Clémence et Châtiment

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La tension entre Clémence et Châtiment se décline selon les temps, les cultures et les lieux. C'est à un voyage littéraire dans les mentalités, de l'Antiquité à nos jours, que convoquent les études ici réunies. Dans une culture de la colère, de la vengeance et du châtiment divin, comment cette clémence naît-elle, s'exerce-t-elle ? Ou bien la clémence n'est-elle qu'ambiguïté ? N'est-elle qu'une face cachée du châtiment ?
Publié le : mercredi 1 juillet 2009
Lecture(s) : 267
EAN13 : 9782296229051
Nombre de pages : 360
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CLÉMENCE ET CHÂTIMENT

CLÉMENCE ET CHÂTIMENT

Actes du colloque organisé par les cahiers KUBABA (Université de Paris I)
et l’Institut catholique de Paris

Institut catholique de Paris

7-8 décembre2006

Éditeurs
SydneyH. AUFRÈRE(CNRS, Université de PROVENCE)–Michel MAZOYER
(Université de PARISI)

Association KUBABA, Université de Paris I,
Panthéon–Sorbonne
12, place duPanthéon75231 ParisCEDEX05

L’Harmattan2009

Reproductions de la couverture :
La déesse KUBABA(Vladimir Tchernychev)
Jours difficiles(Vladimir Tchernychev)

Directeur de publication : Michel Mazoyer
Directeur scientifique : Jorge PérezRey

Comité de rédaction

Trésorière : Christine Gaulme
Colloques : Jesús MartínezDorronsorro
Relations publiques : Annie Tchernychev
Directrice duComité de lecture : Annick Touchard
Comité scientifique

SydneyH. Aufrère, Nathalie Bosson, Pierre Bordreuil, Dominique Briquel, Gérard
Capdeville, René Lebrun, Michel Mazoyer, Dennis Pardee, Nicolas Richer
Ingénieur informatique
Patrick Habersack(macpaddy@chello.fr)

Avec la collaboration artistique de Jean-Michel Lartigaud,

etde Vladimir Tchernychev
Cevolume a été imprimé par
© Association KUBABA, Paris

L’Harmattan, Paris, 2009
ISBN : 978-2-296-09079-8
EAN : 9782296090798

Bibliothèque Kubaba(sélection)

http://kubaba.univ-paris1.fr/

CAHIERS KUBABA
Barbares etcivilisésdans l’Antiquité.
MonstresetMonstruosités.
Histoiresde monstresà l’époque moderne etcontemporaine.

COLLECTION KUBABA
1.Série Antiquité
Dominique BRIQUEL,Le Forum brûle.
JacquesFREU,Histoire politique d’Ugarit
——, Histoire duMitanni.
——, Suppiluliuma etlaveuve dupharaon.
Éric PIRART,L’Aphrodite iranienne
——, L’éloge mazdéen del’ivresse.
——, L’Aphrodite iranienne.
——,Guerriersd’Iran.
——,GeorgesDumézil face auxhérosiraniens.
Michel MAZOYER,Télipinu, le dieuaumarécage.
Bernard SERGENT,L’Atlantide etla mythologie grecque.
Claude STERCKX,LesMutilationsdesennemischezlesCeltespréchrétiens.
LesHittitesetleurhistoire
Volume I : JacquesFREUetMichel MAZOYER, en collaboration avec
Isabelle KLOCK-FONTANILLE,Desoriginesà laQn de l’Ancien
Royaume Hittite.
Volume II : JacquesFREUetMichel MAZOYER,LesdébutsduNouvel
Empire Hittite.LesHittitesetleurhistoire
SydneyH.AUFRÈRE,ThotHermèsl’Égyptien.De l’infinimentgrand à
l’infinimentpetit.
Homère etl’Anatolie.
Mélanges en l’honneur duProfesseur René Lebrun :
AntiquusOriens.
StudiaAnatolica etVaria.

2.Série Mondemoderne, Monde contemporain
Annie TCHERNYCHEV,L’enseignement de l’Histoire en Russie
Eysteinn ÁSGRÍMSSON,Le Lys, Poème marial islandais. (Présentation et
traduction de Patrick Guelpa.)

3.Série Grammaire etlinguistique
Stéphane DOROTHÉE,Àl’origine du signe : le latinsignum.

4.Série Actes
Michel MAZOYER, Jorge PÉREZ,Florence MALBRAN-LABAT, René LEBRUN
(éd.).
L’arbre, symbole et réalité.Actes des Premières Journées
universitaires de Hérisson, Hérisson, juin 2002.
L’homme et la nature.Histoire d’une colonisation.Actes ducolloque
international de Paris, décembre 2004.
L’oiseauentre ciel et terre,Actes des Deuxièmes Journées
universitaires de Hérisson, 2004. Actes des Journéesuniversitaires de
Hérisson, 18 et19 juin 2004, Collection Kubaba série Actes, Paris,
2006.
LaFête, de latransgression à l’intégration. Actes ducolloque sur la
fête, la rencontre dusacré etduprofane. Deuxième Colloque
international de Paris, organisé par lesCahiersKubabaetl’Institut
catholique de Paris, Paris, décembre2000(2 volumes).
D’âge en âge. Actes des Troisièmes journéesuniversitaires de
Hérisson, Actes des Journéesuniversitaires de Hérisson,23-24 juin
2006, Collection Kubaba série Actes, Paris,2008.
Claire KAPPLERetSuzanne THIOLIER-MÉJEAN(éd.),Alchimies,
OccidentOrient.Actes duColloquetenuen Sorbonne les 13, 14 et15 décembre2001,
publiés avec le concours de l’UMR 8092(CNRS-Paris-Sorbonne).

