Apologie de la censure, rétablie le 15 août 1824, sur la proposition de M. le président du conseil ; par l'auteur de la "Politique de M. de Villèle"...

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J.-G. Dentu (Paris). 1824. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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APOLOGIE
DE LA CENSURE,
RÉTABLIE LE 15 AOUT 1824,
SUR LA PROPOSITION DE M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL.
CET OUVRAGE SE TROUVE AUSSI AU DEPOT
DE MA LIBRAIRIE,
Palais-Royal, galeries de bois, n°s 265 et 266.
APOLOGIE
DE LA CENSURE,
RÉTABLIE LE 15 AOUT 1824,
SUR LA PROPOSITION DE M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL.
Macte nota virtute, puer ; sic itur ad astra.
VIRG, AEn, lib. IX.
Courage, enfant , c'est ainsi que l'on se fait un
nom glorieux.
Par l'auteur de la Politique de M. de Villèle, des Lettres
au comte de***, sur la Septennalité et la Réduction des
rentes, etc.
PARIS,
J. G. DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE DES PETITS-AUGUSTINS , N° 5.
MDCCCXXIV.
APOLOGIE
DE LA CENSURE,
RÉTABLIE LE 15 AOUT 1824.
Nous entendons de tous côtés les roya-
listes se récrier contre la censure. M. de
Chateaubriand s'élève contre elle il la re-
pousse avec une énergie qui pourrait troubler
la conscience du ministre qui l'a donnée,
si cette couscience, plus d'une fois éprouvée ,
n'était pas suffisamment affermie. Aucun inté-
rêt légitime ne la réclamait ; c'est une me-
sure impolitique, dangereuse , elle jette
dans la société un trouble inexprimable.
La plus précieuse de nos libertés, celle qui
garantit toutes les autres est immolée ! s'é-
crie le noble écrivain ; et pourquoi ? Il nous
semble que M. de Chateaubriand en parle
fort à son aise, et ses réflexions nous rappel-
lent ce petit dialogue bien' connu : « À votre
« place, je n'eusse point fait cela.— Ni moi
( 2 )
« non plus à la vôtre. » M. de Chateaubriand
ne veut point de la censure, M. de Villèle la
réclame ; que faut-il en conclure? que ces deux
hommes n'éprouvent pas les mêmes besoins :
pas autre chose ; si le premier fût resté quelque
temps de plus au ministère, il se fût retiré de-
vant la proposition d'asservir les journaux ;
nous n'en doutons pas , et M. de Villèle n'en
doutait pas non plus, lorsque, méditant déjà
ce grand acte, devenu pour lui une nécessité
irrésistible, il songeait prudemment à se dé-
barrasser d'un collègue dont le refus, dans
une telle occurrence aurait eu quelque chose
de trop significatif.
Nous voulons prouver cette nécessité impo-
sée, à M. le président du conseil ; nous voulons
prouver que M. de Villèle devait demander la
censure, qu'il y était condamné si l'on veut, et
qu'en la demandant, il n'a fait que mettre le
dernier sceau à ce vaste système politique que
depuis deux ans il a suivi avec une constance
digne de l'approbation de tout ce que la France
royaliste a de plus noble et de plus éclairé.
C'est donc à peu près l'apologie de la cen-
sure que nous nous proposons ; mais avant de
nous acquitter d'une tâche aussi belle, nous
ne pouvons nous empêcher de soumettre au
( 3 )
lecteur une réflexion qui s'est présentée à notre
esprit en lisant le brillant écrit du noble pair.
C'est une étrange destinée, nous disions-nous,
que celle de M. de Chateaubriand : et au même
instant le tableau de sa vie politique se dérou-
lait à nos yeux.
Buonaparte commet un grand crime (grand
par le nom de sa victime) ; il trempe dans le
pur sang d'un Bourbon le manteau royal dont
il aspire à se couvrir. M. de Chateaubriand a
horreur de ce sang ; il abandonne l'emploi qu'il
occupait bien loin du coupable ; devenu libre,
il ajoute un nouveau lustre à la réputation
qu'il s'était acquise du premier écrivain de
l'époque. Cependant, l'aurore de la restaura,
don luit enfin pour la France : M. de Chateau-
briand l'aperçoit des premiers ; mais le dra-
peau révolutionnaire, devenu naturellement
celui de l'usurpation, flotte encore sur toutes
nos citadelles ; sa cocarde est encore à tous
les chapeaux. Dans cet instant décisif, M. de
Chateaubriand jette au milieu de la foule éton-
née un écrit dont ceux-là seulement qui
étaient alors à Paris, ont pu apprécier le pro-
digieux effet (1); une impulsion puissante,
(1) De Buonaparte et des Bourbons.
( 4 )
magique, est donnée à la capitale, plus forte,
disons-nous, et surtout plus française, que celle
de six cent mille étrangers armés. Au milieu de
ce mouvement d'enthousiasme que fait naître
le souvenir de notre antique et glorieuse mai-
son royale, un Français de plus nous appa-
raît (1), et bientôt après lui, le père des Fran-
çais, le chef auguste de la race, de ce Louis,
grand et saint roi dont la fête solennelle oc-
cupe tout un peuple au moment même où nous
traçons ces lignes.
