Allocution prononcée dans l'église Saint-Nicolas de Rethel, à l'occasion du service funèbre célébré pour les victimes de la guerre de 1870-1871, par M. l'abbé Th. Pierret,... (2 août 1871.)

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impr. de A. Torchet (Rethel). 1871. In-8° , 18 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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ALLOCUTION
Prononcée dans l'Eglise de Saint-Nicolas de Rethel
A L'OCCASION
DU SERVICE FUNÈBRE
CÉLÉBRÉ
POUR LES VICTIMES DE LA GUERRE DE 1870-1871
PAR M. l'Abbé Th. PIEBRET
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/ .~."-'"' 1. ' vV\ (* Août 1871.)
Moriamur in virtute propter fratres
nostroSj et non inferamus crimen glorioe
nestroe.
t Mourons courageusement pour nos
« frères et ne souillons pas notre gloire, n
I. Mach., ix, 9.
RETHEL
IMPRIMERIE ALPH. TORCHET, RUE NEUVE, 22.
1871
FÊTE FUNÈBRE DU 2 AOUT
Le Mercredi 2 août, une solennité des plus imposan-
tes se célébrait dans l'église de Saint-Nicolas de Rethel.
Longtemps avant l'heure iixée, une foule considérable
remplissait ses vastes nets. Ce n'étaient pas seulement
les habitants de la cité qui s'acheminaient vers le vieux
temple, c'étaient aussi des députations de toutes les
Communes du Canton. Tous étaient mêlés, confondus,
mais on sentait que dans tons les coeurs, il n'y avait
que le môme sentiment d'une douleur vive et profonde.
De quoi s'agissait-il donc ? Il s'agissait de célébrer un
service solennel pour le repos de l'âme des soldats morts
dans la dernière guerre.
Cette noble pensée était née dans le coeur des jeunes
gens de notre ville. En un instant la population tout
entière l'avait accueillie avec le plus louable empresse-
ment, et c'est volontiers qu'elle consacra par de pieux
souvenirs les jours ordinairement remplis par les fêtes
de Sainte-Anne.
L'église de Saint-Nicolas avait revêtu pour cette cir-
constance tristement solennelle une ornementation spé-
ciale. Aux tentures ordinaires des services anniversaires
de première classe, de nouvelles tentures avaient été
ajoutées. De larges draperies semées de larmes d'argent
couraient tout le long de la grande nef, contournaient
la tribune du grand orgue et revenaient se rattacher au
sanctuaire. L'antique église avait un aspect vraiment
lugubre.
Un catafalque avait été élevé sur trois gradins recou-
verts de tentures blanches et noires. Sur deux des côtés
étaient placés les beaux candélabres de la chapelle de la
Sainte-Vierge, et leurs gerbes de lumières se mariaient
parfaitement avec les cierges placés au-dessus de la
représentation mortuaire. Une couronne noire avait été
déposée sur la représentation funèbre par une famille
frappéevdans ses plus chères affections et qui s'était ren-
due ainsi l'interprète des sentiments de tous. Les jeunes
gens de la ville, en signe de douleur, avaient placé à la
partie antérieure du catafalque une magnifique couronne
blanche et deux autres étaient appendues à la grille du
sanctuaire. Ajoutons qu'un bouquet de fleurs blanches
avait été déposé par une pieuse main sur le gradin le
plus élevé du catafalque et relevait encore sa décoration
si simple et si riche en même temps. Au-dessus flottait
le drapeau national. Enfin aux colonnes du sanctuaire
étaient suspendues deux tablettes contenant les noms
des vingt-cinq soldats de Rethel morts pour leur pays.
Les jeunes gens de la ville et du canton occupaient
dos places réservées dans, le grand sanctuaire et dans la
chapelle de la Sainte-Vierge. Les hommes debout avaient
envahi toutes les nefs. M. le Sous-Préfet de l'arrondis-
sement, les membres du Tribunal et du Parquet, M. le
maire accompagné de ses adjoints et suivi du Conseil
municipal étaient placés dans les bancs de l'avant-choeur.
Toutes les communautés religieuses et les pensionnais
de notre ville, avaient voulu assister à cette cérémonie;
les premières en avaient bien le droit après avoir prodi-
gué leurs soins les plus dévoués aux soldats de l'armée
de Mac-Mahon lors de son passage à Rethel. Ajoutons
que le clergé rethélois tout entier avait voulu prendre
sa part dans ce deuil public.