5.Série Éclectique
Élie LOBERMANN,Sueursocres.
Patrick VOISIN,Il faut reconstruireCarthage.

SOMMAIRE

Sydney H. AUFRÈRE
Introduction :Clémence, châtiment, mélancolie,
vengeance, colère des dieux et des hommes

malédiction,

Stéphane DOROTHÉE(Université de Rennes)
Étude comparée des termes désignant les notions de clémence
et de châtiment chez Sénèque et saintAugustin
SydneyH.AUFRÈRE(UMR6125 duCNRS, Université de Provence,
Aix-Marseille)
Nathalie BOSSON(UMR6125 duCNRS, Université de Provence,
AixMarseille;ELCOA de l’Institutcatholique de Paris)
Moniales récalcitrantes et violence éducative (falaque) auDeir
el-Abyad (Égypte), d’après un passage du canon 4 deChénouté
(ParisBnF130)
Florence MALBRAN-LABAT(InstitutCatholique de Paris,CNRS)
Entre clémence et rigueur,quelques sentencesdansla Syrie du
e
XIIIsiècle av.J.-C.
Pierre LEVRON(Docteur ès lettres)
La mélancolie et ses sanctions: clémence ouchâtiment ?
Enquête dansla littérature desdouzième et treizièmesiècles
Sabrina SALMON(Université catholique de Louvain etUniversité
Lumière Lyon2)
Clémence etchâtimentdansla politique impériale assyrienne à
l’âge duFerII etIII :discourslittéraire,
discoursiconographique
Paul WATHELET(Université de Liège)
Clémence etchâtimentsdansl’épopée homérique
Jean-Michel RENAUD(Université de Liège)
Châtimentsetclémence dansla mythologie grecque : le cas
d’Orion
MontserratREIG(Université de Barcelone)
Le châtimentdeBellérophon dansla plaine d’Aléïos
Catherine LOCHIN(CNRS - ARSCAN-LIMC)
Punirou récompenser:un aspectparticulierde la

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métamorphose dans l’antiquité
Jesús CARRUESCO(Université Rovira i Virgili, Tarragone)
La colère d’Aphrodite et d’Hélène dans la poésie grecque
archaïque
Karine MESHOUB
Clémence et châtiment dans laMédéed’Euripide
Louise-Marie L’HOMME-WÉRY
« L’agosde la déesse», occultation d’une malédiction dans
l’Athènes archaïque et classique
CatherineCOUSIN(Docteur de l’Université de Nanterre-Paris X)
Récompense et châtiments infernaux chez Pindare
Patrick GUELPA(Université Charles de Gaulle, Lille3)
Un exemple de clémence aux temps vikings :« Le Rachatde la
tête »,poème du scalde islandaisÉgill, fils deGrimr le chauve
e
(Xsiècle)

Marianne GOMES(Université Paris X-Nanterre)
Les différents visages du châtiment : une étude iconographique
e
des figures vengeresses dans la céramique paestane duIV
siècle av.J.-C.
Eric PIRART(Université de Liège)
Leroi impie et son châtimentdansle monde iranien ancien
Marcel MEULDER(Université libre de Bruxelles)
QuintusPleminius,un guerrierimpie méconnu

Maria Grazia MASETTI-ROUAULT(École Pratique des Hautes-Études
Sciences Religieuses, Sorbonne, Paris)
Les sentimentsdesDieuxpourlesHommes:théologie et
idéologie dansla littérature mésopotamienne

Michel MAZOYER(Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne)
De la colère desdieuxhittites

BoguslawaFILIPOWICZ(Université de Varsovie)
Villesderefuge contre lavengeance (Nombres 35)

Hélène NUTKOWICZ(LESA,CNRSCollège deFrance)
Amnon, TamaretAbsalom :uneténébreuse affaire
PedroAZARA(École supérieure d’architecture deBarcelone)
Clémence etpunition.Àproposde laMaison d’Astérionde
Jorge LuisBorges

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INTRODUCTION
Clémence, châtiment, mélancolie, malédiction, vengeance,
colère des dieux et des hommes

