Adresse aux Chambres. La Police sous MM. les ducs de Cazes, Cte Anglès et Bon Mounier. [Signé : M. Robert.]

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l'auteur (Paris). 1821. [Format ?].
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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PROSPECTUS.
ADRESSE AUX CHAMBRES.
LA POLICE,
SOUS
MM. LES DUC DE CAZES ,
COMTE ANGLES ET BARON MOUNIER.
L'Opinion est tout : on serait sans excuse,
Si l'on récompensait les hommes qu'elle accuse;
Sans l'estime d'autrui , l'on ne fait aucun' bien,
Il faut qu'un magistrat soit un bon citoyen»
(Les DEUX GENDRES. — Comédie ).
1er VOLUME
DEUXIEME EDITION.
A PARIS,
CHEZ L'AUTEUR, RUE SAINTE-ANNE, N° 13;
Chez MM,
LENORMANT , impr.-libr. , rue de Seine ;
PICHARD , libraire, quai Conti, N° 5.
AU PALAIS ROYAL,
PETIT , DENTU , PELICIER et PONTHIEU, libr.
A HAMBOURG.
A la Librairie de Berthès.
Mars 1821.
NOTES DE L'ÉDITEUR.
Cet ouvrage a été déposé au secrétariat de M. te
président de la Chambre des Députés, et remis à la
Commission des Pétitions qui en a confié le rapport à
M. Basire, député du Calvados.
La première édition, tirée à mille exemplaires ,
quoique non annoncée par les Journaux, a été épuisée
en 5 jours.
La seconde édition paraîtra le 28 de ce mois, elle ne
contiendra, ni plus, ni moins que ce. qui est dans la
première et dans son supplément; elle est annoncée
comme 1er. vol.
La second et dernier volume contiendra l'Extrait dit
rapport de M. le marquis Pastoret, membre de la com-
mission de la Cour des Pairs, sur la conspiration mili-
taire du 19 août t lu dans l'une des audiences de cette
Cour, ensemble du réquisitoire et des conclusions de
M. le conseiller d'état , Jacquinot-Pampelune, faisant
les fonctions du Procureur-général, également lu dans
l'une des audiences suivantes.
Nous avons pris toutes nos prétautions pour publier ce
deuxième volume, le soir même que ces rapport et ré-
quisitoire pourront être connus du public.
Comme il y a lieu de croire que cette affaire impor-
tante donnera une nouvelle preuve authentique , que la
Police dormait, ou avait les yeux et les oreilles fermés,
pendant que lès conjurés se communiquaient leurs com-
plots , recrutaient leurs forces et se disposaient à faire
une attaque à main armée sur le château , nous préfé-
rons donner à nos Lecteurs l'analyse des faits tels qu'ils
ont été présentés par les magistrats , plutôt que d'en faire
un tabteau parlant, sous la garantie des notes qui nous ont
été remises par des personnes toujours bien informées.
Il paraît que la Cour des Pairs n'ouvrira sa première
séance publique, que dans les premiers, jours du mois
d'avril,
— L'ÉDITEUR de cet ouvrage n'a pu obtenir, de
MM. les Censeurs, que les journaux quotidiens en lissent
l'annonce , quoique son titre eut été publié , par la voie
du journal de la librairie en février dernier.
MM. les Censeurs n'étant que les agens de quelques
ministres, il est bien juste que les salariés se refusent a
ce que les bonnes actions de leurs payeurs soient sou-
mises au tribunal de l'opinion publique.
Les Chambres , en prorogeant la loi sur la censure ,
décideront, sans doute, que les journaux de tous les
jours pourront annoncer les ouvrages qui ne sont pas
déférés à la justice, sans en demander l'autorisation à
la censure , qui aurait peut-être besoin d'être censurée
elle-même.
Nous n'avons donc que le parti d'adresser ce Prospec-
tus aux amis de la vérité, pour faire connaître cet ou-
vrage , dont M. le député Donnadieu a parlé dans la.
séance du 19 mars, comme contenant une accusation
directe contre la Police actuelle.
Premier volume, prix, 4 f. 50 cent.
Second volume, même prix.
M. ROBERT.
TABLE DES CHAPITRES.
CHAPITRE PREMIER — De la Police. 5
CHAP. II.—Organisation de la conjuration perma-
nente contre la famille des Bourbons , sous M. DE
CAZES, ex-ministre de la Police générale, et M.
Angles, encore Préfet de police. . . . 60
CHAP. III.— M. Angles et MM. les généraux Canuel
et Doncadieu. 80
CHAP. IV. — De la disette factice en 1816 et 1817. 85
CHAP. V.— M; Anglès et le bureau des moeurs. 96
CHAP. VI. —De la dilapidation des fonds publics. 104
CHAP. VII.— Des destitutions. 128
CHAP. VIII —De la Geole de la police, 157
CHAP, IX — Des arrestations. 161
CHAP. X.-Le carrefour de Montesquieu. 166
CHAP. XI.—M. Anglès et les Piqueurs, 170
CHAP. XII. — M. Anglès et Mgr. le duc de Berri
sur, le lit de mort. 173
Pages.
CHAP.XIII.- Gravier et les Pétards. 185
CHAP. XIV. — M. Anglès et la gendarmerie royale
de Paris. 190
RÉSUMÉ. 196
CHAP. XV. —M. de Cazes , et son journal des Maires,
son ambassade en Angleterre et son retour en
France. 217
CHAP. XVI.— M. Foudras et la Conspiration des
Patriotes de 1816. 232
CHAP. XVII. — M, le baron Mounier, et son Bu-
reau d'inspection générale. 238
CHAP. XVIII. — Voyage de M. Foudras aux eaux
de Barrège. 253
CHAP. XIX. — M. le comte Anglès et cet Ouvrage.264
ANNONCE.
On trouve du même auteur et aux mêmes adresses.
SAVOIR:
La vie politique des députés à là convention nationale.
Prix; 5 fr.
Les prisonniers d'Etat.— 4 fr.
Le projet d'acte d'accusation contre M. de Gazes.— 3 f.
La conjuration permanente contre les Bourbons, de-
puis l'abbé Grégoire jusqu'à Louvel.—,2 fr.
L'homme des Gibeaux. — 1 fr. 50 c.
Les ministres, duc de Cazes, maréchal Gouvion-St,-
Cyr et marquis Desolle, ou les conspirations civile
et militaires.- 2 fr.
Le scandale du jour.—1 fr; 25 c.
La Collection- 15 fr.
DE L'IMPRIMERIE DE BRASSEUR AINE,
rue Dauphin, N, 36,
ADRESSE AUX CHAMBRES.
LA POLICE,
SOUS
MM. LES DUC DE CAZES,
COMTE ANGLES ET BARON MOUNIER.
L'Opinion est tout : on serait sans excuse ,
Si l'on récompensait les hommes qu'elle accuse;
Sans l'estime d'autrui , l'on ne fait aucun bien,
Il faut qu'un magistrat soit un bon citoyen.
( Les DEUX GENDRES Comédie ).
1er VOLUME
DEUXIEME EDITION.
A PARIS,
CHEZ L'AUTEUR, RUE SAINTE-ANNE, N° 13 ;
Chez MM.
LENORMANT , impr.-libr. , rue de Seine ;
PICHARD , libraire, quai Conti, N° 5.
AU PALAIS ROYAL,
PETIT , DENTU , PÉLICIER et PONTHIEU , libr.
A HAMBOURG.
A la Librairie de Berthès.
Mars 1821
LA POLICE
SOUS
MM. LES DUC DE CAZES,
COMTE ANGLES, ET BARON MOUNIER.
CHAPITRE PREMIER.
De la Police.
LA police est utile, indispensable dans un
Etat. Elle doit prévenir les crimes, livrer leurs,
auteurs aux tribunaux. Tel est le but de son
institution.
La ville de Paris, nous dit Delamare, n'a
dû sa grandeur, sa magnificence et : n'est de-
venue là première ville du monde, que par
l'exacte police qui y a été exercée depuis son
établissement.
MM. de Sartines et Lenoir, treizième et qua-
torzième lieutenans-généraux de la police du
royaume, avaient fait fructifier des vérités utiles
qui germaient dans le silence, et qui mûris-
saient avec le temps et la raison, pour les progrès
des moeurs et pour la sûreté publique.
TOME 1. 1
( 6)
Leur vie, leurs actions sont une. excellente
école de morale pour leurs successeurs.
