7 jours d'essai offerts
Cet ouvrage et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
ou

Abdelkader Alloula
Culture populaire et jeux d’écriture dans l’œuvre théâtrale © L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56827-3
EAN : 9782296568273 Lamia Bereksi Meddahi
Abdelkader Alloula
Culture populaire et jeux d’écriture dans l’œuvre théâtrale
Préface de Ahmed Cheniki
L’Harmattan
Remerciements:

Je remercie toutes les personnes qui ont mis à ma disposition la
documentation nécessaire pour mener mes recherches.
Je remercie les professeurs : Ahmed Cheniki, Jacques Houriez,
Philippe Baron, Alpha Ousmane Barry, Andrée Chauvin
Vileno, Mongi Madini, Wacini Laredj.

























Dédicaces :
Je dédie ce livre à mes grands-mères Mouima et Makhiti. Elles
qui ont bercé mon ouïe avec les dictons de la culture populaire.
Que Dieu ait leur âme.
Je dédie ce livre à mes parents. Eux qui ont mis tout en œuvre
pour que le chemin du savoir soit facile à atteindre.
Je dédie ce livre à ma sœur Esma. Elle qui est la référence dans
l'art culinaire.
Je dédie ce livre à ma sœur Nassima. Elle qui m'a initié à
l'informatique.
Je dédie ce livre à mon frère El-Habib. Lui qui, par son sens de
l'humour, sème la joie de vivre.
Je dédie ce livre à Mme Oudjedi Damerdji Aouicha. La
professeure qui m'a appris comment dépasser les difficultés
rencontrées.
Je dédie ce livre à mon mari. Lui qui m'apprend que pour
atteindre la cime, il faut prendre soin de la racine. a fille. Elle qui, avec son sourire, ouvre la
porte de l'espoir.











Sommaire
Introduction....................................................................... 11
I-Vue panoramique sur le théâtre en Algérie..................... 15
II-Situation linguistique..................................................... 31
III Abdelkader Alloula, situations, influences, apports ..... 45
IV Analyse linguistiques des pièces .................................. 55
V-Analyse scénique........................................................... 115
VI Traduction : nouvelle création...................................... 121
Conclusion......................................................................... 127
Références bibliographiques.............................................. 129
Index.................................................................................. 135

Préface


Abdelkader Alloula, culture populaire et jeux d'écriture dans
l'œuvre théâtrale
Abdelkader Alloula est sans doute l’un des hommes de théâtre
du Maghreb, des pays arabes et d’Afrique les plus talentueux.
Doué d’une extraordinaire culture et d’une légendaire ouverture
d’esprit, cet auteur-metteur en scène a écrit des pièces d’une
grande force marquée par la présence de la culture populaire, de
Brecht, de Piscator et de l’expérience athénienne. Ainsi, il
faisait cohabiter dans ses textes d’une indéniable richesse des
pans mémoriels puisés dans divers territoires. Cette matière
disséminée a été l’objet d’un travail colossal mené par Lamia
Bereksi Meddahi avec une formidable rigueur permettant de
donner à voir les différents jeux de l’écriture d’une production
difficile à saisir. L’ouvrage de Lamia Bereksi Meddahi vient à
point nommé pour décrire le parcours d’un homme de théâtre
hors du commun et pour mettre en lumière, ce qui n’est
nullement une sinécure, les différents niveaux et les nombreux
emprunts caractérisant une écriture ouverte fonctionnant
paradoxalement comme un texte à multiples ressorts et
permettant la mise en œuvre d’un discours théâtral, lieu
d’articulation d’éléments culturels épars. Abdelkader Alloula
tentait dans ses pièces, surtout, après 1970, de donner à voir un
théâtre à l’écoute du public, s’articulant essentiellement autour
des préoccupations de ceux qu’on appelle avec un mépris mal
dissimulé, les petites gens. Pour ce faire, il mit en œuvre une
autre manière de faire du théâtre convoquant pour la
circonstance les résidus de la culture populaire. Abdelkader
Alloula s’intéressait, en premier lieu, aux formes populaires et
aux performances de l’acteur. C’est ce que démontre, avec une
extraordinaire maitrise, Lamia Bereksi Medahi qui réunit une
documentation de première main lui permettant de cerner
l’évolution d’une œuvre où les jeux de langues participent de la
mise en œuvre de la structure du texte. Elle nous fait découvrir
ces différents niveaux de langues qui travaillent des textes où
l’homme est au cœur d’un combat politique nullement en

désaccord avec les trouvailles esthétiques et artistiques.
L’auteure nous propose un texte fondamental, singulier, qui
allie l’analyse du texte à l’interrogation de l’environnement
politique et sociologique tout en mettant en valeur la dimension
esthétique, insistant sur le fait que le théâtre est avant une
entreprise esthétique et artistique. Lamia Bereksi Meddahi nous
permet ainsi de comprendre qu’il n’est nullement opératoire
d’ignorer la représentation dans l’analyse du théâtre. Elle réussit
la gageure d’interroger les signes textuels dans leur
prolongement sur scène, c’est-à-dire en les mettant en relation
avec la représentation elle-même.
Lamia Bereksi Meddahi est sans conteste l’une des meilleures
spécialistes de l’expérience théâtrale de Abdelkader Alloula. Le
travail qu’elle propose, singulier et original, est d’une extrême
nécessité pour cerner le théâtre de Alloula et les différentes
expériences théâtrales algériennes. C’est désormais un outil
incontournable pour l’examen du théâtre en Algérie.

