Amuse-gueule

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« Ce livre est un salmigondis de petits textes allant d’une ligne à deux pages », s’exclameront les grincheux peu impressionnés par le génie (sic) de l’auteur. On y traite de tout et de rien sur un mode qui se veut humoristique. « Incohérent et débile », affirmeront les pisse-froid dotés de certitudes.
Il arrivera que des sujets concernant le sérieux des choses et la réalité du monde se glissent dans cet ensemble frisant l’absurde, le non-sens, le burlesque. Des ruptures sans doute bienvenues qui retiendront le désir soudain du lecteur de jeter ce livre magnifique dans un cul-de-basse-fosse*.
* Terme autrement plus littéraire que « poubelle », d’un usage trop courant.


Publié le : jeudi 19 juin 2014
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EAN13 : 9782332733429
Nombre de pages : 422
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-73340-5

 

© Edilivre, 2016

Au lecteur

L’heureux lecteur qui vient d’ouvrir ce livre tombera dans le ravissement. Il tournera les pages d’un doigt tremblant, tant l’émoi de découvrir de nouvelles « vétilles » lui fera oublier le temps qui passe. Rien n’existera d’autre que la folle excitation de rencontrer enfin un écrivain en ces temps de tablettes et de smartphones. Il se congratulera d’être né, un sourire attendri sur ses lèvres purpurines à l’évocation de sa maman le mettant au monde dans une chaumière où Margot ne retrouverait pas ses petits.

Le ciel se cantonnerait-il dans le gris, les océans franchiraient-ils les rivages, la terre nourricière tournerait-elle poussière, la planète serait-elle raclée jusqu’au roc, tout cela importerait si peu en regard du miracle qu’est la lecture de cet auteur béni des yeux !

Néanmoins il se pourrait que quelques grincheux refusassent d’aller plus avant, ignorant petitement de partager avec les multitudes la venue à l’Écriture de Celui qui enchantera l’humanité et qui rétablira l’harmonie universelle bien mise à mal par des inconséquents tout farauds de participer au saccage de la nature.

Qu’il leur soit pardonné de n’avoir point réalisé qu’ils se condamnaient à passer le reste de leurs jours dans l’ignorance du plus grand auteur de la planète Terre, et sans doute, jusqu’à preuve du contraire, de la Galaxie.

Toutefois, un mien cousin, académicien, m’a fait remarquer, un sourire sardonique sur ses lèvres minces, que je ne me prenais pas pour de la roupie de sansonnet, comme il se dit dans les milieux éclairés de la capitale où règne les intellos en fauteuil moulant. Et que me montrer ainsi l’égal des dieux et le seul régnant sans partage sur l’empire des lettres n’était pas moins qu’offenser le simple bon sens de l’honnête homme.

Que répondre à cela ? Un haussement d’épaule. Et qu’espérer ? Que les multitudes ne se précipitent point sur l’indigne pour le déchiqueter. Parce que je suis bon. Et parce que la plus grande gloire ne peut se bâtir sur du désintégré. Encore que…

Va, lecteur ! Tourne la page, et que l’enchan-tement te fasse dédaigner la fuite des jours et l’invasion numérique.

Amuse-gueule

 

Un escargot et une limace disputaient de l’origine du Vide quand intervint une semelle de passage.

*

Les amuse-gueule s’amusent comme des petits fours, jouant à cache-cache, obligeant les invités au vernissage à les chercher, la mine renfrognée et l’air de ne pas en avoir l’air.

*

Des batraciens et leurs drôles de machines remontent des cailloux bleus du fond.

*

Quand je me suis retourné, elle n’était plus là. Un beau camion était assis à sa place.

*

Il a mis le doigt dans l’engrenage. Sa carrière de mec haché vient de débuter.

*

Au fond du puits, une lueur. Au bout de la corde, le seau qui descend et le petit bruit du choc contre l’eau qui résonne entre les pierres.

*

Ils couchent ensemble, elle, en tenue d’Ève, lui, en camisole de force.

*

La technicienne de surface élabora son projet, le saisit sur ordinateur qui programma le passage du balai puis du chiffon.

*

Le frein entra en gare, juste à l’heure malgré la coquille.

*

De voir son épouse gémir de plaisir déconcerta le pasteur.

*

Quand je mange du caviar à la louche, j’ai comme le sentiment que mon repas n’est pas équilibré.

