Autoroute

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C'est tout simple : avec un ami réalisateur, Fabrice Cazeneuve, nous sortions d'un rendez-vous à Arte. Nous leur avions proposé l'idée suivante : partir en petite équipe pendant plusieurs jours d'affilée sur les autoroutes du nord-est de la France, n'en jamais sortir, filmer tout ce qui nous arriverait, paysages, rencontres, événements.


Et le refus avait été assorti de la réflexion suivante (notre interlocuteur de la chaîne de télévision) : – Mais qu'est-ce qui me dit que vous tomberiez sur des trucs intéressants ?


Moi ça m'avait énervé. Fabrice Cazeneuve est quelqu'un de plus patient (ou de mieux habitué), il me dit : – Ce que tu devrais faire, c'est écrire tout ce qu'on pourrait rencontrer en partant comme ça sur la route...


Alors, les jours suivants, avec mon Mac, une pile de cartes routières, une autre du magazine France Routes et autres journaux pour routiers (on n'avait pas encore Internet, mais je venais de lire le grand livre de Cortazár, "Les autonautes de la cosmoroute"), je me suis lancé dans un voyage fictif, ou virtuel comme on dirait maintenant.


Cinq jours complets sur les autoroutes de France, par l'équipe de tournage d'un film qui n'existerait jamais.


C'est comme ça qu'est né ce livre.


FB



Publié le : dimanche 5 octobre 2014
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782814510418
Nombre de pages : 65
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AUTOROUTE
FRANÇOISBON
Tiers Livre Éditeur
COLLECTION RAISON DOUBLE ISBN : 978-2-8145-1041-8
PUBLICATION ORIGINALE ÉDITIONS SEUIL, 1997
DERNIÈRE MISE À JOUR LE 10 OCTOBRE 2014
« Je venais de découvrir le fabuleux livre/voyage de Julio Cortazar et Carol Dunlop : Les Autonautes de la cosmoroute. Un voyage Paris Marseille en bus Volkswagen, en s’arrêtant à chaque parking, passant la nuit dans un sur deux des arrêts. Soit 32 jours pour le voyage, sans quitter l’autoroute.
Une drôle d’inversion du monde, avec l’impression que l’autoroute devient l’espace total du monde, immobile en fait, avec le reste de la planète qui s’en est séparé, et gravite en désordre tout autour.
On comprend lentement que ce voyage en fait est un adieu au monde : Cortazar mourra peu après, ainsi que Carol. Ils nous disent au revoir, en cherchant le lieu le plus paradoxal de l’isolement.
L'autoroute, ça me connaît. Les souvenirs d'enfance et d'adolescence en garage et station-service, aussi. Des histoires de camion, d'enfant perdu sur une aire, d'animaux sauvages échappés, d'enterrement en panne, de conducteur qui ne veut plus repartir, ça ne manquait pas. Et puis l'autoroute c'est un monde vivant : ceux qui y travaillent, ceux qui l'entretiennent, ceux qui s'occupent de l'évacuation des eaux, celui qui ramasse sur l'aire, en tondant l'herbe maigrichonne, tout ce qu'il ramasse...
Alors j’y ai envoyé cette voiture imaginaire, avec un type qui filme et un autre qui écrit. Tous les paysages sont réels, minutieusement reconstruits, mais d’après des photos découpées dans France-Routes...
Et si c'était ça, depuis longtemps, très longtemps, le vrai roman d'aventure qu'on s'offre à soi-même ? Je suis tellement surpris, des années après, quand je découvre que des universités, loin jusque dans l'Arizona, ou tel lycée, vient me poser des questions comme si réellement je l'avais fait, le voyage.
Bien sûr on se promènera entre le texte et les annexes via petits liens magiques depuis les mots soulignés. Il y a aussi quelques compléments, photos et fac-simile, sur le siteTiers Livre. »
François Bon
Interroger l'habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l'interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s'il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s'il n'était porteur d'aucune information. Comment parler de ces « choses communes », comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu'elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.
