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Aliénor McKanaghan (Tome 2) - Samhain

De
288 pages
"Le jour de mes 18 ans, j’ai eu un pressentiment. Comme si l’univers tentait de me prévenir d’un danger. J’aurais dû l’écouter. Je voulais connaître la vérité sur ma famille, et maintenant que je sais tout, je m’en passerais volontiers. Aujourd’hui, je me retrouve coincée avec Milàn, mon alter ego, mon mentor, mon mec. Enfin, en théorie, car nous sommes un peu en froid, ces derniers temps. Il est bien décidé à mettre en échec la prophétie censée sceller mon sort. Oui, mais… perso, j’ai d’autres chats à fouetter. Et Dieu sait que j’adore les chats !"
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Constant Laetitia
Aliénor McKanaghan
Samhain
Maison d’édition : J’ai lu
© Éditions J’ai lu, 2016 Dépôt légal : mars 2016
ISBN numérique : 9782290110485 ISBN du pdf web : 9782290110492
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782290113578
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Présentation de l’éditeur : « Le jour de mes 18 ans, j’ai eu un pressentiment. Comme si l’univers tentait de me prévenir d’un danger. J’aurais dû l’écouter. Je voulais connaître la vérité sur ma famille, et maintenant que je sais tout, je m’en passerais volontiers. Aujourd’hui, je me retrouve coincée avec Milàn, mon alter ego, mon mentor, mon mec. Enfin, en théorie, car nous sommes un peu en froid, ces derniers temps. Il est bien décidé à mettre en échec la prophétie censée sceller mon sort. Oui, mais… perso, j’ai d’autres chats à fouetter. Et Dieu sait que j’adore les chats ! »
Couverture : © Gandee Vasan / Getty et Pixabay
Biographie de l’auteur : LAETITIA CONSTANT Née en 1981, Laetitia a grandi au milieu des livres et de créatures telles que Beetlejuice ou Edward aux mains d’argent. Ne vous fiez pas à son calme apparent, son esprit est en perpétuelle ébullition. Pour preuve, Laetitia était plongée dans son bain quand la muse est apparue et lui a soufflé d’écrire Aliénor. C’est donc trempée qu’elle s’est installée devant son clavier pour que ce personnage prenne vie !
© Éditions J’ai lu, 2016
Du même auteur aux Éditions J’ai lu
ALIÉNOR MCKANAGHAN Litha
Quiconque lutte contre des monstres devrait prendre garde, dans le combat, à ne pas devenir monstre lui-même. Et quant à celui qui scrute le fond de l’abysse, l’abysse le scrute à son tour. Friedrich NIETZSCHE
1
J’avais appris malgré moi que la vie était une chienne qu’il fallait baiser avant qu’elle ne vous baise. Malheureusement, elle m’avait pris de vitesse et s’en était donné à cœur joie. Son acharnement avait été sans limites, et le vacarme tout droit sorti de l’enfer qui, à cet instant, m’arracha violemment du sommeil et me fit tomber du lit – littéralement tomber du lit, je veux dire – ne dérogeait pas à sa règle. Le visage embrassant le parquet et les pieds emmêlés dans la couette, je me retrouvai ainsi par terre, les mains plaquées sur les oreilles afin de sauver ce qu’il me restait d’audition. Le rêve dans lequel je pourchassais quelqu’un était d’une réalité terrifiante, à tel point que je ne savais pas si cela était un songe, ou un souvenir. Pourtant, je n’eus besoin que de quelques dixièmes de secondes pour émerger du brouillard dans lequel je me trouvais et reconnaître la musique. Ce son, cette force quasi animale, ces guitares, cette voix 1 glissante et torride hurlant des paroles sombres…«Battle of One,marmonnai-je. Cet enfoiré me réveille avecBattle of One» ! Le jour filtrait à travers les volets mal fermés et de vicieux rayons solaires striaient les murs de ma chambre. Je jetai un coup d’œil mauvais au radio-réveil et celui-ci m’indiqua que je ne dormais que depuis à peine trois heures. Le volume sonore de la chaîne hi-fi du salon était insupportable et je savais très bien que Milàn avait conscience que tout ce cirque allait me rendre dingue. J’étais persuadée qu’il se vengeait d’il y avait trois jours, quand j’avais changé le CD de la salle de bains sans le prévenir. Il avait eu la désagréable surprise – selon ses critères – de se doucher avec du Rammstein à fond la caisse. Son cri de rage avait résonné dans toute la maison et je m’étais chopé une crampe aux abdominaux à force de me marrer comme une baleine. Cet incident avait été totalement