*

– Le cheval de bois est emballé ! Le cheval de bois est emballé !

– Tu sais bien que tu es trop grand à présent. Nous l’envoyons à des enfants pauvres.

*

Il est plus gentil d’écrire avec une plume d’oie qu’avec une plume de canard. Parce que la plume d’oie répand la joie d’écrire, alors que la plume de canard canarde à tout va ; celle-ci, à l’encontre de celle-là, est le canard boiteux d’écrivaillions bilieux qui dégénèrent l’écriture.

Voyez comme il est compliqué d’écrire une phrase simple, harmonieuse, et claire comme l’onde cristalline de la source que tu trouves sur ton chemin où la poussière retombe doucement derrière tes pas chaussés d’espadrilles aux lanières pénétrant peu à peu dans ta chair.

Et qu’il faut savoir terminer une phrase.

*

Indifférents aux murmures des passagers, l’éléphante et son éléphanteau prirent le métro à l’heure de pointe.

*

Il est parti au bureau un jour de la semaine. C’était le matin, après le petit-déjeuner. Même qu’il a pris le métro. Depuis on l’a revu, quand il est rentré chez lui à la fin de la journée.

*

Par de-là les mers, il a une plage qui m’attend. Tu y seras allongée, nue sur le sable blanc. Ta peau noire, couleur de l’infini, scintillera des gouttes de l’onde que tu viendras de quitter. Et je te regarderai, un désir d’éternité sur les lèvres.

*

Il est plus facile d’ôter son chapeau dans une église que la robe de mariée de la fraîche épousée de son ami d’enfance lors de l’échange des alliances. C’est pourtant ce que j’ai réussi à faire, malgré la désapprobation générale. Et ce qui chagrina le plus les familles, ce fut le retard au banquet causé par mon impertinence. Bien des plats furent servis tièdes et les rôts étaient trop cuits.

*

Je sais que l’inutile sert à quelque chose. À faire se pavaner ceux qui le dénoncent, tout fiers de jouer les magisters, heureux finalement d’exister. Et c’est là une bonne action que de leur donner de quoi rassasier leur suffisance.

*

Quand il fait chaud, je mets en marche le ventilo. Il traverse la pièce et vient s’assoir sur mes genoux. Et c’est là où la chose se complique parce que j’ai une longue barbe noire.

*

– Pour ouvrir la porte, il faut appuyer sur la poignée. Ensuite il faut pousser le battant. Et ne pas oublier de la refermer derrière toi ! Parce que si ton mari te suit… Pour cela tu tourneras deux fois la clé dans le sens des aiguilles d’une montre. Viens, que je te montre.

*

Il est tellement stupide qu’il s’énerve pour un rien.

*

Aïe ! Quand ça fait mal, ça fait mal. Même que mon docteur est parti à bicyclette de bon matin par un chemin forestier pour aller rencontrer la bonne fée habitant le creux du grand chêne, tout près de la mare aux grenouilles. Lesquelles sont si en forme qu’elles traversent la mare en neuf secondes et quarante-centième. Aussi sont-elles là pour l’accueillir si jamais le bon docteur se trompe de berge.

Il était donc une fois… Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Le problème c’est que les enfants, d’adorables bambins, étaient sourds comme des pots de fleurs en fin de carrière.

– On voit bien là une tentative de bien faire. De se lancer dans la littérature enfantine pour remettre sur les rails les contes qui ont bercé son enfance. Mais sans doute a-t-il trop pratiqué l’onanisme pour réussir dans son louable projet.

*

Il est des lecteurs si démunis de raison qu’ils prennent mes écrits pour des errements en pays de douce démence. Or je tiens à rassurer ces personnes charitables, que j’espère de bonne volonté, que mon petit chat n’est pas mort et qu’il n’est pas noir.

Il me faut préciser ici l’acception de noir : c’est du pelage dont il est question, et non point d’un quelconque abus de boisson qui serait très néfaste au petit chat.

*

Quand je monte sur mes grands chevaux, je m’assure d’abord que le taboulé est parfaitement équilibré.

