Au peuple français, sur ses véritables intérêts dans la situation présente . Par F. Pochard,...

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impr. de Firmin-Didot (Paris). 1830. 32 p. ; in-8.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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AU PEUPLE FRANÇAIS.
SUR SES VÉRITABLES INTÉRÊTS
DANS LA SITUATION PRESENTE.
PAR F. POCHARD, AVOCAT.
PARIS,
IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES,
RUE JACOB, N° 24.
Ier septembre 1830.
AU PEUPLE FRANÇAIS.
QU'UNE révolution aussi imposante que celle
qui vient de s'opérer en France ait pu se faire
en trois jours, sans excès, sans violences , au
nom de la liberté et sous la seule influence des
lois, voilà ce qu'il n'était pas permis d'attendre
et ce qui fera des journées des 27, 28 et 29
juillet une des pages les plus brillantes de l'his-
toire. Mais ce qui peut-être est plus remarqua-
ble encore est la modération de ce peuple après
ses succès, sa pitié touchante pour les vaincus,
son désintéressement à toute épreuve, son res-
pect pour les propriétés et son amour pour
l'ordre et la justice, tels qu'il ne s'est jamais
écarté de leurs limites.
Cependant on n'a pas eu plutôt déposé les
armes que les partis se sont formés. Loin d'imi-
ter le bel exemple de ce peuple qui s'était
réuni dans un but commun, le salut de la pa-
trie et l'amour de la liberté, ils se sont divisés,
ont affiché des prétentions contraires, et ambi-
(6)
tionné, sous des noms républicains ou popu-
laires , l'honneur de gouverner la France, comme
si la chambre des députés avait été muette et
introuvable, comme si la France l'avait répudiée,
comme si les voeux et les intérêts du pays n'a-
vaient été compris ni exprimés par les deux
cent vingt et un, ces fidèles et courageux man-
dataires de la nation.
Néanmoins ces partis ont senti qu'on ne pou-
vait baser l'édifice d'un gouvernement quel-
conque que sur les ruines de la chambre des
députés; dès-lors les députés sont devenus l'ob-
jet de leurs vives attaques. On n'a pas rougi de
discuter leur mandat, alors qu'ils payaient en-
core le courage de l'avoir exercé, de leur tête,
de leur fortune et de l'avenir de leur famille;
on n'a pas craint, pour les renverser, d'invo-
quer contre eux des principes qui venaient de
crouler avec les institutions auxquelles ils se
rattachaient; on a été enfin jusqu'à récuser la
légitimité de leurs pouvoirs et la légalité de
leurs actes.
Les uns, éblouis par la gloire des républiques
anciennes ou par la prospérité des États-Unis,
demandaient ouvertement un dictateur ou un
président, sans s'arrêter à la différence des
temps, des lieux, des personnes et des moeurs.
Les autres, encore enivrés de l'éclat de l'em-
(7 )
pire et oublieux du despotisme, proclamaient
Napoléon II, sans penser que la France, loin de
se traîner à la suite de l'Autriche, devait mar-
cher en tête de toutes les nations.
Plusieurs avaient l'impudeur d'appeler au trône
un prince étranger.
Plusieurs aussi, esclaves trop religieux de leur
serment et sectateurs dévoués de la légitimité,
dont ils n'osaient secouer les chaînes, élevaient
la voix en faveur du duc de Bordeaux, et invo-
quaient une régence.
Un plus grand nombre se prononçait franche-
ment pour la monarchie constitutionnelle, tou-
tefois en faisant dépendre la nomination du
roi d'un appel au peuple ou du choix des dépu-
tés nommés en vertu de nouvelles élections.
Tous, comme on le voit, applaudissaient au
renversement de l'ancien ordre de choses, mais
tous voulaient l'exploiter différemment à leur
profit.
Dans cette lutte des partis, aucun, il faut l'a-
vouer, ne se crut assez fort pour imprimer un
mouvement. Il fallait agir et non délibérer, et
tous étaient arrêtés par cet obstacle insurmon-
table. Cependant le péril était extrême, et de-
venait plus grave de moment en moment; le
moindre retard menaçait de compromettre le
salut public, et le gouffre de l'anarchie s'ouvrait
déja sous nos pas.