La présente publication a conservé le titre:Clémence et châtiment
associé au colloque organisé conjointement par l’AssociationKUBABA et
l’Institut Catholique de Paris, les jeudi 7 etvendredi 8 décembre 2006. Ces
deuxtermes antonymes se suf@sent, qui sont déclinés dans ce livre. Sous le
rapport Clémence / Châtiment s’inscrivent les relations entre les dépositaires
d’une autorité souveraine, supérieure—celle de Dieu, de l’État, d’un
homme ayant qualité à rendre une sentence—et ceuxqui sont soumis à
l’obéissance des premiers et encourent une peine en cas de manquement à
des règles explicites ou tacites auxquelles doivent se plier une nation ou une
communauté. Cependant, à l’édition, il est apparu que, de la tension et du
rapprochement entre les deuxtermes différemment perçus dans la
conscience collective, il émanait une extrême complexité selon les temps, les
cultures, les mentalités et les lieux. Aussi, au lieu d’un classement dont on
aurait pu reconnaître le caractère arbitraire, on a plutôt choisi une
perspective qui, nonobstant les époques, tient compte d’un@l directeur formé
d’af@nités. Le lecteur jugera…
Quelques mots d’étymologie permettent de@xer à peu près l’étendue
e
sémantique du problème. «Clémence »,introduit dans le lexique auXIII
siècle, est directement tiré du latinclementia, avec le même sens. Paul
Robert en donne la dé@nition suivqui consiste, de la part deante :« Vertu
celui qui dispose d’une autorité, à pardonner les offenses et à adoucir les
e
châtiments. » « Châtiment », qui apparaît dans le lexique auXIIsiècle—un
siècle plus tôt,—dérive de « châtier », du latincastigare(<castus, « pur »),
d’oùl’on induit que « châtiment » renvoie, sur le plan de l’étymologie latine,
à la notion de «puri@cation »,puisquecastigare—qui a autant le sens de
« réprimander »que de «réprimer »—signi@e aussi «puri@er, sancti@er ».
Le lexicographe dé@nit «châtiment » ainsi :« Peinesévère inAigée à celui
que l’onveut corriger, et,par ext. Punition en général. »
Une telle mise au point est importante, car, changeant d’angle devue,
on peutvoir évoluer, sur le plan sémantique, les nouvelles frontières du
débat. La présentation de Stéphane DOROTHÉEconsidère les termes
employés au sens de clémence et de châtiment chezdeuxauteurs
respectiv: à la clémence de Sénèque répond laement païen et chrétien

compassion de saint Augustin. Sénèque recourt àclementiaetmansuetudoet
donne cette dé@nition du premiervocable :Clementia est temperentia
animi: « La clémence est le contrôle de soi » « quand on exerce, poursuit-il,
son pouvoir (potestas) devengeance, ou la douceur (lenitas) d’un supérieur
envers un inférieur dans l’établissement des peines (poena) ». (C’est bien là
le sens moderne de « clémence » passé tel quel dans notre langue, à ce détail
près que laclementiade Sénèque est le fait des grands, tandis que la pitié est
un aveu de faiblesse.) Saint Augustin ensuite, dont le choixduvocabulaire
balise la pensée chrétienne en recourant à des termes auxacceptions
nouvelles, puisque, dans saCité de Dieu, il emploie
courammentmisericordia, lequel, bien que désignant la pitié ou la compassion, se rapporte à la
tempérance ou à la miséricorde dans l’application du châtiment ou de la
peine :poena,—plus rarement,supplicium; etcorreptiodans le domaine
de la discipline ecclésiastique, encourue en cas de péché (peccatum).
Clementiaoumisericordia? on est bien là au cœur du débat.

C’est decorreptio, selon saint Augustin, qu’il est question dans
l’étude de SydneyH. AUFRÈREet de Nathalie BOSSON, qui posent le regard
sur l’application du châtiment dans la communauté des moniales d’Atripé,
en Haute-Égypte, placée bel et bien sous la férule de l’archimandrite
Chénouté, en donnant au mot «férule »tout son sens. Lavie à Atripé est
réglée, pour hommes et femmes, par le législateur des lieux. Un châtiment
précis attend les récalcitrantes. Celui-là seveut, par le truchement de la
rhétorique chénoutéenne, conforme auxprincipes dictés par l’Écriture. Il a,
en effet, un but éducatif, car les mots qui reviennent dans les lettres de
Chénouté sont « éduquer » (paideye) et « instruire » (T cbw), en précisant
que cette instruction consiste au besoin à corriger sévèrement les moniales
réfractaires, pour l’éducatif »amour de Dieu. Cependant ce châtiment «—
pour chapardage,voies de fait, recherches d’amitiés particulières—a les
limites que lui imposent le Deutéronome pour le nombre de coups. En
fonction de la sentence, la clémence s’exprime au cas par cas.—Les auteurs
traduisent le catalogue des punitions et la description de ce qu’on reconnaît,
sans aucun doute, comme lafalaque—application de coups de bâton sur la
plante des pieds,—sans doute la première attestation de ce supplice dans la
littérature antique.

