Arrêté de l'administration centrale du département des Vosges, sur un moyen préliminaire d'encourager l'agriculture dans ce département, par la réunion des propriétés morcelées, et par quelques autres mesures : séance du 15 floréal, an V de la République française, une et indivisible ([Reprod.]) / [réd. par François de Neufchâteau]

De
Publié par

[de l'impr. nationale d'Haener] (Epinal). 1797. Agriculture -- France -- Vosges (France) -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : dimanche 1 janvier 1797
Lecture(s) : 18
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 90
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

R R Ë
DE
L'ADMINlSTRATfON CENTRALE/
Dü DÉPARTEMENT DE VOSGES,
SUR un moyen préliminaire d'encourager
culture dans ce Département par la réunion
des propriétés morcelées, et par quelques aiïtm
mesures.
SE A tjp E du 15 Floréal) afl V de la Républjqtli;
française, une et indivisible.
A
A R R Ê TÉ
L'ADMINISTRATION CENTRALE
DU DEPARTEMENT DES VOSGES
SUR un moyen préliminaire d'encourager tjgrl-i
culture dans ce Département par la réunion
des propriétés morcelées.
SÉANCE du 15 Floréal, an V de la- République
francise, une et indivisible.
LE COMMISSAIRE DU DIRECTOIRE EXECUTIF.
ayant pris la parole, a dit:
Citoyens Administrateurs;
^Qu'eue s'agrandit aujourd%ui, qu'elle doit
eembellir sous les auspices de la paix, lacarriére
si triste naguère et si pénible, où vous a con-
servés le choix de vos concitoyens Que de bien
vous aurez à faire, ou à provoquer désormais.'
(2)
et qu'il est doux pour moi, qui
associé à vos travaux de trouver en vous les
mêmes scruinens dont je suis animé Ma seule
passion ma seule ambiiicn est le, de&ir du bien
public et du bonjour de ma
vous parle ce4angage mon cœur est entendu
des vôtres ce puissant intérêt captive votre
attention et me répond de vos sucrages mains,
si je l'éprouvai souvent dans la crise dont nous
sortons à combien plus forte raison .dois -je
l'espérer aujourd'hui cette confiance honorable
Combien notre zéle commun doit-il être plus
soutenu lorsqu'il s'agit de procurer a nos admi-
nistrés les améliorations, dont la paix donné"
.l'espérance!
L'an dernier, vos efforts n'ont abouti qu'à
supporter et à diminuer autanr qu'il pouvait
être en vous les maux inséparables de la pro.
ximité du fléau de la. guerre. Cette seule
occupation absorbait toutes vos pensées: et si
qi;.l nicfois vos regards s'échappaient vers des
de renfL'rmer, a cet égard,, vos voeux et vos
primer l'dan qui me portait sans cesse vers ces
idées si chères, et de remettre, en soupirant,,
l'exécution de vospians a des temps plus heureux.
Ces temps sont arrivés, grâces à la valeur
C3)
A ï
fet à l'activité de nos braves guerriers Ils ont
rendu la France respectable au dehors; 5 préparons
le* moyens de la rendre heureuse au dedans.
Montrons-nous dignes de leur' gloire, en imi-
tant leur zèle et leur ardeur patriotiques. Né
soyons pas moi'ns empressés à cultiver dans
nos contrées, Jes fruits délicieux que la paix
nous promet, qu'ils l'ont été à moissonner, sur
le territoire ennemi lés brillans lauriers de
Ja guerre et que ces défenseurs illustres de la
cause la pluis sacrée à leur retour prochain
«ans les foyers qu'il's ont sauvés nous trouvent
déjà avancés dans la recherche utile des sources
d'abondance et de bonheur- public dont les
canaux nous sont rouverts au prix de tout le
sang qu'ils ont versé pour nous.
Je saisis aujourd'hui Citoyens Administra-
tcurs, l'époque intéressante de vôtre première
séance pour vous communiquer la première
partie du grand ouvrage que je compte vous
livrer par chapitres, et qui doit présenter suc.-4
cessivcment les tableaux DES Améliorations
L'ONT LA PAIX DOIT L'ÉPOQUE,
C'est le titre que j'ai choisi; et pour remplir
ce qu'il annonce, je traiterai, l'un après l'autre,
les sujets les plus importans.
Je vous entretiendrai
C
i.° D'un moyen préalable,
dans ce département et dans ceux où les terres
sent aussi dispersées, divisées, morcelées,
qu'elles le sent dans ce pays
2." Des moyens de réaliser les spéculations
jusqu' présent stériles et trop vainement thëo-
riques, sur l'éducation ct sur l'instruction pu-
D'un plan qui doit rendre nos- villes
plus saines et plus florissantes
De la nécessité de faire succéder un luxe
public et louable convenable un Etat libre,
au luxe honteux et privé, qui est l'ulcère dé-
vorant des Etats despotiques
5.0 D'arriver, par degrés, à l'exécution du
canal projette jadis pour lier les deux mers par
la Moselle et par la Saône
D'encourager par-tout et de multiplier
]c9 plantations par lesquelles ce pays doit,
remédier à la destruction des bois, et offrir aux
communes des ressources économiques qui les
soulageront de la nécessité d'ajouter à l'impôt
un impôt additionnel, afin de subvenir à leurs
charges locales^
De pourvoir, dans le temps utile au
retour des disettes, corme lesquelles lasagesse
A3
(l'un bon Gouvernement doit prémunir les
peuples pendant les années d'abondance, comme
on doit ëlever les digues lorsque les eaux sont
basses.
