Arthur, tragédie en vers et en 5 actes,... par M. le chevalier de Fonvielle...

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A. Boucher (Paris). 1821. In-8° , 112 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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ARTHUR,
TRAGEDIE ES VEnS ET EN CINQ ACTES,
DÉDIÉE
À S. A. R. Mmo. LA DUCHESSE DÉ BERRI,.
. PAR M. LE CHEVALIER DE FONVIELLE,
AUTEUR DE LOUIS XVI OU L'ÉCOLE DES PEUPLES, DE
DIOMÉDON OU LE POUVOIR DES LOIS, DE THEO-
DEBERT OU LA RÉGERCE DE RR.UNEHAUT , D'ANNIBAL,
TRAGÉDIES, ET EDITEUR DU MERCURE ROYAL, FAI-
SANT SUITE ' AU PARACHUTE MONARCHIQUE , PUBLIE
PAR" L'ACADÉMIE DES IGNORANTS.
Dès nu'iin roi légitime à son peuple estrendu,
.r - Pour les.permrlKitcurs tomespoir est perdu.
^ \ Jicte IV\ sctine III.)
^J?RIX : 3 fr. 5o cent.
A PARIS,
SAlïTHc. BOUCHER , IMPRIMEUR , RUE DES BOHS-
ENFANTS , S». 3/| ;
L'AUTEUR, RUE SAINT-HONORK, K°. 290;
PONTHIEU , PÉUCIER , DELÀUNAY, LIBRAIRES
AU PALAIS-ROYAL.
Août 1821.
ARTHUR,
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES ET EN VERS,
DÉDIÉE
A S. A. R. Madame la Duchesse de BERRI;
PAR M. LE CHEVALIER DE FONVIELLE.
- \\ Dès qu'un roi légitime à son peuple est rendu 5
..,); Pour Jes perturbateurs tout espoir est perdu.
"" uicte IV, scène 111.
Mai 1816.
A SON ALTESSE ROYALE
MADAME
L'A DUCHESSE DE BERRI.
MADAME*
Le plus doux de mes vaux est rempli: Votre Altesse
Royale permet que son auguste Nom décore le frontispice
du deuxième volume de mes oeuvres dramatiques ; ma tragé-
die d'Arthur a trouvé grâce à ses yeux indulgents , et elle
daigne en agréer la dédicace.
Je ne m'aveugle pas, Madame; Votre Altesse Royale,
en m'accordant cette faveur, .a considéré le but moral de
mon ouvrage, plutôt que son mérite littéraire.
C'est moins à mon trop faible talent quelle daigne accor-
der son suffrage, qu'aux sentiments d'amour, de dévoue-
ment dont je fus de tout temps pénétré pour l'auguste Mai-
son de Bourbon, et à cette inviolable fidélité, qu'au milieu
d'un siècle infidèle, j'ai eu le bonheur de lui garder, et de
consigne? dans tous mes écrits, au péril même de mon
repos.
Tant de bonté, pour qui n'a fait que remplir un devoir
qui porte en lui-même sa récompense, pénètre mon coeur de
la reconnaissance la plus vive.
Je suis avec respect,
De Votre Altesse Royale,
MADAME,
Paris, 19 août 1821.
Le très humble et très obéissant
Serviteur,
Le Chr. DE FONVIELLE,
Rue St.-Honoré, n°. 290.
PRÉFACE.
.LIA tragédie que je mets sous les yeux du public n'a pas
obtenu le suffrage de MM. les Comédiens du premier théâ-
tre français.
Il me serait peut-être permis de la comparer avec celles
qui, sous le même titre, ou traitant le même sujet, ont
obtenu les honneurs de la représentation sur ce même
théâtre, et de rechercher par où M. Aignan, et, avant lui,
l'imitateur de Shakespeare, ont mérité la préférence qu'ils
ont obtenue; mais j'abandonne ce soin aux critiques à venir,
si ceux de notre âge persévèrent à se renfermer dans un
silence dédaigneux à l'égard de mes compositions diama~
tiques.
Outre qu'il me semblerait peu convenable de m'établir
moi-même le juge d'une telle question, j'avoue que je
n'aurais pas le courage de dire tout ce que j'en pense.
11 s'en faut de beaucoup (et je suis bien loin de songer à me
le dissimuler a moi-même ) que mon poème soit plus exempt
de défauts que ceux des deux académiciens que j'ai cités ;
mais j'ose être assuré d'avance qu'on m'accordera sur eux
l'avantage d'avoir puisé dans l'Histoire seule ce qu'il peut
renfermer de véritablement intéressant, au lieu de la défi-
gurer, comme ils l'ont fait, pour m'abandonner au caprice
de mon imagination.
On me saura gré, sans doute, de n'avoir pas dédaigné
(6)
démettre en action, comme un des principaux ressorts de
mon drame, la rivalité d'Éléonore d'Aquitaine et de Cons-
tance de Bretagne, et on ne mefera pas un reproche d'avoir,
par un anachronisme toujours licite en poésie, prolongé de
quelques années la vie de la mère d'Arthur, pour exposer
le motif véritable qui détermina l'aïeule de ce malheureux
prince à le priver du trône auquel il était appelé.
lien sera de même de l'attention que j'ai eue délier k
mon action la belle conduite de Guillaume de Bray, qui
contraste si horriblement avec la lâche et féroce servilité
des violateurs du territoire neutre du duc de Baden et des
juges-assassins de Viticemies sous le règne de ce soldat au-
dacieux qui détrôna la révolution,fit sut la réduire au silence
jusqu'au jour marqué par la Providence pour la restaura-
tion des Bourbons, auxquels, sans s'en douter, son extra-
vagante ambition a seule ouvert les voies pour remonter au
trône de Saint Louis.
On approuvera également que j'aie appuyé uniquement
la lupraljté de ma composition snr les idées de légitimité si
perfidement contestées ou si indignement foulées aux pieds
par les sophistes et les conspirateurs de notre siècle soi-
disant philosophe.
Je le confesse : c est à ces titres seuls que j'ai cru mériter
que mon ouvrage fût accueilli avec quelque indulgence ;
mais aussi je dois reconnaître que ni M. Ducis, ni M. Aignan,
ne pouvaient attacher aux leurs le même genre ou de mé-
rite, ou d'intérêt.
Le premier, simple traducteur, a dû se traîner sur les
traces de son modèle en se bornant à le dégager de tout ce
que la délicatesse de notre scène ne lui permettait pas d'y
( 7 )
transporter.Or Shakespeare ne pouvait ni envisager du même
oeil que moi, ni traiter de la même manière un sujet tel que
celui où j'ai trouvé et saisi l'occasion de mettre en jeu la
rivalité de la France et de l'Angleterre.
En sa qualité de commensal de l'héritier des assassins de
i-ouis XVI, auxquels, pour se les rendre favorables et pour
amortir leur répugnance a supporter un maître, celui-ci
accorda, comme gage d'impunité, le sang de l'infortuné
duc d'Enghien, le second ne pouvait voir, dans la mort
d'Arthur, qu'une catastrophe vulgaire : il devait écarter
avec soin tout ce qui pouvait présenter quelque analogie
avec la position du héros dont il avait endossé la livrée ;
l'Histoire ne pouvait donc être son guide, et aucun but
moral ne s'offrait a son imagination pour imprimer a son
poème, presque tout de pure invention, un caractère pro-
noncé.