Florence MALBRAN-LABATouvre les portes d’Ougarit en Syrie oùle
monde judiciaire ne ressent pas a priori la nécessité de brandir la menace
d’un châtiment dissuasif, en dépit du fait que les traités entre le Hatti et
Ougarit prévsoient respectés les termes de loient que «’et que laaccord »
conséquence de la transgression par l’un des contractants, en invoquant la
vigilance divine, soit l’éviction du trône. L’auteur montre que l’appel à un
châtiment divin dissuasif est rare : le monde judiciaire ougaritain ne recourt
aucunement à cette menace. Extrayant, dans la documentation d’Ougarit du

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e
XIIIsiècle avant notre ère, trois cas de sentences touchant, le premier un
meurtre de caravaniers, le deuxième la conduite intolérable d’une épouse
royale et, le troisième, la forfaiture de scribes royaux, elle suspecte, en se
fondant sur les travauxde S. Démare-Lafont, l’existence de deuxcatégories
de justice dont relèvent le droit des affaires et le droit des gens. Toujours
estil, ajoute-t-elle, que n’existe à Ougarit aucun code de lois comparable à celui
d’Hammurapi qui a inAué sur la pratique judiciaire du Proche-Orient ancien.
À une graduation plus élevée, le châtiment par la mort pénale, la mort
ordalique (duel judiciaire), l’exécution capitale, dont on rétribue le coupable
de crime mélancolique, est traité dans une longue enquête, dans la littérature
e e
desXIIetXIIIsiècles. Pierre LEVRON, dans ce papier détaché d’une thèse de
doctorat, inédite, intitulée:Naissance de la mélancolie dans la littérature
des douzième et treizième siècles(2005), traite de la « mélancolie littéraire »
et la criminalité atrabilaire complexe des héros de la littérature narrative.
Dans cet article, l’auteur aborde successivement le crime mélancolique, ses
espèces et ses sanctions puis le droit et ses failles. «La littérature narrative
du moyen-âge central, conclut-il, met en évidence la dif@culté de sanctionner
les états dus à la bile noire foncièrement ambivalents : s’ils sont scandaleux,
ils relèvent également du fantasme ou de l’ex» Onpérience communs.
répéterait inutilement, sous une autre forme, les mots suivants, sur le
principe du châtiment: «La confrontation entre un droit objectif et un droit
subjectif traduit alors les tensions qui existent entre la conscience
individuelle et ce que le psychisme ne maîtrise pas. »

Quittant l’aspect des châtiments judiciaires autant dissimulés sous le
masque des euphémismes, qu’explicites ou non, plusieurs communications
déclinent l’approche de ces antonymes en fonction de contextes culturels
divers.
On se tourne tout d’abordvers la politique impériale assyrienne à
l’âge du Fer II et III, sous l’angle du droit sacré. Sabrina SALMONdéchiffre
le discours littéraire et le discours iconographique sous le rapport de
l’idéologie du pays d’Ashur et la dynamique des conquêtes territoriales au
nom des dieuxqui la légitiment en lui donnant un cadre juridique qui prône
la condamnation du péché des «rebelles »au joug du dieu Ashur. Sous le
regard des dieux: le châtiment, même au-delà de la mort,, une seule issue
toute clémence étant exclue. Réputation entretenue de monstres sanguinaires
au nom d’une guerre sainte qui aboutirait à l’élimination pure et simple des
coupables ?l’iconographie et la narration de l’horreur des châtiments en
principe destinés à ceuxqui s’opposent aux volontés divines, ne
correspondent pas pourtant exactement à la réalité de l’Empire, lequel intègre les
structures politiques et économiques des pays conquis comme un effet de la
clémence destiné à éviter l’effondrement de l’économie assyrienne.

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Après le droit sacré assyrien,voici l’Iliade, lieu littéraire oùla
clémence est également l’exception. Les deuxcamps se livrent
réciproquement au massacre : le poète joue de la symétrie entre les blessures
mortelles et l’amer chagrin causé parmi les proches desvictimes de la
violence guerrière. Paul WATHELETchoisit de traiter quatre séries de
passages exemplaires. Une première oùles héros—achéens et troyens—
abattent successivement, sans état d’âme, plusieurs ennemis ; une deuxième
où, inaccessibles à la clémence, ils achèvent des guerriers suppliants ou
incapables de se défendre ; une troisième oùils s’apprêtent à faire grâce puis
reviennent sur leur premier mouvement, considéré comme un aveu de
faiblesse. (En parallèle à l’Iliadeet à l’Odyssée, l’auteur donne des extraits
de chansons de geste comportant des faits deviolence identiques de la part
de ceux-là :—l’évêque Turpin, dans laChanson de Rolandqui devrait être
accessible à la clémence.) Une quatrième en@n, oùle héros fait grâce. Voilà
décrite la rencontre entre Achille et Priam, « une des plus belles pages de la
littérature univun moment rare, dans la mesure oerselle »,ùelle amorce le
sentiment de clémence sinon de pitié (selon nous), encore que le terme soit
mal connoté par Sénèque, dans un monde littéraire oùelle n’a pas
habituellement de place.