*

De vouloir toujours être le plus malin entraîne parfois des conséquences déplorables. J’en veux pour preuve l’aventure qu’il m’est arrivée hier matin, vers les neuf heures trente-sept minutes et quarante-cinq secondes. Si je suis aussi imprécis, si je ne vous donne pas les centièmes et les millièmes de secondes, c’est que ma mémoire et mes capacités intellectuelles ne sont plus ce qu’elles étaient. Or donc, disais-je… Mais où en étais-je ?…

– Je viens d’apprendre l’enfermement de l’auteur en un établissement spécialisé, chargé de lui remettre en mémoire la probable extravagance qu’il voulut nous conter. Je prie donc les lecteurs de bien vouloir excuser l’interruption de sa narration indépendante de sa volonté. Volonté qui du reste est en train de faire hurler de douleur les nombreux experts mandatés pour lui extirper le début de l’aventure qu’il affirme avoir eue avec, avec…

*

Il avait fait la guerre. Elle lui avait pris un bras. Il ne pouvait plus applaudir aux discours des va-t-en-guerre… qui en reviennent toujours.

*

Quand il fait trop chaud, ou trop froid, je me dévêts, ou me vêts. Et quand il fait ni chaud ni froid, ça me fait ni chaud ni froid. J’espère bien me faire comprendre !

– Pour ça, on a compris. Je me demande néanmoins si ce qui vient d’être écrit mérite le marbre. Sans doute non. Mais je dois quand même en parler au Président. Car s’il n’est pas de mon avis, il me faudra commander en urgence un bloc de marbre arraché à sa mère, la carrière qui l’a vu naître.

*

Alors que je prends un bain à l’acide sulfurique, ne voilà-t-il point qu’un fâcheux se mêle de m’avertir que cela n’est pas bon pour le teint !

Comme quoi mieux vaut fermer la porte de la salle de bains à double tour si l’on ne veut pas être dérangé.

*

Une gentille petite fille est venue offrir un bouquet de fleurs au Président tout en lui adressant un compliment sous la forme d’un poème charmant. Celui-ci, tout ému, les larmes pour ainsi dire aux yeux, la remercia infiniment d’avoir répété ce geste pendant des jours et des jours, d’avoir ruiné ses prolétaires de parents pour l’achat de sa jolie robe, de ses escarpins vernis, de sa séance interminable chez le coiffeur et autres dépenses pour eux somptuaires, et enfin de s’être levé de si bon matin afin d’être fin prête pour le compliment si joliment tourné.

Puis il passa son chemin, furieux de s’être laissé aller à ce sentimentalisme de chaumière, inquiet pour son fond de teint qui aurait pu être très légèrement imprégné d’un semblant d’émotivité.

*

Leurs fils sont partis à la guerre. Et elle et lui sont restés pour cultiver leur lopin de terre. Et puis la guerre est venue jusque chez eux… Et puis leurs garçons, eux, ne sont pas revenus.

Voilà.

*

Quand je fais de la bicyclette dans la grande ville, je fais bloquer les portières de toutes les voitures en stationnement le long de ma randonnée vélocipédique. Pour cela je dispose de la force armée et d’un budget illimité. Et je n’ai toujours pas compris pourquoi un impatient m’invectiva un jour, vitre baissée, lors de mon passage le long de son véhicule automobile dernière génération.

– Ah ! je reconnais là le fameux principe de précaution ! Si je puis me permettre une remarque que l’on pourrait dire frappée au coin du bon sens, je ne vois pas pourquoi cet impatient automobiliste s’est octroyé le droit d’invectiver ce prudent et prévoyant cycliste qui a parfaitement raison de prendre un maximum de précautions. Serions-nous plongés dans le désordre, baignerions-nous dans l’anarchie, serait-ce le Grand Soir ? Comment pouvons-nous accepter un tel comportement sans risquer d’ébranler les fondements mêmes de la civilisation !

*

– Moi, monsieur, je serai ailleurs !

– Ah ça, et comment pourrai-je vous contacter ?

– C’est simple. Il vous suffira d’appuyer sur la touche étoile.

*

Le cerf s’approche doucement de la fenêtre pour regarder copuler madame et son amant pendant que le mari est à la chasse.

*

Il m’arrive de tenir en laisse mes tortues afin de les empêcher de m’entraîner vers de trop vastes horizons. C’est du reste pour cela que me vient un désir de barbe-à-papa. Je sais qu’elles en raffolent aussi. Et que le temps de les préparer, elles penseront à d’autres affaires que de vouloir à tout prix me faire traverser des continents.

