé par le service des
postes.
" Le directeur général des postes
et relais de France,
Signé " BOURIENNE,
Cachet. " Paris, le 17 Avril 1814.
27
" P. S, Le directeur général ordonne aux
inspecteurs et maîtres des postes de veiller avec le
plus grand soin à ce que le nombre de chevaux
demandé par M. Dasies, lui soit fourni avant et de
préférence à qui que ce soit, et qu'il n'éprouve
aucune espece de retard.
" Le directeur général.
Signé " BOURIENNE,
Cachet. " Paris, le 17 Avril 1814."
ORDRE RUSSE..
"
Signé " Le baron SAAKEN. "
Traduction littérale.
" M. le commandant Dasies étant chargé
d'une haute mission d'une très-grande importance,
pour laquelle il est autorisé à requérir les troupes
de Sa Majesté impériale russe, en conséquence, M.
le général en chef de l'infanterie russe, baron Saaken;
ordonne aux commandants des troupes de les lui
mettre à sa disposition, pour l'exécution de sa
mission, dès qu'ils les demandera.
" Le général en chef de l'infanterie russe,
gouverneur de Paris,
Signé " Le baron SAAKEN.
Cachet " Paris, le 17 Avril 1814."
28
ORDRE ALLEMAND-PRUSSIEN.
"
Signé " " Le baron BROKENHAUSEN. "
Traduction littérale.
" M. le commandant Dasies étant autorisé à
parcourir la France, pour l'exécution de très-hautes
missions, que dans son besoin, il peut avoir occasion
de requérir les troupes des hautes puissances, en
conséquence, et suivant l'ordre de M. le général en
chef de l'infanterie russe, baron de Saaken, il est
ordonné à messieurs les commandants des troupes
alliées de les fournir sur ses demandes, pour l'exé-
cution de ses hautes missions. Le général d'état-
major prussien.
Signé " Le baron de BROKENHAUSEN. "
Cachet. « Paris, le 17 April 1814."
Je n'ai pas besoin de faire observer que ces
pouvoirs, les plus étendus qu'on puisse donner,
entraînent avec eux l'idée d'une confiance telle que
jamais mortel, j'ose croire, ne se trouva dépositaire
de semblables pouvoirs, ni chargé d'un mandat
plus important.
Je ne rappellerai point ce qui suivit mon
29
départ de Paris; je n'entrerai pas maintenant
dans tous les détails ; je dirai seulement qu'arrivé
à Nemours, la veille du départ de Napoléon (il
passa le lendemain, 20 Avril, dans la forêt de
Fontainebleau), content de m'être placé en avant
de lui, et d'avoir reconnu sa marche, je pris sur
moi d'enlever tout mon monde avant son passage:
ceux de mes espions que j'avais envoyés à Fon-
tainebleau, m'avaient informé qu'il devait passer
seul dans sa voiture, seul en avant de l'escorte et
des commissaires (tout avait été préparé ainsi).
J'avais donc lieu de craindre que, malgré moi, le
lendemain, on n'attentât à ses jours. Je ne veut
nommer personne ici ; mais j'avais près de moi (ce
n'est point M. Dasies, je lui rends justice; il n'en a pas
eu la pensée) des hommes qui étaient de cette force,
et entr'autres, un personnage connu dans le monde
pour avoir rempli des missions que tout le monde
ne voudrait pas avoir exécutées. Le plus sûr était
donc de lui laisser le passage entièrement libre;
Cela arrêté vis-à-vis de moi, j'enlevai tout mon
monde, et me portai exprès, le 19 Avril, à sept lieues
de là, sur une route toute opposée à celle qu'il
devait prendre.
Ainsi, Napoléon traversa le 20 Avril la forêt
de Fontainebleau pour se rendre à Nemours, sans
obstacle et sans être attaqué. J'en appelle à son
témoignage ; qu'il parle : l'a-t-il été ? Certes, il
était facile alors de lui ôter la vie: il ignorait le
danger; et deux seuls hommes armés, en arrivant
30
à chaque portière, pouvaient, dans la forêt, finir ses
destinées; ils le pouvaient sans danger, car la forêt
touche à la Seine, dont la rive droite était occupée
par les Cosaques. Rien de plus facile, après avoir
fait le coup, que de se replier sur eux ; j'avais
d'ailleurs alors, plus de monde qu'il ne m'en
fallait: un mot de moi, je le répète ; et il perdait
la vie.