Georges Perec,L'infra-ordinaire
«Il s’appellerait comment, votre film ? Passagers de la terre. – On est tousPassagers de la terre. Trop romantique,Passagers de la terre. » Il a regardé par sa fenêtre, le ciel de Paris, puis il s’est levé brutalement de son fauteuil cuir : « C’est pas de reportages, dont j’ai besoin. C’est d’aventure. L’aventure, vous allez vous planter entre Orléans et Chartres, et l’attendre ? Vous me chantez quoi, avec vos autoroutes ? » Il s’est jeté à nouveau dans son fauteuil de cuir beige : « Ce qui vous amène, vous, à faire ça. Qu’est-ce que ça va changer en vous, de faire ça ? C’est comme ça, qu’on invente un film. » On est deuxième étage, bout du couloir à gauche. Un grand bureau encombré, des piles de cassettes vidéos juste identifiées par des inscriptions au gros feutre. Un moniteur avec au moins trois magnétoscopes dessous. Beaucoup de plantes vertes. Le responsable de programmation est un garçon maigre au faux rasage entretenu de près, qui se relève encore une fois, incapable de tenir en place. « Moi je veux bien, je veux tout. Mais vous trouverez quoi ? Des routes vides, des stations-service avec des gens qui payent leur plein. Des chauffeurs routiers qui font la sieste, et des péagiers qui vous diront qu’une fois quelqu’un leur a raconté toute sa vie, au milieu de la nuit. C’est plus que ça, un film. » En face de lui, c’était Verne et moi. Verne, le cinéaste bien connu, j’avais pris comme une chance qu’il soit venu me chercher : se promener avec une caméra là où normalement on ne va pas pour filmer, photographier ou écrire, simplement parce que tel est notre monde, et que ce monde-là n’est pas encore dans les livres et les films. C’est juste cela qu’il m’avait dit, à notre première rencontre : « Je vous paye. Je ne vous demande rien d’autre qu’écrire, c’est-à-dire même pas inventer, juste noter. Je sais que vous êtes entraîné à le faire. Mais tout noter. Ce que nous on se dit. Ce que vous voyez. Ce que je vous dis que je vois. Ce que je fais devant vous. Contrat accepté ? » De lui, je ne dirai ici que ce surnom, Verne. Mais c’est assez pour qu’on devine, et ce diminutif même, Verne, est suffisamment connu sur les plateaux et dans ce tout petit monde du cinéma. Ses films et ses photographies ont marqué ce virage du cinéma français avec Bresson et quelques rares de leurs pairs. Ses colères aussi sont connues, et son caractère difficile. J’étais très impressionné de le rencontrer, comme j’avais été bien surpris de ce message téléphonique trouvé un soir, avec son vrai nom, même si dès notre premier rendez-vous il m’avait demandé de l’appeler ainsi, par son surnom des plateaux de tournage. « S’embarquer sur l’autoroute. Partir de Paris, et ne jamais sortir de l’autoroute. Pour la beauté des paysages. Quand on descend vers le sud, quand on remonte vers l’est, comment ça se transforme, les plantes, les reliefs. On s’arrête à chaque parking, chaque péage, chaque station-service, on parle avec les gens. On leur demande de nous parler. À mesure, on filme les heures. Sur le même trait de bitume, comment change le ciel, comment marchent les nuages, comment cette route traverse la vieille terre. »
Le chargé de programmation de la chaîne de télévision (lui non plus je ne dis pas son nom, ni le titre de la série documentaire dont il avait la charge) connaissait aussi, bien sûr, les films du vieil homme. C’est pour ça qu’on venait en confiance. C’est pour ça aussi, sans doute, qu’il nous avait reçus directement, après qu’on lui avait envoyé un projet en trois feuilles. « Du baratin, de la tchatche, sur papier tout est beau ! Vous dire oui comme ça, pour me retrouver avec une heure de braves gens occupés à se servir de l’essence. Vous me dites que vous allez tomber sur des trucs extraordinaires ? Et si ça se passe la semaine d’après, ou la semaine d’avant ? Ou bien à cent kilomètres d’où vous êtes ? » C’est Verne, têtu, même opiniâtre, qui a insisté :
« Et si on y allait quand même, qu’on revenait vous montrer ?
