A la conquête du Graal

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Si la quête médiévale chevaleresque demande une rigueur incomparable et une pureté d'âme et de corps pour mériter la révélation des mystères du Saint Calice, les héros de la littérature populaire et de la culture de masse accèdent quant à eux à ses secrets par le vecteur d'enquêtes simplifiées. De Saint Graal à Graal, de Littérature à paralittérature, de la Bible à la télévision, cet ouvrage cherche à mettre en évidence les différents aspects de ces transferts.
Publié le : mardi 1 janvier 2013
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EAN13 : 9782296512542
Nombre de pages : 240
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quant à eux à ses secrets par le vecteur d’enquêtes simpliIées. De
qui peuvent toutefois, sous l’effet du Graal, devenir scientiIques et apporter de nouvelles pistes de réLexion sur le mythe, la société
au passé indéIni
Médiévalités enfantines, du passé déIni
Alicia Bekhouche
À la conquête du Graal
Universités / Comparaisons
Daniel Cohen éditeur www.editionsorizons.fr
Universités sous la direction de Peter Schnyder www.orizons-universites.com
ISBN : 978-2-296-08851-1 © Orizons, Paris, 2012
À la conquête du Graal
Comparaisons
Série dirigée par : Florence Fix (Université de Lorraine) Frédérique Toudoire-Surlapierre (Université de Haute-Alsace)
Comité scientifique : • Antonio Dominguez-Leiva (UQAM, Québec) ; • Vincent Ferré (Université ParisXII) ; • Sébastien Hubier (Uni-versité de Reims) ; • Bertrand Westphal (Université de Limoges).
La collection « Comparaisons » comprend des essais, des ouvrages collectifs et des monographies ayant trait au comparatisme sous toutes ses formes (démarches transdisciplinaires, théorie de la lit-térature comparée, croisements entre littérature et arts, mais aussi sciences humaines et sciences exactes, histoire culturelle, sphères géographiques). L’esprit se veut également ouvert aux transferts culturels et artistiques, aux questionnements inhérents aux diffé-rentes modalités de la comparaison.
En préparation Notre besoin de comparaison, Frédérique Toudoire-Surlapierre,2012. L’invisible théâtral de Shakespeare à Ibsen et Strindberg, Yannick Tauliaut,2012 À table ! Manger et être mangé sur la scène contemporaine, Florence Fix,2013.
Déjà parus Le théâtre historique et ses objets, sous la direction de Florence Fix,2012 Musique de scène,musique en scène, sous la direction de Florence Fix, Pascal Lécroart et Frédérique Toudoire-Surlapierre,2012
Alicia Bekhouche
À la conquête du Graal
2012
Cet ouvrage a bénéficié du soutien de l’Institut de recherche en langues et littératures européennes (EA 4363), Université de Haute-Alsace.
Introduction générale
la fois objet d’une quête et parabole d’un questionnement métaphy-À sique, le Graal fait partie d’un imaginaire appartenant à la création du monde mais aussi à la création artistique puisque le motif fonde les prémices du genre romanesque au Moyen Âge. Si le Calice évoque les merveilles d’un univers lointain, le mythe s’est renouvelé dans la société contemporaine dès2003avec la publication tant controversée duDa Vinci 1 codede Dan Brown. Ce roman à succès s’est immiscé dans les lectures et, sans avertissement, a déclenché une vague de polémiques. Jugé comme ro-man révélateur d’une vérité cachée pendant deux millénaires pour certains ou blasphématoire pour d’autres, leDa Vinci codeentraîne interrogations et controverses. Pour comprendre ce phénomène qui connaît un succès et une production « littéraire » sans précédent, nous devons nous inter-roger sur ce qui conduit une société à remettre en question son histoire et ses fondements : le mythe « [qui est] lui-même devenu mythique entre les mains des multiples commentateurs. Un mythe est un ensemble de 2 conduites et de situations imaginaires . » Le motif du Graal se met alors au service de la société contemporaine pour conduire le public à s’interroger sur la fonction « unifiante » de la quête. Entre ambivalence, imaginaire, lieux communs et polémiques, aujourd’hui, quels sont lesavatarsde la quête du Graal dans la littérature populaire et dans la culture de masse ? Le mot «avatar» est
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tiré du sanskritavatara, lui-même dérivé d’un verbe signifiant « descendre », e le mot n’apparaît en français qu’au début duXIXsiècle, dans des récits de
Dan Brown,Da Vinci code,Paris,JCLattès, trad. de l’anglais par Daniel Roche,2004,(The Da Vinci Code, Londres, Corgi Books,2003). — Toutes les citations des œuvres (romans, films et séries télévisées) seront faites dans la mesure du possible en version originale, puis traduites dans une note de bas de page. Edgar Morin,Les Stars, Paris, éd. du Seuil, Points, Essais,1972, p.38.
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voyages en Inde et pour son sens premier : une forme humaine ou animale prise par Vishnou dans ses incarnations. Lorsque le dharma, l’ordre du monde, n’est plus respecté, Vishnou descend sur la Terre pour le sauver. Il prend alors des apparences diverses : poisson, tortue, sanglier, homme-lion, e nain... DansLe Ramayana(IVsiècle av. J.-C.) il devient Rama, un homme. En 1844, Théophile Gautier introduit le sens dérivé de transformation, métamor-e 3 phose. […] AuXXsiècleavatarprend le sens familier de « mésaventure » .
