Almanach lyonnais, poétique et commercial, par Edouard Firmin

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impr. de A. Vingtrinier (Lyon). 1865. In-8° , XXIII-39 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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ALMANACH LYONNAIS
AiiHAllCH LTIIllIi
Poétique
ET COMMERCIAL.
PAR
^DOUARD FIRMIN.
LYON
IMPRIMERIE D'AIMÉ VINGTRIN1ER
Rue de la Belle-Cordicre, 14.
1865
AU LECTEUR.
Et nous aussi nous avons voulu faire notre Almanach ; et nous aussi
nous avons voulu prendre place à l'étalage du libraire et nous mêler
a la foule bariolée des littérateurs qui marchent sous la bannière de
Matthieu Laensberg. — Nous tenons à placer notre petite pierre dans
cette mosaïque, illustrée par des noms sans doute plus éclatants que
le nôtre, mais quoique nouveau venu dans l'arène littéraire, on nous
pardonnera d'oser produire notre OEuvre en dehors de la grande fabri-
que Parisienne, et d'espérer que le public Lyonnais daignera nous en-
courager dans notre modeste tentative.
■Nous n'aspirons pas au succès de Matthieu de la Drôme, mais on
nous permettra d'oser rêver quelques feuilles du Laurier de la Cuisi-
nière Bourgeoise, cet Almanach de tant de haut goût!
Puisse le Public ne pas condamner notre OEuvre sous prétexte qu'elle
manque de sel, et a vrai dire, nous ne sommes pas sans appréhension
a cet égard, en songeant a la masse de plats épicés et indigestes qu'on
lui fait avaler depuis quelque temps, et qui sont bien susceptibles d'a-
voir altéré la délicatesse de son palais.
On nous pardonnera cependant de n'avoir pas puisé nos inspirations
VI
aux sources qui ont fait naître des chefs-d'oeuvre tels que le Pied qui
r'mue ou Fallait pas qu'y aille, mais nous ne nous sommes pas senti
de force à lutter avec les maîtres du genre, et nous nous bornons à
produire quelques pièces de vers et quelques chansons d'un style moins
épulanl, désirant qu'on puisse leur trouver quelque saveur quoiqu'elles
ne soient émaillées d'aucun mot d'argot parisien.
11 ne nous appartient pas de vouloir chercher a ramener le goût du
Public à la saine littérature, nous n'avons aucune autorité pour cela,
et nous ne doutons pas , du reste, qu'une réaction salutaire ne s'opère
bientôt dans ses tendances ; mais il nous sera bien permis de déplorer
l'espèce de dévergondage de la Muse française, et les symptômes d'abais-
sement de notre esprit public, que trahissent les chansons ineptes qui
nous arrivent depuis quelque temps de la capitale. — Nous ne parlons,
bien entendu, que de la littérature populaire, de celle qui rentre dans
la spécialité des Almanachs, et se traduit en chansons qui courent les
rues, car, Dieu merci! la véritable littérature n'a rien à voir dans tout
cela, et nous n'avons pas a constater que son niveau se soit abaissé ;
en effet, lorsque tous les arts et. toutes les sciences sont en voie de
progrès chez nous, nous ne voulons pas admettre qu'un mouvement
inverse se produise dans la marche des lettres.
On nous permettra encore quelques mots en manière de conclusion
et de profession de foi.
Notre époque essentiellement positive a, en général, peu de goût
pour la poésie versifiée^ et redoute surtout les longs poèmes; sous ce
rapport nous partageons un peu l'opinion de nos contemporains qui
préfèrent les oeuvres légères et condensées dont la lecture peut se faire
en chemin de fer (train express), sans déranger en rien l'économie
du voyage.
