Analyse de l'Histoire philosophique :&: +et+ politique des :etablissemens: +établissements+ et du commerce des Européens dans les deux Indes

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A Amsterdam; et se trouve à Paris, chez Morin. M.DCC.LXXV. 1775. 278 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1775
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ANALYSE
DE L'HISTOIRE
PHILOSOPHIQUE ET POLITIQUE
DES ETABLISSEMENS & DU COMMERCE
des Européens dans les deux Indes,
1 DE L' HI S TOI R E
;PHILOSOPHIQUE & POLITIQUE
DES ETABLISSEMENS
ET DU COMMERCE DES EUROPÉENS
DANS LES DEUX INDES.
Hifioria Lux veritatis Magiflra vite.
Cic. de Onr. Il. 9.
A AMSTERDAM; C
Et fe tnouve PARIS
Chez M O R 1 N au Palais Royal.
M. DCC. LXXV.
A2
AVERTISSEMENT.
ON jugeroit mal de ce petit Ouvrage;
fi on l'envifageoit comme une réfutation
complète de l'Hiftoire Philofophique &
Politique. Je n'eus jamais le deffein de
me mefurer avec un Philofophe moderne.
Supérieur à moi par l'élégance & la pu-
reté de la di&ion, le Philofophe pourroit
fe prévaloir de ce nouvel avantage en
faveur de l'erreur qu'il établit & qu'il dé-
fend. Le zèle fans les talens ne fuffit
pas ordinairement pour affurer le triom-
phe à la vérité. On peut perdre la meil-
leure caufe par la feule raifon qu'on l'a
mal défendue contre un adverfaire plus
adroit. Je me fuis fimplement propofé
d'extraire avec la plus exa&e fidélité quel-
ques pafîages de l'Hiftoire Philofophique
& Politique fi mes citations font exac-
tes, j'ai rempli ma tâche FAuteur ni le
Public n'ont aucun reproche à me faire.
Je me fuis permis à la vérité quelques
réflexions j'ai déduit quelques confc-
vi AVERTISSEMENT.
quences des principes de fAuteur mais
ce font des idées à moi qui pourroient ne
paraître pas bien juftcs à tout le monde
auflî je ne les préfente pas au Lé&eur
pour les lui faire adopter. Ma glofe peut
être défedlueufe aufli n'eft-ce pas fur elle,
ni par elle que j'ai voulu faire juger de
l'Hiftoire Philofophique & Politique. Il
peut fe faire, il y a même apparence, que
je n'ai pas fu profiter de tout l'avantage
que me donnaient, contre le Philofophe,
les textes que j'ai tranfcrits de (on Livre.;
mcs raifonnemens peuvent être foibles il
n'en cfr pas moins vrai cependant que
les fondemens du Chrifïianifme, ceux de
la Morale ceux de la Société, y font
heurtes de front il n'en eft pas moins
vrai, que l'Hiftoire Philofophique & Po-
litique cft un nouveau monument érigé,
h côte de tant d'autres l'honneur de
l'Irréligion. Malheur au Lecleur qui n'en
jugera pas de même
Malgré le ton déciiîf & impofant des
nouveaux oracles du genre-humain mal-
AVERTISSEMENT, vu
A4
gré leurs efforts réunis contre la Religion
de Jéfus-Chrifl:, il fera toujours vrai, que
le Chriftianifme élève l'homme autant
au-deffus de lui-même que la Philofo-
phie moderne le ravale au-defTous des
brutes d'où il réfulte deux grands avan-
tages pour le Chrétien l'un de l'attacher
irrévocablement au Culte parfait que fa
Religion lui prefcrit l'autre de le ga-
rantir des illufions de la fauffe Philofo-
phie, qui outragent la Divinité en dé-
gradant la nature humaine.
Je n'ai extrait qu'une petite partie des
textes dont la faufTeté l'absurdité j'ofe
dire l'impiété font frappantes. Le Lec-
teur religieux qui voudroit en avoir un
plus grand nombre, n'a qu'à prendre le
Livre l'ouvrir au hazard; il feroit diffi-
cile qu'il n'en rencontrât pas.
On fcra peut-être furpris que je me
fois permis dans mes réflexions, des ex-
prefüons fortes ou plutôt des qualifica-
tions deshonorantes contre l'Auteur je
fais qu'ordinairement un Critique judi-
vin AVERTISSEMENT.
cieux doit éviter toute espèce de perfora.
nalité mais que ne s'eft pas permis l'Au-
teur lui-même contre Jéfus-Chrift & fa
Religion ? Quelles invectives n'a-t-il pas
dit aux Miniftres du Chriflianifme ? A
quel excès n'a-t-il pas porté fon manque
de refpeét envers tous les Souverains de
l'Europe ? S'il ne s'eft pas modéré lui-
même dans fes faufTes imputations contre
te Sauveur des hommes s'il a violé les
règles de la bienféance, d©«a modération,
du devoir & du relpe£t envers les Potentats
de la Terre; s'il a infulté dédaigneufement
à la foumiffion des fujets envers les Souve-
rains, quel droit a-t-il aux menagemens ? Il
efl permis, je penfe, de lui répondre quel-
quefois fur le même ton, pourvu que les
reproches qu'on lui fait foient juftes
tous les miens font de nature à ne pou-
voir pas être défavoués par lui-même.
Je me flatte que tour Le&eur Chrétien
judicieux, raifonnable & amide la vérité^
les trouvera bien fondés.
ANALYSE
DE L'HISTOIRE
PHILOSOPHIQUE & POLITIQUE
DES ETABLISSEMENS
ET DU COMMERCE DES EUROPÉENS
DANS LES DEUX INDES.
INTRODUCTION.
JLi'HiJioire Philofophique & Politique des Eta-
blijfemens 6"# du Commerce des Européens dans
Ies deux Indes fut imprimée Paris pour la
première fois en 1770; l'Editeur eut de bonnes
r.iifons, fans-doute, pour ne pas l'y expofer pu-,
btiquemenc en vente la Hôliande où la pre/Te
& les Libraires jouiffènt d'une liberté prefque
entière lui parut un débouché alfuré pour le
débit d'un livre dont, par bien des raisons, il.
lui imporroic de fe défaire entic rement fa né-
i o Analyfs de l'Hifloirc phllof. & polit.
gociation futheuteufej il en'vendit tous les exem-
plaires à un Libraire connu & établi à Amfter-
dam celui-ci ne fut pas long-temps à s'apperce-
voir qu'il s'étoit inutilement flatté d'un prompt
débitas papiers publics annoncèrent cet Ouvra-
ge à plusieurs reprifes, mais malgré leur, cri géné-
ral, le livre refta enfeveli dans te magasin pen-
dant dix huit mois il y a apparence que le petit
nombre d'exemplaires qui s'en vendirent pen-
dant ce temps, n'avoir pas donné à cette Hif-
toire toute la confidération qu'elle a eue depuis.
Ce qui nacurellon'c:nt devoit précipiter cette
production Philosophique dans un oubli éter-
nelj la fit fortir tout-à-coup de l'obfcurité à
laquelle elle paroifïbit condamnée & au mo-
ment où le Libraire qui s'en trouvoit embar.
rafle alloit en faire fufage qu'on fait ordinai-
rement des maculatures le Public s'empretîk
d'en épuifer l'Edition le moyen le plus sûr de
faire courir avidement après un livre, c'eft d'en
prohiber la vente en effet le Gouvernement de
France n'eut pas plutôt flétri cette production,
dont les principes l'allarmérent, que ce livre fut
recherché avec un empreflement qu'on auroic
peine fe représenter, fi les Contre-actions
qui fui virent, n'atreftoient encore aujourd'hui
des Etablijjcmens & du Commerce., I i
le fuccès prodigieux qu'il a eu dans coure l'Eu-
rope. La vanité de l'Auteur & la cupidité des
Libraires, auroient dû être, ce femble, égale-
ment fatisfaites fi l'un n'étoir auffi infatiable
d'encens que la* autres le font de profit, c'eft
fans doute à cette double avidité, qu'on eft re-
devable de la dernière Edition qui vient de pa-
roître à la Haye.