Les Bourbons ont prétendu que j'avais manqué
de courage !! ..... et que j'avais été gagné par
Napoléon, moi et mon monde. Le fait est absolu-
ment faux; Si je n'ai pas fait ce qu'on attendait
de moi, c'est que je n'ai pas voulu le faire; je n'ai
été gagné que par ma conscience, qui me défendait
de laisser commettre un attentat horrible sur la
personne d'un souverain malheureux et désarmé. Je
préjugeais alors assez de la générosité d'Alexandre,
pour croire que, les premiers moments de sa colere
passés, il me saurait gré de ma conduite; si je me
suis trompé, n'importe. Malgré mes souffrance
inouïes et mes malheurs, je suis content d'avoir
agi ainsi. Les persécutions et les peines finiront
avec moi ; et les Français, après moi, me rendront
justice : jusques-là, je méprise les propos des hommes
lâches, et les calomnies de leurs espions ou de
leurs stipendiés: Ce n'est point moi qui ai manqué
de courage : il n'en faut jamais pour exécuter un
crime auquel la victime ne s'attend pas, lorsque ce
crime, surtout, peut être commis aussi facilement
et sans danger. Ce sont les ordonnateurs, plutôt,
31
qu'on pourrait accuser de lâcheté, et non moi
mais laissons cela.
Après m'être transporté à Montereau, sur une
route opposée à celle que devait suivre Napoléon,
je pensai que, du moins pour la forme, il fallait
avoir l'air de faire quelque chose ; j'imaginai qu'en
assemblant un détachement, et en me mettant en
mouvement d'un côté ou d'autre, l'on ne pourrait
me faire le reproche, à mon retour à Paris, de
n'avoir pas même ni essayé ni tenté de faire la
moindre des choses ordonnées ; je pensais, d'ail-
leurs par-là, pouvoir me couvrir des reproches de
trahison qu'à mon retour, on ne manquerait peut-
être pas de me faire, pour avoir ainsi sauvé
Napoléon du plus grand danger qu'il ait jamais
couru sans s'en douter, reproches bien plus graves !
si ensuite j'étais resté les bras croisés. Je pouvais
prendre les troupes russes, les Cosaques ; un colonel
campé au château de Courbeton, ne demandait pas
mieux que de me suivre avec son régiment; mais
d'une part, l'indiscipline, et de l'autre, comme
j'avais arrêté avec moi-même de ne souffrir
l'assassinat, ni du fils de Napoléon, ni de ses freres,
qui n'étaient point ainsi que lui déjà sauvés, je me
décidai pour les troupes françaises, qui me suffi-
saient; et je choisis à Montereau, parmi les
Mamelucs, et les chasseurs de la garde, de quoi
faire un détachement d'élite, que je composai.
Le 21 Avril, comme je retournais de Fontaine-
bleau, en allant dans la direction opposée à celle
32
que suivait l'Empereur (qui déjà était à trente
lieues de moi), tandis que je suivais cette
route inverse de celle qu'il avait prise, la Reine
de Westphalie, qui, on ne sait pourquoi, avait
elle-même rétrogradé de Némours, sur Fontaine-
bleau, après le passage de l'Empereur à Némours,
vint à donner dans mon détachement, sur la route
de Fossard, elle et quatorze fourgons chargés d'or
et d'argent, et de toutes sortes de richesses ; " elle
vint à donner," comme, l'a dit très-bien l'avocat
Couture, " dans cette véritable bagarre. " Il m'était
impossible alors de reculer. Le Comte d'Artois
avait demandé les richesses des Bonaparte; Talley-
rand en attendait aussi ; d'autres amateurs comp-
taient sur moi, pour une part du butin. C'eût
donc été trahir grossièrement leurs intérêts que de
ne rien faire; et c'était, après avoir réellement et
de fait sauvé la vie à Napoléon, m'exposer à toute
leur vengeance : je crus, enfin, pouvoir appaiser
ces gloutons, en leur donnant à chacun part de
prise. Bref, on enleva à la Reine de Westphalie,
seulement onze caises qu'elle vida aux trois quarts
elle-même, avant de les délivrer. On vint m'avertir
qu'elle en enlevait tout ce qu'il y avait de meilleur,
je commandai qu'on la laissât faire : ces caisses;
que je ne vis pas, contenaient, me dit-on, d'assez
mauvais bijoux d'une part, et des diamants de
l'autre. Je pris, en outre, sur moi, de laisser passer
une grande quantité de diamants qu'elle avait dans
le double fond de sa voiture, et huit millions en or
33
contenus dans ces fourgons, et d'autres richesses,
telles qu'un magnifique service d'or; et.... faut-il le
dire ici ?. . On m'a terriblement reproché, à mon
arrivée à Paris, de ne lui avoir pas fait enlever tout.
