Art du perruquier , contenant la façon de la barbe, la coupe des cheveux, la construction des perruques d'hommes et de femmes, le perruquier en vieux et le baigneur-étuviste, par M. de Garsault

De
Publié par

[s.n.]. 1767. Perruques -- Ouvrages avant 1800. VI-44 p.-V f. de pl. ; in-fol..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : jeudi 1 janvier 1767
Lecture(s) : 15
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 50
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DESCRIPTIONS
DES ARTS
ET MET 1 ERS,
FAITES O U APPROUVÉES
P A R MESSIEURS
DE L'ACADÉMIE ROYALE
DES SCIENCES.
Avec FIGURES en Taille-douce.
A PARIS,
(Saillant & N y o n rue S. Jean de Beauvais;
) De saint, rue du Foin Saint Jacques.
M. D C C. L X I.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
DU PERRUQUIER,
CONTENANT LA FAÇON DE LA BARBE;
la Coupe des Cheveux la Conflruclion des Perruques
d'Hommes & de Femmes le Perruquier en vieux
ART
& le Baigneur-Etuvifle.
Par M. DE GARSAULT,
M. D CC. L XVII.
11)
fERRl/Ql/TER. x
AVANT-PROPOS.
C^LOVIS, premier Roi des Francs, fes Succeffeurs, & les Princes dd
Ieur. Sang, regardoient la longue chevelure comme une marque de
dignité fuprême & ne faifoient jamais couper leurs cheveux. Rater
un Prince de la Maifon Royale étoit l'exclure de la Couronne. La Na-
tion portoit auffi fes cheveux, mais plus ou moins courts. D'ailleurs
l'obfcurité qui regne à cet égard faute de Monuments, ne permet pas
d'en dire davantage. On a vu dans un Sceau royal d'Hugues Capet
chef de la troifieme Race qu'il y cil repréienté avec des cheveux
courts & une barbe affez longue enfin en François I. ayant
été blefle à la tête par accident, fut obligé de faire coitper fes cheveux;
tout fuivit fon exemple jufqu'aUx Prêtres qui fe firent tondre. Depuis
ce temps il devint indifférent aux Rois de porter les cheveux longs ou
courts & cette marque de dignité fut anéantie.
En partant de la premiere époque, c'eft-à-dire, du regne de Clovïs,
on voit que la barbe fut en recommandation parmi les Francs pendant
plufieurs (iécles jufqu'à ce que Louis VII. fe l'étant fait entiérement
rafer, tous fes Sujets fuivirent fon exemple; ainfiil n'y eut plus de barbes
en France jufqu'à François I. qui en après avoir fait couper {es che«
veux mm™* a<h wvnrdc îc titre, lama croître fa barbe; ta voila donc
revenue aux Frahçois les Gens de Juftice feulement ne voulurent pas
la reprendre. Henri IV. donnoit une forme régulière à la fienne en l'ar-
rondiflfant par en-bas, & tailloit fes mouftaches en éventail ce que
l'on peut voir à fa Statue équeflre fur le Pont-neuf. Tout ceci diminua
petit à petit, de façon que fous Louis XIII. la mouflache étoit beau-
coup amincie, & on n'avoit confervé du refte de la barbe qu'un tou-
pet en pointe au-deffous de la lévre inférieure le toupet fut retran-
ché, & Louis XIV. n'avoit plus qu'un filet de barbe à l'endroit de la
mouflache qu'on nommoit une Royale qu'il n'a pas même confervé
jufqu'à la fin de fon regne. Maintenant ni le Roi, ni aucuns de fes Su-
jets ne fe laiffent croître la barbe & tous les François de quelque état
qu'ils foient, fe font réguliérement rafer les Soldats, principalement
les Grenadiers confervent encore la mouflache qui n'efl regardée
préfent que comme un ornement militaire du Soldat, non de l'Officier.
Comme depuis François 1. les prérogatives qu'on avoit attribuées aux
iv AVANT-P RO PO S.
cheveux & à la barbe font abolies, ceux qui ont de beaux- cheveux en
font ce qu'ils veulent,fans tirer à conféquence; mais la beauté que nous
avons aflïgnée à nos cheveux eft une beauté rare peu de perfonnes,
fur-tout les Hommes fe trouvent les avoir avec toutes les qualités né-
ceffaires dont voici les conditions qui font d'être raifonnablement épais
& forts, d'une belle couleur de chataigne plus ou moins foncée ou
d'un beau blond argenté, d'une longueur moyenne, defcendant jufqu'à
la moitié du dos; il faut encore, que fans être crêpés,ils frifent naturel-
lement, ou du moins qu'ils tiennent long-temps la frifure que les tem-
pes & le deffus du front foient fuffifamment garnies.
Les cheveux en gênerai font fujets à bien des accidents & des dé-
fauts qu'il falloit fupporter ou du moins pallier avant que la perruque
eût été imaginée. Plufieurs fe trouvent en avoir très-peu; il y a des ma-
ladies qui les font tomber ils fe dégarniffent quelquefois fans aucune
maladie apparente, de manière que non-feulement les perfonnes âgées,
mais ceux qui ne le font pas encore deviennent chauves avant le temps:
il falloit donc fe réfoudre à porter des calottes, coëffure trifte & platte,
fur-tout quand aucun cheveu ne l'accompagne. Ce fut pour remédier
â ce défagrément, qu'on imagina au commencement du regne de
Louis XIII. d'attacher à la calotte des cheveux potiches qui paruffent
être les véritables on parvint enfuite à lacer des cheveux dans un toile
étroit de iilierand, coimn« o,,rr; ^anc un ûfCnAe Franger qu'on nom-
me le Point de Milan on coufoit par rangées ces entrelacements fur
la calotte même, rendue plus mince & plus légère; pour cet effet. on
fe ftrvoit d'un canepin ( l'épiderme de la peau du mouton fur lequel
on attachoit une chevelure qui accompagnoit le vifage & tomboit fur
le col c'étoit alors ce qu'on appella une Perruque, enfin, on perfec-
tionna cette efpece de modèle qui étoit déja un acheminement aux tref..
fes. Les treffes fur trois foies furent trouvées on les arrangeoit en les
coufant fur des rubans ou autres étoflès que l'on tendoit & alTembloit
fur des têtes de bois on parvint enfin à copier une chevelure entière af-
fez bien pour pouvoir la fuppléer au défaut des cheveux'naturels. Cette
découverte parut iî bonne & fi fecourable qu'en 1656, Louis XIV. dit
le Grand créa quarante-huit Charges de Barbiers-Perruquiers fuivant
la Cour, & en même temps il fut auflî créé en faveur du Public deux
cents autres Charges cette création refla fans exécution enfin en
on en fit une autre de deux cents Charges celle-ci eut lieu.