D'autres idées me pressent et je serais trop
long, si, dans un simple préambule je voulais
les énumérer. 'lous ces projets sont applicables
à presque toutes les parties de la République
française; mais ils doivent d'abord s'àppi^yerj
dans chaque contrée sur les renseignemens
locattx, seule base solide d'une opinion éclai-
rée, et par conséquent, seul moyen de prépa-
rer, de motiver les derniers résult-ars de la vo-
loncé générale. C'est à vous Administrateurs
d'indiquer les besoins de vos administrés et
de fournir les démens et Jes matériaux, que
dispose et que met en (euvre l'autorité super
rieure.
Mais n'anticipons point sur les grands dé-
veloppemens dont cet ouvrage est susceptible.
Bornons -nous à l'idée de l'objet .qui me
semble le plus urgent et le plus propre à si-
gnaler votre rentrée dans la lice administrative
C'est le premier des arts comme le premier
des besoins, qui m'a paru devoir obtenir nos
premiers hommages.
Il s'agit, Citoyens du moyen seul vraiment
efficace à mon sens,
etde doubler au moins, la valeur actuelle de
-nos propriétés rurales.
Je vais vous indiquer ce
Mais, pour mettre de l'ordre dans un travail
si important, je dois considérer d'abord l'état
de notre agriculture soit aVant soit depuis
la révolution, et rechercher les causes de son
infériorité.
Je montrerai que de ces causes d'abattement
et de langueur, la principale est dans les restes
de nos vieilles lois féodales, qui n'ont pas été
abrogées par le code rural, et qui gênent et
contrarient l'exercice 'des droits sacrés de la
propriété.
-^Pen indiquerai le remède dans la réunion
en pièces contiguës de ces morceaux de terre
cpars, appartenant dans chaque endroit à un
même propriétaire.
Je tracerai la. marche à suivre pour amener
ce résultat, naturellement, sans secousses, et
sans de trop grands frais.
Je distinguerai, sur ce point, ce que vouj
pouvez faire comme administrateurs de ce qui
nepeut l'èt're que par, le Corps législatif, et que
vrus devez seulement avoir l'honneur de prp-,
voguer,
(7)
Ai
J'esquisserai les avantages innombrables-du
plan que je 'propose, considéré sous les rapports
de l'augmentation du produit des champs réunis,
pour leurs propriétaires de la facilité .de l'ex-
ploitation, pour les cultivateurs de la sim-
plicité de l'imposition -pour le Gouvernement.
Je finirai par un coup-d'œil sur, les moyens
de rendre stable ce grand bienfait pour les
campagnes et d'empêcher que l'avenir ne
ramène à la longue la division infinie de nos
propriétés et tous les abus qu'elle entraîne.
1er.
Des disgraees /égales de notre agriculture, avant
la révoLution.
Sous, le régime féodal, le système de la cul-
ture dans presque toutes nos contrées, fut cal-
culé uniquement à l'avantage des seigneurs,
chevaliers ou prélats, dont l'influence dirigea
la rédaction des coutumes. Il n'en fut pas de la
Lorraine, du Barrois et de la Champagne,, comme
de bien d'autres provinces où les champs et
les prés qui composent les métairies sont ordi-
nairement réunis en grandes pièces contiguësy
autour d'un manoir principal qui est le centre
du domaine, et oû la loi municipale a con-
servé'les corps de ferme dans l'indivisibilité. Là*
tout fermier dans: tes enclos peut faire ce.
que bon lui semble. Ici ce
est bien formé aussi de champs, de
prés de chenevières et d'autres héiingcs,
rirai tous dissémines et répandus, souvent à
de grandes distances, sur la surface d'un finale;
car c'est ainsi qu'on nomme le territoire de.i
communes. Les fermiers de ces terrer; ont leurs
maisons dans les villages rassemblés et scn':i
autour de l'ancien château 'ou du clocher de
la excepté dans la Vosgc ou Montagne
proprement dire dans laquelle le. granges,
semées de tout cc';té, ont pris de leur uhpcn,ir,n
montants d. Vosgc, moins accessibles aux
nipincs des. vaurou'-s privilégiés, se sont mieux
défendues les entreprises de tous ces
tyrans subalternes. Leur stérilité même a dû les
prorég.r. Au milieu des rochers, la dixme des
caillouxîVnvait rien de tentant. La pauvreté n'est
point Aussi les haiiirans des Vosges
ont généralement préservé leurs défrichemens
des servitudes féodales, sauf un cens modique
en argent. Et quoiqu'ils fussent sous J'empire
de la coutume de Lorraine, ils ont enclos et
culnvé ce qu'ils ont voulu, ou pu enclorre et
cultiver. Mais dans ce qu'on nomme la plaine,
qui ïbt la partie agricole de ce département,
et qui, malgré ce titre, est encore très-mon-
tueuse pierreuse et inégale, les habitations sont
,presque toujours rapprochées autant que les
champs le sent peu. Le ci-devant seigneur,
comme je vous l'ai dit dans mon réquisitoire
pour fonder de nouveaux villages, réclamés à
grands cris de toutes les parties de ce dépar-
tement, le ci-devant seigneur voulait avoir au-
tour de lui et tenir à ses,ordres ses, serfs et ses
vassaux. Alors le territoire, ou, dans la langue
du pays, \c finale de ces communes, aussi esclave
que les serfs quU'anosaient de leurs. sueurs, fut
formé de terres éparses, et que la coutume rendit
partageables à l'infini. Le territoire fut en outre
divisé cn trois soles, ou comme on dit, en trois,
saisons l'une pour les démens 'd'hyyer l'au-
tre pour les avoines ( mar;;ais ou car images )
la troisième pour les jachères que l'on appelle
ici versaines. Cet ordre de culture, excessive-
ment vicieux puisqu'il fait succéder sans in-
termédiaire les plantes céréales, et que de trois
années, il en consacre toujours une à la stérilité
sous le prétexte vain du repos de la terre, cet
ordre, ou plutôt ce désordre, conforme aux
préjugés du temps était protégé par la loi et
par les. tribunaux. 11 était délèndu de dessoler
les terres, sous des peines grièves. D'ailleurs;
tous les champs tous les prés, étaient ,assu-
jétis aux cens, à la dixme, au parcours à la
r ïo y
vaine pâture à des droits de haut-poil* etc. etc.