Ainsi, que cette princesse; qui a tant crié pour ses
onze malheureuses caisses, apprenne aujourd'hui
que, si j'eusse fait tout ce que je devais faire, non-
seulement ces caisses, qu'elle a estimées dix-huit
cent mille francs, à tort ou à raison; lui auraient
été enlevées, mais encore tout ce qu'elle possédait,
car je me suis compromis vis-à-vis de mes commet-
tants, en les lui laissant: Du reste, cette princesse;
que ses partisans prétendent avoir été maltraitée,
doit, par justice, dire le contraire. Elle a été
pillée si l'on veut, mais parce qu'il fallait qu'elle le
fût ; et elle l'a été avec tous les égards imaginables:
elle n'en peut disconvenir.
Neuf de ces caisses furent directement envoyées
à M. de Vanteaux, soi-disant intendant du Comte
d'Artois, et à Semallé, son commissaire; reçues
par eux, dans leurs hôtels ; et de là, portées chez
Vitrolles, autre favori du Comte d'Artois, complice
de ce prince, alors lieutenant-général du royaume,
Elles ont testé quatre jours chez ces messieurs, qui
les ont reçues clandestinement, qui les ont ouvertes
en mon absence, et qui ont fait avec, tout ce qu'ils
ont voulu : c'est donc aux Vanteaux, aux Geslin, aux
Semallé, aux Vitrolles, aux D'Anglès et autres
complices inattaquables du Comte d'Artois; que la
Reine de Westphalie doit demander compte : ainsi
D
34
qu'au Comte d'Artois lui-même, des diamants ou
bijoux, qu'elle prétend qui lui manquent, des
diamants que ces hauts recéleurs ont oublié de
faire retrouver dans la Seine, comme par hasard,
cinq mois après, par des employés de la police
transformés en pêcheurs à la ligne, et cela pendant
que je languissais dans les cachots ; c'est à eux
qu'elle doit s'adresser, et en demander compte. La
dixieme ainsi qu'une autre petite caisse furent
destinées pour le fameux Laborie et pour Talleyrand.
j'allai, aussitôt mon retour à Paris, leur annoncer
qu'elles étaient à leur disposition; mais celui-ci,
qui venait de se gorger dans les fonds publics, sur
lesquels il avait agioté comme il avait voulu, trouva
que c'était trop peu ; Laborie, son factotum, secré-
taire du Gouvernement provisoire, eut peur des
cris et des hurlements de la Reine de Westphalie,
qui devinrent bientôt le cri général des bonapar-
tistes, l'expression de tous leurs regrets et de leur
colère (on alla jusqu'à afficher dans Paris et la
banlieue, des placards virulents contre cette arrest-
tation), ce qui fit que Laborie, intimidé, n'osa
recevoir que fort peu de chose. Voyant cela,
j'ordonnai à mon valet-de-chambre de porter ces
deux caisses chez les Vanteaux et les Semallé, où
elles furent reçues sans difficulté, ouvertes en mon
absence, et partagées; elles ont eu enfin le même
sort que les neuf autres.
