Amélie Nothomb

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Se qualifiant elle-même de "graphomane", Amélie Nothomb publie un roman ou un texte autobiographique attendu tous les ans depuis 1992. La surprise est souvent de taille lorsqu'on lit ses livres peuplés d'héroïnes et de personnages étonnants, sujets aux rencontres les plus singulières, aux symptômes abscons, aux jouissances intimes comme aux aventures les plus inattendues. Mais d'où Amélie Nothomb tient-elle ce "gai savoir" concernant ses héroïnes et leurs étranges symptômes, quels sont les mystères et la fonction de son écriture ? Pour y répondre, l'auteur de cet essai, psychanalyste, s'appuie en outre sur les nombreux témoignages de l'écrivain (interviews, presse...) à propos de sa création.
Publié le : samedi 1 avril 2006
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EAN13 : 9782336282343
Nombre de pages : 242
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Amelie Nothomb Le symptôme graphomane

L'œuvre et la psyché Collection dirigée par Alain BRUN
L'œuvre et la psyché accueille la recherche d'un spécialiste (psychanalyste, philosophe, sémiologue...) qui jette sur l'art et l' œuvre un regard oblique. Il y révèle ainsi la place active de la Psyché.
Jean LE GUENNEC, La grande affaire du Petit Chose, 2006. Manuel DOS SANTOS JORGE, Fernando PESSOA, être pluriel. Les hétéronymes, 2005. Luc-Christophe GUILLERM, Jules Verne et la Psyché, 2005 Michel DAVID, Le ravissement de Marguerite Duras, 2005. Orlando CRUXÊN, Léonard de Vinci avec le Caravage. Hommage à la sublimation et à la création, 2005. Monique SASSIER, Ordres et désordres des sens. Entre langue et discours, 2004. Maïté MONCHAL, Homotextualité : Création et sexualité chez Jean Cocteau, 2004. Kostas NASSIKAS (sous la dir.), Le trauma entre création et destruction, 2004. Soraya TLATLI, Lafolie lyrique: Essai sur le surréalisme et la psychiatrie, 2004. Candice VETROFF-MULLER, Robert Schumann: l'homme (étude psychanalytique), 2003 CRESPO Luis Fernando, Identification projective dans les psychoses,2003. LE GUENNEC Jean, Raison et déraison dans le récit fantastique au XIXème siècle, 2003. DAVID Paul-Henri, Double langage de l'architecture, 2003. VINET Dominique, Romanesque britannique et psyché, 2003. LE GUENNEC Jean, États de l'inconscient dans le récit fantastique 1800-1900, 2003. NYSENHOLC Adolphe, Charles Chaplin, 2002. PRATT Jean-François, L'expérience musicale, 2002 ; BESANÇON Guy, L'écriture de soi, 2002. PAQUETTE Didier, La mascarade interculturelle, 2002. LHOTE Marie-Josèphe, Figure du héros et séduction, 2001. POIRIER Jacques, Écrivains français et psychanalyse, 2001.

DUPERRA Y Max, Déréalisation en littérature, 2001.

Michel

DAVID

Amélie Nothomb Le symptôme graphomane

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; France
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Hannattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales) Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa

75005 Paris

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IT AllE

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Ouagadougou 12

- RDC

DU WMEAUTEUR

Une

P{)Ichana/yse

amusante

-

Tintin à la lumière de Lacan, Desclée de

Brouwer, Paris, 1994. Marguerite Duras - Une écriture de la Jouissance, Desclée Brouwer, Paris, 1996.
Serge Gainsbourg- La scène dufantasme, Actes Sud, Paris, 1999.

de

Le Ravissement de Marguerite Duras, L'Harmattan, L'œuvre et la psyché, 2005.
Marguerite Duras, (en collab.), L'Herne, Paris, 2005.

Paris, coll.

Ce livre est publié avec l'aimable autorisation d'Amélie Nothomb que je remercie vivement pour ses indications et sa relecture attentive.

M.D.

www.1ibrairieharmattan.com harmattan l@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00480-6 EAN : 9782296004801

A MargueriteDA V/V

«( Les

œuvres d'art naissent toujours de qui a affronté le

danger, de qui est allé jusqu'au point que nul humain ne peut dépasser. Plus loin on pousse, plus propre, plus personnelJe, plus unique devient une vie. »

Rainer-Maria Rilke

«( La parole est un don du langage, et le langage n'est pas immatériel Il est cops subti4 mais il est corps. »

Jacques Lacan

«(Ecrire

ce n'est pas une activité,

c'est un état. »