Semblables a des gourmets littéraires, qu'on nous permette encore
vu
cette comparaison, nous n'accordons a cette branche de littérature
que la place qu'occupe la Cave à Liqueurs sur la table du gastronome,
c'est-a-dire que nous ne consentons a la déguster que tout autant
qu'elle nous est servie dans des petits verres, ainsi qu'on sert la fine
Champagne ou le Lacrima-Christi ; car notre estomac, blasé ou débilité
par tant de vins frelatés, redoute les boissons capiteuses et ne consent
a les prendre qu'à petites gorgées.
Puissiez-vous, chers Lecteurs , ne pas trouver que nos produits li-
quoreux ( source de l'Hypocrène ) pèchent par l'excès contraire, et que
l'esprit qui'doit être la base des uns et des autres ne domine pas assez
dans nos compositions.
Pour justifier notre titre d'ALMANACH LYONNAIS, nous avons cru devoir
réserver une place dans notre Recueil à des questions plus substantielles,
et nous sommes hasardé a traiter des matières essentiellement finan-
cières et commerciales, auxquelles nous ne sommes pas tout-a-fait
étranger.
Peut-être trouvera-t-on l'antithèse un peu trop heurtée, mais nous
espérons par là nous faire pardonner notre excursion dans le domaine
de la Poésie, et aimons à nous persuader que ceux de nos Lecteurs
qui appartiennent a la classe si nombreuse des commerçants, nous ab-
soudront d'avoir osé aborder des questions qui sont pour ainsi dire a
l'ordre du jour de la polémique, telle que la question du courtage et
celle non moins actuelle de la réglementation du taux de l'escompte de
la Banque, et qu'ils trouveront que cette dernière en particulier ne
manque pas à'inlêrêt.
E. F.
QUESTION DU COURTAGE
COURTIERS POUR LA SOIE.
La mise à l'étude, par le Gouvernement, de la question
que nous abordons, nous autorise à faire connaître notre
opinion sur l'institution des courtiers pour la soie, qui
intéresse plus particulièrement notre ville.
La nécessité d'une réforme dans les principes consti-
tutifs de ce corps privilégié, ayant été surabondamment
prouvée, nous n'avons pas à faire ressortir les vices dont
il est entaché, et devons nous borner à rechercher les
moyens les plus efficaces pour arriver à sa régénération,
en conciliant, autant que possible, les exigences du droit
acquis, avec celles que comporte la liberté des transac-
tions.
Il est certain que, par une extension abusive du prin-
cipe qui a présidé à la création de ces charges, elles sont
devenues, par leur transmission successive, des propriétés
héréditaires, qui les assimilent presque à des immeubles.
X
Tout en faisant la part des droits que cet état de choses
crée en faveur des titulaires actuels de ces charges, il ne
faut pas perdre de vue que le Gouvernement n'a jamais
entendu abdiquer ceux qui résultent de son initiative, et
que le seul fait de s'être réservé la faculté de nommer leurs
successeurs, lui donne celle de reconstituer ces officiers
publics sur de nouvelles bases. — Par une bonne raison,
c'est que, en ayant été le créateur et le dispensateur, il
s'est, par cela même, réservé le droit d'en être le réforma-
teur et même î'abrogateur, si l'intérêt du commerce, en
faveur duquel ils ont été institués, le réclame. Voilà la
question de principe posée; il nous reste à examiner de
quelle façon les titulaires de ces charges, pourront être
équitablement indemnisés., sans que le budget de l'Etat
s'en trouve grevé, car il n'est pas rationnel d'admettre
que le Gouvernement qui a concédé ces charges à titre
gratuit, soit tenu d'en faire le rachat au prorata des prix
auxquels elles sont arrivées. — En un mot, nous préten-
dons qu'elles ne doivent pas rentrer, ainsi qu'on l'a sou-
tenu, dans la catégorie des propriétés qui doivent jouir du
bénéfice de la loi sur l'expropriation pour cause d'utilité
publique, et nous ne voyons qu'un seul moyen de sauve-
garder les droits acquis et de les concilier avec le principe
de l'abrogation du privilège qui les a fait naître, et de la
liberté des transactions au nom de laquelle on demande
leur modification ou leur suppression.