Le Samedi soir 23 Avril, à minuit, j'accompa-
gnai Vanteaux chez Vitrolles, auquel Vanteaux remit
30
en ma présence et celle de M. Dasies (et posa sur
sa table de nuit), les quatre sacs d'or contenus dans
l'une somme que réclame aussi la Reine de West-
phalie: telle fut la destinée de ces caisses et sacs, je
le dis une fois pour toutes; et je défie tous les
fripons titrés, cautionnés et protégés depuis par le
Comte d'Artois, tels que Vitrolles, Vanteaux, D'An-
glès, etc., et avec eux tous les scélérats judiciaires,
tels que Pasquier et Bélart; chargés de les excuser,
voir même les iniques coquins de juges du tribunal
correctionnel de Douai; de dire et de prouver le
contraire: ni les stipendiés de police; ni les faux
témoins; ni les faux procès-verbaux, ne sauraient
l'établir ; je les en défie. Il ne tenait qu'à moi de
prendre ; et ce ne fut que sur mon refus positif de
me prêter aux indignes et basses propositions que
ce coquin de Vitrolles eut l'effronterie de me faire
lui-même le Dimanche 24 Avril, à neuf heures du
matin, chez lui, où il m'avait supplié de me rendre;
pour m'entretenir secrètement de la part du Comte
d'Artois (il entrait ce jour-là, dans le plan de ce
Vitrolles, de forcer les Vanteaux et les Semallé à
restituer; et de tout prendre pour lui, le Comte
d'Artois et moi), et qu'en voyant que je dédaignais
ses offres, qu'il se retourna du côté de Vanteaux,
qu'il a fait son factotum depuis lors. Encore, ne
fut-ce que trois jours après tout cete infernat tripot-
tage, après qu'on eut résolu unanimement de me
sacrifier, en me le mettant sur le corps, que je fus
arrêté, qu'on me jeta au cachot, et qu'on me mit
D 2
86
au secret, où je restai en différents lieux, pendant un
an, c'est-à-dire, jusqu'à ce que la peur causée par la
subite apparition de Napoléon, obligeât Louis
XVIII (qui craignait, en me laissant à la dispo-
sition de Napoléon, qu'on ne lui découvrît tout ce
qu'il avait caché avec tant de peine et ce qu'il avait
tant d'intérêt à lui laisser ignorer) à ordonner ma
mise en liberté.
Après délibération du conseil d'état, on me
mit donc, comme tout le monde le sait, solennelle-
ment en liberté le 18 Mars 1815.
Je me suis un peu étendu parce que j'ai voulu
fondre, une fois pour toutes, cette parcelle de ma
mission, ce triste épisode westphalien ! tant de fois
rabâché; et dire tout ce qui a rapport à cet incident,
que les Bourbons se sont plu à mettre seul en avant
depuis cinq ans, et à l'aide duquel ils ont mala-
droitement espéré de donner le change sur tout le
reste, et sur la mission elle-même.
Je rappellerai maintenant un autre fait essen-
tiel , c'est le seul détail dans lequel j'entrerai; Que
les Souverains alliés et le Congrès veuillent me le
pardonner. Il est indispensable : il a rapport au
fils de Napoléon. Je dois dire également comment
je m'y pris aussi pour le faire passer sans qu'il lui
arrivât rien.
J'ai dit comment je m'étais porté au-devant de
son père, à Nemours, seul avec M, Dasies, puis
ensuite comment j'avais enlevé mon monde, c'est-
à-dire les agents que j'avais avec moi, et que je ne
37
nommerai que quand il le faudra ; comment, après
son passage, je formai un détachement à Montereau ;
comment la Reine de Westphalie fut arrêtée,
pourquoi elle le fut, etc., etc. ; et quelle destination
ont eue ses caisses, qu'elle peut maintenant réclamer
aux véritables recéleurs. Reste maintenant à rap-
peler tout ce qui a rapport seulement au Roi de
Rome et à sa mère: je m'abstiendrai de parler de
Jérôme et de Joseph Bonaparte, et de ce qui se
passa à Orléans et aux environs, pendant qu'ils y
étaient l'un et l'autre, etc. ; je tairai également la
singuliere pensée qu'eut le Comte d'Artois par
rapport à eux, et l'étonnante demande que vint me
faire de sa part, Vanteaux, son intendant, à mon
retour à Paris.
Après avoir laissé passer Napoléon, le 20 Avril,
ainsi que je l'ai dit, je songeai à son fils, et à le
faire passer lui-même, sans qu'il lui arrivât le
moindre mal. Il devait partir, et partit, en effet,
le 22 Avril, de Rambouillet, avec sa mère (sans
escorte): comme j'étais en outre décidé à ne pas
permettre qu'on enlevât rien à l'Impératrice Marie-
Louise, et que seulement je voulais me rendre au-
devant d'elle, jusqu'à Rambouillet ou Versailles,
pour avoir l'air, au moins, de m'être encore trouvé
sur son passage, mon détachement me devenait
inutile ; et je me mis volontairement dans l'impos
sibilité de pouvoir l'arrêter, en l'éioignant. Je
pensai aussi me ménager un prétexte, et les moyens
de pouvoir m'excuser de n'avoir point laissé assassi-
38
ner son fils, faute de monde; pour cela, je résolus
d'aller tout seul encore au-devant d'elle avec M.