fortuit mais était tombé à pic. Il avait sonné comme un message, celui qui l’informait que oui, moi aussi, je pouvais le torturer. Je poussais un gémissement. Cette journée s’annonçait à l’image de toutes les autres depuis cinq ans. Mal. Une demi-décennie, c’était long et court à la fois. Du fait de leur immortalité, les vampires n’avaient pas la même notion du temps que les humains. Parfois cela me semblait une éternité, et parfois, la soirée de mes dix-huit ans, celle où tout avait basculé, me paraissait avoir eu lieu hier. C’était déstabilisant et peu naturel pour moi de vivre sans repères temporels. Chaque jour, je devais m’en créer de nouveaux tout en m’adaptant quotidiennement à l’horloge et au calendrier grégorien. Par la faute de Milàn, j’étais devenue une suceuse de sang. Une créature identique à celles que je devais traquer afin de protéger mes semblables. C’est lui qui m’avait fait ça et, pour se déculpabiliser, il me saoulait avec de pathétiques histoires. Une chance, qu’il disait. Tu parles, une malédiction, oui ! J’avais tout perdu. Je n’étais plus maître de mon existence, ni de mes besoins primaires. Je me retrouvais esclave de mes sens et par extension, des
siens. Il aurait dû me laisser crever sur le champ de bataille au lieu de faire sa foireuse tentative de sauvetage. Depuis cinq longues années, le résultat de ce fiasco était que tous les jours de mon après-vie merdique, il m’imposait un entraînement intensif. Pas de combat, pas de maniement d’armes. C’était bien pire. Pendant des heures, il m’attachait, affamée, dans un coin du sous-sol avec des chaînes en argent et un collier étrangleur identique à celui des chiens d’attaque. Il fermait toutes les issues, puis faisait entrer un chat. Oui, un chat. Un joli, mignon et très appétissant chaton tigré, avec des yeux bleus perçants et un petit nez tout rose. Je salivai devant cette boule de poils qui reflétait plus un repas gastronomique qu’une peluche. Son objectif ? Me torturer. Le but des fers ? Éviter que je saigne à blanc cette pauvre bête. Ma mission ? Faire du yoga avec mon déjeuner dans la pièce pour apprendre à maîtriser mes instincts de prédatrice. Un jeune vampire, c’était dangereux, mais moi, je l’étais encore plus. J’étais Armageddon. J’étais une arme de destruction massive avec des talons hauts, et il s’était mis en tête de faire de moi un parfait super soldat. Une 2 3 version vampirique d’un Steve Rogers saupoudrée d’un soupçon de Hulk . Enfin, sans son immonde couleur verte, cela va s’en dire. Exécutant des mouvements dignes des plus grandes contorsionnistes, je parvins à me glisser près de la fenêtre afin de fermer les stores et de tirer correctement les rideaux occultant. Il faisait un temps magnifique à l’extérieur. Le soleil brillait de plein feu et le ciel avait une couleur azur sans aucune imperfection. La nature vaquait à ses occupations et la faune me gratifiait d’un concert de cris, de caquetages joyeux et de plénitude animale. Ceci m’exaspérait, car je ne pouvais pas en profiter. J’étais coincée ici, prisonnière d’un tyran aussi sexy qu’impitoyable et sentir le nid chargé d’oisillons dans l’arbre situé à seulement quelques mètres de moi augmentait mon inconfort. Qu’est-ce que j’avais la dalle ! Et Milàn qui continuait de passer en boucle sa maudite chanson… J’étais persuadée que ce type voulait ma mort, et qu’il l’obtiendrait, à l’usure. — Allie ! Qu’est-ce que tu fais encore là-haut ! Je t’attends depuis un quart d’heure et ma patience a des limites ! Depuis mon changement, mes relations avec lui étaient un peu – comment dire ? – tendues. Même si, par peur de l’avenir, j’avais un temps envisagé l’éventualité qu’il puisse me changer, j’éprouvais beaucoup de rancœur. Je n’avais pas choisi la route qui s’ouvrait devant moi et je comptais bien lui faire payer tout ce merdier. Après tout, il fallait bien un coupable et il était le bouc émissaire idéal. Être un vampire compliquait relativement mon existence, mais également la tâche qui était la mienne. Je considérais qu’il était injuste que je sois la seule à souffrir. Je grognai, m’écartai de la fenêtre et me relevai. — J’en ai marre, soufflai-je, les dents serrées en me dirigeant vers la porte. — Je t’ai entendue ! — Tortionnaire de mes fesses… poursuivis-je. — Je t’ai encore entendue ! Et si tu m’insultes une nouvelle fois, ça va mal se terminer, Allie ! me menaça-t-il. — C’est ça, parle à mon… Je n’eus pas le temps d’achever ma phrase qu’il se tenait devant moi, l’air furieux. Il m’attrapa et, d’une main, m’emprisonna le cou aussi facilement que le goulot d’une bouteille. Par instinct de survie, je cherchais à lui faire relâcher sa prise en tirant sur ses
