Bilan technique du roman moderne

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Cet ouvrage cherche à faire le point sur l'art du roman, en évaluant les expériences les plus décisives dans ce domaine. A partir d'un choix arbitraire de corpus qui donne la primeur à certains écrits de Luc Estang et de Paul-André Lesort, il essaie de montrer les différentes étapes de l'évolution de la création romanesque.
Publié le : lundi 1 novembre 2010
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EAN13 : 9782296432956
Nombre de pages : 153
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BILAN TECHNIQUE
DU ROMAN MODERNE
Birahim THIOUNE






BILAN TECHNIQUE
DU ROMAN MODERNE









Du même auteur

Les nouveaux romanciers chrétiens. Code biblique et code de l'écrivain,
L’Harmattan, septembre 2010.

















© L'HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-10283-5
EAN : 9782296102835





À la mémoire du philosophe
Sémou Paté Guèye



À mes amis de Tours
Jack Vivier,
Peggy Richard,
Abdoulaye Sarr.



INTRODUCTION
Le roman au vingtième siècle est l’aboutissement de
multiples avatars. Il s’est développé et enrichi des moyens
techniques de tous les autres genres. Il a cherché à diversifier
ses dispositifs tout en gardant comme référence principale le
eXIX siècle. Le théâtre et la poésie ont eu très tôt des
codifications à travers des poétiques. La première en date,
celle d’Aristote (vers 344 avant J.-C.) établit les principes
1essentiels de la composition . Bien plus tard, l’Art Poétique de

1 Aristote, Poétique, Éditions Mille et une nuits, mars, 1997 ; traduction du
grec par Odette Bellevenue et Séverine Auffret. Aristote est né à Stagire
dans la péninsule Chalcidique vers 384 / 3 av. J.-C. Pour lui la poésie, art
d’imitation, se distingue en poésie narrative et en poésie dramatique.
« L’épopée, la poésie tragique, la comédie, le dithyrambe, et en grande
partie le jeu de la flûte et de la cithare, tous ces arts, d’une manière
générale, sont des imitations » (Ch. I). La peinture des caractères constitue
pour le Stagirite un aspect capital de la représentation (Ch. II). Ces
caractères ont un rôle fonctionnel dans l’histoire en train de se produire
puisqu’ils contribuent à éclairer les situations et les destins qui se jouent.
« L’imitation de l’action, c’est l’histoire. J’appelle " histoire " l’agencement
des faits, "caractères" ce qui nous fait dire des personnages en action qu’ils
sont ce qu’ils sont, et "pensée" tout ce que les personnages disent pour
démontrer quelque chose ou pour développer cette idée ». (Ch. VI). Il
apparaît clairement pour lui qu’il existe un art de la composition obéissant
à un fonctionnement rigoureux : « Forme un tout ce qui a un
commencement, un milieu et une fin. Le commencement est ce qui ne
suit pas nécessairement d’une autre chose, tandis qu’il suit de lui
nécessairement une autre chose ; la fin, au contraire, est ce qui suit
naturellement d’une autre chose, nécessairement ou le plus souvent, tandis
qu’il n’y a rien d’autre après elle ; le milieu est ce qui, de soi, suit d’une
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Boileau (1674) codifiera les règles devant régir la pratique des
genres, en s’appuyant sur ce qui se faisait déjà. Cet auteur a
eu le mérite de mettre en forme un existant solidement
constitué, mais éparpillé dans une culture exubérante. Le
roman qui pourtant repose sur des principes rigoureux de
composition n’a pas connu de codification préalable.
C’est qu’il s’est inspiré des genres qui l’ont précédé, dans
le traitement des données essentielles du temps et de l’espace,
ce qui le rapproche du théâtre et de la poésie narrative ; mais
également dans la création des personnages et des caractères,
ce qui le rattache aux genres de fiction comme le conte et la
nouvelle. L’art de la composition dans le roman concerne,
pour l’essentiel, l’intrigue qui renvoie au déroulement des
événements et les caractères qui constituent l’identité des
epersonnages. Le roman au XIX siècle s’illustre d’écrivains
importants dans la littérature française d’aujourd’hui par le
volume et la qualité de leurs œuvres. Stendhal, Balzac,
Flaubert, Zola ont en effet donné au roman des possibilités
nouvelles à leur époque. Il est intéressant d’observer les
transformations qui ont fait que des auteurs – dont l’intention
affichée n’était pas de constituer une doctrine – se sont
retrouvés grâce à Gustave Flaubert sur un terrain