Dasiès: voulant éloigner mon détachement et m'en
débarrasser, je lui donnai ordre de se rendre à
Toury, sur la route d'Orléans, à environ quinze
lieues de l'endroit où j'étais, route toute opposée à
celle que l'Impératrice Marie-Louise devait prendre,
et a prise en effet.
C'est ainsi que moi-même je me mis volon-
tairement dans la situation de ne pouvoir rien faire
contre cette princesse, et qu'il ne fut surtout rien
attenté contre son fils. En agissant ainsi, je
pensais en outre, je le répete, me ménager une
excusé vis-à-vis de mes mandants, et me mettre à
même de leur dire que je n'avais pu exécuter, faute
de troupes, ayant eu le malheur de me tromper de
route, etc.: par-là, j'espérais pouvoir me couvrir
vis-à-vis d'eux, et de n'avoir pas fait perdre la vie à
un malheureux enfant, et de n'avoir pas dépouillé
sa mère de toutes ses richesses; je pensais, d'ail-
leurs, que les caises westphaliennes auraient suffi, ou
du moins, auraient appaisé l'avidité des amatenrs.
Après avoir fait ces dispositions, le 21 Avril, je
pris; seul avec. M. Dasies, que j'avais dans ma
caleche, la route au Rambouillet.
J'arrivai à Versaieres à midi, le Vendredi 22
Avril : là, je fis, en apparence, beaucoup de tapage
pour avoir des chevaux à la poste, afin de pouvoir
aller jusqu'à Rambouillet. Tous les services étaient
commandés pour l'Impératrice, on me dit qu'on
39
ne pouvait pas m'en donner, ce qui me fit rire in-
térieurement, car au moyen de mes pouvoirs (que
je me gardai bien de faire connaître, pour ne rien
ébruiter), je pouvais, par la haute police aidée de
la force publique, non-seulement suspendre le maî-
tre de poste ou le faire arrêter, mais faire enle-
ver ses chevaux, mettre en réquisition tous ceux
de Versailles et des environs, etc., etc. Au con-
traire, je me laissai refuser, et me contentai de
constater le refus, refus qui me convenait parfaite-
ment, en ce qu'il entrait dans mes projets d'excuse
vis-à-vis de mes mandants: c'est ainsi que je laissai
refuser comme un simple particulier, celui qui,
mandataire, à la fois, de trois gouvernements,
pouvait commander à tout le monde, et n'être re-
fusé par personne.
L'Impératrice et son fils passèrent le 22 Avril,
à onze heures du soir. On m'avait cependant, à
huit heures, amené des chevaux ; je me plaçai sur
leur route, voulant les voir, et fis arrêter ma caleche
au moment où, quittant l'avenue de Versailles, ils
entrèrent dans les bois de Sevres et de Meudon, par
la route qui conduit à la Croix de Berny. Cette
princesse était loin (et j'avoue que j'en ressens au-
jourd'hui comme alors, une secrete vanité), était
loin, dis-je, de savoir toute l'obligation qu'elle
m'avait ainsi que son fils : il eût été difficile pour
elle de penser que l'homme qui était dans une ca-
leche en avant d'elle, et auquel elle ne fit probable-
ment pas attention , était maître de la vie de cet en-
40
fant, et eût pu, s'il en eût eu la détestable pensée,
la lui ôter aussi facilement qu'il peut briser la plume
avec laquelle il le rappelle à tous ceux assez lâ-
ches pour lui reprocher de ne l'avoir pas fait, et
à tous ceux assez ignorants ou assez stupides pour
prétendre qu'il n'a pas eu la possibilité de le faire ;
qu'en outre ce même homme eût pu, s'il eût
également voulu, mettre cette princesse elle-même
à pied, sur la grande route, et la dépouiller de
toutes ses richesses,.. et cela sans le plus petit dan-
ger pour lui, et sans le moindre obstacle: Qui m'a
empêché de le faire? Les lâches et les calomnia-
teurs diront-ils aussi que ce fût faute de courage? Les
misérables ! Faut-il du courage pour arracher des
bras de sa mere un enfant de trois ans; en faut-il
aussi pour mettre à pied des valets et des femmes
de chambre contenus dans des fourgons? On a
pourtant osé le dire ; et les Bourbons n'ont cessé
et ne cessent encore de répéter que j'ai manqué de
hardiesse. Quelle infamie ! Les plus atroces regrets
peuvent seuls produire ces calomnies de toutes
especes, avec lesquelles ils ne cessent de m'accabler
depuis cinq ans, en s'efforçant de me livrer au mé-
pris et à la haine de l'Europe entière, tandis que
ce sont les vils ordonnateurs de crimes, et non moi,
qui sus, du moins, en empêcher l'exécution, qui
méritent à bon droit cette haine qu'ils s'efforcent
chaque jour d'assumer sur la tête de leur malheu-
reux mandataire.