Tout l'avantage a donc été de mon côté, lorsque j'ai
entrepris cet ouvrage; ainsi d'autres, à mon défaut (ce qui
aura lieu tôt ou tard ), s'occupant de la comparaison que je
me suis interdit de faire moi-même, si le résultat n'en est pas
décidément en ma faveur, je n'aurai à m'en prendre qu'à
moi. Toutes les richesses de mon sujet ont été a ma dispo-
sition; j'ai su les voir, les juger, les apprécier; si donc je
n'en ai pas tiré un parti suffisant, c'est ma faute ; mon poè'me,
sous les simples rapports de l'art, fût-il préférable h celui
de mes concurrents, leur talent efface le ni.ien ; je dois
leur céder la victoire ; leurs moyens de me la disputer étaient
trop inférieurs a ceux que j'ai eus sous la main.
Le refus que j'ai éprouvé au Théâtre-Français a tranché
la question, me diront peut-être ces hommes superficiels qui
( 8 )
ne jugent que sur parole et n'accordent qu'aux succès leur
estime, ou, tout au moins, leur attention..
Cela peut être : mais je supplie qu'on me permette d'en
douter.
Pour me,ttre les hommes sensés en état d'en juger en
toute connaissance de cause, je crois nécessaire de leur faire
connaître mes moeurs littéraires, et de leur présenter le dé-
tail historique des mouvements que je me suis donné pour
obtenir une lecture au Théâtre-Français.
Cette histoire est courte.
Renfermé, au milieu de Paris, dans le cercle borné d'un
petit nombre d'amis, comme moi retirés du monde, las
d'une révolution qui, pendant trente ans, s'est vengée lar-
gement de ma constante opposition, je vis , au sein de ma
famille, sans aucune espèce de liaison avec ce qu'on appelle
les gens de lettres. Des sociétés tenant bureau d'esprit sont
venues parfois me chercher dans ma solitude et m'ont en-
voyé leurs diplômes; jaloux de mon indépendance, crai-
gnant d'avoir a, m'associer a des passions de coterie, et
soigneux d'écarter de moi tout ce qui peut ressembler à
l'intrigue, je me suis excusé d'accepter tant d'honneur.
Lorsque, après la seconde restauration, j'eus,conçu le
plan de ma tragédie, je le communiquai a un des sociétaires
du Théâtre-Français que ses opinions politiques, non
moins que son mérite personnel, recommandaient a ma
confiance. Il l'approuva et m'encouragea à le mettre a exé-
cution.
Ma pièce étant terminée, et l'artiste estimable dont je,
viens de parler étant malade et retiré a la campagne, je la
confiai à M. Talma, qui voulut bien me promettre de l'exa-
(9)
miner et de m'en dire son avis. Plusieurs absences qu'il fit
consécutivement me privèrent d'avoir une réponse de sa
part ; enfin après huit mois il me rendit mon manuscrit
en m'exhortant a le présenter à la comédie, ne doutant
pas, me disait-il, qu'il serait accepté.
Divers incidents me détournèrent long-temps de prendre
une résolution à cet égard; enfin le 28 octobre 1819, je
me décidai à produire ma tragédie, et ne voulant ni fati-
guer M. Talraa, ou ceux de ses camarades sur les complai-
sances desquels j'avais lieu de compter,.ni prendre l'attitude
d'un solliciteur, j'envoyai mon manuscrit au secrétaire du
Théâtre-Français, en l'accompagnant de la lettre qui suit :
« Depuis vingt ans, Monsieur, j'ai présenté plusieurs
» ouvrages à la Comédie-Française, sans recourir a aucun
» des moyens de faveur qui étaient à ma portée, et surtout
» sans employer aucun genre d'intrigue. Un seul (1) est
» parvenu jusqu'au comité, et le refus de son acceptation
» n'a pas été justifié par l'admission postérieure d'un autre
» ouvrage ayant le même titre, et qui, si j'en dois croire le
» sort qu'il a eu et le jugement de ceux qui ont pu le com-
» parer avec le mien, ne méritait pas cette préférence.
» Incapable de changer de marche, je ne fatiguerai pas
» les amis que j'ai parmi les sociétaires du Théâtre-Français
» pour les intéresser en faveur du nouveau poème que j'ai
» l'honneur de vous adresser.
» Il est ou non digne d'être accueilli.
(1) Annihal,'tragédie en 5 actes.
( w )
» Depuis près de quatre uns il ,est resté enseveli dans
» mon portefeuille, le traitement que j'ai éprouvé, pour
» ceux que j'ai déjà offerts, ayant effrayé ma paresse et
» m'ayant ôté le courage de m'exposer a un nouveau refus,
» Aujourd'hui qu'il me semble naturel de croire que la
» Comédie-Française ne demeurera pas indifférente aux
» petites passions qui, trop souvent, influencèrent les avis
» de ses examinateurs (r), j'os,e espérer plus de succès, et
» je repousse les offres qui me sont faites .par des amis
» qui, connaissant mon caractère, se chargent de faire
» recevoir ma pièce au second Théâtre-Français, sans
» que je m'en occupe le moins du monde.
>» Veuillez, Monsieur, agréer l'envoi que je vous fais
» de mon Arthur, tragédie en cinq actes, lui faire subir le
» plus tôt possible les premières épreuves exigées par vos
» règlements, et m'en faire connaître le résultat.
» Quelques corrections paraîtront nécessaires sans doute ;
» mais cela ne doit point arrêter une décision favorable,
a s'il y a lieu. Mon poëme n'étant pas reçu, je les ferais à
» froid, et mon travail se ressentirait de l'incertitude qui y
» serait attachée; dans le cas contraire, mon intérêt et celui
» de votre compagnie ne feront qu'un, et on peut d'avance
» être sûr que je ne refuserai rien de ce qui me semblera
» raisonnable.
M J'ai l'honneur d'être, etc. »
(i) Le Second Théâtre-Français venait d'être établi.
( « )
Je me présentai plus tard au secrétariat, où j'appris que
ma pièce était admise a la lecture, et que le moment n'était
paseloigtieou.jp pourrais (aire cette lecture au comité; en
efftt. peu de temps après j'y fus convoqué pour cela.
Au moment même où j'allais sortir de chez moi pour m'y
rendre , un billet d'excuse m'arriva du secrétaire delà Co-
médie; la lecture était renvoyée, et il me proposait de con-
sentir à ce qu'il m'appelât le matin même du jour où il pour-
rait me dédommager de ce retard. Je me rendis auprès de
lui, et de vive voix je consentis a sa proposition.
Enfin le jour promis arrive ; a onze heures du matin je
reçois une invitation de me rendre de suite au théâtre, et je
m'y transporte aussitôt. Une autre lecture devait avoir lieu;
mais un obstacle ayant forcé de la remettre, la mienne la
remplacerait. Cependant une heure et demie s'était écoulée,
et le nombre de mes auditeurs n'était pas suffisant pour 1
constituer un comité apte a délibérer; on envoya dans le
voisinage appeler deux actrices et un acteur qui se firent
encore attendre, mais qui, enfin, arrivèrent et complé-
tèrent le tribunal.