Robert Musil

Amélie Nothomb reste très profondément marquée par l'Extrême-Orient où elle est née et a passé son enfance - la Chine et le Japon, en particulier. « Graphomane), comme elle se définit elle-même, elle écrit depuis toujours et connaît un grand succès. Hjgiène de l'assassinfut la révélation de la rentrée 1992. En 1993, elle publie Le Sabotageamoureux.Puis, en : 1994 : Les Combustibles 1995 : Les Catilinaires 1996 : Péplum 1997 : Attentat
1998 : Mercure

1999: Stupeur et tremblements (Grand française)
2000 : Métaphysique des tubes 2001 : Cosmétique de l'ennemi 2002 : Robert des noms propres 2003 : Antéchrista 2004 : Biographie de la faim 2005 : Acide sulfurique

Prix de l'Académie

(N ouce à l'édition des œuvres d'Amélie Nothomb, Le Livre de poche)

A la rencontre d'Amélie Nothomb

Lorsqu'on rencontre Amélie Nothomb, on est saisi, à l'écouter, par la vivacité, la précision et la singularité de sa parole, par son désir de parler et le tact de son propos. On est alors frappé par la simplicité de ton, son apparente facilité, son humour sérieux et la fluidité du dialogue qui s'installe. Ce qui n'est pas sans évoquer son art de dialoguiste présent et déployé dans la plupart de ses romans publiés depuis 1992, depuis Hygiène de l'assassin, premier brûlot nothombien d'une œuvre déjà significative qui connaît un immense succès francophone et même mondial. Amélie Nothomb est un écrivain accessible. La jeunesse d'âge ou d'esprit de ses lecteurs ne s'y trompe pas. On peut lire un livre d'Amélie Nothomb en deux petites heures et, pour le moins, on ne s'y ennuiera pas. Mais on peut aussi à l'occasion ne pas la lire et être débordé(e) par la multiplicité des « objets» nothombiens: les mots bien sûr, les paroles souvent peu communes de personnages se traitant comme des choses, les meurtres d'âmes, les dévastations premières et les évènements de corps, la récurrente opacité de l'Autre, l'énigme et la perplexité face au fait humain, la causticité et l'ironie du propos, la maestria verbale. .. tout un univers unique à peine adouci par un style classique étayé par de solides références philologiques, grecques et latines, artistiques, bibliques etc. qui annoncent déjà la proximité immédiate d'avec la Chose. 13

l

-

Expressionniste du prénom néologique ou encyclopédique, du mot rare, de l'ellipse, de l'oxymoron, de la litote ou de l'hyperbole, Amélie Nothomb nous saisit en outre par la montée en épingle des objets adhésifs issus des corps en présence: la voix, le cri, le regard, la balistique des perceptions, le miroir mortifère, la nourriture, les scybales, la déjection, le sang, la blessure, le vide, l'extase, le rien... comme le «(trop» des «(sensationsextraordinaires» et même la « frigorisation» du corps féminin dont Les Combustibles,son troisième livre, paru en 1994, nous annonce déjà que seul le livre lui confèrera une «(dernière parcelle d'humanité». Mais tous ces objets paradoxaux sont pris dans le langage et enveloppés d'un style rapide, élégant et personnel. L'écriture nothombienne leur confère une présence singulière et tolérable précisément durant ce court espace de temps qu'est la lecture d'un de ses livres. Amélie Nothomb est vivante, on peut même lui écrire, la rencontrer. Elle ne se prive pas de rencontrer son public. Elle passe même énormément de temps à répondre au monumental courrier de ses lecteurs, souvent plusieurs heures par jour, comme pour écrire, les deux sont devenus indissociables. Elle y tient beaucoup. On peut aussi la voir et l'écouter à distance. Les médias contemporains sont là pour ça: journaux, interviews innombrables, radios, TV, internet. .. on la voit partout. Amélie Nothomb s'adresse à l'Autre et se présente en chair et en os face aux questions et au regard publics de ceux et celles qui lui parlent (souvent d'eux/ elles-mêmes reconnaît-elle), de ceux qui l'interrogent et lui supposent un savoir, de ceux/celles qui l'admirent et l'aiment du même coup et qui sont souvent étonnés, voire fascinés par le « savoir» de l'écrivain sur la Chose intime et son mystère. Alors elle parle, elle répond, évoque les livres, l'écriture, les références, la littérature, l'énigme humaine, le rapport physique à l'acte d'écrire (un «(acte total» dit-elle). Elle parle aussi de la solitude, de l'angoisse, des brisures de l'adolescence, du corps malmené et quelquefois aussi de sa vie quotidienne. Parfois livre-t-elle des éléments de sa vie intime 14