L'Edireur a fait dans cette occafion tout ce
qu'on pratique ordinairement pour ranimer le
goût du Public &• il paroît avoir réufïi quoi-
que ce même Public dût avoir appris à fes dé-
pens, que les Auteurs par des augmentations
des change mens & des corrections ne cherchent
qu'à doubler- leur profit en rajeuniflànt leurs
Ouvrages, Se en leur donnant une nouvelle vie
mais de tout tems le Public a été incorri-
gible.
Le feprième Volume de cette Hijloire Philo-
fophique & Politiquc a été expofé en vente quel-
ques femaines avant la dernière Edition c'eft
fans doute une condefcendance de la part de
l'Editeur en faveur de ceux qui avoient acheté
quelqu'une des premières Editions s'ils vou-
laient s'en contenter malgré leur extrême dé-
fc&uofitc car elles n'ont été y'ifiblcmcnt
il Analyfc dc l' Hiftoire phj lof. 6. polit.
que fur un manufcrit informe ou altéré {i) il eft
également malheureux pour l'Auteur & pour le
Public, qu'il ait fallu quatre ans entiers avant
d'être en eut de réclamer contre ce larcin-& d'en
réparer la perte. Ce malheur néanmoins devient
moins grand) puifque l'Auteur qui avoir etcaflez
mal-avifé pour fe laiffer voler fou manufcrit,
encore défectueux a été afïez habile pour ré-
parer cette perte, pour donner-fon Ouvrage par-
fait, de façon que l'Editeur a pu le faire impri-
mer, tel qu'il eft forti de fis j»*ms (i), c'eft-a-
dire augmenté de plus d'un tiers imprimé
avec plus d'exactitude, enrichi ennn de figures
emblémariques, Se de cartes géographiques à la
tête de chaque Volume.
L'Editeur de la Haye femble avoir pris tou-
tes les précautions peut fe mettre à l'abri du
reproche qu'il fait lui-même à fes Confrères
quoique l'Auteur garde l'incognito dans cette
Edition comme dans les autres fon portraic
gravé & vendu quoique feparcment le met
dans l'impolTibilité de défavouer fon Onvrage,
& ôte jufqu'au plus petit foupçon de fraude.
(i) Avcrtiflcmcnt lignes S & ?.
des Etablljfemens & du Commerce <S'c. 1 3
Le Public malgré cela n'eft pas entièrement
rafluré à ce fujer & certains Critiques préten-
dent que M. l'Abbé R. n'eft nullement l'Auteur
de fOuvrage duquel l'Editeur lui fait honneur
outre que ces Critiques aflurenr qu'il doit être
le fruit du travail d'une fociété de Philofophes
Politiques ils ne penfent pas que M. R. don-
nant cet Ouvrage comme de lui eût empêché
que fon portrait fût mis à.la tête, & vendu con-
jointement avec fon Livre, s'il en éroir vérita-
blement Auteur; il faudroit donc, ajoure-r-on,
que M. l'Abbé eût voulu pafTer pour Auteur de
l'Hiftoire Philoiophkjùo .Se Politique & qu'en
même cems il eût voulu fe r'fervcr le droit de la
méconnoître pour fon Ouvrage ce qui feroit
une puérilité peu digne de la finecrité & de la
franchife Philofophique il eft plus vraifembla-
ble que le Libraire de la Haye, fur l'opinion de
quelques Littérateurs a de fon chef & de fa
propre autorité, annoncé l'Ouvrage comme forti
de la plume élégante de l'Auteur de fHifloirc
du Parlement d'Angleterre ce feroit, à la vé-
rité, un attentat impardonnable à tous égards,
fi MM. les Libraires n'étoient en pofTeiîîon
d'en commettre dans ce genre de plus énormes
encore pour donner plus de vogue aux Ouvra.
ges anonymes dont ils fe chargent.
14 Analyft de l'llifloire philof.& polie.
Une preuve qui paroît décifive par rapport
a la mauvaife foi des Editeurs, en général &c en
particulier contre les Editeurs de l'Hiftoire Phi-
lofophique & Politique c'eft que je viens de
recevoir dans ce moment un avis imprimé dans
lequel un nouvel Editeur fe préfente fur les
rangs à. Copenhague, dans lequel il fait une courte
critique de l'Edition in-8°. en 7 Vol. chczGoJfe,
fils à la Haye dans lequel il annonce
celle qu'il prépare avec des augmentations fur-
tout au Tom. Il. Livre V, au fujet de la Coin.;
pagnie Royale Afiarique de
menrations qui ne fe trouvent pas ailleurs, &
dans lequel enfin il fe flatte de faire fon Edi-
tion d'après l'Edition originale fans nul retran-
chement. Quel des deux Editeurs doit-on en
croire dans un fait avancé fi contradictoirement
de part & d'autre ? Un Lecteur judicieux ne les
croira ni l'un ni l'autre & conclûra avec rai-
fon, qu'ils ne font que deux Charlatans qui
cherchent s'achalander & à fe détruire mutuel.
lement.
Quel que foit l'Auteur de cette Hiftoire, elle
n'en eft pas moins une production trop volumi-
neufe pour le fujet annoncé; Se l'augmentation
confidérable faite dans la nouvelle Edition ne
des Etabliffemens 6, du Commercc, } &c. i
la rend ni plus intéreflante ni plus précieufe,
puifque dans le fond cette augmentation n'aj oute
rien de nouveau aux premières Editions on
doit donc regarder l'augmentation faite comme
un développement des principes de la Pliilofo-
phie & de la Politique que cette Hittoire ren-
ferme des gens de goût anurenr que ce déve-
loppement étoit très-inutile ils préfèrent même
l'Edition d'Amfterdam de l'année 1770, quoi-
que moins ornée que la nouvelle il ne nous
appartient pas de décider cette queftion impor-
tante mais après avoir lu attentivement l'une
& l'autre de ces Editions j'ai cru avec quel-
ques refpeâables amis, que les Etablijfemens
le Commerce des Européens dans Ics dcux Indes,
n'avoient pas été choifis pour faire le véritable
fujet d'une Hiftoire très-inréreflanre- d'ailleurs, fi
l'Hiftorien s'étoir renfermé dans les bornes de la
narration historique. Il n'efl: pas poflible en
effec, de fe tromper fur le véritable motif auquel
cet Ouvrage doit fon origine les traits de ref-
femblance, avec tant d'autres productions de la
Philofophie moderne font trop frappans pour
que cette mère féconde puifle le méconnoicre
elle-même.
Des plumes plus énergiques & plus légéres
t 6 Analyfe de l'HiJloire ph'dof. & polie.
que la mienne, ont entrepris de découvrir tout
le venin caché fous la rapide éloquence des
nouveaux oracles du genre humain mais le
mal a pris de fi profondes racines, que les géné-
reux efforts des détenteurs de la vérité n'ont pas
opéré tout le bien qu'ils dévoient s'en promeut-
tre les Philofophes modernes confervent en-
core tout leur crédit parmi un certain monde
trop corrompu pour défavoucr des principes qui
favorifem le libertinage de l'efprit & du cœur.
Je fens d'avance combien la tâche que je
m'impofe eft au-deflus de mes forces à certains
égards; fi je n'ai pu pvitci- le reproche de témé-
rité dans l'Analyfe que j'entreprends je fuis
allure au moins de m'erre misa. l'abri de celui
d'infidélité dans les différens extraits que je fais
de VHlftoire- Ph'dof ophique & Politique. J'ai penic
que le moyen le plus aifé pour moi d'en réfuter
l'Auteur, étoit de l'oppofer à lui-même dans lés
endroits où- il a eu l'imprudence de fe contre-
dire j'ai cru encore que je pouvois, fans m'en-
gager à rien de trop dégager fes aliénions des
enveloppes tranfparentes qu'il paroît ne leur
avoir donné de rems en tems que pour leur
applanir les obftacles qu'elles pourroient rencori.
trer dans"réfpric & dans le cœur de certains
Lecteurs
des Etabliffemcns & du Commerce, &c.