De cet état universel de compascuitc
étaient asservis les territoires des communes,
résultait l'impossibilité pour le cultivateur de
s'écarter de h routine, et d'améliorer son champs,
Les troupeaux du seigneur étaient les vrais
prolétaires de tout le territoire qui par res-
pect pour eux, devait rester ouvert, sans qu'au-
cune partie put jamais être enclose. On n'avait
excapré de cette loi barbare que les terres des.
fiefs et les corj/ées seigneuriales. Quand on écri-
vit les coutume du duché de Lorraine, ce fut
comme par grace qu'on accorda la faculté de:
pouvoir clorre les terrcins tenant immédiate-
ment aux maisons et jardins.
Cependant, on avait dès-lors si bien senti
l'insuffisance de cette ouverture des terres, pour
entretenir le bétail qu'on avait dans chaque
commune, réservé des landes incultes souvent
considérables, appelées pasquiers, ou pâtis,,
mais qui offraient peu de ressources, tant parce
qu'elles-mêmes étaient constamment dévorées
par le troupeau seigneurial qu'à raison de leur
abandon et de leur dégradation qui les fài-,
saient considérer comme terres perdues. IH
était bien connu que si quelque particulier
avait eu d'aussi beaux terreins il se serait
hâté d'en faire des champs, ou des préjs:, «a»
( Il')
des vignes, suivant la nature du sol, son
position etc.; il sc serait gar.é de Us laisser
pus et incultes mais c'était d'une part une
propriété commune, par conséquent très-mal
soignée et de l'autre, quand la commune es-
sayait d'en tirer parti, le seigneur était là qui
en prenait le tiers par la loi du plus fort; et
tes habitans aimaient mieux laisser ces com-
munaux en friche, que ^e travailler pour au-
trui.
Le défaut de lumières et l'empire dé la cou-
tume, qui finit,par trouver des raisons spécieu-
ees pour aimer jusqu'à l'esclavage, avaient ha-
bitué les gens de la campagne à cet état de
choses au point qu'ils y tenaient comme an
meilleur ordre possible et que leur ignorance
aidait à aggraver le joug de fer; sous lequel
la féodalité les retenait courbés. Quand le duc
Léopold voulut substituer à l'affreuse main-.
morte une redevance en argent, il rencontra
beaucoup d'obstacles; et l'opposition venait au-
tant des serfs que l'on essayait d'affranchir,
que de ceux qui voulaient les tenir dans leur
dépendance.
Cependant le flambeau de la philosophie
que tant d'illustres écrivains osèrent allumer sous:
l'ancien régime avait aussi jetté ses rayons
de lumière sur la partie économique. Après
(12)
paix d'Aix-la-Chapelle, Duhamel du Monceau
Écrivit sur l'agi içul urc. On vit paraître le mé-
moire sur lq déiiichtmens le livre de
ces hommes, le Socrate rustique. Les esprits se
tournèrent ven les objets d'utilité. L'on s'ins-*
t: uisit sur-tout par le récit otr par l'exemple
ce ce qui ke passait ailleurs. Nous avions eu en
Irancele th'arre d'agriculture par blivier dé
Serres. Nous aviors encore en ce genre de bons
livres, en vieux langage, par un simple ou-
vier, Bernard de Palissy. Long-temps après leur
mort, un étranger, ArturYoung, est venir exprès
visiter les maisons d'Olivier de Serres et de Du-
du Monceau. Quelle leçon pour nous!
Nous en avons reçu plus d'une, de ce genre.