Nous résumons notre pensée dans le programme sui-
vant, que nous soumettons à l'appréciation du Gouver-
nement et à la méditation de messieurs les courtiers.
i°Estimation arbitralede la valeurdes charges actuelles,
XI
distraction faite de la valeur relative de la clientèle affé-
rente à chaque courtier;
2° Garantie de la part du Gouvernement de la somme
formant Ce capital d'estimation ;
3° Faculté au Gouvernement de nommer, sur k pro-
position de la Chambre de commerce, autant de courtiers
que l'importance des affaires pourra en exiger;
1° Ces nouvelles charges seront concédées par le Gou-
vernement à un prix déterminé au profit des titulaires
actuels et jusqu'à concurrence de la somme formant le
capital d'estimation de leurs charges, défalcation faite du
prix réglementaire auquel elles auront été réduites;
5° A partir du jour où le chiffre de cette indemnité sera
atteint, vente au profit de l'Etat des nouvelles charges
qui pourront être créées ;
6° Abrogation du principe délimitation du nombre des
charges, c'est-à-dire du privilège qui en est la consé-
quence abusive,, seulement la création des nouveaux
courtiers ne pourra avoir lieu que sur la proposition de
la Chambre de commerce, qui sera juge de l'opportunité
de ces nouvelles nominations, ce qui sera une garantie
suffisante contre leur multiplication exagérée}
7° Réglementation du taux de courtage par la Chambre
de commerce ; '
8° Faculté de vente de gré à gré, ou de transmission de
leurs charges de la part des courtiers, sur la présentation
et l'acceptation de leurs successeurs, par la Chambre de
commerce, sans immixtion du Gouvernement, dans les
conditions des contrats.
Nous croyons que l'adoption de ce programme don-
XII
nerait satisfaction à toutes les exigences, et tout en sau-
vegardant les droits de chacun, permettrait l'abolition
d'un monopole justement réprouvé sans jeter la pertur-
bation dans l'ordre de choses actuel.
LA BANQUE
ET L'INTÉRÊT DE L'ARGENT
Le renouvellement presque périodique des crises fi-
nancières et l'instabilité du taux de l'escompte, qui affecte,
depuis quelques années, le mouvement des affaires et
trouble l'économie des transactions commerciales et in-
dustrielles, n'accuse-t-il pas, aux yeux de tous les hom-
mes clairvoyants, une imperfection dans le mécanisme de
notre grand établissement financier? Ne tournons-nous
pas dans un cercle vicieux, et ne serait-il pas temps de
revenir à d'autres principes que ceux qui ont servi de
base jusqu'ici a la distribution du Crédit, et à la fixation
du loyer de l'argent? — Est-il juste, est-il rationnel
de faire subir au commerce régulier, par des suréléva-
tions d'escompte tout-à-fait capricieuses et inattendues,
des sacrifices qui, en bonne justice, devraient incomber
exclusivement aux exportateurs de numéraire? — A qui
persuadera t-on que le plus ou le moins d'abondance
XIV
d'espèces métalliques clans les caves de la Banque, doive
être le thermomètre invariable de la fortune publique et
du taux de l'escompte, pourquoi enfin ce dernier chapitre
a-t-il éprouvé depuis une dizaine d'années une progres-
sion aussi inattendue?
L'Europe s'appauvrirait-elle donc au profit d'un autre
hémisphère et sommes-nous menacés de voir la disette
de numéraire succéder au débordement d'or, que nous
faisait présager naguère la découverte des mines de l'Aus-
tralie et de la Californie? Et, en résumé, le remède par
lequel on cherche habituellement à le ramener, a-t-il l'ef-
ficacité qu'on se plaît à lui attribuer?