B
Lecteurs les nudités alarment encore la pu-
deur, quoiqu'il ne foir bsfoin que d'une légère
gaz.- pour la rafllirer c'eft uniquement en levant
ce voile trop clair que j'ai prétendu faire l'a-
pologie de la raifon du bon ordre des Loix
8c fur tour de la Religion Chrétienne qui m'ont
paru également outragés par YHiJlorien Philol'o-
̃- phe. Un cœur vrai droit & vertueux peut-il
voir fans émotion le Fanatifine mettre la torche
ardente l.a main de tous les peuples de l'Univers,
pour l'embrafer, fous prétexre d'y rétablir une
cguliré parfaire entre tours les hommes fans dif-
tinction ? Peut on voir de fang-froid ces pré-
tendus Sages du monde affeimir dans la main
des fujers le poignard meurtrier, & les e'icou-
1 rager l'enfoncer dans le fein de tous les Sonve-
rains de la Terre qui ne font aux yeux des
nouveaux Philofophes que des tyrans déteftables,
qu'on doit s'emprclfer de précipiter en bas du
Trône ? Oui, Souverains de l'Univers, quels
que vous puiffiez erre, jufies, bons, pacifiques
n'importe, vous êtes proscrits par la nouvelle Phi.
lofophie les cris de la Liberté & de la Nature
doivent réunir tous les hommes vous devez leur
I tendre la liberté on périr fous leurs coups fai-
i 8 Analyfc de l'Hifloire philof. & polit.
tes leur juftice, fi vous ne voulez pas Ies forcer
de fe la faire eux-mêmes.
Si l'on jette un coup-d'ocil fur cette Analyse
on Ce convaincra aifément que je n'exagère
rien, pas même les expreilîons. J'abhorre autant
l'infamie du dangereux détracteur, que la baf-
fe/Te du vil adulateur.
LE titre de Vlli/ioire Fhilojophiquc & Politique
renferme une divinon trop naturelle & trop
exacte de tout l'Ouvrage, pour ne pas la fuivre j
dans l'Analyfe que j'en fais j«j confidere donc
dans ce Livre trois parties, qui réunies enfem-
ble, en font tout le fujet l'Auteur n'a pu fe
difpenfer de les confondre dans le corps de
l'Ouvrage fans cela il eût été fans liaifon
comme fans agrément n'ayant pas les mêmes
raifons que lui je les défunirai un moment,
pour les confidérer chacune en particulier. La i
partie Hiflorique & la partie Politique ne font
pas l'objet principal de mon travail il me j
paroît d'ailleurs qu'elles n'offrent que quelques
.réflexions générales à faire, & quelques bévues
des- Etablijfemens & du Commerce, &c.
Bs
relever. Comme ileft certain que la partio
Philofophique a occupé principalement l'Au-
teur, c'eft aufli celle dont je veux faire le fujëS
principal de cette Analyfe. Je ne confidère
même les deux premières dans l'intention da
l'Auteur, que comme une liaifon néceifaire pour
donner quelque confiftance à la dernière on
peur, ce me Semble les regarder comme un
Canevas fur lequel l'Auteur après avoir def-
finé d'une main hardie fes idées fur la Nature
& fur la Liberté de l'homme fur la Morale &:
fur la Vertu a rempli les contours du defTein
par.des faits hiftoriques & politiques par rap-
port aux Etablijfemens & au Commerce des Eu-
ropéens dans les deux Indes ce rempliflage lui
a paru fans doute le plus propre â faire fortir
les couleurs qu'il a employées pour peindre la
bienfaifante Philofophie qu'il préconife & qui,
félon fes Sectateurs, mérite feule d'avoir des
Temples dans l'Univers entier.
.De la partie hiftorique.
Je l'ai déja dit je n'ai qu'une obfervatïorà
générale à faire fur cette partie.
Nous devrions ce femble être inftruics A
20 Analyfc de TBifioïrc philo f. & polit.
fonds fur tout ce qui concerne les différens
Peuples de l'Inde & du nouveau Monde mais
par une fatalité déplorable ce qui devroit ré-
pandre le plus grand jour fur l'hiftoire de ces
pays éloignés y répand au contraire les plus
épaiffes ténèbres les Voyageurs & les Million-
naires qui ont parcouru ces vaftes régions, s'ac-
cordent fi peu dans les obfervations qu'ils ont.
faites, qu'on a de la peine à croire, en lifant leurs
relations, que ce foit du même pays & des me.
mes Peuples qu'ils nous parlent. C'eft cette mul-
tiplicité de relations hiftoriques qui par leur
frappante contradiction, met un obftacle pref-
cju'infurmontable à la découverte de la vérité
perpétuellement en contradiction les uns & les au-
tres les Voyageurs dans les deux Indes femblent
s'être entendus pour jetter dans les plus grandes
incertitudes ceux qui n'ont pu ni voir, ni examiner i
pat eux- mêmes. UnHiftorien qui veut efTayer de
déhrouiller ce cahos ne doit marcher dans ce
labyrinthe tortueux que le flambeau de la faine
critique à la main; il ne doit avancer qu'avec
la plus grande circonfpection dans ce fentiec
diflicile & il ne peut efpérer d'arriver au fanc-
tuaire de la vérité qu'après avoir franchi des
précipices aufli multipliés que dangereux l'Au. f
des Etablijfemens & du Commerce, &c. z s;
B3
leur de ['Hifloire Philofophique & Poluique pa-
̃•; roit avoir été plus hardi que bien d'autres qui
̃ l'avoient devancé le ton affirmatif qu'il prend
dans toute la fuite de fa narration feroit pen-
fer qu'il a été plus heureux que tous ceux qui
ont cherché déterrer la vérité enfevelie fous
un amas prodigieux de fables & de rêveries, fabri-
quées, ou tout au moins adoptées fans difceme-
ment par desVoyageurs infidéles ou peuinftruitsj
rien ne l'arrête il ne forme prefque aucun doute
fur les faits qu'il raconte, & prefque aucune de fes
nombreufes difeuffions ne porte fur les faits
historiques, de façon qu'on diroit qu'il a tout.
vu tour examiné par lui-même l'obfcurité des
fiécles les plus reculés, même de ceux qu'il lui
plaît de compter long-tems avant l'époque or-
dinaire de la création du monde, cette obfcu-
rité, dis-je, ne l'empêche pas d'y lire tous les
evénemeus avec la même facilité que nous ap-
percevons ceux qui fe paffent fous nos yeux; ce
monde lui paroiffant trop jeune il le vieillit
fon gré & le ton d'autorité avec lequel il fait
vivre le premier légiflateur des Indiens long-
tems avant Adam feroit croire qu'il eft lui-
même contemporain de Brama qu'il eft origi-
naire des Indes, & qu'en nous donnant l'hif-
il Analyfc de l' Hijloirt philo f. & polit.
cotre de cette partie de l'Afie il nous donne
l'hifloire de fa pairie c'eft plucôt en témoin ocu-
laire qu'il narre qu'en Hiftorien ordinaire
mais comme il n'eft pas polîîble de croire que
l'Auteur ait été confervé exprès fur la Terre
pendant fi long- rems pour erre PHiftoricn de
l'Inde & que d'ailleurs on flit pofitivemenc
qu'il n'y a même jamais voyagé on doir natu-
tellement être plus en garde contre fa narration,
que contre celle de tout autre qui auroit apporte
plus de foin dans la difcuflîon des faits & moins
d'animation :1 les noyer dans un océan de réfle-
xions politiques SC philofophiqu.es.
Outre cette première réflexion fur la fidélité
'de l'Hiftorien, & fur la vérité de l'Hiftoire phi-
lofophique 8c politique il s'en préfente une fé-
conde non moins naturelle l'Auteur n'a pu com-
pofer la partie hiftorique de fon. livre, que fur
les Relations ou fur d'autres matériaux du mê-
me genre 5 6c comme fes différentes piéces, par
leur contradiction fur les points les plus fonda-
mentaux, & les plus généraux ne méritent
qu'une croyance circonspecte, il paroît naturel
qu'on ne doit pas en accorder une plus entière
à tout le corps de l'Hiftoire, évidemment com-
pofé de toutes ces pièces de rapport, ajuftees
des Etablijfemcns & du Commerce j &c. 1
Biv
fans critique & de temps en temps fans pro-
portion.
J'aurai foin dans PAnalyfc de la partie phi-
lofophique, de relever les bévues hifcoriques dans
lefiluellcs notre Hiftorien eft tombé trop fou-
vent, fans doute pour s'être plus attache aux
réflexions qu'au fujet j'aurois été forcé d'ex-
traire pluCeurs fois les mêmes lambeaux de fon
livre fi j'avois relevé ici fes fautes purement
îiiftoriques ce qui auroit rendu mon travail
beaucoup plus long <Sû moins agréable au
Lecteur.