Dès les premières paroles de la messe des morts, les
larmes de tant de parents privés de leurs enfants bien-
aimés commencèrent à couler ; il y a tant de douleur
dans nos vieux chants d'église ! Elles coulèrent plus
nombreuses encore lorsque les strophes si solennelles
du Dies iras se firent entendre : Aussi, au moment où
M. l'Archiprêtre monta en chaire, l'émotion était au
comble et lui-même la partageait. Que de larmes cou-
lèrent encore lorsqu'il proclama, pour les recommander
aux prières de tous, les noms de nos soldats morts si
glorieusement. Pendant l'allocution qu'il adressa à son
immense auditoire ces larmes si pieuses ne s'arrêtaient
que pour couler de nouveau.
Au moment de l'offrande, il y eut comme un long
défilé de nos jeunes gens et des soldats qui prenaient
part à cette fête. Tous les costumes militaires étaient
représentés, depuis le costume du marin jusqu'à celui
de franc-tireur. On était heureux de revoir ces soldats
qui avaient échappé à tant de périls, mais le coeur sai-
gnait à la pensée des vides que la mort avait faits parmi
eux.
A l'élévation, le Pie Jesu fut chanté par une jeune
personne de passage dans notre ville. En écoutant sa
voix si douloureusement émue, on croyait entendre les
accents plaintifs de nos deux provinces si violemment ar-
rachées à la Mère-Patrie, et l'émotion de tous en était
plus vive encore.
Cette fête funèbre.a été vraiment imposante, vraiment
digne des sentiments religieux et patriotiques de la po-
pulation rethéloise et tous ceux qui en ont été les témoins
en garderont longtemps le précieux souvenir.
Voici les noms des jeunes gens de Rethel victimes de
la guerre :
MM.
THÉRADE, capitaine d'infanterie de ligne, décédé à Saint-
Privat, sous Metz.
LEROUX, capitaine d'infanterie de ligne, décédé à Cham-
pigny, près Paris.
MACQUART, lieutenant d'infanterie de ligne, décédé à
Sedan.
— 6 —
CARBON, sous-lieutenant d'infanterie de ligne, décédé à
Orléans.
FROMENTIN, décédé à Forbach.
BONNIN, décédé à Wissembourg.
GEORGES, Edmond, décédé à Sedan.
REMY, François, décède à Sedan.
ROLLAND, Joseph, mort à Sault, suite de l'affaire de Se-
dan. -
VANNETELLE, Paul, décédé à Bapaume.
FRÉAL, Alexandre, décédé à Villcrs-Bretonneux.
VERZEAUX, décédé à Pont-Noyelle.
CHALLAND, décédé à Pont-Noyelle.
DANDRIMONT, décédé à Launoy.
BLONDELET, décédé à Saint-Quentin.
MICHEL, décédé à Saint-Quentin.
GGYAIU), décédé à Saint-Quentin.
HENROTTE, décédé à Saint-Quentin.
PROMÉRA, décédé à Rocroi.
TONNELIER, décédé à Pont-Noyelle.
DUCROT, décédé à Coblentz.
RlCUARD, J.
ANCEAUX, décédé à Montretout.
FRABOT, Jules, décédé à Tournus.
CHAVERGNIA, décédé à Paris.
ALLOCUTION
DE M. L'ABBÉ TH. PIERRET, ARCIIIPRÊTRE
Moriamuv in virtute propter fratra
nosiros, et non infcramus crimen glorioe
nosiroe.
« Mourons courageusement pour nos
« frères et ne souillons pas notre gloire. »
I. Macli., ix, 9.
MES FRÈRES,
Tel est le cri par lequel les Machabées s'animaient au
combat; tel est le suprême encouragement qu'ils s'adres-
saient avant, de donner leur sang pour leur pays. Et
lorsque l'ennemi se présentait à eux, ils ne comptaient
pas ses soldats, ils s'avançaient bravement, sans crainte
de la mort, et leur nom était sans tâche et leur gloire
immortelle.
0 noble parole que celle-là, et comme elle convient
au véritable courage. Mourir pour ses frères, arroser de
son sang le sol de la patrie, y jeter par cela même des
semences de résurrection et de vie, conserver intacte la
gloire des ancêtres, telle était la pensée des Machabées,
telle était leur devise. Telles étaient aussi la pensée et la
devise des soldats dont le douloureux souvenir nous
réunit aujourd'hui, dans une commune prière, aux pieds
des autels de Dieu. Comme les Machabées, ils sont allés
en avant, comme eux ils ontbravementcombattu, comme
eux ils sont tombés, comme eux ils sont morts ; je me
trompe, mes frères, car la mort est impuissante sur les
âmes, et le soldat qui tombe après avoir fait son devoir ne

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