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Au gré du souffle

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Plus d’hiver aux froides pâleurs !
Sur les arbres gonflés de sève,
Le printemps jette les couleurs
Favorites de notre rêve.
Tout redevient et jeune et neuf ;
Fils des vents, les zéphirs s’exercent,
L’oisillon mignard quitte l’œuf
Et les corolles se renversent.
Feuille et fleur poussent, falbalas
Dont la campagne est vaniteuse,
Embaumants massifs de lilas,
Pieds de jacinthe capiteuse.
Bouquets des champs, rives et bois
Que la main divine ensemence,
Tous jaillis de terre à la fois,
Forment une corbeille immense.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Madame de Tersac

Au gré du souffle

Poésies et pièces lyriques

AU JARDIN DE L’AMITIÉ

A Madeleine DOSSONNET

Dans le jardin moral, c’est toi que j’ai choisie
Entre toutes les fleurs humaines qui s’offraient ;
Les unes ne brillaient que par la fantaisie,
De charmes différents les autres se paraient.
Malgré qu’à fasciner la grâce réussisse,
Un piège se cachait sous leur séduction ;
Au dehors d’elles, rien qui n’attire et ravisse,
Mais partout au dedans, que de déception !
Quoiqu’elles eussent bien des vertus endormies
Dont l’égoïsme seul empêchait le réveil,
Je tins à m’éloigner de ces fausses amies
Ne voyant rien autour qui ne leur fût pareil,
Dans un coin sombre alors, isolée, abattue.
Pleurant, je méditai sur le néant final
Quand, riche de parfums et de fraîcheur vêtue,
En mon esprit tu vins raffermir l’idéal.
Ton sourire de fée et ton âme d’archange.
Ton souffle sans poison et la voix sans détour
Me firent t’entraîner loin du banal mélange
Afin de t’exposer dans le cadre du jour.
De ta rare bonté l’encens incomparable
Dans son nuage d’or m’enveloppa le cœur,
Et je jurai de tout mon sentiment durable,
Qu’amie étant trop peu, tu deviendrais ma sœur.

ESQUISSE DES SAISONS

FRAIS PRINTEMPS

Plus d’hiver aux froides pâleurs !
Sur les arbres gonflés de sève,
Le printemps jette les couleurs
Favorites de notre rêve.
Tout redevient et jeune et neuf ;
Fils des vents, les zéphirs s’exercent,
L’oisillon mignard quitte l’œuf
Et les corolles se renversent.
Feuille et fleur poussent, falbalas
Dont la campagne est vaniteuse,
Embaumants massifs de lilas,
Pieds de jacinthe capiteuse.
Bouquets des champs, rives et bois
Que la main divine ensemence,
Tous jaillis de terre à la fois,
Forment une corbeille immense.
A l’horizon incendié,
Porté sur ses brises berceuses,
Mai charmant, tout irradié,
Se pare de roses mousseuses.
Le germe est levé des sillons,
Le paysage au loin rutile ;
De gais et légers carillons
Tombent du grêle campanile.
Des moulins l’aimable tic-tac
Chante plus joyeux à l’oreille,
Tandis que les moires du lac
S’étalent en nappe vermeille.
Dans l’herbage odorant du pré,
Paissent près des bœufs non farouches
Les taures dont le lait sacré
Va nourrir les nouvelles souches.
Là-bas, sur les agrestes flancs
Des capricieuses collines,
Pour leurs troupeaux d’agnelets blancs
Les bergères se font câlines.
Le vaste Océan tait ces chocs
Où l’organe d’abime clame ;
Son flot doux en battant les rocs
A des voix qui veloutent l’âme.
La majestueuse forêt
Pleine d’effluves salutaires,
Offre son asile discret
Aux amants comme aux solitaires.
Ouvrant son coffret à parfums
Où luit le flacon des rosées,
Flore, parmi les bourgeons bruns,
Répand leurs perles irrisées.
On entend rire un frais gosier,
Une forme claire s’élance,
Sur les branches d’un merisier
C’est Pomone qui se balance.
Sous le soleil, ce grand foyer,
Moteur des puissances vitales,
Les papillons font chatoyer
Leurs ailettes, vivants pétales.
Les hirondelles fendent l’air
Comme les rames coupent l’onde ;
Le rossignol, lyre de chair,
De son hymne séduit le monde.
Après un beau jour sans ennui
Qui meurt au ciel crépusculaire,
L’harmonieuse et pure nuit
Vibre dans le rayon lunaire.
Devant les échos apaisés
Lente, fuit l’heure solennelle,
Et c’est la minute éternelle
Où règnent les humains baisers.