Les détails insérés dans l'encyclopédie frappé-
rtnt les Français d'un juste étonnement en met-
tant sous leurs yeux le paralellè desrproduits
de la culture anglaise, et sa supériorité, sur
nos vieilles routines. On apprit avec quel
succès le cabinet de Londres avait su intro-
duire dans s™ électorat a'Hanovre les métho^
des d'agriculture, qui faisaient prospérer les
comtés d'Angleterre. Le Hanovre, comme. au-
trefois notre province de Lorraine, était grevé
des servitudes de la vaine pâture du parcours,
du haut-poil de la division, des terres en
trois soles, de .l'uniformité forcée du ban des
(n)
toutes les récoltes et le Hanovre languissait. OA
voulut y traiter les terres à l'Anglaise, Les pro-
priétés dispersées y furent rassemblées etclo-
ses, dans quelques cantons. Le trèfle y fut se-
mé. Le cours des récoltes changea. Après le
changement, ces cantons prospérèrent. Leur
richesse augmenta si vîte, que tous les au-
tres souhaitèrent et obtinrent cette réforme. La
même barbarie et la même misère régnaient éga-~
lement en d'autres états d'Allemagne, oû cette
expérience heureuse apprit à secouer le joug
des anciens abus. Dans le Holstein le MeHem-
bourg, on vitiruinir et enclorre, en pièces
contiguës tous les terreins épars des diflérens
propriétaires. On y partagea les communes;
on y abolit le parcours. Chaque habitant dut
prendre les mesures prescrites pour rassembler
et enfermer ses diverses possessions. Avant que
d'ordonner l'opération générale,l'essai en avait
été fait. sur un pauvre village qui fut changé
par-là en une espèce de jardin, et dont les
fonds acquirent une valeur quadruple. On sut
qu'à Neuenheim dans le Falatiiiat, les ré-
coltes, doublées par l'alternative du trèfle
avaient élevé la valeur d'un seul arpent de terre
au prix qu'avaient coûté les quatre cents arpens
dont une seule ferme se trouvait composée,
et les bâtimens y compris. On apprit qu'à la
Chine en ne connaît pas leS jachères, et que
ce singulier usage de laisser un- tiers de la
terre aLaoîument en friche, ne dans des temps
barbares, disparaissait par-tout devant la po*'
pularion et devant les lumières. On sut que
l'Angleterre, le Erabant le liémont la Tos»
cane, tr tn 1 rance, des parties de la Flandre
et de la, ivormandie, ne font point reposer les
terres, ûont le seul vrai repos est la variété
de leurs productions. On lut avec avidité les
traités qui parurent sur les prés artificiels. Dès
1784., un mémoire emporta leprixsurlaques,tion
proposée par les États d'Artois pour savoir si
les terres sont susceptibles en efiet d'un rapport
annuel et le parlement de Paris autorisa par
ses arrêrs le dcssaisonnement, ou le dessolement
des terres, malgré la résistance et les cris des
décimateurs.
Mais, tandis. que la France adoptait', dumoins
en partie, ces innovations heureuses quand
le Gouvernement lui-même frappé de* la pros-
périté des campagnes flamandes, oa il y a
plus d'hommes, et plus de bestiaux, et plus
d'aisance chez le peuple que dans les provinces
voisines qui n'ont pas le même système quand,
dis-je, le Gouvernement, cédant n l'évidence, rei
venait au principe de la faculté naturelle que tout
propriétaire doit avoir d'user de sa chose et
C -jj )
vde faire dre son terrein ce qui convient le mieux
son intérêt, à ses vues à son expérience;
enfin, quand de grandes provinces recueillaient
les heureux effets du parcours aboli des clôtures
permises, des échanges favorisés pour la réunion
des terres, et des communaux partagés entre'
les habitans ces opérations, qui avaientprospéré
par-tout ou l'on avait eu le courage de les
mener de front, ces opérations ne réussirent
point dans notre ci-devant Lorraine. Elles y
furent essayées, mais sans les réunir. Leur fcdpp-
tion partielle effaroucha tous les esprits et
fut bientôt proscrite par les arrêts des tribunaux.
Des causes qui ont prolongé t'enfance de f agri-
culture,, dans la Lorraine et le Barrois.
Il est essentiel d'examiner pourquoi nous
sommes restés en arrière des autres provinces
de France et comment, au milieu du dix-
huitième siècle, nous avons pu tenir, avec
tant d'obstination aux usages du quatorzième.
Cette discussion est d'autant plus intéressante,.
quelle ajoute aux motifs que nous avons déjà
d'aimer la révolution, en nous remettant sous
les yeux les entraves particulières dont elle
nous a délivrés.
Tout vicieux qu'était notre ancien Gouver-
(i6)
ïiem.entj il est' à remarquer qu'il a
moins .ignorant et moins barbare que les anciens
tribunaux. Le premier, en effet., pouvait trou-
ver son intérêt à ce que les campagnes renias-
sent d'avantage et à ce que le peuple acquît du
moins plus de moyens de servir les impôts.
Mais nos juges ou des seigneurs, inté-
ressés la féodalité, ou des officiers des sei-
gncurs sacrifiant toujours le peuple aux
droits de ceux qui les plaçaient.
Aussi toutes les servitudes sous lesquelles
la terre et les cultivateurs gémissaient dans
cette contrée, avaient-elles été constamment
aggravées étendues au delà de leur texte et de
leues limites non pas par les chefs de l'état,
mais toujours par les juges.
Le conseil des ducs de Lorraine avait décidé,
par exemple, que le droit de parcours ne
pouvait enlever la faculté de labourer les ter-
res sujets à ce droit, sauf à l'exercer seule-
ment quand les terres ne seraient plus couver-
tes de fruits récoltablës. 11 était uéjà bien étrange
qu'il fallût un arrêt, pour juger cette question!
mais ce qui est plus étonnant, c'est que les
tribunaux s'écartaient tous les jours d'un prin-,
cipe aussi sage et que la préférence qu'ils don-
naient aux moutons ou aux bœufs d'un seigneur
de fief sur la subsistance des hommes, empê-
chait
(i7)
B
chair des communautés de cultiver de grands
terreins, des espaces immenses, ou l'on aimait
mieux voir se promener à vuide un bétail
vilégié, que de permettre à des humains d'y
recueillir leur nourriture. J'en ai gémi souvent,
dans l'ancien régime.