Placés entre la justice et le peuple, ils opé-
raient presque toujoursr, sans ces êtres obscurs
qui, de notre temps, environnent la police, sans
ces vils espions qu'elle soudoie, et qu'elle choisit
souvent dans la classe des malfaiteurs, et même
parmi les galériens à temps ou à perpétuité.
M. de Sartines réunissait toutes les qua-
lités nécessaires et toutes les vertus du magistrat
citoyen; il avait l'oreille du maître, la con-
fiance des tribunaux, l'estime de tous; et, quand
il arrivait pour appaiser un tumulte, le peuple
disait : voilà notre père ; on savait bien que
c'était de M. de Sartines qu'il pariait.
M. Lenoir avait connu les secrets de son pré-
décesseur, les ressources, les moyens, les pro-
cédés et les limites de le police qui avait alors
une marche régulière, des agens fidèles. :
Que l'on nous cite un crime, un larcin, dont
les auteurs aient échappé à la recherche de la
police et de la justice?
Ces lieutenans de police avaient les noms des
malveillans et des vagabonds de toute espèce^
leur classification, leur esprit, leurs signes et
leur langage.
Ils étaient conseillers-juges du Châtelet; ils te-
naient les audiences publiques de Police.
( 7)
Comme magistrats, et faisant partie d'une
compagnie honorable, ils jouissaient de cette
haute considération qui commande la confiance,
et la confiance avait sa source, dans leur probi-
té et dans leur désintéressement.
Ils n'avaient que quarante-deux employés dans
leurs bureaux, compris ceux des nourrices; qua-
rante-huit inspecteurs de police, ayant le titre
de Conseillers, étaient répartis dans quarante-huit
quartiers de Paris.
Les commissaires de police, enquêteurs exa-
minateurs, appositeurs de scellés, assermentés
au Châtelet, coopéraient à la tranquilité pu-
blique.
Soixante observateurs dans Paris, étaient aux
gages de la police.
A la vérité, le parquet des gens du Roi, et
la maréchaussée veillaient aussi à la sûreté gé-
nérale.
Quatre cent mille francs suffisaient pour les
dépenses ordinaires et extraordinaires de la po-
lice du royaume.
MM. les lieutenans-généraux de la police
avaient encore, dans Paris, à leur disposition
immédiate, une force armée ( dont ils ne choi-
sissaient ni les chefs, ni les officiers ) ; elle
consistait : 1°. dans la garde de Paris, soldée par
S. M., composée, d'une compagnie de cavalerie
( 8)
de 111 maîtres, et d'une compagnie d'infanterie
de 876 hommes, sous le commandement d'un ,
brigadier des armées du Roi. 2.° Dans la
compagnie du guet de Paris, formée de 71 ar-
chers à pied, aux ordres du même brigadier.
La nuit, on ne faisait point un pas dans les
rues de Paris, sans rencontrer une patrouille de
cette forte armée, qui semblait être considérable.
La révolution a été faite, a-t-on dit, pour cor-
riger les abus , elle en a produit de monstrueux.
La Bastille qui ne renfermait que sept indi-
vidus, arrêtés sur les instances de leur famille
en vertu de ces lettres de cachet contre lesquelles
les philosophes modernes ont tant déclamé, et
dont la connaissance pouvait être déférée, au
Parlement, a été détruite par les ordres secrets
des comités des recherches de l'assemblée consti-
tuante et de la commune de Paris.
Ces deux comités, double inquisition impro-
visée dans la capitale, au clairon de cette liberté
sortie de la boîte de Pandore, ont été composés,
en grande partie, de ces fougueux écrivains, dé-
tenus pendant quelques temps à la Bastille pour
des méfaits dont, ils s'étaient rendus coupables;
ce sont eux et leurs complices, constitués en ré-
bellion contre les institutions les plus sages, qui
ont transformé toutes les prisons de justice en
prisons d'Etat, et qui ont même mis en réquisi-
(9)
tïon jusqu'aux couveras-, pour enfermer des mil-
liers de personnes honorables.
Après, ces affreux comités de recherches, se
sont établis le Bureau, central de Paris, les co-
mités de sûreté générale et de salut publie de la
convention, les comités revolutionnaires de sec-
tions, de cantons, etc. Les directeurs et les mem-
bres de ces horribles repaires ont enlevé à la li-
berté tous les Français soupçonnés de fidélité au
Roi et à la légitimité. Il a fallu des journées ,
telles que celles de septembre, et des échafauds
en permanence sur les places publiques, pour
que ces innombrables inquisiteurs sans» culottes .
ne convertissent pas les maisons. privées, en mai-
sons de détention ou de dépôt.
Un ministère de la police succéda à ces co-
mités inquisitoriaux. Le 20 décembre 1795,
Merlin, le régicide, fut placé à la tête de la haute-
police. Ce député, fameux parla loi des suspects;,
fut, comme ministre, l'effroi de tous les gens de
bien. Nobles-, prêtres, banquiers, marchands, ou-
vriers qui vivent encore n'ont échappé à l'échafaud
ou au cachot, qu'en cherchant sûreté de vie dans
l'émigration.
L'auteur des grands Sabats Jacobites a donné
en 1792, dans un couplet ingénieux, chanté sur
l'air, la Comédie est un Miroir, l'état moral et
politique de la France. Le voici :
(10)
Vous avez, en bons citoyens,
Fait décréter avec prudence,
Qu'il faut mettre en vente les biens
De ceux qui désertent la France.
A ce décret, je n'entends rien,
Il semble fait par la folie ;
Si l'on émigré , on perd son bien,
Et si l'on reste, on perd la vie.
Le ministère de la police fut supprimé le
15 septembre 1802, et le grand juge confondit
toutes ses iniquités dans ses terribles attributions.
Buonaparte le rétablit, le 10 juillet 1804, au
bénéfice de M. Fouché, le plus froid et le plus
astucieux des régicides de ces temps-là.
M. Fouché trouva le secret de faille une bonne
police révolutionnaire, avec 20 millions qu'il dé-
pensa chaque année et avec le secours de 10 mille
espions dans Paris, 5,000 dans les départemens
et 500 dans l'étranger.
Outre le grand nombre d'espions à gages, il
gratifiait les femmes, dont le divorce facilitait le
concubinage, pour dénoncer leurs maris; les fils
prodigues, pour dénoncer leurs pères; les do-
mestiques et les portiers démoralisés, pour dé-
noncer leurs maîtres.
La délation était devenue une profession ; elle
n'était que l'une des conséquences de ce décret,
rendu par la SAINE majorité de la convention
(11)
qui accordait une prime à toute fille donnant un
défenseur à la patrie.
M. Fouché, plus riche que Verrès, regor-
geant le sang des honnêtes Français qu'il avait
entassés dans les prisons d'Etat, pour les faire
fusiller dans les plaines de Grenelle, fut remplacé
par M. le duc dé Rovigo.
Ce militaire, ministre de la police, employa
les mêmes individus que M. Fouché, et le prit
pour sou modèle.
Il attacha trois conseillers d'état et un maî-
tre des requêtes à ce ministère. Il s'en réserva
la direction. MM. Real, [Dubois et Pelet-la-
Lozère, se chargèrent d'exploiter les arrondisse-
mens qui leur furent indiqués.
M. Anglès maître des réquêtes, eut la corres-
pondance du 3e arrondissement de police, au-
delà des Alpes ( en 1811).
La chûte du plus ambitieux, comme du plus
heureux des soldats, devait entraîner celle de
ses principaux agens; mais cet esprit d'intrigue
et de perfidie qui survit aux événemens, même
les plus extraordinaires de la vie, pour le malheur
des gouvernemens, revêtit de l'habit royal plu-
sieurs des ministres qui avaient pris les couleurs
de la révolution depuis 1789 jusqu'en 1814.
Un gouvernement provisoire s'établit, et
nomma M. Anglès ministre de la police,
Quels droits avait donc M. Anglès à la con-
fiance du gouvernement royal?
Il est fils d'un père respectable, premier pré-
sident d'une cour royale, et toujours doyen
d'âge de la chambre des' députés.
A 19 ans, M. Angles, fils, n'ayant reçu que
les premiers élémens d'une éducation ordinaire,
se mit haut-le-pied dans les charrois militaires,
ensuite, il se fit recevoir novice-timonier à bord
le Duquesne, en rade de Brest; puis, il entra,
en qualité de commis, dans les bureaux de
M. Morard de Galles, préfet maritime. Jouissant
d'une faible pension que lui donnait son père, il
épousa la demoiselle de Galles, sans dot. — Il
alla à Rome, où il avait un frère inspecteur de la
librairie; il avait reçu la mission servile d'obser-
ver le Pape, qui, en reconnaissance de son grand
zèle pour le service de Buonaparte, son maître
lança contre lui une excommunication dont il
n'est pas encore relevé. — Comme maître des
requêtes, il commença sa carrière politique,
dans la policé, à l'école de M. de Rovigo.
