Amphitryon , comédie, par J.-B. P. de Molière

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J. Ribou (Paris). 1668. 4 ff. non ch.-88 p. ; in-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1668
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AM PHITRYON.
COMEDIE--
PJR hB.P, DE MOLIERE.
A pâkîs,
Chez 1 E A N R I B O V, au Palais, vis â vh
la Porte deTEglife de la Sainte Chapelie,
à l'Image Saint Louis.
M. DC. LXVIII.
AFEC PRIVILEGE DV &QT,
âij
A SON ALTESSE
S ERE NI SSIME
MONSEIGNEVR-
LE PRINC&
*Il
beaux iênè
plus ennuyeux que les
& VosïkE ÂLT M s SE.
S ire ni ssiME s il
que le ne fuiue le fiyle
de ces fend/
ËPISTRE.
quelles fintvfées de tous les
du Grand COND B" efi vn Nom trop
glorieux, four le traiter comme on fait toits
les autres Noms* /1 ne fatitMapUfur-y ce
2$om i/h/ire7 qu'à des Emplois qui (Oient
dignes pour dire ehofes^
pfaçoftqnù 14
ie conçois bien mieux ce qtïil ejl capable de
faire *en aux forces des
de eçtEtàty qtien l'opptffant à la Critique
des
Ce neft pas MO N S S IGN E^Ri
que
fufl vm frottîlion pour toutes ces
q»on nefoitperfuadê
des lumières de vûfire E/pris amant que
de F intrépidité d$ vsfiïê Cœur
grandeur de voftre AIne. On fait par toute
la Terre que ïèclit devojlre Mérite rieft
point renfermé dzm les bnnes de cette
chez,
fèunâje
les plm fines &lesplm releuèef j &vq?ie h
dècifîms. de fut tow les
tsyœges £efprit\
que toutes cesglmeufes
nota veinions au IJublic, ne noix coûtent rien
faire imprimer, &que ce font des chofes
dent nwts difpofons comme nom voulons* On
tout ce pldijl lu'vn
en pouurir d'aller faifit les les plus
œugufles, & de parer de leurs grands Npms
les premiers feuillets de fin Liure-% quil a
la, liberté de s'y donner autant qiiil veut
de leur eflime} à* de fe faire des
ProieHmrs qui nom ïamàis l'efire,
le tùduferay MO
ny de vojlre iïfom^ ny de vos bontet^ pour
titre les Cejifeun de /'Amphitryon,
& m attribuer vue gloire > q'us ic ?iay pas
feut-efire msritèe i & ie neprens la liberté
lieu de le' regarde
ment profonde Ici
dont que
imagina*
Lfe tfés-hunible,
MOLIERE,
MERCVRE.
s
l'A NV1T.
I V P I T E R, fous !a. forme d'Amphitryon,
A.M PHITRYON, Gênerai des Thébàins,
Femme d'Amphitryon,
CLEANTHI3, Suiuante d'Alcmcne,
& Femme de Sofie.
S O S 1 E, Valet d'Amphitryon.
POLIDAS, p.
POSICLES, J
La
la
A
AMPHITRYON.
COMEDIE-.
PROLOGVE
NVIIT
Jans <vn
MERCVRE.
Oyt-beav, cha [mante Nuit j daignez
vous arrefter,
Il eft certain recours, que de vous on;
defire:
Et i'ay mots a vous dirc?
,De la part de Iupiter.
LA NVIT.
Ah, ah, c'eft vous, Seigneur Mercure'
Qui vouseuft deuiné là, dans cette pofturc?
i AMPHITRYON,
Ma foy, me trouuant las, pour ne pouuok fournir
Aux dictons Emplois où fupiter m'engage,
airs fur çe Nuage,
JPôiijt:.yoii.s attendre venir,
LA NVIt,
Vous vous moquez, Mercurè,& vous n'y fongez p^s«
à des Dieux dé dire qu'ils loin las?
|.cs Dieux font-ils de Fer? ̃
LA NVIT,
Non mais il faut fans celle
Garder le décorum delà Diuînité,
II ell de certains mots, dont l'vfage rabaiiïè
Cette fubîime qualité]
Et que, pour leur indignité,
jUçft bon qu'aux Hommes on laifïV,
MEHÇVKB,
voftre aile vous en parlez;
Et vous auez, Ja Belle, yne Chaife roulante,
Où far deui bons Cheuaut, en Damç 'nonchalante^
Vous vous fait;es traîneur par tout où vous voulez.
Et iene puis vouloir, dans mon deftin fatal,
Aux Poètes a.flèz de mal,
Peleuir impertinence entremet
D'auolr, parvneinjufle Loy,
Dont on veut maintenir l'vfage»
A chaque Dieu, dans fon Kmploy,
Donné quelque allure en partage^
Et de me laiffir à pié, Moy,
Comme vn Mc/ïàgerde Village.