mais rarement de sa vie privée. Ainsi, elle semble s'être tracé une limite sur ce point. II - L'écriture, la publication dans lesquelles elle s'est enracinée et le rapport mesuré mais dorénavant établi avec le public de ses lecteurs se sont noués ensemble chez Amélie Nothomb. Elle témoigne à l'occasion de ce nouage quand on l'écoute, de son adresse et de sa présence au monde ainsi, modus vivendiacquis à partir du désir d'écrire, de l'écriture assumée, de la publication, de la reconnaissance et du succès. Ses livres dépassent la question littéraire surannée des rapports entre vérité et fiction, entre (auto)biographie et roman, débat que le terme désormais convenu d'« auto fiction » tente de circonscrire dans le débat critique. Il y a par contre, c'est exact, un effort intense pour se raconter dans ses livres, une historicisation déjà remarquable dès 1993 avec Le Sabotage amoureux, puis avec les célèbres Stupeur et tremblements, Métapl?Ysique des tubes..", mouvement amplifié et «( acte autobiographique assumé depuis son intense et p » récente Biographiede la faim en 2004. Ces livres établissent et dessinent une frontière, un bord tenable entre faits avérés et remémorés, vécus et annoncés comme tels (( tout est vrai» ditelle souvent), et faits traduits, transposés dans l'espace romanesque le temps d'un récit. Ce traitement littéraire et textuel de l'expérience et de l'histoire semble permettre chez Amélie Nothomb le rassemblement et la récupération d'une image, d'un corps, l'appropriation d'une vie, d'une histoire envisageable et d'une pensée, ainsi qu'elle le dit à qui veut l'entendre. Elle se rassemble autour d'un nouveau prénom doublant le nom d'auteur, patronyme par ailleurs célèbre en Belgique. Mais s'il y a toutefois dans son œuvre un certain récit du « romanfamilial» (Freud), la névrose infantile (en tant que destin de l'aventure œdipienne avec le père et la mère) semble absente. L'écrivain n'a pas besoin de l'Œdipe. Tout cela reste, disons, « privé » et absent des récits autobiographiques. Mais en 15

revanche, elle nous fait part de son rapport au corps, au langage, aux autres et à l'espace. Elle témoigne de l'acharnement qui lui a été nécessaire pour se (re)consttuire une image et un corps qui tiennent le coup, dont l'objet-livre devient le support. Encore fallut-il qu'après l'expérience pour le moins déstabilisante (1'«(humiliation)) du Japon relatée dans Stupeur et tremblements,elle ait pu avoir l'idée de se mettre à écrire et le désir de soutenir la publication de sa production, ce qui n'est pas donné à tout le monde. C'est néanmoins le moyen qu'elle a trouvé afin de définir une position voire une réponse face à l'impossible à supporter qui la hante depuis la petite enfance, à savoir la crainte d'un certain état de «(déréliction ), expérience vécue dont elle décrit une des occurrences (1'«(abjection)) dans ce roman qui lui valut d'ailleurs l'estime de ses pairs plus âgés (Grand Prix du roman de l'Académie française 1999). Alors, laissons-nous emporter, guider et suivons ainsi Amélie Nothomb pas à pas dans cet itinéraire de vie, de littérature et de mots dans lequel le livre et l'œuvre apparaissent comme la réponse du sujet aux brisures de sa vie. Amélie Nothomb nous offre ainsi, à la lire, une expérience « clinique» si l'on peut dire, en la suivant à la lettre à travers les méandres d'une histoire littérairement bordée, saisissable, où l'endroit de la réalité vécue (ou censée l'avoir été) rejoint l'envers de la fiction romanesque jusqu'à se confondre avec elle. Effet de l'œuvre elle-même, Amélie Nothomb prend place dans le langage, ce «(corpssubtil ) comme l'écrit Lacan, un corps de signifiants bien plus solide parfois que le corps réel. Elle prend place auprès de l'Autre* dès

* « L'Autre », concept lacanien, sera entendu dans cet ouvrage comme le lieu du langage, du code, le «(trésor des signiftants) (Lacan), ainsi que l'Autre générique, du social, de la communauté humaine, de la C1.Ùture etc., toutes ces alluvions sédimentées de paroles, messages, termes, représentations... qui ont compté, qui comptent. C'est encore autrui dans son acception indifférenciée, énigmatique voire angoissante Qe
«( désir de l'Autre », «( la jouissance de l'Autre )).