L'Italie, réunie à la France, tomba sous sa
dépendance immédiate. Il entretenait une cor-
respondance active avec les délégués de la po-
lice! Nous avons compté sur ses registres (car
nous les avons vus), jusqu'à 11,525 lettres par
lui envoyées, dans l'espace de trois ans, à
(15)
MM. Dedouhet-d'Auzers, à Turin, Beaumont
de Brivazac, à Gênes, Lagarde, à Florence,
Norvins-Montbreton, à Rome, Malleval, à Civi-
tavecchia, etc.
Les prêtres romains gémissaient sur les ou-
trages faits à S. S.; leurs gémissemens furent
classés par M. Anglès, dans les catégories des-
crimes de lèze-impérialisme. Aussi, ordonna-t-il
l'arrestation de ces honorables ecclésiastiques
attachés à Dieu et à son vicaire général sur la terre.
Près de 300 furent amenés et emprisonnés à
Alexandrie.
Le succès des armées alliées pouvait les faire
sortir de leurs cachots; mais dans la crainte que
le dieu vengeur ne rendît à la liberté ces mar-
tyrs de la foi, M. Anglès ordonna qu'ils seraient
traînés d'Alexandrie à Gênes, pour y être em-
barqués et déportés en Corse.
Quelques personnes humaines trompèrent la
surveillance des agens de M. Anglès ; les prêtres
prisonniers s'échappèrent par la route d'Italie
et gagnèrent les communes d'où ils avaient été
enlevés.
Nous ne donnerons pas ici copie de cette cor-
respondance qui est inscrite tout au, long sur
un registre. Le style est digne du sujet.
C'est dans ce même temps, c'est-à-dire dans
ces mois" où la prochaine défection de Buona-
(14)
parte n'était plus douteuse, que M. Anglès,
non-seulement écrivait de déporter les prêtres
romains en Corse, mais même ordonnait d'ar-
rêter et d'emprisonner les royalistes d'Italie,
qui, comme ceux de France, faisaient des voeux
pour la chûte, entière de l'usurpateur.
Pour démontrer aux incrédules que nous
n'articulons jamais de faits importans sans en
avoir des preuves à notre disposition, nous
transcrirons ici la lettre adressée à M. Lagarde,
directeur-général de la police du grand-duché de
Toscane.
«Paris, 26 février 1814.—3e Arrond., N°. 15,383.
" Les variations de l'esprit public dans ce pays, et an
milieu des circonstances actuelles ne peuvent étonner,
et on comprend combien il est difficile d'en réprimer
les écarts.
» Il faut s'appliquer cependant à balancer, par une
influencé favorable, les discours des malveillans. Vous
aurez fait répandre avec soin dans la Ligurie, les grands
avantages remportés par S. M. l'empereur sur les ar-
mées alliées, à la suite des faits d'armes les plus brillans
dont l'histoire ait conservé le souvenir. Les ennemis
sont en pleine retraite , et les espérances les mieux fon-
dées d'une paix honorable prennent chaque jour plus de
consistance. C'est sur ces événemens qu'il faut appeler
l'attention des bons esprits, et des hommes dont l'opi-
nion fait autorité. C'est à eux qu'il appartient d'éclairer
ceux de leurs compatriotes, dont le mauvais esprit
(15)
chercherait à causer des désordres , et à encourager l'in-
soumission aux lois. Si leur influence et vos insinua-
tions ne suffisaient pas, il serait bon de faire arrêter
quelques-uns de ces malveillans et de les diriger sur.
Nice , d'où ils recevraient une destination ULTÉRIEURE.
Signé, ANGLES. »
M. Anglès savait que Buonaparte venait d'é-
prouver un échec à Brienne , que son armée
était en pleine retraite , et que le maréchal
SChwartzenberg le tenait dans une mauvaise po-
sition, tandis qu'une division de Prussiens et de
Russes marchait droit sur Paris, et il avait la
mauvaise foi d'envoyer à ses délégués ce bulletin
de mensonges honteux pour provoquer l'arres-
tation des royalistes, qu'il traitait de malveil-
lans; avec ordre de faire traîner dans les prisons
de France les honnêtes gens qui protégeaient les
forces royales contre les troupes impériales !
Mensonge, perfidie, vexation, voilà des délits
dont M. Anglès ne pourra jamais se justifier !
C'est le 26 février que M. Anglès , comme
ministre de Buonaparte, transmet des ordres pour
poursuivre et déporter les royalistes qui, à ses
yeux ne sont que des malveillans , et peu de
temps après M. Anglès , comme ministre du
gouvernement provisoire, prescrit à ces mêmes
agens de police de traiter en malveillans les
Buonapartistes et les ennemis du Roi. Il signe
(16)
même la mission mendiée par M. de Maubreuil,
près le gouvernement provisoire , tendante à
enlever de la voiture de la princesse de Wur-
temberg, épouse de Jérôme Bonaparte, la boîte
de ses diamans, que M. de Maubreuil disait être
ceux de la couronne. ( Voir chap. IX ),
Maître Jacques ne change pas d'habit avec plus
de prestesse , dans les coulisses , pour se mettre
en scène.—C'est donc un vrai masque de théâtre
que M. Anglès.
Le roi s'asseoit sur son trône, M. Angles est
remplacé par M. le comte Beugnot, et il n'est
plus occupé qu'à faire battre , par ses valets de
chambre, ses habits de travestissement.
Le 20 mars force le roi de se rendre à Gand.
—M. Anglès le rejoint et, offre à S. M. ses ser-
vices, en l'absence de M. Dandré qui se fixe à
Bruxelles. Là il fait une police de surveillance près
le palais du Prince, avec l'argent que lui remet-
tait le ministre de sa maison.... Et qu'elle police ?
S. M. revient en France. M. Anglès est mis à
l'expectative, et le voilà rampant dans les anti-
chambres des salons ou naguère il recevait les
grands de l'état avec la fierté d'un parvenu et la
brutalité d'un marin.
M. Fouché qui, pendant les cent jours, proté-
geait tous les partis, pour s'attacher à celui qui
triompherait, avait envoyé près S. M. , tant à
(17)
Gand qu'à Cambray, Senlis, etc., MM. Gaillard,
de Tromelin et Macérone , en même temps qu'il
avait fait partir de Paris d'autres émissaires
pour se rendre à Londres, près d'un grand per-
sonnage.
Réduit à servir le Roi légitime , il s'empressa
de faire sortir de France Buonaparte, qui avait ac-
quis les preuves de sa triplicité, et qui, à ses yeux,
comme au regard de tout le monde, né pouvait
pas se relever de sa seconde chute. Il fit donc si-
gner, par le duc Décrès, ministre de la marine ,
des instructions pour l'embarquement de l'usur-
pateur, et qui font connaître tout à la fois son re-
gret de le voir partir, et des voeux pour son re-
tour.
M. Fouché demanda la récompense des servi-
ces obligés qu'il venait de rendre à la patrie. Il
fut nommé ministre de la police royale, et M. De-
cazes, son ami, son protégé, occupa la préfecture
de police.
Cette place subalterne ne satisfaisait, ni à l'am-
bition naissante , ni aux vues secrètes de M. De-
cazes; mais elle lui donnait accès près le sou-
verain.
Il fit une cour assidue à M. Fouché, et, tout
en lui demandant ses conseils dans la nouvelle
carrière qu'il parcourait, il parvint, par des
moyens, dont il est inutile de rendre compte
ici, à débusquer le protecteur, de son poste, à
le faire bannir de France et à s'emparer de sa
place.
M. Anglès, qui n'avait cessé de se rendre
officieux auprès de MM. Fouché et Deeazes,
entra, comme par hasard, dans la préfecture de
police.
Ces deux anciens commensaux de Buonaparte
devinrent donc, les ministres du Roi;
Il se forma entr'eux, une prompte liaison'.
Quelques nuages troublèrent, de temps à autres,
le ménage de famille ; rasais la solidarité de quel-
ques actions secrètes, et l'union intime de deux
de leurs parentes surent les dissiper.
On s'aperçut bientôt que M. Decazes avait
tout le fanatisme de. ces parvenus insolent qui
veulent effacer les noms historiques, pour mettre
leur famille, en première ligne, sur la carte de
cette nouvelle France, dont les doctrinaires se
sont fait les historiographes.