Cependant, le Gouvernement avait senti l'u-
tilité de clorreles terreins ouverts, pour don-
ner aux cultivateurs la liberté d'en faire ce que
leur industrie pourrait leur suggérer. Un édit
du mois de mars avait donc permis les
clôtures, à des conditions gênantes il est vrai
mais enfin c'était un grand pas. La ci-devant
cour souveraine de Lorraine et Barrois avait
enregistré 1'édit suivant le privilège que s'ar-
rogeaient les parlemens, de sanctionner à
leur gré, la volonté du prince. Ils avaient sur
lui le veto dont on a tant parlé depuis. Ils
avaient soin d'en faire usage, quand ils y avaient
intérêt. Dans l'éditdes clôtures, les magistrats
n'avaient, apparemment, considéré d'abord que
le plaisir de clorre leurs propres héritages.
Et en enregistrant, la cour avait supplié le
seigneur-roi de faciliter les échanges tant avec
le domaine qu'avec les gens dits de main-morte.
Par cette clause si précise le parlement
semblait avoir été Bien convaincu que les clô*
tures, très-utiles par elles-mêmes ? ne pourraient
t-i«ïT
avoir en Lorraine que de.
tant que l'état des* terres éloignées et éparpil-
lées enchevêtrées d'ailleurs dans les terres
domaniales et ecclésiastiques, qui n'étaient
point dans le commerce, mettrait un obstacle
invincible â ce qu'on profitât du bénéfice de Pé-
dit.
La faveur, ou plutôt la justice sollicitée par
cet arrêt d'enregistrement relativement aux
échanges, avait eu lieu sur la demande des
états de- Bourgogne et de quelques autres pro-
vinces dites Pays d'états à qui l'on avait ac-
cordé une exemption de tous droits, pendant
un certain temps en faveur des contrats d'é-
changes, qui auraient pour objet de réunir les
terres, afin de pouvoir les enclorre. Il est in-
finiment probable que le Gouvernement aurait
cédé de même au vœu de la cour de Nancy,
si ce vœu n'eut été ensuite démenti par ceux
qui l'avaient exprimé.
En effet, l'édit des clôtures et son enregis-
trement n'avaient été que le prélude des autreà
opérations qui devaient par degrés consorn*
mer en Lorraine l'abolition du parcours et
des clraînes de même trempe et origine qui
garottaient l'agriculture. C'était un premier pas
-qui annonçait les autres mais qui les supposait
et les nécessitait inévitablement. Il était âisé de
( -«s )
B
tii'er la conséquence de Par cette
pâture étaient jugés et condamnés. cour,
dite souveraine eût eu intention de maintenir
ces servitudes elle aurait refusé d'enregistrer
l'édit qui avait pour
res, et en enregistrant, elle n'aurait pas ajouté
aux dispositions de l'édit des clôtures an desir
ti marqué de le voir plus complètement et
plus facilement suivi, par les échanges des ter-
reins propres être réunis et désormais
à l'accès du bétail.
La persuasion où était le Gouvernement des
dispositions favorables des magistrats, le déter-
mina donc à envoyer un autre édit portant l'a-
bolition du parcours et le partage des communes.
Il est certain, d'après cela, qu'il aurait accordé,
pour faciliter les échanges toutes ks remises de
droits qui auraient été demandées pour affer-
mir de plus en plus le système nouveau qu'il
voulait introduire. Mais quoique, dans le fait,
ces opérations dérivassent delà première elles
•n'eurent pas lieta. Le parlement-revint brusque-
ment sur ses pas, et ses membres votèrent,
ii'unu manière décisive en J771, pour eon.sep»
créons sa rigueur la servitude du parcours,
contre laquelle il est constant qu'ils s'étaient
̃ prononcés. par renregisïriimcnt de ijSy.
( ™ )
Il faut dire, à la vérité, que la cour dé Nancy
parut céder au cri qui s'éleva de toute part en
faveur de la servitude que l'ancien Gouverne-
mcnt avait eu le pyrite de vouloir abolir. Ce
cri avait l'air de harrir du sein même de la
campagne. Les laboureurs sonnaient l'alarme.
Ils avaient rallié a leur nombre et à leur sys-
râne les propriétaires des fermes ou gagnages
qu'ils exploitaient, et l'on vit les cultivateurs
de vingt-cinq communes liguées paraître à l'au-
dience, pour demandera la justice qu'elle résiliât
Ic urs baux si l'on venait à les priver des anciens
usages de la vaine pâture, des pasquiers com-
munaux, parcours, etc. ils réclamaient lia loi;
car la coutume était sacrée. La loi fût-elle
vicieuse, ses organes doivent toujours la faire
cxccurer, tant qu'elle n'est pas abrogée. Le
parlement ft donc ce qu'on lui demandait, avec
l'air d'y être forcé; mais en toute autre circons-
tance, il aurait bien trouvé moyen de réprimer.
cette révolte combinée de la part des fermiers.