– Revenez si vous voulez. Des cassettes en attente, j’en ai deux cartons par semaine. » On s’est retrouvé dans la rue, et à cinquante mètres de là au premier café. « Les temps ont changé, il a dit. Il y a quelques années encore, on m’aurait dit : Carte blanche, Verne. Eh bien tant pis, on part quand même ! » Il s’était arrêté en plein milieu du trottoir, un cartable ouvert rempli de papiers au bras, d’où il me sortait une carte de France et des prospectus, un bloc-notes qui tomba par terre. « J’ai une Volvo, un break. J’aime conduire. On va louer la caméra. Numérique DV, vous avez entendu parler ? » J’ai dit que je ne savais pas ce que ça voulait dire, numérique DV. « Un engin pas plus gros qu’un camescope pour filmer le repas du dimanche, mais qui fait des images comme une grande. Images numériques, dernier cri. Quatre mois que ça existe, quatre mois que ça me trotte la tête. Pouvoir filmer partout, sans éclairage, sans trépied, sans être repéré. On est là, comme nous à cette table, et tout passe sur l’image. On part ce lundi, on revient samedi. C’est le mois de mai, les lumières sont belles, toute une gamme de verts, les jours bien longs, les matins nets, c’est parfait. Sept jours sur l’autoroute, on filme tout, on note tout. Tu es d’accord ? » J’étais content qu’il me tutoie. Ça voulait dire une vraie relation de métier. « Et si on ne trouve rien ? »
Maintenant, c’est moi qui doutais. « Eh bien qu’est-ce ça fait, on aura vu du pays, agréablement. » Et ce lundi matin avec sa Volvo rouge on prenait notre ticket cette fois pour l’autoroute de Lyon, deux sacs de couchage à l’arrière, moi mon ordinateur branché sur la prise d’allume-cigares, et lui à côté, le vieux Verne et sur le siège arrière, la caméra qu’il m’avait présentée en disant : « La troisième du voyage, DXR - 1100, spéciale tournages professionnels. » Et dès le premier péage, il descendait de voiture dix mètres avant, me passait le volant, et déjà me filmait (gros plan main poussoir) prenant le ticket d’autoroute et l’accrochant au pare-soleil. « C’est parti pourPassagers de la terre», il a dit en remontant dans la Volvo. Je le trouvais moi aussi trop livre, ce titre, pas assez simple, pas assez comme ce qu’on voyait, le bitume, le ciel, et l’autoroute. « Et si on appelait ça simplement :Autoroute », j’ai dit. Mais, comme on roulait et qu’il somnolait, même pas sûr qu’il ait entendu.
Je l’avais rejoint porte d’Italie, à Paris. J’avais reconnu sa Volvo garée devant la brasserie du Départ, qu’il avait choisie à cause du nom. Il semblait absorbé dans le manuel technique de sa caméra miniature. « Formidable, il me dit avant tout autre chose, je peux surexposer à vue, et si on veut mettre du flou, il y a juste à pousser ici. » On trouvera plus loin (annexe 1), la description de la machine et ses performances. Ce journal sera donc composé du récit de nos sept jours sur l’autoroute, et on trouvera en annexe les quelques documents qui prouvent qu’il ne s’agit pas ici d’un roman, mais d’un récit vrai, malgré sa fin surprenante. On était parti dans les dix minutes qui ont suivi.