Moj qui fuis,côme on f$ait,enTerre,&das lesCieuJf,
Le fameux Meflagerdu Souuerain des Dieux,
#
A ij
Et qui, fans ncn exagérer,
B'auoir dequoy me v.oiturer»
LA. NVIT.
Que vomlez-vous faite à cela?
Les Poèitcs font à leur g&ife.
Qu'on voit faire à ces
toutefois vôftrç
Et vos ailes aux piez •
Oiîy |inàis pout allerpJiis.viflrey • '] ̃:
Eft-ce qu'on s'en lanè moins?
L'A HVÎT.
Seigneur Mercure ̃
Et cachons ce dont il s'agit.
MERGVRE,,
Qbi de voftre Manteau veut la faueur obfcttte,'
poiu certaine douce auanture,
Qu^vniiiouûèlAm^uriuyfdurniti'
^es pratiques, ie croy, ne vous font pas
Bienfouuçnt,pourlaTerre, il négligé les Cieux::
Et vous n'ignorez pas que ce Maître des Dieux
Aime à s'humanifer pour des Beau cez' mortelles,
Et fçait cent tours ingénieux,
Pour mettre à bout les plus cruelles»
Des yeux d'Alcméne il afènty les coups:
Et tandis qu'au milieu des Beotiques Plaines,
Amphitryon, fon Epous,
Commande aux Troupes Thebaines,
lien a pris la forme, & reçoit là-deilbus
Vn foulagement à fes peines,
a • AMPHITRYON,
*4)ansîapoflèflîondespUif«$ les plus aouv»'
L'ératdes Marias à Ces feux eft propice;
Ï/Hymen ne jour$$-
Et la jeune chaleur de leurs tendres âmourc
A falit que Iupîter 4-ce bel artifice
S'eftawféd'auoîr .recours»-
Son fe troime iàlutairei'
Mais, pres de maint Objet chery,
Pareil dégbifement feroit pour ne rien fairej
Et ce n'eft p*$ par tout vn bon moyen de plaire»
QueJa Figure d'vn Mary.
LA NVITi
| & ic ne comf>rens pas,-
Tous les dégaîfeiwens, cjtiHuy
MERGVRE.
Il veut goafteff par là toutes fortes d'Etats;
Et c'eil agir eh Dieu qui n'ey pas Bêfld.
Dans quelque rang<ju'il foi't des Mortels regardé^-
Icfc tiëndrois fort minable,
S'il ne qîiittoït ianvaïs famine redoutable,
Et qu'au faille des Cieux it fut toujours guindé*^ «l
Il n'en point à mon gré de plus fotté méthode,
Qned'cftreeaiprtfonné toujours dans fa'grandeurj ̃>
Jkiiu tout,aijxtran(pbrt^del'ainoureufeardcutv
La haute Qoalitc deuient fort incommodé,
lupitsr, qui laos doute en plaifirs le connoift?
5§aït defcendire du haut de fa Gloire fupréme; ••
Et pour entrer dans tout ce qu'il luy plaift,
Il fore ïoutàfaiçdeluy-méaie,
Et ce n'eft plus alors lupiter qui paroift;
LA NVIT.
Faiiè encor de le voir de ce fublime Etage,
Dansceïuy des Hommes venir;
Predre tous les irafports que leur Cœur peut fournir,
:e6MZ&T'&\
A •
Etfefaiireàleurbadinagej •; W.
I Si dans les changen^ns où (on humeur rengagea
A la Nature Humaine il s'en vouloit tenir»
Mais de voir
Serpent) Cygne, eu
le ne trouue point cela beau*
Ét par fois
• M E R Ç YiR £> i
Tels changemens on tueurs ^ouçeuïs,-
Qui patent leur intelligence,
Ce Dieu fçait cet qu'il à fait aum bien M: qu'a illeursj;
Et dans les mottuemeîis <îekurs temlrë$ ardeurs,
Les Belles ne font pas fi Beftes, que l'on pente.
L N.VIT.
Reùeeon s à l'Objet; dont il i les
Si patron Ihatagéme, il voit (a flame'neufeufev
Ci^e peut-il fouhaitér? & qu'eft-ce.que
MERCVRE, p
Quevôs Cheuaiix par vous au petit pas redtiiits,
font aux voeux de fon Atn.e
D'vne Nuit fi déîicieufe,
Faflent la plus longue des Nuits.
Qtfà fes tranfpoits vous donniez plus 4'e(pâce5
Et retardiezla naiflançe du leur,
Qui doit auançer le retour
De cfluv, dont il tient la place,.
• LA- N VIT.