Le domaine de la mythologie grecque est abordé sous trois angles.
Jean-Michel RENAUDtraite le mythe complexe et polymorphe d’Orion—
héros et constellation. Après la proposition d’une étymologie d’Orion—
« l’Estival »,—le mythe est présenté. On retiendra laversion principale
selon laquelle il tente de faireviolence à Artémis, cette dernière (qui, par
nature, ne peut être séduite) suscite un scorpion dont la piqûre au talon cause
la mort de l’agresseur, pourtant aimé. Dès lors immortalisé et transporté par
catastérismevers les astres par Zeus, levoilà poursuivi par la constellation
du Scorpion sur les instances d’Artémis, en sorte que lorsque le Scorpion
apparaît à l’horizon, celle d’Orion se couche pour avertir les hommes contre
l’excès d’orgueil, car c’est l’excès (hybris) qui caractérise le héros. Le
catastérisme d’Orion n’apparaît pas comme un acte de clémence mais bien
comme un châtiment de Zeus, car sa punition est inscrite dans lavoûte
céleste, punition à laquelle se conjugue cet autre châtiment quasi sysiphien
de poursuivre sans discontinuer dans l’Hadès les animauxsauvages qu’il a
tués au cours de savie.
C’est un curieuxchâtiment que celui de Bellérophon, comparable aux
peines que subissent Sisyphe ou Tantale selon l’avis de Montserrat REIG. Il
revêt deuxaspects signi@catifs. En effet, le destin du héros bascule pour des
raisons contraires à celles d’Orion : il a refusé, lui, les avances de la femme
du roi Protéos. Suite à une accusation deviol portée par la reine contre
Orion, celui-ci est envoyé par le souverain au roi de Lycie avec ordre donné

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à ce dernier de le mettre à mort. Orion, qui a pourtant détruit la Chimère,
combattu les Solimes et les Amazones pour le compte du roi lycien—
lequel, renonçant à le tuer,veut le prendre pour gendre,—se rend
détestable auxdieux, envertu d’unehybrisqui n’est pas précisée dans
l’Iliade: il est réduit à l’état d’alêtêsdans la plaine d’Aléïos (le héros est un
« errant » solitaire, condamné à être exclu de la société des dieuxet de celle
des hommes) et dethymoboros(« celuiqui ronge son esprit»),
caractéristique des êtres colériques. L’auteur, passant en revue la diversité de
l’expression du mythe dans la littérature grecque, examine la fonction
narrative des histoires sur Bellérophon, et tente d’interpréter les ingrédients de ce
mystérieuxchâtiment de l’errance et de la colère.
En@n, Catherine LOCHINexpose la nature différente que revêt la
métamorphose à laquelle sont soumis certains personnages de la mythologie,
selon qu’elle apparaît comme un châtiment ou un acte de miséricorde. C’est
là l’occasion de dresser un catalogue des légendes étiologiques, s’appliquant
à tous les êtres, au terme desquelles les héros se transforment en animaux, en
végétauxet en minéraux,—la bénédiction réelle étant, en raison de leur
piété, soit de conserver forme humaine, soit de passer de la forme animale à
la forme humaine, qui est le cas des pieuses cigognes.

Bellérophon, à son tour, introduit au thème de la colère que l’on
retrouve dans laMédéed’Euripide. Parler de clémence dans cette tragédie
consacrée à l’escalade de lavengeance barbare qui découle des actes de
Jason, parjure (ydoeuokràç) et hôte félon (xeinapaàtoç) (vers 1389-1392),
relève-t-il d’une gageure ? Karine MESHOUBexpose la@n paradoxale de la
pièce.Médéeest une tragédie sur unevengeance terri@ante qui se fonde sur
une trahison,— vengeance qu’exerce l’héroïne sur Jason qui a manqué à ses
engagements envers elle en épousant la@lle de Créon. Tout d’abord est
retracé le parcours sémantique autour du parjure et de la légitimité de la
vengeance d’une Médée qui agit à bon droit (çwidkàené), quoique l’on insiste
sur son appartenance barbare. Constatant que Créon, ayant euvent des
imprécations et de la colère de Médée et par souci de préserver sa famille, la
menace de l’exiler, elle implore sa clémence. Devant l’insuccès, la
justiciable change de registre et obtient un délai. Mais Médée, qui relève
d’un autre ordre moral que celui de Créon et de Jason, ourdit lavengeance
que l’on sait sur les conseils d’Égée en usant les armes que sont la ruse,
l’éloquence et la magie : « La clémence, quand elle est refusée, entraîne un
déchaînement de laviolence de Médée ; mais quand elle est accordée, elle se
retourne contre qui l’a accordée, se faisant ainsi l’alliée du châtiment. » Ces
mots, tirés de la conclusion de Karine Meshoub, illustrent le thème de la
réversibilité de la clémence. Par sa complexité—enchevêtrement des
vengeances—et le retournement de situation spectaculaire,Médéeconstitue

