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Alfred de Vigny

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97 pages

Enfin nous sommes en présence d’un poëte, qui n’a point embourbé dans l’ornière politique sa noble indépendance, et qui passe dédaigneusement sous l’arbre de l’ambition sans cueillir un seul de ses fruits d’or, si éclatants, si enviés de la foule, si doux aux lèvres, si amers, au cœur.

Le comte Alfred de Vigny, comme beaucoup de nos illustres, n’a pas été piqué de la tarentule.

Il comprend qu’on ne dresse jamais à un homme un double piédestal, et que le public jaloux se montre souvent offusqué de l’éclat d’une première auréole, preuve évidente qu’il y a folie à en demander une seconde.

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Eugène de Mirecourt
Alfred de Vigny
ALFRED DE VIGNY
ALFRED DE VIGNY
Enfin nous sommes en présence d’un poëte, qui n’a p oint embourbé dans l’ornière politique sa noble indépendance, et qui passe dédai gneusement sous l’arbre de l’ambition sans cueillir un seul de ses fruits d’or, si éclatants, si enviés de la foule, si doux aux lèvres, si amers, au cœur. Le comte Alfred de Vigny, comme beaucoup de nos illustres, n’a pas été piqué de la tarentule. Il comprend qu’on ne dresse jamais à un homme un double piédestal, et que le public jaloux se montre souvent offusqué de l’éclat d’une première auréole, preuve évidente qu’il y a folie à en demander une seconde. Depuis Aristide, qu’Athènes s’ennuyait d’entendre nommerle Juste,jusqu’à Lamartine frappé d’ostracisme par nos bourgeois ingrats, les pages historiques témoignent pour nous. Donc, Alfred de Vigny n’est pas seulement un grand poëte, c’est un sage. Né à Loches, le 27 mars 1799, il vit le dix-huitième siècle à son, déclin, et salua le dix-neuvième, où son génie allait tracer un sillon radieux. Son père, ancien officier de cavalerie, s’était distingué dans la guerre de sept ans. Alfred fut bercé au récit de ses campagnes. Il sava it le nombre des glorieuses blessures du soldat de Louis XV, et l’un des jeux f avoris de son enfance était de faire rouler entre ses doigts une balle que les chirurgie ns avaient oublié d’extraire du genou paternel. Aux heures les plus sanglantes de la Révolution, le père et la mère d’Alfred de Vigny ne. s’étaient point décidés à fuir. Ses oncles seuls émigrèrent et prirent du service dans l’armée de Condé. L’un d’eux, Hilaire de Vigny, revenant de l’exil à la suite des Bourbons, et apprenant qu’une jeune personne avec laquelle il devait s’unir était morte en son absence, fut saisi d’une douleur si vive qu’il renonça au monde et à l a cour pour aller s’ensevelir dans la retraite. Cet autre de Rancé pleura sous le froc monacal un amour perdu. Il écrivit à la famille qu’on pouvait partager ses biens terrestres, et ne tarda pas à descendre dans la fosse que sa bêche de trappiste avait creusée. La mère de noire poëte était fille de l’amiral Baraudin, et cousine du grand navigateur 1 qui chercha les traces de l’infortuné La Peyrouse . Femme charmante et douée d’une beauté de reine, elle joignait aux attraits extérieurs les dons les plus riches de l’intelligence, les qualités de l’âme les plus douces. Elle éleva 2 son fils, non pas au château du Tronchet, comme l’affirment certains biographes , mais à Paris même, au faubourg Saint-Honoré, que l’auteur deCinq-Marshabite encore., Externe à l’institution de M. Hix, Alfred en devint bientôt le plus brillant élève. Il se livrait à l’étude avec une constance infatigable et ne cessait un travail que pour en commencer un autre. Tous les jours, à la sortie de l’institution, il trouvait un répétiteur qui l’attendait chez sa mère. On ne quittait les livres que fort avant dans là nuit. Ce fut de la sorte que notre héros contracta sa chère habitude du travail nocturne, que rien jusqu’ici n’a pu lui faire perdre. « Il se recueille, — pour lui emprunter une de ses belles et poétiques expressions, — dans le silence adoré des heures noires. »  — La nécessité d’un long sommeil, dit M. de Vigny, est un paradoxe inventé par les sots qui n’ont rien à dire et les paresseux qui n’ont rien à faire. Trop dormir n’est-ce pas
se voler soi-même et dérober à la vie des instants précieux ? A douze ans, le jeune élève était un véritable puits de science. Il s’indignait, au lycée, de la marche trop lente des études. — Mais, s’écriait-il, faites-moi donc traduire laVie d’Agricola !faites-moi donc traduire tout Tacite ! La fièvre du savoir le dévorait. Au milieu de ce continuel labeur sa santé ne tarda pas à subir une altération visible, et la famille s’éleva contre madame de Vigny, qui ne j ugeait pas à propos de modérer l’empressement qu’Alfred avait de s’instruire. — Eh ! s’écriait une vieille tante, vous nous tuez cet enfant-là ! — Que voulez-vous ? répondait la comtesse d’un air triste : je sais bien que l’excès du travail maigrit son corps et pâlit ses joues ; mais il faut aujourd’hui qu’un homme sache tout à dix-sept ans ; car, après cet âge, la guerre l’enlève à l’étude, et nous le prend, hélas ! à nous-mêmes. Alfred s’occupait avec l’abbé Gaillard, son répétit eur, non-seulement de ce qu’on enseignait au lycée, mais encore de tout ce qu’on n ’y enseignait pas ou de ce qu’on y 3 enseignait mal . Nous
1Le baron de Bougainville.
2uce, que les deux mois des On n’allait passer à ce château, situé dans la Bea vacances, septembre et octobre.
3Pour les arts d’agrément, on lui donna les meilleurs maîtres. Il eut pour professeur de dessin Girodet-Trioson, le peintre illustre.