PLEIN ÉTÉ

Au revoir pour un an, car vous êtes déchues,

O floraisons d’Avril,

Lilas fins, mimosas souples, tiges branchues

De règne puéril !

Dépouille-toi, Printemps, des séduisantes choses

Marquées à ton cachet,

Thyrses demi-teintés et délicates roses

Composant ton sachet !

Trop mignard et fluet, tu deviens une offense

Pour le superbe Eté,

Et tu t’en dois aller comme s’en va l’enfance,

Sans avoir existé.

Laisse tes doux appas pleins d’éclat diaphane

Rentrer dans le sommeil...

Place à l’Eté, phénix triomphateur qui plane

Couronné de soleil !

Aucun panorama qui ne le magnifie,

Dans sa flamme, sculpté,

Sous l’infini du ciel, rien qui ne sacrifie

Tout à sa volupté !

Son geste généreux fait déborder la vie

Qu’il élève à son rang,

Voulant que la nature exubérante, rie,

Baume et feu dans le sang.

Bientôt matés, les vents modèrent leurs outrages

Et s’abattent sans poids ;

Mobiles éventails, de toisonneux ombragés

Epaississent les bois.

Riche en fruits bien pulpeux, le verger frémit d’aise ;

Sous la ramure en arc

Le jet comble la vasque ; un tiède souffle baise

Les pelouses du parc.

D’oiseaux bariolés sur la pointe des cimes,

Les orphéons volants
Jettent aux cieux brûlants

De leurs fantasques chants les préludes sublimes.

 

L’air lourd est saturé d’un capiteux parfum,
Car des armées de fleurs ont présenté leurs troupes,
L’insecte vient prouver qu’il n’était point défunt ;
Mille poissons d’argent risquent leur œil d’or brun
Sur des flots réchauffés, propices à leurs groupes.

 

Aux champs, c’est le succès fou du pain blanc et rond.
Celle à jamais vers qui les vrais espoirs iront,
Des générations, bienfaitrice adulée,
La vierge des moissons, blondeur immaculée,

Descend, l’aurore au front.

Sur la terre elle étend ses deux mains bénissantes,
Son regard satisfait va du sillon au pré,
Attractive, sa bouche au vermeil liseré
Fait dresser des épis les masses bruissantes.
Autour d’elles s’ébat l’essaim vif des rayons,
Des rayons pénétrants autant qu’insaisissables,
Fouillant les plis de l’onde et calcinant les sables
En aveuglant nos yeux de lumineux paillons.

 

O l’apparition divine des rayons !

 

C’est la mise en linceul des atonies

Vaincues,

C’est le rythme éclatant des harmonies

Vécues

S’emmêlant à l’écharpe heureuse des couleurs ;

C’est la source tombant du roc en bagues

Pures,

Et l’aplanissement des mers aux vagues

Dures,

Près le mou clapotis des ruisseaux roucouleurs.

 

C’est le murmure des campagnes
Fleurant bon l’étable et le foin,
La brise qui, de chaque coin,
Souffle aux mamelons des montagnes.

Des sonorités c’est l’impalpable lien,
C’est le battant lancé de la cloche qui vibre,
Effrangeant fil à fil le voile aérien...

C’est du tout et du rien

Les échos nivelés dans l’atmosphère libre.

 

Enfin c’est l’entente, l’accord,
Le bonheur extrait d’un autre âge,
Le flux d’amour qui se propage
Pour mener les siècles au port.

 

Les douleurs sombres et féroces
A frapper n’ayant plus d’entrain,
Fuient devant le calme serein,

Car la Terre célèbre, imposante, ses noces
Avec le noble Eté, pompeux et souverain.

AUTOMNE !

L’Automne est venu, marqué du fier signe
Des maturités qu’ordonna Phœbus ;
L’Automne est venu, tiaré de vigne,
Pourpre et roux, paré d’une gaîté digne
Propre à faire envie au Maître Bacchus.

