Allocution d'un citoyen au duc d'Orléans, par M. Collin de Plancy

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Mongie (Paris). 1830. In-8° , 24 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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ALLOCUTION
D'UN CITOYEN
AU DUC D'ORLEANS.
IMPRIMERIE DE CH. DEZAUCHE.
Rue du Faubourg Montmartre, , n°. II.
ALLOCUTION
D'UN CITOYEN
AU DUC D'ORLEANS.
PAR M. COLLIN DE PLANCY.
MONGIE, LIBRAIRE-EDITEUR,
BOULEVART ITALIEN, N° 10.
AOUT 1830.
ALLOCUTION
D'UN CITOYEN
AU DUC D'ORLEANS;
MONSEIGNEUR ,
Vous allez bientôt échanger votre titre d'al-
tesse contre celui de majesté. Permettez à un
citoyen de vous adresser quelques paroles fami-
lières , pendant que vous n'êtes pas encore roi.
Mais vous l'êtes déjà, Sire; toute la France
l'a proclamé, et le choix national se prononce
avec des accens qui ne s'altèreront point. Je de-
vrais sans doute employer les formes d'un plus-
long respect 5 cependant le temps presse ; le
pacte qui doit nous unir n'est pas encore solen-
nel ; et peut-être n'ai-je pas toutes choses fri-
voles à vous dire.
(6)
Nous savons bien qu'il ne sera pas nécessaire
qu'un page vous dise chaque matin, comme à
Philippe de Macédoine : Souvenez-vous que
vous êtes un homme. La vie entière de votre
altesse nous est un sûr garant de ce que nous
devons attendre de votre majesté, et nous ne
demanderons au roi de France que les vertus du
duc d'Orléans (1).
Celui qui se montra toujours libéral et popu-
laire , qui combattit, dès son aurore, dans les
rangs de la nation, pour la cause de liberté ;
qui honora le nom français chez l'étranger ; qui
de retour parmi nous, adopta nos idées géné-
reuses et sourit à toutes nos gloires, ne demen-
tira pas une vie si pure et si belle, et n'abjurera
jamais des qualités qui lui ont donné nos coeurs,
je veux dire l'honneur et la franchise.
C'est surtout cette dernière qualité, Monsei-
(1) Le nom d'Orléans nous fut généralement heureux.
Louis XII, le plus grand de nos rois , avait été duc d'Or-
léans d'abord. Il porta sur le trône plus de vertus qu'il n'en
n'avait promis. Devenu roi, on le pressait de venger quel-
ques iojures précédentes. « Le roi de France, répondit-il ,
ne connaît pas les injures faites au duc d'Orléans. »
(7)
gneur, qui brillait par son absence à la cour du
feu roi (1).
Vous savez ce que l'hypocrisie a semé; vous
voyez ce qu'elle vient de recueillir.
Les Français aimeraient mieux, dit-on, un
sceptre de fer dont ils pourront mesurer le
poids, qu'un caillou paternel caché dans un chaus-
son de velours. Napoléon et Charles X en ont
donné la preuve.
Personne , Monseigneur , ne m'a accordé
mission de vous remettre ces notes; mais je m'y
suis enhardi, dans la certitude où je suis que je
vais porter à votre oreille l'expression entière de
l'opinion publique.
Et d'abord, quoique votre modération vous
ait toujours éloigné de rechercher le trône, qui
vous attend, surtout depuis dix ans, votre
majesté ne peut pas se voir sans orgueil à la le le
du premier peuple du monde.
Il y a long - temps que l'empereur Maximi-
lien disait : « Si j'étais Dieu le père, et que j'eusse
(1) Je dis le feu roi, parce qu'il ne l'est plus. Feu, eu-
vieille orthographe, est le participe passé du verbe être. Le
feu roi , relui qui fut roi.
(8)
deux fils après moi, je ferais l'aîné dieu , et le
second roi de France. »
Que de grandes choses se sont passées depuis !
Un lord disait hier qu'il donnerait toute sa for-
tune pour être Français. On démontrait déjà
dans l'autre siècle que si nous avions su écrire
notre histoire, nous avions cent fois la splen-
deur des Romains et des Grecs. Et vous avez vu,
jeune citoyen, cette première révolution belle
de tant de merveilles ; ces victoires dont le
souvenir grandit tous les jours ; cette marche
triomphale du peuple français au milieu du
monde fier de le suivre de loin ; ces lois créées
parla nation; ces travaux gigantesques qui ont
abîmé le chaos féodal, et surtout, Monsei-
gneur , ce caractère qui, dans les derniers jours
de juillet, vient de nous placer pour jamais au
faîte de la civilisation humaine.
Oui, un prince doit être fier de régner sur
une nation si magnanime , si généreuse et si
grande ; si calme dans les revers , si noble dans
les succès, si imposante devant ses ennemis , si
dévouée à ceux qui l'aiment ; et avec cela si
gaie (1) et si vivante, qu'il n'est pas possible
(1) On faisait des calembourgs le soir même de l'affreuse
(9)
de penser que Dieu nous ait fait de boue et de
crachat comme les autres peuples. Il y a en
nous de la flamme ; et, certes , nous vivons en
un an vingt ans de la vie d'un Allemand ou d'un
Suisse.
Il n'y a qu'un esprit étroit des anciens jours
qui puisse se complaire à gouverner des esclaves
et des muets. Un prince digne seulement du
nom d'homme ( et un roi doit être quelque
chose de plus), cherche à régner sur des hommes
éclairés. Il se croit d'autant plus grand, que la
nation qu'il dirige est moins abjecte. De don
Miguel à un gardien de troupeaux il n'y a cer-
tainement qu'un pas ; d'un roi à Don Miguel il
y a deux mille ans de chemin.
Un souverain de jadis était heureux, lors-
qu'il avait parmi ses sujets beaucoup de nobles.
Sire , vous allez régner sur trente millions
d'hommes, en qui tous sont innées les plus
héroïques vertus qui quelquefois ont constitué
la vraie noblesse.
journée du 28 juillet. Un brave faisant allusion au jour de
la prise de la Bastille, disait en rechargeant son fusil: « On
dira tout ce qu'on voudra du 14 juillet, mais ce ne sera
jamais que la moitié du 38.

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