Au Corps législatif. Mémoire pour l'équipage et les armateurs du navire l'"Émilie", capitaine Surcouf... le cit. Pérignon,...

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impr. de Desenne (Paris). 1797. In-8° , 24 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1797
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CORPS LÉGISLATIF.
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U Equipage et les Armateurs du
Navire tEmilie, Cap i tain e Su KCOU F.
Membres de la Commission nommée au
Conseil des Cinq- Cents ;
Les Citoyens VILLARET-JOYETJSE, BOISSY-
D'ANGLAS , MERSAN.
Le cit. PERIGNON , Conseil dfJ
L'Equipage et des Armateurs dit Navire
/'Emilie. -
À
An V. 1797.
A 2
A U
CORPS LÉGISLATIF.
MÉMOIRE
POUR VEquipage, et les Arma"
leurs du Navire /'Emilie, Capitaine,
Su r cou F.
UNE prise d'un navire anglais, faite dans
les mers de l'Inde, et qui paraîtrait miracu-
culeuse, s'il n'existait pas des Français, a donné
lieu à un message du Directoire au conseil des
Cinq-Cents.
Un bateau-pilote de 19 hommes d'équipage t
n'ayant que deux petits canons , a pris à l'abor-
dage un navire anglais à trois mâts, de mille
tonneaux, composé de 1S0 Européens, armé de
2.6 canons de douîe , et rempli de fusils, de haches,
de pistolets.
La prise a été contestée aux dix-neuf vain-
queurs , parce qu'ils n'avaient qu'un congé de
navigation, et point de lettres de marque.
(4)
Le Directoire, qui souffre impatiemment que
cette prise ne soit pas depuis long-temps dans
leurs mains, demande qu'on s'empresse de
la leur donner à titre de munificence natio-
nale.
Les lois s'accordent avec la générosité de
la nation.
Le corps législatif s'em pressera de le pro-
clamer , et ces Français reconnaissans lui ré-
pondront par de nouveaux triomphes.
Il faut donner quelques détails sur cette mé-
morable affaire.
Le capitaine Surcouf, commandant le navire
l'Emilie , monté de 30 hommes, mit à la voile
au mois de fructidor, an 4, au port nord-
ouest de l'Isle de France, pour aller prendre
aux îles Seychelles , un chargement de bois de
construction , dont la colonie avait grand be-
soin.
Le capitaine Surcouf avait son congé de na-
vigation commerciale, signé du ministre de la
marine , des gouverneur et intendant de l'Isle
de France , et enregistré au bureau des classes.
Le navire l'Emilie, arrivé à la rade de l'Isle
Sainte-Anne , dans les mers de l'Inde , aperçut
deux gros vaisseaux Anglais qui faisaient voile
de ce côté.
(s)
A 3.
Le salut ne pouvoit pas être dans le combat.
La nuit, qui ne tarda pas à paroître, favo-
risa un éloignement heureux.
L'expédition des îles Seychelles se trouvant
manquée, le capitaine Surcouf, pour ne pas
perdre les fruits de son voyage, résolut d'aller
chercher une cargaison de riz sur la côte de
l'Inde.
Le hasard des rencontres offrit trois bâti-
mens anglais qui en étoient chargés.
Tous furent pris.
Les navires étaient accompagnés d'un schou-
ner ou bateau - pilote ; il fut pris également.
Le capitaine Surcouf monta le schountr, qui
était d'une marche supérieure.
On s'empressoit de revenir à l'Isle de France
avec la joie , d'y apporter l'abondance , lors-
que , dans la nuit, on découvrit un nouveau
vaisseau Anglais la Diana , venant du Bengale,
et allant à Madras, chargé de six mille sacs
de riz.
Le navire anglais fut attaqué ; et après un
combat opiniâtre, il tomba au pouvoir du
capitaine Surcouf, qui pourtant n'avait que
deux petites pièces de canon.
A peine le jour commençait à paraître , que
f 6)
l'on aperçut de loin un gros vaisseau à trois
mâts.
Bientôt il hissa pavillon anglais.
La tuite, cette fois , était impossible ; il
fallait vaincre ou périr : le capitaine Surcouf
résolut de vaincre.
Il fit mettre en travers pour attendre la Dianay
et envoya chercher quelques renforts.
L'équipage de son petit schouner fut porté
à 19 hommes.