Voila (ans doute vn bel Employa
Que le Grand lupiter m'âpxefte;
Et l'on dopne vn nom forthonnefte-
Au feruîce qu'il yeut de moj.
MERCVRE.
Polit vue
f AMPHITRYON,
• iw Vous cites bien du bon temps}
Yn tel
Que chez es petites Gens.
%qis que dane vn hautRang on a l'heur de pâroiftre,
Tout ce en toujours bel, &: bon j
fit fu tuant ce <ju'ôn peut eftre,1
Les choies changent de n0m
LA NVIX
Sur dépareilles matières,
Vous en fçauez plus que moyi ••
Et pour accepter rEni|)loy,
l'en veux croire vos lamieres, ̃>
Vn t ié vous prje;
On vous fait Confidente cri cent Climats diuersi
De de bbiines AfFàiresj
At le 6\iùêits>
VA NVÎT; •'•
Laiflbns ces contrarietez,»
Et demeuroTS ce que nous fdiwmes.'
N'appreftonspoint à lire aux Hommes,^
Ennousdïfàntnosveritez»" •
MERCVUE*
,Adieu, ie vaïslà-bas, dans. ma Gommiffion,
•PépoKIiler promptement la forme de Merclire,
Pour y veftir la Figure
Du Valet d' Amphytrion
LA NViO1,
Moy,dans cette Hemifphere,auec n\a Suite oblctire^
levais faire vne Station.
G'Q M'-E'-D'r.B.V Tj
Bon-jour,laNuic,
LA N VIT,
Adieu, Mercure'/
dtfqn entern»
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE:
sos i e;
Vi va là Heu ? Ma peur,à chaque pas
i'
Mcflîeurs, Amy de tout le Monde.
Ah! quelle audace fans féconde,
De mâYchér à l'hcùfe qu'il eft î
Que mon Maigre couuertde gloire,
vilain toute!
Quoyî fi pour fon -Prochain ilaûtfit quelque amoiïr^
M'autoit-il fait partit par vue Nuit fi noire»
Et pour me rénuôyer artoncer fon retour,
Et le détail de fa Via^ire,
Népouuoit-il pas bien attendre qu'ils» jour?
Sofie, à quelle feriiitude
Tes jours font-ils aiïujettisi
Nùftre Sort eft beaucoup |>lus rude
Chez les Grands, que chez les Petits!.
Ils veulent que pour eux tout foit dans la N&urè
*o AMPHITRYON,
ïoiirSr Nuit, Grefle, Vent, Péril, Chaleur, Froidure,
Dés qu'ils parlent, il faut voler.
Vingt ans d'afïïdu fertti ce>
N'en obtiennent tien pour nous*.
Le moindre petit c'aprice
Nous attire leur courroux.
Cependant noître Ame iufenfée
S'acharne au vain honneur dedcmeùrer pres d'euifj*
Et $'/ tcuî contenter delà faufle penfée,
QVont tous les âutresGens^jue nous sôlnesheureux.
Vers la retraite en vain la Raifon nous appelle;
'teorveuè'amrnôlhèzeîe
Vn amendant trop puiflJinti
Et la moindre f4«curd'vn coup d'oeil câre0ant?
Noos rengage de plus belle.
l'obfcurité,
le Voy'noftre Maifon, & ma frayeur
le dois aux yeux d'Alcméne vn Portrait-Militaire
Dugrand met nos Mnhetrris à bas-
Si ienem'jrtrouuâypas?
N$impotte,parlohs-eh,& d'çftocT& de taille;
Comnie témoin:
Comt>ien de Gens font-ils des Récits de Bataille/
Dont ils Ce font tenus loin?'
Pour joiïer mon Rôle fans peine)
le le vetjx vn peu repaîlir:
yoîcylaChâbre,ou (entre enCourriercjue To "meine,
Et cette Lanterne eit Alcméne,
A qui ie me dois adreffer.
lîpofefa Lanterne à terre, & iity adreffefon comment*
€0 NI ED II
Bon beau début rit ^pujours plein de vos
M'a voulu dvoifîr eotre tous, ( charmes,
Peur vous donner auis du fuccés de fes Armes,
Et du defir qu'il a de Ce voir pres de vous.
Madame, cenVeii trop d'honneur
Et mon deftia doit faire enUlç,
,Bien répondu S Çomminife porte Amphitryon*
Dans le
Fort bien .1 belle conception*?
Mais bien plus tard que.fon Cœar ne (buhaite,
Ah .Unis quel tfiVitat, ce la Guerre l'a mi* ?l
gue dit. il ? mon Ame.
il dit moins qu'il ne fait, Madame,
Et fait trembler jes Ennemis.
Pelle! où prend mon Efprit to.utes.ces eentillefles?
dfmoy, queleft leur fort?