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lors et (re)construit son histoire. Elle souligne et illustre cette équivalence éminemment subjective entre le souvenir « vrai » et sa reconstruction via la remémoration (Freud), nous démontrant alors que la seule «vraie» réalité qui vaille est toujours la réalité psychique, ainsi que cela se démontre dans l'efficace de la cure analytique, ce que Jacques Lacan pouvait évoquer lorsqu'il soulignait en l'occurrence le rapport intime
«(entre ce qu'on appelle œuvre d'art et ce que nous recueillons de l'expérience psychanalYtique. ) 1

Ainsi Amélie Nothomb traverse-t-elle ainsi son roman... familial, ou plutôt en saisit-elle les péripéties souvent éprouvées sur le mode du morcellement et de l'angoisse, voire parfois d'un certain ravage, d'un risque de néantisation dont elle fait état dans ses romans de l'enfance, lorsqu'elle dut suivre son père haut diplomate dans de nouveaux pays imprévisibles et quitter par exemple le Japon pour la Chine. Ecrire tout cela, c'est alors tenter de donner une forme relativement identifiée et unifiée à l'événement. Cet effort du passage de la multiplicité et du fractionné à l'unification dans/par l'œuvre est une traversée et une reconstruction à rebours de sa vie. Elle continue ainsi à (se) raconter, à s'écrire, à se transposer, dans un effort incessant, même si tout n'est pas racontable. L'écriture de l'autobiographie emporte avec elle son point de manque voire de vacuité. Elle ne peut rejoindre son objet final, ce qui est plutôt salutaire. Elle borde, avec ses pleins et ses déliés, les éléments aussi informulables qu'invérifiables du «vécu» subjectif secret de l'enfance, les échos du vide ainsi que les dangers extatiques liés à la proximité du néant tels qu'ils sont entre autres relatés dans
Métaphysique des tubes et Biographie de la faim.

Ainsi, avec Amélie Nothomb, on est de plain-pied dans la littérature en acte, dans l'urgence d'écrire qui impose un perpétuel Uvre à venir (Blanchot). Il s'agit là d'un texte-vie à la Duras, qui n'en finit pas de s'écrire pour notre bonheur de lecteurs. Elle se saisit alors elle-même autour de ce nouvel

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élément créé de toutes pièces, même si beaucoup de ses livres passent aux oubliettes: plus de cinquante-six à ce jour de son aveu même. Elle témoigne en direct-livede son état: « enceintede mes livres) comme elle l'énonce, de ces perpétuelles grossesses et parturition symboliques, nous donnant une idée de ce que cela représente pour elle que d'écrire, vers quel «(acte total) cela l'engage, ce que c'est physiquement pour elle qu'écrire des livres (ses « enfants)) dont certains seulement verront le jour, sortiront vivants si l'on peut dire pour filer la métaphore, seront par elle jugés publiables et seront publiés. Autant de prolongements et de matières à reconnaissance comme à échanges, à ces relations fiables désormais bien établies avec le public. Les autres textes, « accouchés» dans le silence de l'écrivain seul (elle écrit, dit-elle, en moyenne «3,7 romanspar an )) iront «(aufrigo ). Elle a pu dire ainsi: «(QuandJ.'ai
terminé un livre,je suis prise d'un dégoût total pour lui etje le mets «(au frigo ). J'appelle cela le post-coitum. Deux mois aprèsje le reprends etJe juge si je peux le partager avec d'autres humains ou pas.) 2 Ces textes

non publiés resteront à l'écart et elle y tient très fermement. Elle dit avoir même pris des mesures juridiques afin qu'ils ne soient jamais montrés et demeurent sans adresse ni publication aucune. III - Un tri est donc possible. Chez Amélie Nothomb, la littérature publiée c'est donc la «( vie), grâce à l'élaboration puis à l'extraction de l'objet-livre des limbes sans adresse. L'écriture et le livre sont devenus pour elle mode de présence au monde et, avec le succès et l'audience c'est logiquement qu'elle est devenue, non seulement un important écrivain contemporain mais également un auteur que l'on doit désormais reconnaître comme emblématique de notre modernité. Une modernité contemporaine parfois surprenante dans laquelle elle enracine souvent son propos, son Geune) public ne s'y trompant pas. Alors, elle témoigne bien sûr de la jeunesse de corps ou de cœur de son immense lectorat comme de sa propre jeunesse dont les 18