La restauration fut de droit consommée, le
Roi donna la Charte ; et nous ferons remarquer
ici, mais sans conséquence, et seulement pour
mémoire, que ce fut à peu près dans ce temps
que M. de Villèle, alors profondément in-
connu, et demeuré tel encore long-temps
après, publia sur, ou , pour ne rien cacher,
contre la Charte, une opinion demeurée dès
sa naissance ensevelie dans la masse des cho-
ses vulgaires.
Mais la sinistre puissance du fait ne tarda
pas à se manifester de nouveau ; la cruelle po-
litique des cabinets étrangers, bien plus que
(1) Entre'e de S. A. R. MONSIEUR dans Paris. Ceux
qui ont vu celte journée ne l'oublieront jamais.
( 5 )
les fautes commises à l'intérieur, amena le re-
tour de l'homme du destin; le Roi dut se re-
tirer. M. de Chateaubriand a le défaut de
donner beaucoup au sentiment; il fit ce voyage
si bien qualifié par ces hommes habiles et pru
dens, disposés à ne voir dans les affaires hu-
maines que ce qu'elles ont de positif, de ma-
tériel; devenu ministre d'un Roi qui avait
encore une fois tout perdu, hors l'honneur,
il lui rendit les services que réclamait sa posi-
tion , il adressa à son maître, sur la situation
du royaume, un rapport digne de tous deux ;
il n'appartient plus à son auteur, l'histoire de
la restauration le revendique.
Le Roi recouvra son trône; l'amour de ses
peuples le servit encore mieux que les vain-
queurs de Waterloo. Le ministre n'eut point
de conseil à offrir, il n'était pas nécessaire ;
mais il lui fut donné d'admirer une royale ré-
solution (1). M. de Chateaubriand perdit sa
place, et ne se plaignit pas, comme s'il était
(1) Des gens timides ou perfides déclaraient que le
Roi ne pourrait entrer dans Paris avec la cocarde
blanche. Le Roi garda sa cocarde, et il ne trouva
d'obstacle que pour percer les flots d'une multitude
ivre de le revoir.
( 6 )
dans la destinée de cet homme de ne prendre
part qu'aux malheurs de la maison.
Bientôt apparut, pour servir la monarchie,
un ministre qui voulut jouer avec la révolu-
tion. M. de Chateaubriand s'effraya de ce jeu.
Dans un livre destiné à survivre à la circons-
tance qui le fit naître, il traça à grands traits
les règles et les principes de la monarchie se-
lon la Charte; il cessa d'être ministre d'Etat.
Il ne se crut pas pour cela privé du droit de
servir la royauté; il lui donna le Conserva-
teur ; associé à son noble ami (1), il ouvrit
cette tribune à tous les royalistes; beaucoup.
s'y présentèrent, plusieurs firent preuve de ta-
lent ; d'autres , et parmi ces derniers M. de
Villèle, firent preuve de bonne volonté. Le
Conservateur fut une puissance : génie du
bien opposé au génie du mal, il nous protégea
contre les préventions outrageantes de l'Eu-
rope , contre ses armes peut-être, en lui ré-
vélant une France royaliste, tint en échec la ré-
volution , neutralisa la Minerve (2) , et donna
lieu à cette comparaison ingénieuse et vraie :
(1) M. le duc, alors vicomte de Montmorency.
(2) La Minerve, dans laquelle écrivit long-temps un
homme qui e'crit aujourd'hui pour le compte d'un mi-
nistre du Roi !
( 7 )
« La presse libre ressemble à la lance d'A-
chille; elle guérit les blessures qu'elle fait. »
Une blessure, hélas ! qu'aucun secours hu-
main ne pouvait guérir, dont la Providence
seule avait pu se réserver d'adoucir le mal,
fut faite à la maison royale, à la patrie. La
gloire réclamait aux champs de l'Espagne le
brave duc de Berri : il tombe sous le fer d'un
assassin; mais dans cette mort encore, il sait
trouver de la gloire, sans doute parce qu'il y
en a partout pour nos Bourbons; à la mémoire
de ce fils de France, M. de Chateaubriand
élève un monument, impérissable comme le
souvenir de sa fin héroïque.
Les évènemens se succèdent; M. de Riche-
lieu arrive au pouvoir sans l'avoir désiré; il y
apporte des intentions droites et pures, un carac-
tère loyal qui ne s'est point démenti, un désir
sincère de servir le Roi et l'Etat, mais pour le
seul bonheur de les servir, et non dans la sté-
rile pensée de posséder une autorité qui de-
vient misérable lorsque l'estime publique ne
l'accompagne pas. M. de Chateaubriand crut
pouvoir avec honneur, sous les auspices de
cet homme de bien, accepter un emploi di-
plomatique convenable à son rang : fidèle à
l'amitié parlementaire, il le résigna bientôt,
( 8 )
lorsque MM. de Villèle et Corbière, tombés,
par distraction sans doute, dans le dernier
ministère, sans porte-feuille, et sans mission
clairement, encore moins franchement déter-
minée, furent contraints de se retirer devant
la plus formidable puissance que l'on con-
naisse encore en France, celle du ridicule.