Telle a été enfin ma conduite en Avril 1814.
41
Que tous ceux qui me blâment, que tous ceux qui
jugent facilement les actions des hommes, sans se
reporter aux époques plus pu moins difficiles où
filles ont eu lieu, et que ceux qui les condamnent si
légèrement, sans en examiner toutes les circonstan-
ces et toutes les difficultés, que ceux-là veuillent se
mettre à ma place, et qu'ils me disent ce qu'ils au-
raient fait dans la diabolique situation où le sort
m'avait placé, situation à laquelle aucune autre ne
fut et ne sera peut-être jamais comparable,
J'ai été blamé par tous! ma conduite, encore
toute inconnue, a provisoirement été livrée à la cen-
sure du monde entier... . Mais comment l'a-t-elle
été, et par qui l'a-t-elle été ? Voilà ce que l'on de-
vrait se demander, du moins, avant de juger,
de blâmer une conduite dont on ne connaît ni le
motif secret ni les motifs apparents. Certes! l'ex-
périence a prouvé qu'elle n'avait point satisfait
les désirs de mes mandants ; leur conduite prouve
assez toute l'horreur de leurs regrets : la rage avec
laquelle ils m'ont poursuivi en tous lieux, la scélé-
ratesse de leurs diverses machinations, la marche
froide, progressive et soutenue de leur calom-
nie, et de cet atroce systême de diffamation adopté
vis-à-vis de moi, toput prouve assez qu'ils ne sau-
raient me pardonner d'avoir conservé le sang
du chef de la quatrieme dynastie, ainsi que |e
sang deLorraine, dans la personne de son fils ;
qu'enfin, ils ne me pardonnent pas et ne me
pardonneront jamais d'avoir fait échouer leurs
42
conceptions abominables; et manquer leurs téné-
breux complots.
N'importe : si la nation française, si les Puis-
sances continentales du premier, du second, du
troisième et du quatrieme ordres (dont les troupes
ont été mises à leur insu à ma disposition, puis-
qu'elles faisaient partie des troupes alliées) ; si l'An-
gleterre et l'Autriche, qui n'ont point pris part à
cette mission, me savent gré de ma conduite dans
ces circonstances, telles qu'aucun mortel n'en con-
nut d'aussi difficiles ; si ces grandes Puissances,
dis-je, approuvent, la détermination que je pris
alors, détermination qui me fut dictée par ma cons-
cience, par le sentiment de l'honneur national,
par celui du nom français, par celui de l'honneur
de ma famille, par la conservation du mien pro-
pre, et par tous les exemples, enfin, et motifs pré-
cités, leur témoignage me consolera de mes étran-
ges revers, de mes incroyables souffrances: leur
suffrage me donnera la force de fouler aux pieds la
haine des Bourbons et celle de leurs complices, le
courage de mépriser encore la toute puissante co-
lere de leurs associés, la constance de braver de
nouveau toutes les embûches de leurs espions et de
leurs stipendiés, et de les dédaigner autant que je
dédaigne et méprise les plates et absurdes calomnies
de mes infâmes et ineptes détracteurs.
Je n'entreprendrai point de décrire aux Souve-
rains de l'Europe et au Congrès, tout ce qu'a fait
d'atroce contre son mandataire, une des trois Puis-
43
sances signataires des ordres. Mais que dis-je ?
Une des Puissances ?... Jamais la France n'a fait
ni voulu tant d'horreurs ! Je dois, en outre, me
préserver d'une erreur, hélas! trop commune, me
garder sagement de confondre ensemble la France et
les Bourbons ? la France et le Gouvernement royal,
gouvernement qui, de fait, fut pour elle la plus
déplorable de toutes ses impositions de guerre.