doigts, en vain. Il m’étranglait, pourtant ses yeux envoyaient un message contraire à l’expression peinte sur son visage. Ses traits exprimaient de la colère et son regard, de la peine. Il leva le bras et mes pieds ne touchèrent plus le sol. Les jambes pendant dans le vide, je tentai de me libérer en gigotant comme un ver au bout d’un hameçon. — Lâche-moi, putain, gargouillai-je. — J’en ai plus que ma claque de ton comportement. Merde, Allie, tu es un Uansìth ! Reprends-toi ! Cela dure depuis cinq ans et tu ne te contrôles toujours pas ! explosa-t-il. Il renifla dédaigneusement et me jeta sans ménagement. Pour la deuxième fois de la matinée, je m’écrasai comme une merde sur le parquet de ma chambre. Piquée au vif, je le fixai bien droit dans les yeux et me redressai. Ma gorge me lançait et m’aurait 4 probablement fait un mal de chien si mes nocicepteurs n’avaient pas été perturbés par les effets secondaires d’une certaine morsure. Par habitude j’eus envie de la frotter mais je n’en fis rien. Cela lui aurait sûrement fait plaisir de constater qu’il m’avait atteinte. — Tu me déçois, continua-t-il. S’il y a bien une personne qui aurait dû accepter sa transformation, c’est toi. Tu ne peux plus vivre ta vie d’humaine, mais tu restes un Uansìth. Ton rôle est de protéger les tiens, quoi qu’il en coûte et le fait que tu sois un vampire ne t’empêche en rien de mener à bien ta mission. — C’est toi qui le dis, m’entêtai-je. — Si tu te décidais à apprendre, tu pourrais utiliser ces nouvelles capacités à ton avantage. Rappelle-toi que tout le monde te croit morte. C’est un atout inestimable ! Je cherchai une réplique cinglante à lui balancer, mais rien ne me vint. Enfin si, mais j’étais tellement furieuse contre lui que les mots qui me brûlaient les lèvres auraient rendu la situation encore plus explosive. Je le fixais rageusement. Lui avait subitement recouvré son calme et il me renvoyait paisiblement mon regard. Aucune émotion ne brillait dans ses splendides yeux reptiliens et mes nerfs ne purent supporter plus longtemps cette subite et insupportable impassibilité. Je me jetai sur lui en feulant, tous crocs dehors, bien résolue à lui faire ravaler son air supérieur et ses bonnes paroles. Manque de bol, la dernière chose que je vis avant de m’écraser sur le mur opposé de la pièce – et de perdre connaissance –, ce fut son poing percuter mon visage. Encore une fois, je me réveillai dans le sous-sol de la maison, prisonnière de mes chaînes en argent. Plus je me débattais, plus le collier étrangleur se resserrait autour de mon cou, et chaque fois que je me retrouvais là, je finissais par m’évanouir. Être asphyxiée par cet objet de torture dix fois par jour ne pouvait pas me tuer, mais cela n’était pas des plus agréables non plus. J’encaissai toujours, par la suite, une sacrée migraine et à cet instant, le marteau-piqueur se mit à l’œuvre dans ma tête. Je me fis la réflexion que mon pressentiment avait été juste : cette journée était pourrie. Je fermai les yeux en soupirant. Autant je considérais comme justifiée mon attitude envers Milàn, autant ses accès de violence à mon égard m’inquiétaient un peu. Je me sentais entre un chien de chasse et une prostituée de maison close aux prises avec un client pervers. Être enchaînée, ne pas être libre de mes mouvements, être à la merci de quelqu’un qui pouvait m’égorger ou me violer selon son humeur sans que je ressente la moindre souffrance, ni même que je n’en garde de souvenir m’angoissait. Je pensais le connaître suffisamment pour me convaincre, lorsque j’étais moi-même cohérente, qu’il n’oserait jamais me faire de mal. Quoique, peut-être me fourvoyais-je et qu’il finirait par me tuer. Cela dit, encore une fois, j’avais été stupide. J’avais agi instinctivement, sans me poser de questions. Qu’est-ce que j’imaginais ? Que Milàn allait me laisser lui mettre une raclée juste parce que j’étais énervée ?