Les magistrats frent bien plus. Un arrêt du
conseil avait autorisé des partages de commu-
naux, qu'une foule. de pauvres gens. avaient
..défrichés et plantés. Le parlement rendit arrêt
qui permettait aux' laboureurs d'envoyer leurs
chevaux dans les blés en tuyau, dans les pommes
de terre en 'fleur, dans les chanvres déjà levçs
B3
et bien venus; et cette horreur inconcevable
cette destruction atroce reçut une exécution
solennelle et judiciaire. Tandis qu'un huissier de
Nancy signifiait l'arrêt au. syndic des manœu-
vres, les chevaux de leurs adversaires foulaiené
et écrasaient le fruit de leurs travaux, entre-
pris sur la foi d'un arrêt du conseil d'État.
Je l'ai vu ce trait de sauvages et je n'ai pu
m'en taire et j'ai été en but aux persécutions
et aux vexations; et ne pouvant dès-lors conrenir
l'indignation dont me soulevaient ces exemples
d'oppression et d'anarchie je me réfugiai dans
un autre hémisphère. Heureux d'avoir assez vécu
pour revenir dans ma patrie en un temps où
du moins je peux imprimer ma pensée, et con-
sacrer le souvenir de ce régime détestable qui
a nécessité la révolution, et qui la rend si chère
à ceux qui ont vu comme moi le règne des'
abus et la confusion des droits et des pouvoirs
Un des grands inconvéniens de ce régime
monstrueux, c'était, il faut en convenir, la
bisarre manière dont se traitaient alors les objets
d'intérêt public. L'abolition du parcours, la divi--
sion des communes, l'extinction des servitudes
dont la terre restait grevée, étaient des questions
purement administratives et nullement judi-
ciaires. Elles intéressaient les habitans de la
province mais ceux-ci n'étaient pas représentés-
C aa )
aiors. Le Gouvernement aimait
affaire aux Cours dont il nommait les membrés,
qu'à des citoyens rassemblés. Il s'engageait
ainsi une lutte secrète, entre l'homme du
seigneur-roi, qui était l'intendant et les
juges du tribunal qui, places par le seigneur
roi se croyaient les hommes du peuple. Ils,
se combattaient par mémoires; mais ces dis-
cussions obscures n'éclairaient jamais les esprits,
n'influaient point sur le public, n'amenaient
point d'opinion ni de résultat positif. On
n'osait publier on se gardait bien d'impri.:ner
ni les projets de loi, ni les objections, ni les
mémoires en réponse. Il y en eut beaucoup,
et d'assez instructifs sur la majière du par-,
cours et du partage des communes; mais ces
discussions perdues dans des écrits se-
crets, ensevelies dans les bureaux échappè-
rent à la pensée à la réflexion de cette partie
du public qui juge les juges eux-mêmes
ou qui les entraîne à juger d'après l'impulsion
qu'elle donne aux esprits. Le préjugé était en
faveur des coutumes consacrées par le temps.
Le ,préjugé n'était attaqué que dans l'ombre et
clandestinement. Il triompha sans peine et
qu'en arriva-t-il ?
La loi sur les clôtures étant la seule enre-
gistrés cette loi isolée fut utile aux seigneurs,
aux grands propriétaires, riches et en état
d'user de la 'permission que redit leur donnait,
parce qu'ils possédaient déjà ou pouvaient à
force d'argent, se procurer des héritages spa-.
cieux, contigus, et dignes des frais de clôture.
Mais la foule indigente, ou même moins aisée,
ne vit qu'avec douleur interdire à ses bes-»
tiaux des champs aussi considérables, et par qui?
par ceux même dont les troupeaux nombreux n'en
allaient pas moins dévaster tout le reste du
territoire ouvert et accessible. Ce notait qu'une
faculté qu'accordait l'édit des clôtures mais
cette faculté devenue illusoire pour la majorité
des habitans de la campagne ne cessa d'ex-
citer des murmures et des procès de la part
du grand nombre contre le petit nombre qui
seul en avait profité. Il y eut des bris de
clôture avec attroupement et il fallut forma-
liser des procédures criminelles. Beaucoup de
gens du peuple furent punis de leur misère et
de leur ignorance.
Tentatives infructueuses pour réformer les
vices de notre agriculture.
Les écrivains économiques ne se rebutaient
pas. Ils ne cessaient de calculer les immenses,
produits qu'on pouvait espérer, soit en sup>-
(24 K
primant tes
sage des prairies artificielles. Quelques .par,-
riculiers, alléchés par l'appât de ce gain
innocent, lisaient, de-temps en temps;
de bibles tentatives, qui étaient plus ou moins
heureuses, mais toujours traversées par la force
du préjugé.
Je me. rappelle, pec plaisir, d'avoir vu à
I>om bâle entre Luriéville et Nancy, un exemple
.frappant du parti que l'on peut tirer des terres
en jachères. Dombâle est un très-gros vignoble
Les laboureurs de cet endroit laissent aux vigne-
rons' I*r bail moitié fruit, les champs qu/
seraient restés en jachères, auxquels ces labo
rems ont donné un coup de charrue. Les vigie-
rons ensuite bêchent ces mêmes champs, et y
rccucllent, Ù moitié, des pavots, du blé de
turquic des fèves de marais ou des pentites
fc-ves, et sur-tout des pommes de terre Ces
terres sont ensuite ensemencées en seigle, dont
la semaille est plus tardive que celle du froment.