De la partie politique
On remarque dans cette feconde partie beau-
coup plus de foin & d'attention de la part de
l'Auteur on peut même dire qu'il eft entre
dans des détails ctonnans fes calculs ou pour
mieux dire la balance générale & particulière
du commerce des Nations Européennes dans les
deux Indes qu'il paraît avoir travaillée avec
autant de foin que d'intelligence, prouve que
toutes les Compagnies des Indes lui ont ouverc
leurs livres il faut croire qu'il lui a été per-
mis de copiner à fon aife le réfultat des diffé-
rentes opérations de ce commerce immenfe,&
Z4 Analyfe. de l'Hij7oire philo f. & polit.
qu'enfin après des recherches infinies il a pu
en liquider les profirs pour chacune des Com-
pagnies en particulier, jufqu'à la precifion des
livres, fols & deniers. hlus ce rr.1v.1il paroîc
difficile ou même impollîble, plus aiilli la gloire
qui revient à l'Auteur d'en avoir furmonté les
difficultés eft flitteufe pour lui car il feroic
abfurde de penfer que tous fes calculs bien cir-
conftanciés n'onc de réalité que dans fon ima-
gination Se qu'ils n'ont été faits que fur des
probabilités & des oui- dire. Un Philofophe
pourroit-il travailler fur des probabilités ? Ces
Meflîeurs ne marchent qu'à la lueur du flam-
beau de l'évidence j 6c les oracles de la vérité
ne donnent jamais de amples poflîbilités pour
des faits conflans. Quoi qu'il en foit j'aime
mieux en croire fur fa parole notre politique
Calculateur, que d'entreprendre une vérification
impoiîible. Tout le monde ne peut pas fe pro-
mettre d'arracher le fecret aux différentes Na-
tions Européennes qui commercent dans l'Inde
peut-être même font-elles obligées de le garder
pour plus d'une raifon. Seroit-il aifé par exem-
ple i un fimple Particulier j de favoir au jufte
quel eft l'état a&uel de la Compagnie d'Angle-
terre ? il paroît, que fi elle le fait elle-même,
des Etahlijfemens & du Commerce, &c. i j
tout l'engage de n'en faire part à perfonne. Seroit-
il plus facile de gagner la confiance des Hol-
landois ce fujet ? Un Erranger curieux obtien-
droit-il la perminion de vérifier les livres des
deux Compagnies établies dans cette heureufe
République? il faudroit bien mal connoître la
Nation, pour s'attendre à une pareille condef-
cendance quelque floriffant que fait le com-
merce des Compagnies Hollandoifes elles n'en
feront jamais parade aux yeux de l'Europe j le
Hollandois a toujours joui fans ostentation i c'eft
même fur ce principe de modération & de dé-
cence, que paroir porter tout le fyftême poli-
tique de la République on pourroît cetijeâti-
rer qu'il doit cire !a bafe folide de fa gloire
comme la feule caufe de fa ftabilitc.
La Compagnie Françoife, par fa chute, a laide
voir à découvert toute la fuite de fes opérations
il a été aifé de remonter à la canfe de fa ruine
tes politiques lui ont fait le procès, ils lui ont
indiqué après fa perte la route qu'elle auroit
dû tenir pour ne pas échouer mais tout ce
qu'on a dit à ce fujet, étoit auffi inutile que fa-
cile à développer; les fautes énormes qui ontaccér
téré fa perte, indiquent d'elles-mêmes ce que cette
Compagnie auroit dû faire pour les éviter elles
2G Analyfc de VHïflo'ire philo f. & polit.
font même de nature a ne pouvoir être répa-
rées que très-difficilemenr.
Je dois faire une féconde réflexion fur ies
fautes politiques, que l'Auteur reproche anx dif-
férentes Nations Européennes qui commercenr
dans l'Inde.
II paroit d'abord que norre Hiftorien politique
fe plaît à les multiplier <x j'aurai foin de faire
obferver dans les différens extraits de fon orwra-
ge, que ce qu'il appelle faute politique ne l'eft
certainement pas en Second lieu il ne pzroit pas
diftinfuier avecaffe-z de foin les fautes des dirTé-
rentes Compagnies commerçantes de celles de
leurs différents Agents ces derniers font certai-
nement les plus nombreufes. Un plan de politique
donc il faut nccefTairement conhcr l'exécution
dans des pays très-éloignés à des fubalternes
prefque toujours intéreffés à ne le fuivre qu'en
partie ne produit jamais tous les heureux effets
qu'on s'en promet; n'eft-il donc pas injure d'en
rejetter la faute fur celui qui l'a conçu? l'infidèle
adminiftrateur n'cft-il pas le feul à blâmer ? Rare-
ment les intérêts d'un Agent font d'accord avec
ceux de fon Commettant; plus rarement encore les
Gouverneurs dans les différents établiffements des
deux Indes fuivent à la lettre les ordres qu'ils re-
des EtabliJJemens & du Commerce 3 &c. 27
çoivent de leurs Souverains: la conduite des pre-
miers ne pouvant être éclairée de près ils établif-
fent leur agrandifTement & leur fortune particu-
lière fur des ordres imaginaires, ils le peuvent
d'autant plus aifémcnt, qu'ils font comme aifu-
rés de l'impunité quand bien même ils feroient
découverts. Que d'exemples ne pourrois-je pas
rapporter? Combien n'a-t-on pas rappellé de Gou-
verneurs j ou d'Intendans pour leur faire ren-
dre compte de leur administration ? & combien
auflî, qui auroient mérite d'être punis de leur
infidélité, ont été renvoyés abfous? Les richef-
fes immenfes que les premiers Ageus des éta-
blifTemens dans les deux Indes peuvent accu-
muter, les mettent à même de détourner tous
les orages qui pourroient gronder fur leur tête;
ils peuvent aifément fuivre leurs idées particu-
lières dans l'adminiftration qui leur a été confiée,
en biffant à l'écart le plan qu'on leur a prefcrit,
lorfqu'il n'eft pas d'accord avec leur avantage
perfonnel je dis plus & j'avance fans craindre
de me tromper que les biens confidérables ac-
cumulés par les Gouverneurs des Colonies, les
mettent en état de forcer leurs Souverains, d'a-
dopter en partie leurs fyftêmes particuliers d'ad-
Buniftration au préjudice même des diftéreta-
iS Analyfe de l'HiJloire philo/. & polit.
tes Compagnies de commerce eG: il donc ri"
difficile de gagner les trois ou quatre premières
perfonnes qui tiennent le tymon des affaires dans
chaque Etat particulier de l'Europe ? On rcfifte
rarement à l'appât féduifant d'un intérêt réel &
préfent les Chefs étant féduits ne comprend-
on pas, que tous les intérefTés qui leur ont donne
leur confiance font obligés d'approuver tout ce
qu'on leur propofe & de fe contenrer' des ré-
partitions qu'on leur fait ? Il eft impofllble de
s'appercevoir qu'on eft trompé, plufieurs années
ne fuffifent pas pour liquider des comptes qui
ont tant de branches & tant de rapports diffé-
rens les balances qu'on peut faire chaque an-
née, ne font que provifoires ,'& je doute que la
balance générale & définitive foit poffible.
Que de peines n'a pas dû fe donner l'Auteur
de PHiftoire Politique & Philofophique, pour
débrouiller ce cahos? Quelle fagacité ne devons.
nous pas lui fuppofer, pour avoir pu mettre de
l'ordre de la netteté & de la préciCon dans
les différens comptes que les divers Etats de
l'Europe ont dû lui fournir ? Je dois, en troi-
fiéme lieu, faire remarquer ici, l'arTedation in-
décente de l'Auteur à rejetter fur la Religion
Chrétienne prefque toutes les fautes de politi.
des Etablïjfcmens & du Commerce) &c. z<>
que, commifes par les différens Etais Européens
dans le commerce de l'Inde les Efpagnols 8c
les Portugais fur-tout lui paroi!Tent avoir plus
péché par cet endroit que tous les autres
inais ces fautes, fuient-elles aum réelles qu'elles
font douteufes faudroit-il pour cela en rejet-
ter la caufe fur la Religion ? Faut-il la vilipen:
der & la repréfenter comme un montre né
pour détruire la fociété anéantir la Nature, 6c
affoiblir la raifon parce que quelques Minif-i
tres indignes de prêcher l'Evangile, ont fou-
vent agi par d'autres motifs que ceux qu'un zèlo
Apoftolique auroit dû leur infpirer ? Quoi parce
que des Chrétiens intérefies & avides de l'or
auront abufé du pouvoir qui leur a été confié,
& que fous prétexte de religion ils auront
commis des excès & des cruautés j que la re-
ligion même défavoue faut-il pour ceia pré--
fenter la Loi Evangélique comme dictée par le
Fanatifme ? Faut-il la traiter de Loi fanguinaire ?