J’en avais franchement marre de passer des heures dans ce sous-sol glauque, mais tant que je ne parviendrais pas à me maîtriser, il était clair que j’en étudierais souvent les contours. En y réfléchissant, « glauque » n’était pas vraiment le terme approprié pour décrire ce lieu. Sombre, gris, déprimant, mais immaculé, convenait mieux. Tout y était tellement propre que j’aurais pu manger par terre. Enfin, si j’avalais encore de la nourriture solide… Je pris une grande inspiration. — Milàààààn ! hurlai-je pour le faire rappliquer. Milàààààn ! Il se montra au bout de dix minutes, affichant un air suffisant. Mis à part le soir du bal, je ne l’avais jamais vu arborer autre chose que ses vêtements noirs. Sa matière de prédilection était le cuir, mais là, son pantalon était plus fluide et moins près du corps. Et bien sûr, pour m’exciter un peu plus, il ne portait pas de chemise, et ses pieds étaient nus. Mais d’où venait-il ? Il était complètement habillé lorsque nous étions dans ma chambre. — Ça y est, tu es calmée ? me demanda-t-il. — Je rêve ou tu m’as frappée ? — Tu ne m’as pas laissé le choix, dit-il. — Tu m’as fait mal. — Tu ne ressens pas la douleur, affirma-t-il. — Non, mais une gêne comparable. N’empêche, tu aurais pu me faire mal, vu que je ne suis pas comme toi, répliquai-je, de mauvaise foi. — Les vampires sont insensibles, ou presque. — Justement, c’est sur le « presque » que je me permets d’insister, argumentai-je. — Donc, réitéra-t-il, tu es calmée ? — Ouais, bougonnai-je. Sois gentil, détache-moi. J’en ai marre d’être là. Il me scruta quelques instants. — Je vais y penser. Peut-être. Mais avant, j’ai quelqu’un à te présenter, finit-il par me répondre. Il demanda, d’un geste, à une personne de venir. Une fille entièrement vêtue de cuir fuchsia – sérieux, serais-je le seul vampire à ne pas être obsédé par les fringues en peau de bête ? – et extrêmement vulgaire se posta à côté de lui. Une nana ? Avec lui ? Et il était à moitié à poil ? Non, il n’aurait pas osé… Si c’était le cas, je les tuerais tous les deux. Il ne m’avait plus touchée depuis la parade, il y avait cinq ans de cela, mais nous étions toujours officiellement ensemble. Enfin, aux dernières nouvelles. Je le haïssais encore plus en me souvenant de la promesse qu’il m’avait faite. Celle de ne plus me mettre dans son lit tant que je ne me serais pas acceptée telle que j’étais. Apparemment, il avait surestimé ses talents en pensant que cela serait pour moi une motivation suffisante… Les bras croisés sur la poitrine, la poupée gonflable me toisait. Un rire rauque et moqueur montait de sa gorge. Soudain hilare, elle descendit l’escalier, me rejoignit puis s’accroupit devant moi. Son parfum me donnait envie de vomir. C’était un mélange de patchouli, de vanille et de cèdre. Cette odeur me filait la gerbe. Associée à celle qui la portait, je ressentais carrément un monstrueux besoin de rendre mon petit déjeuner sur ses affreuses bottes de pétasse. — C’est une blague ? railla-t-elle en me détaillant de pieds en cap. Elle se releva et se tourna vers Milàn, les mains posées sur les hanches, se tenant comme la péripatéticienne qu’elle était. — Chéri, dis-moi que c’en est une, s’il te plaît. Milàn esquissa une grimace et secoua la tête en signe de dénégation. Je