Au tournant des Lumières

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Divisé en cinq parties (Théories et genres littéraires ; Réflexions anglaises ; Traductions et adaptations ; Face à la musique et à la peinture ; Autour d'Amphitryon), l'ouvrage propose plusieurs approches d'études comparatistes entre la littérature et d'autres domaines de l'expression artistique. Inspiré par des cultures occidentales, Jacques VOISINE (1914-2001) essaie d'y introduire des parallèles avec d'autres pays. Il ouvre aussi de nouveaux champs à la recherche en littérature générale et comparée, où une stricte approche théorique s'accompagne de postulats esthétiques et éthiques.
Publié le : samedi 1 mai 2010
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EAN13 : 9782296254039
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Préface

Professeur de littérature générale et comparée aux universités de Lille
puis Paris (Sorbonne, puis Sorbonne-Nouvelle /Paris III/),Jacques Voisine a
contribué à la formation de plusieurs générations de comparatistes en France et
à l’étranger. Grâce à ses qualités, reconnues partous, d’honnêteté etde
tolérance, il a réussi à créerun climatde compréhension, de confiance etde
responsabilité dans lequel la précision des recherches s’accompagnaitdurespect
detoutes les cultures etdetoutes les conceptionsthéoriques, même de celles
dontil n’étaitpas lui-même partisan. Cen’estpasun hasard si son séminaire a
été fréquenté par des étudiants detous les continents. Les Français s’y
trouvaientà côté des jeunes étrangers, les Africainsycollaboraientavec les
Chinois, les Juifs avec les Arabes, les Polonais avec les Allemands … Un des
buts duprésent volume estde rappeler, devivifier ces années d’incitations
intellectuelles etplmorales ;usieurs articles contenus dans ce recueil sont
étroitementliés à son enseignement universitaire, certains émanentdirectement
de sa collaboration avec des étudiants. Ils ontété conçus pour attirer l’attention
sur des problèmes pouvantêtre développés par ses successeurs.

Les études comparatistes n’étaientpas pour Jacques Voisine seulement
question de l’enseignementoude recherches personnelles, maisune sorte
d’engagementqui reste actuel de nos jours. Il essayaitde réunir des chercheurs
de plusieurs pays pour collaborer à des projets littéraires communs. Pendantles
années du« rideaude fer » il a réussi ànouer des contacts avec des savants de
pays de l’Europe de l’Est; lors duCongrès de l’Association internationale de
littérature comparée (AILC) à Belgrade en 1967, il a lancé le projet
d’élaboration collective d’uhisne «toire comparéedes littératures de langues
européennes », dont vingt-deux volumes ontété publiés à ce jour etdontla série
est toujours en cours : dans ce long intervalle detemps, les conceptions initiales
ontsans doute été modifiées, mais l’essentiel —une collaboration
internationale — atoujours été gardé.

Les principauxintérêts de Jacques Voisine se reflètentdans ses
recherches, guidées à la fois par la précision de la documentation la plus large
possible, parune ouverture à des cultures différentes,ycompris celles dontla
diffusion estlimitée, etparune pensée claire etnuancée, orientéeversun
effortpourtrouver destraits communs des littératures, à premièrevue éloignées
lesunes des autres —oupour comprendre etexpliquer leurs diversités.

Lui-même spécialiste de J. J. Rousseau, il a été amené à s’occuper de la
période de 1760-1820etil a envisagé de préparer, avec des collaborateurs de
plusieurs pays,unvolume sur la prose de cette période. Avec ses étudiants il a
rassembléune documentation considérable sur ce sujet, il a écritetpublié des
ébauches de plusieurs chapitres, mais — conscientde l’impossibilité de
dominerun sujetaussivaste, et trop consciencieuxpour présenteruntravail
« incompletil n’a pas p» —umener à bien cevolume. Quelques-unes des

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études publiées dans le présentrecueiltémoignentde l’orientation qu’il avait
vouludonner à cetouvrage.
Touten s’intéressantauxcultures de plusieurs pays (tout
particulièrementauxcultures allemande, italienne etnéerlandaise), il était
surtoutangliciste. Il s’occupait, certes, des auteurs duTournantduSiècle des
Lumières, mais il étaitattiré aussi par ceuxqui s’approchaientd’un certaintype
de romantisme (Hazlitt, Wordsworth) — etiltrouvaitbeaucoup de plaisir à la
lecture de HenryJames.

Il s’adonnaità des analyses ponctuelles, comme entémoignentses
travauxsur destraductions, mais en mêmetemps, il s’appuyaitsur la finesse
d’un goûtartistique (qui peutrappeler que son père étaitacteur, membre de la
troupe de Lucien Guitry). Pendantplusieurs années, il a fait, avec Mme
Maurice-Amour, des cours sur les rapports entre la musique etla littérature dont
un écho setrouve précisémentdans le présent volume. Il s’inspiraitde ses
lectures de Hoffmann, de James etd’autres, auteurs qui s’interrogentsur la
« magie de la peinture ».

A premièrevue professeur modeste et très sérieux, il étaitproche de
« l’ironieexistentde Giraielle »udoux, dontsurtoutAmphitryon, ouplutôt
Alcmène, l’intéressaient, avec leurs doutes sur la possibilité de connaître le
monde extérieur etd’être sûrs de leurs propres sentiments.

Dans le présent volume, il ne s’agitpas d’un bilan de l’activité
intellectuelle de Jacques Voisine (les limites de ce recueil excluentd’y
prétéendre). Lestudes qui s’y trouventne sontpastoutes de même niveau;
certaines donnentl’impression d’untravail achevé et— avec quelques
compléments — pourraientfaire partie de ce projet, qui lui étaitcher, d’une
« Histoire de la prose entre 1760-1820». D’autres incitentplutôtà poursuivre
les recherches entreprises.
Presquetous ces articles sontTorédigés en français.utefois Jacques
Voisine publiaitégalementdans d’autres langues, surtout: on enen anglais
trouvera iciun modeste exemple.

Son héritage reste ouvert— il représenteun des chemins du
comparatisme français, multiforme, cherchantsavoie, hésitantdevant
l’impossibilité de « connaîtretout» etinvitantàune collaborationtoujours plus
large etàune réflexion dépassantles limites d’une seule formulethéorique et
d’une seule orientation philosophique.