En élevant le taux de l'escompte, empêche-t-on en réa-
lité l'exportation de l'argent, et n'est-ce pas une illusion
de croire que cette mesure préserve l'encaisse de la Banque
et retient dans ses caves le numéraire prêt à s'en échap-
per? Quanta nous, nous sommes convaincu que cela
n'empêche pas la sortie d'un seul écu ; car la cause qui
produit cette exportation en reste tout aussi impérieuse
et, en dépit des mesures préservatrices de la Banque, on
n'en va pas moins puiser, à son grand réservoir, la contre-
valeur indispensable au solde d'opérations lointaines,
qu'il s'agisse d'achats de blés, de soie ou de coton. Et du
reste, ne serait-ce pas plutôt un malheur'pour le pays.,
si de pareilles mesures avaient pour effet d'arrêter l'élan
de ces exportations et d'empêcher par là les arrivages
de ces matières premières, que nous n'allons demander
au-dehors que lorsque nous en sommes dépourvus ?
Mais là n'est pas encore la question et nous ne vou-
lons faire ressortir les inconvénients de notre système
XV
financier que pour en démontrer l'impuissance, et faire
sentir la nécessité d'une réforme i-adicale.
S'il nous était permis de rééditer, en le renversant, le
fameux axiome qui servit, pour ainsi dire, de programme
à la Révolution de 89, en appelant le Tiers-Etat à la sou-
veraineté, nous dirions volontiers :
Qu'est-ce que le numéraire dans notre organisation fi-
nancière? Tout.
Que doit-il être? Rien.
Nous nous expliquons, et en émettant cette proposi-
tion, nous ne considérons le numéraire qu'au point de
vue de son action sur les variations de l'escompte, car
nous n'avons pas la folle prétention de démonétiser l'or
et l'argent, mais seulement de restreindre leur influence
en leur assignant un rôle plus secondaire que celui qu'ils
ont eu jusqu'à présent. — En un mot, nous voudrions
que le billet de banque fût le seul étalon invariable, le
seul régulateur de la valeur monétaire, tandis que l'or et
l'argent, tout en restant signes monétaires, seraient assi-
milés à une marchandise et pourraient être susceptibles
de jouir d'une prime., sous l'empire de causes fortuites
qui pourraient les raréfier.
Du moment où ce principe sera adopté, l'argent et l'or
ne jouiront plus de la même recherche et leur abondance
succédera à leur rareté apparente; car du jour où leur
disette se ferait sentir, l'appât d'une prime quelconque
les ferait sortir de tous les coffres et les ramènerait à
leur valeur nominale.
Dès-lors, plus d'obstacle à la fixité et à l'uniformité du
taux de l'escompte; car n'est-ce pas une anomalie de voir
XVI
l'intérêt s'élever à 6, 7, 8 et jusqu'à 10 °|0, pour l'escompte
du papier de commerce, présentant la garantie de trois
signatures^ tandis que le porteur de rentes sur l'Etat ou
le prêteur sur hypothèques, ne reçoivent qu'un intérêt de
4 ou 5 °/0 au plus? — Ce rapprochement ne suffirait-il pas
pour prouver la nécessité d'une réforme financière? Mais,
nous objectera-t-on, vous ne pouvez entrer dans une pa-
reille voie qu'à la condition de créer un papier-monnaie
ayant cours forcé et entraînant après lui tous les dangers
des valeurs fiduciaires, et aussitôt on invoquera l'expé-
rience du passé et on croira avoir tout dit en prononçant
le mot assignat Mais il nous sera facile de faire disparaître
cet épouvantail, et de prouver qu'il n'y a absolument
aucune analogie entre notre papier-monnaie et celui au-
quel on voudrait l'assimiler. — Nous soutenons même
que le billet de banque actuel, créé et mis dans la circula-
tion d'après les principes qui régissent la Banque de
France, présente plus d'inconvénients et de dangers que
n'en présenterait îe papier de circulation avec cours forcée
