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Afssana… Contes pour Pa, mon enfant - Tome 1

De
324 pages

Après avoir obtenu une dérogation divine pour revenir à la vie, un père dialogue avec son fils et pose une mise en garde contre les méfaits de la drogue et les mauvaises fréquentations...

Il souligne l’importance du respect, du devoir, du patriotisme, de la religion ; déplorant l’absence de discussion entre les générations et insistant sur le fait qu'une fois le dialogue instauré, un enfant peut malgré cela être prêt à mettre en danger sa propre vie...

C’est le cas de William, personnage principal de cette histoire, qui affronte, dans des grottes, des êtres ignobles doués de pouvoirs surnaturels... Sont alors évoquées les conditions de vie des pauvres et des ethnies dites « maudites ».

Avec quelques anecdotes basées sur des faits réels, l’auteur montre dans cet ouvrage le vrai sens de l’amour et de la fidélité.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-00231-8

 

© Edilivre, 2015

Prologue

C’est une belle journée printanière qui donne envie de s’étendre sur un hamac et profiter des premiers rayons du soleil tant désiré durant les deux saisons précédentes. Les fleurs du cerisier donnent une beauté particulière au jardin et les roses parfument agréablement l’atmosphère. J’ai envie de prendre un café, me relaxer et profiter du chant des oiseaux. Seulement l’heure n’est pas propice à la détente, il faut aller au travail.

*
*       *

Le matin c’est la course. Il faut emmener ma fille Ambre à la fac et réveiller mon fils William. D’habitude ma femme et moi nous nous partageons les tâches et chacun de nous s’occupe de l’un des enfants.

Seulement, réveiller William est un problème. Souvent nous nous mettons à deux pour espérer quelque succès. Ce matin, comme je me suis levé plus tôt, je décide d’épargner ma femme de cette corvée et monte le réveiller moi-même.

Pa (j’appelle William mon fils Pa, en raison de sa ressemblance avec mon père), Pa, réveille-toi, il est tard, sept heures du matin passées, tu as cours à huit heures. Nous serons, ta mère et moi, en retard si tu ne te réveilles pas tout de suite. Pa, tu m’entends. Non, il ne m’entend pas, ce n’est pas croyable.

Je décide de lui rafraîchir le visage avec un verre d’eau.

Mais pourquoi je n’arrive pas à saisir le verre, mes doigts auraient perdu la force d’accomplir un geste aussi simple, aussi facile, aussi banal ? Essayons d’ouvrir le robinet. Mais pourquoi l’eau ne coule pas, pourtant j’ai l’impression de tourner le robinet, il n’y aurait pas d’eau ? C’est incompréhensible.

J’appelle ma femme pour régler ce problème. Ma (c’est comme cela que j’appelle ma femme), Ma, peux-tu venir m’aider à prendre un verre d’eau ? Je n’arrive pas à ouvrir le robinet ni à réveiller ton fils. Il sera en retard et nous avec. Peux-tu lui faire un café ? Ça le réveillera peut-être.

Ma, Ma, mais elle est devenue sourde, elle ne me répond pas non plus. Elle est là, dans la chambre, réveillée, mais ne montre aucune réaction quand je rentre. Je m’approche d’elle, la touche, toujours rien. Je la regarde, elle a les yeux rouges, mais pourquoi ?

Je lui dis, Ma, je n’ai plus mal, nulle part. Mes brûlures ont disparu. Je pensais qu’elle allait exprimer sa joie en entendant que je ne souffrais plus, mais rien, aucune réaction…

Je me dirige vers la chambre de ma fille, Ambre, et l’appelle : Ambre, ma Princesse, viens m’apporter un verre d’eau, dépêche-toi. Aucune réaction non plus de sa part. Elle ne répond pas. Je me dis qu’elle est peut-être déjà partie.

Je frappe à sa porte. Pas de réponse. Je rentre. Elle est là, prostrée sur son lit, les yeux également rouges.

Tu pleures ma belle ? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures ? Tu as mal quelque part ? Tu as un problème ? Répond.

Je suis triste de la voir en pleurs, je l’ai toujours été, chaque fois qu’elle avait du chagrin. Mais si d’habitude elle se blottissait dans mes bras et cessait de pleurer, aujourd’hui, elle m’ignore, comme si j’étais transparent, comme si j’étais un fantôme.