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Yves Chevrel
François Mouret
Daniel H. Pageaux
Hana Voisine-Jechova

Théories et genres littéraires

Histoire, critique et théorie littéraires (1760 1820)

Avec Voltaire, avecHume etGibbon, puisavec leschercheurs
universitairesallemandsdespremièresdécenniesduXIXesiècle,quisontà
l'origine de lavocation de Michelet, la pensée historiques'estaffranchie du
providentialisme de Bossuetpour serapprocherde laréflexion philosophique;
la notion de « Philosophie de l'histoire » areçuavec Herder sa consécration.
Tantôtl'historien est soutenuparl'idéal d'un progrèsde l'humanité,tantôtilvoit
dansl'enchaînementdesévénements un inéluctable déterminisme, maisil nese
contente plusd'êtreun chroniqueur.

L'approche historiquesecondée parl'étude critique des textes—que
pratique aussi l'historien —vatransformerl'étude duphénomène littéraire, ou
àvrai dire donnernaissance àunetelle étude.Lesgrandeséditionsdetextesdu
passéquisesontmultipliéesdepuisle débutduXVIIIesiècle ont rendu
possible l'apparition, autourde 1800, à la foisde l'histoire littéraire etde la
critique littéraire modernes, chacune bénéficiantdesprogrèsde l'autre.

La production littéraire duXVIllesiècle en Europe occidentale a innové
surcelle des sièclesprécédents, en cequ'elle n'estpasdominée parla poésie
maisparlesidées, etparleurapplication à lavie pratique.De grandeshistoires
de la civilisation, commel'Essai sur les Mœursde Voltaire ou sonSiècle de
Louis XIV, comme leRisorgimento dell'Italia negli studi, nelle arti, e nei
costumi dopo il Mille, de Betinelli (1773)faisaientde bonne heureune large
place à l'activité littéraire etartistique, etmontraientcommentcesfacteurs, au
mêmetitreque les réalisationséconomiquesetlesexploitsmilitaires,
contribuentà constituerl'espritd'une époque.Cette notion d'espritdu temps, de
Zeitgeist,témoigne de la conscience du relativisme historique.Elle peut
s'appliquer soitàunsiècle,soità diversmomentsd'une lente évolution,soità
l'actualité contemporaine —favorisée en cela parla presse périodique.C'esten
grande partie autourd'elleques'organisentetl'histoire littéraire etla critique
littéraire,sansd'ailleurs que cesdeuxdisciplines,
nécessairementcomplémentaires,soientalorsperçuescomme distinctes.

L'équilibre entre démarche historique etdémarche critique peutêtre
considéré commeune opposition dialectique dontontrouverait sansdoute des
exemplesdansle passé, maisdontprennentplusnettementconscience les
générationsde la fin duXVIlle etdudébutduXIXesiècles.C'est que la
réflexionsurla littérature estalors renouvelée parla découverte ou redécouverte
d'œuvresjusqu'alorsinconnues(c'estle cas, pourla plupartdeslettrésdu
continenteuropéen, du théâtre de Shakespeare), ouméprisées(c'estle casdes
poètesfrançaisduXVIesiècle frappésd'ostracisme parBoileauet que
redécouvrent, avantlesFrançais, descritiquesanglaisde la fin duXVIIIe

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siècle), et que dire de larévélation d'Ossian, de l'intérêtpourla littérature
populaire, dont un Herderdonne l'exemple?

A l'origine de cesdécouvertesou réhabilitations sontévidemmentles
débats surla notion de goût quisesontmultipliésdepuisle débutduXVIlle
siècle.On accepte désormaisplusoumoins selon lespays,que le goûtpuisse
différerd'une nation àune autre, etd'unsiècle à l'autre.Souscetaspectau
moins, laquerelle desanciensetdesmodernesperd deson Intérêt.Sansdoute
connaît-elleun nouvel avatardanslesoppositionsentre classiqueset
romantiques(les seconds, en France,traitantlespremiersde « perruques»),
maisil convientde ne pasen exagérerl'importance;ce n'estpasen ces termes
quese pose, en Angleterre, laquestion du renouvellementpoétique;ailleursles
antagonismeslittéraires sonten partie faussésparla passion idéologique.En
Italie dunord leromantisme libéral etnationals'oppose auconservatisme
associé aupouvoirautrichien.En Allemagne le classicisme antiquisantde
Schilleretde Goethe participe de l'humanisme cosmopolite desLumièresetest
proche d'un protestantisme éclairé,tandis que la plupartdesécrivains
romantiques, conservateurscatholiquesouconvertisaucatholicisme, défendent
une esthétiquequiseréclamevolontiersd'un nationalisme étroiten même
temps qu'elle idéaliseun Moyen Âge féodal.

Quelles quesoientlespositionsadoptées, elles sontlargement
tributairesd'un esprithistoriquequise manifeste aussi bien dansles sujets
traitésparlesdramaturgesetpoètes que dansl'appréciation desœuvresparla
critique.La Révolution française jouesonrôle ici en cesens que jamaisencore
on n'a prisaussi nettementconsciencequ'à partirde la dernière décennie du
siècle, de l'influenceque peuventavoir surle coursde l'histoire lesidées
propagéesparlesgrandsécrivains.Pouroutrancières qu'elles soient, les thèses
de Burke etde l'abbé Barruelvontdansle mêmesens que lesgrandeshistoires
de la civilisation élaboréesparlesécrivainsdesLumières, mettantenvaleurla
place de la littérature et sa contribution à la marche de l'histoire.Comment, dès
lors, l'étude de la littérature pourrait-ellese dispenserdu recoursà l'approche
historique?

* * *

Que la pratique etleterme même d'« histoire littéraire »soient
représentatifs, auxenvironsde 1800, d'un espritnouveau, c'estceque montre
larésistance hostile de la critique conservatrice française.Dussault,rendantcompte
dans unesérie d'articlesduJournal des Débats,de l'ouvrage de Sismondi,De la
littérature du Midi de l'Europe, proteste, dansla livraison du 29septembre
1813, contre « cesprétendueshistoires littéraires», fondées
surdes«re-cherchesaussi laborieuses queridicules»;ily voit unetentative pourimposer« les
principesde la littératureromantique », c'est-à-dire pourintroduire le chaos
dansla critique.Cette littérature, poursuit-il, « a-t-ellesesprincipeset ses

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règles ?Quel nouvel Aristote pourrait-il enrédigerlapoétique?» Le grand mot
estlâché : l'histoire littéraire constitue la négation despoétiques traditionnelles.
« Historique »s'oppose à normatif oudogmatique, et supposeque lesFrançais
renoncentà l'axiome d'un bon goût universel etéternel dontilsdétiendraientle
monopole entant qu'héritiersdesGrecsetdesLatins: conceptionsurlaquelle
repose implicitementl'ordonnance des quatorzevolumesduLycée, ou Cours de
littérature ancienne etmoderne(1799)de La Harpe.