que nous voudrions voir lui succéder ; pour cela, nous
n'avons qu'à rappeler ce qui s'est passé en 1848, où la
Banque fut obligée de suspendre ses paiements en espèces,
et nous demanderons à nos contradicteurs, si le même
fait ne pourrait pas se renouveler du jour au lendemain,
par suite d'une panique quelconque, où tous les porteurs
ou même la moitié seulement, viendraient à la fois de-
mander leur remboursement en espèces ? Conviendra-t-
on alors que la valeur de ces billets n'est qu'une fiction ,
et ne vaudrait-il pas mieux alors adopter un système plus
rationnel, en supprimant complètement l'encaisse métal-
XVII
lique, tout à fait improductif, qui n'en est que le repré-
sentant illusoire. Mais, nous dira-t-on, en quoi consistera
donc le capital représentatif de la somme de billets mis
en circulation? Car enfin il faut bien toujours un capital
de garantie des valeurs qu'on fera escompter habituelle-
ment à la Banque, et pour lesquelles on ne recevra des
billets eu échange qu'à cette condition. Sans doute, et h
chose est très-simple : il ne s'agit que de convertir en
rentes sur l'Etat, en le triplant, le capital dormant formant
l'encaisse et ce capital sera une garantie bien plus sérieuse
que celle de l'encaisse actuel, susceptible d'être absorbé
et de disparaître sous l'empire de circonstances extraor-
dinaires qui peuvent en amener le retrait, sans préjudice
de la chance de pillage qui n'est pas absolument inadmis-
sible dans un moment de révolution.
Mais, va-t-on se hâter de nous objecter, si par suite de
ces mêmes circonstances extraordinaires, le cours de la
rente vient à baisser de 5o p. °/0, ainsi qu'on l'a déjà vu,
votre capital de garantie va donc se trouver réduit de
moitié et la confiance dans les billets n'en sera-t-elle point
altérée d'autant?
Voici notre réponse.
D'après les principes qui régissent la Banque de France,
elle peut émettre trois fois autant de billets que la somme
formant son capital ou son encaisse, c'est-à-dire qu'elle
peut avoir en circulation, par exemple, un capital dé
600 millions, en n'ayant en caisse que 200 millions es-
pèces, et cette proportion est même le plus souvent dé-
passée depuis quelques années, le surplus de la garantie
se trouvant dans les valeurs de portefeuille qu'elle a es-
XVIII
comptées. — Or, si nous remplaçons les aoo millions de
numéraires formant le représentatif de 600 millions de
billets circulant, par un capital en rentes sur l'Etat de
600 millions, trouvera-t-on la garantie suffisante. en
admettant même un cataclysme et une baisse de 5o p. %
sur le cours de la rente? Car, notez-le bien, notre Banque
nouvelle ne serait plus qu'une banque d'escompte, et il
ne sortirait pas un billet de sa caisse qu'il ne trouvât son
équivalent dans une valeur de portefeuille à trois signa-
tures, ce qui éloignerait toute crainte d'émission exagérée
et ne permettrait pas le moindre doute sur la solidité du
gage.
Jusqu'ici il n'est pas question du numéraire ni du rôle
qu'il est appelé à jouer dans notre nouvelle organisa-
tion ; il faut pourtant compter avec lui et lui faire sa
place, attendu qu'on ne peut le supprimer, et qu'il est un
des rouages inévitables de toute institution financière ;
aussi n'avons-nous garde de l'oublier, mais nous nous
permettrons d'enlever à ce haut et puissant seigneur une
partie de ses prérogatives et de ses privilèges, en le relé-
guant à un poste plus modeste que celui qu'il a occupé
jusqu'à présent; c'est-à-dire que nous ne ferons rien pour
le retenir, et que nous ne serons nullement jaloux de sa
présence, car il est appelé à faire plus de bien en circu-
lant librement qu'en étant captif et inerte dans nos caves.