Murs antibruit au niveau Rungis. Images sur les rushes qui défilent très brutalement, filmés de la file de droite : variété des formes et couleurs des écrans qui protègent la ville du bruit la route. Je conduis, il filme, vitre grande ouverte et, dans le souffle du vent, je l’entends qui me parle : « Évidemment ça fait un paquet d’années. Mais tout vient de là. Enfant dans un garage, et dès que j’ai su compter, à servir l’essence. Gosse, par faveur. Et puis, un peu plus grand, tout l’été. On touchait des pourboires, il suffisait de faire le pare-brise. Qui, à l’époque, aurait imaginé des stations en libre service ? Toute la journée dans la petite cahute à vitre, on était, à attendre le client. » On a voulu d’abord faire des kilomètres, se dégager de la ville, dont les bâtiments s’espaçaient. Plus que quelques entrepôts, des lotissements dispersés encore et puis plus rien. « Les ciels, les rencontres, un visage de hasard et c’est toute une histoire qui commence, disait Verne (j’ai recopié à la première pause, de mémoire). Qu’est-ce que c’est d’autre, le cinéma, que ce peu ? Une attention aux mouvements. Ne pas faire d’image, mais assembler plutôt des éclats de temps, capter ce qui change par le temps, sur une seconde ou à peine plus, dans ce ciel et ce visage. » Moins d’une demi-heure de route et tout de la ville avait disparu. On était dans les champs, en pleine campagne, séparés d’elle pourtant par le double grillage et les rails de sécurité. On a roulé une heure, et on s’est arrêté parce que cette halte annonçait : « Découvrez l’autoroute. » C’était sur l’A6, à Nemours. À peine si ce bâtiment un peu futuriste, au milieu du parking, dépasse le sol. Une chose bombée, béton nu, sans verrière. Avec une rampe en spirale, une pour l’entrée, une pour la sortie, et ce grand panneau lumineux au-dessus : « Découvrez l’autoroute. » Un gardien dans une cage vitrée, pas de porte, juste un sas, et la salle principale avec des dépliants publicitaires. Des gradins de ciment nu, avec des sièges de plastique de couleur vive. Sur le mur d’en face, la projection en boucle du documentaire qui montre, sans interruption sans début ni fin, les images de ce qu’on ne voit pas quand on passe, et qui fait pourtant l’autoroute : les premiers travaux, jalons dans les champs, et la vie telle qu’elle est pour ceux qui font marcher tout ça : personnels des péages, mesure des brouillards et des intensités de trafics, panneaux d’instruction télécommandés, services de dépannage. La projection s’interrompt la nuit, recommence au matin. C’est le gardien qui ferme la salle :
« Quand je pars, je ferme à clé. Qu’est-ce qui se passerait ici ? On n’en sait trop rien, c’est quand même pas un hôtel. Puis la nuit, ils peuvent aller faire cinéma plus loin. » Il nous dit qu’avant il travaillait dans d’autres métiers et disposait d’une préretraite, mais a préféré venir là : « Je regarde les gens, entrer, rester, sortir. Quelquefois, plus personne. Je prends l’escalier, je sors, je vois le paysage. C’est calme. Puis ça m’occupe. » Note sur le prospectus distribué à l’entrée : « Accroître le sentiment de récupération des conducteurs, en leur présentant les mêmes images qu’ils perçoivent lors de la conduite. » Bande son du documentaire, une musique un peu répétitive, voulue mystérieuse, au moment où défilent sur l’écran les différentes variétés d’écrans antibruit : « Certains ondulent ainsi que des tôles mutantes, d'autres déploient des arceaux de tubulure, parfois l'un d'eux suggère un souvenir de blockhaus agrémenté de plantes grimpantes. Coiffés d'auvents, bardés d'aspérités ou de contreforts, ces ouvrages d'art s'incarnent en matériaux variés, métal, béton, plastique, faïence ou miroir, terre cuite et bois ignifugé. Diversement inclinés par rapport aux voies, d'aucuns sont aussi translucides ou presque transparents ou bien encore, comme celui dit modèle Échenoz, daté 1986, juste