Ahmed Cheniki

















10


Introduction


Le théâtre, art de la parole, du geste, se propose de mettre en
scène les profondes aspirations d’une société. Si l’homme avec
son écriture transcende la sphère spatio-temporelle, la parole, le
reflet de la mémoire collective transmet à la communauté les
contes et les légendes. Un événement devient une source
d’inspiration et de changements qui se nourrissent chaque fois
que quelqu’un prend la parole. En jetant un regard rétrospectif
occidental on observe que les sujets vont dans un sens plutôt
vertical qu’horizontal. Ce sont les rapports de l’homme avec
Dieu qui sont mis en avant. Ces rapports s’inscrivent en général
dans un cadre conflictuel. L’exemple type est « Prométhée
Enchaînée ». Le fait de multiplier les Dieux n’est pas
compatible avec la culture musulmane. Le théâtre dans le
monde arabe s’est réalisé dans un espace incertain d’expression.
Avec l’expédition en Egypte de Napoléon en 1798, les
1Egyptiens découvrirent en même temps le théâtre de l’altérité
mais ce n’est que vers le XIXème siècle, durant la Nahda
(renaissance arabe) que les Arabes prirent conscience de cet art.
La renaissance dans le monde arabe a connu une effervescence
au moment où Mohamed Ali (roi des Ottomanes) en 1809 a
envoyé des étudiants à l’étranger pour poursuivre leurs études.
De retour aux pays arabes, en Syrie, et Bagdad par exemple, ces
étudiants ont apporté un changement tant au niveau des sciences
qu’à leur patrimoine culturel. Selon donc Norin et Tabaray

1 « R. Blachère écrit : en 1798, c’est le coup de tonnerre du débarquement de
Bonaparte en Egypte et le spectacle de ses savants français apportant avec eux
des méthodes d’investigation dont le cheîkh-el- djabarti a noté pour ses
compatriotes l’allure bouleversante : la fondation d’une imprimerie
gouvernementale à Boulaq en 1821 révèle que le vice-roi a pris conscience de
ce qu’il peut tirer d’un renouveau de la culture arabe dans sa lutte contre
Constantinople : l’envoi en France de missions égyptiennes en demeurant très
modestes comme celle de Rifâa Tahtâwi en 1826, atteste en outre que le
renouvellement ne s’accomplira pas sans le concours de l’Europe
occidentale » in Les rapports culturels et idéologiques entre l’orient et
l’occident : en Tunisie au XIX siècle, Bechir Tlili, Ed/ Presse de l’université
de Tunis, 1974, p. 131.

(07) : « Il est flagrant que la Nahda littéraire et effective de
1880-1920, en laquelle on a salué la réinsertion des Arabes dans
une histoire qui allait plus vite qu’eux, n’a jamais été
sérieusement décapée par une critique courageuse pas plus en
2Orient qu’en Occident » .
C’est vers le début du siècle que les Algériens, après le passage
des troupes « syro-libanaises » à Alger jouèrent les premières
pièces de théâtre. Mais les formes populaires en relation avec
l’importance de la tradition dans la société algérienne n’avaient
pas définitivement disparu et investissaient fortement la
représentation théâtrale. La pièce d’Allalou, Djeha a été
représentée en arabe dialectal en 1926. Dib (1989 : 07) indique
que telle représentation a pris : « la forme d’une langue qui a
son système lexical, syntaxique et phonétique propre et qui est
utilisé dans un environnement plus restreint que la langue
elle3même » . Elle alliait le genre populaire et la structure théâtrale.
Allalou, comme tant d’autres auteurs, réutilisait la technique du
conte et reprenait certains éléments des différents caractères
populaires. A cette technique théâtrale, on a affaire à une
structure de type syncrétique. En d’autres termes, deux formes
se juxtaposent et mettent en valeur ouvertement leur présence.
On observe que cette adaptation visait à utiliser certains
éléments de la culture populaire pour retenir l’attention du
grand public d’autant plus que cela constituait une rupture avec
le public lettré qui rejetait d’emblée l’emploi de la langue
populaire dans le théâtre. Allalou (de son vrai nom Sellali Ali
né en 1902 à la Casbah), l’auteur de la première pièce de théâtre
écrite en arabe dialectal en 1926 et Mahieddine Bachetarzi (né
en 1899), celui de la pièce Faqo (ils ont compris, 1932),
s’étaient souvent expliqués sur ce choix, mais la question n’a
jamais été abordée d’une manière théorique. La majorité des
pièces s’articulaient autour d’un personnage archétypal comme
dans un conteur populaire où les personnages fonctionnaient en
termes de « faire-valoir ».

2 Luc Norin et Edouward Tarabay, Anthologie de la littérature arabe
contemporaine, Ed/ du seuil, 1967, p. 07.
3 Propos tenus par Souheil Dib selon qui le dialecte est défini par Todorov
ElMoudjahid 22/05/89.
12

L’indépendance considérée comme un détonateur pour la
société algérienne a donné naissance à de nombreux
dramaturges qui réfléchissent sur la manière d’utiliser l’héritage
culturel : Abdelkader Ould Abderrahmane Kaki, Mustapha
Kateb, Abdelkader Alloula, Slimane Benaîssa… etc.

13