Les contours entre littérature populaire et culture de masse restent à définir afin de comprendre leurs limites, leurs portées et les facteurs de l’épanouissement du Graal en leur sein. Il est important, dans ce sens, de mettre en avant les rapports que chacun entretient avec la Culture, la Litté-4 rature et les médias : comment faisons-nous usage de ces supports et quelles valeurs leur donnons-nous ? À l’instar dumelting-potculturel, les disciplines artistiques se mêlent aux unes, puisant une nouvelle source d’inspiration, et aux autres, essayant de rendre hommage. Le mythe, et en particulier celui du Graal, permet de mettre en place des vecteurs de connexion nécessaires qui facilitent la lecture et donc la signification entre ces ensembles puisqu’il fait appel à des récits fabuleux à caractère plus ou moins sacré concernant des êtres qui personnifient les agents naturels ou les origines d’une société. Les mythes, dans la culture où ils sont actifs, servent de référence justificatrice et de modèle ainsi, « [s’ils] sont des symboles mis en écrit, il y a lieu de les interpréter, cela pourrait se faire par “théorie” : à partir d’un savoir, donc une 5 mise en question, plutôt qu’une croyance . » Dans un sens élargi, le mythe est la représentation collective élaborée à propos du comportement attribué à certains groupes sociaux ici, l’importance de son origine chrétienne est à souligner puisqu’il est au commencement du fondement de la société occi-dentale. D’un point de vue sociologique, le mythe sert à désigner une repré-sentation collective, plus ou moins irrationnelle, de forte valeur affective. Dans ce sens, il fait appel aux origines d’une société ou d’une collectivité et intervient pour rappeler un ailleurs originel, un paradis perdu, comme par exemple le mythe de l’âge d’or ou le mythe du progrès. Le terme, dans cette optique, est souvent péjoratif, bien que sa représentation dans l’imaginaire
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Gilbert Millet et Denis Labbé,Les Mots du merveilleux et du fantastique, Paris, Belin, coll. Le français retrouvé,2003, p.56-57. Nous mentionnerons la littérature dite générale ou académique avec un « L » ma-juscule afin de la différencier des genres « mineurs » comme les romans à succès ou ce que nous qualifierons de « littérature populaire » ou de « paralittérature ». Peter Schnyder,Métamorphoses du mythe, « Réécritures anciennes et modernes des mythes antiques », Paris, Orizons, coll. Universités-Domaine littéraire,2008, p.29.
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collectif garde une efficacité certaine. Le Graal, en tant que mythe, arbore les origines païennes de la société qui a besoin d’idéaliser sa genèse ; de ce point de vue philosophique, le mythe et le discours sont complexes puisque le mythe a une dimension d’histoire des origines. Selon André Green dans 6 7 La Déliaison, le mythe est un « objet transitionnel collectif » dans une optique psychanalytique. Freud est un des premiers à utiliser l’interprétation des mythes en parallèle à l’interprétation des rêves, la psychanalyse cherche en cela à « interroger l’activité symbolique qui permet d’en déceler la struc-8 ture ». Le mythe sert alors, dans l’imaginaire collectif, de « souvenirs-écran 9 des peuples » selon les termes de Freud, il est un idéal et un rêve qui sont ancrés en nous puisqu’il formule ce que la société ne peut se représenter. Que ce soit de manière consciente ou inconsciente, il nous marque, il nous touche. André Green associe au mythe, « le rite, le conte, le folklore, la magie, les créations artistiques — du côté des productions culturelles — et le rêve, le fantasme, ou même le symptôme — du côté des formations de 10 l’inconscient individuel ». Le motif du Graal appartient à cela puisqu’il fait partie de l’imaginaire et de la culture occidentale chrétienne collective. De plus, la représentation du mythe induit une sorte de fantasme qui est symptomatique dans l’imaginaire. Par définition, le Graal est à son origine et par son étymologie un objet simple, un plat creux, pour la tradition catho-lique, il est le vase sacré qui, après avoir servi à Jésus-Christ pour la Cène, e e aurait, à la Crucifixion, recueilli le sang de ses plaies. AuxXIIetXIIIsiècles, 11 12 les romans de Robert de Boron et de Chrétien de Troyes racontent la quête allégorique du Graal par les chevaliers de la Table Ronde : Perceval, Lancelot et Galaad. À l’origine simple, cette définition se complexifie étant donné que l’Église ne reconnaît pas le Graal comme une relique officielle alors qu’il est à la base de la fondation de la pensée chrétienne.
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André Green,La Déliaison, Psychanalyse, anthropologie et littérature, Paris, Soc. d’éd. Les Belles Lettres, Hachette Littératures, coll. Pluriel,1992. Ibid.,p.147. Terme utilisé comme titre du quatrième chapitre deLa Déliaison. Ibid.,p.147-148. Ibid.,p.148. André Green ajoute en note : « On retrouve ici une hypothèse de base de la pensée freudienne : l’homologie entre le passé de l’individu et celui d’une civilisation, tous deux convergent vers le passé de l’espèce ». Ibid. Robert de Boron,Le Roman du GraalouL’Estoire du Graal,Paris, Honoré Cham-pion, coll. Les Classiques français du Moyen Âge,1999. Chrétien de Troyes,Perceval ou le conte du Graal,Paris, Le Livre de Poche,2003.
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