Mais quelque temps après que ces dernieres Charges eurent été créées,
AVANT-PROPOS* v
M. Colbert s'àppercevant qu'il fortoit des fommes confidérables du
Royaume pour acheter des cheveux chez l'Etranger, il fut délibéré dV
bolir les Perruques & de fe fervir de bonnets,tels à peu-près que quelques
Nations en portent il en fut même efTayé devant le Roi plufieurs mo-
deles; mais le Corps des Perruquiers fentant bien qu'il alloit être anéanti,
préfenta au Confeilun Mémoire accompagné d'un Tarif bien circonfc
tancié, qui faifoit voir qu'étant les premiers qui exerçoient cet Art nou-
veau, lequel n'avoit point encore paffé dans les Etats circonvoifins tels
quel'Efpàgne, l'Italie, l'Angleterre, &c. les ènvois de Perruques qu'ils
faifoient furpafroient beaucoup la dépenfe & faifoient entrer dans le
Royaume des fommes bien plus confidérables qu'il n'en fortoit pour
l'achat des cheveux ce qui fut caufe que le projet des Bonnets fut aban-
donné
De nouvelles Charges ont été créées, & ils font actuellement au nom-
bre de fous le titre de
Ils reçoivent leurs Lettres en Chancellerie & lèvent leurs Charges aux
Parties Cafuelles elles font héréditaires leurs Officiers font un Prevôt,
des Gardes des Syndics ils ont droit & leur efl attribué le commerce
des cheveux en gros & en détail, comme auffi leur eft permis de faire
& vendre poudre, pommade, opiat pour les dents, en un mot, tout ce
qui peut fervir la propreté de la tête & du préfent la
plus gron^o partie de* rerruquiers» ne s embarraffent point de ces com-
portions qu'ils laifl'ent aux Parfumeurs, dans le diflrid defquels elles
tombent naturellement. Ils font la barbe cette opération du Perruquier
efl la feule qui foit permife aux Chirurgiens le rafoir étant regardé com-
me un inilrument de Chirurgie mais comme le Perruquier & le Chirur-.
gien ont tous deux le droit de faire la barbe qui efl une opération jour-
naliere & générale, & que le Chirurgien n'a pas celui d'accommoder
la Perruque, il étoit néceflaire de les diftinguer l'un de l'autre par des
marques extérieures c'eft pourquoi afin que le Public puiffe reconnoî-
tre auquel des deux il a affaire, le Chirurgien doit avoir pour enfeigne des
baffins de cuivre jaune, & ne peut peindre le devant de fa boutique qu'en
rouge ou en noir au lieu que le Perruquier a des baffins blancs (d'étain )
& peut peindre le devant de fa boutique en toutes autres couleurs.
Ce qui conftitue particuliérément l'Art du Perruquier efl celui de faire
les cheveux, c'eft-à-dire de les étager pour leur donner un afpect agréa-
On n'a d'autorités pour citer ce fait que la tradition celui qui m'en a iriftruit l^avoft entendu!
•tire à un Officier décoré de la Croix de S. Louis, fort vieux qui lui dit en avoir éêé*téraoin.
vj A /7 A N T PRO P 0 s.
ble celui de conflruire toutes efpeces de Perruques & parties de Perru-
ques, comme tours, toupets, chignons, &c. pour Hommes & pour Fem-
mes, & de tenir des Bains & Etuves.
La manufacture des Perruques eft un Art moderne il fe perfectionne
de jour en jour, & il y a apparence qu'il fera durable par les avantages
qu'il acquiert fur les cheveux naturels, dont un des plus grands eft de
débarraffer des foins journaliers les Femmes même en profitent, quoique
plus rarement, attendu que leur tête ne fe dégarnit pas fi communé-
ment que celle des Hommes en un mot la Perp-v de tout fexe
& de toutes conditions.
L'ufage de la poudre eft encore plus nouveau que celui de la Perru-
que Louis XIV. ne pouvoit la fouffrir on obtint cependant de lui fur
la fin de fon regne, quelque adouciffement à cette averfion & même il
enduroit qu'on en mît une idée à fes perruques maintenant il eft très-
commun de mettre de la poudre aux cheveux & aux perruques.
Les Bains & Etuves autre appanage du Perruquier, ont une origine
bien différente des autres parties dont on vient de parler; car ils font de
toute antiquité, principalement dans les pays chauds, où ils font journa-
liers dans le nôtre on n'en ufe que de temps en temps, fur-tout en été;
je ne parle que des Bains de propreté d'ailleurs les Bains font d'un grand
fecours en Médecine, alors ils fe divifent en différentes efpeces Demi-
Bain, Bain froid, Bain chu^a, »“ J'immrr/înn* &c. Quelques Per-
ruquiers s'adonnent à cette branche de l'Art, & on trouve chez eux bai-
gnoires, étuves, & tout ce qui y a rapport, comme pâtes dépilatoires, &c.
L'Art du Perruquier, c'eft-à-dire de tous les objets qu'il embraffe
étant celui dont on entreprend de donner ici l'explication détaillée, on
va commencer par la barbe comme fon opération la plus ordinaire,
enfuite viendra raccommodage des cheveux naturels, puis la manufac-
ture des Perruques, enfin les Bains & Etuves.
On doit la defcription de toutes ces parties de l'Art, & principalement
de la plus compliquée c'eft-à-dire, de la conftruction de la Perruque &
de tous fes détails à M. Antoine Quarré, Perruquier appliqué & ingé-
nieux, qui a fait plufieurs recherches pour fa perfection, & dont le but
& le projet eft d'imiter la belle Nature & pour l'Art du Baigneur, on a
eu le bonheur de s'adreffer à M. Thomas le Clerc, Baigneur très-inflruit,
& même au-delà des connoiffances qui lui fuffiroient pour réuffir parfai-
tement, dans fon Art.