Introduit dans la salle de lecture , je remarquai que pas
un des amis que j'ai parmi MM. les Comédiens français
n'était au nombre de mes juges. M. Talma était, en province,
M. Lafon, M. Damas, M. Michot, mademoiselle Duchesnois,
qui me portent quelque intérêt, et qu'un autre à ma place
n'aurait pas manqué de visiter pour s'assurer de leur pré-
sence, n'assistaient pas au comité.
Indifférent a cette circonstance, j'ouvre mon manuscrit,
et, sans aucun préambule, je commence ma lecture par cea
( ™ )
mots : ARTHUR, tragédie en cinq actes : ACTE premier,
SCÈNE première.
Uu de messieurs les Comédiens m'arrête au premier vers
pour demander les noms'des personnages et le lieu de la
scène, et toute l'assemblée, d'une unanime voix, appuie la
demande de son doyen.
Messieurs et Mesdames, permettez-moi, leur dis-je, une
observation. Lorsque vous offrez une nouveauté au public,
la toile se lève, et vous entrez en scène sans avoir donné aux
spectateurs la liste des personnages qui vont passer tour-à-
tour sous ses yeux, et sans qu'un éeriteau placé sur l'avant-
scène leur indique si la scène se passe à Rome ou à Pékin.
Il me semble que, si j'en use de même à votre égard , vous
serez mieux en état de juger si mon exposition a le degré
de clarté nécessaire pour que le spectateur sache promptë-
ment où il est, qui lui parle et de quoi il s'agit.
Non, non, Monsieur, me répondit-on, l'usage est de
donner d'abord le nom des personnages ; nous vous prions
de commencer par-là.
Je lus le nom des personnages, et j'entamai le premier
acte qui fut écouté avec attention et même avec des témoi-
gnages non équivoques d'intérêt. Dans le court repos que je
pris, je reçus des compliments de mes auditeurs les plus
voisins, et, attentif au jeu des physionomies des autres, je
les visse donner réciproquement des signes de satisfaction....
Cependant, et je ne puis m'empêcher de le dire, j'avais re-
marqué, en faisant ma lecture, qu'un passage, pendant lequel
j'avais observé attentivement les mouvements de mon audi-
toire j avait produit chez plusieurs de mes juges une sensa-
(i3).
tion désagréable qu'ils s'étaient communiquée par des re-
gards très significatifs. Voici ce passage :
ARTHUR.
Je ne suis point un traître.
De celui qui, de nous , a me'connu son maître,
L'a trahi, de'pouillé contre toutes les lois...
Cette remarque me fit sentir la nécessité de partager mon
attention entre mon manuscrit et certains de mes auditeurs :
aidé par ma mémoire, je m'en fis un soin assidu.
Dès»lors, il me fut aisé de prévoir et j'acquis de plus en
plus la conviction que mon poème ne serait pas reçu. M...
M..., M..., Mlle..., Mlle..., Mad..., etc., semblaient au
supplice lorsque certains 1 passages du rôle d'Arthur, sur les-
quels j'appuyais à dessein, venaient déchirer leurs oreilles :
la scène surtout où Debray refuse à Jean de servir d'instru-
ment à l'assassinat de son neveu, leur fit perdre toute conte-
nance. Je les voyais s'agiter sur leur siège, changer déposition
à chaque instant, et se témoigner tantôt leur impatience, et
tantôt leur étonnement de ce qu'un auteur avait cru le
Théâtre- Français capable de recevoir un ouvrage aussi
illibéral.
Il me serait impossible de peindre l'effet que produisi-
rent surtout ces deux vers de mon quatrième acte :
Dès qu'un roi légitime à son peuple est rendu,
Pour les perturbateurs tout espoir est perdu.
( i4 ) _
Je n'avais pas attendu jusque-là pour juger du dénoû-
ment de cette scène, où déjà je ne jouais plus que le rôle"
d'un observateur ; mais s'il eût pu me rester quelque incerti-
tude , ces deux vers l'eussent dissipée. Peu s'en fallut qu'une
indignation éclatante n'arrêtât ma lecture et ne me déclarât
qu'il était inutile de la continuer.
On devine le reste. Ma lecture finie, tandis que plusieurs de
mes juges se formaient en groupes, sans m'accorder la moin-
dre attention, d'autres meurent quelques compliments, en
me priant de passer au secrétariat pour laisser le comité dé-
libérer sur mon poème. Peu après je fus rappelé ; M. le Se-»
crétaire fit la lecture des bulletins; tous prononçaient le refus"
de ma pièce, là plupart sans aucun commentaire , quelques-
uns seulement en le motivant sur ce que ma tragédie man-
quait d'action, d'autres sur ce qu'elle était du genre admi-
ratif, un seul sur ce qu'elle péchait par le style. Je rpçus
sans émotion et sans murmure l'irrévocable arrêt auquel
j'étais tout préparé, mais non pas sans sourire, les consola-
tions que m'offrirent à l'envi ces messieurs et ces dames
qui m'engagèrent à leur présenter d'autres ouvrages, m'as-
surant que la Comédie s'estimerait heureuse de trouver l'oc-
casion de me prouver l'estime que lui inspiraient mes
talents.
S'il est vrai que j'aie tiré de mon sujet, par les motifs
que j'ai déjà exposés, un parti plus heureux que ne l'ont
fait et pu le faire mes devanciers, avec lesquels je n'ai au-
cune espèce de ressemblance ; il résulte de ce récit, je crois,
que ce qui devait me donner quelque espoir de succès
(i5)
auprès du public, est précisément ce qui m'a fait échouer
au comité du premier Théâtre-Français. On n'y repousse
pas les ouvrages qui peuvent offrir des allusions avec notre
situation politique; mais ces allusions doivent être d'une
fout autre nature que celles que j'ai pris à tâche, depuis
trente ans, d'attacher à toutes mes compositions.
Mes lecteurs confirmeront-ils le jugement de la Comé-
die? c'est ce qu'il m'est défendu de préjuger. Peut-être
seront-ils livrés à eux-mêmes ; peut-être les journaux con-
tinueront-ils de n'attacher aucune importance à l'appari-
tion d'un recueil dramatique qui n'a aucuns preneurs ,
qu'aucune coterie ne protège : le moment n'étant pas venu
de m'expliquer sur leur silence avec ma franchise ordinaire,
je me résigne et j'attends sans impatience que le public
éclairé ait puni ou récompensé ma folle ou ma légitime con-
fiance dans sa justice impartiale.
PERSONNAGES.
JEAN, fils d'Henri II et d'Eléonore d'Aquitaine, roi d'An-
gleterre, au préjudice d'Arthur, son neveu.
ARTHUR, petit-fils d'Henri II, fils de Geoffroi et de
Constance de Bretagne.
ÉLÉONORE D'AQUITAINE, veuve d'Henri II, mère
de Jean, aïeule d'Arthur.
HUBERT DUBOURG, gouverneur militaire de Rouen.
DEBRAY ( GUILLAUME ), chevalier au service de Jean.
LE CHEF d'une députation de Bretons.
Députés bretons.
Gardes de Jean.