( 8 )
C'est dans ces circonstances difficiles que la
chambre des députés, composée en partie des
deux cent vingt et un, prit, au péril de ses mem-
bres et dans l'intérêt de la France, une initiative
devant laquelle avaient reculé tous les partis. Elle
n'eut qu'une pensée, le salut de l'état; elle ne vit
qu'une chose , la situation critique où nous étions
engagés : dès-lors, ne consultant en rien la nature
de ses pouvoirs, certaine de les voir ratifiés par
le succès aux yeux de la nation, n'adoptant d'au-
tre principe que la loi de la nécessité, elle pro-
clama le duc d'Orléans lieutenant-général du
royaume, et peu de jours après lui offrit la cou-
ronne de France au prix d'une Charte déposr-
taire de nos droits et de nos libertés publiques.
Tous les amis de l'ordre et de la tranquillité
se rallièrent à l'instant même autour de ce roi
citoyen, et cette décision, aussi courageuse que
hardie de la part des députés, sauva tout à la
fois la France des maux incalculables de l'anar-
chie et des horreurs d'une guerre civile.
Mécontents de s'être laissé prévenir, trahis
dans leur espoir par la conduite aussi ferme que
prudente dé la Chambre, les chefs des différents
partis abandonnèrent momentanément leurs pré-
tentions respectives, pour former contre les dé-
putés une ligue encore plus menaçante.
Entre autres chefs d'accusation, et sous le pré-
(9)
texte apparent de servir la cause du peuple, ils
leur reprochèrent d'avoir agi sans pouvoir, ou
d'avoir outre-passé leur mandat; d'avoir imposé
une forme de gouvernement à la France et un
roi de leur choix; enfin d'avoir méconnu la
souveraineté du peuple et le droit qu'il avait
de participer aux affaires publiques.
Étranges reprochés, que démentent la tran-
quillité générale, la confiance dans le gouverne-
ment, l'amour pour Philippe Ier, et que nous
laisserions sans réponse s'il n'était nécessaire
d'étouffer jusqu'au moindre germe de discorde,
Qui pourrait croire que l'on vienne aujour-
d'hui dé bonne foi contester aux députés la
nature de leurs pouvoirs? Quel homme doué
d'un peu de sens et de raison, ami de l'ordre
et de son pays, oserait les méconnaître?
Ces pouvoirs sont-ils donc, quand même, exac-
tement restreints à un état de choses ordinaires?
Ne grandissent-ils pas avec les circonstances?
Ont-ils d'ailleurs d'autre base, d'autre fin que
l'intérêt du pays, et ce principe ne domine-t-il
pas tous les autres? Deux fois délégués aux deux
cent vingt et un par la confiance publique, nul
doute que ces pouvoirs ne leur eussent été de
nouveau continués; au surplus, c'esl sur l'autel
de la patrie et scellés du sang de leurs frères
qu'ils les ont recueillis. Quelle investiture plus
sacrée! quelle source plus légitime!
( 10 )
Une fois constitués en assemblée délibérante,
il était du devoir des députés, il entrait dans
leurs droits de créer un gouvernement. Mais ja-
mais ils n'ont eu la possibilité, et encore moins
la pensée d'en imposer un de leur choix. De-
puis long-temps ce choix était fait par la nation ;
une expérience de seize années de régime consti-
tutionnel avait appris à la France que cette
forme de gouvernement pouvait maintenir sa
grandeur et assurer sa prospérité, tant que les
libertés publiques, consacrées par une Charte
sauvegarde réciproque du prince et de la na-
tion , seraient religieusement respectées. Aussi
c'est au cri de la Charte, et pour sa défense,que
le peuple a combattu. Ce cri de ralliement, qui
a retenti d'un bout à l'autre de la France, indi-
quait assez combien la nation tenait à la forme
de son gouvernement. Or, la chambre des dé-
putés, en adoptant la monarchie constitution-
nelle, n'a donc fait que sanctionner les voeux
de tous les Français.
Il en a été de même du choix du prince ap-
pelé à nous gouverner. A peine son nom a-t-il été
prononcé, qu'il a été proclamé par acclamation,
on peut le dire. C'était tout à la fois raison et
justice : il eût été difficile, en effet, de refuser
son suffrage à un prince dont les actes justifient
chaque jour le portrait que nous en a laissé Paul-
( 11 )
Louis Courrier, l'un de nos écrivains les plus
populaires.
