Ariel

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Professeur d’histoire à l’université du Michigan, Dick Cyrus est l’auteur d’une hypothèse selon laquelle notre univers est anthropique. Lorsque des êtres issus d’autres univers y pénètrent, ils s’humanisent peu à peu, par exemple Springheel Jack en Angleterre ou la femme-saule aux USA. C’est à la recherche de cette dernière que Cyrus consacrera son existence. Ses existences.
Publié le : jeudi 9 août 2012
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EAN13 : 9782843444425
Nombre de pages : 76
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Lucius Shepard
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Lucius Shepard – Ariel
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Lucius Shepard – Ariel
Ouvrage publié sur la direction de Olivier Girard. Sommaire proposé par Jacques Chambon Traduit de l’anglais [US] par Jean-Daniel Brèque. ISBN : 978-2-84344-441-8 Parution : juillet 2012 Version : 1.0 — 07/07/2012 © 1999, 2001, 2002, 2003 by Lucius Shepard © 2005, Le Bélial’ pour la traduction française © 2011, Le Bélial’, pour la présente édition
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Lucius Shepard – Ariel
« Ariel » [« Ariel », première parution dans Asimov’s Science Fiction, octobre/novembre 2003.]
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QUAND JÉTAIS JEUNEimpulsif, je prenais un plaisir nihiliste à nier et Dieu et les vertus de la famille, voire toutes les vertus sociales et religieuses. Je les considérais comme des mensonges dont on abreuvait les ignorants afin de les calmer, et c’est encore ce que je crois, dans une large mesure. J’étais convaincu que la vie était avant tout l’expression d’une furie naturelle infantile, que la signification qu’on pouvait lui attribuer était imposée plutôt qu’implicite, que toute volonté était essentiellement un refus d’accepter le désespoir. Je proclamais mes convictions à tout vent, tout en jouissant à fond de ma jeunesse et en m’efforçant d’infirmer dans ma vie personnelle les philosophies austères que je défendais publiquement. À présent que j’ai perdu une partie de mes certitudes, j’ai rangé mes oriflammes et me contente de pratiquer un cynisme tranquille, attitude que m’a imposée un événement dont la nature — quoique je prétende la comprendre — a compliqué le monde d’une façon qu’il m’est impossible d’appréhender. La conception que j’ai de la réalité s’est élargie jusqu’à me conduire à accepter un élément de prédestination, à admettre qu’il existe, sinon une force contrôlant notre existence, à tout le moins un grand dessein, un schéma directeur dont découlent toutes nos actions. Peut-être que ce dessein est nihiliste, peut-être pas. Dans tous les cas, nous sommes les créatures de la destinée. Alors que j’avais dix-neuf ans et suivais des études à Cal Tech, un jour où je m’étais défoncé avec de l’excellent afghan post-taliban, j’ai gribouillé une série de propositions mathématiques — il serait plus juste de parler d’élucubrations —, dont Rahul Osauri, mon meilleur ami, a peu après tiré une découverte révolutionnaire. C’est à ces quelques minutes de griffonnage inspiré que se réduit le chapitre génial de ma vie, mais Rahul, qui était né sur la côte de Malabar, était un génie vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il a compris ce que je n’avais fait qu’entrevoir et, avec ma permission, car je jugeais mon travail sans valeur aucune, s’est mis à creuser le potentiel de mes idées mal dégrossies, ce qui l’a non seulement conduit à élaborer un nouveau modèle de l’univers, mais aussi à en tirer des applications techniques qui ont permis d’explorer des territoires dont l’existence relevait jusque-là de la spéculation à l’état pur. Il est décédé sept ans plus tard, lorsque le projet top secret né de mon instant d’inspiration a été annihilé par une explosion. À l’époque, j’étais professeur d’histoire associé à l’université du Michigan