On comprend, danscesconditions,que la France etlesautrespaysde
langueromane,qui les unsetlesautres se considèrentà des titresdiverscomme
lescontinuateursdesRomains, nerenoncent quetardivement,
etincomplètement, auxPoétiques qui fontautorité depuisla Renaissance et quise
réclamentd'Aristote etd‘Horace.Enrevanche l'Allemagne, justementfière de
l'essornouveau que prendsa littérature, affranchie de l'imitation desmodes
françaises, estparexcellence le promoteurdesnouvellesconceptionsen matière
de critique, ayantaccepté avec enthousiasme lesmodèleslittérairesoffertspar
Shakespeare, parOssian, parla Bible— etaussi parl'image nouvelleque les
travauxdeséruditsprésententdésormaisde l'antiquité classique,soumise elle
aussi àune perspective historique danslaquelle le oulesauteursde l'Iliadene
sontplusperçusimplicitement surle même planque Sophocle ouVirgile.

Si l'étude de la littératureselon desprincipeshistoriques setrouve
associée de faità l'essordumouvement romantique, leterme d'« histoire
littéraire » estantérieurauXIXesiècle.C'esten 1733 que lesBénédictinsde St
Maurontpublié le premier volume de leurmonumentaleHistoire littéraire de
la France— entreprise detrèslongue haleinequi en est restée auMoyen Âge.
C'estaussi auMoyen Âgequese limitaitl'Histoire littéraire destroubadoursde
Lacurne de Ste Palaye (1774).Cette dernière avaitété précédée parlaStoria
della letteratura italiana(1772)de Tiraboschi, première histoire d'ensemble
d'une littérature nationale, avec laquellerivalisera plus tard (1811-1819)celle,
consacréetoujoursà l'Italie, maisen langue française, de Ginguené —
plusieursfois traduite en italien.

Le premier quartduXIXesièclevoitaussi paraître, en diverspays, des
ouvragesconsacrés,soità l'histoire d'une littérature nationale,soità celle d'un
genre littéraire dans une ouplusieurslittératures.Lesmeilleursde cesouvrages
prennent soin d'envisagerl'évolution littéraire dans sonrapportavec l'histoire
générale de la civilisation, comme l'avaitdéjà faitVoltaire.On estdésormais
loin des secs répertoiresoucataloguesdesXVIIe etXVIIIesièclescomme les
Ouvrages des Savantsde Baillet(1696)oulaCimbria literatadeJohann
Mollner(1743), compilations représentativesd'untempsoùlittérature était
encoresynonyme d'érudition.La mêmetransformations'estopérée dansles
monographiesconsacréesàun écrivain, etlongtempsdominéesparlatradition
rhétorique de l'élogeacadémique;mêmesi certainescontinuentà accorderà la
biographieune placequ'on jugeraitexcessive aujourd'hui, la présentation et

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l'appréciation desécritsde l'auteurbénéficientdésormaisd'une approche
critique.L'interpénétration de la démarche historique etde la démarche critique
esten effet sensible dans touslesdomainesdesétudeslittéraires.L'emploi du
substantif etde l'adjectif «critique»s'estmultiplié aucoursduXVIIIesiècle
dansles titresdesouvragesplusoumoins théoriquesde diverseslangues.Le
phénomènes'accroîtencore en Allemagne avec leretentissementde la pensée
kantienne.Cesécrits théoriqueseux-mêmesne consistentplusenréflexions
abstraites surla nature duBeauet surle goûtesthétique.Ens'interrogeant surla
partdu relatif etla partde l'universel danscesnotions, on estamené à les
illustrerpardesexempleshistoriques.L'histoire desgenreslittérairesprend
ainsi naissance.

Cette association de l'histoire etde la critique dansl'étude desfaits
littérairesne donne pas toujourslieuà desécritsautonomes ;elle entre comme
parle passé dansdesensemblesplus vastes(histoiresde la civilisation), ou
apparaîtdansdespréfaces, descorrespondancesentre écrivains(Goethe et
Schiller), oudanscespolémiques qui constituent une desmanifestations
caractéristiquesde l'avènementdu romantisme.Le développementde la presse
offre aussi de nouvellespossibilités,soitdansles traditionnelscomptes rendus,
soit sousforme d'essais.

On donnera iciquelquesexemplesd'écritsmarquantsdanslesdifférents
domaines quiviennentd'être indiqués.

* * *

Lesinnombrablesdiscussions surle goûtet surla nature duBeauont
amené de bonne heure às'interroger surcequirapprochaitla littérature etles
artsplastiqueset surcequi constituaitlaspécificité de l'une etdesautres.Dans
lesecond casl'ouvrage fondamental a été leLaocoonde Lessing
(1766),soustitré « Leslimitesde la peinture etde la poésie ».Dansle premiercas, on avu
se généraliserl'attitude consistantà considérer une œuvre littéraire commeun
objetartistique aumêmetitrequ'untableauou unestatue.Lesenquêtes surce
que l'Espagnol Arteaga appelle dansletitre d'untraité publié en 1789, « La
beauté idéale considérée comme objetdetouslesartsd'imitation »s'inscrivent
dansle domaine de cette discipline nouvelleque dès1750l'Allemand
Baumgarten, disciple de Wolf, baptise dunom latin d'Aesthetica.Leterme,
reprisparle HongroisSzerdahelyen 1778, estbientôtnaturalisé parles
Allemands,quise fontlespromoteursde la nouvelle «science », laquelle
bénéficie bientôtdes rigoureuxprincipescritiquesformulésparKantdans sa
Critique duJugement.AprèslesLettresde Schillersur l'Education esthétique
de l'Humanité, Jean Paul Richter surle mode fantaisistequi estlesien, puisplus
sérieusementle critique ethistorien de la littérature Bouterwek, marquentau
débutduXIXesiècle lesprogrèsde l'Esthétique,qui demeureraun domaine de

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prédilection desAllemands
littératures.

mais

gagnera

plus

tardivementlesautres

Laréflexionsurla littérature proprementdite et surla création littéraire
sontpour une bonne part tributaires, à la foisdesgrands traitéscomne celui de
Lord Kames(HenryHome),Elements of Criticism(1762),qui asurtout
influencé lesAllemands, etde lavogue desnotionsd'« originalité » etde «
génie »,qui prennentchezlesRomantiquesl'ampleur que l'onsait.Là encore le
relaisparlesAllemandsdesidéesde Shaftesburyjoueunrôle important, ainsi
que lesConjectures on Original Compositiond'Edward Young, maislerôle
centralrevientpeut-être à Diderot.