La scène est à Rouen.
ARTHUR.
ACTE PREMIER.
Le théâtre représente le palais des ducs de Nor~<
mandie, à Rouen.
SCÈNE PREMIÈRE.
ÉLÉONORE, HUBERT.
ÉLÉOKORE.
J'avais promis, Hubert, de bâter mon retour.
Vous savez qu'à regret je quittai cette cour,
Lorsqu'aux murs de'Bordeaux^ mes peuples d'Aquitaine
Redoutaient de Philippe une attaque soudaine ,
Appelaient ma présence , et du roi des Français
Me firent pressentir les sinistres projets.
Peu de jours ont suffi pour nous mettre en dc'fense.
Philippe compterait en vain sur sa puissance;
Je n'ai plus à le craindre, et je puis désormais
Me livrer dans Rouen à d'autres intérêts.\
J'arrive : et c'est vous seul de qui je veux connaître
Tout ce qu'en mou absence a pense'votre maître;
Ce qu'il a fait, quels sont ses projets sur Arthur.
J'ai su de ce captif qu'il s'est rendu plus sûr ;
Qu'il a, non sans raison, suppose que la France
II 2.
(i8)
Souhaite avec ardeur la prompte délivrance
D'un prince, dès long-temps l'allie' de son roi,
Et là, dans ces remparts, commis à votre foi.
HUBERT.
Oui : le roi votre fils, Madame, a cru Falaise
Un trop faible rempart contre l'ardeur française ,
Qui, du (ils de Geoffroy plaignant le triste sort,
Pour lui voudrait tenter un secourable effort.
ÉLÉONORE.
Cette précaution atteste sa sagesse.
Mais vous, qui connaissez combien je m'intéresse
A ce prince trop cher à mon coeur maternel,
Dites, Hubert, comment, d'un destin si cruel,
Arthur, dans sa prison , supporte-t-il l'injure ?
Lie roi Jean , accessible au cri de la nature ,
Daigne-t-il de ses fers adoucir la rigueur ?
Se sont-ils vus, enfin?
HUBERT.
D'un superbe vainqueur
Jean conserve toujours la contenance austère,
Affecte UB froid dédain pour le fils de son frère,
Et n'a pas, jusqu'ici, daigné l'entretenir.
Arthur, de son côté, d'un plus juste avenir
Renferme dans son coeur la muette espérance ;
Sur les mépris d'un oncle il garde le silence;
Tranquille et résigné., sans eh être abattu,
Il sait à l'infortune opposer sa vertu.
ÉLÉONORE.
N'avez-vous donc jamais su lire dans son âme
e»9)
Quels sont ses voeux secrets , son espoir?
HUBERT.
Non, Madame.
S'il murmurait, sans doute il pourrait se trahir;
Mais le calme imposant dont on le voit jouir,
Jette sur ses desseins un voile impénétrable.
On juge seulement que le sort qui l'accable
Ne pourra triompher de ce coeur indompté.
ÉLÉONORE.
Hubert, je vous connais : votre fidélité
Mérite, devant vous, que ma bouche s'explique
Sur ce qu'ici, d'accord avec ma politique,
M'inspire pour Arthur le penchant le plus doux.
Tous mes secrets enfin seront connus de vous.
Votre rang, les honneurs qui sont votre partage,
Votre fortune enfin sont mon heureux ouvrage :.
Je dois compter sur vous.
HUBERT.
Madame!....
ÉLÉONORE.
Écoulez-moi.
Né de mon second fils, Arthur, fils de Geoffroy,
Quand son oncle Richard eut fermé la paupière,
Au trône d'Henri deux, par la mort de son père,
Avait un droit certain, et dut être surpris
De s'en voir dépouillé par mon troisième fils.
Inspiré par moi seule, à son heure suprême,
Richard avait transmis le sacré diadème
A son frère, au mépris d'Arthur et de ses droits;
a..
(2Q)
Déjà mon fils s'était assis au rang des rois,
Lorsqu'Arthur, vainement protégé par la France,
Suivi de ses Bretons , de sa mère Constance,
Mais trop tard accouru, dans son usurpateur
Reconnut à-la-fois un maître et son vainqueur.
Ne pensez pas, Hubert, qu'une aveugle tendresse
Ait séduit ma raison, égaré ma sagesse.
Jean par mes seuls efforts au trône parvenu,
Jean, pour qui j'ai tant fait, ne m'est que trop connu.
Bien plus, digne que lui d'uii si noble héritage,
Arthur a sur son oncle un immense avantage ;
Et ses rares vertus, trop chères aux. Anglais ,
Méritaient!.., mais ses droits blessaient mes intérêts.
Si, femme de Henri, sous son règne prospère,
J'ai soutenir!e poids du sceptre d'Angleterre;
Si, mère de Richard, par sa docilité
J'ai pu m'associer à son autorité ;
Devais-je me résoudre à laisser, de Constance,
En couronnant son fils, triompher l'arrogance,
Et renoncer, pour elle et pour de vains honneurs,
Au plaisir de régner, seul besoin des grands coeurs ?
Constance, au nom d'Arthur, gouvernant l'Armorique,
A, contre son orgueil, armé ma politique.
Elle a trop savouré le suprême pouvoir.
Elle m'eût effacée ; et j ai dû le prévoir.
Jean, peu fait pour régner, était, par cela même,
De mon orgueil jaloux, en ce péril extrême,
Le rempart le plus sûr; c'en est assez, jecroi :
J'ai fait beaucoup pour lui; mais j'ai tout fait pour moi,
Comme Reine, peut-être il suffit à ma gloire
D'avoir à ma rivale arraché la victoire ;
Cependant,, comme mère, il est d'autres succès
Qui, seuls, peuvent combler mes plus ardents souhaits.
(ai-)
Jean n'a point d'héritier : seul espoir de sa race,
A mes yeux inquiets Arthur eût trouvé grâce,
Lors même qu'envers lui, muette dans mon coeur,
La nature n'eût point accusé ma rigueur.
11 en est temps; il faut que sou malheur finisse.
Vous m'allez voir lui tendre une main protectrice;
Heureuse si je puis, à force de bienfaits,
Le réduire à quitter le parti des Français!
Terminer avec Jean ses trop longues querelles!
Etouffer pour jamais leurs haines mutuelles !
Et des sanglants effets de leur rivalité
Voir enfin respirer le monde épouvanté !
HUBERT.
Ah ! Madame ! combien le nom d'Éléonore,
Par un si beau succès va s'illustrer encore!
Quel mortel assez dur, quel prince assez pervers,
Quand vous daignez ainsi consoler l'univers-,
Pour prix de vos efforts refusant d'y souscrire,
A l'espoir de la paix pourrait ne pas sourire!
&■ ' •'
ELEONORE.
Je l'obtiendrai: mon fils, au gré de mes souhaits,
Ne refusera pas de servir mes projets.
Arthur lui-même, Arthur m'immolera sa haine.
C'est peu que de mes mains j'aille briser sa chaîne;
Pour subjuguer ce coeur allier, ambitieux,
Je vais lui proposer un traité glorieux,
Qui, rangeant sous ses lois la fertile Neustrie,
Fera revivre en lui l'amour de sa pairie;
Et, l'éclairant enfin sur ses vrais intérêts,
Le rendra, malgré lui, l'ennemi des Français.
