Cahier d'un retour au pays natal Aimé Césaire

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L'approche ethnostylistique développée dans cet ouvrage éprouve le texte césairien à l'aune d'une analyse novatrice. L'étude contextualise le texte et met en évidence ses spécificités linguistiques, socioculturelles, littéraires et historiques. L'ethnostylistique se voit ici théorisée et appliquée pour permettre de comprendre la pensée d'un poète dont le verbe a inspiré bien d'utopies sociales et de mythes. La rigueur de l'outil épistémologique sondant les symbolisations et analysant le discours rend lisible et intelligible une prose poétique rébarbative.
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
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EAN13 : 9782296255494
Nombre de pages : 271
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PREFACE
Aimé Fernand David Césaire (1913-2008) est incontestablement l’une des figures les plus attachantes et les plus représentatives à la fois des Antilles, de l’univers francophone et du monde. Il a marqué le e XX siècle de son écriture poétique, de son engagement politique, de son idéal philosophique. Jusqu’au crépuscule de sa vie, le poète in-soumis a placé la liberté de l’Homme – pas seulement de l’homme noir – au centre de ses préoccupations.
Son œuvre est traversée par de nombreuses traces mémorielles de grands événements traumatiques du passé comme le génocide amérin-dien, l’esclavage, le colonialisme, qui ont brisé l’histoire de l’humanité et compromis la dignité de l’Homme. Ecrire pour en té-moigner, faire de sa bouche, celle « des malheurs qui n'ont point de bouche » : voilà défini le désir rayonnant, ou, concrètement, l’influence radiante qui structure la parole scripturale césairienne, et qui se laisse analyser à travers leCahier d’un retour au pays natal, sa toute première œuvre, mais aussi la plus dense, la plus porteuse de la fibre identitaire bafouée, ostracisée ou mésestimée par une certaine causalité complaisante ou malveillante de l’histoire de ces cinq der-niers siècles.
Le retour au pays natal suppose, en effet, un voyage en soi, vers soi, une quête de ses origines, une reconnexion avec ses solidarités primordiales, pour reconstruire ce qui a été brisé, pour retrouver l’équilibre perdu par la faute d’une altérité altérante ou prédatrice. Le soi identitaire césairien pourrait alors être envisagé dans sa dimension chronocentrique et logocentrique à travers « un univers référentiel qui convoque, non seulement la Martinique, lieu de destination de ce re-tour au pays natal, mais aussi plusieurs parties du monde, ainsi que les diverses situations de l’homme, non seulement dans son pays natal, mais à travers les espaces où vivent les personnes concernées par l’inspiration torrentielle et péléenne du poète martiniquais dont l’ensemble des connaissances, croyances, système de représentation et d’évaluation de l’univers référentiel transparaît dans l’œuvre ».
On a peu abordé l’œuvre d’Aimé Césaire dans la perspective eth-nostylistique objet de cet ouvrage qui fait du texte un lieu idéologique, esthétique et symbolique, celui-ci ne pouvant judicieusement mieux se
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comprendre en dehors de son environnement contextuel et des cir-constances de son énonciation. Il s’agit, toute proportion gardée, de la logogenèse du texte césairien : les locutions idiomatiques de la langue française parlée aux Antilles de Césaire – idiomatismes culturels constituent des topiques discursives communes et fonctionnent com-me des référents implicites ou explicites que Césaire relexicalise et remotive dans sa prose poétique.Cahier d’un retour au pays natalapparaît alors comme une quête inventive de la culture et de l’identité qui fait corps avec une langue française maniée avec dextérité et sans complexe. La sémiosis césairiennne combine ainsi la mémoire latente des formules expressives exploitées parfois par les anciens esclaves dans l’imaginaire populaire, et la référence à une pratique (créole ?) particulière de la langue française pour produire une combinatoire sémio-culturelle qui réinvente les valeurs telluriques désirées.
L’approche ethnostylistique développée dans cet ouvrage, qui fera certainement écho dans les études linguistico-littéraires, éprouve le texte césairien à l’aune d’une analyse novatrice. Elle consiste à con-textualiser l’étude textuelle afin de mettre en évidence les spécificités linguistiques, géographiques, historiques, sociologiques, culturelles et esthétiques qui traversent le texte littéraire. C’est par cette mise en tension des aspects développés que l’auteur a su aborder un tel sujet dans sa complexité : non pas sous l’angle d’une critique parcellaire, mais par une vision à la fois transversale et abyssale tenant compte du maillage d’un ensemble de lieux-source énonciatifs, d’ethno-stylèmes, d’idéosèmes et d’épistémèmes intrinsèquement liés. Nous n’ignorons pas combien le texte africain nécessite des dé-chiffrements particuliers qui vont au-delà du discours trop tenu sur l’oralité. La critique a, en effet, longtemps privilégié la recherche des traits identitaires dans la production littéraire écrite de l’Afrique sub-saharienne et des Caraïbes, en s’intéressant aux formes culturelles de l’oralité comme l’une des sources d’inspiration de la création littérai-re. L’ethnostylistique, elle, interroge la part de l’épistémè, de l’ethno et du logos dans le texte littéraire, recherche la particularité et l’idiolecte de l’auteur afin de mieux déterminer les lieux-cibles de l’énoncé en rapport avec sa significativité. Le Professeur Gervais Mendo Ze étudie de manière remarquable
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et magistrale un auteur aux facettes multiples, un poète dont le verbe a inspiré bien d’utopies sociales et de mythes de notre temps. Il a le mé-rite de l’aborder avec rigueur et méthode, sondant les symbolisations les plus anodines de son discours dans la pure orthodoxie de l’ethnostylistique qu’il a créée et qu’il s’efforce de rendre lisible et intelligible en l’appliquant ici auCahier d’un retour au pays natal. Un tel travail, fait avec une réelle honnêteté intellectuelle et un engage-ment infaillible à satisfaire les exigences de recherche scientifique dans nos universités, ne peut qu’être salué et encouragé.
Pr. Jacques Fame Ndongo, Ministre de l’Enseignement sup érieur Cameroun
INTRODUCTION
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