Lesadeptesde l'histoire philosophique, Voltaire, Gibbon, Hume, ont
préparé lesespritsà abandonnerl'idée d'une évolution homogène etcontinue en
matière littéraire.L'opposition entre classicisme et
romantismevatrancherdéfinitivement.Déjà Schilleropposait« poésie naïve » et« poésiesentimentale »,
soitdeux typesde mentalitéqui correspondenten gros,sans toutefoisêtre
strictementdélimitésdansletemps, à l'opposition classique-moderne.Avec A.
W.Schlegel et sonvulgarisateurde génie Mme de Staël, la distinction entre
littératuresduNord etlittératuresduMidise double d'une distinction entre
antiquité gréco-latine etlittérature moderne issue duMoyen Âge chrétien.Ces
distinctionsélémentaires, largementet rapidementadoptées,vontfavoriserle
développementdeshistoriographieslittérairesnationales.Ce n'estpas que
soientpourautantabandonnéeslesambitieuses tentativespour tracerdes
tableauxd'ensemble de l'histoire deslittératureseuropéennesdepuisl'antiquité
(entendonsparlà Europe occidentale).La grande compilation duJésuite
espagnol Andres,rédigée d'abord en italien (1784-1806) relève encore des
conceptions traditionnelles.Chezlesnovateurs, Fr.Schlegel faitporter ses
travauxà la fois surleslittératuresancienneset surcellesdesmodernes.Les
conférencesdeson frère Auguste-Guillaumese limitentà l'artdramatique, mais
c'estdéjà, desGrecsetdesLatinsà lascène contemporaine en Europe,un
domaine immense.Fr.Bouterwek atraité de la Poésie etde l'Eloquence (en
Europe)depuisla fin duXlllesiècle, etla partie de l'ouvrage consacrée à
l'Espagne, bientôt traduite en espagnol, faitlongtempsautorité.Le prodigieux
enrichissementdeslettresallemandesdepuisle milieuduXVIllesiècle a frappé
de bonne heure lesobservateursétrangers.Carlo Denina consacre deux
ouvragesen français, danslesannées1780, aux« Progrèsde la littérature du
Nord de l'Allemagne », maison n'ensauraitcomparerl'importance augrand
livre de Mme de Staël danslesannées1810.Avec l'Espagne (grâce à
Bouterwek), l'Italie est seule à posséderdèsavant1820 une histoire complète de
sa littérature nationale, celle de Ginguené,qui dépasse le niveaude bonne
compilation bibliographiqueréalisée parTiraboschi.L'Angleterre ason histoire
de la poésie nationale (ThomasWarton) quis'arrête audébutduXVIIIesiècle.
L'histoire de la littératuretchèque de Jungmann (1825), écrite dansla langue
nationale etconçue dans un espritanalogue à celle de Tiraboschi, est un

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monument remarquable à cette date dans une littérature dontlarésurrection
littéraire estencoretouterécente.Il fautaussisignaler, pour sa nouveauté,
l'anthologie bilingue de Fauriel,Chants populaires de la Grèce moderne(1822),
que précèdeune longue etimportante présentation historique etcritique.

Dansla plupartdespays, l'histoire littéraire est une approchetrop
nouvelle encore pour qu'onrencontre, avantle milieuduXIXesiècle, des
ouvragesd'ensemblesurla production nationale.LesConférencesde Nyerup et
Rhabeksurl'histoire de la littérature danoise, dèslesannées1800,vontdansce
sens.A défautd'ouvragesd'ensemble, les« aperçus», les« coupsd'œil »,sous
forme d'articlesdansdespériodiques,sontnombreux ;de même leslivres
consacrésàune période jugée importante.William Hazlittdonne, puispublie,
unesérie de conférences surla littérature dramatique élizabéthaine.Le «
Tableau» publié parProsperde Barante en 1810,De la littérature française
pendantle XVIIIe siècle, estle développementd'un essai présentéquelques
annéesplus tôt,surcethème misauconcoursparl'Académie française;le livre
s'inspire de la méthodesuivie parMme de Staël dansDe la littérature, en
intégrantl'histoire littéraire au tableaude l'évolutionsociale.Lesécrits
consacrésà la période contemporainese multiplient ;Marie-Joseph Chénier, en
1815,retrace le progrèsde la littérature française depuis1789.C'estlàune
nouveautéquiva être favorisée parle développementde la presse périodique :
ainsi letableau« critique ethistorique » de la littératuresuédoise dudébutdu
XIXesiècle présenté parL.Hammarsköld.

* * *

Lorsque l'histoire littérairese dégage de lasimple nomenclature
bibliographique, elle peutêtretentée de mettre l'accent surlesauteursplus que
surlesœuvres.Cette démarcheva desoi pourla critiqueromantique, à la
recherche de l'individualité, ducaractéristique, des tempéramentsoriginaux.La
pratique du«portraitlittéraire» brillammentillustrée plus tard parSainte-Beuve,
maisinaugurée dès1827parWilliam Hazlitt quisous-titre « Literaryportraits»
sonSpiritofthe Age, estappelée à faire école.Lesmonographiesconsacréesà
un grand écrivain dupassé proche oulointain,quise multiplientà partirde la
fin duXVIIIesiècle, annoncent quelquefoiscettetendance, maiscertaines
peuventaussitraiterd'une œuvre littéraire étudiée pourelle-même et
indépendammentde la biographie deson auteur: ainsi leCommentaire sur
Corneille(en fait sur sonthéâtre)de Voltaire (1764).Bienqu'onsache peude
chosesurlavie de Shakespeare,seséditeursanglais(Pope, Samuel Johnson),
puis ses traducteursallemandsetfrançais,s'interrogent sur sa biographie.Plus
tard WalterScott, éditantlesœuvresde Dryden, lesfaitaussi précéderd'une
biographie.LaVie de Cervantesde l'éruditespagnol Mayans ySiscar suscite de
l'intérêten Angleterre, oùelle est traduite.Joseph Warton écrit surPope, et
Radi
ev surLomonosov.Citonsencore lesLettres sur les écrits etle caractère
de J.-J. Rousseau, écritde jeunesse de Mme de Staël, le livre duHongroisJános