Depuis qu'il avait usurpé la confiance du Mo-
narque , il n'a jamais perdu de vue son intérêt
personnel, et il a tout sacrifié à son ambition.
Il inventait, plus qu'il ne découvrait, de cons-
pirations, contre la légitimité.
Il ne cessait de travailler à ne faire considérer
la monarchie que comme un droit viager dans la
maison de Bourbon.
(19)
Il n'aimait qu'à s'entourer d'écoliers pour se
donner l'air d'un maître dans son ministère. Avec
les gens de mérite, il semblait dire : Laissez-moi
dans mon milieu, gardez-vous de me voir de près,
tant il craignait qu'on ne reconnût sa nullité ra-
dicale, son incapacité, ses contradictions. Il af-
fectait de croire, tout possible, et ne faisait rien
pour la restauration. Ses projets n'étaient que de
pure fantaisie ; ses promesses, des mensonges;
ses succès, des infamies; étalant des doctrines qu'il
ne pouvait justifier, ni par l'application, ni par
ses raisonnemens; soufflant des tempêtes autour
du trône, pour paraître occupé du moins à les
voir, sans être en état de les conjurer. Son mi-
nistère était une île flottante séparée du continent;
ses plans, une demeure bâtie en l'air; ses travaux,
des riens enluminés, qui n'avaient de réel et de
positif que l'avillissement, la trahison du souve-
rain , et le mépris des soutiens naturels de l'autel
et dm trône.
M. Villemain était son principal confident ;
c'était un morceau brillant d'écarlate, cousu à
sa robe ministérielle ; s'il écrivait l'histoire de
Cronrwel, dans un style lourd et pesant, il lui
préparait aussi des bribes latines et des phrases
inintelligibles;.
Le professeur Guisot, l'un de ses coadjuteurs,
lui donnait des leçons d'abstraction sur les deux
(20)
peuples, les Francs et les Gaulois, et lui prou-
vait que les émigrés et les non-émigrés formaient
deux nations en France. L'élève docile a rendu,
depuis par les soins de son cabinet secret, les
pensées du professeur plus claires, en imaginant
ef accréditant l'existence d'un gouvernement oc-
culte dans un gouvernement visible.
M. Mirbel, l'ancien directeur du jardin de
Malmaison, sous Napoléon, nommé secrétaire-
général de la police, déposait chaque jour, dans
un libelle appelé Journal des Maires , le fiel de
son maître contre les royalistes immobiles dont
il était impossible de comprimer le zèle, qui de-
venait plus ardent au fur et à mesure que la
révolution prenait de la consistance. (Voir cha-
pitre X.)
Le plus dangereux des acolytes de M. De-
cazes, était M. Rosan, qui se croit supérieur à
tous.
Ce M. Rosan a étudié au collége de Louis-le-
Grand, avec un sieur Lagarde, commissaire spé-
cial de police, à Florence, chef de division à la
police, préfet du département de la Sarthe, pen-
dant les cent jours, mis à la retraite avec une
bonne pension, et rendant encore quelques ser-
vices signalés à la chose publique.
M. Rosan se dit l'ame du ministère. Il à le
travail facile, une souplesse rare, une gaîté folle
comme celle d'un enfant gâté de la révolution. Il
en a conservé la couleur et le jargon. Soumis,
par sa position, à l'influence de la perfidie,
comme s'il n'avait ni le temps, ni le goût de la
réflexion , il a vécu étourdîment dans les habi-
tudes révolutionnaires favorables à son existence;
il s'en est fait une seconde nature : il ne supporte
plus que des relations analogues, en disant toute-
fois qu'il méprise les hommes. Il est en place pour
n'en voir que de misérables. Voudrait-il nier les
effets de la contagion? Nous ne le croyons pas;
ses rapports nous semblent conformes à la vio-
lence de ses idées, à son dévergondage. Il voit
souvent, par exemple un certain Liégeois, qui fut
commissaire conventionnel, et qui se vante en-
core aujourd'hui, chez M. Rosan, de ses faits et
gestes, en racontant comme quoi il insultait, il
incarcérait les fanatiques et les royalistes, au
temps de la terreur.
Ce M. Rosan, ami de M. Foudras, inspecteur-
général, qui fait les fonctions de sous-secrétaire
d'état, près le ministère et la préfecture de police,
a une dextérité rare dans l'art de brûler les pa-
piers insignifians des ministres qui changent de
place.
Il fallait le voir en travail avec MM. Foudras,
Beaumont de Brivazac, Anjubault, etc., dans la
soirée du 19 mars, pour livrer aux flammes les
2
(22)
pièces secrètes de la police, qui pouvaient com-
promettre, eux et leurs amis, aux yeux de l'usur-
pateur.
M. Rosan expliqua toute sa pensée dans un
certain déjeûner qu'il fit avec M. Foudras, la
veille de l'insurrection des jeunes gens contre la
Chambre et le Gouvernement, en juin dernier.
Le 6 de ce même mois, au matin, on vit
M. Rosan lire et savourer la Carmagnole du dé-
puté Leseigneur, sur sa frayeur, à l'endroit où
il est question des deux hommes à voix de
Stentor. Le lecteur trépignait de joie, d'une joie
folle ; sautant et riant aux éclats , il feignait de
pleurer sur la nation que les ultra, a-t-il dû dire
humiliaient cruellement, et qu'ils voulaient en-
chaîner ; cette nation, victorieuse de l'Europe ,
ajoutait-il, est aujourd'hui vaincue par un parti
toujours vaincu. Il déraisonnait ainsi, quand
Cain entra chez lui. Il reprit sa lecture, et, for-
çant sa voix, il exalta la noble et sublime cons-
cience du député Camille Jordan , tonna contre
les barbares gendarmes, une auguste princesse
et le président de la Chambre. Les libéraux sont
ses idoles. De tout temps M. Rosan a déclamé,
en furibond, mais en paroles saccadées, contre ce
qu'il nomme les ultrà, mot de fabrique que l'on
dit être de l'invention de son ami Lagarde.
Bref, il était, et il est encore le factotum
(23)
du ministère de la police, ce premier commis
qui n'a été triste que le jour où M. Decazes
est sorti de France !
Il avait sous ses ordres M. Trigant-Delatour,
parent de M. Decazes,
Ce M. Trigant a été quelque temps aux États-
Unis de l'Amérique. Ayant perdu son petit em-
ploi dans les droits réunis établis en Espagne,
par l'armée française, il a été placé par M. De-
cazes, d'abord comme son secrétaire, et ensuite
comme chef de division dans son ministère.
Depuis , il a été créé baron. Tout son mé-
rite consiste dans sa parenté avec M. Decazes;
il n'a pas la moindre instruction, mais en revan-
che , il a ce ton de suffisance qu'il a pris du
cousin.
Nous aurons occasion de parler souvent de ce
M. Trigant ; nous ne pouvons cependant pas
nous dispenser de dire ici, que, le 2 novembre
1820, il a été chargé par le ministre, M. Siméon,
de partir en poste, pour porter une dépêche de
confiance à M. Deeazes, et qu'il est revenu avec
de grandes espérances qui ne se réaliseront pas.
Nous ne citons ce fait que pour prouver qu'il est
toujours en faveur dans l'hôtel du ministère. Cette
faveur ridicule n'existerait pas si, pour le mal-
heur de la France, il ne fût pas sorti des anti-
chambres de l'usurpateur Buonaparte, un M. De-
(24)
cazes, qui s'est dit le favori d'un monarque légi-
time.
Il a dû faire bien des économies, ce jeune in-
trigant, car il est encore plus riche que M. Rosan,
La haute police a pour chefs de division, ou-
tre ces deux citoyens, M. Pages qui tient la
correspondance du midi. Il a fait, en 1817, une
tournée civique, dans quelques départemens ,
pour influencer les élections. On a déjà publié
que sa mission avait manqué de lui occasioner
quelques petits désagrémens.
Il a l'oreille extrêmement dure, et quand on
parle secrètement, il faut hausser la voix, de
manière que ses employés entendent tout ce
qu'on dit.
Il s'est fait un fond de réserve contre les ca-
prices de la fortune.
M. Lebas est à la tête de la division du nord.
Frère de ce Lebas , conventionnel qui a envoyé,
pendant son proconsulat, tant de prêtres, nobles
et ouvriers à Fouquier-Tainville, il a été com-
missaire spécial de police à Lorient, et il a tou-
jours occupé des places sous les ministres de la
police qui se sont succédés. Il y a un autre M.
