Adresse au Don Quichotte du nord ([Reprod.]) / [par Marie-Olympe de Gouges]

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[s.n.] (Paris). 1792. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1792
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A a
A D RE S S Ë
A U DON QUICHOTTE
U N 0 Il D.
Frédéric.
Pavois toujours penfé -que la philofôphie & l'ef.
prit étoient plus naturels dans ta maifon que le
vain pouvoir arbitraire des rois j'avois encore cru
d'apres ces rapports que l'héritier du Salomon du
Nord de l'homme lettré de l'ami des arts, n'auroit'
[ni embralfé le parti parricide d'ènfans ingrates qui
(
cherchent à déchirer le km de leur mère-patrie, ni
formé l'extravagant projet de fonmettre un peuple
formidabtc, qui, maître fouverainé: de fes lois, a
voulu régénérer fon gouvernement. Il ne veut phs
pour idoles que la tilcrtc 6' l'cgolité fat.s que m I
ait le droit.de s'y oppofer. Je t'avoue que je ne te
cr6\ois pas capable d'une tcniafivé atifii inouiç qu'im-
pofïible & li Dumor.rie?. n'&voit point attelle tes
prupontions, tes menaces, je liaiterois de fable tout
ce qu'on répand fur ton compte. 'le voilà donc
vaincu déloyal potentat trille pourfendeur des
géants, petit roitekt de la terre ufmpce Support
Fcpigramnie fi lu en as la force; écoute la raifon,
f; tu peux devenir fag?. Je ne fuis pas te général
Dumouriez, pour te traiter en grand roi ou, pour
mieux dire te perfiilier royalement. Dumouriez a
trop d'efprit pour te croire un héros magnanime d'à*
près ta folle entreprife, <k je lailîe ce général te donner
la chaire je vais Rapprendre- qui je fuis un atrnial.
extraordinaire, fi tu le veux, maispenfant fainemeii;
lin de ces ctres courbas depuis des ficelés
tous le joug tyrannique des préjuges mafculins; c'efî
te dire r.P.ez que je fuir, femme, mais douces femmes
qui nos gratxls hommes en vertus ̃dc-.eiv j
courage; &, fi tu avois reçu ces avantages, je teyià' 1
rois mon égal. Tu es roi, par conséquent
médiocre: cependant je veux-bien te palier comme
à un homme.. •
Dis-moi, fi le ciel t'avoit fait naître citoyen, de
euel cxil verrai"; tu les crimes des rois? Hrt-ce
fur rignorance des qui les a, depuis l?nt«îs
fiècles, enchaînés aux chars des tyrans, que tu fondes
ton pov\voir illufoiie ? La fotife a elifparu la faii.U
( s )
Al
philorophie lui a fucccdd. Tu nWu« qu'un vain
htt-cepar les misères incalculables des peuples, que.
pour aDouvir la dépravation des cours, tu a; quitté ton
empire a.cleilcin de v«iit relever un trône écrqulé
̃ Idus les ru.ncs des forfaits ? Si tu fais dans ton ame
quelque vertu étrangère chez les potentats, rends-toi
aux avis. dune femme qui na connut jamais la con-
trainte ui limportiire apprends aufli qu'elle eut le
courage de défendre fon roi au milieu des périls qui
le menaçoient tant qu'elle a dû le croiré fidèle à fes
fermens fondé; fur la garantie de fes plus chers inté..
rets_ Ne .tf3daiSne point les confeils d'une être jufte
ce lenlible, aflv»z bon obfervateur pour avoir des
long temps prophetife les grand! évdnemfftj. Ce que
je te d.rois pour toi-mC-ms ne ferait que répéter tout
ce que les échos rendent par-tout que fon peuple
nuirmure de cette guerre inconfidérée, de cette
dspenfe formidable cjui va l'écrafer d'impôts. Je crains
que cette Don Qmchottade ne t'apprenne trop tard
ton devoir pour t'en donner une preuve évidente
lis quelques-une? de mes productions que. je joins k
cette adreffe. Apprends .qu'un roi a déjà perdu fou
«pouvoir, quand fon peuple murmure.
Je consens que j'ai éU à mon toui le Don*
Quichotte du roi des François que mes johs on?