Les vignerons bêchent ces terres souvent jusqu'à
trois fois, avcc un soin particulier et une pro-
pre qui les fait ressembler aux planches d'un
jardin. Ce genre d'industrie est utile aux uns
et autres. Elle leur fut sur -tout» extrême-
m;m ™™& en I7g9. C'est l'année
ou j'en fus témoin. Mais cette industrie est
̃̃(̃̃)
locale, et n'est pas usitée dans les environs
même oh les^seigneurs décimateurs ne l'ont pas
laissé pénétrer.
Pes essais, en différens genres commençaient
à ouvrir les yeux. On s'était apperçu qu'un des
premiers problèmes de toute agriculture, celui
delà proportion entre les terres labourables et
les prés naturels ou artificiels n'était pas
/résolu dans notre ci-devant province ou
qu'il l'était au détriment de la province
entière. On commençait à convenir de l'inu-
tilité et de la nullité des pâtures communes.
On sentait qu'il manquait à l'exploitation des
terres, des prés assez nombreux qu'il fallait
y en introduire et que c'était le seul secret de
nourrir plus de bestiaux et de grossir ainsi la
meule desfumiers,qui est la mine d'or des champs.
On tenta de remédier à cette insuffisance
des prairies naturelles; en favorisant la demande
que faisaient des communautés d'établir des
sain foins, des trLfles, des luzernes', dans quel-
ques portions de champs que l'on consacrerait
à la culture de ces plantes, et qui seraient
mis en défense, sans avoir besoin de clôtures.
Mais cette clôture fictive, et qui n'était' auto-
risée que par les administrateurs, ne pouvait
prévenir les échappées des bestiaux ni la malice
des bergers qui voyaient de très mauvais oeil
t**J-
ces innovations. Les tribunaux, fidèles à Pes«*
prit des coutumes gothiques, étaient loin de se-.
vir à l'occasion des mesus ou des délits commis
dans les prés artificiels. Ce projet échoua encore
Ce n'était qu'un palliatif contre les abus du
parcours, de la pâture et des jachères; abus'
incompatibles avec toutes les vues d'amélioration
rurale; abus, qui ont rendu absolument infruc-
tueux d'autres efforts que l'on a faits pour
introduire en ce pays la culture en plein
chzmp des choux, des turneps, des disettes,
le parcage des bestiaux etc.
Une autre tentative, qui paraissait mieux
Combinée devait avoir un grand éclat et
donner un exemple utile.
Le 28 mars le ci-devant seigneur
de Neuviller lequel était en même temps,
Intendant de Lorraine fit rendre un arrêt du
conseil pour rapprocher les terres, à Neuviller
et à Roville par un échange universel.
L'arrêt très-mémorable consacrait le dessein
d'arrondir les possessions de chacun des pro-
priétaires, d'assigner à chaque habitant* sa por-
tion dans les communes, de détruire à jamais
toutes les servitudes de parcours, de vaine
pâture, etc.
Le plan était vraiment sublime s'il n'eût été
souillé par un mélange malheureux d'intérêt
personnel et par l'esprit d'invasion, propre à
la féodalité, qui gâtait ce qu'elle touchai.
Celte opération si belle dans sa théorie, était
déshonorée, autant qu'elle était entravée par
la difficulté de remplacer les cens seigneuriaux v
prétendus sur chaque héritage par l'usurpation
-du tiers des terreins communaux, au profit des
seigneurs par celle des chemins publics, etc.
Le bien qu'on avait voulu faire, avait beau.
être grand. Le mal l'emporta sur le bien.
Une conception si belle et si féconde ne put
excuser le motif que l'on y supposait on se
déchaîna contre. On crut que l'arbitraire
mot odieux dans tous les temps même sous
les lois arbitraires, on crut, dis-je, que l'ar-
bitraire avait présidé seul avec la perfidie
qui le caractérise à ces délibérations par les^-
quelles les habitans de Roville et de Neuviller
avaient paru voter d'eux-mêmes l'affranchisse-
ment de leurs terres. La liberté perdit sa cause,
et il en résulta sur-tout la persuasion qu'on ne
pouvait changer l'ancienne méthode.
Ainsi donc il passa désormais pour cons-
tant qu'abolir la vaine pâture c'était ôter aux
laboureurs le moyen d'élever et de nourrir
leurs bestiaux tandis qu'on devait au con-
traire, sentir que laisser subsister la coin-
X rf )
pascuité, c'est tenir les terres en friche et
nous priver de leurs produits, pour ne procurer
au bétail qu'une subsistance chétive et le plus
souvent nulle.
U passa pour constant qu'il fallait des ja-
chères afin de reposer les terres, tandis que
l'on a reconnu que plus un champ rapporte,
moins la terre en est altérée et que plus au
contraire, le rapport est modique, plus elle
soufre et s'emmaigrit; et qu'on là rend iné-
puisable, quand on sait seulement varier les
objets de sa fécondité.
11 passa pour constant qu'on ne pouvait
l'agriculture^ tandis qu'on devait réfléchir que/
c'est une espèce de crime de leze-humanité/
de laisser sans culture des terreins vagues ét
immenses que le bétail n'y trouve qu'une
nourriture mal-saine; que ces pâturages com-
muns sont le véritable foyer des épizooties;
qu'ils sont en même temps la principale cause
de la pauvreté des récoltes parce que le
bétail y répand au hazard les premières ma-
tières du trésor de l'engrais que dans les
prairies naturelles si supérieures cependant aux
pâtures communes et aux tristes jachères, il
est connu que le bétail- rencontre/septmau-,
vaues herbes contre une bonne plante; que
presque la moitié du fourrage ordinaire est
perdue, ou nuisible et que dix arpens con-
sacrés au trèfle ou aux racines, donneraient
des,@ produits plus riches, et nourriraient plus
de bétail que cent cinquante arpens de ces
terres incultes et totalement dégradées, qu'on
nomme pasquiers communaux.
