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Arlette Arlington

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Brigitte Lécuyer nous conte l'enfance d'Arlette, née en 1944, juste avant la victoire et c'est comme ça que son père aurait adoré la prénommer. Il avait de grandes ambitions pour elle et ce prénom aurait été parfait. Son nom, qui n'a rien d'Arlésien, elle le tient de l'homme qui a trouvé son père, bébé abandonné, probablement un Irlandais. Cette enfance sera plutôt heureuse entre ses parents et sa grand-mère, mais plutôt brève, les évènements de la vie la basculant rapidement dans le monde des adultes. Une écriture de Brigitte Lécuyer toujours parfaite qui vous ravira immanquablement.


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Brigitte Lécuyer
Arlette Arlington
© Brigitte Lécuyer
Bookless-editions
Tous droits réservés Février 2016
Arlette Arlington C’est à Arles que je suis née le 6 juin 1944 à l’aube. Mon petit papa qui avait eu vent de l’événement par la BBC avait glissé à l’oreille de maman qui hurlait de douleur, que si c’était une fille, il fallait m’appeler Victoire parce que forcément c’était un signe du destin. Mais maman elle s’en fichait bien des signes du destin et que les américains débarquent en Normandie, puisque je débarquais moi, et que ça faisait dix ans qu’elle n’attendait que ça : une lignée à elle, même si la lignée s’est arrêtée net avec moi. À cet instant-là, elle l’ignorait. J’arrivais avec une semaine de retard et des voisines peu compatissantes, prétendaient que les bébés qui tardaient à venir n’étaient souvent que de pauvres fadas.
Le jour J, on avait dû recourir aux forceps, car si maman avait des contractions bien pointues, elles n’avançaient guère le travail. La sage-femme, une novice, avait beau écraser le ventre de maman de toutes ses forces et de son popotin, je ne montrais pas mon nez pour autant. Ma petite mère qui d’habitude surveillait son langage, avait tant ameuté le voisinage qu’on avait cru que la gestapo y était encore pour quelque chose. Une chaleur torride engluait les corps et les mégères du quartier de la Roquette où nous habitions, affirmaient que la Pierrette, elle devait être possédée par un fieffé démon pour sortir autant d’horreurs à cette sage-femme d’occasion.
Enfin, après des heures de rude bataille, je fis mon apparition triomphante et fraîche comme une tomate. Puisque maman en avait bavé des ronds de chapeaux, elle s’était accordé le droit de choisir mon prénom. C’est donc elle et elle seule qui l’avait gagnée cette bataille et on ne pouvait pas dire que papa l’avait beaucoup aidé. Impuissant mais fier de lui tout de même, il avait dû se résigner, Victoire ou pas ! N’empêche, ses beaux rêves tombaient à l’eau, il avait désiré si fort un fiston, un beau petit mâle pourvu de tout l’attirail et voilà que lui tombait des nues une...
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