Lebas qui correspond avec le centre de la
France, Il est difficile de l'aborder. La personne
qui le voit avec assiduité est l'ex-colonel Barbier-
Dufay.
( 25)
Tous ces principaux chefs de la police tiennent
au ministère, comme le chat à la maison. Ils sont
décorés, depuis la rentrée du Roi, de la croix de
la Légion-d'Honneur que leur ont valu les ser-
vices qu'ils ont rendus successivement à la répu-
blique, au consulat, à l'empire.
On dit qu'ils n'aiment la royauté que par béné-
fice d'inventaire.
Quant aux employés-sous M. Anglès, ce n'est
pas le moment d'en parler.
Enfans gâtés, de la révolution, il ne sont pas
moins riches que les occupans le haut ministère.
(Voir chapitre VI.)
Relativement aux principaux officieux, qui
sont attachés à la haute police, nous garderons le
silence sur quelques-un d'entr'eux. Nous citerons
seulement les noms des plus interressans.
MM. Decazes et Anglès ont fourni à l'historien
de grands matériaux pour noircir les pages his-
toriques.
Le gouvernement occulte sera placé en pre-
mière ligne, comme l'une de ces combinaisons
infernales, à la faveur desquelles l'esprit vulgaire
a été long-temps égaré, le désordre mis dans
les esprits, et. la défiance dans quelques fa-
milles.
L'histoire du faux Dauphin, Bruno , tiendra
sans doute une large place dans les tablettes du
(20)
temps. Puisque la rapide narration de quelques
principaux faits ignominieux nous met sur la
voie de ce faux Dauphin , nous citerons, en pas-
sant, l'extrait d'une des lettres d'un confident de
ces deux ministres, pour que nos lecteurs pren-
nent sur-le-champ une opinion de l'intrigue qui
les a portés à faire croire au peuplé que le Dau-
phin de France n'était pas mort (1).
« J'avais pensé, à écrit l'un de ces officieux
célèbres, à M. Decazes, qu'il fallait mettre un
terme à l'affaire du faux Dauphin, mais mieux
réfléchi, je crois qu'il faut y donner suite; c'est
le moyen de connaître les royalistes ultrà, et
de compromettre DES MEMBRES de la famille
royale... »
M. Decazes, dès son entrée au ministère, avait
pris sous sa protection M. Fondras, qui ayant
commencé la campagne de la police comme
(1) Personne n'ignore que l'infortuné Dauphin de
France a langui pendant plusieurs mois dans sa prison,
atteint de tumeurs scrofuleuses, l'une grosse comme un
oeuf de pigeon, à la jambe droite, et une, autre sous le
bras gauche; qu'il a succombé à cette maladie le 8 juin
1795, dans l'une des pièces de l'appartement occupé par
le concierge, et qu'il a été porté le même jour, dans une
bierre, à la lueur de trois flambeaux, au cimetière de
Sainte-Mangueritte, accompagné par le sieur Dussert,
commissaire de police.
(27)
soldat à deux francs par jour, sous M. le comte
Dubois, était parvenu jusqu'au grade d'officier
de paix.
Si M. Decazes avait son ambassadeur en An-
gleterre, dans la personne de M. le comte Beau-
mont de Brivazac, fils d'un lieutenant-colonel
de la reine (cavalerie), et petit-fils d'un président
au parlement de Bordeaux, employé à Barcélonne
et Gênes, sous MM. Rovigo, à Aix et Lyon, sous
MM. Beuguot et d'André, M. Foudras avait
aussi son envoyé à Londres dans un cocher de
place nommé Frédéric Lefrey.
M. Decazes tenait encore dans Londres, M.-
Elysée Decazes, son neveu, aujourd'hui baron,
et attaché à son ambassade , pour plusieurs mis-
sions secrètes, et même pour recevoir et porter
sa correspondance privée au Times.
Nous ne mettrons pas en scène ce Frédéric
Lefrey ni quelques autres personnages non moins
distingués, qui ont fait le voyage sentimental de
l'hôtel Malaquai à Londres, par les ordres de
MM. Decazes et Foudras, nous rectifierons seu-
lement des faits qui ont été mal rapportés jus-
qu'à ce jour.
M. Elysée Decazes transmettait directement
au Times la correspondance privée qui arrivait
quelquefois directement à son adresse, et sou-
(28)
vent par l'intermédiaire de M. Descalonne, com-
missaire spécial de police à Calais.
Quand M. Decazes a voulu acheter la con-
science des propriétaires du New-limes, il a en-
voyé à Londres M. Trigant-Delatour, dont nous
avons déjà parlé, qui s'est fait accompagner par
M. Descalonne.
Ces deux Supplians se sont présentés chez M.
Stottard, éditeur du New-Times, et ont reçu
cette noble réponse que l'incorruptible écrivain
a insérée dans l'un des numéros de sa feuille. Un
refus net les a mis hors son appartement.
Quant à M. de Brivazac, il recevait et remet-
tait au Courrier la correspondance privée qui
lui était destinée; car chaque journal avait son
paquet.
C'est ce même M. de Brivazac qui a été mis
en communication intime avec le rédacteur de
l'Anti-gallican Monitor.
Ce rédacteur, M. Goldsmith, qui, après avoir
quitté la France, avait établi dans Londres un
journal ayant pour titre l'Anti-gallican Moni-
tor , remarquable par ses philippiques contre
Buonaparte, vint à Paris en 1816, fut reçu par
M. Decazes, dans son cabinet, et retourna à Lon-
dres avec plus d'argent qu'il n'en avoit lors de
son arrivée.
A son retour, sa feuille changea de couleur ,
(29)
et elle n'a cessé, depuis, d'avoir la tache Ca-
zienne.
M. de Brivazac fut chargé encore, à ce qu'il
paraît, de prouver, par des argumens irrésis-
tibles , à M. de Châteauneuf, qui faisait dans la
Chronique de Paris des articles outrageans à la
personne de M. Decazes, qu'il devait embrasser
la cause de son patron; car, immédiatement
après la première entrevue de ces deux français,
l'imprimeur de M. Châteauneuf reçut 10 livres
sterlings qui lui étaient dues, et établit, dé con-
cert avec M. Beaumorit, une feuille. à qui ils
donnèrent le titre : La France et l' Angleterre,
M. Decazes, homme de néant, la veille, fut
annoncé le lendemain comme le créateur de tou-
tes choses, dans cet ouvrage qui n'a pas eu une
longue vie.
On connaissait bien les écrivains du cabinet
secret de M. Decazes , qui fabriquaient les cor-
respondances privées, tels que MM. Lingay, La-
garde, Mirbel, etc.; mais on ignorait peut-être
quels étaient tous les courriers, messagers
et pourvoyeurs de ces libelles diffamatoires con-
tre des membres de la famille royale , les hono-
rables députés de la Chambre et les hommes de
bien que M. Decazes abreuvait de calomnie dans
les feuilles étrangères , tandis que M. Rosan les
présentait dans les bulletins du matin , adressés
(30)
au Roi, comme des conspirateurs, comme ses
ennemis personnels.
Eh ! qui payait ce ramas d'écrivassiérs à gages,
tous ces voltigeurs de police, ces journalistes mer-
cenaires , pour donner à M. Decazes la réputa-
tion d'un grand homme d'état, d'un publiciste
par excellence, d'un favori sans égal? M. De-
cazes !
Pauvres contribuables, vos fonds ont servi,
dans les mains de ce saltimbanque politique , à
solder bien des iniquités, encore plus d'infamies!
A quoi bon, dira-t-on, l'espionnage de Mes-
sieurs de Beaumont, Elysée Decazes, Frédéric
Lefrey, dans Londres; chez une puissance amie,
où l'ambassadeur de la cour de Finance est reçu,
honoré ?
M. Decazes avait besoin d'opposer le men-
songe à la verité. — Expliquons-nous. M. le
marquis d'Osmont, ambassadeur, rendait compte
au ministère de France des manoeuvres pratiquées
en Angleterre, pour faire partir de la Delawarre
une expédition de Buonapartistes sur l'île Saint-
Hélène.
M. Beaumont de Brivazac, qui avait ses entrées
chez cet ambassadeur, donnait à M. Decazes con-
naissance des mêmes faits. Il avait reçu l'ordre
d'expédier ses dépêches de manière à ce quelles
parvinssent vingt-quatre heures avant le cour-
(51)
rier de M. d'Osmont au ministre des affaires
étrangères.