«J'aime, disait-il, le duc d'Orléans, parce
« qu'étant né prince, il daigne être honnête
« homme. Il ne m'a rien promis ; mais, le cas ave-
« riant, je me fierais à lui, et, l'accord fait, je
« pense qu'il le tiendrait sans fraude, sans en
« délibérer avec des gentilshommes, ni en con-
« sulter les jésuites. Voici ce qui me donne de
« lui cette opinion : il est de notre temps, de ce
" siècle, non de l'autre, ayant peu vu ce qu'on
« nomme ancien régime. Il a fait la guerre avec
« nous, d'où vient qu'il n'a pas peur des sous-
« officiers; et depuis, émigré malgré lui, jamais
« il ne fit la guerre contre nous, sachant trop
« ce qu'il devait à sa terre natale, et qu'on ne
« peut avoir raison contre son pays. Il sait cela,
« et d'autres choses qui ne s'apprennent guère
« dans le rang où il est. Son bonheur a voulu
« qu'il en ait pu descendre, et, jeune, vivre
« comme nous. De prince, il s'est fait homme.
« En France, il combattait nos Communs enne-
« mis; hors de France, il a travaillé pour vivre.
« De lui n'a pu se dire le mot : Rien oublié, ni
« rien appris. Les étrangers l'ont vu s'instruire,
« et non mendier. Il n'a point prié Pitt ni sup-
« plié Cobourg de ravager nos champs, de brû-
« ler nos villages, pour venger les châteaux. De
( 12 )
« retour, il n'a point fondé des messes, des sé-
« minaires, ni doté des couvents à nos dépens;
« mais, sage dans sa vie, dans ses moeurs, il a
« donné un exemple qui prêchait mieux que les
« missionnaires. Bref, c'est un homme de bien.
« Je voudrais , quant à moi, que tous les princes
« lui ressemblassent; aucun d'eux n'y perdrait,
« et nous y gagnerions. S'il gouvernait, il ajus-
" terait bien des choses, non-seulement par la
« sagesse qui peut être en lui, mais par une
« vertu non moins considérable et trop peu cé-
« lébrée. C'est son économie, qualité si l'on veut
« bourgeoise, que la cour abhorre dans un prince,
« mais pour nous si précieuse, pour nous ad-
« ministrer si belle, si. . . . comment dirai-je?
« divine, qu'avec elle je le tiendrais quitte quasi
« de toutes les autres.
« Lorsque j'en parle ainsi, ce n'est pas que je
« le connaisse plus que vous, ni peut-être au-
« tarit, rie l'ayant même jamais vu. Je ne sais que
« ce qui se dit; mais le public n'est point sot,
« et peut juger les princes, car. ils vivent en pu-
« blic. Ce n'est pas non plus que je sois son par-
« tisan, n'ayant jamais été du parti de personne.
« Je ne suivrai pas un homme, ne cherchant pas
« fortune dans les révolutions, contre-révolu-
« tions, qui se font au profit de quelques-uns.
« Né dans le peuple, j'y suis resté par choix,
( 13 )
« et, quand il faudra opter, je serai du parti du
« peuple, des paysans comme moi. »
Cet éloge impartial, fait en 1822 , alors que
le duc d'Orléans semblait n'avoir aucun esppir
de monter sur le trône de France, et qu'on serait
tenté de regarder comme exagéré, est peut-être
au-dessous de la vérité aux yeux de ceux qui,
depuis notre révolution, ont pu approcher ce
prince, l'entendre, et juger avec quel abandon,
quel plaisir, quelle confiance extrême, lui et les
siens se mêlent parmi nous, écoutent nos récla-
mations, prennent part à nos souffrances, et
viennent nous prodiguer des consolations ou
des bienfaits. Aussi n'y a-t-il eu qu'une voix sur
son compte, la voix la plus puissante et la moins
suspecte de toutes, celle du peuple.
En cela, comme dans tout ce qui s'est fait, la
souveraineté du peuple, reconnue, sinon par
une déclaration formelle, au moins de fait, a
exercé une influence remarquable. Loin d'avoir
été foule aux pieds, comme osent l'avancer, quel-
ques faux démocrates ambitieux et turbulents,
le principe de la souveraineté du peuple , au
contraire, a surgi de toute sa force. C'est lui
qui a présidé à toutes les mesures adoptées par
les députés et les ministres; c'est pour le conn
sacrer qu'on a supprimé le préambule de la
Charte, donné à la chambre des députés l'initia-

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