C’est alors que je réalise, je suis peut être…

Chapitre 1
Refus de partir…

Jour 1, vendredi, tôt dans la matinée

Je suis peut-être…, mais non, ce n’est pas possible, je n’ai pas fini mon travail, mon devoir devrai-je dire. L’aide que je devrais apporter à mon fils, Pa, pour qu’il réussisse ses études et assure son avenir.

Et si c’était vrai, je suis… mais non, je ne peux pas l’accepter, j’ai encore plein de choses à faire. Après demain, c’est dimanche, mes autres fils et leurs familles viendront dîner à la maison comme d’habitude. Il faut que je fasse des courses.

Bon cette fois je pars. Allez tchao tout le monde, à ce soir.

*
*       *

La sonnerie de la porte d’entrée retentit. Qui cela peut-il être à une heure si matinale ? Trop tôt pour une lettre recommandée. Je vois ma femme qui descend les escaliers, ouvre la porte et se jette dans les bras de mon fils ainé, Tom. Je ne comprends plus. Il est habillé tout en noir et porte une cravate de la même couleur, mais ses yeux sont rouges. Ils restent un long moment enlacés et pleurent tous les deux. Je comprends de moins en moins, ou plutôt si… Ils ne prononcent aucun mot. Je m’aperçois que ma femme est également vêtue de noir de la tête au pied. Je la trouve belle et j’ai envie de l’embrasser. Mais je n’ose pas interrompre leur étreinte. Je la regarde de nouveau, la détaille, la contemple et je me dis qu’elle n’a pas changé depuis que je la connais. Elle a une élégance féline, une beauté sauvage, un visage d’ange et un corps svelte. La seule différence par rapport à son image imprimée dans mes rétines, c’est qu’elle a, aujourd’hui, les yeux rouges. Ses yeux qui d’habitude m’évoquaient la profondeur de l’océan et la clarté du printemps.

Je me dis qu’elle est peut être malade, enrhumée, fiévreuse et j’ai encore plus envie de la serrer contre moi. Mais je suis comme paralysé, je n’ose rien faire, je la regarde, je sens son parfum naturel que j’ai tant et tant de fois humé, avec délice. Ils finissent par entrer dans la maison. Elle appelle ma fille qui descend les escaliers comme un zombie et se jette dans les bras de son frère. Ils s’embrassent, se regardent mais ne disent mot. Je suis de plus en plus intrigué par leur comportement.

Je détaille mon fils ainé et m’aperçois qu’il est très élégant, beau comme d’habitude mais il dégage une impression de tristesse que je ne peux pas définir mais qui me rend triste à mon tour. Je réfléchis, je regarde, j’analyse, je me pose des questions mais ne trouve aucune explication satisfaisante à leur comportement, ou plutôt si, mais je ne veux pas l’admettre.

Je m’avance vers eux, je les embrasse, je caresse leur visage, j’essuie leurs larmes mais là non plus aucun des trois ne s’en rend compte. Je me dis : c’est donc vrai, je suis… Mais mes pensées s’interrompent par de nouveaux coups de sonnette. Ma ouvre la porte et je vois mon second fils Laurent, accompagné de ses filles Emilie et Chloé. Laurent, vêtu de noir et cravaté, m’a également, totalement ignoré. Mes deux fils se jettent dans les bras l’un de l’autre, s’embrassent tout en pleurant. Je suis aux anges et contemple la scène avec délice. J’ai toujours souhaité leur union et entente. Quand parfois, ils se disputaient, j’étais très malheureux. Je ne pouvais pas leur exprimer la douleur qui me comprimait le cœur, ni la tristesse qui m’envahissait, ou les insomnies qui me rongeaient, mais je leur faisais comprendre que je tenais à eux et que leur entente était mon vœu le plus cher. Mais là, les voir s’embrasser longuement, se serrer dans les bras l’un de l’autre, se regarder avec affection remplit mon cœur d’une joie immense. Je me dis « ce qu’ils sont beaux ». Je suis content de les voir s’aimer. C’est ce que je souhaitais, que je souhaite toujours, au plus profond de mon être.

*
*       *

Quand ils étaient enfants, ils s’amusaient ensemble malgré leurs huit ans de différence d’âge. Ils étaient inséparables. Quand l’ainé, devenu adulte, a envisagé d’aller s’installer aux USA, le second a fait un scandale en lui « interdisant » de quitter la France. Il lui a fait comprendre que de le savoir loin de lui, c’était tout simplement impensable et insupportable. Il était tellement malheureux que mon fils ainé a abandonné son projet pour rester avec nous et surtout avec lui.