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sans doute l’acmé du thème ici présenté auquel fait écho laMaison
d’Asterionde Jorge Luis Borges, dans la communication de Pedro Azara. La
vengeance de Médée et le châtiment inAigé par elle à Jason sont hors
normes, à l’aune de la barbarie qu’elle incarne : terrifiante.
Deuxcolères sont traitées conjointement sur un fond d’opposition par
Jesús CARRUESCO: celle d’Aphrodite à l’égard d’Hélène dans la poésie
grecque archaïque. L’auteur souligne l’antagonisme de deuxhistoires et les
conséquences de la seconde: 1) celle d’Aphrodite, qui se fait passer pour
une fausse princesse phrygienne pour séduire Anchise ; 2) la rencontre entre
Aphrodite et Hélène au cours de laquelle la première, sous les traits d’une
vieille esclave, enjoint à la seconde de coucher avec Pâris. Cette injonction
de la déesse, reconnue malgré sa métamorphose, soulève l’indignation
d’Hélène, qui se trouve en quelque sortevictime de la faveur d’Aphrodite—
faveur comme châtiment. À la colère de celle-ci fait écho la colère de la
déesse qui menace de susciter des haines désastreuses entre Troyens et
Danaens. Il lui faut céder à cette «fav(Dans la poésie archaïque,eur ».
Hélène se trouve adultère contre son gré.) L’auteur distingue le poète épique
du poète choral. Ceux-ci s’expriment chacun selon leur statut. Le premier
peut évoquer sans crainte l’in@délité ; le second doit ne pas exprimer
l’adultère de la princesse danaenne, sous peine d’être accusé de calomnie. Ce
dernier est aussitôt frappé par la déesse, comme Stésichore qui perd lavue.
La crainte de la colère divine anime les Athéniens. Louise-Marie
L’HOMME-WÉRYnous entretient, selon Thucydide, du massacre des alliés de
Cylon—lequel avait tenté d’établir une tyrannie sur Athènes—par les
Athéniens ayant remporté le siège de laville, déclenchant sur euxl’«agos
de la déesse »,—déesse jamais citée. La raison invoquée par Thucydide est
le parjure des assaillants qui avaient promis lavie sauve auxprisonniers,
d’ailleurs mourants sur l’Acropole. Les assassins deviennent ainsi des
enageisde génération en génération, c’est-à-dire des hommes sur qui pèse la
vengeance divine. Dans ces conditions, qu’est-ce que l’«agosde la
déesse » ?C’est ce que tente de dé@nir l’auteur, dans un premier temps.
Conséquence de la malédiction qui pesait sur eux, lesenageis—dont
Périclès (pour le discréditer aux yeuxdes Athéniens, car il étaitenagospar
sa mère)—subirent l’expulsion que réclamaient les Lacédémoniens à la
veille de la guerre du Péloponnèse (432/1) pour faire porter sur les Athéniens
la responsabilité du conAit. Le même motif est de nouveau invoqué par les
Spartiates lors de la fuite de Clisthène devant Cléomène. Après l’étude de
plusieurs autres cas, dans lesquels l’on invoque cetagos, la conclusion à
laquelle parvient l’auteur est que la déesse (jamais citée) ayant décrété
l’agos, serait la Déméter d’Éleusis.
Quittant le terrain devengeance, on se tournevers la problématique du
châtiment des âmes avec Catherine COUSIN. Celle-ci expose le principe d’un

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jugement des âmes d’après laDeuxième Olympiquede Pindare, qui
départage les « âmes mauvaises » et « nobles », ces dernières étant réparties
en deuxcatégories, qui sont au cœur d’un débat sur leur nature. Pindare, en
inaugurant la notion demétempsychose, modi@e les liens entre l’ici-bas et
l’au-delà en s’affranchissant de l’idée d’un Hadès comme séjour inéluctable
des âmes, en discernant les âmes soumises à la réincarnation comme les
âmes mauvaises, elles soumises au châtiment, et les âmes libérées du cycle
des réincarnations, libération qui aboutit à la félicité suprême : le séjour dans
l’Île des Bienheureux.

Ouvrant une page nouvelle, à une période où« le christianisme n’a pas
encore le droit de cité », le poème du scalde islandais Égill,@ls de Grimr le
Chauve : « Le Rachat de la tête », fait apparaître une notion spéci@quement
e e
islandaise attestée duVIIIauXIsiècle. Envertu de celle-ci, il est possible de
se soustraire au châtiment motivé par une grave offense à l’égard d’un
monarque. Patrick GUELPAnarre lavie aventureuse d’un Viking hors-la-loi,
condamné à errer sur les routes de l’exil. Nous avons affaire, précise
l’eauteur, à un homme «xtrêmement antipathique: injuste, querelleur,
égoïste,violent, cruel, cupide, avare,vindicatif et belliqueux». Pourra-t-il
échapper au sort misérable du banni en souscrivant à une tradition dans une
contrée qui porte auxnues le talent poétique ? Par ses talents deversi@cateur
et la puissance de sonverbe, Égill obtient la clémence—non le pardon—
de la part de son pire ennemi: le roi Eiríkr Haraldsson à-la-hache-de-sang,
séduit par l’hommage qui lui est rendu. On peut instituer ici un genre de
clémence nouvla clémence par le talent poétique, clémence à laquelleeau :
on ne peut se dérober. La communication est l’occasion d’offrir une nouvelle
traduction en français du «Rachat de la tête», accompagné de son texte
islandais.
En écho àMédée, qu’en est-il de l’illustration de lavengeance par
laquelle s’illustre la magicienne ? Marianne GOMESaborde les@gures de la
vengeance auxtraits monstrueux —les Érynies—constamment présentes
e
dans l’iconographie de la céramique paestane duIVsiècle avant notre ère.
Pourvues d’ailes, image de lavélocité, elles ont ainsi la possibilité
d’intervenir rapidement dans le monde des humains, tandis que les serpents
qui jaillissent de leurs corps sont leurs armes. Bref chaque élément, chaque
attitude possède une fonction précise. Là oùles Érynies agitent leurs ailes
au-dessus d’une scène, l’iconographie dénote toujours un contexte de
vengeance.