Devenus enfin sérieusement ministres, ces
deux hommes d'État, dans un moment diffi-
cilé, proposèrent à M. de Chateaubriand
d'entrer au conseil; il accepta Nous
avons pris pour règle de ne flatter personne,
pas même les ministres disgraciés , et le noble
pair nous pardonnera de lui faire remarquer
que son acceptation , vivement sollicitée, dit-
on, fut cependant une faute : c'est une vérité
d'ailleurs que nous pouvons lui dire, M. de
Villèle l'a mis en position de l'entendre. Et
cependant, nous ne refusons pas de recon-
naître que, pour être juste en des matières
aussi délicates, il faut toujours faire la part
des circonstances , et que peut-être celles du
moment dont nous parlons n'avaient pas un
caractère assez prononcé pour exiger impé-
rieusement un refus. M. de Montmorency se
relirait, à la vérité, mais M. de Bellune res-
tait encore, et la politique de M. de Villèle
( 9 )
ne brillait pas , à beaucoup près, du vif éclat
qui l'environne aujourd'hui.
Il est des voisinages dont on se trouve bien-
tôt fatigué, M. le président du conseil en fit
l'épreuve ; on assure que l'aspect d'une supé-
riorité lui fait mal, et il est permis de le
croire , lorsque l'on considère le soin qu'il a
pris de les écarter aussi souvent qu'il en a
trouvé les moyens : il est possible d'ailleurs
qu'il n'ait besoin de personne : il y a des
hommes qui se sentent assez grands pour se
suffire à eux-mêmes. Quoi qu'il en soit, M. de
Villèle ne cherchait qu'une occasion, et son
habileté est telle , qu'il la trouva , là où per-
sonne ne se serait avisé de la prévoir.
Un projet de finances qui restera fameux
tombe devant l'opinion et le vote d'un pou-
voir inamovible; le ministre qui l'a conçu reste
debout, celui qui a refusé de lui prêter l'ap-
pui de son nom et de son talent, parce qu'il
en avait entrevu les conséquences (celles poli-
ques surtout), disparaît soudain. La censure
le remplace, sans doute parce qu'une force mo-
rale venant à manquer, il fallait bien lui subs-
tituer quelque chose. Le noble pair déplore
le naufrage de cette belle liberté de la pensée.
Il ne pouvait en effet, sans montrer trop d'in-
( 10 )
gratitude, lui refuser son hommage et le tri-
but de ses regrets ; cette fois du moins il a pu
écrire à l'abri des destitutions ; son collègue,
son ancien ami ne lui a rien laissé à perdre.
En vérité, je le répète, c'est une étrange des-
tinée que celle de M. de Chateaubriand !
La destinée de M. de Villèle est brillante;
c'est un triomphe continuel, il est l'heureux
du siècle. Sa gloire est à son apogée; ses amis
pensent sans doute qu'il lui serait désormais
impossible d'y ajouter quelque chose, et les
amis de la monarchie l'espèrent, sans trop
oser s'en flatter. Pour que cette gloire de-
meure intacte, M. de Villèle la met sous la
protection de la censure , c'est un dépôt qu'il
lui confie : en agissant ainsi, il fait preuve
d'une rare prudence; peut-être a-t-il trop
tardé; toujours est - il certain qu'il devenait
urgent qu'il se déterminât.
Cependant les royalistes ne veulent point
reconnaître l'urgence, ou ils ne veulent point
la prendre pour une raison.
Il faut leur démontrer leur erreur, il faut
leur prouver, de manière à n'être plus obligé
de revenir sur une question qui, dit-on, en-
nuit singulièrement le ministre : 1° que la cen-
sure était devenue pour M. de Villèle, de toutes
( 11 )
les nécessités la plus indispensable ; 2° que
S. Exc., en satisfaisant à cette nécessité , a
agi d'une façon tout à fait conforme à ses an-
técédens (1), et s'est montré digne de lui-
même, s'il ne s'est pas surpassé.
La nécessité de la censure relativement à
M. de Villèle, résulte évidemment des dis-
positions de l'opinion à son égard; et si nous
établissons que depuis longtemps pleine de
méfiance , elle lui était enfin devenue déci-
dément contraire, on sentira qu'il ne lui res-
tait plus qu'un parti à prendre, celui de la
faire taire , et c'est ce qu'il a fait.
Nous ne remonterons pas bien haut pour
chercher des preuves , assurés que nous som-
mes d'en trouver dans les faits récens, et su-
rabondamment.
La session de 1824 fut préparée de longue
main dans la pensée de relever le ministère ,
déjà considérablement affaibli ; elle eut des
résultats diamétralement opposés : cette ses-
sion, la plus extraordinaire, sans contredit,
que l'on ait vue depuis la restauration, porta
(1) En ne les faisant pas remonter plus haut que son
avènement à la présidence, limite qui, nous l'espérons,
paraîtra à tout le monde généreusement posée.

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