chose et est suivi d’autre chose. Les histoires bien agencées ne doivent
donc ni commencer ni finir au hasard, mais elles doivent se conformer
eaux principes qu’on vient d’énoncer ». (Ch. VII). Le 19 siècle a adopté ce
epoint de vue, mais le XX siècle l’a très sérieusement remis en cause. La
place du héros dans le récit des événements (Ch. VIII), le problème de la
vraisemblance (Ch. IX), la complexité de l’action (Ch. X), les parties
constitutives de la tragédie (prologue et épilogue) devenues des techniques
dans le roman moderne (Ch. XII) sont déjà analysés dans ce "bréviaire de
l’art" (Séverine Auffret). Le précepteur d’Alexandre demeure quoi qu’on
ait pu dire, le génial inspirateur du classicisme, mais également le
rédacteur d’un texte fondateur de la modernité en littérature.
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représentant le système d’idées qui évoluera vers la doctrine
naturaliste avec Émile Zola.
Un bilan littéraire n’est pas un bilan financier et ne peut
avoir la même assurance dans la tenue des comptabilités.
« C’est dire qu’il doit être fait à la fois de visions très
générales et de détails précis qui y doivent trouver leur
2place ».
Sans prétendre, ni à la précision du bilan médical qui
appelle l’administration d’un remède ni à la rigueur du
répertoire de formes, il se situera entre le panorama et le choix
personnel, entre l’ordre de l’objectivité attestée et celui de la
subjectivité épurée. Il y a manifestement, dans la littérature de
ela première moitié du XX siècle, un mouvement constant lié
à la nature des idées esthétiques et des thèmes et aux
changements opérés dans la création des personnages. Vont
contribuer à la redéfinition des contours du personnage
romanesque les sciences en expansion, au cours de la première
emoitié du XX siècle, que sont la sociologie et l’anthropologie.
La sociologie s’appliqua alors à faire correspondre les
structures repérées dans la vie sociale et économique et celles
des œuvres de littérature, l’anthropologie se donnant, pendant
ce temps, les moyens de confronter les profils classiques du
personnage, à travers des types d’énoncés non consignés, avec
ses représentations dans les mythes, les contes populaires, etc.
qui se passent de psychologisme. Il s’agira moins de s’attaquer
à des massifs déjà constitués que d’établir des liens avec des
phénomènes de profondeur dont le rôle, dans l’évolution des
techniques et dans les processus de mutation de la conscience
morale et spirituelle, est important quoique souvent mal perçu.

2 e R-M. Albères, Bilan littéraire du XX siècle, Paris, Éditions Montaigne,
1962, Avant-propos, p. 6.
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CHAPITRE I