*
*       *

J’étais de nouveau interrompu dans mes réflexions par de nouvelles arrivées. Là c’était le comble de l’incompréhension pour moi de voir débarquer tout le monde, si tôt, à peine huit heures du matin. C’était l’une de mes belles filles Marie accompagnée de mes petits-enfants. Théo, mon préféré, que j’appelais Bad Spencer, le plus âgé de mes petits-enfants. Je le considère comme un fils plutôt que comme un petit-fils. Il a les yeux rouges et son visage est empreint d’une profonde tristesse. Il est, immédiatement, entouré des autres membres de la famille et a pris dans ses bras ma fille Ambre. Ils se sont mis à l’écart des autres. Ma petite fille Salomé – portrait craché d’Angelina Jolie – accompagnée de son petit frère Johann. Ils étaient tous plus ou moins vêtus de noir, seules, les filles portaient quelques vêtements de couleur.

J’entends ma petite fille Salomé qui dit à mon épouse, BigMa (le surnom par lequel mes petits-enfants l’appellent) : « ne soit pas triste Grand-Papa est sûrement content de nous voir tous réunis » et elle fond elle-même en larmes.

Je m’avance vers mes petites filles, les prend dans mes bras, caresse leurs joues, essuie leurs larmes. Elles restent insensibles à mes caresses, ne manifestent aucune réaction.

Ils vont s’installer dans le living que je trouve modifié. Les meubles étaient disposés en cercle, entre chaque fauteuil était placée une table et sur chacune d’elle étaient posés des glaïeuls, fleurs que j’aime particulièrement.

Tout autour de la pièce étaient disposées des chaises. J’en ai compté une bonne vingtaine. Je vais dans le jardin et trouve le même décor et des glaïeuls à profusion. Tout est beau, propre et douillet. J’ai envie de m’installer dehors sous un soleil qui brille sans dégager de chaleur excessive. J’ai surtout envie de les voir, les entendre, leur parler, communiquer avec eux. Je rentre. Ils sont tous debout et essayent d’accrocher au mur, en face du meuble de télévision, une photo de moi, encadrée, en tenue de tennis qui avait été prise alors que j’avais une trentaine d’années. Une inscription sous la photo attire mon attention : « tu es parti mais tu es là ». Tu nous manques déjà plus que tu ne pourrais le penser. Nous t’aimons tous ? Et c’était signé ta femme, ta fille, tes fils et leurs femmes et enfants. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous. Bon je crois cette fois que je suis vraiment… Cette fois, je comprends tout…

*
*       *

Je veux dire un mot à Pa. Je le trouve dans sa chambre en train de boire du café, mine défaite, yeux rouges, accompagné d’une amie. Je m’adresse à lui : tu sais, Pa, depuis ta naissance, je me disais que tu pourrais me donner un bonheur extrême en faisant des études supérieures dans une branche que tu aimerais. Cet espoir je l’ai toujours et je souhaite que, maintenant que tu as trouvé ta voie, tu t’y consacres pleinement. Ne baisse jamais les bras, sois fort, bats-toi. Il faut que tu sois prêt à affronter les difficultés de la vie. C’est comme dans une bataille : le plus fort gagne. Or, le plus fort c’est celui qui se donne les moyens d’évoluer, qui privilégie les études, qui lutte contre la paresse, qui affronte les difficultés…

La porte sonne de nouveau et interrompt mon monologue avec lui.

Attends Pa, je reviens, on sonne à la porte, je vais ouvrir, ne bouge pas.

*
*       *

Qui est là ? M’entendez-vous ? Qui est là ? Ça sonne encore et personne ne me répond. J’entends des pas, je vois ma femme qui s’approche et qui ouvre la porte. Qu’elle est belle me dis-je, plus encore que d’habitude dans cet ensemble noir qui a toujours contrasté agréablement avec sa peau naturellement blanche. Ses yeux, d’habitude verts, sont rouges. Ce mélange de couleurs, noir, blanc et rouge, lui va à merveille. J’ai envie de l’embrasser, je m’approche d’elle, je sens le parfum qu’elle dégage, que je connais, que j’ai aimé, que j’aime toujours qui m’enivre, me charme, qui m’a toujours grisé et qui me grise encore, là, maintenant. Mais, ce qui me frappe c’est son regard, éteint. Il ressemble à celui d’une biche qui est à la fois effrayée et résignée. Mais pourquoi ? Je ne l’ai jamais vu comme cela. Elle, une battante, être résignée…

