Approche du principe d'éloignement

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« Jamais tant que ça voulu être quelqu’un. Je n’ai eu de réalité que dans des amours qui en avaient bien peu, mais l’amour m’aura rendu la vie réelle. »
L’auteur de cette note retrouve une jeune femme qu’il a aimée adolescente, huit ans auparavant. Ils partent pour Venise, où ils tentent de reprendre leur histoire. Confrontation plutôt que fusion, tel est leur ressort amoureux, car bien plus retorse que leurs trente ans de différence d’âge est la tension incestueuse qui s’installe entre eux.
Il tient la chronique de cet amour dans un carnet où, par fragments, se dessine l’impossibilité d’approcher autant qu’on le désire l’être aimé, qui se dérobe toujours.
Que faire de cette énigme, de cet état de joie déchirante (connaissance et douleur ensemble) sinon chercher une forme pour la dire ?
« Cette angoisse dans l’amour dont j’aurai fait ma joie », écrit-il.
Il n’existe pas d’amours non réciproques puisqu’on s’accomplit par l’amour et non dans l’amour. Est-ce à dire qu’il n’existe pas de rendez-vous manqués ? Une question que pose ce récit amoureux, alliant écriture intime et profondeur métaphysique.
Jean-Paul Chavent est notamment l’auteur de Violet ou le Nouveau Monde (Actes Sud, 1985), Fin’Amor (Cadex, 1996), L’Impatience (Cadex, 1999) et Le monde entier est ma cachette (La Table Ronde, 2006).
Publié le : mercredi 16 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756109626
Nombre de pages : 171
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couverture

Jean-Paul Chavent

Approche du principe d’éloignement

 

Postface de Mehdi Belhaj Kacem

 

« Jamais tant que ça voulu être quelqu’un. Je n’ai eu de réalité que dans des amours qui en avaient bien peu, mais l’amour m’aura rendu la vie réelle. »

L’auteur de cette note retrouve une jeune femme qu’il a aimée adolescente, huit ans auparavant. Ils partent pour Venise, où ils tentent de reprendre leur histoire. Confrontation plutôt que fusion, tel est leur ressort amoureux, car bien plus retorse que leurs trente ans de différence d’âge est la tension incestueuse qui s’installe entre eux.

Il tient la chronique de cet amour dans un carnet où, par fragments, se dessine l’impossibilité d’approcher autant qu’on le désire l’être aimé, qui se dérobe toujours.

Que faire de cette énigme, de cet état de joie déchirante (connaissance et douleur ensemble) sinon chercher une forme pour la dire ?

« Cette angoisse dans l’amour dont j’aurai fait ma joie », écrit-il.

Il n’existe pas d’amours non réciproques puisqu’on s’accomplit par l’amour et non dans l’amour. Est-ce à dire qu’il n’existe pas de rendez-vous manqués ? Une question que pose ce récit amoureux, alliant écriture intime et profondeur métaphysique.

 

Jean-Paul Chavent est notamment l’auteur de Violet ou le Nouveau Monde (Actes Sud, 1985), Fin’Amor (Cadex, 1996), L’Impatience (Cadex, 1999) et Le monde entier est ma cachette (La Table Ronde, 2006).

 

EAN numérique : 978-2-7561-0962-6

 

EAN livre papier : 9782756103884

 

www.leoscheer.com

 
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DU MÊME AUTEUR

C., Toril, 1976.

Amaline de Gravillons, Toril, 1977.

L’Or des granges, Dessagne, 1978.

Violet ou le Nouveau Monde, Actes Sud, 1985.

L’Heure du coq, NRF, Gallimard, 1989.

Wu Wei, Myrddin, 1994.

Tout flambe (avec des lithographies de Miguel Buceta), François Janaud, 1996.

Minuit en hiver (avec des lithographies de Bernadette Griot-Cullafroz), L’Entretoise, 1997.

Fin’amor, Cadex, 1997.

Le dieu qui dort, Le Laquet, coll. « Terre d’encre », 1998.

L’Impatience (avec des gravures de Florent Chopin), Cadex, 1999.

La Chair du monde, Le Bruit des Autres, 1999.

Les Indes lisses, Le Pantin, 2003.