percé de hublots vitrés d'un petit mètre de diamètre. » On a regardé le Livre d’Or, surtout signé par des touristes du nord, et parfois des remarques pour rire, quand c’était des gens de chez nous. Avec quelques poètes de passage, mais si c’était ça la meilleure chance de survie pour une écriture, l’abandonner au hasard d’un cahier que d’autres anonymes regarderont : « L’autoroute, même immobile c’est un voyage. Ça vous est arrivé, prendre un escalier roulant ou un tapis mécanique qui devrait marcher et qui est arrêté ? On a l’impression que ça avance quand même. Ici ça m’a fait pareil. » Ou un autre : « Vivre encore sur l’autoroute, avec ce bruit intermittent des moteurs, on est arrêté et pourtant on croit avancer. Qui aime le voyage, pour se souvenir des siens propres, aime cette perspective de bitume, fer et ciment lancée sur l’horizon. » On a parlé cinq minutes au gardien, mais il avait un roman-photo devant lui sur sa table, un magazine en noir et blanc avec des héros qui s’embrassent, et il ne souhaitait apparemment pas nous répondre longuement. « On m’a pris parce que j’avais été militaire. » Sans doute qu’il pensait que le film se suffisait à lui-même : « En somme, on regarde à l’intérieur ce qu’on a vu à l’extérieur, nous a-t-il dit. Mais ça repose. – Un film que j’aurais aimé faire », a dit Verne. Il m’a dit qu’il avait eu ce rêve, cette nuit-là, je le transcris tel qu’il me l’a raconté : « Là dans ce rêve seul sur la route, mais une route infinie et vide, et je voudrais arrêter des véhicules, mais ils ne s’arrêtent pas, de toute façon il n’y a pas de véhicules, je fais quand même les gestes, j’avance sur cette grande bande de ciment qu’est la route, avec son ciel et ses collines. Dans ce rêve je suis entièrement seul sur ce monde, avec mes gestes à faire. Et c’est infiniment triste, j’ai peur et je me réveille. C’est un rêve que j’ai déjà eu, peut-être pas avec la même force que cette dernière nuit, avec la perspective de notre voyage. » On roule à nouveau sur l’A6.
« L’énigme, pour moi, ce serait ça, dit Verne : tout ici comme prévu, selon des plans faits au loin, dans un étroit bureau de la ville. On entre sur l’autoroute, on s’arrête, on en sort, il ne s’est rien passé, au nom de la sécurité, de la rapidité du voyage. Ou alors la machine casse, le drame exagéré, une glissade et vingt véhicules qui s’imbriquent. Un camion qui prend feu, et là où on aurait dû passer à cent trente à l’heure, soit quatre-vingt quinze mètres secondes, on reste quatre heures. Mais ce n’est pas ça qu’on cherche. Ce que je veux, c’est filmer l’ordinaire, jusqu’à ce qu’il prouve cette étrangeté qu’il recèle. » On passait un haut de côte, et puis une grande descente avec le sentiment, un instant, de flotter. Des variations lentes de paysage, de plaines à collines, et ces vieux villages perchés loin, tel château juste aperçu, ou la lente trace d’un tracteur dans les champs, quelque chose d’immuable bordant notre propre dérive. Il reprit : « Enfin quoi, imagine qu’on dissolve la terre, tout, montagne, océans, villes, terres, pour ne plus garder que ces rubans par quoi on circule : et tout continuerait là-dessus comme si rien d’autre du monde n’existait. Le film que ça ferait, alors oui. Suspendus dans l’univers, planète de ceux qui roulent en ne regardant que les bords. Voilà le film qu’on veut faire : il n’y a plus de terre. Plus rien que cela, le ruban, les rails, les aires, des voix et des visages qui vivent immobiles greffés sur elle. »
A6, Courtenay parce que c’est traditionnellement le grand rendez-vous routier, là où les camionneurs sont chez eux. C’est tout près de Sens, on y est à six heures du matin pour filmer leur réveil progressif. Ils se retrouvent entre eux. Ils ont tous de quoi faire le café dans la cabine, ils se l’offrent les uns aux autres. L’Italien parle à toute vitesse, avec...
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