Aussitôt que la correspondance de M. de
Brivazac était parvenue à M. Decazes, ce minis-
tre la revoyait, la changeait, et il s'empressait
de se rendre chez le Roi, pour le prévenir que les
Buonapartistes, qui intriguaient au-delà des
mers, n'étaient, que ses espions provocateurs ,
et qu'il n'y avait rien à craindre.
Quand le ministre des affaires étrangères
faisait à S. M. le rapport des renseignemens
qui lui étaient donnés, par la voie diplomati-
que, sur les menées des agens du gouvernement
de Buonaparte, S. M. lui disait : je les Con-
nais ; elles ne sont pas dangereuses.
Cette ruse machiavélique donnait donc aux
chefs de l'indépendance américaine, les moyens
de faire, sans obstacle, tous les préparatifs pos-
sibles pour tenter une entreprise sur l'île Sainte-
Hélène et en enlever le prisonnier.
Que se passait-il réellement? En 1818, le
colonel Latapie, officier français, exilé, avait
fait faire, avec les fonds d'un COMITÉ, sur la
Delawarre, des navires dont les mâts se démon-
taient et se couchaient facilement sur les ponts,
et dans lesquels il avait embarqué des canons à
fond de cale, de manière que ces bâtimens, d'une
nouvelle construction, pouvaient arriver dans les
eaux de Saint-Hélène sans être aperçus.
Ce général voyait souvent à Londres, y re-
crutait des Radicaux français et anglais, ache-
tait des armes, et correspondait, sans crainte,
avec quelques maisons de Paris, qui sollicitaient
du Gouvernement la permission d'armer des bâ-
timens en stagnation dans nos ports, pour faire
commerce, ou des voyages de long, cours, ou
pour transporter dans les îles de l'Amérique, des
innocens qui se disposaient à s'embarquer,
gratuitement, au Hâvre et dans d'autres ports
de mer.
Les courriers, du général Latapie se rendaient
facilement de la Belgique à Dusseldorff, pour
inviter un maréchal de France, exilé dans cette
ville, à se mettre à la tête de l'expédition de
l'indépendance américaine.
M. le comte de V.... C...., envoyé par M. De-
cazes, dans les Pays-Bas, mit la main sur un
mémoire, dont le colonel Lima, aide-de-camp
de ce maréchal, était porteur; il vit les projets
de l'invasion projetée dans l'île Sainte-Hélène,
et l'envoya à M. Decazes.
L'entreprise était hardie, mais elle avait tous
les moyens qui pouvaient en rendre le succès
probable.-— M. Deeazes présenta ce mémoire
au Roi, comme fait dans ses bureaux et envoyé
(55)
à Bruxelles, pour connaître les ennemis et les
partisans de Buonaparte. — Que l'on nous indi-
que un être plus perfide que M. Decazes!
Disons-le franchement. - Sans la présence
de M. Hyde de Neuville aux Etats-Unis, et
les mesures secrètes de prévention prises par le
ministère anglais, cette expédition qui aurait
été, infailliblement tentée aurait peut - être
réussi.
Voilà l'homme de malheur qui, trompant la
religion du Roi, a tout fait pour le renverser, et
remettre l'Europe dans une commotion générale.
Enfin, une journée l'a banni à jamais de la
France, et tous les Français, en versant des tor-
rens de larmes sur la tombe de l'un de nos bien-
aimés Princes, ont été obligés de considérer,
par la suite, ce fatal événement comme l'un de
ces coups malheureux qui produisent quelque-
fois un grand bonheur.
Triste et bien cruelle compensation! Le
prince est mort, il vit dans nos coeurs. M. De-
cazes vit, mais il est chargé de l'exécration pu-
plique (1).
(1) Depuis qne M. Decazes est à Londres, il envoie
toutes les semaines des invitations aux grands du royaume
pour dîner ou assister à des bals. Deux à trois personnes
(34)
S'il est donc vrai que les hommes tirés des
cabinets de Buonaparte, et de ceux de ses mi-
nistres ont souffert qu'un assassin, qu'un mons-
tre immolât à la faction libérale , le vaillant
père du fils auguste que Dieu nous a donné, et
s'il est constant que ces mêmes hommes ont ac-
cordé toute facilité aux agens de Buonaparte, de
conspirer contre la légitimité, n'était-il pas na-
seulement, et toujours les mêmes , acceptent ses offres
généreuses.
Dernièrement, il a appelé un allemand (émigré),
bottier de tous les ambassadeurs, pour lui faire des bot-
tines,
Ce bottier lui a appris que Mgr. le duc de Berri l'avait
honoré aussi de sa pratique..
Un jour, il préjugea, dans la conversation qu'il eut
avec M. Decazes, que cet envoyé français ne rendait pas
au prince ce témoignage d'estime que l'Europe entière
a toujours portée au petit-fils de Henri IV.- Il se mit
en humeur.
Il était vaillant et humain, reprit brusquement ce
bottier , à M. Decazes, qui abaissait ses hautes qualités;
non-seulement il m'avait choisi pour lui faire ses bottes,
mais il me payait encore celles que je faisais pour les
malheureux émigrés. Le bottier de Mgr. le duc de Berri
ne doit pas être celui du duc Decazes, et vous pouvez ,
Excellence, chercher un autre ouvrier ; quant à moi,
j'ai l'honneur de vous dire adieu, et il se retira avec
indignation.
(55)
turel que les Français vissent les jours de la fa-
mille royale confiés désormais à la surveillance
de ceux de leurs concitoyens que des antécé-
dens n'ont jamais fait rougir?
Cependant, M. Anglès, est resté en place, et
M. Mounier a succédé à M, Decazes.
M. Mounier, intendant des bâtimens de la
couronne, est directeur de la police, sans res-
ponsabilité. Qu'est-ce donc que M. Mounier?
Tenant avec son père une maison de pension
à Weimar, ils sont rentrés tous deux en France,
après le coup d'état du 18 brumaire an 8.
Le père fut nommé , immédiatement après
son retour dans son pays natal, préfet du dé-
partement d'Ile-et-Vilaine ; et le fils entra comme
commis secrétaire dans le cabinet particulier
de Buonaparte, dont M. le baron Menneval était
le chef.
On sait que c'est dans ce cabinet que furent
rédigés les ordres et les instructions donnés en
février 1804, pour s'emparer de Mgr. le duc
d'Enghien, sur une terre hospitalière, l'amener
en France et le faire fusiller dans les fossés de
Vincennes.
On sait que c'est dans ce cabinet particulier,
dont M. Mounier, nommé maître des requêtes,
était devenu l'un des secrétaires, que fut conçu
l'infâme projet de faire venir S. A. R. Mgr. le duc
de Berri sur les côtes de la Normandie, sous le
(36)
prétexte qu'une armée de 40 mille royalistes n'at-
tendait que sa présence pour marcher sur Paris,
mais bien dans l'intention de le surprendre, et
de le faire fusiller.
Nous sommes loin de dire que M. Mounier a
minuté ou expédié ces ordres, ou ces instruc-
tions homicides.
Mais M. Mounier a été membre du cabinet
secret de Buonaparte ; il est sorti de Paris avec
M. Anglès, et tous deux ont été arrêtés à Soissons,
lors de l'entrée des alliés dans la capitale.
Mais M. Mounier a été nommé pair de France,
par l'influence de M. Decazes.
Mais M. Mounier et MM. Decazes et Anglès
n'ont jamais fait qu'une seule personne.
Mais enfin, M. Mounier, en sa qualité de di-
recteur de la police et des communes, a conser-
vé dans leurs places, toutes les créatures de M. De-
uazes, ses agens de police; tout le monde s'ac-
corde donc à ne voir dans M. Mounier, que le
porteur de procuration de M. Decazes.
Il est peut-être juste, en bonne logique ré-
volutionnaire, que M. Mounier, secrétaire du
cabinet secret de Buonaparte, maintienne dans
leurs emplois, les secrétaires et confidens des
ministres dé son maître. ......
Mais s'il arrivait que Buonaparte et ses partisans
conspirassent contre les Bourbons, pour changer
le gouvernement actuel, pourrait-il, devrait-il
(37)
rechercher, inquiéter les conspirateurs? Ne crain-
drait-il pas de rencontrer, parmi les conjurés,
ceux-là mêmes à qui il doit sa fortune et son élé-
vation?
Le devoir commande d'oublier jusqu'aux noms
de ses amis, pour servir le souverain à qui fidé-
lité est jurée.