On ne tarda pas à découvrir que le navire
était un des gros vaisseaux de la Compagnie
des Indes ; qu'ii était fortement armé" et que
son équipage paraissait nombreux.
Le schouner que montait le capitaine Surcouf
avait pavillon anglais.
La ruse devait être jointe à la valeur.
Le capitaine Surcouf avait fait cacher son
inonde dans l'entre-pont, restant seul en évi-
dence avec deux officiers, afin d'inspirer plus
de sécurité à l'équipage ennemi.
Déjà on est à la portée du pistolet.
Les esprits s'échauffent, le pavillon aux trois
couleurs est arboré , et dans le même moment"
les deux pièces de canon, les seules qu'avait
le schouner, sont tirées.
( 7)
A4
Une hostilité aussi rapidement annoncée sur-
prit les Anglais, qui, dans le premier moment,
se précipitèrent sur leurs batteries pour écraser
le misérable, l'audacieux schouner.
Mais le signal de l'abordage était donné , et
quoiqu'il n'y eût pas de grapin dans le schounery
il s'exécuta aussi vîte que la pensée.
Le capitaine Surcouf, à la tête de ses héros,
sauta dans le grand porte-habant de l'anglais,
pour l'amarer, avec une drisse de bomette qui
lui fut jetée ; le coup de fusil allant toujours
en avant.
Les ennemis avaient quitté ce qu'on appelle
la dunette : le capitaine Surcouf avait envoyé
six hommes pour s'en emparer, avec ordre de
l'avertir quand le pont serait balayé.
A peine y sonMls arrivés, qu'ils apprennent
que le capitaine anglais est au nombre des.
morts.
A cette nouvelle, l'ardeur et l'impétuosité
n'ont plus de bornes.
On s'empare des panneaux, on coupe les ra-
bands des sabords, on chasse les ennemis à
coup de sabre, on tue beaucoup des leurs.
Le trouble des Anglais était au comble ; ife
faisaient des hurlemens affreux.
( 8)
Enfin, au bout d'une heure environ, i'éq.uî-
page déclara se rendre.
Dix hommes lui-avaient été tués, cinq étaient
blessés.
Le capitaine Surcouf ne perdit qu'un-seul
matelot.
Le navire conquis était le Tritoiz, apparte-
nant à la Compagnie des Indes Anglaises, vais-j
seau à trois mâts, de mille tonneaux.
«\ y
Il était armé de 26 canons de douze , monté
de plus de 150 hommes Européens , et 'muni
d'une grande quantité de fusils, -de haches et
de pistolets.
La victoire ne se montra bientôt que sous
les traits touchans de l'humanité. Le capitaine
Surcouf n'eut pas besoin de rappeler à ses frères
d'armes l'honneur français; tous s'empressèrent
de donner des secours et des témoignages de
l'intérêt le plus sensible à l'équipage entier,
et sur - tout à des femmes passagères , sur
lesquelles la frayeur avoit produit des effets
inquiétans.
Il est inutile de raconter au corps législatif
tous les prodiges de courage et de sang froid -
( 9 )
qui honorent l'équipage du schouner, êtla con"
duite difficile qu'a dû tenir le capitaine Sur-
couf, au milieu de tant de prises , pour les
amener heureusement à FLIe de France.
Seulement on observera que le capitaine se
borna à rançonner la Diana, sur laquelle il
renvoya tous les prisonniers anglais , après
leur avoir fait prêter serment de ne plus
porter les armes contre la république.
On pourrait, toute fois , peindre l'impres-
sion que les succès de l'Emilie ont répandu
dans les îles.
Les journaux de l'Isle de France en ont re-
tenti avec éclat : par-tout le capitaine Surcouf
a été peint comme l'émule de nos plus illustres
marins.
Il n'y a pas jusqu'au courrier de Madras,
composition anglaise, qui n'ait proclamé ,
avec enthousiasme, l'acte d'audace et de gloire
du capitaine Surcouf : Les armes de nos fiers ,
de nos implacables ennemis , en ont été flétries
jusqu'au fond des mers de l'Inde.
Tant de succès, cependant , peut-on le
croire ! resteroient sans récompense d'après les
tribunaux de l'Isle de France, qui ont déclaré
toutes les captures faites par l'Emilie, confis-

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