brisures, les désordres et les aspects «illimités» très souvent décrits par elle, ont mis une certaine expérience intime de la jouissance* aux commandes d'une œuvre en plein devenir, work in progress.Ses thèmes, le plus souvent tragiques et intemporels, relatent une enfance, une adolescence jalonnées par un nombre impressionnant de dérèglements ou de débran* Amélie Nothomb évoque un certain nombre d'excès, de« trop» dans ses romans. Jacques Lacan a conceptualisé le concept de ((Jouissance) pour exprimer la force, la « poussée» de cet élément impérieux, le «besoin» et l'excès qu'il suscite. En psychanalyse lacanienne, la « jouissance» est un concept majeur et central qui a peu de synonymes dans le langage ordinaire. Les termes de « satisfaction» ou de « plaisir » sont trop faibles pour en donner idée. En fait, la jouissance a sa source dans les pulsions les plus profondes, dont la pulsion dite «de mort» (Freud). La jouissance exprime un état dédoublé entre souffrance et délice, ravage et ravissement. La « volupté» y est paradoxale. Amélie Nothomb en parle, dans Biographie de la faim, comme d'une nécessité intérieure intense. C'est ici l'excès, le «trop» qui dépasse le sujet qui peut en devenir l'objet, en être littéralement persécuté et/ou extatique. La jouissance alimente les symptômes et leur donne cette allure opaque, incompréhensible, discordante, angoissante et inconvenante. Cependant, le sujet connaît deux sortes de jouissances: 1 - L'une est soumise à la loi de l'Autre, du langage et de la castration symbolique. Elle trouve à se satisfaire par le biais d'objets humanisés dits «causes du désir », situés hors corps du sujet. C'est la ((jouissancephallique) qui, en outre, limite le foisonnement de la satisfaction comme du sens et qui permet le bouclage de la signification, condition du « partage» avec autrui. C'est la jouissance prise « dans» le langage et sur laquelle s'appuie pour une part, semble-t-il, l'écriture d'Amélie Nothomb. 2 - La ((jouissanceAutre ), elle, ne connaît ni place, ni limite et reste dérégulée, erratique, hors signifiant. Elle trouve sa « satisfaction» en des objets situés sur/dans le corps du sujet, non délimités par la zone érogène ni distanciés ou extraits du corps. C'est une jouissance sauvage non soumise à la loi, à la limite dite phallique. Elle apparaît comme folle, énigmatique, centrée sur les organes du sujet (dont la voix et le regard). Persécutrice, elle est hors symbolique, hors discours, hors lien social. Lacan disait paradoxalement qu'elle (( n'existe pas», ce qui veut dire qu'on ne peut pas la désigner ou la contenir «toute)} ou la dire «La» puisqu'elle est délocalisée, anarchique et mortiÎere. Hors limite ordonnatrice, le sujet devient ici un (( sujet de la jouissance ) soumis aux dérèglements de cette jouissance « Autre », ce dont témoignent cliniquement les troubles hypocondriaques et diverses hallucinations, entre autres signes « réels» dont le sujet ne peut se défendre par le langage et qui l'envahissent (le (( Riel) lacanien se définit comme l'impossible à supporter et à comprendre). C'est cette jouissance « Autre» qui est souvent évoquée dans les romans d'Amélie Nothomb à partir de ses personnages ou de la narratrice.

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chements multiples, d'irruptions symptomatiques brutales induisant une susceptibilité, une &agilité revendication narcissique parfois déconcertantes, sans un certain nombre d'addictions orales relatées de apparemment humoristique (voir Métaphysique des
Biographie de la faim).

parfois et une compter manière tubes et

Mais la modernité d'Amélie Nothomb ressort aussi de l'exploration des symptômes contemporains, de leur traitement par l'écrit de la mystérieuse jouissance qu'ils recèlent, de leur lien à la féminité ainsi qu'au ravage à l'endroit d'une relation malade à la mère où à son tenant-lieu (Métaphysique des tubes, Robert des Noms propres, Antéchrista.. .). Elle nous parle directement du corps des jeunes filles, de l'anorexie, de la boulimie, des addictions, des obsessions narcissiques, de la dépression comme de l'hyperactivité, de la pensée qui s'évide, de la tentative de suicide, de l'alcool et de la toxicomanie, de la dépersonnalisation, de la déréliction... Elle relate ce qu'il en est, c'est exact, des formes mal apprivoisées et symptomatiques de certains modes de jouissance actuels, ceux d'un sujet « moderne» égaré dans le monde scientiste et évaluatif de notre société. Elle décrit le malaise dans la civilisation (Les Combustibles, Péplum, Acide suffurique) et celui du sujet à la recherche du fantôme de sa jouissance mythique, jouissance sur laquelle elle fonde sa Métaphysique des tubes et sa Biographiede la faim, exposition de ces dérèglements intimes et de ces symptômes de jouissance pure qui prennent alors, pour le sujet isolé, valeur d'être, d'identification, voire d'identité (<< être» anorexique, « être» toxicomane...) à travers la promotion et le « choix» d'un objet de jouissance particulier. Bref, elle décrit à partir d'elle-même toute cette clinique des jouissances contemporaines souvent catastrophiques et mortifères, qui se spécifient d'une relation à l'isolement. C'est une des singularités de l'écriture nothombienne que de l'éclairer par la voie littéraire. Amélie Nothomb nous parle ainsi du mythe de l'insularité. Mais elle se différencie cependant d'un Michel Houellebecq 20

(Les Particules élémentaires, La Possibilité d'une île), d'un

Maurice

G.