Faut-il en un mot l'annoncer comme une Loi
barbarie, qui tend à captiver la raifon, & à en-
chaîner la liberté ? la Philofophie moderne
apprend-elle donc à raifonner fi mal? ou n'a-t-on
jamais bien raifonné, avant que fes principes
àyent appris à former le jugement ? Encore un
}O Analyfedc Hijloire pliilof. & polit.
coup, on ne nie pas, que les Millionnaires d'accord
peut-être & en partie, avec les Gouverneurs en-
voyés aux Indes n'ayent abufé de leur pouvoir
& de leur miniftere j on ne peut pas malheureu-
fement fe diflimuler leurs malversations & leurs
crimes, que le prétexte des converfions méta-
ïnorphofoit à leurs yeux en devoir peut-être
miême en vertu routes les perfonnes de boa
fens fe réunifient pour condamner ces infâmes
prévaricateurs un coeur véritablement Chrétien
fe feroit un honneur de leur jetter la première
pierre; mais il n'y a qu'un Philofophe moder-
ne qui proscrive la Religion chrétienne, & qui
s'attache à lui porter les coups les plus rudes
comme les plus inutiles.
J'aurai occafion de le démontrer dans les ci-
tations qui fuivront & dans lefquelles on verra
plus d'une fois, que notre Hifiorien paroît plei-
neinenc convaincu, que la Religion a ruiné la
plupart des ccabliiïemens dans les deux Indes
& qu'elle empêche encore aujourd'hui que ceux î
qui y fubfiftent, ne Soient plus floriiTàns.
Mais accordons pour un inflant à notre Po-
litique, que fon fyftême eft à tous égards au-
detfus de celui qu'on a fuivi jufqu'â prefent en
Europe convenons que l'exécucuw de fon plan
des & du Commcrce, &c. 3 i
donnerait un profit réd & des avantages confi-
dérr.bles aux Etats commerçans dans l'lnde; 5 eu
un mot adoprons fes idées pour les fubftituec
à celles de tant de pcrfonncs aufli éclairées,
qu'incéreflees la ptofpérité du commerce de
l'Inde feroit-il facile de fubftituer ce nouveau
fyllême t'ancien ? ne feroic-il pas même im-
pollîbie ? Deux raifons paroiirent en demonrret
l'impollibilitc la première eft fondée fur les
principes m âne de l'Auteur; félon lui la Reli-
gion Chrétienne eft un obflacle réel à l'utilité 5c
àl'avanragt du commerce de l'Inde, il faut donc
commencer par l'y détruire Se la détruire en-
fuite chez les Nations de l'Europe qui font ce
commerce; cer anéantilïement ell-il poflible ?
Non certainement. Ce n'tft pas feulement
parce que l'Auteur de cette Religion divine lui
a allure une durée auffi longue que celle des
fiédes qui doivent s'écouler, jufqu'à la defuuc-
rion de toutes chofes., mais parce que, humai-
nement pariant, les révolutions qu'il faudroit
préparer pour cette defri'u&ion imaginaire ne
pourroient avoir une heureufe ilTuej ne pouvant
pas narurellement compter fur une perfmnon Se
une conviction générales dans rous les hom-
mes qu'il fai.idr.ok déûbufer à cet égard que
3 z Analyfe de l' Hifloire ph'dof. & polit.
de fang inutile ne feroir pas obligé de répan-
dre le monflre qui entreprendroir par la force
une réforme fi peu pofliblc ? Mais n'approfon-
diffons pas une preuve de cette narure contre
un adverfaire qui a autant d'horreur que nous,
du tableau enfanglantc qu'il faudroit lui repré-
fenter rendons juftice à la Philofophie moder-
ne; 'elle déclame avec autant de force que de
raifon fur les cruautés que le Fan.itifme de
Religion a exercées dans les derniers fièclts j
on défireroit feulement, qu'elle fût auffi équi-
table par rapport aux premiers fiècles de
& qu'elle ne fît pas l'Apologie in.lécente des
Payens, perfecuteurs implacables des pemiers
Chrétiens. La feconde preuve n'eft ni moins
claire ni moins fenfible pour changer avec
fruit le fyftême Politique des Nations Européen-
nes qui ont des étabhflemens dans les deux In-
des, il fa.idroit qu'elles travailladenr de concert
à former ttn nouveau plan qui leur fût com-
mun à toures & qu'en fuite chacune diribeât
fes opérations parriculières relativement aU
plan général; il eft au moins permis de douter,
que cet accord merveilleux foir poflïnle dans
l'ordre moral entre des Nations rivales autant
par intérêt que par inclination ma.s cette di-
verfité
des Etablijfemens & du Commerce. &c.
c
verfité d'intérêts j difons mieux cette rivalité
& cette jalouse., ne font-elles pas elles-mêmes
l'ame de ce commerce immenfe ? Et en ne
confidérant que l'utilité & le profit qui en re-
viennent à ceux qui ne font pas intérefles di-
rectement dans ce commerce ne vaut-il pas
mieux laiiTèr les chofes dans l'érat où elles font?
Si l'accord des différentes Compagnies pour l'a-
doption d'un nouveau phn, n'eft qu'un pro-
jet chimérique quelle ef la Nation en parti-.
culier qui pîtt prudemment fuivre les coiifeiis
que l'Hiftorien Politique prend la peine de lui
donner ? En effet perdant le tems qu'une Na-
tion qui aura adopté le plan qu'on lui préfente;
fimplifiera les envois cherchera diminuée
les frais qu'elle fait annuellement pendant
qu'elle fe frayera de nouvelles routes qu'elle.
formera de nouveaux entrepôts, & qu'elle re-
mettra le bon ordre dans les anciens les re-
tours diminueront fenfiblement dans ces com-
mencemens de réforme; & les Nations rivales,
fuivant leur ancien train étendront leur com-
merce de plus en plus; elles faifirorit les petites
branches qu'on leur aura nécenairement aban-
données, & en fortifiant leur crédir, elles aum
gmenteront leurs fonds les objers de leurs
3 4 Analyfe de l'Hifloire pk'dof. 6* polit.
.échanges s'étant multipliés, leur correspondance
cran, étendue) la Nation qui aura embrafle la ré-
forme en perdant beaucoup de temps pour Téta- j
blir folidement n'aura plus la mcme occafion de
faire circuler un capitalaflezcbnfidérable pour en
retirer un profit égal à celui qu'elle faifoit avant
d'avoir changé fon fyftême Politique il réful-
tera en un mot que ce nouveau plan admira-
table dans la fpcculatioh, ruinera la Compagnie
dans la pratique, & qu'enfin il ne lui reftera
;qu'un commerce foible & languinant.
Ce feroit ici le lieu d'examiner s'il eft vrai
que les priviléges exclufifs font auflî injuftes de
leur natùre, qu'ils font deftruétifs du commerce.:
il fe prcfenteroit bien des réflexions à faire fur
une qûe1fion auflî importante je rie la traire-
rai cependant que très-fuccintemeni Se je me
contenterai de jetter quelque doute fur une opi-
nion avancée avec la plus grande confiance &
repétée avec la plus grande affectation.