Changeant de registre, deuxcommunications ont pour objet l’impiété.
Quel châtiment attend l’impie, fû? Pour ce qui relèt-il roi ou généralve du
monde iranien ancien, Éric PIRARTétablit les critères de l’impiété : avarice

17

(refus de payer les honoraires sacerdotaux, privation de la part sacri@cielle à
la divinité), mensonge,violence, en se fondant notamment sur des extraits de
deuxouvle Hrages :'m St'd («Éloge de l’Ivet le Mihr Yaresse »)&t—
lequel est «le texte du sacri@»,ce offert à Mithra—oùon expose la
diversité des châtiments qui affectent la mobilité et la perception du
coupable et de sa descendance. (On se souvient, du point devue de la
malédiction transmissible auxdescendants, desanageisd’Athènes.) Les
deuxouvrages convergent en ce qui concerne le châtiment : privé de l’usage
des mains, de celui des jambes, aveuglé, l’impie ne peut alors accéder à
l’existence rituelle, «ici et ici-bas», tandis qu’auxhommes pieuxest
souhaité l’accélération des pieds, l’énergie des bras, la@nesse de l’ouïe et
l’acuitévisuelle.
Revenons-nous à Rome—après Sénèque qui a peint la clémence
(clementia!) des grands—Marcel MEULDERdécrit, d’après le Livre 8 de
Tite-Live, la légende noire de Quintus Pleminius, surpassant « en cruauté et
en rapacité les Carthaginois » selon l’historien. On quitte là la justice sacrée
pour la justice civile. Quintus Pleminius commet des fautes contre les trois
fonctions énumérées par G. Dumézil pour l’idéologie indo-européenne : 1°)
la souv; 3°) la richesse et la; 2°) la guerreeraineté, la religion et le droit
fertilité,—sans oublier le sacrilège envers la déesse Proserpine (pillage du
trésor sacré) et laviolation de lades Romanaà l’égard des habitants de
Locres et lesviolences commises contre les tribuns ayant poussé les soldats
à la révolte contre lui, jugeant que Scipion,venu le rétablir dans ses droits,
ne s’était pas montré assezsévère. Ainsi Quintus Pleminius apparaît-il
comme le « criminel complet », inaccessible à la clémence—contrairement
à Scipion,—et dont la@n, sous l’inAuence de plusieurs auteurs,@nit par
revêtir la forme du mythe.

La clémence divine après la colère apparaît à deuxreprises pour le
Moyen-Orient.—Dans la littérature mésopotamienne, Maria Grazia
MASETTI-ROUAULTconstate la brièveté de lavie humaine et la mortalité
infantile qui expliquent l’obsession de la mort. Scandaleuse justice divine !
« Là oùil n’ya pas de justice on ne peut trouver ni châtiment ni clémence »
écrit-elle. La mort est inacceptable, et le manque de con@ance en la
clémence divine marque les compositions littéraires puisque les dieux, sujets
auxlois cosmiques, ne sont pas libres de modi@er le destin. Or l’idée de
clémence divine fait son chemin. Marduk fuit la fonction civilisatrice et
abandonne le monde à laviolence de Erra/Nergal. Mais, au moment oùle
monde mésopotamien menace de basculer dans le chaos, les dieux, dans la
conscience des hommes, deviennent soudain accessibles à la pitié avec
Ishum et l’oracle devie.—À Marduk (cf.supra) répond Télépinu chezles
Hittites.

18

C’est bien de colère divine dont il s’agit dans la communication de
Michel MAZOYERqui montre, d’après les textes hittites, les deuxgrands
types de châtiments divins réservés à l’humanité dans le mythe de Télépinu,
consistant 1°) à mettre@n à ses fonctions ou 2°) frapper directement les
hommes. Suite à la faute (wastul) commise par les dieuxet les hommes, il
s’écarte, par colère (karpi)—terme générique de la colère du dieu—ou en
vertu d’autres sentiments, de la communauté de ceux-ci. Atteint de folie
passagère, il se retire du monde, mais sitôt réveillé par l’abeille quivient le
rappeler à ses devoirs, il déclenche une série de cataclysmes.