ART
PERRUQUI ER. A
ART
DU PERRUQUIER,
C O NT E NA NT LA FAÇON DE LA BARBE;
la Coupe des Cheveux la Conflruclion des Perruques
d'Hommes &de Femmes le Perruquier en vieux;
& le Baigneur- Etuvijîe.
LE BARBIER-PERRUQUIER.
CHAPITRE PREMIER.
Faire la Barbe.
C3t;oiQUE do i.. D«nbu. rt>ic une des moins ignorées on ne
fçauroit cependant fe difpenfer d'en faire mention ici ( Pl. l. ) attendu
qu'elle entre nécessairement dans l'Art du Perruquier c'eft pourquoi on va
nommer les inflruments dont il fe fert particuliérement à cet égard à chacun
defquels on ajoutera ce qu'on croira convenable de remarquer.
Infiniment s»
a, Un Baffin à barbe d'étain ou de fayence dans lequel efl: une favonette.
b, Un Coquemard de cuivre rouge de Perruquier pour chauffer l'eau dans
la boutique.
c Une Bouteille à l'eau chaude de cuivre rouge pour mettre de l'eau
chaude dans la poche & la tranfporter en ville.
d Un Cuir préparé c"eft une laniere de cuir de veau collé fur une petite
tringle de bois avec fon manche & empreint de quelques poudres impal-
pables, comme émeri ardoife pilée brique poudre de pierre-à-razoir, &c.
L'effet du cuir, quand il eft bon eft de faire couper le razoir plus doux.
e, Une Pierre-à-razoir efpece de pierre d'un grain très-fin, qui fe tire du
PLANCHE I.
2 ART D U PERRUQUIER.
pays de Liège ou de Lorraine, où on la trouve fur les carrieres d'ardoife r
elle fert avec quelques gouttes d'huile d'olive à repaffer les razoirs quand ils
viennent à s'émoufler ceux qu'on devine aux barbes fortes & dures doivent
être repafles plus gros de taillant.
f, Un morceau de Savon blanc le favon blanc eff meilleur pour la barbe
que les favoncttes de compofition il l'attendrit mieux ce qui fait que le ra-
zoir coupe plus doux.
g, Un Razoir fermé & un autre ouvert.
On fait fondre du favon blanc dans de l'eau chaude ou froide on en lave
la barbe pour l'attendrir, on la raze enfuite on finit par laver le vifage.
Quand on Ce fait razer toute la tête, on finit par la laver avec un peu d'eau-
de-vie.
CHAPITRE SECOND.
Faire les Cheveux & frifer.
JLjA Coupe des Cheveux efl la fcience qui donne aux cheveux naturels
une forme régulière en retranchant leurs inégalités & les taillant par étages,
lefquels doivent s'arranger avec grace en accompagnant le vifage. C'efl pré-
cifémcnt le rudiment de la Perruque, & les principes fur lefquels elle a été
perfcélionnée. Il efl donc à propos de détailler le mieux qu'on pourra cette
opération, attendu qu'elle efl une des plus eflcntielles du Perruquier.
Les Perruquiers appellent/ les cheveux les couper fiiivant les regles de
l'Art; ce qui fe termine ordinairement par frifer & poudrer.
Commencez par peigner toute la tête à fond pour bien démêler les che-
veux enfuite prenant & engageant dans votre peigne A ( PI. I. ), d'abord fur
le haut de la tête, une portion ou rangée de cheveux, vous amènerez douce-
ment le peigne vers vous en droiture ou de biais fuivant que vous vou-
drez couper ou droit ou en biais avancez ainfi jufques vers la pointe des
cheveux, que vous laifferez en-dehors engagée dans le peigne; puis coulant
vos cizeaux B à demi-fermés par-deflbus le peigne ils couperont tout ce
que vous voulez retrancher de ce rang; vous continuerez cette façon fur toute
la tête jusqu'à ce que les cheveux foient faits, obfervant que les rangs fupé-
rieurs foient plus courts que les inférieurs par toute la tête.
Nota, qu'il eu: néceffaire que le Perruquier en amenant ( comme il vient
d'être dit ) les cheveux à lui les maintienne toujours d'équerre à la tête car
s'il les abaiffoit avant de couper il arriveroit que ceux de deffus recouvri-
roient ceux de deffous ce qui feroit une épaifîeur défagréable cette
remarque doit fervir auffi pour les perruques ci-après fur lefquelles le
Perruquier fait à peu-près la même opération.
ART DU PERRUQUIER. 3
Il fembleroit fur l'expofé qu'on vient de faire de la coupe des cheveux
qu'un peu d'habitude fuffiroit pour en venir à bout cependant il fe trouve
des Perruquiers bien fupérieurs en cela à d'autres. Comme cette opération
n'a point de regles précifes, c'efl: une affaire de génie dont un certain talent,
le goût & le coup-d'deil font tous les frais.
Quand les cheveux font faits, on les met ordinairement tout de fuite en pa-
pillotes pour les frifer on les paffe au fer, & on les poudre. Or comme ces
opérations ne fe font point au bâtard mais font affujetties à des procédés &:
à quelques inftruments particuliers c'efl ici le lieu d'expliquer comment on
doit s'y prendre pour bien opérer.
Les papillotes font faites de papier taillé en petits triangles, de deux pouces
ou environ préférez pour les faire le papier gris, le papier Jofeph le papier
brouillard parce qu'ils fe déchirent & fe caffent plus difficilement que tout
autre. Raflemblez avec votre peigne une petite portion de cheveux faifii-
fez-les en-deffous avec les deux premiers doigts d'une main vers le milieu, Se
les prenant de l'autre par la pointe, roulez-les fur eux-mêmes, & envelop-
pez-les tout de fuite avec une papillote C ( PI. /.).
Il fe fait de deux fortes de frifures ou en crêpé ou en boucle,. Pour le
crêpé qui s'exécute ordinairement aux cheveux courts du haut de la tcte on
prend les cheveux pêle-mêle, & on les tourne court & ferré fans précaution,
afin qu'il ne fe faffe point de vuide dans le milieu au lieu qu'à la frifure en
boucle on ménage un vuide dans le milieu du roulement.
Toute la tête étant garnie de pnpillotes/il s'agit maintenant de la paiïer au fer.