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Batsányisur son grand compatriote desLumières, Bessenyei;en pays
scandinave lesétudesde K.L.RahbecksurHolberg (1815-17), de
L.HammarsköldsurSchiller(1808), en Angleterre laLife of Schillerde Carlyle
(1825).
La biographie desécrivainsn'est qu'un aspectde l'effortgénéral déjà
signalé pourancrerla littérature danslavie de l'époque, etpas seulementlavie
ducréateur.L'esprithistorique impose, avec lerelativisme, l'abandon dumythe
d'une littératureuniverselle etéternelle,régie pardesprincipesinamovibles
dont un despremiersestl'imitation.Une contrepartie estdonc nécessaire,si la
liberté d'inventerne doitpas s'identifierà l'anarchie.C'estàquoivise
l'élaboration de la «science » de l'esthétique,qui comme lesécrits théoriques
des romantiquesallemands sesitue entre la philosophie etla poétique.La
position extrêmequi leurestpropre assimile la critique àun jeupoétique,
l'artistese détachantdesa créationselon le principe de l'« ironieromantique ».
L'équilibre entre attitude critique etattitude historique esticirompu.En
revanche, là oùleromantisme allemand a associé l'indépendance critique
même auprixd'injusticesà l'égard duclassicisme français- à l'étude historique,
c'està luique l'Europe est redevable d'une philosophie cohérentequi crée
véritablementl'histoire littéraire, etdontl'expression parexcellence estlasérie
desconférencesd'A.W.Schlegelsurl'histoire du théâtre.Prononcéesen 1808 à
Vienne, cesconférences sont réuniesetpubliées, puis très vitetraduitesen
français(1814)eten anglais(1815).Leur retentissementeuropéen est
considérable, nonseulementparl'intérêt qu'elleséveillentou réveillent, etpour
lethéâtre de Shakespeare (dontSchlegel estlui-mêmeun des traducteursles
plus remarquables), etpourcelui duSiècle d'orespagnol - maisaussi parla
distinctionqu'établitSchlegel entre « classique » et«romantique »;distinction,
comme onsait, immédiatement vulgarisée parle livreDe l'Allemagnede Mme
de Staël.

La distinctionreposait sur une base historique, opposantl'esthétique
léguée parl'antiquité gréco-latine à celle née duchristianisme etdéveloppée
dansleslittératuresmédiévalesde l'Europe.Le débat surleromantisme domine
désormaispour unquartdesiècle aumoins toute laréflexionsurla création
littéraire - maisaussisurles tâchesde la critique etde l'histoire littéraires.L'une
etl'autre,telles que nouslesconnaissonsaujourd'hui, ontleurs racinesdans
l'intérêtpassionné des romantiquespourl'histoire.Il n'estpasinutile d'insister
icisurce momentdécisif.

La confrontation desesthétiques romantique etclassique oblige la
critique àsortirducadre de la littérature nationale.Lesgrandeslittératuresde
l'Europe occidentale jouent toutes unrôle, à des titresdivers, dansle débat.
L'anglaise estglorieusement représentée parShakespeare;le faitest
indépendantde l'indifférence marquée parla critique anglaise du tempsà l'égard
de laquerelle entre classiqueset romantiques,qu'elle considère commeune
affaire purementcontinentale.Le culte de Shakespeare esten grande partie

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responsable duprestigequ'exerce la poésie dramatique, éclipsant sarivale la
poésie épique, avecqui elle partageaitlaroyauté dansla hiérarchie
aristotélicienne.Maislesgrandsdramaturgesespagnolsdupassé bénéficient
aussi grâce à Schlegel d'uneredécouverte.Pourla première foisdepuis unsiècle
etdemi, lesmodèlesfrançais sontconcurrencés,voire abandonnés, etdansleur
paysmême.

Lesuccèsdes thèses romantiques résulte de la conjonction oude
l'interaction detroiscourantscritiques: allemand, français, italien.Si en effet
De l'Allemagnea largement secondé lesidéesde Schlegel, leslibérauxmilanais
dujournalIIConciliatoresontdéjà acquispar quelques-unsde leurs
compatriotes, comme Bertola, auxméritesde la littérature allemande
contemporaine.Ces romantiquesde Milan ontà leur tourexercéune influence
non négligeablesurl'opinion cultivée française,tantgrâce à l'amitié entre
Manzoni etFauriel età l'intervention directe dupremierdanslaquerelle
française pouroucontre les unitésau théâtre (laLettre à M. Chauvet) -que par
l'intermédiaire de Stendhal, partisan enthousiaste dulibéralisme politique et
littéraire milanais;onsait que Stendhal estl'introducteuren France dumot
romantisme, d'abordsous sa formeromanticismecalquéesurl'italien.Une
dizaine d'annéesaprèslescampagnesduConciliatoredanslesannées1816et
suivantes, leGlobeen Francerevendiquaitlesdroitsde l'écrivain à
l'indépendance, etdéfendaitleromantisme comme « le protestantisme dansles
lettresetlesarts».Si l'Angleterre, onvientde levoir, n'aque faire alorsde
l'étiquette «romantisme », elle compte paradoxalementle poète considéré à
l'étrangercommereprésentatif parexcellence dumouvement: Byron.Pourtant
Byron a lui-même manifesté bien peude curiosité à l'égard de laquerelle
romantisme-classicisme.S'il avaitdûprendre parti c'estauclassicismeque
seraitalléesa préférence.N'a-t-il pasdéfendu vigoureusementPope contreses
détracteurs, dontWilliam Lisle Bowles qui futle maître de Wordsworth?La
facture du versde Byron,sarhétorique, l'adoption de lastrophe dite
spensérienne dansle long poème deChilde Haroldqui fit sa gloire,rendaientce
poète, malgré lavéhémence deson message, facilementaccessible àun public
européen habitué augoûtfrançaisetauxformesclassiques.Parallèlementà
Byron, passentégalementpour romantiques, aux yeuxdesFrançaisdumoins,
quiseveulentclassiques, SchilleretGoethe (ce dernierà cause deWerther).

Avec letriomphe européen dulyrisme épique etdramatique de Byron,
du roman historique de WalterScott, lavieille critique, fermée à l'histoire et
plusencore à l'histoire littéraire,rebelle à lavariété des tempsetdeslieux(au
«caractéristique»), a perdu toutcrédit.Lesconceptionsd'A.W.Schlegel,
serviesparMme de Staël, ouvrentlavoie à l'histoire età la critique littérairesde
l'avenir.

