Boris Vian, un poète en liberté

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Il est d'usage d'écrire que la poésie de Boris Vian s'exprime surtout dans ses romans. Il n'en demeure pas moins que l'écrivain a signé un certain nombre de poèmes. Mince, cette oeuvre poétique l'est : à peine une poignée. Mais Vian, tout comme son ami Jacques Prévert, est avant tout le poète de notre bien le plus précieux : la liberté.
Publié le : mercredi 1 avril 2009
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EAN13 : 9782296206397
Nombre de pages : 114
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Daniel Cohen éditeur

Profils d’un classique
une collection dirigée parDanielCohen

Profils d’un classiquevoudrait offrir au lecteur français, par
voie de l’essai ou de l’œuvre plus personnelle, un éclairage
nouveau sur des auteurs nationaux ou étrangers à qui la
maturité littéraire et la renommée nationale confèrent le
statut de «classique ».S’il est vrai qu’elle vise plus
spécifiquement des auteurs contemporains, et en tout cas nés au
e
XXsiècle, elle pourrait s’ouvrir également à des auteurs plus
e
anciens, nés auXIXsiècle notamment, mais dont l’œuvre
s’est déroulée, à cheval entre les deux siècles, soit par son
retentissement, soit par sa cristallisation.
Des contributions originales, sur Marcel Jouhandeau,
AlbertCossery,Boris Vian, ThomasBernhardt, leCoréen Jo
Jong-Nae et sur d’autres écrivains fameux, devraient paraître
entre 2008 et 2009.Claude Vigée ouvre la galerie par un
fastueuxMélancolie solaire.

ISBN : 978-2-296-06373-0
© Orizons, Paris, 2009

BORIS VIAN

UN POÈTE EN LIBERTÉ

Une

Dans lamême collection

ClaudeVigée,Mélancolie solaire, décembre 2008
RaymondEspinose,Albert Cossery, une éthique de la
dérision,décembre 2008

Àparaître :
DidierMansuy,Le linceul de pourpre, ou la trinité
Jouhandeau-CoquetRode, 2009
GeorgesZiegelmeyer,Les cycles romanesques de Jo Jong-nae, Œuvre
monde de Corée, 2009

RaymondEspinose

BorisVian
un poète en liberté

2009

ESSAIS

Dumêmeauteur

Jacques Prévert, Une éthique de l’homme,ÉditionsduMonde
Libertaire,avril 2007.
Albert Cossery, une éthique de la dérision,Orizons, décembre 2008.

NOUVELLES

Mauvaises nouvelles de la liberté,ÉditionsduMondeLibertaire,
décembre 2007.
Dernières nouvelles de la liberté,Éditions duMondeLibertaire,
novembre 2008.

AVANT-PROPOS

ue la poésie deBoris Vian apparaisse avec
Qplus de netteté dans ses romans que dans
ses poèmes est une évidence.Cela, déjà, a été
dit.Lerépéter nepeut que contribuerà forger
une idéereçue,voireunlieu commun.
Rien, cependant, ne doit nous faire oublier
que Vian a écrit quatre recueils de poèmes. Le
premier,Cent sonnets(devenuCent infâmes
sonnets), parce qu’il ne constitue qu’un
ensemble dejeux surles rimes (bouts rimés),
n’est généralement pas considéré comme une
production «sérieuse »dans l’œuvre poétique
de Vian. Nous le laisserons, selon l’usage, de
côté pour nous intéresser aux trois autres
recueils.Deux ont été édités du vivant de
l’auteur : l’un en1948(il s’agit deBarnum’sDigest),
l’autre en1949(Cantilènes en gelée), tous deux
illustrés. Le troisième recueil,Je voudrais pas
crever, lui, est posthume ; il fut édité en1962
par Jean-Jacques Pauvert.
On ne peut, en outre, évoquer la poésie
vianienne sans dire un mot de la masse
considérable de chansons que le poète écrivit pour lui

8 RAYMONDESPINOSE

et pour d’autres interprètes. Pourtant, il s’agit
ici d’être clair:un texte de chanson n’est pas
un poème.Rédigépourêtre «porté »par une
musique, il nepeutenaucunemanière être
assimilé au poème,mêmes’il
recèlequelquefoisdesaccentsconsidéréscomme
«poétiques».Cette généreuseproduction sera donc,
aussi,laissée de côté.
Les trois recueils, du reste,sontdequalité
trèsinégale.Barnum’s Digest,composé de dix
textes,nesemble avoirderéellement poétique
quela dispositiondes vers –
libresdesurcroîmt ;aisilconvientdepréciser queleur
fonction première étaitd’illustrer(ou plutôtde
«traduire »)« dix monstresfabriqués parJean
Boullet».Cantilènes en gelée, constitué de
vingt poèmes,ne comporte guèreque deux ou
trois réussiteset le dernier texte estcarrément
à écarter –il n’est, enfait,qu’un texte de
chanson rajouté àla hâtepourdonnerdu
volume àl’ensemble.Seul le dernier recueil,Je
voudrais pascrever,(vingt-trois
textes),présenteun réelintérêt ; sesaccentsdesincérité,
son tonàla fois pathétique et pudique–
notamment lorsqu’il s’agitd’évoquer lamort qui
s’avance à grands pas –
lerendentindéniablementattachant.

BORISVIAN9

Restaità détermineravecprécision
lescaractéristiques,voireles singularitésdu poème
vianien.Pourcela, il nousaparujudicieux
d’étudier en tout premier lieu laversification
proprementdite, enévoquant notamment les
influencesévidentes
(parcequetrèsapparentes),lamétrique,lerythme et les sonorités,
ainsiquelastructure des typesdetextes les plus
représentatifs.En
secondlieu,nousavonsexaminélelangagepoétique : desaccents
parodiquesen passant par unelogique bousculée,
letout teinté d’humouretde
dérision,unesyntaxequi friseparfois la formule aphoristique,
c’estd’unelectureparticulièrementéquivoque
quenous tenteronsdepercer les mystères.Ce
sont, enfin,lesdivers thèmesexploités
parBorisVian quiontattirénotre attention.La
dualité horreur/émerveillement semble, deprime
abord,l’emporter sur tous lesautres ; mais
l’évocationdubestiairevianien,letraitement
très particulier quel’écrivainfait subiraux
notionsd’espace etdetemps nesont pas,loinde
là, dénuésd’intérêt.Terminer l’étude des
thèmes sur la fonctiondu poète et sur l’utopie
semblaitallerdesoi.Le champdel’éthique
vianiennes’ouvre alorsgrandement,que
d’autres, après nous,pourrontcreuser.

LAVERSIFICATION

INFLUENCES: QUENEAU, PRÉVERT, MICHAUX

’influence desonami Raymond Queneau
L
semanifeste chezViandemanière évidente.
Outrelapisteouvertepar la dédicace de deux
deses poèmes –« Lesinstantfataux»(à
Raymond-le-Chien)et« Lavraierigolade »(à
Raymond-le-Chêne) –, cette influencetransparaît
dans le choixdelamétriquepourexploiter une
thématique identique, et même,parfois, dans la
constructiondu poème elle-même.
C’estainsiquel’on peut noter unemême
utilisationdu vers libre dans l’évocation,sur
un ton proche du texte explicatif, dubestiaire
marin.ChezQueneau, dans lapartie
deL’instant fatalintitulMaée «rines»(composée entre
1920et1930),nous lisonsceci :
Les poissons ontdesijolies têtes
qu’onest obligé delesdéplacerfréquemment

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