– Ici, nous avons sans doute un exemple de dérangement mental. Celui qui a écrit ce qui précède est probablement bon pour l’asile. Je me ferais une joie de l’y accueillir, tant me presse d’avoir enfin un compagnon avec lequel je pourrais échanger mille considérations sur l’état du monde.

*

Quand il fait chaud, je mets mon gros manteau à l’ombre.

*

Il est des animaux qui ne sont plus dans leur peau. Qu’on laisse sans repos quand on leur marche dessus, étalés qu’ils sont dans le salon.

*

Ce n’est pas surprenant que de vouloir refaire le monde avec des bouts de bois, de la colle et du papier. C’est quand il n’y aura plus de bouts de bois, de colle et de papier que cela le deviendra. Mais il sera trop tard.

*

Alors que je finis de vider ma deuxième bouteille d’eau, légèrement pompette pour avoir abusé de cette boisson cristalline, mon épouse se lamente de me voir ainsi dilapider l’argent du ménage. Il faut dire que l’eau doit être consommée avec modération par des personnes que les hasards de la fortune n’ont pas privilégiées. Et je m’en veux un peu de mon intempérance, sachant combien est précieuse cette boisson sublime qui vous transporte dans un état jouxtant le jardin d’Éden… Mais ne suis-je pas le plus fort ? Le Créateur ne m’avantagea-t-il point au détriment de la femme, la compagne adorée ou abhorrée selon son humeur ? Qu’a-t-elle à se lamenter ! Mon euphorie présente me fait envisager avec légèreté la fin du mois. Que nous n’ayons à boire quand elle sera là que le vin de la vigne, nous n’y sommes pas encore. J’ai une telle soif d’eau que peu me chaut le futur immédiat. Seul l’instant présent…

Mais la tête me tourne. L’abus de cette divine boisson et les odeurs épouvantables qui émanent de notre modeste logis me font perdre un équilibre déjà précaire. Il faut dire que la saleté repoussante accumulée depuis des années par manque d’eau rend le domicile inconfortable. Nous-mêmes sommes à ce point couverts de crasse qu’il est besoin d’un solide racloir pour faire sa toilette…

Il ne reste plus une goutte d’eau dans la maison. Je réalise enfin, malgré l’euphorie provoquée par les deux litres ingurgités, l’inconscience de mon comportement dictée par l’égoïsme. J’essaie de prendre ma femme dans mes bras pour me faire pardonner, pleurant à chaudes larmes – je peux me le permettre vu l’eau ingurgitée –, regrettant mais un peu tard mon acte insensé. Elle a un geste de recul, me regarde, les yeux secs.

*

Ils étaient comme des quilles alignées sur le champ de bataille. Un boulet de canon les renversa. L’artilleur poussa un cri de triomphe.

*

Comme je suivais les traces de pas de ma fiancée, je me retrouvai soudain dans la chambre de son amant. Je m’empressai bien sûr de m’enfermer dans la penderie, retenant mes pleurs et mes gémissements.

*

Le moindre de ses désirs accompli, lui vient l’envie de prendre une pelle et une pioche pour creuser un grand trou dans la pelouse rasée de frais.

*

– Je crois pouvoir affirmer que vous tentâtes de mourir lorsque je partis à l’autre bout du monde. Me voici de retour et je vous vois mariée et mère de charmants bambins.

– Il est vrai que j’eus beaucoup de peine lorsque vous me quittâtes. Mais quant à mettre fin à mes jours, je crois que vous surestimez votre personne, certes aimable, mais quelque peu présomptueuse.

– Ah ! Madame ! Si vous saviez combien vous fûtes la compagne de toutes mes pensées lors d’une existence semée d’embûches que je surmontais dans l’unique espoir de vous revoir !

– Mon ami, il est bien tard. Il est même trop tard pour que vous espériez de ma part un doux sentiment à votre égard.

– Ah ! Madame ! Vous me crucifiez !

– Chacun porte sa croix. Je crois savoir que vous tremblâtes de désir et faillîtes vous ruiner pour une gourgandine…

– Comment ! Quelle est cette calomnie ! Pouvez-vous douter un seul instant que votre souvenir me torturait tant et tant que jamais aucune femme…

– Je ne vous crois point. Je sais reconnaître l’expression d’un sentiment sincère. Or vous n’avez point un regard exempt de toute duplicité. Je crois voir dans vos yeux et sur vos lèvres l’ombre du mensonge.