été menacés plufieurs fois, pour avoir pris fa dé-
fenfe avec toute l'énergie dont je fuis capable. Jo
ne l'accablerai pas parce qu'il eft malheureux: mais
il ma trompée moi & la moitié de la nation il
n'a fuivi que les confeils des perfides, des gens fans
aveu qu'il a gagés pourcreufer fon précipite. Pouf f»
femme, je ne t'en parle pas: une clémence miraculeufe
peut feule la fauver.. Quel en cfor^ton deflein ?
précipiter ton fupplîce fi tu t'aff rochois de la
capitale ? Sois convaincu que la fuite Jcule de l'étran-
ger peut la fauver voilà le^feii! traite que les Fran-
çais contracteront avec toi & les compagnons d'in-
fortune la république ne leur fera grâce
<$/e tu auras abandonne fcs Etals, & que tes alliés
auront fui le territoire français. Croi<-moi, Frédéiic,
donne, le premier, cet excn.ple de prudence, s'il
en t(l temps encore nllennis ta couronne chan-
celante apprends Ù Pécoîe de Louis XVI à deve-
nir un bon roi, l'ami de ton peuple plutôt que de
tes comtilans. Je te citerai ce vers de Voltaire, qui
t'offre un grand moyen de méditation & de morale
« Le premier qui fut roi, fut un foMafiie-ireux
Ce vers t'apprend que la fortune Se le hafard qui
ont fait les rois, ne font pas les droits imprefcriplibîes
de la mafle fouveraine des hommes; & lorfque cette
niaflè impofante a prononcé les rois doivent ol.éii à
leur tour. N'tfl-il pas abfurdc, conviens-en avec moi j
qu'un (eu! homme ravage les tréfors de la fociitc Se
la grève d'impots, pour ftiisfaire feulement les paf'
fons déréglées ? Et quels fruits cfpcres-tu de tes efrojtî
impuiflhns f Réfléchis un moment je t'en conjure;
défeends de ton ballon gonflé d'orgueil; defeends- en
avec prudence; la direction en eft perdue ce d lu no
veux pas m'en croire, crois- <fn la fidèle hifroire de
l'Univers a no te- toi lin moment fur \a chapitre des
révolutions. A quelle déplorable ineptie les rois font
ils donc condamnes? Ils apprennent Ihifloire mais
une hifroire parafite & menfongère, telle que peuvent
fabriquer des infliiuteurs corronipus toujours
(7 )
trop foigneux d'écarter leurs élèves du chemin elo-r
ricux que le vertueux Fénélon fut tracer aux enîans
des rpis ils les bercent d'une prétendue autorité
Suprême qui les plonge dans un profond fommeit:
ce n'eft qu'à leur réveil que les rois défabufés àp--
prennent a connoître les caufcs des révolutions.
Frédéric Ci tu es fage-, tu évacueras promptement
notre territoire & fi l'offre que te fait un général
non moins habile que valeureux, excite de nouveau
ton ambition pour terrafler ton ennemi-né, ta dé«
faite même deviendra une conquête aux yeux d#
ton, peuple mais ft comme ('incomparable Dort
Quichotte de la Manche, tu combats dés géants réel*
je crains pour toi qu'il ne te relie pas même un
moulin vent pour ta retraite. Tes pareils t*avoient
promis un quine à cette loterie royale: il ne te fortira
pas un extrait. 1
Tu croiras peut être que la terreur mo. dicle tffc
langage ? tu me ferais injure. Les aflafTins, ïes'agitâ-'
teurs qui portent l'effroi dans les âmes timorées,
ne me croient pas capable de cettei foiblefte. J'ai
défendu Louis XVI tant que je l'ai cru vertueux
mais j'abhorre les citoyens qui, fous d'autres rapports,
voudroient l'imiter & hériter de fa cfépouilie.
Un tyran couronne un citoyj^i»-tyran font, à me,
yeux, les fléaux de la fociété leurs crimes font égaux,
quelle que foit la diverfité de leur ambition. Frédéric
tu vas apprendre à me mieux connoître. ')ïi fais que
le glaivé eft encore levé fur lâ tête de l'innocent,
Ç">mme fur cette du coupable ch bien tu vas me
voir pourfuivra ces mêmes aflafllns K comme i'ai

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