Il ne s'agira donc que de proclamer et d'inscrire sur les
billets, que la nouvelle banque en fera le remboursement
en espèces, au porteur, jusqu'à concurrence de son en-
caisse métallique résultant de ses rentrées journalières,
sans que pour cela il y ait obligation pour elle d'effec-
XIX
tuer cet échange ; car, si par extraordinaire les espèces
d'or et d'argent devenaient assez rares pour qu'elle en fût
dépourvue, il faut que le porteur de billets soit alors
obligé de s'adresser aux changeurs ou autres, pour se
procurer de l'argent et payer la prime, que les circons-
tances ou la raréfaction du numéraire pourront le forcer
à subir. Mais nous admettons que cette éventualité ne
sera susceptible de se présenter que dans les moments de
grande crise ou de révolution, et nous avons démontré
que le système actuellement en vigueur est tout aussi im-
puissant à la conjurer.
Résumons-nous et réduisons à sa plus simple expres-
sion le mécanisme sur lequel fonctionnera notre Banque
nouvelle en le mettant en regard de celui qui fait mou-
voir notre grand établissement financier.
Je suppose que nous en fixions le capital à 600 millions,
il ne s'agira, pour se les procurer, que de faire appel à de
nouveaux actionnaires, en attribuant aux anciens une
part des nouvelles actions, et nul doute que la souscrip-
tion ne fût promptement couverte.
Voilà donc un capital de garantie dont la conversion
en rentes sur l'Etat procurera au nouvel établissement un
intérêt de 4 à 4 1/2 °L, tandis qu'il y a toujours dans les
caves de la Banque un capital de 200 millions au moins
complètement improductif et qui, en outre, fait défaut à la
circulation monétaire ; il en résultera que le bénéfice des
escomptes n'étant plus grevé de la perte d'intérêts sur ce
capital dormant formera presque en entier le dividende
des actionnaires; l'intérêt annuel sur le capital de la Ban-
que se trouvant à peu près balancé par la rentrée des cou-
XX
pons de rente., il ne s'agira plus que de couvrir les frais
d'exploitation, d'employés, etc.
On comprend dès-lors que, tout en réservant aux ac-
tionnaires un large bénéfice, il serait facile d'établir un
taux d'escompte invariable et de le réduire à sa plus sim-
ple expression. — Nous estimons qu'il ne devrait pas
atteindre habituellement plus de 2 à 3 %l niais dût-on le
porter à 4 %? ce serait encore un grand soulagement
pour le commerce, surtout si le principe de fixité dans
le taux de l'intérêt succédait au système de bascule, et
aux variations intempestives qu'il subit depuis longtemps
et contre lesquelles il est constamment obligé de se mettre
en garde. Faisons maintenant le bilan des avantages qui
résulteraient de notre nouvelle organisation :
i° Mise en circulation de 200 millions au moins de nu-
méraire improductif;
20 Immobilisation de 600 millions de rentes, ce qui
consoliderait le Crédit public et raffermirait les cours ; ,
3° Fixité du taux de l'escompte et réduction notable
et rationnelle de l'intérêt sur les valeurs qu'on ferait né-
gocier, aussi bien au dehors qu'à la Banque;
4° Abondance du numéraire qui, n'étant plus indis-
pensable que pour les exportations, suffirait largement à
tous les besoins^
Et mettons en regard les inconvénients et les vices du
système actuel :
i° Capital insuffisant pour satisfaire, à un moment
donné, aux exigences des porteurs de billets sur lesquels
la mention de remboursables en espèces n'est qu'un men-
^nge^qu une fiction ;
XXI
2° Raréfaction du numéraire amenée d'une manière
factice, par la nécessité de s'en procurer afin de maintenir
le niveau rationnel de l'encaisse, vis-à-vis de la circula-
tion en billets ;
3° Variations intermittentes et capricieuses du taux de
l'escompte, sous prétexte de diminution ou d'augmenta-
tion de l'encaisse, mais en réalité étant sans influence
immédiate sur le mouvement métallique et n'ayant d'au-
tre effet que de faire payer au commerce régulier les frais
d'opérations qui lui sont en grande partie étrangères ;
4° Danger de pillage de l'encaisse métallique, dans un
moment de révolution.