HUBERT.
Puisse un si grand dessein s'accomplir !
. ÉLÉONORE.
On s'avance l
HUBERT.
C'est le roi.
SCÈNE II.
ÉLÉONORE, JEAN, HUBERT.
JEAN.
Permettez à mon impatience,
Madame, de hâter le moment bienheureux
Où les embrassemcnls d'un fils respectueux
Doivent vous signaler sa tendresse et sa joie.
( Ils s'embrassent. )
%
Se peut-il que, sitôt, ici je vous revoie ?
Ah! je bénis le ciel d'un aussi prompt retour !
ÉLÉONORE.
Vous me voyez sensible à ces marques d'amour,
Mon fils.
JEAN.
Permettez-moi cependant de me plaindre*
Arrivant dans ma cour, fallait-il me contraindre,
Avide de jouir du bonheur de vous voir,
A venir le dernier ici vous recevoir ?
■ ( *3 )
Près de moi, trahissant ma tendresse empressée,
Pourquoi des écuyers vous ont-ils devancée?
Ces égards, ces respects, que la terre à genoux
Doit à ceux de mon rang, ne sont pas faits pour vous.
Entre vous et le trône il n'est point de barrière.
Jouissez de vos droits et de reine et de mère;
Partagez mon pouvoir, Madame, et désormais,
Que rien ne nous distingue aux yeux de mes sujets.
ÉLÉONORE.
Que cette pitié me touche et vous honore!
Daignez donc rassurer le coeur d'Éléonore
Sur ce prince puni d'un téméraire effort,
Qu'aux murs de Mirebeau vous a livré le sort.
JEAN.
De qui me parlez-vous ?
ÉLÉONORE.
Du fils de votre frère.
JEAN.
D'Arthur, Madame!
ÉLÉONORE.
Eb bien ! pourquoi cet air sévère ?
JEAN.
Est-ce à vous de le plaindre? Ai-je dû le penser?
ÉLÉONORE.
Cette pitié n'a rien qui vous doive offenser.
Vous savez si j'ai dû bénir votre victoire l
( ^4 )
En faisant mon salut elle sauva ma gloire.
Du fond de cette lotir, faible et dernier rempart
Où j'allais , sous Arthur, succomber si, pins tard,
Mes cris, jusques à vous se frayant un passage ,
N'eussent pas prévenu le plus cruel outrage;
Que devenais-je, hélas! sans vous, sans votre appui!
A la cour de Constance on verrait aujourd'hui,
Condamnée à l'opprobre et du monde oubliée,
La veuve d'Henri deux languir humiliée!
JEAN.
Quoi ! d'un tel attentat je vous verrai frémir!
Quoi! vous en conservez l'odieux souvenir!
Cependant, à ce traître, auteur de vos alarmes,
Lorsque je l'en punis , vos yeux donnent des larmes !
ÉLÉONORE.
Mon fils , de tant de haine il faut vous dégager;
Et ce prince est d'un sang que l'on doit ménager»
Il fut, il est encor l'allié de la France;
Paris même , dit-on, s'arme pour sa vengeance;
Mais peut être le ciel ne vous fit son vainqueur
Que pour tromper l'espoir de son fier protecteur.
L'inconstante fortune aujourd'hui nous seconde;
Sachons en profiler pour le repos du monde.
Philippe veut la guerre? arrachons-lui la paix.
Essayez sur Ai ihur le pouvoir des bienfaits.
S'il vous laisse régner aux bords de la Tamise,
Souffrez que la Neustrie à ses lois soit soumise.
Contre vous, contre moi, trop long-temps révolté,
Rompant des 1 oeuds formés par la nécessité,
Qu'il reconnaisse enfin qu'un duc de Normandie
Doit, surtout, des Français craindre la jalousie.
( a5 )
Airrjsi, son intérêt vous assurant de lui,
Vous serez l'un pour l'autre un formidable appui.
De Paris étonné, cette heureuse alliance
Punira, confondra la superbe arrogance;
Et Londres, poursuivant le cours de ses succès,
Londres, toujours fatale au repos des Français,
A leur nuire en tout temps bornant sa politique,
Pourra dès-lors....
SCÈNE III.
ÉLÉONORE, JEAN, HUBERT, DEBRAY.
DEBRAY.
Seigneur, du fond de l'Armorique
Des chevaliers bretons arrivent dans l'instant.
De leur sauvage orgueil un regard suppliant
En vain avec effort veut déguiser l'audace.
La prière, en leur bouche, a l'air de la menace.
De leur prince captif pour ouvrir la prison,
Ils viennent vous offiir la plus riche rançon.
« Jean peut tout exiger, il peut tout se promettre,
» Disent-ils : qu'il nous rende à l'instant noire maîlre;
» Et, quel qu'en soit le prix, noire fidélité
» Trop peu croira d'Arthur payer la liberté. »
JEAN.
Sa liberté ! non , non : leur espérance est vaine ;
Il est perdu pour eux, il mourra dans sa chaîne.
L'or qu'on ose étaler à mes regards jaloux ,
Ne saurait le soustraire à mon juste courroux.
( 26 )
ÉLÉONORE. '
Dédaigner leurs trésors, c'est forcer leur estime,
Seigneur ; et j'aime en vous ce refus magnanime ,
Qui, de ces étrangers étonnant la fierté,
Sera le juste prix de leur fidélité.
Mais d'un vil intérêt quand l'amorce trompeuse
Vainement a tenté votre âme généreuse,
Ne perdez pas le fruit d'un aussi noble effort ;
D'un dévoûment louable excusez le transport.
Ces chevaliers bretons, quoi qu'ils osent prétendre,
Méritent que du moins vous daigniez les entendre.
Du devoir le plus saint quand ils suivent les lois,
Honorant leur vertu pour l'intérêt des rois ,
Il vous faut respecter leur sacré caractère,
Et, pour les surpasser, accueillir leur prière.
JEAN.
Je leur rendrais Arthur !
ÉLÉONORE.
Je ne propose pas,
Mon fils , qu'aujourd'hui même il marche* sur leurs pas*
Il est fier, mais sensible : il rêve la vengeance;
Imposons-lui le frein de la reconnaissance.
Qu'il retrouve son oncle, et qu'un sage traité
Accorde tous vos droits avec sa liberté.
JEAN.
De mon respect pour vous c'est abuser, Madame*.
Vous ne connaissez pas la noirceur de son âme,
Son orgueil insultant, ses superbes mépris.
(^7)
ÉLÉONORE.
Respectez-en la source, et,loin d'être surpris,
Que l'illustre captif, dont la fierté vous blesse,
Sache ainsi de son sang soutenir la noblesse ,
Souvenez-vous plutôt des rois dont vous sortez.
De ces rois, comme vous, issu de tous côtés,
Si l'excès du malheur eût dompté son audace,
Il vous eût fait rougir en vous demandant grâce.
Aigri contre le sort, ce prince généreux,
S'il* brave son tyran , honore ses aïeux,
Vous honore vous-même ; et puisque sa constance
Répond si dignement à sa haute naissance,
A votre tour , du sort, qui vous fit son vainqueur,
Prouvez que vous avez mérité la faveur.
