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Aimé Césaire

De
220 pages
Cet ouvrage est une nouvelle édition, revue et augmentée d'une étude sur le poème phare de la négritude : Cahier d'un retour au pays nataldu poète Aimé Césaire. L'étude incorpore la description des différentes versions du poème depuis 1939 et les derniers acquis de la recherche sur l'élaboration de ce texte-palimpseste. Cette lecture aborde, le Cahier césairien dans son intégralité explorant une intertextualité riche et les strucures anthropologiques de l'imaginaire du poète.
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Aimé Césaire Cahier d’un retour au pays natal
Classiques francophones Collection dirigée par Hédia Khadhar La Collection « Classiques francophones » propose des analyses critiques d’œuvres aujourd’hui incontournables de la littérature francophone. Didactique et bien fournie sur le plan documentaire, elle s’adresse en priorité aux enseignants et aux étudiants. Déjà parus Afifa et Samir MARZOUKI,Individu et communautés dans l'œuvre littéraire d'Albert Memmi, 2010. Charles BONN,Kateb Yacine :Nedjma,2009. Lilian PESTRE DE ALMEIDA,Aimé Césaire: Cahier d’un retour au pays natal, 2008. Brigitte RIERA, Journaliersd’Isabelle Eberhardt, 2008. Afifa MARZOUKI,Agard’Albert Memmi, 2007. Gabrielle SAID,Ti-Jean l’horizonde Simone Schwartz-Bart, 2007. Martine MATHIEU-JOB,Le Fils du pauvrede Mouloud Feraoun, 2007. Lilian PESTRE de ALMEIDA,Cahier d’un retour au pays natald’Aimé Césaire, 2007.
Lilian Pestre de Almeida
Aimé Césaire Cahier d’un retour au pays natal
© L'Harmattan, 20125-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56959-1 EAN : 9782296569591
Présentation Ce volume de la collection L’Harmattan est une introduction auCahier d’un retour au pays natal,d’Aimé Césaire : il s’adresse aux étudiants et au public cultivé en général. Il intègre les derniers résultats de la recherche.  Lire leCahier est une tâche à la fois urgente et difficile : urgente car le poème reste, malgré l’admiration unanime et le foisonnement des études, assez mal connu ; difficile, l’accès à une édition critique et génétique du texte n’étant pas encore possible. Nous utilisons ici comme texte de référenceAimé Césaire:Poésie. La établie par Daniel Maximin Édition et Gilles Carpentier. Seuil, 1994. Dans les citations, ce volume est indiqué par l’abréviationLa Poésie.  LeCahierde Césaire est, depuis les textes de Breton, «Un grand poète noir» et de Sartre, «Orphée noir», l’objet d’innombrables thèses, études et commentaires. C’est de loin le texte le plus cité et le modèle le plus invoqué de la poésie de la Négritude.  Cependant, l’absence d’une édition critique a rendu assez rapidement obsolètes plusieurs de ces études et commentaires. L’édition critique duCahierest enfin en cours de préparation.  On oublie souvent ceci : leCahiera mis plus de vingt ans pour atteindre l’édition, dite définitive par le poète lui-même, celle de Présence Africaine, de 1956. Sur une période faste de la production césairienne qui va de 1939 jusqu'à la publication du recueilLes Armes miraculeusesen 1946, par Gallimard, ou encore l'édition définitive duCahier1956 par Présence en Africaine, il y a finalement peu d'études d'ensemble vraiment importantes : nous les indiquons à la fin de ce volume. C’est pour Césaire une période bouillonnante de créations extraordinaires et d’expériences radicales, de poèmes fulgurants, polysémiques, parfois énigmatiques.  LeCahierrassemble lui seul la presque totalité des études et plutôt rares sont encore les tentatives systématiques de lecture du poème tout entier. De tout cet ensemble poétique couvrant dix, vingt ans de production, on a fini par garder à la mémoire un certain nombre de passages et d'images, et par établir petit à petit une sorte d'anthologie de base, c’est-à-dire,
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un découpage d’extraits, - le plus souvent les passages les plus clairement « engagés » ou les moins opaques -, sur le héros, le rebelle, la révolte, le marronnage, la négritude et l'identité. Ce découpage offre cependant, dans la plupart des cas, une vision édulcorée, platement didactique et fade de la poétique césairienne : il élimine la polysémie et appauvrit, de façon parfois désastreuse, la trame intertextuelle. Parfois même la lecture la plus courante frise le contresens. Il y a une raréfaction de la densité et partant de l'opacité. Les passages les plus obscurs - ou les plus éblouissants - restent le plus souvent ignorés, presque oubliés, sans un effort de lecture.  On trouvera donc dans les pages qui suivent une lecture du poème à savoir :  a) une biographie résumée de l’auteur (chapitre I) ;  b) la description des différentes versions publiées du poème (chapitre II) ;  c) l’analyse de l’évolution duCahier, de 1939 à 1956 (chapitre III) ;  d) l’étude des principaux mouvements du poème, composé comme une grande symphonie (chapitre IV) ;  e) lecture synthétique de ses principaux thèmes, distribués dans ses trois grands mouvements, dégageant en particulier le début, le milieu et la fin du poème (chapitre V) et  f) l’analyse des structures anthropologiques qui informent l’imaginaire césairien (chapitre VI).  Suivent encore trois courts chapitres : la conclusion centrée sur des aspects fondamentaux du poème à savoir : son inachèvement intrinsèque et son rapport vital à l’oralité traditionnelle, son rythme alternant systoles et diastoles et enfinl’occultation d’un certain nombre de thèmes qui restent sous-jacents à la trame poétique (chapitre VII) ; un choix de témoignages de poètes ou prosateurs importants sur leCahierpouvant servir comme points de départ pour de nouvelles lectures (chapitre VIII) et une brève bibliographie commentée (chapitre IX).