Le Perruqnîpr f© fort U<- Jcua fîmes de r er l'un eft une pince terminée par
deux mâchoires plates en-dedans D ( Pl. J. ) l'ancienne façon dd écoir de
les faire d'égale épaiifeur l'autre reffemble à de longs cizeaux. Le premier
fe nomme Fer à frifer le fecond, Fer à toupet E, dont une des branches qui
eft ronde, entre dans l'autre qui efl creufée. Faites chauffer le fer à frifer, à
nud, fur de la braife jamais fur le charbon. Quand il fera au degré de chaleur
néceffaire, ce qu'on reconnoît lorfqu'il ne rouflit pas un papier qu'on lui pré-
fente, ou bien en l'approchant de la joue, vous ferrerez chaque papillote un
inftant plus ou moins long mais il vaut mieux l'employer aflez chaud pour
qu'il refte peu fur chacune c'eU pourquoi quand on a toute une tête à palier,
on a plufieurs fers qui chauffent en même temps.
Quand toutes les papillotes feront refroidies, vous les déferez & peignerez
le tout enfemble puis vous formerez & arrangerez avec grâce les boucles,
le toupet & le crêpé qui fe pratique ordinairement aux cheveux courts vers
le front & les temples.
Crêper eft mêler & confondre enfemble les cheveux frifés cet accommo-
dage par fa légéreté donne un afpecl agré able à la vûe.Pour crêper on pince
4 ART DU PERRUQUIER.
de haut eti bas légèrement avec deux doigts au travers des cheveux qu'on veut
crêper on amené doucement à foi ceux qu'on a faifis, & en même temps on
les repouffe avec le peigne fin à mefure qu'ils fe dégagent d'entre les doigts.
Quant aux boucles, on les forme en peignant enfemble une quantité de che-
veux, donc on rabat la frifure fur le premier doigt qui leur fert de moule.
Le Perruquier a encore d'autres rubriques foit pour dégarnir les cheve-
lures trop épaiffes foit pour rendre les cheveux plus fermes, afin qu'ils tien-
nent la friture. Pour dégarnir il fait une opération, qu'il appelle effiler', voici
comme il s'y prend. Il relevé & fait tenir à la tête avec fon peigne un rang
de cheveux & portant fes cizeaux aux racines de ceux que ce rang relevé a
découverts il les tient entr'ouverts les pointes en-bas 3 & par le moyen d'un
léger pincement, il coupe ce qu'il juge être de trop il parvient ainfi à ré-
duire une chevelure quand elle eft trop cnftée. Il affermit & donne plus de
confiance aux cheveux mous & qui fe lailîent trop aller, avec ce qu'il ap-
pelle de la Pommade forte il fait cette pommade fur le champ en mêlant un
peu de poudre avec de la pommade qu'il fait fondre dans Ces mains. Il re-
trouffe les cheveux comme à la précédente opération met de cette pom-
made à la racine des cheveux qu'il vient de découvrir, ce qu'il continue d'é-
tages en étages.
Quand on veut un toupet qui couronne le front, c'eft-à-dire que le pre-
mier rang, au lieu d'être frifé foit relevé à plat & recourbé en arriere c'eft
l'office du fer à toupet. Le Perruquier le fait chauffer modérément il prend
enfuite entre fes deux branches le rang qui doit former le toupet il le dirige
en-haut tout droit; puis tournât U f«,r fa hmnrhe ronde en-deflbus il le
courbe en arriere » Se fait faire aux cheveux par le bout le crochet en bas.
Poudrer.
LA friture étant arrangée,il ne s'agit plus que de poudrer. La meilleure pou-
dre pour les cheveux eft faite de farine de froment, & la pommade eft du
faindoux on met la poudre dans une large boëte de fer blanc F, ou dans un
fac de peau de mouton G.
Les meilleures houpes poudrer H font faites avec les longues foies qui
font aux chefs des étoffes de foie.
Commencez par enduire de pommade le dedans de vos deux mains que
vous panerez enfuite légérement fur toute la frifure chargez d'abord votre
houpe de peu de poudre pour poudrer à demi-poudre terme de Perruquier.
Cette petite quantité de poudre fuffira pour faire appercevoir les cheveux
qui fortent de l'arrangement général & les couper, après quoi vous achèverez
de poudrer.
De peur que la poudre ne fe répande fur le vifage & n'entre dans les yeux
de
ART DU PERRUQUIER. f
Perruquier. B
de celui que l'on poudre les Perruquiers lui donnent un cornét 1 c'eft une
feuille de carton tournée comme un cornet de papier on fe cache le vifage
dans le gros bout de ce cornet; il a des yeux de verre, & l'air pour la refpiration
entre par le petit bout on le tient à la main.
Des différentes fafons de porter les Cheveux.
LES cheveux naturels fe portent de différentes façons fçavoir, de toute
leur longueur, ou très-courts, principalement les Eccléfiaftiques, auxquels ils
ne doivent pas dépafîer le bas de la nuque du col. On les met en bouefe, en cade-
nette, en cadogan cette nouvelle façon eft une nouvelle mode on plie l'un fur
l'autre tous les longs cheveux de derriere pris enfemble, & quand on eft arrivé
à la nuque, on noue par le milieu tous ces retours avec un ruban. Le toupet
à la Grecque eft encore une mode nouvelle on laifle les cheveux du toupet
fort longs, & on les renverfe bien avant fur le fommet de la tête.
Les perruques imitent une partie de ces accommodages mais elles en ont
de particuliers qui s'en éloignent beaucoup, comme on verra ci-après.
Depuis quelque temps il a été imaginé pour les Soldats des Régiments des
Gardes Françoifes & Suiffes afin de foutenir leurs frifures contre toutes for-
tes de temps une façon qui n'eft pas tout-à-fait la même pour les uns & pour
les autres mais qui fait à peu-près le même effet. La manière des Gardes-
Françoifes eft de fe fervir d'une lame de plomb, mince & étroite, d'environ
trois pouces de long A ( Pl. V. ). Après avoir ôté les papillotes des cheveux
des côtés, ils en prennent la maffe dans les doigts, portent fous le milieu de
fa largeur une portion de la lame c\e rlomU la pilent en revenant par-deflus,
,roulent les cheveux par-de/Tus ce premier pli & font tenir cette boucle en
appuyant deffus par un fecond pli le refte de la lame. Le furplus de la mafîè
des cheveux au-deflus de ce dernier pli fe dirige en-dehors, retombe & la
cache, ce qui forme deux boucles paralleles B. Les Suiffes ne font autre chofe
que rouler la boucle autour d'une carte en rond & l'arrêter à la carte avec
une épingle.