Elle ouvre la porte. Encore une surprise. Derrière la personne, une amie, à qui Ma vient d’ouvrir la porte, il y ma mère, il y a mon père. Aussi vivants que les images que j’avais gardées d’eux. Ils me parlent, je les entends, ils m’entendent, ils me prennent par la main et m’invitent à les suivre, ce que je refuse. Je leur demande de m’accorder du temps, j’ai besoin de parler à mon fils, à mon Pa, je n’ai pas fini, je veux qu’il m’entende, qu’il m’écoute, qu’il m’obéisse, qu’il pense à son avenir, qu’il me promette de poursuivre ses études, de réussir. Oui, j’attends cette promesse, une promesse, la promesse, celle qui me comblera de bonheur, qui me permettra de partir l’esprit tranquille. Je ne bougerai pas tant que je ne l’ai pas obtenu et pour l’obtenir, il faut que je lui dise tout, tout ce que je ressens pour lui, tout ce que je souhaite pour lui et tout ce que je veux obtenir de lui. Ce n’est pas le moment de partir, pas encore, pas tout de suite, pas dans l’immédiat. Alors un peu de temps… même si je dois partir car je suis…

Je comprends, je l’accepte mais laissez-moi un peu de temps avec lui, je veux l’entendre, l’embrasser, le chérir et obtenir de lui la promesse qui lui permettra, s’il s’y engage et s’il la respecte, de réussir dans sa vie et à moi de reposer en paix…

*
*       *

La voix de ma mère qui parvient à mes oreilles, me rappelle à l’ordre. Je l’entends me dire :

Mon fils, il faut partir, il est tard. Ta demeure éternelle t’attend. Sois prêt, tu n’as plus rien à faire ici. Tu as fini ton temps sur terre, c’est l’heure de s’en aller.

Je réplique : non mère, j’ai encore quelque chose à faire, quelque chose de très important. Je n’ai pas fini avec Pa. Il faut que je lui dise, lui expose, lui explique ce qui est bon pour lui, ce qu’il doit faire, comment réussir sa vie. Je l’aime et je ne peux pas le laisser sans lui avoir donné des consignes qu’il doit suivre, respecter et mettre en œuvre. Toi-même tu l’aimais, l’adorais et chérissais quand tu étais parmi nous. Laisse-moi, j’ai besoin du temps.

Mon fils, ce n’est pas à moi de décider. Nous sommes venus, ton père et moi, te chercher pour te faciliter ton dernier voyage. Nous savons bien que tu n’arrives pas à te détacher de ta famille, de les laisser à leur sort, de partir sans avoir pu leur dire au revoir, mais c’est la règle et tu devras l’accepter. Seul, Dieu peut t’accorder un délai. Il faudra que tu le lui demandes. Nous, nous ne pouvons rien faire pour toi.

Je regarde ma mère, je la trouve sereine, je la trouve douce, je la trouve belle, beaucoup plus que la dernière image que j’avais d’elle quand elle est partie. Je me rappelle qu’au moment où elle a rendu son dernier souffle, elle m’a serré la main, alors qu’elle était dans le coma.

Mère – pensai-je – tu as changé, tu n’as plus de rides, tes cheveux sont blancs comme c’était le cas de ton vivant mais, le reste est beaucoup plus jeune, ton regard est à la fois doux et ferme, j’ai l’impression qu’il me caresse. J’ai…

Fiston, c’est la voix de mon père, qui me ramène à la réalité du présent, qui me demande la même chose que ma mère : partir, les accompagner, ne pas perdre de temps.

Je m’obstine, je me rebelle, je demande un délai.

Je lui dis père, je n’ai jamais désobéi à vos ordres (chez moi, on ne tutoie pas son père), mais là, j’ai quelque chose d’important à accomplir, je ne peux pas partir avec l’impression d’échec, du devoir non accompli. S’il vous plait, père, mère, laissez-moi le temps d’expliquer à Pa certaines choses que j’ai résumées dans ce que j’ai appelé les dix commandements et pour ça, je suis prêt à me rebeller. Une fois accompli ce devoir, je vous accompagnerais à ma demeure éternelle, mais pas avant.