Un Souverain, quel qu'il foit, a-t-il ie droit
d'établir dans les Etats qu'il gouverne, des
Loix qu'il croit de bonne foi rendre au bien
général de la fociété ? Un Souverain peut-il de
fa propre autorité contraindre tous lès indivi-
dus qui vivent fous fon gouvernement, à coh-
des Etabiijfcmens & du Commerce, &c. j ç
C ij
courir chacun de leur côré au bien public ? Un
Souverain en un mot peut-il encourager le
iéle des Citoyens qui fe dévouent au fervice de
la partie par des entreprifes aufri grandes qu'u-
tiles ? Il me paraît que la juftice ou l'injuftice
des priviléges exclufifs, accordés aux différen-
tes Compagnies dé commerce eft fondée fur
la véritable réponfe a ces trois queftions. L'Au-
teur de l'Hiftoire Philofophique & Politique y
répond négativement dans plufieurs endroits de
fon livre auffi fe récrie-t-il beaucoup contre
Tinjuftice des priviléges exclufifs mais pour
'pouvoir adopter fa réponfe il faut la déduire
du même principe que lui par conféquent il
faut établir avec lui que la fociété ne doit re-
connoître ni Souverain ni Gouvernement &
que l'homme étant libre de fa nature, il ne doit
ctre a/Tu/etti à aucune espèce de fubordination
il faut en Un mot avancer ce paradoxe auai ridi-
cule que dangereux que route domination eji
une véritable tyrannie.
Ces mêmes privilèges détruifenr-ils le com-
merce au lieu de le protéger & de le rendre
.utile ? La réponfe affirmative de l'Auteur pa-
jroîr faute, par rapport â.la généralité & les
3 6 Anaiyfe de l' Hijloirc philof. & polit,
motifs fur lefquels il la fonde paroiflènt au
moins équivoques & douteux. Il affure pte- j
miérement que ces privilèges ne peuvent f
être favorables i certains particuliers qu'en
excluant le plus grand nombre des Citoyens du
commerce des Indes; ce n'eft ici qu'un fophifme
évident pour quiconque fait qu'aucun Citoyen
n'eft formellement exclu de prendre part à ce
commerce, & qu'au contraire on a toujours for- |
tement invité tous ceux que leurs facultés met-
rent à même d'y entrer; mais malheureufemeuc
ce n'eft que le très-peut nombre qui puiflè fe
paner pendant un temps confidcrable j des fonds
uéce flaires pour pouvoir avoir une portion
raifonnable dans ces entreprifes immenfes ces
priviléges exclufifs énervent l'émulation, dit
encore notre Auteur, & l'émulation eft l'ame f
du commerce} fort bien: mais il eft dommage
qu'il manque de la juftefre dans ce raifonne-
ment outre qu'il eft certain, que rien n'eft
plus propre a piquer l'émulation que les privi-
léges. En quoi l'émulation des Citoyens eft-elle
énervée, lorfqu'ils font vivement follicitcs d'en-
trer en part dans le commerce & que ceux a
qui leur fortune défend d'y prendre part, peuvenc
néanmoins profiter des avantages généraux qui en
des Etabliffemens & dit Commerce, &c.
Ciij
1 xcfultent en faveur de toate la Nation ? Ces
priviléges privent la fociété de quantité d'excet-
f lens Négocians, à qui il ne faudrait que des
occafions pour développer de grands talens
cette aflùrtion n'eG: pas moins ridicule que les
précédentes. puifqu'elle porte fur la même fup;
j pofition qui eft évidement fauïïê Paifociation
la Compagnie établie étant permife fans ref-
i triclion tous les Citoyens aflèz riches pour y
entrer, tout IntérefTé qui veut faire fon- occu-
} pation principale du commence des Indes, pelle
en développant des talens réels mériter la con-
fiance de fes aflbciés & fe rendre auffi utile
ceux-ci qu'a l'Etat en parvenant à l'admi-
niftration des affaires de la Compagnie..
L'obje&ion de l'Auteur auroit quelque Coli-
dite fi un feul Négociant étoit affèz riche pour
entreprendre fans atfôciés un commerce de
cette étendue & pour rivalifer avec une com-
pagnie parce qu'alors toutes les peines qu'il fe
donneroit, rourneroiem à fon profit particulier;
enfin on ajoute que les priviléges exclunrs
gênent la circulation des efpéces qui fortiroienc
avec abondance de certains coffres forts, où elles
font inutilement enfevelies, pat la défenfe d'é-
riger d'autres Compagnies de commerce, & la
8 Analyfc de VHifloircphiloJ. & polie.
néceflké d'entrer dans celle qui croit autoriféè
par l'Erat. Si l'on vouloit fé former une idée
juftedu caractère de ces âmes de boue qui ao
cumulent dans un coffre l'or & l'argent & qui î
ne feraient pas même Satisfaites lorfqu'elles en
auraient cari la fource dans l'univers entier cri
attribueroic a d'autres motifs qu'à celui des pri-
vileges exclufifs l'opiniâtreté invincible de
certains Créfus conferver leurs efpéces &
l'on concluroit avec plus de raifon que l'or
& l'argent étant le Dieu de ces avares crapa-
leux ils ne veulent pas fe priver de l'infipide
avantage de rendre un culte idolâtre & journa-
lier à leurs trefors leur fut-il permis mille fois
d'ériger des Compagnies de commerce ils ne
s'empreiîèroient pas pour cela davantage à grof-
fir le torrent de la circulation un vaiffeau qui
partiroit pour les Indes fous les aufpices d'une
Compagnie non privilégiée n'arracheroit pas
plus leur confiance que les petites flottes qui
partent fous la protection du Gouvernement en
un mat les abîmes de la mer toujours ouverts
à leur imagination leur paroiflènt toujours prêta
a engloutir leur fortune, foit que le commerce
des Indes fe rade de telle façon ou de telle
autre.
39
Cnr
Mais tâchons de conjecturer ce qu'il arrive-
rpit fi les Compagnies de commerce perdoienx
leurs privilèges exclufifs dans un Etat de l'Eu-
rope; tâchons de deviner quelle feroit la pog-
tion de cet Etat fi ce prétendu obftacle étant
levé la manie d'ériger des Compagnies par-
ticuliéres pour le commerce de l'Inde venoic
à y dominer, fans que le. Gouvernement eût
rien à prefcrire aux Intérefrés. Mais apprenons-
le de l'Auteur lui-même, avant de hafarder nos
conjectures.
» Le fuccès de fon voyage (de Corneille
» Houtman) excita une nouvelle émulation il
j» fe forma de nouvelles fociétcs dans la plupart
» des villes maritimes 8: commerçantes des Pro-
>j vinces-Unies. Bien-tôt ces aflociations trop
» multipliées fe nuifirent les unes aux autres
» par le prix excenif, où la fureur d'acheter
« dans l'Inde, & par l'aviliffèmenr où la nécef-
Cité de vendre en Europe, les fit tomber. Elles
étoient toutes fur le point de périr par leur
propre concurrence dans cette con joncr
,» tuje le Gouvernement duelquefois plus écliiré
i> çmq des particuliers, vint x leur fecours. (i)
Hift. philof. & polit, tom. 1. p. 101 & 105.
4o Analyfe de l'Hiftoire philof. & polit.
Des entreprifes de cette nature demandent
des fonds conGdérables, pour fournir aux avan-
ces auffi indifpenfables qu'exorbitantes, qu'exige
l'équippement des navires deflinés à aller cher-
cher les richeffes de l'Afie pour les porter en
Europe plus ces entreprifes feroient nombreu-
fes, & plus auffi il faudroit commencer par
épuifer l'Etat d'efpéces circulantes pour ache-
ter de l'Etranger ce qui manqueroit à la Nation,
foit pour la conftru&ion des vaiSfeaux foit pour
leurs agrès, foit pour leur ctrgaifon, foit enfin
pour leur approvisionnement car quelle eft la
Nation de l'Europe qui peut fe paner de fes voi-
fins je ne dis pas pour équipper une petite
flotte, mais même pour mettre en mer un feul
petit navire ? Eh ne fait-on pas que chaque
nation n'a en particulier que la plus petite partie
de fes befoins ce fujet Ce premier inconvénient
eflxl'autant plus confidérable que le temps né-
ce(faire pour le retour des navires en Europe
eft plus long; il eft même trop fenfible pour
le méconnoître, puifque l'Erit manquant d'une
quantité fuffifante d'efpéccs le commerce in-
térieur doit languir ou même êrre abfolument
fufpendu, pendant la durée d'un voyage, dont
le fucecs eft toujours incertain. Eh qui ne voit
des Etablijfemcns & du Commerce &c. 4t
que l'interruption de ce commerce ufuel & jour-
ualier, doit entraîner la ruine de la plus grande
partie des Citoyens car il eft évidenc que le
nombre des Commerfans en détail (qu'on me
palfe cette expreflîon triviale) eft dans la même
proportion qu'un eft à mille, par rapport au nom-
bre de ceux qui pourroient entreprendre un com-
merce folide dans l'Inde.