CHAPITRE TROISIEME.
De la Perruque en général.
L E plus grand art du Perruquier efl celui par lequel il rend les cheveux à
ceux qui s'en font défaits, & en donne à ceux qui en manquent. Faire une
perruque eft conftruire une efpece d'épiderme au travers duquel on atta-
che & on arrange des cheveux frifés ou non frifés, affez artiftement pour qu'é-
tant pofés fur la tête ils paroitfent être les véritables. Il feroit ici queftion
d'imiter la belle Nature. Cependant parmi les efpeces de perruques qui fe
6 ART DU PERRUQUIER.
Planche II
font actuellement, les unes fuivent fes loix les autres s'en écartent encore,
mais bien moins cependant que dans l'enfance de cet Art dont on étoit tel-
lement épris, que l'on croyoit ne pouvoir jamais avoir affez de cheveux fur
la tête. Les perruques étoient immenfes en largeur & en longueur, & repré-
fentoient plutôt la face d'un ours ou d'un lion, que la forme d'une tête humaine.
Les perruques ufitées actuellement font au nombre de fept ou huit fortes,
parmi lefquelles quelques-unes paffent de mode fans doute pour y revenir,
comme toutes les modes en France.
On fait des Bonnets ou Perricqucs courtes, A. Ces bonnets font ronds, s'allon-
geant cependant plus ou moins derrière le col. Les Perruques en bourfe B, fe
terminent derrière par des cheveux plats & longs m m, ( PLU) qu'on enferme
dans une bourfe de taffetas noir n qui les prend à la hauteur du col Ces deux
efpeces font fort à la mode. Les Perruques nouées C, font plus garnies de cheveux
que les précédentes. Elles fe terminent fur le dos de chaque côté par des che-
veux droits & longs, que l'on noue d'un fimple nœud s s; l'intervalle entre ces
deux côtés eft occupé par une groffe boucle de crin roulée en tire-bouchon r.
Cette efpece de perruque efl une des plus compofées, & quoiqu'elle s'éloigne
beaucoup du naturel, elle eft cependant très-commune. La Perruque d'Abbé D
reflemble beaucoup au bonnet elle eft toute ronde elle fe monte différem-
ment des autres comme on verra par la fuite. Les Perruques naturelles E imi-
tenc les longues chevelures elles font frifées comme toutes les autres le long
de la face, mais elles defcendent enfuite à plat par derrière jufques vers la
moitié du dos, où cllca f»«.;fTcnt en pointe a, ou bien quarrément par des bou-
cles bb. Cette perruque eft la coëffure des Jeunes-gens de justice. Les Perrac-
ques quarrées F, font conftruites en général comme les perruques nouées; elles
ont de même une groffe boucle de crin en tire-bouchon r, mais à la place des
nœuds ce font des rangs de cheveux frifés tt, qui defcendent quarrément juf-
ques vers la moitié des épaules. Cette coëffure eft celle des Magiftrats & Gens
graves. La Perruque à la Brigadiere G, eft conftruite comme le bonnet, & fe ter-
mine par deux groffes boucles de crin en tire-bouchon accollées d, que l'on
noue enfemble avec une rofette de ruban noir ee. C'eft proprement la coëf-
fure des Gens de cheval, elle fied très-bien. La Perruque à cadenettes H, imite
la perruque naturelle avec cette différence que les cheveux longs fe parta-
gent en deux côtés qu'on enferme dans deux cadenettes rr. On voit actuel-
lement peu de cette efpece de perruques.
Toutes ces perruques fe font à montures pleines, ou à oreilles & demi-oreilles ce
,qui fera expliqué ci-après. Le Perruquier fait auffi des Tours de cheveux pour
garnir les chevelures naturelles, dont le défaut eft d'être trop claires. Il fait de
même des Tempes des Toupets & autres parties de chevelure principalement
aux Femmes auxquelles on fait auffi des Devants des Bichons frifés des Chig-
nons relevés des Perruques entieres &c.
ART DU PERRUQUIER. 7
CHAPITRE QUATRIEME.
Des Cheveux & Crins qui fervent aux Perruques.
COMME la Perruque en: deflinée à procurer des cheveux aux têtes qui en ont
befoin il paroîtroit qu'il ne devroit entrer que des cheveux dans fi conftruc-
tion cependant à moins que le cheveu dont on fe fervira, ne foit de première
qualité & par conféquent bien cher, on peut faire une bonne perruque à
meilleur marché, en mêlant un peu de crin de cheval pris fur la criniere avec
un cheveu de qualité inférieure le crin étant plus ferme aide à foutenir la
frifure. D'ailleurs toutes les groffes boucles des perruques nouées quarrées
& à la Brigadiere, doivent être de crin. On fe fert encore du toupet de crin
qui fe trouve au bout des queues des geniffes. Il fe fait même des perruques
entiérement de crin de cheval mêlé fi l'on veut, avec celui de veau & de ge-
nilfe, lefquelles font fort bonnes & rénfîilTent très-bien. Il en vrai que fui-
vant les Statuts des Perruquiers, elles font faififfables mais ils font fort mal s'ils
les fai/HTent car elles font excellentes & à l'avantage du Public. On a
employé de temps en temps d'autres matières comme poil de chèvre, laine
de moutons de Barbarie, fil-de-fer. Tout cela eft tombé de foi-même par fon
peu de mérite. On a v Au auffi des perruques de verre blanc &, de fougères
mais c'étoit pure curiofité.
Les cheveux fe vendent chez quelques Perruquiers qui fe font adonnés à
ce île la. ad.ciua de marchands qui courent le pays, & les débi-
tent à la livre. Il vient des cheveux de beaucoup d'endroits. On en tire de
Flandres, de Hollande, de toutes les provinces de France mais les meilleurs
nous viennent de Normandie.