Votre gloire l'exige : aux conseils d'une mère,
S'il le faut, mon cher fils, j'ajoute la prière.
Ne me refusez point.
JEAN.
Madame !....
ÉLÉONORE.
Je le vois ;
Du véritable honneur vous écoutez la voix.
Je n'attendais pas moins de votre déférence.
JEAN.
Permettez.'...
ÉLÉONORE.
Les Bretons demandent audience :
Il faut de cet honneur payer leur dévoûment.
(28)
Mais, avant de répondre à leur empressement,
Voyez Arthur.
JEAN.
Qui? moi!
ÉLÉONORE.
Qu'il vienne; que lui-même
De ses nouveaux destins soit l'arbitre suprême.
Connaissant à quel prix il pourra vous fléchir,
Il va de ses malheurs perdre le souvenir.
Vos bienfaits ( et c'est là ma plus chère espérance )
Etoufferont en lui tout désir de vengeance.
D'une paix qu'entre vous scellera ce grand jour,
Le monde rassuré bénira le retour.
Philippe seul, peut-être, en frémira de rage ;
Acceptez-en l'augure , et que ce soit le gage
Du salutaire effet d'un traité glorieux
Qui confondra l'espoir de cet ambitieux.
Arthur, votre rival, dut, sur son alliance,
De ses droits méconnus appuyer la défense ;
Mais, votre ami, soudain ce perfide allié
Devient l'heureux objet de sou inimitié.
Vos drapeaux, réunis à ceux de l'Armorique,
Vont du Louvre effrayé changer la politique.
Du trône chancelant où vous êtes assis,
Ainsi les fondements se verront affermis....
Hubert, qu'auprès du Roi votre captif paraisse.
Allez.
JEAN.
Qu'exigez-vous?
* ( =9 )
E'LÉONORE.
II le faut, le temps presse.
Les députés bretons , qu'il vous faut recevoir,
Attendent.... ils sont là... faites votre devoir,
Huberl. Allez.
( Hubert sort. ) ^
SCÈNE IV.
ÉLÉONORE, JEAN, DEBRAY.
JEAN.
Madame, il faut vous satisfaire;
Mais je ne réponds pas de ma juste colère,
Si d'Arthur, en ces lieux, l'insultante fierté
Ose encor, devant moi, payer tant de bonté.
ÉLÉONORE.
On doit pour l'infortune avoir plus d'indulgence ,
Mon fils.
JEAN.
On n'en doit point, Madame, à l'arrogance ,
Et je ne comprends pas que vous-même, aujourd'hui,
Vous puissiez, contre moi, vous montrer son appui.
Sourd aux droits de son sang, à ses devoirs parjure ,
Ne vous a-t-il pas fait la plus cruelle injure ?
Cet odieux Philippe, infâme protecteur
D'une rébellion dont il fut le moteur,
Croit pouvoir de vos mains arracher l'Aquitaine;
(3o)
Il en dispose ; il l'offre à cette âme si vaine ;
Et ce prince jaloux, inquiet, turbulent,
Accepté sans rougir ce coupable présent,
Pour vous en dépouiller lève un bras parricidej
Et déjà, si le mien n'eût puni ce perfide,
Il serait dans Bordeaux, impie usurpateur,
De vos états qgnquis l'insolent oppresseur.
ÉLÉONORE.
Oui : mais c'est là, plutôt, le crime de la France.
Arthur, lorsque Philippe embrassait sa défense,
Pouvait-il résister au caprice d'un roi
Qui, parmi ses vassaux, le range ainsi que moi,
Et, s'arrogeant des droits qu'il devait reconnaître ,
Lui prêtait ses secours, moins en ami qu'en maître ?
JEAN.
Eh bien! qu'if s'en détache et secoue à jamais
Le joug avilissant des monarques français!
A ces voisins jaloux tout prince d'Angleterre
Doit jurer, dans son coeur, une éternelle guerre.
Nul accord, nulle paix, nul pacte , nul traité,
Fussent-ils imposés par la nécessité,
N'offrent aux vrais Anglais, s'il s'agit de la France,
Que de nouveaux motifs d'abaisser sa puissance,
Que de nouveaux moyens d'en troubler le repos.
Qu'Arthur le reconnaisse, et que sous mes drapeaux
11 jure au nom français une implacable haine.
Repentant et soumis, je puis briser sa chaîne.
Mais s'il ose , Madame, affectant devant moi
La coupable fierté d'un rebelle à son roi,
Unir insolemment l'insulte à la menace,
Vainement aujourd'hui vous demandez sa grâce ;
( 3i ) .
Je n'écouterai plus qu'un trop juste courroux.
ÉLÉONORE.
Il vient!... Ah! sous mes yeux, Seigneur, modérez-vous.
C'est à moi de parler ; c'est à moi de l'instruire
De ce que, pour vous deux, ma tendresse m'inspire.
Laissez-moi, sur son coeur, que j'espère fléchir,
Essayer...
JEAN.
S'il se peut je vais vous obéir.
Sachez-moi gré, du moins, de tant de patience; ».
Et n'accusez que lui, si je romps le silence.
SCÈNE "V.
HUBERT, ARTHUR, ÉLÉONORE, JEAN, DEBRAY.
ÉLÉONORE.
Arthur, en quel état mes yeux, mes tristes yeux
Devaient-ils vous revoir! 0 destin rigoureux!
0 déplorable effet des discordes cruelles
Que n'ont pu conjurer mes larmes maternelles !
Mon fils ! qu'à vos malheurs mon coeur sait compatir !
ARTHUR.
Les malheurs ne sont rien pour qui sait les souffrir.
Ceux qui, par leurs remords-plus à plaindre peut-être,
Méritent la pitié que vous faites paraître,
La pourront accepter; mais Arthur, dans son coeur
Trouve à-la-fois son juge et son consolateur. '
(3»)
JEAN.
Quels sont ceux qu'un remords plus que vous rend à plaindre?
ARTHUR.
Vous devez les eonnaîlre.
ÉLÉONORE, à Jean.
Ah ! daignez vous contraindre,
Et laissez-moi parler...
( A Arthur. )
Mon fils, il faut enfin
Qu'à d'autres sentiments Arthur ouvre son sein ;
Qu'au nom de mon amour, au nom de la patrie,'
Avec Jean aujourd'hui je le réconcilie;
Et qu'une heureuse paix, consolant leurs états,
Des nobles fils d'Henri termine les débats.
ARTHUR.
L'Angleterre le sait : je n'en suis point coupable.
Elle me vend justice, et le sort qui m'accable,
Mais dont le monde entier accuse la rigueur,
En me frappant, du moins, épargne mon honneur.
J'ai fait ce que j'ai dû : c'est assez pour ma gloire.
Il me suffit'd'avoir mérité la victoire.
Qu'un vulgaire insensé prodigue, j'y consens,
A d'injustes succès son criminel encens;
A ce trompeur éclat d'une ivresse commune
Je préfère un revers dont rougit la fortune:
Aux lauriers d'un tyran sans honneur et sans foi,
Je préfère les fers d'un captif tel que moi.
4EAN.