Mais perdons de vue pour un moment l'in-
térêt réel de l'Etat & n'envifageons que celui
-de fes différentes Compagnies que nous fuppo-
fons établies fans privilèges il paroît incontef-
table, que toutes ces Compagnies doivent fe
nuire mutuellement.
i°. Avanc le départ de leurs flotilles par la
néceffité indifpenfable dans laquelle elles feront
d'acheter a un très-haut prix toutes les chofes
néce flaires à leur équippement, il eft de régie,
que plus il y a de concurrents dans un achat
plus aufli le vendeur fe prévaut de leur rivalité.
Elles fe nuiront encore davantage aprèc
l'arrivéc de leurs navires à leur deflination les
Nations avec lefquelles elles feront obligées de
waiter de leur échange, n'ignorantpas l'intérêt de
ces différentes Compagnies à le conclure au plu-
tôt, ne manqueront pas de donner un prix très-bans
aux objets qu'on leur offrira & d'en fariner
un très-haut à ceux qu'elles prcfenteront en re-,
tour; dans ce cas quel des deux trairans fer.^
la loi à l'autre ? Sera-ce celui qui ne peut fouf?
frir fans un dommage réel un retardement, qui
enfin occafionneroit fa perte? Ou fera-ce celui,
qui avec un peu de patience, eft allure de faire
un échange avantabeux en forçant l'autre par
fa fermeté, à fe livrer à fa difcrétion ? La pré-
fomption paroît en faveur du dernier.
Ces Compagnies ne feront pas plus heu-
reufes au retour de leurs vaiflaux la vente dç
leurs cargaifons ne pouvant pas être avantageufe
puifqu'il eft évident que les Compagnies par-
ticuliéres fc trouveront vis-à-vis des Européens
dans la même fituation qu'elles fe font trouvées
vis-à-vis des peuples de l'Inde la même riva-
lité, & la même neceflîte dans la vente ren-
dront leur pofition très-critique j & leur perte
comme affurée fi une Compagnie particulière
& privilégiée j dont les fonds font immenfes;
doir craindre très-Peuvent ces inconvéniens
quel fujet de crainte pour des Compagnies par-
.ticulicres qui par leur propre conftitution ne
peuvent choifir ni le temps des achats ni le
temps des ventes :De cette impoffibilité doi-
des Etablijfemens & du Commerce j&c.
vent naître naturellement le dégoût 3 le dé-
couragement, & l'obligation d'abandonner gra-
duellement des entreprifes, qui, après avoir mis
l'Etat à la gêne, en arrêtant la circulation des
efpéces, auront ruiné pour toujours quantité de
bons Négocians qui fe feroient foutenus ou
en prenant part au commerce bien fait d'une
Compagnie privilégiée & protégée par l'Etat,
ou en continuant un commerce dans l'intérieur
de l'Europe auquel ils dévoient déja leur for-
tune.
Un homme fcnfé ne peut pas raifonnabiement
fuppofer que depuis les premiers érabliffemens
dans Huile jufqu'à ce jour, tant de perfonnes
întérelïces à les'améliorer, ayent méconnu leur
avantage réel; peut-on croire, que depuis le
-fameux Portugais Gama, fondateurdes premiers
ctablinemens en Afie il n'ait pas paru un feul
homme dans le grand nombre de ceux qui ont
fuivi la route que ce fameux navigateur fe fraya
Je premier, capable de penfer de voir, de
combiner & d'arranger un plan avantageux au
commerce de l'Inde ? L'Angleterre <Sr la Hol-
lande n'auront pas produit un feul bon Politique
•à cet égard? Je me garderai bien de parler* ici
des autres lacions Européennes, trop viles Se
44 Analyfc de l'Hifloire philo/. & polit.
trop méprifables aux yeux de l'Hiftorien politi-
que, pour être mifes en parallele avec les deux
aurres qui n'ont pas perdu encore toute fon efti-
me. Je crois néanmoins qu'il eft plus raifon-
nable de penfer qu'il y a eu effectivement de
grands hommes qui fe font fait une étude par-
ticulière du bien de ce Commerce, qu'ils ont
çherché à le rendre plus avantageux, en en finv
plifiant les opérations, & qu'ils ont voulu réel-
lement en écarter les grands obftacles qui ne
paroi(Tent furmontables qu'a ceux qui travail-
lent dans leur cabinet d'après leurs feules
idées oui fans doute, ce n'eft ni les plans, ni
les hommes capables de les réfléchir qui ont
manqué c'eft la feule impoaibilité de les adap-
ter au fyftême général qui les a fait rejetter par
des hommes aufli capables d'en goûter les pro-
portions que d'en appercevoir la malheureufe
inutilité. Mais il n'arrive que trop fouvent que
ces grands réformateurs, ces génies fpéculatifs
& profonds n'ont trouvé que des chimères.,
après des lectures & des compilations aufli la-
borieufes qu'inutiles après des réflexions pro-
fondes & des méditations accablantes après
enhn un travail long & opiniâtre. Il eft mal-
heureux fans doute, de s'enfevelir dans un cabi-.
des Etablijfemcns & du Commerce, ,&c 45
net pour n'enfanter que des êtres de raifon;
mais il eft bien plus déplorable de porter l'opi-
niâtreté jufqu'à foutenir contre tout le monde;
qu'on a fervi la fociété, lorfqu'on ne lui a pré-
fenté que des abfurdités ou des impoiribilités
morales; quel titre pour bien mériter des hom-
mes
De la partic philofophique.
On a convenu jusqu'à prêteur, qu'un Hifto-
rien ne doit jamais prendre un ton dogmatique,
& qu'il doit être extrêmement réfervé dans fes
I réflexions cerre regle n'étoir pas faite fans doute
pour l'Auteur de l'Hiftoire Philofophique &
Politique & il lui a été permis de s'en écarter,
puisqu'il avoir plus en vue d'inftruire l'homme
de ce qu'il doit à la Société & de ce que la
Société lui doit que de repréfenter dans un
feul tableau tous les faits intéreflans de l'hiftoire
des Indiens, combinée avec celle des Européens,
depuis que par le commerce, l'histoire de l'Afie,
de l'Amérique & celle de l'Europe ont des rap-
ports eflentiels entre elles. 11 fe juftifieroit diffi-
) cilement fi on lui reprochoit qu'il a plutôt cher-
ché à éblouir les efprits qu'à les inftruire &
qu'en s'écartant mal-à -propos de la noble fîm-
plicité de l'Hiftoire par un ityle trop recherché,
4<> Analyfe de l'HiJïoire pkilof. & polit.
il en a rabaiffe la majefté. En effet on ne peuc
pas s'empêcher de s'appercevoir que la partie his-
torique n'eft qu'un beau cadre dans lequel il a
habilement enchâflTé les maximes de la philofo-
phie moderne chaque artifte a fa façon parti-
culiere de mettre en oeuvre fes matériaux ce
n'eft même qu'en inventant de nouvelles propor-
tions, & en trouvant de nouveaux rapports
qu'il peut afpirer a la gloire, autant qu'à la for-
tune. Les Apôtres de la philofophie qui ont pré-
cédé notre Ecrivain fembloient avoir épuifé
tous les diffcrensarrangemens,& les différentes
fymmétries dufyftêmede l'irréligion: les uns, à
l'exemple de Bayle, l'ont repréfenté aux hom-
mes, en faifant élever des brouillards aurour de
li vérité en conduifant le Lecteur docile à
l'incréduliré n'ofant pas paroître formellement
ils fe font contentés de faire des Pro-
félites à ï impiété d'autres, dcpofant le mafque
de l'hypocrifie ont prêché l'erreur avec autant
de clarté que d'impudence celui-ci écrivant fur
la Nature qu'il ne définit ni ne connoît l'a
altérée Se corrompue au point de la rendre mé-
connoiflible l'autre méditant fur la Ziberté, en
a tellement exagéré les droits, qu'il n'a fait que
des libertins en preconifant le libertinage .ua
du Commerce &c.