Nous nous attendons à voir qualifier d'utopie irréali-
sable et dangereuse la création que nous appelons de tous
nos voeux ; mais nous croyons pouvoir mettre au défi nos
contradicteurs de nous opposer la moindre objection que
nous ne soyons à même de rétorquer d'une manière vic-
torieuse.
Certains réformateurs d'un nouveau genre, se faisant
les apologistes des surélévations d'escompte, se sont donné
pour mission de demander le rappel de la loi limitative de
l'intérêt de l'argent, afin, sans doute, de fortifier le privi-
lège de la Banque, en lui donnant ses coudées franches et
en la faisant rentrer dans la légalité dont elle s'est affran-
chie depuis longtemps.
L'argument principal qu'ils ont invoqué pour justifier
cette mesure est celui-ci.
L'argent doit être considéré comme une marchandise et com-.
XXII
me tel, être susceptible de hausse ou de baisse selon que la de-
mande est supérieure à l'offre et vice versa, c'est-à-dire qu'en
émettant la même proposition que nous, ils en tirent des
conclusions diamétralement opposées aux nôtres.
Il y a là un quiproquo et une confusion qu'il s'agit
d'éclaircir; nous allons essayer de le faire.
Oui, l'argent est une marchandise et doit être considéré
comme tel; nous sommes d'accord avec vous., mais ne
confondons pas deux choses parfaitement distinctes :
l'argent numéraire et l'argent crédit ; ne confondons pas
l'escompte du papier de commerce contre lequel on ne
demande à la Banque que du papier de circulation ,
avec le cours ou la prime du numéraire, l'un étant l'ex-
pression de la valeur du crédit, tandis que l'autre ne doit
constituer que la valeur relative d'un échange intrin-
sèque.
Il est donc souverainement injuste de faire supporter
aux effets de commerce, qui vont se faire escompter à la
Banque, un surcroît d'intérêt résultant du mouvement
métallique.
On objectera à cela que les billets de banque sont de
l'argent, du moment où on a la faculté d'aller les échan-
ger contre des espèces; mais alors il faudrait prendre
pour base des variations de l'escompte, non l'état de l'en-
caisse, mais le chiffre de circulation des billets, et s'il est
prouvé que ce dernier chapitre ne subit pas de diminu-
tion, on aura la preuve que l'échange des effets escomptés
se fait non contre des espèces, mais contre des billets.
Or, il est facile de constater par linspection du bilan de
la Banque, que ee dernier chapitre est toujours supérieur
XXIII
à celui du portefeuille. // n'existe donc pas de corrélation
directe entre l'encaisse et le portefeuille.
On donne encore pour motif aux surélévations d'es-
compte la nécessité de mettre un frein aux spéculations
lointaines, en offrant à l'argent un intérêt suffisamment
rémunérateur pour le retenir ; mais alors, il serait beau-
coup plus simple de le frapper d'un droit de sortie que
de faire payer au commerce en général la prime de sa
rançon. C'est absolument comme si on doublait l'impôt
sur les boissons sous prétexte de refréner les excès de
l'ivrognerie.
Mais à qui persuadera-t-on que le numéraire peut nous
faire défaut et que nous devons employer les moyens
extrêmes pour empêcher son exportation? Est-ce que, par
hasard, il retournerait s'enfuir dans les mines d'où iLa
été extrait, et ne faut-il pas toujours qu'il revienne après
ses émigrations, là où est la richesse territoriale et indus-
trielle?
L'argent n'est rare et cher que parce que nous le re-
cherchons et que nous en faisons la base de notre Crédit
public ; laissons-le aller et venir librement et il ne nous
manquera jamais.
N'imitons pas l'avare qui se plaît à voir s'accumuler,
improductif, son trésor, et ne faisons pas de, l'argent
immobilisé les fondements de notre édifice financier, si
nous ne voulons être exposés à des secousses et à des
crises continuelles.