ïls sVppesanlîront pour payer tant d'audace)
Ces fers trop mérités!
ARTffÙR.
Epargnez-moi, de grâce,
Madame, un entretien qui né peut aboutir
Qu'à sa honte.
JEAN. "-:
Il m'ensêighêj ingrat, à te punir.
La reine, n'écoutant qu'une aveugle tendresse,
D'un appui généreux honorait ta détresse;
Toi-même te laissait l'arbitre de ton sort :
Et cependant, saisi d'un bizarre transport,
Ton pitoyable orgueil à ta perte t'entraîne !
Rentre dans le tombeau que t'a creusé ma haine.
ARTHUR.
Oui : j'y rentre. Pourquoi m'en a-t-on retiré?
Jamais, jusqu'à ce jour, en ai-je murmuré?
J'y rentre sans regrets, safts plaintes, sans alarmes.
ÉLÉONORE.
Restez, Arthur.
ARTHtft.
Non, non.
J5LÉÔNC*i.
Restez ; et que mes larmes
De vos ressentiments chassent le souvenir. \
Jean veut tout réparer. Vos malheurs vont finir;
II 3
(34-) "■; '
Sennes vous reverfa, dans les bras de Constance f
D'une mère éplorée adoucir la souffrance.
Vos états agrandis, vos plus nombreux sujets 1
Renaîtront aux douceurs d'une tranquille pais.
Libre, par un traité vainqueur de la victoire,
Qui peut, dicté par vous, rétablir votre gloire ,
Fils de Geoffroy, soyez, ainsi que vos aïeux,
Des plus grands intérêts l'arbitre généreux;
Et de vos propres mains punissant son caprice,
Du sort avec honneur réparez l'injustice.
ARTHUR.
On me parle de paix ! oh propose un traité!
J'y pourrai consentir, si de ma liberté
D'abord on me permet de racheter la perte.
Une rançon pour moi, dit-on , vous est offerte^
Jean ? si, loyal Anglais, vous l'acceptez ; soudain
Je para, votre ennemi, les armes à la main »
Mais, bientôt, sur la foi d'une trêve jurée,
Par nos ambassadeurs sagement préparée,
Cette paix qu'on désire et qu'il faut mériter...1
"ÉLÉONORE.
N'achevez point, Seigneur, et daignez m'écouter,
Tant de lenteur ne peut qu'irriter nos blessures*
JEAN. .
Tant de fierté surtout!
ÉLÉONORE.
Par des routes plus sûres,
Par des moyens plus prompts nous pouvons aboutir
Au but où, comme nous, vous voulez parvenir.
(35)
Vous concevez, Arthur, qu'il faut avec la France
Rompre d'abord les noeuds d'une indigne alliance,
Et repousser l'affront de ses prétendus droits
Sur les divers états qui, rangés sous nos lois,
Du sang de Henri deux noble et digne apanage,
Du continent jaloux dessinent le rivage.
ARTHUR;
Et depuis quand, Madame, a-t-on pu se flatter
Qu'il est des lois qu'Arthur se laisserait dicter?
Ne peut-il à son gré disposer de ses haines?
Donner son amitié ? Sa main porte des chaînes !
Mais son coeur généreux, toujours indépendant,
Ne laisse qu'à lui seul gouverner son penchant.
Philippe est mon ami : j'ai reçu de son zèle
Les plus nobles garants. Je lui serai fidèle.
L'honneur le veut. Jamais il ne me parle en vain;
Vous le savez assez, Madame. Mais enfin
Qu'importent, entre nous, et Philippe et la France?
Pour vous plaire, faut-il que cette paix, d'avance,
Imprime sur mou front l'opprobre des ingrats ?
JEAN.
Vous l'entendez, Madame, il ne se dément pas !
Lâche! qu'espères-tu de tant d'ignominie?
Retombe dans le gouffre où Philippe t'oublie.
Tes discours insensés, tes dédains orgueilleux,
Grâce au ciel ! de là reine ont dessillé les yeux.
ÉLÉONORE. -^
C'est vous, Seigneur, c'est vous, dont letransport barbare
Prête un nouvel attrait à l'erreur qui l'égaré.
3..
(36 )
Avec calme, souffrez que la froide raison
Lui parle par ma voix.
JEAN.
Non : de sa trahison,
Lui-même il s'applaudit!
ARTHUR.
Je ne suis point un traître.
De celui qui de nous a méconnu son maître,
L'a trahi, dépouillé, contre toutes les lois,
Si le ciel irrité, si l'arbitre des rois
Prépare lentement le trop juste supplice,
Jean, tremblez pour vous seul; Jean, craignez sa justice,
Redoutable aux vivants, mais plus encore aux morts.
Je vous livre à vous-même, et laisse à vos remords,
A votre propre coeur le soin de ma vengeance.
Adieu : j'ai trop long-temps souffert votre présence:
Et je cours, pour la fuir, d'un cachot ténébreux
Chercher l'heureuse horreur qui vous cache à mes yeux.
ÉLÉONORE.
Mon fils !
ARTHUR.
C'est trop, Madame, éprouver mon courage ;
Et je vous laisse ici contempler votre ouvrage.
(Il sort.)
(3H
SCÈNE VI.
HUBERT, ÉLÉONORE, JEAN, DEBRAY,
JEAN. .
Je l'avais bien prévu, Madame, c'est à tort
Que de ce coeur altier.....
ELEONORE.
Par un nouvel effort
Je saurai le fléchir. Loin de votre présence-
J'y parviendrai.
JE AH.
Le eiel l'a mis en ma puissance :
tardons-nous de le rendre à ses desseins pervers,.,
ÉLÉONORE.
î
Le sort qu,i vous sourit vous prépare un revers,.
Peut-être ! et, pour fixer sa faveur trop fragile^
Une paix équitable est votre seul asile.
JEAïf.
Je ne puis craindre Arthur..
ÉLÉONORE.
Quelle erreur l:
JEAN.
Non;samor&
Me répondra toujours des caprices du sort..
S'il me garde un revers, j'en subirai l'injure;,
Mais vengé, mais baigné dans le «ang du pasjure*.
ÉLÉONORE,
Je frémis! Ah! mon fils! chassez de votre coeur,
Un barbare dessein qui me glace d'horreur !
Plus que jamais, hélas ! cette paix que j'espère ,
Au monde, à vous, surtout, me paraît nécessaire.
Je yeux revoir Arthur.
JEAN.
Madame !
ÉLÉONORE.
Je le veux.
J'espère, adoucissant son destin rigoureux,
Arriver à son coeur par des routes plus sûres
Que des affronts, des fers, des rigueurs, des injures.
Jean, j'exige de vous que je puisse un seul jour
Disposer de ce prince et l'admettre à ma cour.
Qu'il y soit libre.
lEAtr.
Non : je ne puis y souscrire,
Je n'y puis consentir.
ÉLÉONORE.
Faut-il vous le redire,,
Seigneur? songez-y bien-, tçlle est ma volonté.
Mon fils me doit, je crois, quelque docilité;
J'y veux compter. Bientôt ma sage prévoyance
Le récompensera de son obéissance.
Je vous laisse.
( Elle sort. )
( 39 )
JEAN,
,. Debray, je dois compter sur toi?