Je les entends dire de la même voix, de m’adresser au Dieu qui, lui seul, peut accéder à ma requête.

Comment faire ? Ils me disent de demander une audience. Eux, ils m’attendront ici sur terre pour m’accompagner dès que l’ordre divin sera donné.

Chapitre 2
Audience divine

Jour 1, vendredi, 7h du matin

Après avoir obtenu auprès de Saint Pierre, une audience exceptionnelle, je me trouve devant mon créateur. Je suis ému, je suis content et je suis surtout fasciné par cette lumière que je vois devant moi, une lumière d’une autre dimension, d’une autre couleur, d’une autre chaleur. Elle m’enveloppe me réchauffe, me rassure.

Je suis impressionné et heureux mais je perds tous mes moyens et ne sais pas comment formuler ma demande. Je suis rappelé à la réalité par une voix que je n’avais jamais entendue avant, une voix qui me fait vibrer, que je sens plus que je n’entends, qui pénètre mon cœur, corps et âme.

La voix me dit connaitre la raison de ma présence et m’ordonne de justifier ma requête.

Avec beaucoup d’efforts, j’expose, humblement, mon souhait de rester quelques temps de plus au côté de mon fils, Pa, pour lui faire comprendre la vie, son sens, ses difficultés, ses pièges. Lui apprendre comment les déjouer, quels chemins prendre, comment franchir des obstacles et, surtout, comment mener la lutte contre lui-même, contre ses propres envies, contre ses propres démons… Je souhaite que sa vie soit celle que, moi, comme tout père, espère à son enfant, réussie.

S’il vous plait accordez-moi du temps pour que je puisse parvenir à accomplir mon devoir et venir, avec quiétude, vous servir. Mes parents attendent en bas votre décision. Je vous supplie d’accéder à ma demande. J’ai besoin de lui expliquer les dix commandements à ma manière, les dix commandements qui, je pense, lui permettront de réussir sa vie.

Je ressens comme une voix mais en réalité une sensation qui parvient à mon cerveau qui se traduit par une phrase, par cette phrase :

Quels sont-ils ces dix commandements ?

J’énumère : respect, drogues, religions, fréquentation, études, patriotisme, honnêteté, générosité, pardon, exercice physique.

Voici mon Dieu, mes dix commandements et le motif de ma requête auprès de vous. M’accordez-vous un délai supplémentaire de séjour sur terre ?

J’ai peur, je tremble, je suis inquiet de la réponse que j’attends mais j’ai l’espoir et la foi dans la bonté de mon créateur. Je pense à mes parents qui m’attendent et au chagrin de ma famille. Noyé dans mes pensées moroses, mon cœur se remplit soudain d’une joie immense lorsque j’entends le verdict de mon créateur à ma requête. Il est positif. Je dispose en fait de deux délais différents : un premier de six jours pour confronter Pa aux difficultés de la vie… et un autre de dix ans pour m’occuper uniquement de son avenir.

Il est entendu que pour les membres de ma famille, je ne suis plus un terrien. Cependant, durant ces six jours, je peux créer des contacts et, si je le souhaite, ils pourront me voir sans toutefois se rappeler des évènements vécus après ce délai. Seul Pa pourra garder un contact permanent avec moi durant les dix années de dérogation que mon créateur venait de m’accorder.

Je suis content, remercie mon Dieu et m’apprête à me retirer lorsque la voix divine me demande de m’arrêter.

Je n’ai pas fini me dit mon créateur, il y a une contrepartie à la mesure de clémence que j’ai prise en ta faveur.

Quelle est-elle mon Dieu ?

Pendant ces six jours, tu auras plusieurs missions à accomplir au cours desquelles ton intégrité physique et la vie de ton fils William seront menacées. Vous devez, ton fils et toi, faire preuve de beaucoup de courage et de sang-froid. Vous aurez des difficultés à affronter, des obstacles à surmonter, des vies à sauver, partout dans le monde. Vous aurez quelques aides célestes dont je ne peux pas vous révéler la nature mais elles seront ponctuelles et parcimonieuses. En revanche, je peux vous dire, que deux de tes petits-enfants, Emilie et Johann, vous apporteront des aides précieuses.

Comment pourront-ils nous aider, ils n’ont que six et sept ans me dis-je ? Mais, je garde ma réflexion pour moi.

Tu te demandes comment ils pourront vous aider ? Tu verras plus tard.