Ils n ontpu^efîder, Madame, à noftre effort.
Nous les auons taillez en pieces,
Mis Ptei;e3as leur Chef à mort-
Pris Tclcbe d'aiîàut, & déjà dans le Porc
T'our retentitdenos
Raconte- m&y, ?ofie, <vn tel fuènement,
le le veux bien, Madame, &fans m'cnflcr de gloire,'
Du détail de cette Viaoire
Je puis parler
figurez-vous donc
.C'cftvnc Ville, en veritf,
,*Auffi grande quafi que Thebe»
JLaRiuierc cft comme là.
,Icy nos Gens fe
Et refpâce que voila,
$los Ennemis l'occupèrent,
Sunm haut, vers cet endtçit,
Et plus bas, du cofté 'droit,
Eàou la Caualerie.
Apres auoir aux Dieux adreflé les Prières»
Toas les Ordres donnez, on donne leSignal.
Les Ennemis petlfant nous tailler des croupières,
Firent trois pelotons de leurs Gens à cheual:
Mais leur chaleur par nous fut bientôt réprimée,
Et vous allez voir comme quov.
Voila nonce Auantgarde, à bien faire animée;
Là les Archers de Creon noitre Ro/j
Et voicy le- Corps d'Armée,
Ôuid'abord. Attendez; le Corps d'Armée a peut.
l'encens quelque biuit, ce me fetnble.
II marque
lU
fil.' fa
tnahhW
,.d tint*
SC EN R
• ̃ x|
B
sosie,
SOiis ce minois, qui Juv r eflemble»
LieUx ce Causeur;
JDomrabord importun là douceur^
goûtent ensemble,
SOSIE, :?•) '̃
Mon Coeur tant fok peu fe
Ede penfe que oe n'eft rien. :t, ;S
,Crainte pourtant deiinifère auaiiture,
M ÊR C V RE.
t.
SOSIB. i v
Cette Nuit, en longueur/riiè fcmble fans pareiHe:
Il faut depuis le temps que ie fuis en chemin,
̃ Ou -que mon Maiftre ait pris le foir pour le matin,
Ou que trop tard au Lit le blond Phébusfommeillej
Pour aaoir trop pris de fon Vin,
MERCVRE,
Comme auec irreuerenec
Parle des Dieux ce Maraut
Mon Bras fçaura bien tantôt
Châtier cette infolencej
fit ie vais m'égayer auec luy comme il faut,
£u tey voîantfQii Nom, auec h
%X AMPHITRYON,
par ma foy, i'auôis râifon ̃
Ciel} fait (le moy, chetiue Créature,
Certain Homme; dont l'encolure
NetnetM:e*fàgcnçndebon.
Pour faire d'alïurance;,
ijfb/tntii &
lors que s'afàfùlitpeu àpett.
MERGYRE, •
Qm clone eftceCoqliîn, qui prend tant de licence,
$c nVétoUrdtr ainCy) <
Yeut-il q«*à l'ctriller, ma J4«iiin vn peu s'applique?
SOSIE.
Cet Homme, aflurémeiitj n'aimepasla Mufique»
MERCVRE.
Dcp pis p'us d'vne Semaine^
le n'ay trouué Perfbnne à qui rohipre les os,
la vertu de mon Bras fe.pe;d dans le reposj
Et îe cherche quelque Dos,
Pour me remettre en baleine»
SOSIE.
Quel diable d'Homme ert-ce-cy?
Demortelles frayeurs îefens mon Ame atteinte.
Mais pourquoy trembler tant auiïy?
Pent-eftce a-t"il dis l'Âme autât que moy de crainte,
Et que le Drôle parle ainfy,
Pour me cacher tapeur, fous vne audace feinte.
OUjr,ouy,ne fouffrôs pointqu'ô nous
Si le ne fuis hardy, tâchons de le pâroiftre.
Faitbns-nousdu Cœur, par raifon.
Ileft feul comme moy, ie fuis fort,i!ay bon Maiftre,
Et voila nodre Maifon,
Quel cft ton fott|dy-moY| v,
SOSIE.
Es-tu où Valet?.
SOSIE.
Ah!cec?me4cplaift.
SOSIE.
le viens delà; vais làji'appartiens à mon
MERCVRE.
Tu montres de T F/prit j &. ie ce vois en train
MBRÇYKB,
MBROYRB.
Qjui, mov?
Moy.
MERCyp,'
D'cftre Fîomme> & de parler
Comme il me prend eniliç»
MERCVRB.
SpSÏÉ.