 

L’Automne a brillé, semant des pépites
D’or plus vrai que l’Or, au centre des bois,
Des robustes clos, des sentes petites :
L’Automne a brillé parmi tous les sites
Et s’est révélé chef des douze mois.

 

L’Automne a paru sur les fleurs fauchées,
Conquérant glaneur des autres saisons ;
Sur les champs tondus, les herbes hachées,
Sur les passions à peine ébauchées
L’Automne a paru, bouquet de tisons !

 

L’Automne a chanté l’appel à la meute,
Au fond verdoyant des sombres halliers,
Au cœur des chasseurs que sa note ameute :
L’Automne a chanté son chant doux d’émeute :
Le sang du rôt près du jus des celliers !

 

L’Automne a valsé dans les grands feuillages
Qu’il disperse, puis emporte à dessein
Dans un tourbillon, vers de fous voyages,
Sous de houleux ciels mis à tous pillages :
L’Automne a valsé, leurs cendres au sein.

 

L’Automne est tombé comme un sortilège
Au fond du rêveur mélancolieux
Qui médite loin du bruit sacrilège,
Et dont la pensée en montant s’allège
Du souci pesant écrit dans ses yeux.

 

L’Automne a fait du double crépuscule
Son jour flamboyant, suite d’horizons,
Phare éblouissant du soir qui recule,
Trône du soleil énorme qui brûle
Si rouge et si bas sur les frondaisons.

 

L’Automne a jeté ses forces valides
Dans un repos net de déductions.
Les bœufs vont dormir près des sols arides,
Le gel surprendra les chênes solides...
L’Automne a jeté massifs et bolides
Au gouffre final des destructions.

*
**

NOIR HIVER !

Quand la nature lasse a fermé son beau livre,
Il paraît, spectre morne et créateur d’ennuis,
Avec ses yeux, reflet de l’eau terne des puits
Et ses cheveux raidis sous les filets du givre,

L’Hiver aux longues nuits !

 

Il masse les brouillards pour action première,
Dans leur compacité place un soleil terreux,
Et suggestionné par son désir affreux,
Il commande le mal, il combat la lumière,

 

Toujours plus ténébreux.

Ennemi des clartés, il s’en venge à la brune,
Stérilise l’effort de la terre en travail,
Et de sa rauque haleine ouvrant le soupirail,
Coule jaloux, autour du col bleu de la lune,

Ses bras d’épouvantail.

 

Ayant tiré d’exil son cortège de bises,
Du fouet de la menace il cingle leurs échos,
Provoque leur douleur, fait siffler leurs sanglots,
Les précipite ou va, les traînant à ses guises,

De chaos en chaos.

 

Rien ne prend sur le fiel de son âme railleuse ;
Ouvrier de sa haine, il le prouve toujours ;
Et malgré sa blancheur où fleurit le velours,
La beauté de céans, la neige merveilleuse

L’irrite en ses atours.

En vain tout craint et fuit son approche fatale ;
II pénètre le mur où s’est caché l’oiseau ;
La matière ne peut rien contre son ciseau,
Et le cèdre éclatant sous sa poigne brutale,

Se fend comme un roseau.

 

Le voici, secouant sa défroque de glace
Sur la jeune prairie et la vieille forêt.
Il trouve chaque jour quelque sinistre apprêt,
Puis, dans le cœur de l’homme il fixe enfin sa place

Pour le suprême arrêt.

DEVANT UN NID

En prenant le bébé dans ses bras, la nourrice

Comme s’il était sien

L’embrassait. L’accouchée au cœur faible et novice

Disait : « Qu’il sera bien !

Gâtez-le, nounou, car je ferai l’impossible

Pour combler ses besoins. »

Et l’autre répliquait sur un ton impassible :

« Doutez-vous de mes soins ? »

 

Au second mois, l’enfant se portait comme un charme,

Avec du si bon lait !

On ne le quittait pas, soi-disant ; nulle larme

De ses yeux ne coulait.

Au sixième, il avait une santé solide,

Le teint vif, l’œil ardent,

De jolis airs futés, une gaîté sans ride

Et perçait une dent.

 

La maman répétait sans cesse : « Qu’il me tarde

De l’avoir près de moi ! »

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