! DEBRAY.
Seigneur!,..
JEAN.
Il nje suffit; tu vas suivre ton Roi.
( Il s&rt-aqeç Pebray% \
Fin au premier Acts.
( 4* ;)
ACTE IL
SCÈNE PREMIÈRE.
ARTHUR, HUBERT.
HUBERT.
Oui, Prince, j'obéis à l'ordre de la reine ;
C'est lui qui, par mes mains, a brisé votre chaîne»
Libre dans ce quartier du palais , d'où, mon soin
Est chargé seulement d'écarter tout témoin,
Vous pouvez.désormais, plus calme et plus paisible h
A l'espbir du bonheur vous montrer accessible.
Il ne tiendra qu'à vous, je vous l'ai dit, Seigneur,
Après avoir lassé votre persécuteur,
De tromper son courroux, de reprendre une place
Digne encor d'illustrer voire injuste disgrâce;
Enfin, dictant la paix à ce cruel lival, .
De venger votre gloire, eu marchant son égal..
ARtnUR.
Son égal!.... En effet, un si noble partage
A de quoi m'éblouir, Hubert ! et ce présage
De ce qu'il m'est permis de prétendre aujourd'hui,
Ne me laisse plus rien à désirer de lui!
Il est vrai qu'on impose à ma reconnaissance
Un tribut qui réponde à tant de complaisance !
(4>)
Pourvu qu'ami perfide et parjure allié,'
Aux pieds de Jean j'abaisse un. front humilié,
On consent à me voir, avec ignominie,
Moi-même de Richard consommer l'oeuvre impie,
Placer son testament au-dessus de nos lois,
Et le justifier par l'oubli de mes droits.
A ce prix, on veut bien me laisser l'espérance-
D'hériter, sans débats, de ma mère Constance ;
On soumet la Neustrie à mon sceptre ducal ;
Jean daigne la céder à son heureux rival ;
Et, pour comble d'honneurs et de bontés, la reine
M'appelle, après sa mort, au duché d'Aquitaine.
HUBERT.
Ce partage inégal, j'en conviendrai, Seigneur,
Dut, au premier abord, révolter votre coeur;
Mais si je considère en quel affreux abîme
La fortune a jeté son auguste victime;
Si mes yeux éperdus, lassés de son horreur,
N'en peuvent, sans effroi, sonder la profondeur;
Si d'un oncle irrité la prudence cruelle
Semble charger vos mains d'une chaîne éternelle;
Enfin si, pour Jean seul incommode fardeau ,
Arthur dans sa prison doit trouver un tombeau,
Où, même de son nom, s'éteindra la mémoire;
Pour sauver à-la-fois vos jours et votre gloire,
Des moyens, songez-y, vous n'avez plus le choix.
De la nécessité les rigoureuses lois
Doivent, d'un faux honneur que dément la nature,
Repousser les conseils et dompter le murmure.
ARTHUR.
Qui sait braver le sort ennoblit son malheur.
( 42 )
HUBERT.
Mais un trépas obscur est l'effroi d'un grand coeur,
ARTHUR.
Hubert, de l'avenir j'ai mesure 1 le gouffre;
Je connais comme vous ce qu'il faut que je souffre,
Ce qu'il faut que je craigne; et sans être abattu,
J'ai vu ce qu'il en peut coûter à ma vertu ,
Pour supporter des maux peut-être irréparables,
Mais mou choix est tout fait.
HUBERT.
Ah ! de ses mains coupables,
Si vous saviez!.., '
ARTHUR,
Eh! bien...
HUBERT.
Si j'osais à vos yeux !,.,
Oui : je déchirerai le voile ténébreux
Dont encor, grâce au ciel, le cruel enveloppe
Un forfait, jusqu'à nous, inconnu dans l'Europe,
ARTHUR.
Il en veut à mes. jours ! qu'il vienne : je l'attends.
HUBERT.
Non, Seigneur ; il vous laisse au nombre des vivants..
Yotre trépas sera sa ressource dernière.
ARTHUR.
Que veut-il donc ?,
( 43 )
HUBERT.
11 veut vous ravir la lumière!.»
Il veut qu'un fer brûlant....
ARTHUR.
Le monstre!.,,
HUBERT.
A vos genoux,
J'implore pour votre oncle.
ARTHUR.
Hubert, relevez-vous,
HUBERT.
Sauvez-le de l'opprobre où sa fureur l'entraîne,
Ëpargnezrlui ce crime, en désarmant sa haine.
ARTHUR,
Relevez-vous.
HUBERT.
Eh • bien, daignez-vous consentir,
Seigneur, à cette paix?...
ARTHUR.
Hubert, il peut venir;
Féroce imitateur des despotes d'Asie,
Il peut à ses bourreaux inspirer sa furie.
Dans ses propres forfaits trouvant un noble appui,
Aux yeux de l'univers je triomphe de lui.
Si, d'un lâche attentat honorable victime,
|e m'immole aux devoirs d'un prince légitime,
(44) _ '
Ma constance invaincue, aux noms les plus fameux
Égalera le nom d'un prince malheureux
Qu'on verra ; de son coeur toujours resté le maître,
Justifier le rang où le ciel le fit naître.
Aux siècles à venir, léguant, par ses malheurs ,
Un exemple effrayant pour les usurpateurs ;
Prouvant aux nations que le pouvoir suprême,
Pour leur seul intérêt fondé par le ciel même,
Du désordre n'est plus que l'horrible instrument „
Dans la profane main d'un sujet insolent,
Qui, foulant à ses pieds un droit héréditaire,
Renverse de l'État la digue salutaire ;
Libre enfin dans les fers, et martyr de ses droits ,
Arthur mourra du moins le modèle des rois.
, HUBERT.
Tant de vertu m'accable et me force au silence !...
Mais , Prince, oubliez-vous votre mère Constance?
Voyez du moins la reine : elle veut vous servir ;
Elle plaint vos malheurs et peut les adoucir.
ART HUR.
Il est plus d'un reproche, Hubert, qu'on peut lui faire!.
Mais elle se souvient que son fils fut mon père ;
Au cri de la nature elle ouvre encor son coeur.
Je puis la voir; je puis, sans blesser mon honneur.,
Lui rendre les respects qu'on doit à sa naissance.
Je vous quitte et j'y cours.
HUBERT.
J'en conçois l'espérance:
Que, par vous révélé, cet odieux projet....
(45)
ARTHUR.
Je le tairai. Je veux en attendre l'effet.
(Il sort.)
SCÈNE II.
JEAN, HUBERT, Gardes.
• JEAN. ,
C'est Arthur que j'ai vu ?
HUBERT.
Oui, Seigneur, chez la reine
II se rend à l'instant.
JEAN.
De cette âme hautaine
Quels étaient les discours? quel est son fol espoir?^
HUBERT:
Il n'espère plus rien, je crois, et son devoir,
Dont il se fait toujours la plus sauvage idée,
L'occupe seul. A tout son âme est décidée,
Plutôt que de céder au sort qui l'a trahi.
Mais il va voir la reine, et son coeur adouci,
Sans doute.,.
JEAN.
Laissons là cette indigne espérance.
C'est trop tard qu'il voudrait désarmer ma vengeance.

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