– Jamais ! Madame, votre souvenir ne m’a quitté ne serait-ce que…

– Alors pourquoi m’avez-vous abandonnée ? Nous nous aimions…

– Ah ! Madame ! Si vous saviez la souffrance, le désespoir, l’errance qui me tinrent éloigné de vous, persuadé que vous me chassâtes de votre cœur et de votre demeure parce que j’avais refusé de caresser le bichon qui venait de me mordre la main. Et que vous regrettâtes votre geste jusqu’à tomber dans le plus extrême accablement, envisageant l’existence avec une telle amertume que vous faillîtes franchir le seuil fatal…

– Avez-vous perdu le sens commun !? Puisque je vous dis que je surmontai cette épreuve, le cœur brisé certes, mais réparé par l’hymen avec le plus savoureux de mes cousins. Duquel la semence me permit d’enfanter ces charmants bambins…

– Ah ! Madame !

Et tout fut comme devant pour le malheureux qui repartit sous d’autres cieux moins cruels, désespéré de savoir qu’il ne la reverrait plus jamais.

– Là, nous sommes confrontés à une écriture trop vaste pour participer pleinement en tant que lecteurs abasourdis devant ce miracle de la création. Qu’il existe des écrivains capables de nous sidérer nous renvoie aux origines de l’Univers. Nous ramène à l’instant où tout commença, et sans doute à l’évolution de ce Tout jusqu’à sa perfection incarné en Celui qui vient d’écrire ce chef-d’œuvre absolu.

– Nous parlons bien du même génie. Il n’en est qu’un. « Qu’il existe des écrivains » me semble fautif. Il n’en existe qu’un. C’est le Tout incarné par celui dont l’écriture est trop vaste pour… Nous sommes nés pour cette gloire au goût d’éternité. Avoir lu ce que nous venons de lire comblera pour toujours le vide dans lequel nous nous désespérions de chuter.

– J’entends bien. Et je suis heureux de vous avoir à mon côté alors que s’avancent les foules des quatre horizons pour clamer jusqu’aux cieux la gloire universelle de Celui qui nous ravit et nous bouleverse. Jamais écrit aussi extraordinaire…

– Avez-vous peur des mots ? Comment pouvez-vous un instant chercher le terme absolu qualifiant cet…

– Justement, les mots sont impuissants, bien trop peu élaborés pour qualifier ce…

Connaîtra-t-on jamais ce substantif et cette épithète susceptibles de donner un infime aperçu de l’immensité de… J’ai beau chercher dans les dictionnaires, dans la mémoire des hommes, et même interroger les dieux…

*

Un jour que je traversais le miroir, je me blessai à l’un de ces éclats. Une longue estafilade qui allait du cœur au nombril. Depuis, je n’aime que moi.

*

– Je crois pouvoir dire que vous m’importunez avec votre demande en marivaudage. Mettez d’autres façons pour que je perde mon pucelage.

*

– Sans vouloir être indiscrète, pouvez-vous me dire quelle taille a votre pénis ?

– Je vous en prie, c’est la moindre des choses. Ce n’est pas un secret défonce, ah, ah !

– Oui. Mais encore ?

– Voilà.

Et il lui donna la taille de son pénis. Mais celle-ci doit rester confidentielle. Des fois que des ennemis…

*

Un sentiment d’incertitude l’oppressa à l’instant où elle le pressait de vendre son épouse et ses enfants au plus offrant. L’aimait-elle vraiment ? Ou venait-elle de dévoiler sa vraie nature ? Il décida de lui offrir une parure de faux diamants et un bouquet de roses vertes. Pour voir.

*

Quand je prends le métro, je m’arrange toujours pour monter dans une rame suffisamment bondée pour être soutenu par la foule.

*

Il venait de vider son litre de cognac cul sec, lorsque lui revint en mémoire qu’il devait aller chercher sa femme et ses enfants à la gare située dans la vallée. Il lui faudrait prendre la route sinueuse qui y menait à bord de sa guimbarde. Il avait tout juste le temps de prendre une douche froide, un café serré…

*

Armé d’un manche de pioche et d’un fusil à canon scié, je traversais le Rubicon, me dirigeant vers la maison de mes beaux-parents, espérant que mon épouse et nos enfants s’y fussent réfugiés, quand tout à coup une voix céleste me reprocha de ne mettre point lavé les pieds, polluant de ce fait l’onde pure qui emportait avec elle tout au long de son cours quelques particules de mes effluves malodorants. J’eus beau jeu de rétorquer que je n’étais pas le seul à souiller fleuves et océans, tout en me concentrant sur ma tâche à venir.