IIseraitpourtantinjuste de mettre aucompte du seul esprit romantique
l'ensemble du renouvellementcritique dudébutduXIXesiècle.L'ébranlement,

1

8

sinon la désagrégation, de la hiérarchie etde la classification desgenres telles
que lesfixaientlesanciennespoétiques, a commencé avantleromantisme.C'est
un adversaire du romantisme, en la personne de Goethe,qui a formulé la
conception - demeuréevalable, etd'ailleursacceptée par sescompatriotes
romantiques- d'unregroupemententroisgrandsmodesd'expression, épique,
lyrique, dramatique,qu'il appelle lesNaturformen der Poesie.Onsaitcomment
cetryptique devaitêtrevulgarisé parVictorHugo dansla Préface deCromwell,
oùil le présente comme correspondantàtrois stadesde l'évolution littéraire
depuisl'enfance de l'humanité.Démarche historiciste, bien caractéristique de
l'orientation de la critique nouvelle.Plusd'un desgrandsprincipescritiques
dont seréclame leromantisme faisaitpartie de l'héritage légué parle XVIIIe
siècle;ainsi la notion d'originalité, popularisée parEdward Young, etle débat
entre le goûtetle génie auquel contribua principalementDiderot.Un autre
débat, celui entre l’inspiration etl'art,remonte aumoinsà la Renaissance;c'est
encore Diderot qui lui a donnéune nouvelle forme avecsonParadoxe sur le
comédien,avant que William Wordsworth en proposeunerésolution avec la
définition de la poésiequ'il a donnée dansla Préface de 1815 desLyrical
Ballads.

Dansla première préface (1800)de cerecueilqui paruten 1798, on
lisait: «Poetryis thespontaneousoverflowof powerful feelings» - formulequi
semble accorderà lathèse de l'inspirationunesuprématie indiscutée.Maisen
1815 la formule est reprise, etcomplétée parce correctif,quirétablitlesdroits
de l'art réfléchi: « it takesitsorigin from emotionrecollected intranquillity».

C'est une descaractéristiquesde la littératureromantiqueque le goût
despréfaces;lesFrançais s'y sontparticulièrementdistingués.Signe des temps,
la définition de la poésie, dudrame, et, peuà peu, du roman, est souventau
centre de cespréfaces.Laréflexion critique -souventaccompagnée de
considérationshistoriques-tend àse généraliserchezlesécrivains,sans vouloir
seséparerde la pratique puisqu'ils'agitde justifieraux yeuxdupublic la
nouveauté oul'originalité d'une œuvre.Cettetendance,qu'on pourraitappeler
pragmatique, est sensible chezlesFrançaisetlesItaliens, àun moindre degré
chezlesAnglais- alors qu'en Allemagne, où sansdoute elle n'estpasabsente,
les traités théoriques sontplusnombreux qu'ailleurs,sousl'influence du
développement sansprécédentde la pensée philosophique, de Kantà Hegel.En
Angleterre Coleridge,qui de bonne heures'estintéressé de prèsà la philosophie
kantienne, estleseul poète às'en nourriretàs'en inspirerdans une production
théorétique considérable, et sous une forme abstraitequ'on nerencontre guère
chez sescompatriotes.Laréticence générale àthéoriser setraduitparlerecours
àun mode d'expressionqui a déjàseslettresde noblesse danslatradition
nationale, l'essai.Favorisé par une presse périodique dequalité, l'essai
britannique est souventconnuetapprécié à l'étranger;en France, dansles
années1820,unerevuespécialisée, laRevue britannique,présentesousla
forme de cequ'on appelleraitaujourd'huiundigestlesmeilleursarticles

1

9

littérairesd'outre-Manche,traduitspardescritiquesenrenom.Lesnomsde
CharlesLamb, de William Hazlitt, de Leigh Hunt, deviennentfamiliersau
public cultivé duContinentetcontribuentà populariserle cadresouplequ'offre
l'essai à laréflexion critique aussi bienqu'à la méditation ouà la fantaisie.Voilà
qui convientà la jeune générationromantique dupremier quartduXIXesiècle,
quisouhaitevolontiers unirlespositionsde principe à l'activité créatrice.La
formuletend de plusen plusàremplacerla pratique des revuesdu siècle
précédent, oùla critique littéraireseréduisait tropsouventà desimplescomptes
rendus qui ne dépassaientguère l'analyse descriptive.

***

L'abandon graduel desanciennespoétiquesdogmatiquesnese faitpas
sans que d'âpresdébatscontinuentàse dérouler, en France eten Italie dumoins,
sur unequestion jugée fondamentale, l'opportunité de l'observation des règles,
envigueurdepuisla Renaissance, dansla composition dramatique.C'est sur
cettequestion des règles queroulentlesprincipauxmanifestes romantiques.Ce
n'estpasici le lieud'entraiter, puisqu'un ouvrage parallèle aunôtre estconsacré
auxgenresdramatiquesde la période 1760-1820 ;la bibliographiequisuitle
présentchapitre mentionne lesprincipaux textesde l'époquerelatifsà la
question.On feraseulement remarquer que cesmanifestesconstituent
l'aboutissementd'un processusinitié dèsle milieuduXVIIIesiècle avec le
succèsdudrame domestique ou« bourgeois» anglaiset sarapide extension à
la France, à l'Allemagne, à l'Italie;processusamplifié parlavogue de
Shakespeare etpar unerelative désaffection pourl'étiquette «tragédie »
(plusieursdes« drames» duSturm-und-Drangs'intitulent simplement«
Schauspiel »,soit« pièce dethéâtre »).

Le genre littéraire en prosequi commence àsusciterdésormaisla
réflexion descritiquesestévidemmentleroman,qui connaîtrason plein
développementetlareconnaissance desavaleuresthétique à partirdumilieudu
XIXesiècle.Le débat surleroman estcertesactif dèsle XVIIIesiècle, mais
pendantlongtempsilse concentresurdes questionsextra-esthétiques telles que
la moralité, lavraisemblancerationnelle, l'utilité -valeursfondamentalesdes
Lumières.Leroman commençant seulement, autourde 1800, à êtrereconnu
commeun genre littéraire à partentière, le petit traité plus que centenaire de
Daniel Huetfaitencore autorité.C'est sousla forme d'une lettre à Segrais, en
guise de préface au romanZaïdeattribué alorsà ce dernier(maisécriten fait
parMme de La Fayette) que l'éruditévêque d'Avranchesprésentait ses vues sur
l'Origine des romans(1670).Unetraduction allemande en estinsérée bientôt
parE.G.Happel (1682)dans sonromanDer insulanische Mandorell
(Mandorell etlesIles) sousla forme d'un longrécitduhéros,récit qui en
constitue lesdernierschapitres.En 1759 encore l'Italien Costantini jugeutile de
traduire Huetpour sescompatriotes.Clara Reeve en 1785,touten affectantde
le considérercommesuperficiel, prendsoin de lerésumerenquatre pagesdans