Pour qu'un cheveu foit de bonne qualité il doit être rond élaflique
lourd ceux des pays chauds font fecs & creux, par conféquent de moindre
qualité. Il fe vend encore une efpece de cheveux qui nous viennent de Suif Te
& d'Angleterre ce font des cheveux originairement roux qu'on a blanchis
fur l'herbe comme on blanchit la toile & que par cette raifon on nomme de
FHerbé ou des Cheveux herbés. Ils ne fe frifent point, ils ne fervent qu'à faire
les nuances des plaques, du lifle &c. On ne doit jamais les mêler dans le
corps de la frifure.
Les cheveux les plus chers font les blancs les blonds & les noir-jais cette
dernière couleur s'emploie maintenant très-peu les couleurs communes font
les chateins clairs & bruns.
On ne doit jamais employer les cheveux des hommes; ils font trop fecs &
calfants, étant toujours à l'air ceux des Dames & des Habitantes des villes ont
8 ART DU PERRUQUIER.
le même inconvénient ce font les Villageoifes & les Femmes de champagne
qui feules fourniffent les bons cheveux parce qu'elles les ont toujours à cou-
vert fous leurs bonnets car moins ils prennent l'air, meilleurs ils font.
A l'égard du crin, il s'en trouve comme le cheveu de toutes couleurs &
degrés de fineffe. On ne fe fert jamais du crin de la queue des chevaux. On doit
obferver ici que le crin quoique pris fur un animal vivant eft communé-
ment mêlé de crin mort on appelle mort un crin mat & caffant le crin vif
eft toujours luftré & luifant c'eft pourquoi il eft néceffaire d'éplucher le crin
en en ôtant tout le mort avant de s'en fervir c'eft ordinairement le Marchand
qui prépare fon crin avant de le mettre en vente.
Il eft bon de remarquer ici que quelques Perruquiers pourroient fe tram.
per & leurs Pratiques en employant du poil blanc de bouc à la place du
cheveu herbé, attendu que ce poil eft mol, fans confiftance jaunâtre, cafte,
& en un mot. ne vaut rien.
CHAPITRE CINQUIEME.
Le Travail de la Perruque.
Prendre la Mefure.
D E quelque efpece que foit la Perruque la mefure fe prend toujours de
la même façon puifque ce doit être celle de la tête que vous avez à coëffer.
Pour cet effet vouo vom {prvirez d'une bande de papier, d'un pouce de large,
& de longueur fuffifante; vous la porterez
1°. Du haut du front à la nuque du col obfervant toujours de ne pas des-
cendre trop bas, de peur que le mouvement de la tête en arriere ne repouffe
la perruque fur le front & même pour en être plus sûr vous prierez la per-
fonne, dont vous prenez la mefure de faire ce mouvement.
Marquez l'extrémité de cette mefure, ainfi que de toutes les autres, par
de petites oches ou entailles que vous ferez au papier avec vos cizeaux.
,2°. Mefurez d'une tempe à l'autre^a/Tant par le milieu du derriere de la tête.
3°. D'une oreille à l'autre paffant fur le fommet de la. tête. Si vous devez
faire une perruque à oreilles vous arrêterez cette mefure au-detfus des oreil-
les fi c'eft à demi-oreilles vous l'arrêterez à la moitié des oreilles vous la
porterez jusqu'au bas des oreilles, fi la perruque doit être à monture pleine,
c'eft-à-dire fi elle doit couvrir entièrement les oreilles.
4°. Au milieu des deux joues paffant par-derriere la tête.
5°. Du milieu du haut du front jufqu'à l'une ou l'autre tempe.
La mefure prife, on convient de la nuance c'eft-à~dire de la couleur
dont fera la perruque.
ART DU PERRUQUIER. 9
PERRUQUIER. C
Une Tête à perruque de bois d'orme
ou de frêne.
Des Cizeaux grands & petits.
Des Peignes gros & fins.
Des Serrans & Cardes de fer.
Un Métier à trefler.
Un Réfeau ou CoëfFe.
Du Ruban à monter.
Du Ruban à couvrir.
Des Cheveux.
On mettra les lettres de renvoi de ceux qui font deffinés à meftire qu'on
en parlera.
ArRE's avoir acheté vos cheveux en gras ou plats, c'efl-à-dire tels qu'ils
fortent de la tête fur laquelle ils ont été coupés, il s'agit de les préparer en
leur donnant la confiftance la friture & l'arrangement requis, afin de pouvoir
enfuite être employés à la conduction d'une perruque fblide & durable. On
va voir que ceci eft un vrai travail, rempli de quantité de circonflances in-
difpenfables.
Commencez par détêter partager vos cheveux en petites
portions que vous lierez vers le milieu, mais plus du côté de la tête du cheveu.
Nota. On nomme la Tête du cheveu,le bout qui effectivement tenoit à la tête
l'autre bout s'appelle la Pointe du cheveu.
Prenant enfuite chaque portion mettez-la au dégras. On a pour cette opé-
ration de la farine folle autrement gruau ou petit fon qui n'efl autre chofe
que la farine qui s'élève en l'air dans les Moulins, ou aux Halles quand on la
remuc, & qui retombe fur la place on fe fert auffi de fablon fin. Vous fau-
poudrerez chaque portion de cheveux que vous agiterez à mefure pour faire
entrer celui de ces ingrédiens dont vous vous ferez fervi & peu après vous
le ferez fortir en fecouant; vos cheveux alors feront fuffifamment dégraiflës.
Enfoncez le plus que vous pourrez de ces portions dégradées dans un
Serran ou grande carde K,(PL1.) la pointe des cheveux L de votre côté,
afin de les tirer par la pointe ce qui fe fait en prenant avec le pouce & une
des lames de vos grands cizeaux entr'ouverts, ceux qui dépaflent les autres
les tirant dehors, & les donnant à mefure à votre main gauche.
Quand vous en aurez ralfemblé une certaine quantité, vous les ficellerez vers
Injtruments & Matériaux»
Un Etau de Perruquier.
Une Regle de bois à étager.
Des Bilboquets de buis.
Une Etuve ou Tambour.
Un Fer à palier.
Du Crin de cheval, veau, vache.
Du Bougran ou Treillis.
Du Fil gris nommé Fil en trois.
Du Fil de pêne.
Article Premier.
Préparation des Cheveux.
PLANCHE
1.