À. ceux qui raisonnaient ou essayaient de rai-
sonner en faveur des communes, onaurait opposé
et des argumens péremtoires et des autorités
frappantes. Je n'en citerai qu'une. Voici ce que
disait, en l'auteur d'un bon mémoire
qui remporta le prix à Caën:
« Une chose m'a toujours frappé et mérite
)} que l'on y fasse attention. Dans les pays oh
» chaque particulier fait paître son bétail sur
» ses propres héritages, le faisant garder lui-
» même, sans le mettre sous la verge du pâtre
commun; dans les pays ou il n'y a: point de
» pâture publique le bétail est beaucoup
» plus beau que dans les lieux qui ont beaucoup
» de pasquiers communaux et où toutes les
» bêtes de chaque village ne forment qu'un
» seul troupeau. »
Mais comment faire entendre toutes ces vé-
rités ? Le peuple ne les lisait pas. Et les grands
ne savaient pas lire.
-par le désir
,vi/oire> comme
nné, par un édit
quées en faveur des déiî ichemens et des des»
/séchemehs. Sur la fài de
malheureux avaient bêché, essarté défriché.
Mais ils n'avaient pas pu enclorre, ni fumer,
ni soustraire au parcours le terreins qu'il¡
cu'au blé. Le blé, comme on l'a dit, est l'en-:
nemi du blé. Plus on 'en veut semer et moins
en en obtient. C'était du trêfle et des moutons 1
Nos pauvres campagnards s'acharnaient à sesïier
par-tout. Ils défrichaient jusqu'aux carrières.
On emblavait un sol immense. Le blé' était
mange en herbe. Il en était de la .culfuft:
comn-.e de la science et comme du bonheur. Ce
qu'on' gagne: en surface on le perd souvent en
eiïet. Jamais tant de terrein n'avait été' ni)':
en sillons et jamais on n;avait reeueilllitioirii de
gerbes, Tous les ans, l'intendant envolait
cour deux états à colonnes magnifiquement
dessinées; l'un présentait le nombre immense
des arpens défrichés qui allait en croissant;
l'autre le produit présumé de tout le -sol
tniemencé produits, qui allait en baissant.
Et comment n'eût-il pas baisse ? on n'avait
pas songé du tout aux bestiaux. La masse dès
engrais est le seul thermomètre de l'état des
récoltes. Le bétail allait tour-à-tour se griller,
ou bien se-morfondre dans le désert des com-
munaux. Il n'était point nourri donc il ne
rendait rien. Les champs s'en ressentaient. Car,
voici la gradation sans clôtures point dé
fourrages sans fourrages point de fumiers,
et sans fumiers, point de moissons.
I V.
Effets de la révolution et du code turalsur
notre agricuüure.
Telle était Citoyens la situation de notre
pauvre agriculture, lorsque la révolution est
très-heureusement venue la délivrer d'une par-
tie de ses chaînes antiques. Je dis d'une par-
tie. Vous verrez tout à l'heure qu'il lui en reste
beaucoup plus qu'on ne croit encore.
Soyons justes pourtant, et que les carn*
pagnes sur tout ne suivent pas l'exemple de
cette ingratitude qu'on a, depuis long-temps,
reprochée aux Français envers ceux qui les ser-
vent. Et ce n'est pas moi qui le dis. C'est Vol-
taire, qui écrivait, en ces paroles si rc-,
nui-quables « Le Français est, de tous les
!» peuples celui qui se plait le plus à écraseur
(v)
ceux qui le servent dans quelque genre-
» que ce puisse êtrc:. » ( Lettre à cTArgental.
Décembre
Pour démentir cet anathême, les campagnes
doivent bénir la révolution et chérir ses auteurs.
La dixmc a été abolie. Les redevances féodales
ont été supprimées. Tout ce qui pesait sur les
hommes, a été allégé. D'ailleurs, les terres de
main-morte ont passé dans les mains de tous les
citoyens. La venre et la revente des domaines
nationaux, ces combinaisons importantes qui dis-
tingueront a jamais la révolution française de
celle u'An:;letcrre, ces grandes opérations ont
attaché les acquéreurs au maintien de la li-
bcrtc et en ourre clles ont donné à notre agri-
culture un puissant véhicule et des moyens
nouveaux. L'état d'agriculteur le premier des
é>;>rs a été honoré. 11 a repris son rang. Un
fainéant tondu, un imbécile à parchemins n'o-
sent plus réclamer leurs droits de préséance sur
l'homme respectable qui conduit la charrue et
qui soutient le genre humain. L'oisiveté rentée
a heureusement disparu. Le soc nourricier
est resté. Chaque jour il acquiert plus de con-
sidération ct des fêtes nationales, celle qui
réussit par-tout et celle qui a désarmé le plus
complément les préjugés et la sottise ( fé-
hcitons-cn les I rançais sachoiis en gré du
moins,

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.