*

Marcher à quatre pattes demande plus de grandeur que ramper sur le ventre. J’en connais qui parviennent même à n’être que des ombres.

*

Un petit d’arbre, dans l’ombre de sa maman, cherche à échapper à la débroussailleuse.

*

Pas la peine de prendre ta pipe et ton tabac. Elle t’en taillera une sans en faire tout un tabac.

*

Un jour que j’étais seul, j’ouvris tous les robinets avant de mettre le feu à la maison. Mais ça ne marcha pas. La maison brûla et l’eau coula en vain. Quand rentrèrent mon papa et ma maman, mon papa me donna la fessée.

*

Il allait nu comme un verre vide par un chemin roncier, s’arrachant un peu de peau à chaque pas difficile, lorsque lui vint l’idée de se vêtir de l’armure moyenâgeuse qu’il trimbalait sur son dos dans une malle de fer. Ce ne fut pas sans mal. Il dut se contorsionner de mille façons pour parvenir à boucler les attaches. Puis enfin il put progresser sans plus se déchirer. Le malheur voulut qu’il chutât dans une mare à l’orée du roncier. Depuis, il y rouille, se posant la question de savoir s’il mérite ou non d’être secouru. Le temps presse néanmoins.

*

Quand arrive le dimanche, je pense aux curés qui ont du pain sur la planche et du vin dans la tronche.

*

– Un sourire de ma bien-aimée vaut plus que tout l’ornithorynque cuit à la broche ou passé à la casserole.

– Ne serait-il point plus simple de dire : plus que tout l’or du monde ?

– Peut-être… Mais vous ne la connaissez pas.

– Votre bien aimée ? Bien sûr que si ! Nous venons encore de passer la nuit ensemble.

– Comment !? Vous avez couché avec elle ?!

– Calmez-vous. Évidemment. En tout bien tout honneur toutefois.

– Ah bon. Vous me rassurez.

Sans doute sommes-nous indignes de lire ces lignes. Une telle élévation de la pensée traduite en ce superbe langage nous fait prendre conscience de notre dimension. Nous sommes petits. Trop petits pour dérober les confitures de bonne-maman sur l’étagère du haut. Mais arrivera bien le jour…

*

En prenant par le désert vous ne risquerez pas vous noyer dans la foule. Certains préfèrent prendre par l’océan. L’important est de traverser, n’est-ce point ?

*

– Je l’ai vu en train de faire son devoir. Même que je vous ramène un morceau de son corps découpé par un éclat d’obus.

*

La nuit était tombée sans se faire trop de mal. J’allais pour la ramasser, ramenant dans ma main un tas d’étoiles plus ou moins brillantes, quand l’une d’elle me piqua légèrement d’une de ses pointes. Une goutte de mon sang envahit la Galaxie.

– Eh bien, il ne se prend pas pour…

– Je vous en prie ! Il a parfaitement le droit de ramasser ce tas d’étoiles. Ce qui m’ennuie, c’est cette goutte de sang envahissant la Galaxie. Quand allons-nous baigner dedans ? Et sommes-nous équipés pour surnager dans ce flot impétueux ?

– Je le crois. Nous avons moult expériences en cette occurrence. Des bains de sang, nous en avons connu tant et tant…

– Sans doute, sans doute. Mais celui-ci aura une autre dimension. Ce ne sont point nos guerres et nos génocides qui…

– Détrompez-vous. Nous pouvons très bien survivre à une marée rouge. Au contraire. Elle nous apportera un sang neuf. Et nous en avons grand besoin de sang neuf.

Et c’est ainsi que mon sang retomba sur leur tête.

*

Elle avance vers lui, chaloupant des hanches pour ne pas le louper. Il faut dire qu’elle louche. Et que lui n’est pas très net. C’est par internet…

*

Zig et Zag sont dans une auto.

*

– Aussi avons-nous décidé, Agamemnon et moi, d’ouvrir le cabanon.

– Non ?!

– Si. Sinon que serait devenu Simon ?

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