ïo ART DU
la tête avec du fil de pêne on nomme ainf les longs fils du bout des pièces de toile
qui fervent à tendre les métiers des Tiffirallds. Mettez chaque paquet à part &
continuant à tirer toujours les cheveux dépafTants pofez à mefure les paquets
que vous en ferez l'un fur l'autre en croix pour qu'ils ne fe brouillent pas
par cette façon les cheveux s'étagent, pour ainfi dire d'eux-mêmes car les
plus longs viennent cfabord, & on arrive enfin par degrés à tirer jufqu'aux
plus courts. Quand on a des cheveux précieux, on les tire pour n'en point
perdre d'abord par la tête, & une féconde fois par la pointe.
Toutes vos portions ainfi préparées enfilez-les en plufieurs fuites propor-.
tionnées l'une à l'autre alors elles feront prêtes à être frifées.
Le blanc & les couleurs claires demandent quelques attentions de plus
que les couleurs communes. Si on ne 4es trouve pas affez dégraiffées par l'o-
pération du gruau marquée ci-deffus, on les lave dans du favon noir; après quoi
ayant mis une pierre d'indigo brut dans un linge on trempe ce nouet dans
l'eau tiede on l'y prelfe & exprime avec force, jufqu'à ce qu'on voie l'eau
chargée d'une teinture bleue très-foncée alors on y trempe les cheveux,
puis on les laifïe fécher cette préparation leur donne un œil bleu tendre, qui
les empêche de roufîir par la fuite.
Nota que c'eft une très-mauvaife maxime de blanchir le cheveu à la vapeur
du foufre, qui le delféche trop & le rend caffant on peut y blanchir le crin
de cheval, qui eft plus robufte on lave auffi les queues de veau & de jeune
vache dans une eau favoneufe pour les déjaunir.
Il s'agit maintenant de frifer le cheveu. On commence par placer l'étau M
( Pl.l. ) au bord d'une table, à laquelle vu U, »;fl^. Cctto H'érnn eft par-
ticulier au Perruquier tant pour fa forme que par fa fituation horifontale
( le defTein le fait fuffifamment connoître ). La petite branche fupérieure O
qui tient à la vis de la tête fert à le ferrer, & le reflbrt qui efl entre les deux
branches des mâchoires à l'ouvrir la ficelle N, qui paflè fur la mâchoire fu-
périeure, defcend double jufqu'à terre., où elle eft réunie par un nœud. On va
favoir quel eft fon ufage.
Vous étant anis vis-à-vis de l'étau prenez une portion de cheveux d'une
de vos fuites; enveloppez-la par la tête d'un morceau de cuir, que vous pren-
drez & ferrerez dans fétau, les pointes de votre côté, alors vous en féparerez
une partie & pour n'être point embarraffé du furplus, vous le rangerez der-
riere la ficelle N, dont on vient de parler, que vous tiendrez tendue en met-
tant le pied dedans. D'autres attachent un bout de ficelle à la mâchoire fupé-
rieure de l'étau ils le laifTent pendre & mettent un plomb à fon extrémité;
ils rangent de même derrière le furplus des cheveux.
Ayant donc amené à vous cette partie féparée que vous tenez ferme par
les pointes, vous placerez deifous un petit morceau de papier, & par deffus
ART DU PERRUQUIER. tt
un bilboquet le cheveu entre deux, que vous roulerez bien ferme fur ce bil-
boquet le papier marchera en même temps & s'y roulera auffi.
Mais avant d'aller plus loin on doit faire connoître le Bilboqtcet après quoi
on reprendra cette opération où on l'a laiffée.
Le Perruquier doit être muni d'un bon nombre de bilboquets oooo. Ce
font de petits bâtons de buis d'environ trois pouces de long ronds plus
menus au milieu renflés aux deux extrémités c'eil comme on vient de dire,
fur eux qu'on roule les cheveux par la pointe on roule auffi le crin fur des
bilboquets plus gros. Les bilboquets fur lefquels on roule les frifures des
Femmes doivent être fort menus c'eft-à-dire gros comme une ficelle ordi-
naire on les peut faire aufli de fil de fer, mais cette pratique a le défaut de
roulîîr les pointes du cheveu.
En continuant l'opération du bilboquet vous ne roulerez jamais deffus plus
de quatre travers de doigts quelque longs que foient les cheveux cette fri-
fure efl fuffifante. Vos cheveux roulés, vous les ficélerez au bilboquet par plu-
fieurs tours de ficelle vous ferez la même manœuvre à toutes les parties dans
lefquelles vous diviferez votre portion de cheveux ainfi il y en aura telle
de laquelle il pendra trois, quatre, &c. bilboquets ficelés. Quand les cheveux
font très-courts on les roule en entier fur le bilboquet ils fe trouvent en-
tourés du papier, & avoir chacun fon bilboquet à part; on les lie enfuite d'urz
fil fimple.
Quand vous voulez qu'il entre du crêpé dans votre ouvrage, vous prenez
deux bilboquets 2, 2, 2, voifins dans une portion de cheveux longs, vous les
cordez & vous les Vie? »«£»«wUl».
Nota. On roule toujours en entier le cheveu quelque long qu'il foit, fur les
bilboquets pour Femme.
Vous enfilerez chaque portion fortant de l'étau avec fes bilboquets dans
une ficelle jufqu'à ce qu'il y en ait une longueur qu'on nomme une Suite.
Lorfque vous aurez nombre de fuites étagées vous les mettrez dans une
chaudiere avec fuffifamment d'eau de pluie ou de rivière ( l'eau de puits ne
vaut rien ) & vous les ferez bouillir pendant trois heures à gros bouillons
après quoi vous les retirerez pour les faire fécher doucement dans l'étuve fi
vous avez du crin, vous l'ôterez de la chaudiere quand il aura bouilli une heure
& demie.