Dantec (Les Racines du ma4 Cosmos Incorporated)ou d'un Bret Easton Ellis (American P{Ycho,"Lunar Park) pour ne citer que trois des auteurs actuels sur la dérive des jouissances contemporaines malades, ces écrivains qui fascinent un public souvent jeune là aussi, à partir de leurs personnages psychotiques « déjantés» qui incarnent une violence totale et un débranchement radical vis-à-vis de l'Autre. Sa différence d'avec ces auteurs «extrêmes» est, entre autres, qu'on étudie dorénavant Amélie Nothomb dans les collèges, les lycées et même les universités (ce qui indique son inscription réussie au «(champ de l'Autre ) comme dit Lacan, au champ du social et de la culture) et qu'elle laisse quelques raisons d'espérer, entre autres par son abord de la question de la civilisation*, de la recherche de l'amour, du langage et de la littérature, bref, par son propre espoir en l'Autre et son désir intense de rester «(lisible). C'est sans doute sa réussite que de faire passer ce « savoir» à l'Autre, au public. Ce n'est pas une démarche calculée et encore moins carriériste, mais la marque d'un désir décidé. Car Amélie Nothomb est aussi un écrivain de désir, du désir, même si ce désir est agencé à partir d'une position fondamentalement solitaire. Et puis elle ne se saisit jamais comme victime, pas plus qu'elle ne cède à cette somptueuse facilité de la victimisation de ses héroïnes et de ses personnages. Elle réussit même à se voir comme actrice de son drame le plus précoce dans Métapf?ysique destubes, assumant entièrement une place qui est une position

Acide sulfurique (2005) dans lequel elle aborde la ReaJ TV à travers un * Concernant (( monde cauchemardesque et concentrationnaire, Amélie Nohomb dit que Le spectacle de la barbarie n'est pas la civiiiration ! L'absence de civilisation pour moi, de faire de J'audience, pouvait atteindre le néant. Le néant, c'est l'anéantissement des règles, de la civilisation. [C'est] Peut-être pas un cri d'alarme, mais un avertissement. Ce que je veux dire dans mon roman, c'est qu'il jàut vraiment consertJer ce que la civilisation a mis si longtemps à bâtir. [. . .J Oui, J'amour [y] est présent et va contre le néant. ['..J Dans mon roman, l'amour existe.)) (Interview exclusive in Femme actuelle nOl091, le 28 août 2005).

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d'objet, puis s'orientant et se reconstituant à partir de cette histoire d'anéantissement subjectif et de construction de soi. Evoquant Le Sabotage amoureux, elle dit ainsi: «(J'ai constaté que toutes ces destructions avaient toujours apporté quelque chose. Et qu'il fallait mieux se laisser détruire, d'abord parce qu'il ny a pas moyen de faire autrement, et puis parce quefinalement, ony perdrait beaucoup à ne pas se laisser détruire. On apprend toujours tellement de choses et laforme de soi qu'on panient à reconstruire est toujours quelqu'un deplus riche et de plus fragile['..l Les maisons japonaises, ce sont celles qu'on détruit le plus facilement parce que ce sont des maisons en papier. Tiens, justement, mon outil de travail! On les détruit comme rien, mais en même temps il ny apas plusfacile à reconstruire.Donc c'est vrai,je m'identifie tout àfait

à une maisonJaponaise.» Il lui arrive ainsi, comme elle le dit:
«(Quand je reçois mon courrier, une lettre peut me détruire['..l C'est très difficile et j'en prends souvent plein la gueule. 1/ y a des jours où Je rentre chez moi dans un état de décomposition avancée ['..l et je suis toujours

sidérée de voir que tiens non, au fond, je finis toujours par me ) reconstruire. Elle en déduit que: «(L.e ma~ on n'enguéritjamais, on
le garde toujours mais on peut éventuellement l'importance l'ennemi en faire un livre. Il ne guérira

certainement pas

['..l

D'où
)

cruciale du stYle. Le stYle c'est la

seule chose qui permet

d'affronter

['..l

C'est /e moment du stYle.

Ce moment-là me sauve.

Elle se souvient

alors:

«(J'ai commencé à

écrire à dix-sept ans, quand J8'ai guéri en fait. On ne peut pas être anorexique et écrire en même temps ['..l Je suis devenue très précisément anorexique le 5 janvier 1981 : à l'époque c'était encore la saint Amélie, depuis c'est devenu la saint Edouard, je ne sais pas pourquoi. Ma sœur et moi on a commencé cejour-là. Le projet était tellement extraordinaire que je voulais maîtriser tout, le temps et les nuits à partir du 5 janvier 1981. Je faisais défiler dans ma tête toute ma vie. Je devais me rappeler absolument de tout, tout ce qui m'était arrivé, surfout /es choses les plus insignijiantes. C'est très vite devenu une maladie puisque ça a beaucoup trop bien marché, à tel point que la nuit fa s'enclenchait tout seul. Et encore maintenant je dois lutter contre ça. Je me suis rendu compte que c'était très douloureux, que c'était de la folie ['..l J'avais un excès d'énergie. C'est bien mais en même temps fa peut être très destructeur.