Éveil du regard ou dressage de l’œil ?, Les yeux verts, 2006.

Le monde entier est ma cachette, La Table Ronde, 2006.

 

© Éditions Léo Scheer, 2012

www.leoscheer.com

 

JEAN-PAUL CHAVENT

 

 

APPROCHE DU PRINCIPE

D’ÉLOIGNEMENT

 

 

Postface de Mehdi Belhaj Kacem

 

 

VARIATIONS XXIV

 

 

Éditions Léo Scheer

 

Variations

Collection dirigée

par Léo Scheer

 

À Pierre Peuchmaurd

 

L’amour le plus grand, le plus sûr, pourrait s’accorder avec la moquerie infinie. Un tel amour ressemblerait à la plus folle musique, au ravissement d’être lucide.

 

Georges Bataille

 

Deux formes de rupture : l’une par éloignement, l’autre par l’excès de proximité. Rupture de charge. Rupture de charme. Une telle proximité peut devenir aussi insupportable qu’un crime. Et ce fut bien en effet quelque chose comme ça.

 

Jean Baudrillard

 

Un homme d’âge mûr, une toute jeune fille. C’est en été. À peine ont-ils le temps de se connaître et huit années – un océan de séparation et de presque silence – passent sans qu’ils se revoient. Il fait roman de leur histoire. Quand le livre paraît, ils se retrouvent. On ne saurait rien d’autre.

 

1. LE JEU DU PROCHE

 

Le proche ne rapprocherait pas : c’est que l’être de la présence lui manque, manque qui est sa marque et n’est pas seulement manque de présence, mais le manque que porte le lointain multiple.

 

Maurice Blanchot

 

Roissy. Vol AC 870. Arrivé tôt pour le plaisir d’attendre. Huit ans plus une heure

 

Il n’y a pas de retour qui ne risque la perte

 

Une image de l’avenir : des bagages tournant sans fin sur un tapis d’aéroport

 

Seul avec la phrase de Flaubert : « Les rideaux d’une tapisserie se relevèrent, et une jeune fille parut. »

 

Toujours, déjà, soudain

 

À peine il la vit qu’il l’inventa (mais pas cette fois)

 

Bottes et jean serré. Deux voix dans ton sourire : « c’était ainsi » et « en sera-t-il encore ainsi ? »

 

Contourner la barrière. Élan retenu. Plaisir dangereux des retrouvailles. Le langage sacré de l’étreinte est silence

 

Le goût inoubliable de ton corps dans la petite chambre verte reconnu dans ta cambrure

 

Premier regard : le terrifiant de la jeunesse. Beauté : pensée écran, frayant effroi

 

Et si, pendant ces huit ans, j’avais eu tout faux ? (Si l’amour sans faire l’amour, ça ne pouvait pas exister ?)

 

Un autre corps occupait mon corps, mais c’est cet amour qui fouillait mon langage

 

Brutalité de la présence. Instant tellement projeté qu’il nous retient ou nous dépasse

 

Rapproché du réel et du désir. Rapprochés, ce qui produit le fantasme et ce qui produit l’angoisse (présence = urgence = faire face)

 

S’approcher produit de l’éloignement

 

Intuition du sacré : le réel et le vrai coïncident

 

Le réel, pas « la réalité »

 

— À quoi tu penses ?

— À nos retrouvailles.

(il n’ose dire : « résurrection » ; il songe : « réalité ouverte », pas encore « précipice »)

 

« Le désir s’use, pas l’amour », partiellement un mensonge ; « il n’existe pas d’au-delà de l’amour », vérité plus complète

 

L’événement de la reprise : comme une nouvelle traduction dégèle un texte ancien

 

— Huit ans ?