Les techniques traditionnelles du roman
Elles sont présentes, pour l’essentiel, dans les romans
réalistes et naturalistes qui sont demeurés les sources
epermanentes des romanciers du XX siècle. Le discours
romanesque traditionnel utilise en effet des moyens variés
pour instaurer un cadre et révéler les personnages. L’une de
ses modalités les plus courantes est constituée par la narration
des événements. Ceux-ci sont généralement relatés par un
narrateur adoptant le point de vue de l’omniscience ; mais il
arrive que les révélations soient faites à travers le regard du
héros. La description qui présente le cadre où se déroulent les
existences représente, à côté de la narration, un moyen
privilégié de connaissance des milieux et des personnages.
Balzac s’était érigé en défenseur de la description naturaliste
à laquelle Zola a attaché son nom. Le dialogue joue
également, dans l’esthétique classique, un rôle majeur
puisqu’il permet de faire avancer l’intrigue, de procéder à
l’analyse psychologique des personnages et d’éviter, en même
temps, les intrusions de l’auteur dans le récit.
I. Le pacte narratif classique
Les sources du roman réaliste se trouvent chez Gautier,
Balzac, Stendhal et Mérimée dont les œuvres sont tributaires
d’influences variées, provenant de l’histoire, de la littérature,
mais aussi des arts et des sciences. En effet, ces écrivains
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évoluent dans une société bourgeoise et matérialiste où le
profit est la principale tentation. Cela contribue d’ailleurs,
dans une certaine mesure, au rejet des exagérations du
romantisme. Attirés par les artistes vers une réaction de type
classique, les écrivains manifestent plutôt un goût pour la
science. Entre 1857 et 1880, on assiste au développement et à
l’amplification des tendances réalistes.
Balzac pour sa part royaliste et tourné vers la religion se
donne pour tâche la peinture de la société française entre
trois Révolutions : celle de 1789, celles de 1848 consacrant la
fin de la royauté et de 1851 par laquelle Napoléon III
instaure l’Empire. Il passe en revue toutes les classes sociales
et toutes les professions, montrant l’homme en proie à des
passions humaines et révélant un caractère qui se modifie au
gré des circonstances. Il montre que l’individu manifeste son
être profond dans ses habitudes, ses tics, son physique, son
costume, mais surtout son cadre de vie. Pour lui, l’univers
romanesque doit se ramener à des détails et à un amas de
petites circonstances. Il faut donc que le romancier ait une
grande puissance d’observation et de pénétration des âmes
pour atteindre une extrême précision et donner l’illusion du
vrai. Balzac met en œuvre une pensée déterministe puisqu’il
accepte comme postulat une relation étroite entre le milieu
social et l’homme. Son art garde du classicisme le souci de la
rigueur et de la clarté, mais par le lyrisme, le grossissement et
l’imagination, il se rattache au romantisme. Il est surtout
réaliste par son goût de la documentation.
Flaubert dans Madame Bovary, par exemple, va au-delà du
réalisme subjectif et peint le paysage dans sa vérité, tel qu’il
apparaît dans plusieurs endroits de France. Mais l’écrivain a
pris soin de procurer le sentiment de beauté que le
romancier-poète éprouve et cherche à communiquer à son
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lecteur. C’est donc un paysage transfiguré par le rêve et la
poésie qu’il propose à travers la présentation d’un cadre
naturel et le contraste de bruits légers, dans une atmosphère
silencieuse. Flaubert a le don de l’observation précise, mais sa
description cultive une fusion intime du réel et de la poésie.
Ce qu’il reproche aux romantiques c’est de s’attacher à des
aspects, parfois même invraisemblables, au lieu de peindre
un monde ordinaire. De ce point de vue, il se situe dans le
prolongement de Balzac.
Ainsi Madame Bovary, une fille aux origines modestes
élevée dans un couvent et rêvant d’une vie policée, finit par
épouser un médiocre avant de s’empoisonner. L’auteur
créateur de fiction s’est efforcé de la peindre au gré des
circonstances de sa vie, au lieu de prononcer un verdict sur
une existence passée à rechercher un bonheur impossible.
C’est que les réalistes s’abstiennent de tout jugement sur leurs
personnages et sur la vie qu’ils veulent rendre dans ses
aspects les plus sordides, mais aussi les plus sublimes.
Le roman naturaliste procède du roman réaliste et
prétend appliquer les méthodes d’expérimentation au
fonctionnement des réalités humaines. Son terrain de
prédilection est le milieu populaire qui sert de prétexte pour
dénoncer les injustices du corps social et justifier ses postures
expérimentales. Mais, en même temps on assiste à une sorte
de recul dans la création romanesque, puisque les
conventions littéraires (ordre dans la composition, intrigue,
perfection du style) sont négligées au nom de la vérité pure.
On peut retenir que Zola peint des existences marquées
du sceau de la corruption et des âmes médiocres. Pour
l’auteur de L’Assommoir, la vie est presque partout la même,
grossière et misérable, et que la tâche du romancier est par
conséquent de présenter des milieux gangrenés par la misère
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