2

0

sonProgress of Romance ;Sade encore en 1800 seréfère au«savantHuet».
Cesdeuxderniersauteursadoptent sa méthode, combinantprésentation
historique de l'évolution dugenreromanesque etpalmarèsdesmeilleurs
romanciers, mais seréservant surce dernierpointla liberté duchoix.Clara
Reevetoutefois(à la différence de Sade)nes'interroge pascomme le faisait
Huet surlesoriginesetdumotetdugenre;elle préfère, cequi esten effetplus
intéressant,recueillirdesdéfinitions(toutesanglaises).L'un etl'autre, comme le
faisaitHuet, énumèrentdonc lesprincipaux romansdepuisl'antiquité jusqu'à
1770dansle casde l'Anglaise, jusqu'à la périodetoutà faitcontemporaine, avec
les récitsde MrsRadcliffe etleMoinede Lewis, dansle casde Sade, Même
aperçuhistorique dansleVersuch über den Romande Blanckenburg (1774),qui
s'arrête évidemmentplus tôt.Clara Reeve introduitdans son énumérationune
intéressante division, chronologique en partie, maisaussi logique, entrois
séries: « Old Romances»jusqu'à la fin duXVIesiècle, « NewRomances» de
La Calprenède auTélémaque,et« Novels», duDécaméronetdesNouvelles
exemplairesà la fin duXVIIIesiècle, en passantparMme de La Fayette; si elle
pose bien dèsle débutdeson livre la distinction entreromanceetnovel,elle ne
différencie pas« nouvelle » et«roman ».

Clara Reeve, Mme de Staël(Essai sur les Fictions,1795),Sadesont,
eux-mêmes romanciers, etce dernierprésentesonIdée sur les romanscomme
la préface àsonrecueil de courts romans(plutôtnouvelles)Les crimes de
l'amour.Letraité de Huetaussi était une préface.Clara Reeve a choisi au
contraire de présenter sesconceptions surle genre dans un ouvrage en deux
petits volumeset sousforme de dialogue, danslatradition desdébatscritiques
du siècle précédent, comme lesParallèles des Anciens etdes Modernesde
CharlesPerraultoul'Essayon Dramatic Poesyde Dryden.Le Suédois
Palmbladrecourtlui aussi, en 1812, à la forme dudialogue.C'estencoresous
une formetraditionnelle, celle de laLettre,que Friedrich Schlegel présente des
idées qui n'ontpourtant rien de conventionnel;mieuxencore, ceBriefüber den
Romans'insère dans un Dialogue(Gespräch)surla Poésie.C'est une
présentation plusmodernequ'adopte Mme de Staël, dontl'Essai sur les
Fictions,modeste par sesproportions, estasseznovateurpouravoirattiré
l'attention de Goethe,qui letraduisit.C'étaitdéjàsousla forme d'un Essaique
Blanckenburg avaitpubliéuntraitéun peuconfusdans sarichesse, maisdontla
conclusion insiste justement surlerefusdetoutdogmatisme,qui explique le
choixdu titreEssai.Ilreconnaîtn'avoirpasluHuet, ne manifestantpasd'intérêt
surlaquestion desorigines, ni dumot, ni dugenre, désireux qu'il est seulement
de proposerdes suggestionsàsescompatriotesfuturs romanciers.

Le présentchapitre étantconsacré auxformes querevêtent,sous
l'influence desétudeshistoriques, la critique etl'histoire littéraires, ne peut
omettre de faire mention descontributions qui concernentplusprécisémentle
genreromanesque;maisenraison ducaractère généralementfragmentaire et
disperséqu'ellesprésentent(les raresexceptions viennentd'être passéesen

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revue), ilserait
accompagnent.

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indépendammentdesœuvres qu'elles

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(comp.en 1784)
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1807,Paris1818

Grèce
FAURIEL, C.Ch.,Chants populaires de la Grèce moderne,1822

Hongrie
BOD,P., Magyar Athenas,1766
PÁPAY,S., A magyar literatura ismerete,1808 [Connaissance de la littérature
hongroise]
Italie
DENINA, C., Essai[en fr.]sur la littérature italienne,1762
TIRABOSCHI, G.,Storia della letteratura italiana,1772-1782
GINGUENÉ, P.L.,Histoire littéraire de l'Italie,1811-1819
HOBHOUSE, J.C.,Essayonthe PresentLiterature of Italy
UGONI, C., Della letteratura italiana nella seconda metà del secolo XVIII°

Pays-Bas
De CLERCQ, W., (en néerl.)De l'influence des littératures étrangères sur la
néerlandaise, dudébutduXVe siècle à nos jours,1824

2

7

Russie
TREDJAKOVSKIJ, V.K.,Sur la poésie russe, ancienne, moderne et contemporaine
(ms.enrusse de 1755resté inédit)
BESTUEV, A.A.,Aperçu de la littérature ancienne et nouvelle en Russie(enrusse),
1823;Aperçude la littérature ancienne etnouvelle en Russie en 1824
etaudébutde 1825,1825

Suède
HAMMARSKÖLD, L.,Coup d'œil sur la littérature suédoise depuis 1803,(anon.),
Lyceum,1810 ;Kritisch-historische Übersichtdes Zustandes der
schwedischen Literatur seitdem Anfange dieses Jahrhunderts,in
Brockhaus' Hermes oder kritisches Jahrbuch der Literatur,1823 ;
La littérature suédoise. Notes historiques etcritiques(ensuédois )
1818-19
Littératuretchèque
PELCL, F.M.DOBROVSK, &, J.,Scriptores rerum bohemicarum,1783, 1784
PELCL, F.M.,Böhmische, mährischeund schlesische Gelehrteund Schriftsteller aus
dem Orden der Jesuiten,1786 ;Böhmische Bibliothek oder
Verzeichnis aller in böhmischer Sprache gedruckten Bücher bis 1798
(ouv. resté en ms.)
DOBROVSK, J.,Geschichte der Böhmischen Spracheund ältern Literatur,1818
JUNGMANN, J.,Historie literatury.eské,1825 (Hist.de la littér. tchèque;en fait
répertoire desécrivains)

Littératures extra-européennes
CSOKONAI VITÉZ, M., De la poésie asiatique(en hongrois)

VI.Biographies etMonographies consacrées àun écrivain
(parordre alphabétique desécrivains traités)