autre cherchent a connoître l'homme a cru
n'appercevoir.dans cette créature qu'une machine
purement matérielle qui doit Ïe décompofer
par le dérangement du reffort principal pour
rentrer enfin dans le néant duquel le fimple
hd farci TaVôit fait fouir un autre enfin cher-
chant à décomposer l'homme, la foible ràifoh
ne pouvant lui rendre compte de l'union niyftè-
riëufe de Pâme & du corps a mieux aimé avan-
cer üés paradoxes j que de captiver fon entende-
ment fous le joug de la Foi. En un mot nous
ïùr l'ame, fur ï homme & fur tant d'autres
fujéts philosophiques qui ne différent que par le
titre mais qui rous fe réunifient au centre coin*-
jnun que FAuteur de l'Hifloire philofophique
& politique a cru devoir prendre un nouveau
détour, & choif un titre plus neuf pour piquer
'la curiofitc & exciter de nouveau le goût du Pu-
blic. Ne parviendra-t-on donc jamais à émouf-
fer rout-à-faic ce goût, en ne lui préfentant per-
pétuellement que le même mets ? mets.qui doit
perdre fa faveur & fon attrait par les différens
«iéguifemens auxquels on l'âflujettir.
La partie philofophique de l'Ouvrage que j'a-
salyfe, contient-elle
Analyfe de VH'iJtoirc philof. & polit.
i°. Des blasphèmes formels contre la Reli.
gion Chrétienne ?
2°. L'Auteur y préconife-t-il le vice j & y
déprime-t-il la vertu ?
Les hommes y font-ils puiflamment en-
couragés & excités à s'élever contre tous les
Souverains fans diftin&ion ?
4°. Tour homme peut-il fans crime, & par
confequent fans remords, enfoncer le poignard
dans le feiu de fon Souverain ? Le doit il
même?
5°.' Le Fanatifme de la liberté n'y encourage-
t-il pas tous les. hommes fecouer le joug des
Loix & a fe fouftraire à toute espèce de gou-
vernement ?
G°. Enfin les principes qui y font développés,
ne conduifent-ils pas au défordre ou' plutôc à j
l'embrâfement général de la Société ?
Je réponds affirmativement à ces fix queftions j
je foutiens même, que ces étonnantes aliénions
font non-feulement en termes formels ou équi-
valens, dans le Livre de l'Hiftoire philofophi-
que & politique mais même que tout le Livre
n'a été compofé que pour expliquer & développer
ces maximes déteftables. Avant de m'acculer
de calomnie qu'on me life, ou plutôt, qu'on
desEtablijfemens & du Commerce &c. 49
D
Iife l'Auteur lui-même dans les fidéles extraits
que j'ai faits de fon Ouvrage. Cette façon de le
réfuter eft je crois, la moins équivoque, com-
me elle doit être la plus sûre.
Extraits du Tome I.
» C'eft un malheur de connoître des Loix,
» des Gouvernemens & une Religion exclufive
» pag. 8.
Un texte fi clair n'a nullement befoin de
glofe: mais voyons quel eft le malheur qui en ré-
fulte apprenons-le de la bouche du Philofophe
même » lorfque les Grecs connurent les Arts
»> Se le Commerce il fortoient pour ainfi
dire des mains de la Nature ils avoienc
» route l'énergie nccefTaire pour cultiver les dons
» qu'ils en recevoient au lieu que les. Nations
« de l'Europe avoient le malheur de connoître
» des Loix, des Gouvernemens une Religion
» exclufive & impérieuse. Dans la Grèce il
(1) Un Philofophe moderne plus conféquent, fans
être plus Chrétien que l'Auteur de l'Hiftoirc philofophi-
que & politique, ne fait pas un tableau fi avantageux des
Grecs fortant des mains de la Nature. nOn dit que c'eft
»• fous ce prétexte qu'un éloaffoit à Rome les kermaphro-
5 o Analyfe dé l'Hifloire philof. & polit.
trouva des hommes; en Europe il trouva des
jvefclaves, p. 7 &
Tous les peuples ont eu fans doute leur fiécle
de barbarie comme nous; les différentes hordes
de Tartares, d'Iroquois, &c. que les Nations
Européennes n'ont pu affervir ne font certai-
nement pas efclaves comme les Européens; ils ne
"connoiffent ni Loix ni Gouvernement, ni Reli-
gion exdujive & impéricufe néanmoins leurs
talens font encore bien peu .de chofe & leurs
connoiffances très-bornées mais c'eft fans doute
parce que les Ans n'y ont pas encore pénétré
quoique depuis près de trois fiécles, la quatrième
-partie du monde foit en relation de Commerce
avec l'Europe, qui cet égard. pourroit lui avoir
été fort utile. Si cependant les Arts pénétrent
» dites fclon un ancien Edit àcRotnulus, qui ordonnoic
» la mort des montres on ajoute que cette loi ainfi
» que toutes les loix Italiques éroit originaire delà Gte-
ce, où l'on mailàcroit non- feulement les androgynes
» mais aufü les eiifans nés contrefaits, par une égalc in-
s> juftice à l'égard des uns & des autres. Ces pratiques
» de la vieille Nature auront été tranfplantées & con-
« fervées dans les premières [aciérés avec les autres er-
reurs politiques. « Recherches philofophiqu.es fur les
Américains, par M. de P* t. i..p.
des Etabliffemtns & du Commerce j &c. j.i
D ij
) un jour chez les Tartares & les Iroquois ils
« y feront des progrès in6niment plus rapides
» qu'ils ne peuvenc en faire dans la Ruflie §C
» dans la Pologne p. S.
Pourquoi ne pas dire dans toute PEurope.fans
reftridtion ? Le Philofophe raifonneroic plus
conféquemment à fes principes ôc l'aflertiori
n'auroit pas été pour cela plus ridicule qu'elle
l'efr. L'Auteur que nous venons .<{•: citer dans
la note;, ne favorife certainement pas la prédic-
tion.en faveur des Iroquois. Çe Naruralifte très-
éclairé, mais trop prévenu & trop dogmatique,
.paroît vouloir démontrer que tous les Améri-
cains fans diftinitior» font .incapables d'acquérir
aucune efpece de connoitTiince utile à la fociété,;
la foil'lejfe de leur organifation j f-ùte ne'ci (faire
du vice du climat, dans lequel ces peuples iu-
nombrables respirent s'y opposera toujours,
jufqu'à ce que .la Nature .ait repris dans le noû-
veau continent fa premiere vigueur, fuppofé quelle
n foit pas encore dans fon enfance. Recherchas
philof. fur les Américains Tom. II en plufieurs
endroits, mais particulierement, p. i<îz.& fuiv.
jufqu'à la. p. 208.
L'Auteur qui a adopté dans prefque tout le
refte de f^n Ouvrage le fentiment du PhilofopHe
5 1 Analyfc de t 'Hiftoire philof E' polit.
que je cire contre lui ne peut fe refufer à la
force de l'autorité que je lui oppofe encore
moins fe récufera-t-il à la Genne lorfque bien-
tot je l'oppoferai à lui-même.
» L'efpece humaine dégradée par les Romains
Conjlantin mit tout dans un plus grand
» défordre par deux Loix abfurdesj l'une, par
laquelle il déclaroit libres tous les enclaves
» qui fe feroient Chrétiens cette Loi fut diftée
» par l'imprudence & le Fanatifme p. 9.
Un Philofophe politique qui auroit voulu
éviter lui-même le reproche de Fanatifme fe
feroit' attaché à prouver l'absurdité & l'impiété
de Conflantin en rendant la liberté aux efcla-
ves qui fe faifoient Chrétiens. Mais cela n'au-
roit pas fuffi encore il eût fallu démontrer
'dè plus, que ce qui étoit abfurde & fanatique
par rapport au premier Empereur Chrétien
feroit juftice équité prudence & Religion
même par rapport a tous les Souverains d'au-
jourd'hui il eût faliù prouver que l'intérêt per-
fonnel autant que celui de l'Empire devoir être
plus cher à Conjtanùn qu'il ne doit l'être aux
Souverains de nos jours; enfin il- falloit faire voir
'que Conftantin, pour conferver fon autorité & la
çranfmettre toute entière à fes fucceflèurs ne

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