Apologie de :M.: +Monsieur+ Turgot . Par M***

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A Londres. M.DCC.LXXVIII. 1778. 18 p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1778
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DE
PAR M* * *.
A LONDRES.
M. DCC. LXXVIII.
4 APOLOGIE
suivit de près le voeu de la France : jamais-
choix ne fut plus applaudi ; mais jamais
place ne fut plus difficile à remplir. Les
finances étoient épuisées, l'Etat obéré &
son crédit perdu il faloit ou une ban -
queroute ou la refonte de 'Etat lter-
native cruelle mais i n'y avoi point e
milieu en olitique comme en Médecine
es palliatifs ufent insensiblement tous les
ressorts. Il et un point où l'homme dé
l'art doit fçavoir prendre fon parti, & le
malade, s'abandonner entièrement aux ref -
fources du génie.
Le parti de la banqueroute étoit désho ¬
norant ; car il en est de l'Etat comme du
Particulier , l'un & l'autre ne fe soutiennent
que par la considération. Persuadé de cette
vérité importante, le nouveau Chef des Fi-
nances se décida pour la refonte. Le projet
étoit hardi : du bien général de voit néceffai -
rement résulter le mal particulier , & per ¬
sonne n'étoit tenté de renouveller le sacri-
fice de sa vaisselle d'argent; mais le goufre
ctoit ouvert, il falloit sauver la Patrie.
M. Turgot fut la victime qu'elle défigna.
DE M. TURGOT. 5
Le dévouement de Curtius ne fut pas plus
généreux.,. La gloire & la nation l' atten -
doient au bord du précipice; M. Turgot
n'y rencontra que l'ingratitude & le per-
siflage, nouveau genre d'escrime, où les
athlètes les moins vigoureux sont toujours
fars de remporter la victoire. Mais il est
temps de le dire , à la plus grande envie
de faire le bien , M. Turgot réunifoit les
vues & la capacité néceffaires. De ces deux
assertions l'une n'est contredite de per ¬
sonne ; on a réduit l'autre en problême.
Si ce n'est pas toi, disoit le loup à l'agneau,
c'est donc quelqu'un des tiens. Ce fut aussi
la façon d'argumenter des ennemis du
Contrôleur-Général. Si son honnêteté est
incontestable , disoient-ils, il n'en est pas
de même de fa capacité. C'est aux faits
de décider la question : je les présenterai:
succinctement, de crainte de les affoiblif.
Il n'appartient qu'à la plume immortelle
qui traça les édits fur la suppression des
Jurandes & des Corvées , de les défendre
suivant les regles de l'art. Tout autre que
Montesquieu eût mal défendu l'Esprit des
Loix.
6 APOLOGIE
Élevé du célèbre M. de Gournay, In ¬
tendant du Commerce, M. Turgot par ¬
courut avec lui une grande partie de la
France: rien n'échappa à son génie ob ¬
servateur. Convaincu de bonne heure que
le commerce est un des principaux agents
de la richesse publique, il s'arrêta dans la
plupart des ports de mer, conféra avec
les Négociants les plus éclairés, & de leurs
cabinets, parcourut les deux mondes ; bien
différent de nos voyageurs modernes, qui ,
après avoir vu lancer un navire à L'eau ,
s'empressent de reprendre le chemin de la
Capitale. On.a vu entre les mains de M.
Turgot des notes très - détaillées & très -
instructives fur tous les objets qu'il avoit
remarqués dans LE cours de son voyage.
C'est le disciple de Socrate , qui, méditant
le plan de fa République , parcourt la
Grèce pour raffembler des matériaux. Je
ne parlerai point de ses travaux comme
homme de lettres ; ce féroit renouveller
l'ancienne thefe sur la prétendue incapa ¬
cité des gens de lettres pour administrer
le corps politique. Il faudroit encore dif -
DE M. TURGOT. 7
puter , & la dispute ne convainc perfonne.
C'est après avoir formé des magasins très?
amples , que M. Turgot fut noftimé à
l'Intendance de Limoges. Tout le monde
sçait combien l'Agriculture , les Manu ¬
factures & le Peuple de cette Province lui
font redevables; c'est-là qu'il conçut &
exécuta son projet pour l'entretien des
chemins. De l'aveu de tous les voyageurs,
aucune Province de France n'ofrroit des
routes mieux entendues , ni des cultiva ¬
teurs plus heureux, moins fans doute paf
la fertilité de leurs champs , que par le
souvenir de leurs peines passées, compa-
rées avec le bonheur dont ils jouisioiení.
Leur reconnoiífance ne manquera pas de
transmettre à la postérité la plus reculée',
& l'époque de l'abolition des corvées dan?
leur Province, & le nom de l'homme ver ¬
tueux qui brisa leurs chaînes. Enfin l'ad -
ministration de M. Turgot étoit citée pour
modele , comme on cite l'Esprit des Lois
pour l'ouvrage le plus accompli de la na ¬
tion. Mais ce théâtre étoit trop étroit pour
lui. Telle une plante , à mesure qu'elle
8 APOLOGIE
croît , demande un champ plus vaste pour
s'étendre.
Louis XV mourut, & avec lui dispa-
rurent ses Ministres. Son Successeur,
jeune encore, mais enflammé de Pamour
du bien public , le premier sentiment de
Phomme honnête ; son Successeur, dis—je ,
interrogea la nation fur le choix des Mi-
nistres qui dévoient Pentourer. M. Turgot
fut un de ceux qu'elle lui présenta. Depuis
long-temps, je l'ai déjà dit, le voeu una-
nime de la France désignoit le Citoyen
qui Pavoit si utilement parcourue , pour
remplacer.l'Abbé Teirrày qui l'avoit fi
cruellement administrée. La nation fut donc
exaucée. Quand je dis la nation , je fuis
bien éloigné de la concentrer au milieu
de ce peuple recommandable à bien des
égards, mais qui, jaloux de son existence,
& indifférent fur celle des autres, femble
borner l'étendue du globe au seul point
qu'il habite. Les Provinces font la nation :
îa vérité m'échappe , mais j'ai promis de
la dire.
Parvenu à la tête des Finances, M.
Turgot

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