Mais la reconnaissante naturelle à toute per-
sonne qui a le souvenir dés bienfaits, ne nous
expose-t-elle pas souvent à faire fléchir le devoir
le plus impérieux.?
On n'aime pas à passer pour ingrat dans une
Société ou les préjugés sont regardés comme des
vertus.
Au reste, dans l'hypothèse que M. Mounier
soit d'un caractère assez fort pour faire le sacri-
fice d'anciens souvenirs aux véritables intérêts
de la monarchie, comment se fait-il qu'aucuse
des conspirations qui se sont formées , ou qui
ont éclaté depuis que M. Mounier est directeur
de la police, n'ont pas été découvertes, ou que
les principaux chefs de conjurations n'ont pas été
arrêtés et livrés à la justice?
Par exemple, les complots de juin et d'août,
faits presque aux portes dé MM. Mounier et Aa-
glès, n'ont pas été connus , prévenus et empêchés.
La conspiration de l'Est, préparée dans les
environs de Lons-le-Saulnier, et devant se di-
3
(38)
riger, à force armée, par Melun, pour, se con-
fondre, dans Paris, avec celles de juin et d'août,
dont l'explosion a été retardée par des raisons
de prudence, a pris naissance dans le comité
central qui existe à Paris depuis le 20 octobre
1815, ainsi qu'il sera établi par la suite.
La conspiration militaire du 10, août n'a-
t-elle pas été formée presque dans des lieux pu-
blics ? et M. Mounier n'a rien vu ni rien entendu,
puisque la police n'a rien fait pour la déjouer.
Combien d'autres machinations tendantes à
nous imposer un Buonaparte n'ont été révélées
que par l'imprudence de quelques conjurés, qui
en ont donné connaissance à de francs et loyaux
serviteurs du Roi !
Ou M. Mounier est retenu par le sentiment de
la reconnaissance envers ses anciens protecteurs
ou protégés, sous le régime de Buonaparte, qui
l'empêche d'agir contre les ennemis de la, légiti-
mité , ou bien les agens qu'il emploie sont assez
habiles pour fermer ses yeux sur les trames cri-
minelles qui compromettent la sûreté du Roi
et celle de l'Etat.
Au premier cas, il doit céder à des mains
pures et fermes les rênes de la haute police, et
se contenter de sa place lucrative d'intendant
des bâtimens de la couronne.
Au deuxième cas, il doit nettoyer les bureaux
de la police, comme on a nettoyé, dans un cer-
tain temps, les écuries d'Augias.
S'il ne prend pas l'un ou l'autre de ces deux
partis, il permettra aux hommes sages, et sou-
vent ombrageux, de ne pas lui accorder cette
confiance qui n'est due qu'aux royalistes, tou-
jours prêts à donner leur vie et leur fortune
pour la sûreté d'un trône honoré par 1400 ans
de vertus.
Le 20 mars a levé le masque de tous les in-
dividus qui n'ont que trop marqué dans les
temps où ils traînaient les fidèles serviteurs du
Roi, des prisons à l'échafaud, de tous ces métis
révolutionnaires qui, sous le despotisme direc-
torial, consulaire, impérial, ont tendu des piéges
aux Pichegru, aux Cadoudal, etc, pour les faire
périr, ou qui ont fait" exécuter tant de mandats
d'arrêt et de jugemens de mort contre les plus
honorables membres de la France monarchique.
Le 7 juillet a remis le masque sur leur figure.
Leurs âmes et leurs opinions sont toujours les
mêmes.
M. Foudras, inspecteur général de police,
qui, le 20 mars, employa à faire crier vive l'em-
pereur! l'argent qui lui avait été donné pour le
service du Roi, qui fut présenté le 21, par
M. Fouché, à Buonaparte, comme ayant agi avec
(46)
zèle pour le replacer sur son trône impérial, n'est-
il pas toujours en placé ?
Ne tient-il pas une correspondance suivie avec
M. l'ambassadeur Decazes ? Ne lui a-t-il pas écrit
une lettre du jour de l'an , dans laquelle il fait
des voeux pour son prompt retour en France (1)?
N'a-t-il pas des bureaux où viennent faire leurs
rapports les muscadins de la police , qui voya-
gent en cabriolet, depuis la rue Chariot jus-
qu'à la rue Chauchat, et la commune de Passy,
les écouteurs dans les cafés, et les piétons qui es-
pacent tous les soirs les galeries du Palais-Royal?
En un mot, ne remplit-il pas, de fait, les fonc-
tions du préfet de police ?
A la vérité, M. Anglès est jaloux et mécontent
des attributions qu'il se donne; il a même de-
mandé son renvoi à M. Mounier, qui n'a pas cru
devoir chasser de la préfecture l'intime corres-
pondant de M Decazes.
Ne faisons pas des coups d'état domestiques,
a dû dire M. Mounier à M. Anglès, qui, piqué
au vif, lui a rappelé le fait suivant, en style
familier.
Ne vous souvient-il plus que; quand vous n'é-
(1) M. Foudras n'est pas le seul des hommes en place;
qui, le jour de l'an, l'ont appelé au secours de la Charte
expirante.
(41)
tiez quje simple intendant des bâtimens du Roi,
le directeur des jardins de St. Cloud vous proposa
d'habiter, pendant un été, sa bonbonnière cham-
pêtre, avec nos dames, et, comme cette jolie.
habitation vous parut très-agréable, vous sup-
primâtes la place de ce complaisant pour vous
emparer de sa maison, comme étant vacante?
M. Mounier se fâcha. M. Anglès prit aussi de
l'humeur, et il ajouta : Vous avez fait une or-
donnance sur la maison civile du Roi, pour vous
donner un petit ministère.... Mais la nomination
de M. le marquis de Lauriston...... Mettons fin
aux brouilleries de ménage, dut répondre
M. Meunier, et que l'union resté entre nous et
l'inspecteur général de police-!
Il dit, et le baiser de l'amouretle se donna
en famille.
Cette alliance pourrait bien être rompue au
premier jour, car le royalisme reprend faveur,
et les favoris des révolutions' courent risque de
n'être plus que des points imperceptibles dans
la France;
L'enfant de l'Europe, élevé par la femme forte
de l'Evangile, confié à la garde immédiate de la
fidélité invariable, présenté par le Roi à son
peuple comme un autre Henri, a rallié les co-
lonnes des royalistes à la bataille des élections.
Dieu nous a donné un rejeton de la plus anti-
(42)
que famille des rois : redoublons de zèle, ont
dit tous les électeurs, pour environner le ber-
ceau de l'enfant royal, des hommes monarchi-
ques.—Et de l'urne électorale sont sortis les
noms des fidèles qu'un jeune étourdi, n'ayant
que l'astuce italienne pour mérite, avait pros-
crits en 1816.
Les ministres, étonnés eux-mêmes du triom-
phe de ces fidèles unis contre les libéraux li-
gués pour détruire la monarchie légitime, ont
appelé au conseil du Roi quelques honorables
députés du côté droit, pour se couvrir de leur
manteau.
Le Moniteur a publié qu'en entrant ainsi dans
le positif des choses, le ministère devait néces-
sairement agir par une majorité certaine; qu'il
doit s'allier à cette majorité, et se fortifier de
ceux-mêmes qu'elle lui montre comme les plus
propres à intervenir dans les conseils de la nation
et des princes : le gouvernement anglais, a-t-il
ajouté, n'a pas d'autre secret pour être fort.
Le Moniteur reconnaît donc que, jusque-là,
le ministère était sorti du positif des choses; que
ce n'est pas le côté droit qui s'est allié au minis-
tère, mais bien le ministère qui s'est allié au
côté droit.
Le ministre qui a rédigé cet article ne pou-
vait pas faire avec plus d'honnêteté la censure
(45)
des antécédens d'un ministère qui a ouvert la
lice à la démocratie, déjà prête à s'emparer du
pouvoir monarchique.
Les ministres auraient agi plus sagement en
remettant leurs porte-feuilles au Roi, au lieu
de se donner des tuteurs, pour qu'ils les main-
tinssent dans leurs places.
Si l'admission de quelques députés au conseil
du Roi est une des premières preuves de la vo-
lonté prise par les ministres d'épurer les moeurs,
de relever l'éclat et la dignité du trône, et
de soutenir l'autorité du petit-fils de Louis XIV,
les royalistes seront encore assez généreux pour
oublier le passé et ne voir que le présent.