ÁNYOS : JánosBATSÁNYI,Ányos Pál,1788
BESSENYEI : BATSÁNYI,Bessenyei etses œuvres(en hongrois), 1788
BAGGESEN : Christian MOJBECH,B. comme poète etprosateur danois(en danois)
1827
CERVANTES : Gr.MAYANS Y SISCAR,Vida de Mig. de Cervantes(commanditée
parJohn Carteret, Lord Granville), 1737
CHAUCER:Thos.TYRWHITT,The CanterburyTales of Chaucer,etc.1775-78
CORNEILLE : VOLTAIRE,Commentaire sur Corneille,1764
CSOKONAI : KÖLCSEY,Csokonai VitézMihály,1817
DRYDEN : W.SCOTT,Life of D.inWorks of D.,1808
GESSNER : BERTOLA DE'GIORGI,Elogio di G.,1785
HOLBERG : K.L.RAHBECK,Sur L. H. auteur de comédies, etsur ses comédiens(en
dan.)1815-17
HÖLDERLIN : W.WEIBLINGER, Fr.H., Leben, Dichtungund Wahnsinn
(écrit v.1824)
LOMONOSOV : RADI1EV,Sur L.(enrusse)1780
POPE : JOS.WARTON,Essayonthe Genius and Writings of P.,1756, 1782

2

8

RICHARDSON : DIDEROT,Eloge de R.,1762
ROUSSEAU,J.-J.:GINGUENÉ,Lettres sur les« Confessions » de J.-J. R.,1791,
Mme de STAËL,Lettres sur les écrits etle caractère de J.-J. R.,1788
SCHILLER : Lorenzo HAMMARSKÖLD,Essai de critique de Fr. Sch. comme poète,
historien etphilosophe,(ensuédois), 1808;CARLYLE,Life of
Schiller,1825
SHAKESPEARE:EmilyMONTAGU,Essayonthe Writings and Genius of
Shakespeare,1769 (Trad.frse,Apologie de Shakespeare,anon.,
1777) ;LE TOURNEUR, « Vie de S.», dansPréface duShakespeare
traduitde l'anglais ,Paris, 1776(utilise lesbiogr.entête deséd.
publiéesparROWE, 1709, POPE, 1725, S.JOHNSON, 1765) ;
VOLTAIRE,Lettre à l'Académie française, lue en séance publique le
25 août1776 ;GiuseppeBARETTI,Discours sur Shakespeare et M.
de Voltaire,Lond., 1776
VOLTAIRE: CONDORCET,Vie de Voltaire,1789

COLLECTION DE BIOGRAPHIES

JOHNSON, Samuel,The Lives ofthe Poets,1782(biographiesde 52poètesanglais)

1773
1800

1810
1815

1816
1817
1818
1819
1819

1820
1820
1820
1825
1827

ALL
ANG

FR
ANG

ITA
ANG
ITA
ITA
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FR
ITA/FR
ANG
FR
FR

MANIFESTES LITTERAIRES
HERDER, GOETHE, MÖSER,Von deutscher Art und Kunst
WORDSWORTH&COLERIDGE, Préface desLyrical Ballads
(recueil publ.en 1798)
Mme de STAËL,De l'Allemagne
Seconde préface desLyrical Balladsentête de l'éd.desPoemsde
Wordsworth
BERCHET,Lettera semiseria di Grisostomo
COLERIDGE,Biographia literaria
TORTI, Giov.,Sulla poesia
PORTA, Carlo,El/sic/Romanticismo
BOWLES, W.L.Invariable Principles of Poetry(déclenche
polémique avec Byronsurlesméritesde Pope)
NODIER, Ch.,Mélanges de littérature etde critique
MANZONI, A., Lettre à Chauvet(cf.ArtDramatique), 1820
SHELLEY,A Defence of Poetry
STENDHAL,Racine etShakespeare(I)et(II)
HUGO, V.,Préface de Cromwell

* Il n'estpas tenucompte ici des trèsnombreuses revuesconsacrées— entoutou
partie— à la littérature.En outre beaucoup detextescritiques se présentent sousla
forme de préfaces, de fragments(Kritische Fragmentede Fr.Schlegel), oude
correspondancesentre écrivains(Goethe etSchiller)...

2

9

1
La critique en crise
Introduction

AucoursduXVIIIesiècle la critiquesetrouve prise entre deux
tendancescontradictoires: effortderationalisation et systématisation lié à la
mission d'éducation, de formation morale etcivique assignée à la littérature;
légitimitéreconnue d'une diversité desgoûts, notion d'originalité affirmée, de
Shaftesburyà Edw.Young, comme marque authentique detoute création, puis
confirmée parla « découverte » de nouvelles valeurslittéraires(Ossian, Bible,
Shakespeare)ne devant rien auxAnciens.

Si l'imitation n'estplusle principe fondamental de l'art, il n'existe plus
de modèlesà partirdesquelson puisse formulerles règlesnécessairesàtout
jugement.L'appréciation desœuvres sera-t-elle désormaisfondéesurlaseule
émotionressentie (cf.lecture d'Ossian parWertheretLotte) ?La porte est-elle
ouverte au subjectivisme età l'impressionnisme?

Danscette incertitude,unequestion demeure centrale,qui dansle passé
n'a jamais reçuderéponse claire :qui est qualifié pourexercerla critique?Et
pasplus qu'autrefoison ne peutespérer trouverdanslesécritsdu tempsdes
positions théoriques surla définition de la critique littéraire, lesobjectifs qu'on
lui assigne, lesméthodespréconisées.Il fautdéduire les réponsesde la pratique
même, en constatant qu'elle estde plusen plus souventen contradiction avec les
principesaffirmésdanslesécrits théoriques, peunombreux,qui continuent, du
faitde 1'« Universalité de la langue française » (Rivarol, 1784)à connaîtreune
notoriété européenne : Boileau, Batteux ;Marmontel, plus tard encore,
beaucoup moins ;La Harpe.Leur seulrival estl'EcossaisHugh Blair.

C’estdansdesécritsde caractèretrèsdivers qu’il faudraitchercherdes
observations,souventfugitives,surceque doitêtre la critique;même les très
nombreux traités surla nature duGoûtouduBeau sontici de peudesecours.

Les vertus salutairesd’une bonne critique, proclaméesparHorace,
BoileauetPope nesont sérieusementmisesen doute parpersonne;maison
trouve plusfacile de donnerdesexemplesde cequ'est un mauvaiscritiqueque
detracerle portraitducritique idéal.

L'emploi du substantif etde l'adjectif « critique »se multiplie dansles
titresd'ouvrages théoriquesaucoursduXVIIIesiècle :Réflexions critiques sur

1
La plupartdescitationsdanscetarticlesont tiréesde René Wellek,Historyof Modern
Criticism, 1750-1950.1955-1965,tomes1 etIl.Chacun de cesdeux tomescontient un
répertoire, parnotions, desécritscritiqueslesplusimportantsde la période,un index
hominum et un index rerum.

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