Sachons faire la différence extrême qui existe
entr'eux: gardons-nous de confondre ma patrie avec
ceux qu'elle a proscrits, et qui, dans tous lès temps
exciterent son juste mépris ! Il s'agit des Bourbons,
de leur gouvernement, non de la France! Je le dis
une fois pour toutes;
Non, je ne saurais entreprendre aujourd'hui
de décrire tout ce que les Bourbons ainsi que
le Gouvernement bourbonique et leurs satellites,
ont osé entreprendre pour s'excuser; eux et leurs
complices ; pour donner le change à l'Europe, et la
tromper; enfin, pour consommer la ruine et le
sacrifice de ma triste existence ! qui n'est plus en
réalité qu'une plaie morale.
Les PRÉTEXTES les plus odieux, tour-à-tour
adoptés et accrédités par les moyens les plus in-
fâmes ont été mis en avant, pour arriver à perdre
celui dont la présence seule est pour eux une source
éternelle de remords, de honte, de confusion, d'ap-
préhensions. Leur scélératesse aveuglée les à con-
duits à des excès voisins de la stupidité à tel point
que la France entiers a pu reconnaître jusqu'à l'é-
44
vidence, l'atrocité de quelques-unes de leurs allé-
gations. Ils n'ont recueilli que honte, mépris, pour
la plupart de leurs odieux stratagêmes, parce qu'ils
avaient même oublié d'y coudre tout ce qui pouvait
leur donner, du moins, quelque vraisemblance.
Deux cent mille espions chargés d'empoisonner
l'opinion publique, trente folliculaires chargés de
coucher chaque matin, par écrit, pour l'usage des
quatre-vingt-dix départements accordés aux Bour-
bons, et que, par grâce spéciale, on leur a laissés
à pressurer, n'ont pu faire prendre le changé à tous
les Français ; la plus grande partie d'entr'eux con-
naît maintenant le fond de cette étrange affaire. Ni
la police française, aujourd'hui si puissante qu'elle
dispose depuis Fouché, et de la nation et de ses sou-
verains, ni ces faméliques pamphlétaires, ni ces
folliculaires dont elle se sert, et qui tous ont atteint
le plus haut période de la corruption humaine et le
dernier degré de la dégradation littéraire, n'ont pu
entièrement étouffer la vérité, et masquer cette hor-
reur politique, au gré des Bourbons, si jaloux, si
soigneux de la taire depuis cinq ans, à toute l'Eu-
rope. La France ne les croit plus, ni eux ni leurs
salariés. Mais qu'on ne perde donc pas de vue que
sous un tel gouvernement, il faut que j'aie eu cent
fois raison, pour avoir pu lui résister pendant cinq
ans? Qui pourrait se faire une juste idée des dan-
gers que l'on court au milieu d'une telle organisa-
tion de choses, et entre les mains d'une police telle
que la police française, police entièrement subver
46
sive de tous les principes, de toute espèce d'ordre, de
morale, d'équité et de justice, qui se joue des ser-
ments, de la probité, comme de la justice ? Quelles
vérités sauraient être connues, dévoilées; quels
droits respectés ? Quelle justice rencontrer, lors-
qu'une police semblable commande seule et dirige
Ceux qui l'administrent? Pourtant, cette toute puis-
sante police n'a pu empêcher que la vérité ne fût
connue des Français, qu'elle ne perçât les ténebres
dont à grands frais, les hauts malfaiteurs qui figu-
rent dans cette affaire, ont cherché à l'envelopper :
ainsi, leurs diatribes et leurs articles contre moi
étaient sans force dans l'opinion publique.
La justice de France, quoique ravalée et abais-
sée; la justice sous cet affreux régime, toute avilie
et décomposée qu'elle est de fait, a cependant, dans
cette affaire encore, défendu son honneur et les restes
de son indépendance, avec un courage fait pour
l'honorer, surtout, à cette époque : le nombre d'as-
sauts qu'il a fallu livrer à toutes les branches de la
justice, sans en pouvoir rencontrer une qui voulût
juger, est incalculable, passe tout ce qu'on peut
s'imaginer dans ce genre, et prouve jusqu'à l'évi-
dence, combien une haute scélératesse judiciaire et
gouvernementale est difficile à consommer, lorsqu'on
s'obstine à vouloir la revêtir des formes apparentes
de la justice et de celles constitutionnelles. Ro-
bespierre était plus habile et plus humain, en ce
qu'il abrégeait, du moins, les longueurs de formes.
Trente-trois ordonnances ou arrêts ont été rendus

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