M È R C V R E,
force, ou par amour,
le vcqX f^uoir de tojj Traifire,
Ce que viens
Où tu vas j à qui ,ra peux eftre,-
SOSIE.
le fais le bien, & le mal, cour à tour:
il AMPHïf&VÔN,
De trancher aaec moy de l'Homme d'importance»
ÏJ mepxend vn defir, pour faire '•
Pc redonnervn Soufflet dé ma Main
/SOSIE. > ̃̃̃•»•'
MERCVREV
,A to^.mefme, &t'en voila certairt»

MEaGVRrE,
JEV répondre a tes Qtiplib'ets,
sosik; ̃ v; :(
ï'Amy, fans vo\is riért dire,
Comme vous baillez des Soufflets!
MERcyRB, r, r.oj
Ce font là de mes moindres coiip$$
SOSIE.
Si i'eftois auffi prompt
Nous ferions de belles affaires.
MERCVRE.
Tout celan'eflrencor riÀi,
Pour y faire quelque paufe; >
Nous verrons bien autrechofei-'
Pôurfiiiuonsnoftre Entretien^
MERCVRE.
Où vas-tu ?
SOSIE,
Que t'importe?
tr.
MERCYRE.
Me faîre'ouurir cette Porte:
Si jufqu'àl'approchcr tii pouffes tpa audace»
Quoy! tu veux,
chex nous?
OU/, chez nous,
Tutedi$ de cette Maifon» x
.SOSIE,
fort bien. Amphitryon r^rj eft-il pas le Maiflre?
Hé bien, que fait cette raifon?
le fuis fon Valet,
MERCYRE,
Toy?
SOSIE.
Moy.
MERCVRE.
Soa Valet?-
SOSIE.
Sans doute.
Yakc d'Amphitryon?
if
MERCYRR..
SqCîc, ̃'̃
M'EROVRE,
s '•
Ecoute.-
%îs-m que <k ma Main je t'aiftm'nfiè aù/our d'Kùy|
I>oujr quoy? De quelle rage en toit Ame fnifie?
MERCVRE.
Qui te donne, dy-moy,
De prendre. le Nom de Softe?
;spsi'b. ̃ y;
Moy, ie ne le prens Il ie Vzf toujours ppne.
M'ERCVRE.
0 le mensonge horrible! & l'impudence extrême!
Tu m'ofes foûtenir, que Sofîe efi; ton Nômr
SOSIE:
Fort bien, ie le foûtiensî par là grande rai fon,
QuJainfi l'a fait des Dieux la Puiflance fupremer
Et qu'il en moy de pouuoir dire nojîs
Et d'elfe va autre, que môy-mémé.
MERCVRE.
^ïiilê coups de Bafton doiuent eftre le prix
D*yne pareille éfconterie..
SOSIE.
Mice, Citoyens i au ftcours, ie vous prie!;
COM E fc>! £;• t$!
MEKCVRPv-
Comment, Bourreau," tu fais dcs cris»
DemilleYoups tourne meurtris,' •
Et tu ne veu* pas quV ie aie?
\$o'n% j ,t
.r.:».
Q»e ce donne fur tho/ riioii manqué
Pôïtroniièfi'é'
De ceux Btàs.
3attre vnHôme à jeu fe.ur?n'eft pas d'vnë bèiléAméj
Contre les
Hé bien, es-tu Sofie à pfefeht? qu'en dis-mî
••.i/ôS.ïB?:- ;̃̃•'
Tes coups n'ôtpoint en tnoy fait dé métamorphose
Et tout le changement queie troude à la chôfe j
G'cfî d'eilre Sofîe battu;
MERÇVRE.
Bncor? Cet autre? coups pour cette autre
s o £i e.
De grâce, fâ-is tréue à tes coups,
MERCVRE,
Fais donc tréue à ton indolence.
SOSIE.
Tout ce qu'il te garde le /ileiTce»
La dispute eft par trop mygale entre nous;
̃<k AM-P-HITRY.ON,
v És-mSofîc encor?dy, Traiftreî
.t. SQS IE. ̃
Helas îefuis ce qu"ç tu .Vclix*
DiCpoCc de mon or, tout au gré! <\ç tes vçcuxj
Ton Bras t*çu Maiftrc,
Mais ton Bifton, fur
C'eft mojrqtii Cm & tou.t X^i>e
MERCVR&.
Ouy queiqu'yn s 7 jott^
II peut bien prendre g$r4e foy.
̃• ̃•/is'o^iE,' • :v
Ciel! me faut-il ainfî renpncer à hioy-mérrtej
Btpar vn Noavî
Que (on bonheur en e^tré^iç,
Sans cela, parla mort,
Encre tes dents, ie ]pente,
SOSIE.
Nonj mais au nom des Dieux, done-nipyl^ licence
De parler vn moment à toy,
Parle.