I. Biographie d’Aimé Césaire La composition duCahier s’échelonne sur plus de vingt ans, à partir des notes prises par le poète pendant l’été 1935 : pour cette raison, la biographie de Césaire ci-dessous insiste surtout sur les années de formation et la première phase de sa production. Sont indiquées aussi les rencontres fondamentales -rencontres de personnes, d’oeuvres et de lieux - qui ont marqué profondément l’homme et son oeuvre. On veut suggérer ici, de façon très générale, une trame d’échanges et de thèmes, de questions et d’intérêts communs. L’élaboration duCahiers’insère dans un réseau intertextuel (à la fois classique et résolument moderne) particulièrement dense et annonce à distance bon nombre des textes du poète. Ce poème constitue la matrice même de l’œuvre césairienne. 1. Les années de formation : de la Martinique natale à la findes études à Paris (1913 -1939) Cette période initiale va de la naissance du poète dans un petit bourg du nord-est de la Martinique à la finde ses études à Paris. 1913 -Naissance d’Aimé Césaire le 26 juin au sein d’une famille nombreuse et pauvre à Basse Pointe, petite commune du nord-est de la Martinique, au bord de l’Atlantique. La côte y est sauvage et la montagne, très boisée. Son grand-père est le premier Noir enseignant en Martinique ; sa grand-mère, de façon tout à fait inhabituelle pour une femme de sa génération, sait lire et écrire et apprend à ses petits-enfants à lire très tôt. Fernand, le père, est petit fonctionnaire. Eléonore, la mère, est couturière. 1931- À 18 ans, Aimé Césaire, élève brillant du Lycée Schoelcher de Fort-de-France, quitte la Martinique comme boursier. Il entre au lycée Louis le Grand, à Paris. Il y rencontre, dès son arrivée, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor (né à Joal
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en 1906), son aîné de quelques années, qui le prend sous sa protection.  Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Césaire et son ami Léon-Gontran Damas (né à Cayenne en 1912 et son condisciple au Lycée Schoelcher pendant les années 1925-1926) découvrent progressivement la composante africaine de leur identité à mesure qu’émerge chez eux une conscience plus claire de la situation coloniale vécue dans leurs pays d’origine. Damas, dans ses œuvres, évoquera la Guyane et Césaire, la Martinique. 1934 - Septembre : Césaire fonde avec ses amis africains et antillais (le Guyanais Léon-Gontran Damas et les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), la revueL’Etudiant noir(six numérosen deux ans). C'est dans les pages de cette revue que s’ébauche le concept de la négritude mais le mot, lui-même, n’apparaît pour la première fois qu’en 1939, dans le poèmeCahier d’un retour au pays natal.  Le concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l'oppression culturelle du système colonial, vise à rejeter d'une part, le projet d'assimilation culturelle et d'autre part, la dévalorisation du fonds culturel africain.  Une jeune étudiante martiniquaise, Suzanne Roussi, travaille à la rédaction de la revueL’Etudiant noir. Césaire l’épousera en 1937.  Césaire et Senghor, devenus très proches, lisent les écrivains américains de la Harlem Renaissance, comme Langston Hugues, Claude Mc Kay, Countee Cullen. Ils s’intéressent également aux travaux d’anthropologues tels que Léo Frobenius ou Maurice Delafosse. Césaire fréquente le Musée de l’Homme et le Louvre, surtout les Antiquités égyptiennes. Damas suit les cours de Marcel Mauss. Ces lectures et ces recherches, ces échanges et ces questionnements feront de Césaire, Senghor et Damas, les pères de la Négritude. Césaire est admis à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm et deviendra président de l’Association des étudiants martiniquais.
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