HYMNE A L'ARMÉE.
A SON RETOUR DU MEXIQUE.
Couvre d'orgueil patriotique,
0 France ! ton front glorieux ,
Voici tes soldats du Mexique,
Voici tes fils victorieux ;
Ils reviennent dans la patrie,
Dignes de toi, dignes de leurs aînés ;
Ils ont vaincu la tyrannie;
Par ta voix qu'ils soient acclamés.
Honneur à tes soldats, honneur à leur vaillance,
Honneur à leur sang généreux !
Sois fière de tes fils, noble terre de France,
Ce sont les descendants des preux.
Embrasés d'une ardeur guerrière,
Et sous l'égide du grand nom
Inscrit sur leur noble bannière
Et qui du siècle est le rayon
Ils ont, au chemin de la gloire,
Laissé l'empreinte de leurs pas,
Et les palmes de la victoire
Ont couronné tous leurs combats.
Honneur à tes soldats, honneur à leur vaillance,
Honneur à leur sang généreux !
Sois fière de tes fils, noble terre de France,
Ce sont les descendants des preux.
Ils ont bravé la terre et l'onde
Et surpassant d'autres héros,
2
Ils ont su vaincre au nouveau monde,
Sans avoir brûlé leurs vaisseaux.
Du Mexique, terre affranchie
Par leur glaive, a fui l'oppresseur,
Us en ont chassé l'anarchie,
Us sont dignes de l'empereur.
Honneur à tes soldats, honneur à leur vaillance,
Honneur à leur sang généreux!
Sois fière de tes fils, noble ferre de France,
Ce sont les descendants des preux.
Soyez glorifiés, soldats de la patrie !
Vous avez illustré notre immortel drapeau,
Sur l'airain s'inscrira la campagne accomplie
Des remparts de Puébla, jusques à Mexico.
Et vous, nobles martyrs, tombés dans les batailles,
Que vos mânes sacrés tressaillent de bonheur !
La victoire escorta vos saintes funérailles ,
Et l'univers entier redit votre valeur.
Honneur à tes soldats, honneur à leur vaillance,
Honneur à leur sang généreux !
Sois fière de tes fils, noble terre de France,
Ce sont les descendants des preux.
LE REVERS DE LA MÉDAILLE.
AIR de la Colonne.
Le vrai bonheur sur cette terre
Existe-1- il? Je ne crois pas;
A poursuivre cette chimère
A quoi bon égarer nos pas ? (bis.)
Mes amis, il n'est rien qui vaille
L'heure d'ivresse et de plaisir ;
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Mais tout en sachant la saisir,
Gare au revers de la médaille. (bis.)
Épris d'une jeune bergère
A l'air naïf, plein de candeur ,
Je crus séduire une rosière,
En triomphant de sa vigueur.! (bis.)
Mais , hélas ! de cette trouvaille
J'eus bientôt des regrets cuisants :
Si l'amour a d'heureux moments,
Il a son revers de médaille. (bis.)
Trahi par Vénus, de Bellone
Je voulus suivre les drapeaux,
Et pour la gloire qu'elle donne,
Figurer parmi ses héros. (bis.)
J'affrontai boulets et mitraille;
Décoré sur le champ d'honneur,
J'en revins manchot par malheur :
C'est le revers de la médaille. (bis.)
De la gloire et de son ivresse
Dégrisé, je fus à mon tour
Séduit par l'aveugle déesse,
Et devins son amant d'un jour. (bis.)
Gagnant|ma première bataille,
J'eus la fortune dans ma main,
Lorsque par son retour soudain,
Vint le revers de la médaille. (bis.)
Enfin pour achever l'épreuve,
A l'hymen confiant mon sort,
J'ai voulu descendre le fleuve
En prenant un ange à mon bord, (bis.)
Mais, hélas ! et vaille que vaille,

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