€ a M'EDTÉf •̃'̃̃
SOSIE. •̃ ̃
coups n'en feront points t
Signons vne Tréue, • » M
Va, »
"• SOSIES -̃̃̃ »̃.̃.̃̃ ••
Qnî te jette, dv-nioy,dans cette •
Qjie te réiiiendiat-il, de m'énleùér ft\on
Bt peux- ta foire enfin, quand tu fetois
ie né fois Sôfic> '"•̃̃•••
i ̃
̃ •• -'̃̃ ̃
< • ̃ 'A
l
M'ERC VRE,: ,J- v:
Qupy!
• sosiEi-1;
Géfont legef es. bk'/TiireSj ̃ J- • ̃•̃»-' l
Et ie ne; m'en fâché pas.
'̃ s;
TatedisSoneî ;> !i
•' ̃
Oiîy, quelque conté fribolé.ôii
MBRCVRE.
Sus, ie remp^ ma parole^
SOSIE,
ie ne puis m'aheamir pour tuy;
Et fouffrir vn difcours) fi loin de l'apparence
Eftrece quciefiiis, en..il en
ÀM-PHl-ÏMOfON,
Et puis-je cefTei; d'eftre Moy?
S'auîfa-t'çn i^ma'is d'.rne choie pareille!
Etpeut-on démentir cent Indices preftans?
Réué-je? eft-ce <\uç ig iommç'i{ïèj
Nefeils-jç piis bien que ie veille?
Nefuis-jç pa$ dans, qiou bon fènst;
Mon Maigre Amphitryon n6 nVa*t'il pas commit
A venir, cncçs lieux, vers peninK? s
Ne fuy 4oîs.-je p4s faire, en lt;y fam%
Vn J^ecit de Ces Faits contre nos Enneniisî
Ne uens-je pas main?
Ne te tromié-je pas deuain npRre
Ne ey pas d'yn £Çpm Jout humain?
Ne te tiens-tu pas fpjrt dé ma Poltronnerie,
Pour che.j;
N'as-tu pas fur Furie?
Ne ml3s-t\i pas :̃'
Ah! tout cela n'eft
le fut-il moins!
Cëfledone
Arrête: ou fur ton po$ le moindre pas attire
y a ailbinman u fte courroux*
Tout ce que tu.vje.ns de dire,
En à môy^ les coup?.
C'eft moy qu'Amphitryon députe vers
Etquidu Port; Perdue pas..
Moy qui viens auoncerla valeur de Ton Bras,
Qui nous fait remporter vne Vi(^oire peine,
Et de.'nos Ennemis a mis le Chef à bas.
C»eft moy qui fuis Sorte çaÛns de certi^iidej
Fils de '•.
Pais
Mary
(Dont l'huiheur me fait enrager. r. j
Qd dans Thcbc ay teccu mille coups d'éttiuicfe,
Htj^dJs^n Public, fus marqué par derrière,' | > <\
Pour elhe trop Homme de
Ou ne peut pas (^auoir tout ce
Et dans l'ctonncmciU, dont mon Ame en
le cetnmence, à mon tour, à Je f
Eu etFct, ie le? çonlidérç,
le voy qu'il a.dé moy, taille,' miné/adion.
.Afin d'éclaircir ce myltêre.
fait fur nos ennemis, •
Ç^cft-çe qu'Amphitryon obtient pour foiïpartageî
• M ERCVRE.̃; i
Cinq fort gros Diàmans^en nçeud proprement misj
Dont leur Clieffèparoit,cbmme d'vn lareOuurage,
Sp^IE.
A (triché Préfent?
'M ERCVRE,
fa Femme j & fur elle il le veut voir paroiftre.
SOSIE.
Mais où, pour l'apponçr,
M ERCVRE,
JDansvn Coffret, (celle des Armes de mon Maiflfé,
S O 5 I-E.
Il ne ment pas d'vil mot, àchacjiie repartie,
Et de moy ie commence à douter tout de bon.
Pres de moy, par la force, ileft déjà Sotie:
Ilpourroit bien ofcor la tauon,
.Pourtant, nie tâw, & qué.te mç
quelle
Ccquci*ay fàit tout p'erConneJ
A moiVdVftrtf -M?/r mefme, onjnç le peut fçauoi*»
:Par ctue Qjiitftion, il <juç iç
'CVJfl deqtiay le confondre^ nous allonsle voir.
niains,Que hVtudls
Odtucourtusfeul t'e tolif rer? ̃
.•:̃ •iERG!V.REB' • •
-SjOStE. • ;t ;.«̃̃ .>
•îecoupay brauementdçux Tranches fuculente^'f

Et joignant à ceUd'vn Yih qnel'on ménage,
̃Et dont àuanrlegouit, tes,yeux fç <6iucntoient4i
ni )',
Pour nos Gens qui ft battaient.