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Donc il jallait fa sublimer et la sortir. Nietzsche m'a vraiment sauvée parce que je suis sûre que si Je n'avais pas commencé à écrire,J8'aurais fini

par mourir. » 3

IV - Ainsi Amélie Nothomb nous fait-elle participer à son drame comme à ses avancées et à ses solutions face à ce «(réel» que Lacan définit comme ((l'impossibleà supporter». Elle nous entraîne dans l'enjeu, que ce soit sur le mode le plus tragique (l'épuisement du corps du Sabotageamoureux ou des Combustibles, les tentatives de suicide de Métapf?ysiquedes tubes, les idées de défenestration de Stupeur et tremblements,devenir «( isant des g neiges» pétrifié dans Biographie de la faim... ) ou le plus apparemment banal, comme lorsqu'elle nous raconte ses multiples migrations et pertes d'elle-même dans les différents pays dans lesquels elle vit lorsqu'elle suit, enfant et adolescente, son père Patrick Nothomb, haut diplomate belge: Japon, Chine, Etats-Unis, Bangladesh etc. Elle relate aussi ses rares mais très fortes et très particulières amitiés avec Elena dans Le Sabotage amoureux, avec Christa dans Antéchrista, décrit son regard d'enfant plongé dans le mouvement d'un monde adulte foncièrement étrange, voire énigmatique et/ou insupportable. Elle ne parle que très très peu de son frère aîné André, davantage de sa sœur Juliette, et parfois de ses parents, à bonne distance. Dans ses livres, elle n'évoque que très peu la rencontre sexuelle avec les garçons, les hommes, semble se tenir au bord, là aussi, un peu comme Blanche, son héroïne d'Antéchrista que l'on sait très proche d'elle au même âge. Façons, peut-être, de demeurer tangentielle, de garder cela à distance ou« privé». Cependant, elle nous amène « dans» ses symptômes. Mieux, elle nous les décrit magistralement « de l'intérieur». Elle « sait », elle nous donne une leçon clinique. Elle nous y fait assister et peut-être même jusqu'à un certain point nous amène-t-elle à les partager lorsqu'on la suit dans cette lecture intime d'elle-même et de ses héroïnes préférées. Elle nous fait assister, par personnages interposés, à quelque chose de cette «(insondable 23

décisionde l'être» (Lacan) qui amène un sujet soit à sombrer dans la folie, l'acte, l'abjection ou le meurtre, soit à s'en sortir par la voie d'une solution, celle d'un désir « nouveau », reconstruit en quelque sorte, vers une nouvelle «(forme» d'elle-même ainsi qu'un lien tolérable avec autrui par le truchement de l'œuvre. La souffrance passe ainsi au crédit d'une création. C'est à ce point précis qu'Amélie Nothomb affirme sa modernité et l'authenticité de son rapport tant à l'extrême qu'à l'écriture, ce qui éclaire aussi sans doute l'une des raisons de son immense succès. En effet, non seulement elle nous décrit ce que c'est ou ce que ce fut d'être ou d'avoir été l'objet de la jouissance de l'Autre, mais elle nous embarque jusqu'à cette

place qui consiste à en avoir accepté «(l'abjection»

(Stupeuret

tremblements). Elle nous emmène «dans» cette position intenable, nous amenant à constater, à nous rappeler, et à nous indiquer que nous fûmes/sommes nous-mêmes l'objet des paroles, des demandes et du désir parfois insondable d'un(e) Autre. Amélie Nothomb décrit là le processus structural de l'aliénation, et ce au-delà des catégories cliniques: névrose, psychose, perversion. Elle dévoile au plus aigu la question de l'être, à savoir le consentement parfois sans raison mais pas sans cause à se faire objet de l'Autre. Cependant, elle prend le processus à son compte et le relate par écrit. Elle nous dit (puisqu'elle affirme souvent se reconnaître chez les autres et qu'elle postule que les autres sont comme elle sur ce plan) : «vous êtes vous-même objet de l'Autre; on est tous/toutes passé(e)s par là ! »... Et elle n'a pas tort. Dans ses romans, ça va effectivement assez loin sur ce plan, souvent jusqu'aux ravages de la folie, de la perversion ou du meurtre. Cela peut devenir pervers quand l'Autre vous utilise comme objet de jouissance, vous divise ou vous complète jusqu'à l'angoisse la plus mortelle, la soumission ou la domination la plus abjecte. Amélie Nothomb en rit si l'on peut dire, en écrivant tout cela et elle tente de nous en divertir tout en nous désignant le mal. Elle retourne la situation, la (re)crée, devient elle-même sujet 24