Si tu échoues dans tes missions, tu disparaitras à jamais et l’accès du ciel te sera définitivement interdit.

J’allais demander quelques précisions lorsque la voix divine m’ordonne de partir.

J’obéis et me retire en reculant du Royaume suprême.

Quelle ne fut ma fierté d’être chargé de missions divines par mon créateur. Mais quelles seront-elles ?

*
*       *

Je descends sur terre pour annoncer la bonne nouvelle à mes parents. Ils sont contents pour moi et repartent en me disant qu’ils seront de retour une heure avant le délai qui m’a été accordé par la divinité suprême. Ils rajoutent : nous nous reverrons avant…

Je jubile à l’idée d’avoir obtenu ce délai mais la voix de mon Dieu raisonne dans ma tête : vous aurez des missions… Je me pose plein de questions. Que ferons-nous ? Quelles missions ? Quelles aventures ? Pourrions-nous, Pa et moi, réussir ?

Je suis effrayé, surtout pour Pa, mais en même temps je suis excité à l’idée de nous voir affronter des difficultés, de nous lancer dans des aventures probablement pleines d’embûches et de dangers.

Il faut que je protège la vie de Pa me dis-je.

Je vais dans sa chambre et m’apprête à lui parler du 1er commandement lorsqu’il s’adresse à moi :

Papa, j’ai fait un rêve horrible, je te voyais mort. J’avais beaucoup de chagrin, je pleurais quand maman m’a annoncé ton décès. J’ai vu mes frères et ma petite sœur qui pleuraient aussi. Quel horrible cauchemar. Heureusement que tu es là, vivant.

Je suis touché par ce qu’il me dit et de la façon dont il le dit, avec tristesse et chagrin, avec les yeux remplis de larmes, avec un regard qui me trouble plus que ses propos. Mais l’heure tourne et je ne dispose que de peu de temps. Alors je m’adresse à lui :

Pa, te rappelles-tu, il y a quelques années, je t’ai parlé de dix commandements ? Je n’ai pas voulu te les exposer à l’époque car je pensais que tu ne comprendrais probablement pas le sens et la philosophie de mes propos. Maintenant que tu as l’âge de les assimiler, je vais te les exposer. Prends en modèle, suis les à la lettre, tu réussiras.

Le premier de ces commandements est le respect.

Pourquoi maintenant papa, là, à 8 heures du matin ?

Tu comprendras la raison dans quelques heures, il ne faut pas perdre de temps.

Bien papa, je t’écoute.

Chapitre 3
1er commandement : respect

Jour 1, vendredi, 8 heures

Pa, le 1er des commandements, est le respect. Respect de ton créateur, respect de tes parents, respect de la loi, respect de toutes celles et de tous ceux qui t’ont enseigné, respect des personnes âgées, respect de ta famille. Si tu comprends le sens du respect d’autrui, tu te respecteras toi-même, et le respect de soi est l’une des clés de la réussite.

En fait, le respect ne se limite pas, seulement, à avoir de la considération pour quelqu’un ni ne relève du savoir-vivre ou de la politesse, mais il est également imposé, dans chaque société, par ce qu’on qualifie de civisme et qui relève du respect des règles de la société. Tu te gares à un emplacement réservé aux handicapés, tu conduis au-delà de la vitesse autorisée, tu ne respectes pas les feux rouges, les piétons, les cyclistes… sont autant d’exemples qui illustrent l’irrespect des lois de la société, l’absence de sens civique.

Or, tu me diras quel est le rapport entre le respect et le sens civique ?

A priori aucun, mais en réalité, le respect et l’esprit civique sont intimement liés car tous défendent un principe en rapport avec une règle, une loi. Si la loi t’impose de rouler à trente kilomètres à l’heure proche d’un établissement scolaire, il faut le respecter sinon tu seras puni par une amende. Si dans un bus tu es assis alors qu’une personne âgée est debout, tu lui as manqué de respect. Ce manque de respect n’est pas puni par une amende mais par ta propre conscience. Si tu associes les deux esprits, avoir du respect et du sens civique, tu seras considéré comme quelqu’un de respectueux non seulement envers les autres mais également envers de toi-même. Si tu te respectes, tu seras respecté.

Il faut que tu comprennes une chose, fondamentale, à mon avis.