Quelle vitesse soudain, comme si dans l’enthousiasme des premiers moments et le plaisir de constater l’étendue de tout ce qui nous rapproche se glissait la sensation d’un gaspillage. Tellement d’informations nouvelles sur lesquelles on voudrait s’arrêter, de petits faits que nous accueillons et dépassons joyeusement dans le désir de tout dire et de ne rien oublier de ce qu’auront été, pour soi et dans l’image de l’autre, ces huit années

— Huit ans, répond-il de l’air incrédule qu’on arbore lorsqu’une chose essentielle tombe dans la conversation et qu’on n’ose y toucher par révérence sacrée

 

Certaine vitesse se déploie seulement dans la lenteur pour créer ce « présent perpétuel » qui n’est pas un cliché d’époque, mais ici flèche lente : l’accélération et le ralentissement ensemble

 

L’hiver dernier au téléphone : « Je ne viens pas si tu ne m’aimes plus. »

 

Dans l’enthousiasme d’être ensemble, ce léger effroi : chacun serait-il devenu le destin de l’autre ? (un effroi dont on espère tout)

 

Nouveaux tics de langage, inflexions plus charmantes de l’accent, façon de brandir une cigarette : jaloux des marques de ton absence, de tous ces gestes qui se sont inventés loin de moi

 

Vieillissement : enlève au choix ce qu’il ajoute au destin

 

Derrière la joie, le même accablement que dans l’enfance

 

L’après-midi à Beaubourg, aveuglé, cherchant tes yeux de maintenant devant les dessins de Bellmer (vera icona : le temps en personne)

 

L’Aigle Mademoiselle

 

Ton visage : la beauté des virages violents

 

Comme un enfant regarde un cadeau trop beau et déjà s’inquiète, passe bientôt du sentiment de l’inespéré à la crainte de n’être pas digne des promesses de plénitude (et doute de la félicité) que sa brutale présence a fait naître

 

Il n’éprouve jamais autant le sentiment d’étreindre aussi intensément son existence que dans ces moments où il en perd la maîtrise

 

« De loin, je l’aimais davantage. » Il ne veut plus de ce poison. Il voit ce mensonge que réintroduit l’imaginaire

 

Résolutions. Que le sacré ne soit plus l’approfondissement permanent du désir, car le sacré de ce désir a besoin de la connaissance de l’autre (la connaissance physique n’est pas perte de connaissance)

 

Jusqu’où aller trop vite sans rompre le charme ? J’ai tellement cultivé notre relation que toute spontanéité en est empêchée

 

Par trop d’avance, il ne savait comment la rejoindre. Et quand il fut en face du possible, la proximité dessinait dans l’espace amoureux un infranchissable bien pire que l’éloignement

 

L’invention ou la répétition ? À peine ils se touchèrent : « il en sera toujours ainsi ». Le pressentiment de l’immuable

 

« Toujours curieux de la vérité ? » Quelle vérité ? L’amour est un mirage, l’homme est seul, le temps dévore tout. « Pas la vérité, songea-t-il, mais les formes que l’amour, cette fois, va inventer pour se dire ». Se faire ?

 

L’éclat de cette ombre, déjà : ensemble, comment substituer à l’être sa présence ? Déflation brutale d’une image construite sur le manque (que faire de ce nous ?)

 

Du livre à la vie, comment repasser la ligne dans l’autre sens ? Mystère de l’incarnation (c’était la littérature, l’incarnation)

 

Il me fallut te perdre pour écrire ce livre (la perte, condition de la remémoration et seuil possible de la résurrection)

 

« Résurrection » : transformation du deuil en beauté. De la douleur en joie ?

 

Corps devenu nom peut-il redevenir corps ?

 

Visage à visage, ton sens animal de la distance me rappelle que l’intimité a des limites (nécessaire opacité de la conscience de l’autre)

 

(Il se plaint des peines de la présence comme Pétrarque se plaint des peines de l’absence.) Par le seul fait de se manifester (hiérophanie) le sacré se cache

 

L’intensité dans la pudeur (ce regard tourné vers le dedans, comme si tu guettais l’apparition – quêtais l’approbation ? – d’un hôte invisible, fut ce qui me donna l’idée de mon livre)

 

Ton angoisse, mon coursier

 

Il y a huit ans : « Tu as une idée mystique de l’amour. » Et cette fois : « Crois-tu que je serais revenue si je ne cherchais pas à comprendre ? »

 

Cette enfance dont les jeunes filles ne veulent plus, ce sont les hommes de mon genre qui la recueillent, la protègent et la pratiquent

 

Un jour vient où l’été le plus ardent n’est plus qu’un feu de mémoire. Inégalable offrande de ce printemps qui commence. Primavera

 

Confrontation et non fusion : notre ressort amoureux

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