L'Etuve PP efl communément ce que les Dames nomment un Tambour
dont elles fe fervent pour chauffer leurs chemifes & leurs autres hardes, lors-
qu'elles s'habillent. C'eft un ouvrage de Boiffelier. Il a environ deux pieds
huit pouces de haut il eft traverfé en dedans à huit pouces près du haut par
un treillage de fil de fer on le ferme avec un couvercle. Comme il s'agit de
fécher les cheveux en fortant de la chaudiere, on met à terre une poële remplie
12 ART DU PERRUQUIER.
de pouffiere de charbon allumé, on pofe l'étuve par-deffus puis on verfe tout
ce qui a bouilli fur le treillage on étend doucement tous les bilboquets on
couvre l'étuve de fon couvercle, que l'on bouche bien tout autour on laiffe
fécher doucement retournant de temps en temps pour que tout féche égale-
ment les cheveux font à leur point de fécherede, quand le bilboquet tourne
dans fi boucle; alors on les tire de l'étuve pour les placer & arranger fur des
feuilles de papier gris, ou fur un torchon en faifant plufieurs lits les uns fur
les autres on donne ordinairement au total là forme d'un pâté.
Liez le tout avec de la ficelle, & vous le livrerez au Pain-d'épicier ou à
un Boulenger qui l'ayant reçu l'entoure d'une pâte de fégle, & le mcttant
au four le fait cuire avec modération.
Ce pâté ainfi cuit vous étant renvoyé tout chaud, vous le cafferez pour en
ôter toutes vos fuites que vous reporterez pour peu de temps à l'étuve, fim-
plement pour faire évaporer une petite humidité que la cuiffon a occafionnée.
Nota que quelques-uns mettent le crin dans le pâté d'autres non la chofe
efl aflez indifférente.
Le tout étant bien refroidi décordez c'efl-à-dire déficelez & ôtez tous les
bilboquets. Les fuites ayant été décordées, vous vous mettrez à dégager) ce
qui fignifie, mettre enfemble deux ou trois des gros paquets que vous venez de
décorder obfervant qu'ils foient de même longueur vous enfoncerez cet
alfemblage par la pointe dans une carde vous en ferez entrer une autre ren-
verfée Q dans celle-ci, pour aflujettir les cheveux entre deux, puis vous les
tirerez par la tête avec le pouce & les cifeaux, de la façon qui eft expliquée au
commencement de cet /vmcU, mpfïire en plufieurs petits pa-
quets qu'on nomme des Mèches. Vous lierez chaque méche d'un fil fimple, & à
mefure que vous les ferez, vous les poferez en croix l'une fur l'autre, afin que
les longueurs fe fuivent. Vous en ferez de nouvelles fuites, que vous ferrerez
dans des boëtes, en un lieu ni humide, ni trop fec, en attendant que vous en
falliez ufage dans la préparation de la Perruque.
Article Second.
Préparer la Perruque..
PLANCHE
III.
Povtt préparer la Perruque vous prendrez plufieurs méches de même lon-
gueur, commençant par les plus longues vous les joindrez & lierez enfem-
ble, ce qui formera un paquet vous en ferez ainfi tant qu'il vous en faudra de
différentes longueurs, en mefurant chaque mèche fur une régle de bois avant
de les affembler en paquets.
La Régle de bois efl une tringle platte divifée comme il fuit d'un de fes
bouts jufqu'à la premiere divifion il y a deux pouces marqués par un trait,
ainfi que toutes les fuivantes cette premiere divifion efl chiffrée 2 les inter-
valles
PERRUQUIER. D
Vallès entre & cinquième* ont chacun S li-
gnes la'fixieme & Septième ,pj)ignès la huitième 10 lignes toutes les au-
tres ont chacune un pouce; il eft rare qu'on étende les divifions au-delà de
x9 pouces on peut cependant en marquer davantage, en tenant la régie plus
longue fi on avoit à mefurer de très-longs cheveux.
Mettez donc la régie devant vous, puis prenant une méche étendez-la
deflüs depuis le bout jufqu'â quelque divifion que ce foit l'ayant remarquée*
vous rognerez quarrément d'un coup de cifeau le bout de la tête de la mé.
die quand vous aurez par ce moyen trois ou quatre méches de même lon-
gueur en un mot, autant que vous voudrez en joindre pour faire un paquet
plus ou moins gros vous leur ôterez leur ligature vous les mêlerez enfèm-
blo 8c tout de fuite vous les mettrez dans la carde couverte d'une autre
carde, d'où vous les tirerez par la tête pour égalifer les cheveux cela fera un
paquet B il ne s'agit plus que de le lier & de marquer fa longueur pour cet
effet prenez une petite bande de papier blanc b, dont vous commencerez
par engager un bout dans le milieu de l'épaiffeur du paquet vers la tête du
cheveu que vous entourerez enfuite du refte de la bande vous la lierez au
milieu d'un fil fimple vous finirez votre opération par écrire fur ce papier le
chiffre de la divifion fur laquelle le cheveu des mèches que vous venez d'em-
ployer a rellé fi par exemple, elles ont fini au chiffre ou divifion cottée 8,
vous écrirez 8 fi c'efl à 7, vous écrirez 7 &c.
Ayant donc formé ou étiqueté tous vos paquets, vous connoilfez leurs ion-\
gueurs réciproques il s'ertfuit alors deux autres opérations l'une eft de mê-
ler le crin dans chacun de ceux où il convient i»J;i y en aie l'autre, de faire
les nuances quand il en eft befoin, ce qui eft néceffaire lorfque la couleur du
cheveu qu'on emploie, eft trop claire ou trop brune ces mélanges s'exécu-
tent de différentes manières l'une eft de prendre dans un paquet de crin
la quantité proportionnelle que vous en voulez mêler de défaire le pas
quet de cheveux pour lui accoler le crin qui doit être de même longueur,
& de mêler l'un avec l'autre par un mouvement réitéré des deux mains qui
fait approcher l'un de l'autre les ongles des deux pouces par ce moyen le
crin fe mêlera & fe diftribuera affez bien vous referez enfuite le paquet
comme il étoit on peut faire la même chofe pour mêler les cheveux blancs;
cependant ils ne fe diftribueront pas fi également que par la façon fuivante.'
Mettez dans la même carde deux paquets de même longueur chacun à part,
l'un de cheveux de couleur l'autre de blancs & tirant fùccefîîvement de l'un
& de l'autre par la tête vous en formerez dans vos doigts un feul paquet
dont la nuance fera bien mieux confondue & mélangée.
Une troifieme façon, & la meilleure pour le crin, s'exécute dans le temps que
l'on treffe alors ayant mis le paquet de crin dans une carde près du métier à

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.