(écrivain, auteur) à partir de l'exposition de son «être-objet» autour duquel - du Sabotage amoureux à Stupeur et tremblements (être «(nettqyeusede chiottes)) puis Métapi?Jsiquedes tubes (être «(La Plante)) - elle trouve son singulier centre de gravité. De Métapi?Jsiquedes tubes, elle nous indique que nous sommes aussi tous/toutes des «(tubes), de la «plomberie), des «(éviers)... Elle enfonce le clou et nous désigne ô combien nous jouissons de notre altérité secrète, de nos symptômes comme résidus de l'objet que nous fûmes, combien nous jouissons de nos restes autistes et secrets fondamentalement réfractaires à l'Autre, au symbolique comme au langage dans lesquels Freud, au crépuscule de sa vie, repéra la pulsion de mort. Elle montre que ces restes de jouissance ne sont pas forcément perdus pour tout le monde. Ce sont ces «objets» paradoxaux et scandaleux qu'elle monte en épingle chez ses personnages les plus fameux, dont peut-être le plus célèbre qui la fit connaître: Prétextat
Tach dans Hygiène de l'assassin.

Son art de romancière devient alors art de naviguer entre vérité et fiction, entre « vécu » (ou supposé tel) et traduction par le « style» conçu comme seul moyen de border ce qu'elle nommera «(l'ennemiintérieur). Exercice délicat qui exige pour le moins un talent peu commun voire un génie particulier afin de s'en faire aimer par la même occasion. Cependant, elle a le bon goût et la force d'éviter le pathos et de le muer en tragique, en substance littéraire. On saisit alors l'effort dans lequel elle se trouve, effort noué par l'écriture de romans aussi simples que complexes, qui s'appuient sur une certaine dérision de l'être valant comme mise à distance de l'intolérable. C'est cette mise en mots et son usage élégant du style (comme de la politesse) qui participent aussi certainement à son channe et qui l'humanisent face à la tentation d'être «(le tube). Il lui devient alors possible d'assumer le «(Pacte autobiographique, ses cinq romans autobiographiques ) (Le Sabotage amoureux, Stupeur et tremblements,Métapi?Jsiquedes tubes, Antéchrista, Biographiede lafaim) dans lesquels le «(Je) est on ne 25

peut plus direct et sans ambiguïté. Elle n'est pas pour « la mort de l'auteur» comme l'on dit dans les cénacles littéraires, mais évidemment pour sa (sur)vie! Ce sont d'ailleurs ces romans-là qui ont été ses plus grands succès commerciaux. C'est dans ces textes qu'elle nous invite à partager l'essentiel et l'intime (publiable) de sa cogitation existentielle et littéraire, qu'elle s'offre non seulement à l'identification, mais aussi et surtout, qu'elle transforme le lecteur en regardeur/témoin/interlocuteur de son propre cheminement et de son sauvetage par l'écriture. Elle nous mène au bord du trou et de sa confrontation avec la Chose anéantis sante. Elle confia ainsi récemment à son public
breton: « C'est vrai, la première chose qui me fait émre reste la curiosité. Je suis face à un mystère humain que je ne comprends pas. Il anive que ce mystère soit en moi parce que Je fais partie de l'humanité et que ce mystère

m'habite autant qu'il habite les autres. Mais, que le livre soit
autobiographique ou qu'il ne le soit pas, c'est toujours la même démarche: que s'est-il donc passé? Quel est ce fait humain-là que je ne comprends pas, que ce soit le voisinage dans Les Catilinaires, le harcèlement dans

Stupeur et tremblements,
cauchemar dans Antéchrista

ou ma meilleure amie qui tourne au
? Que se passe-t-il ? Dans ces cas-là, je ne que de lui consacrer un

connais pas d'autre façon de poser le problème

roman ['..l L'émture prolonge les questionnements de l'enfance. A savoir: est-ce que c'est vraiment comme ça? ['..l C'est bienpour ça
qu'émre, c'est continuer l'enfance par d'aulres ml!Yens.) 4

v

- Ecrire donc comme manière et matière à se tenir et à aborder le « mystère humain ), celui du manque de mots, de symboles essentiels pour se penser et se définir comme sujet et non plus comme objet face à l'Autre? « Pour Stupeur et
tremblements, il s'agissait d'un mystère personneL Paifois il s'agit d'un mystère qui concerne l'humain en général, comme dans Les Catilinaires : un fait récurrent, celui de l'importun qui s'impose sous son pire visage, qui ne déloge pas. Qu'en faire? C'est un grand mystère. Cosmétique de l'ennemi s'en rapproche ['..l Dans tous mes livres, on retrouve ce rapport avec l'aulre, vu sous un angle conflictueL On met des êtres humains

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