SOSIE..•̃
» Cette preuue fans pareille,
•Enfafaueur conclut bien- »
Et l'cn n'y peut dire rien,
S'il m'eftoit dans la Bouteille, ̃
le ne fçaurois preuues qu'on m*expoftj
.Que tuneioisSofîej&i'ydonnemîtvobt,
,Mais fi tu l'es, dy-moy qui-tu veux que iefbis5
Car encor faut-il bien que ie fois quelque chofè9
MER C.V R E,
Quand ie ne fcray plus Sofîe, Sois.le)
C Ô M Ë D- 1 E; ijt
O
Mais tant <jue iclc fuis. iCi te garantis mort,
SOSIE,
Ton: cetembarras met mon EfprÎÉ Tur les deilts^
Et Il Raifonuàce qu'on voit s'opp'ofe/
Mais il fèut terminer enfin par quelque chore,
Et le plus çowc pour moy,c cft
MERCVRE,
Ah« gouft à la
SOSIE,
1 11 Cure vh toplustorc|
Et mon Dos, pour vn mois, en dptk'eftre malade.
Lailïbns ce dialble d'Home; ^retournons $U Port.
O jufie Ciej! i*ay fait vne belle Ambaiïàde!
MERCVRB,
ie i'ay fait fuir; & fous ce traitement,
De beaucoup d'actions, il a receu la peine»
Mais ie voy Iupiter, que fort ciuilement
Reconduit l'amoureufe A1cméne.
SCENE III.
IVPITER, A L C M ENB,
CLEANTHIS, MëRGVRE.
IVPITER,
Défendez, chère AIcméne, aux Flambeaux d'a«
procheir;
Ils m'offrent des plattïrsten m'offrant Voftre veue:
AMPHITRYON,
Mais ils pourroient icy vUconutu ma veuuè'»
Mon amour, que gefnoknt tous ces foirvs
On me tenoit lié la gloire de nos Armes,,
Au 4e«oir de ma Charge, a volé les inftans,
C^£*j| vient de donner à vos
Ce vol, qu'à vos Bçautez mon Cœur ,a
Pqjîirok e^re b]âmé dans la bquche puf>lic|uèj
et i'en veux, pour témoin "ynique,
,CçlJe qui peut m'en fçauoir gré. t
ALCM ENË.
leprens, Amphitryon, grande part à la gloire,
Que tép'andenc fut vous vos illuftres Exploits^
Çt l'éclat de \oftre Vjftoire
Sçait toucher de mon Cœur les fenfibles endroits,
Mais quand ieyo/ que cet h,onneiir fatal
t -Eîpigaedemoycequèi'aime>
le nepuisin'empefcher dans ma tendrelTe extréip^,
De îuy vouloir vn péu
Et d'oppofer mes vçeux à cet Ordre rupréme,
Qui des Thebains vous fait le General. •
C'eil vne douce chofe, après vue Victoire,
QueU Gloire, où Ton voit ce qu'on aime éleué:
Mais parmy les périls meflez à cette Gloire,
Vn trille coup, hélas! eft bientoft arriué.
De combien de.fraycufs a-t-onl'Aine bîeflce,
Au moindre choc dont on entend parler?
Voit-on, dans les horreurs d' vne telle penfte,
Par pu iamais Ce consoler
Du coup, dont on en: menacée?
Et de quelque Laurier du'on courÕne vnVainqueurj
Quelque part que l'on ait à cet honneur fuprémej
Vaut-il ce qu'il en coufte auxtendreilcs d'vn Cceur^
Quïpeut^ à tout njomctjtrembler pour cequ'il aime?
M
C ij
lenevoy'rien en vous, dot mon feu ne' s'augmente.
Toistj marque a mes yeux vn CctW bien
Et c'ert, Íe vous l'auoue»' vue çh'ofe charmante,
Derfôuuer tant d'amour dans vn Objet
Mais, (i ie J'ofe dite, vn fcrifpute mé gjéfne,
Etpoiir les bien goûter, mon ^lôurjchçte- Atcméhey
VouHi oitn'r Voireatrcr» rici^ dc yo(lr.e deuojt|
Qu'à voRre feule ni% feule përfbnne,'
lé dûiîè les faueuri que ie reçois de vous;
Et qtife la qualité cjue i'ay de'voftre E^ou^,
Ne fuft pofnt ce qui Ȕie les donne.
AL'CMENE, <a
C'eft debe Nom pourtât, que l'ardeur qui me brûle,-
HetuiedroiadeparoiftreaujouW i
Et ienecompïens lien â èç nouuedu ictupuleï
Dont s'embârratfe voftre amour.