Mais la nomination de M. Former de Saint-
Larry, député du centre de la chambre, à la
place de questeur, promise par les secrétaires
d'état à M. Paul de Châteaudouble, membre de la
droite, sous-préfet à Toulon, destitué par M. De-
cazes, est loin de rassurer sur la sincérité de l'al-
liance si promptement contractée entre les mi-
nistres et les secrétaires d'état.
Cette surprise faite à la bonne foi des députés
qui n'ont porté M. Foraier, comme Candidat à
là questure, que parce qu'ils avaient la parole
que M. Paul de Châteaudouble, autre candidat,
serait préféré, tiendra forcément une partie du
côté droit en observation contre les ministres.
(44)
Les députés secrétaires d'état, qui ont eu le
courage de faire un traité d'union avec des mi-
nistres qui les proscrivaient il y a peu d'années,
seront toujours dignes de la confiance générale,
s'ils parviennent à forcer le ministère à rétablir,
les institutions principal qui ont soutenu la
prospérité d'un règne de plusieurs siècles.
Ils se retireraient du ministère, n'en doutons
pas, si les ministres reprenaient l'ordonnance du
5 septembre comme le mobile de leurs actions;
cette ordonnance qui n'a servi qu'à nous ramener
en France les principes moraux de la révolution,
et peut-être à allumer le feu de la sédition qui
embrâse l'Espagne et Naples.
Déjà on les a attaqués, comme sacrifiant à
l'ambition le parti dont ils ont été les régula-
teurs, Mais cette attaque paraîtra plus impru-
dente que raisonnable, à ceux qui ne jugent les
hommes que par leurs actions publiques; et,
tant qu'on ne verra pas les nouveaux conseillers
sortir de la ligne monarchique, les gens ardens,
inquiets et toujours frondeurs, auront à se re-
procher d'avoir cherché à leur enlever la con-
fiance dont ils jouissent toujours,
Ces nouveaux, conseillers n'ignorent pas que,
s'ils restaient au conseil pour n'être que les
instrumens des ministres, ils perdraient; toute
l'estime que leur porte la France ; et le côté
(45)
droit compte dans ses rangs des députés dont
les gages, et pures opinions, ou dont les hauts et
rares talens auraient bientôt fait publier jus-
qu'aux noms de leurs déserteurs.
La prévoyance et l'intégrité des députés secré-
taires d'état garantissent donc aux royalistes, qui
savent que malheureusement le bien se fait len-
tement ? et qu'avant tout il faut obtenir la
force pour agir, que les secrétaires d'état ne
changeront point d'opinion, et n'oublieront ja-
mais que, s'ils doivent leurs nouvelles places à la
fidélité et à l'honneur, ils sont dans l'obligation
d'appeler les fidèles pour soutenir les fidèles.
Cette réunion d'hommes, jusqu'alors si divisés
d'opinions sur les moyens de restaurer la mo-
narchie, a été signalée par M. le général et dé-
puté Donnadieu, dans la séance du 8 janvier ?
comme une révolution étrange qui venait de
s'opérer.
M. Pasquier lui a répondu que la composition
actuelle du ministère offrait un concours d'hom-
mes inspirés par le même amour du bien; que
tous ont cru devoir oublier quelque dissidence
dans les opinions pour ne s'attacher qu'au
fond de la chose; qu'on s'est réuni, parce qu'on
a pensé que l'intérêt général l'exigeait, et qu'on
a reconnu que, sur quelques points, on s'était
réciproquement trompé.
(46)
Ces échanges de sentimens mutuels ne doivent
inspirer ni trop grande défiance, ni une trop
grande confiance aux personnes qui ont l'habi-
tude d'observer les actions des gouvernans. Aussi
les observateurs judicieux sont loin de blâmer le
parti de surveillance qui vient de se former
dans le côté droit.
Ce parti n'est point et ne peut pas être fac-
tieux. Il n'est qu'un Moniteur pour les députés
secrétaires d'état, comme pour les ministres.
L'un et l'autre sont avertis que leur conduite
politique est exposée à une censure publique . et
que celui des deux qui ne proposera pas, ou ne
défendra point ce qui est bon , juste et monar-
chique, subira l'épreuve d'un contrôle sévère.
Il ne cessera d'exister ce parti nécessaire, in-
dispensable dans les circonstances actuelles, que
quand le ministère aura donné des nouvelles
preuves d'un retour franc et constant aux véri-
tables principes monarchiques.
S'il est vrai, comme l'a dit encore M. Pasquier,
que la position du ministère a été long-temps
pénible et difficile; sans examiner les causes que
l'intrigue et le mauvais esprit ont su faire naître
pour embarrasser la marche du gouvernement,
on conviendra, du moins aujourd'hui, qu'avec
une chambre composée aux deux tiers de roya-
listes fidèlement dévoués à la légitimité, le
( 47 )
ministère ne doit plus trouver d'opposition au
rétablissement de la monarchie telle que la France
la demande.
Nous soumettions, dès à présent; à sa solli-
citude les faits et les réflexions qui suivent, pour
le mettre à portée de fixer l'opinion publique en
sa faveur.
Toute la France a applaudi au zèle de l'ar-
mée pour le service et la défense du trône, sur-
tout dans les journées de juin et d'août, contre
les mutins et les factieux qui voulaient imposer
au Roi une constitution à la façon espagnole.
Si des officiers , toujours traîtres à leurs ser-
mens, ont voulu renverser le gouvernement au-
quel ils ont juré fidélité , tous les soldats ont
rempli leur devoir et sont restés fidèles au sou-
verain.
La conjuration militaire avait des complices
parmi quelques officiers d'un grand nombre de
régimens.
Des inspecteurs généraux, nommés par les
chefs de division du ministère de la guerre, qui,
comme l'on sait, n'aiment que la patrie, et point
du tout le Roi, ont été chargés d'organiser les
légions en régimens : mission qui ne leur confé-
rait que le droit de préparer un travail utile au
ministre, pour épurer l'armée.
Ils ont mis hors de service un assez grand nom-
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bre d'officiers du Roi, et ont donné leurs places
aux officiers de la patrie:
Les inspecteurs et les chefs de division ont
exécuté leurs décisions de déplacement et de pla-
cement avec une telle promptitude, que le mi-
nistre de la guerre est resté long-temps sans con-
naître les colonels actuels des régimens;
Le fait suivant est une preuve de cette alléga-
tion.
M. le marquis de la S.:; colonel de la légion
de......, se trouve un jour à l'audience publique
du ministre; le ministre lui fait compliment sur
le bon esprit et la belle tenue de sa légion, et.
l'engage à continuer avec le même zèle son ser-
vice,
Je ne sais plus colonel. je n'ai plus de légion
ni de régiment , répondit M. le marquis de la
,S.,,..-Comment! reprit le ministre, qui, pour
ne pas en dire davantage, se retira.
D'après ce fait et plusieurs autres de même
espèce, on aurait cru que M. le marquis Latour-
Maubourg aurait renvoyé les patriotes de ses
bureaux, et révisé le travail de ses inspecteurs;
mais les patriotes restent dans leurs fonctions ,
et s'occupent sans doute à rédiger un calendrier
pour prouver que le patriotisme a gagné dans
leurs bureaux, par leurs soins, dix batailles par
jour sur les royalistes.
(49)
Ce n'est donc pas le ministre , mais bien ses
employés qui administrent; et tandis que les elec-
teurs renforcent la chambre de royalistes , les
employés composent l'armée de patriotes (1).
Certes, le ministère doit s'empresser de ré-
parer un mal qui petit avoir des suites dange-
reuses.
Si nous jetons ensuite un coup-d'oeil sur les
hommes qui reçoivent des pensions, nous voyons
non pas seulement la perfidie payée , l'adultère
récompensé, mais encore l'indignité bien trai-
tée. Nous nous contenterons de citer ce fait.
L'indigne Grégoire reçoit, par an un traite-
ment de 24,606 fr., comme ancien sénateur, sur
là dotation que le sénat s'était donnée ; et M. le
comte de Sèze, pair de France, défenseur de
Louis XVI, ne reçoit que 8,500 fr.
D'autres ex-sénateurs , aujourd'hui pairs de
France malgré leur félonie en 1814, sont em-
pressés de recueillir, chaque aimée, 20, 22, 24,000
fr. sur les mêmes dotations; et les pairs, fidèles
aux princes , n'ont que 10, 15 et 16,000 fr.
Que lès anciens crimes politiques ne soient pas
punis. Telle est là volonté du roi. Mais que les
(1) On comprend bien que, sous la signification de
patriotes, nous entendons parler de ces libéraux qui
ont en haine la royauté.

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