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(j’avais laissé tomber la physique en cours de route pour suivre à UCLA une brune aux jambes splendides) et, début décembre, dix jours après la mort de Rahul, j’ai été convoqué dans le bureau de Patrick Karlan, le directeur de mon département. Lorsque je suis entré, ce fut pour découvrir face à moi deux hommes, dont ni l’un ni l’autre n’était Karlan et qui dégageaient des ondes de flic, ce qui m’a amené à conclure que l’étudiante avec qui j’avais eu une liaison durant le semestre avait mangé le morceau. L’aîné de ces deux hommes, le genre patricien grisonnant avec costard rayé et foulard en guise de cravate, m’a toisé avec un dégoût non dissimulé, visiblement dérangé par mes cheveux longs et mon manteau rapiécé. Il m’a demandé si j’étais bien le Richard Cyrus qui avait fréquenté Cal Tech en même temps que Rahul Osauri. « Dick Cyrus, ai-je corrigé. Personne ne m’a appelé Richard depuis l’école élémentaire. » L’homme aux cheveux gris m’a fixé d’un air neutre. « Je déteste le prénom de Richard », ai-je repris, déblatérant comme un malade pour dissimuler ma nervosité croissante. « Un caprice de gosse. C’est à cause d’un dénommé Richard Wycliff, qui jouait comme quarterback dans l’équipe de l’université de Géorgie. À cause de lui, la Floride s’est fait rétamer quatre années de suite. Je détestais cet enfoiré. – Très bien. Dick. – J’ai demandé à mon père si je pouvais changer de prénom et me faire appeler Frank, ai-je insisté pour paraître encore plus amical. Ça ne lui a pas plu, alors j’ai opté pour Dick. – Un excellent choix », a dit le second type d’un air sarcastique. Le patricien a déclaré s’appeler Paul Capuano et m’a présenté des 1 papiers attestant qu’il bossait pour le NSC . Sans prendre la peine de me présenter son cadet, qui a paru se tenir au garde-à-vous durant tout l’entretien — un accessoire en costume bleu plutôt qu’un assistant —, il m’a avisé que notre conversation relèverait du Décret relatif aux secrets officiels, m’a détaillé les pénalités auxquelles je m’exposerais en me montrant trop bavard et a entrepris de me questionner sur mes relations avec Rahul et mon implication dans son travail. « Vos péchés de jeunesse vous ont rapporté pas mal d’argent, a déclaré Capuano une fois achevés les préliminaires. – Je ne considère pas comme un péché le fait de fumer un peu de hasch, ai-je répliqué. Quant au fric, c’est moi qui ai trouvé le concept de 1 National Security Council : Conseil de sécurité national. (N. d. T)
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base — Rahul a jugé bon de me reverser une partie des revenus de ses brevets. Jamais je n’aurais cru qu’il trouverait une application pratique à tout cela. » Bien installé dans le fauteuil du professeur Kaplan, Capuano m’a détaillé d’un air glacial et j’ai senti une bouffée de paranoïa. « Ça vous dérange que j’aie fait un petit profit ? – La question est de savoir si ces brevets ont été modifiés une fois qu’Osauri a commencé à travailler pour le gouvernement. Bien que les appareils proprement dits n’aient rien à voir avec le projet, il est théoriquement possible que les modèles originels soient caducs. » J’ai compris que les brevets étaient parfaitement en règle… mais qu’on m’adressait une menace à peine voilée. « Que voulez-vous ? ai-je demandé. J’ignore tout de votre projet. – Ce n’est pas tout à fait exact. » Capuano a pêché une feuille de papier dans la poche intérieure de sa veste, l’a dépliée et l’a lue. « “Je parierais que je sais ce que tu trafiques. Ton engin doit ressembler à jeu d’arcade. Le genre avec une petite grue commandée par un joystick, qui est censée attraper une tocante de prix posée sur un tas de bibelots bon marché.” » Il m’a décoché un regard. « Ça vous dit quelque chose ? – Ouais. C’est un courrier électronique que j’ai envoyé à Rahul. Mais il n’y a jamais répondu. Il ne m’a jamais dit si j’avais raison. – Nous le savons. » À en juger par le ton de Capuano, « nous » savions bien des choses. « Néanmoins, cela prouve que vous compreniez ce qu’il avait entrepris. – Rahul était mon ami. Je sais en quoi mes idées lui paraissaient excitantes. Dans ces conditions, ce n’était pas difficile de deviner ce qu’il allait faire. Quant à comprendre son travail, c’est une autre paire de manches. Rahul était carrément sur un autre plan. Je ne pouvais même pas suivre ses premières équations. Pour ce que j’en savais, il s’agissait de charmes magiques. – Nous rencontrons les mêmes difficultés. Le docteur Osauri a laissé des notes cryptées. Mais… (son sourire était tranchant comme une lame de rasoir)… nous finirons par les déchiffrer. – Les autres scientifiques de son équipe… – Tous morts. Et leurs fichiers informatiques ont été oblitérés. L’explosion était fort puissante. » Il a eu un nouveau sourire, comme si l’idée d’une explosion puissante lui réchauffait le cœur. Il a attrapé une télécommande sur le bureau et allumé la télé du professeur Karlan, un grand écran plat monté sur le mur. « Nous vous avons préparé un petit spectacle. Je vous rappelle que les choses tourneront à l’aigre si vous révélez ne serait-ce qu’un détail de ce que vous allez voir. »
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