AL CM ENE:
Ah! ce que i'ajr pour vous d'ardeur, & de tendreu'e,
Paire auflî celle d'vn Epous,
Et vous ne fçauet'pas.dâns des m'oméns fi dons;
Quelle en eft a dçlicatefîe.
Vous ne côceuez point qu'vii Cœur bien amoureux,'
Sur cent petits égards s'attache auecétude^
Et fe fait yne inquiétude,
De la manière d'eftre heureux.
En moy, belle, & charmante Aîcméné?
Vous voyez vn Marys vous voyez vn Amant:
Mais l'Amant feul me touche^ parler franchement
Et iefenspres de vous, quele Mary le gefiie.
Cet Amant, de vos voeux, jalons au dernier poinct,
Souhaite qu'à Iuy feul voftre Coeur s'abind'dnnej
Et fa ne veut point,
at AMPHITRYON.
De ce <juc le Mary tuy donne.
fille veut rien tenir des ncè.ud$ de l* Hymen éè:
Rien4'vn fâcheux deuoir, qui fait agir les Cœurs,.
Et par qui, tous les jours, des plus enercs faneurs,
La douceur eltempojfonuée.
Dans lelcrupulc enrTa, 49Pt il eft cpmbattùy
Que vou* lôi^pàriez d'auec ce qui le blèffe;
Qm? le Mary ne foit que pour voftre vertu;
Et que de voîlrclCœur j de bon té reueftu,
JL'Amam ait io«tl'ampur, & toute la tendre/Tçï.
Vous vous moquez, de tenir ce langage:
Et i*aarois pcàr qti*on ne vous crût pas
Si de quelqu'vn vous eftiez écouté.- j
IVPITER;
Ce difeours eft plus ràifonnâbîe,
^Icméne, que vous ne pensez:
l^aisVn plus long réjoui: m,e reridroït trop coupable^
Et du retour aui Port, le momens font preiTe?,
Atliéo, de mon deuoir l'éttange
Pour pn temps, m'arraché de vous.
Mais, belle Aie mène, au moins, quand vtîus Ferrez
Songez à l'Aman t,ië vous prie. (l'Epous*
ALCMENE.
le ne fepare point ce qu'vniflènt les Dieux,
Et i'Epous,& l'Amant, me font foie précieux,
CLEANTHIS,
0 Ciel! que d'aimables carets
D'vn Epous ardemment chery!
Et que mon trailtre de Mary
Eft loin de toutes ces tendrons
la Nuit, qu'il me faut auer tir,
N'a plus qu'à plier tous Tes voiie$j ̃
,t Et pour effacer les Etoiles,
Soleil, de fou lit, peut; maintenant tort' ̃
CLEANTHIS, MERCVRE.
MER'CV'RE.
Et comment donc? ne veux-tu'pas;$
Et que d'/imphîtryon faille fùiure les-pas?
CL'E'A^tHIS.'
cette brufquerie,
Traire, de moy te feparer
AÎER'GVRE;
Nous auotis tant de temps enfembîeà
CLEANTHIS.
Sans me dire vu fèul mot de douceur pour reeale?
MERCVRE.
Diantre, Où veux-tu quertion Ffprit
T'aille chercher des fariboles?
Quinze ans de Mariage épUifenc les paroles-
Ht depuisyn Iongte'mpSjiious nousfommes tout dit,*
lé AMPHITRYON,
CLEANTHIS,
Vcy combien, pour Alcméne,il è*talede flamef,
.Et rougis Jà-dellùs,' du peu de paffipn, ••
Qjue tu témoignes pour ta Femme,
Hé, mon Dieu, C)eanthis,lls fout encore
Et ce qui leur fie4 biéii dans ces'
£n no«^ vieux Mariez, adroit mau'uâifè grace.
Il nous ferait beau Voir a t fâchez, f^ceà face, «
À pouffer les
C LEANTHÎS..
Quo) fuis-je horsd'^at, Perfide, d'efperer
Qttjvn Gœur auprès de hnoy foâplrel'
MERCVKE,
Non, ie n'ay garde de le dire:
Mais ie fuis trop Barbon pour ofer foupiief y
Et ie fexois creuer de rire.
ÇLEAMTHIS.
Merites-ta, Pendart,cet in/îgne bonheur,
De te voir) pour Epoufe, Vne Femme d'honneur?'
MÉ8.GVRE,
Mon Dieu, tu ri'ès'que trop honnête:
Ce grand honneur ne me vaut rien.
Ne ibis point fi Fem me de bien j
Et me romps vn peu moins la
CLEANTHIS.
Comment! de trop bien viure,on tevoii me blâmer?
MERCVRE.
la douceur d'vne Femme efl: tout ce qui me charme;
Et ta. vertu fait vn vacarme,
Qui ne ccjîe de m'aiîommer,

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