Le respect ne se limite pas à, par exemple, saluer sa mère et ensuite lui en faire voir de toutes les couleurs. Quand elle t’attend, qu’elle t’a préparé un repas que tu « n’aimes » jamais parce que tu veux aller manger avec tes copains, c’est un manque du respect. Il y a plein d’exemples qui illustrent l’irrespect : ne pas être à l’heure à un cours ou le manquer, ne pas respecter ses engagements en matière de comportement, d’habillement, de travail, de fréquentations.

Il faut que ce mot ait un sens pour toi, c’est un mot noble, penses-y. Pour bien comprendre le sens de ce mot, je t’emmène voir une famille, tu te feras ta propre opinion.

Tu es bien mystérieux papa. Quelle famille ? Où m’emmènes-tu ? Quand ?

Ne pose pas de question, tu comprendras tout plus tard. Patience. Obéis.

*
*       *

Je lui demande de garder le secret le plus absolu sur ce déplacement et sur d’autres que nous serons amenés à faire au cours de ces quelques jours.

Je lui prends la main et lui dit de fermer les yeux et de ne poser aucune question sur la façon dont nous allons nous déplacer. Résigné, il obéit et ferme les yeux.

Nous volons et au fur à mesure que nous montons, je sens sa peur. Il me serre la main de toutes ses forces. Je le sens crispé, inquiet même, tendu. Je lui caresse les cheveux, la joue, lui dis de ne pas s’inquiéter, d’avoir confiance. Il est interloqué, déconcerté, étonné et stupéfait de la façon dont nous nous déplaçons mais ne dit rien. Il me fait confiance.

Nous arrivons là où je voulais l’emmener et je lui demande de regarder sans faire de commentaire durant notre phase d’observation.

*
*       *

Nous sommes dans une villa cossue. L’entrée est gardée par un grand portail noir que nous traversons sans l’ouvrir. Nous nous trouvons dans une allée pavée, fleurie de part et d’autre jusqu’au perron que nous traversons pour entrer à l’intérieur de la maison. Nous traversons le hall et nous nous orientons vers une pièce de laquelle filtre une faible lumière et quelques éclats de voix.

Nous avançons, traversons la porte et nous nous installons sur un canapé vert en cuir, très confortable. La pièce, spacieuse, meublée avec goût, est composée de deux canapés, quatre fauteuils et deux tables basses portant chacune une composition florale de couleur blanche, mauve et rose qui répand un parfum agréable. Sur l’un des fauteuils est installée une femme d’une cinquantaine d’années, assez belle vêtue avec élégance d’une longue robe mauve. Elle a des cheveux poivre et sel assez longs, des yeux noirs, porte un collier et une alliance. Elle est coiffée, habillée, maquillée avec goût. Elle pleure. Face à elle se trouve un jeune garçon, dix-huit, vingt ans dont la tenue vestimentaire contraste désagréablement avec celle de la femme. Il est grand, costaud et dégage une impression de méchanceté, de désinvolture et d’irrévérence. Il a l’air d’être en colère et s’adresse avec véhémence et impétuosité à la femme en la menaçant de quitter la maison si elle n’accède pas à sa demande. Nous, Pa et moi, sommes pétrifiés devant cette désinvolture et nous nous demandons quel motif le pousse à agir ainsi avec une femme qui a apparemment plus de deux fois son âge. Nous entendons la femme s’adresser à lui :

Mon fils, mais tu ne peux pas agir ainsi, n’oublie pas que tu t’adresses à ta mère et que la moindre des politesses est un peu de respect à son égard.

Le garçon se fâche et la menace de violence physique. Ces menaces sont précédées de violences verbales avec quelques insultes. Il traite sa mère de vieille pourrie, de sal… et de quelques autres amabilités très désagréables à entendre.

Je vois Pa qui se crispe, qui se contracte et qui me dit : c’est incroyable cette attitude, il faut faire quelque chose, il faut intervenir, mettre un terme à cette ignominie, à cette infamie. De quel droit un enfant peut-il s’adresser dans de tels termes à sa mère, peut la menacer, et lui faire peur. Il n’a aucun respect pour sa mère. Où est son père pour lui donner une correction, LA correction de sa vie ?

Nous entendons la femme qui dit :

Si ton père était vivant, tu n’aurais jamais osé me traiter ainsi.

Le garçon se rebelle, avance vers sa mère, lève la main et lui dit :

Tu attends une gifle, tu me donnes ta carte bancaire et le code qui va avec.

JAMAIS. rétorque la femme.