La Bible, lieu devengeance et de châtiment, ne pouvait être exclue.
Pour Boguslawa FILIPOVICZ, la «v»engeance du sang—le talion comme
règle juridique—est une des formes du châtiment s’opposant à la justice se
traduisant par la clémence. (Il avait déjà été question du «prix»du sang
dans les textes ougaritiques, selon Florence Malbran-Labat.) Dans une
contrée oùlavengeance est un droit culturel, Dieu demande d’instituer des
«villes de refuge » (Nb 35, 9-15), oùlavengeance—dédommagement des
offensés—ne peut s’exercer. L’existence de cesvilles permet de différer
l’immédiateté de lavengeance, d’en apaiser la démesure et l’aveuglement.
Hélène NUTKOWICZévoque, quant à elle, un drame familial doublé
d’une querelle de succession, dans lequel sont impliqués Amnon, Tamar et
Absalom, enfants de David, et exposée en 2 S 13-33. Amnon s’éprend de sa
sœur Tamar qu’il déshonore de force et rejette. Celle-ci se réfugie auprès
d’Absalom. Or ceviol incestueuxentraîne la mort sociale et le déshonneur
par la perte de la pureté sexuelle qui se doit d’être garantie par les proches.
En conséquence de quoi il est rétribué par Absalom quivoit là un moyen de
parvenir à la succession à la place d’Amnon, son aîné. Il tire argument de la
désinvolture de David, lequel sent que l’application stricte de la loi risque de
détruire sa propre famille : il ordonne à ses propres serviteurs de procéder au
châtiment, mais Absalom, à son tour, succombe à lavengeance de David.
L’auteur replace lavengeance exercée par le fratricide dans son cadre
juridique, évoquant la brisure d’Israël au sein de la propre famille de David.
Levolet littéraire contemporain est traité par Pedro AZARA. Celui-ci
tire prétexte de la lecture de laMaison d’Astérionde Jorge Luis Borges,
labyrinthe—constante de cet auteur argentin—comme espace oùs’exerce,
dans un échange de contraires, la clémence et la punition. Approche
hypertextuelle que celle de Borges, car derrière Astérion se cache le nom du
Minotaure ;sa maison est l’égale de l’univers, labyrinthe de la méditation
sur lavie.Le châtiment ultime qu’in(ige Thésée au Minotaure (Astérion) se
transforme en un geste de clémence. Le châtiment, qui — ne l’oublions pas !
— est «puriication »,n’est-il pas, dans certains cas, l’expression d’une
clémence ?C’est sur cette note d’ambiguïté que l’on sent planer dans la

19

plupart des communications et qui résume à elle seule la dificulté du débat,
que s’achève ce livre.

Au@nal, le châtiment est la règle, la clémence l’exception. La
question que l’: dans une culture du châtimenton peut se poser est celle-ci
divin, de la colère et de lavengeance—qui est celle de l’Antiquité et du
Moyen Âge,—comment cette notion de clémence naît-elle, évolue-t-elle ?
Comment celle-ci s’exerce-t-elle, de la part des dieuxet de celle des
hommes, qu’il ne faut pas confondre avec la pitié ou la compassion,—tenus
pour méprisables dans le monde latin? Du côté de la littérature, les
documents ici présentés sont imprégnés d’une atmosphère de tension
perpétuelle entre l’aveuglement du châtiment ou son caractère spectaculaire
et la recherche d’une clémence noble, qui a bien du mal à dire son nom sans
pour autant se confondre avec la compassion selon saint Augustin,
compassion qui aura bien du mal à naître…

Sydney H. AUFRÈRE
Centre Paul-Albert Février
UMR 6125 du CNRS
Université de Provence (Aix-Marseille)

20

ÉTUDE COMPARÉE DES TERMES DÉSIGNANT
LES NOTIONS DE CLÉMENCE ET DE CHÂTIMENT
CHEZ SÉNÈQUE ET CHEZ SAINT AUGUSTIN

Stéphane DOROTHÉE

Les notions de clémence et de châtiment évoquent la présence d’une
entité supérieure, quelle que soit la nature de celle-ci. Or, restreintes au
domaine chrétien, ces deux notions paraissent indissociables de laigure de
Dieu. C’est pourquoi il nous a paru intéressant d’étudier les substantifs
signiiant « clémence » et « châtiment » chez un auteur latin qui a marqué la
pensée chrétienne, saintAugustin. Vu l’étendue de l’œuvre de cet auteur,
1
nous avons choisi de nous en tenir àLa Cité de Dieu, ouvrage sufisamment
vaste pour permettre de balayer le plus largement possible les emplois des
vocables signiiclémence »ant «châtiment »et «dans le lexique chrétien.
Par ailleurs, ain de mieux rendre compte de la spéciicité ou non du
vocabulaire chrétien, il nous a semblé utile de comparer les termes utilisés
par Augustin avec ceux d’un auteur latin classique. Nous avons alors choisi
2
leDe clementiade Sénèquequi, comme l’indique son titre, traite de la
clémence, et en particulier de celle qui intervient lorsque les princes rendent
la justice et par là même sont susceptibles d’inliger un châtiment.

1. La notion de clémence

1.1. Le terme le plus fréquemment utilisé par les auteurs classiques
pour exprimer la notion de clémence estclementia. Ainsi, chezSénèque,
dans leDe clementia, le vocable est de loin le plus usité, devantmansuetudo,
pourtant attesté cinq fois dans le sens de « clémence ». Laclementiaest ainsi
déinie par Sénèque :

(1)Sen.,Clem. II, III, 1 :clementia est temperantia animi in potestate
ulciscendi uel lenitas superioris aduersus inferiorem in constituendis poenis.
« La clémence est le contrôle de soi quand on exerce son pouvoir de
vengeance, ou la douceur d’un supérieur envers un inférieur dans
l’établissement des peines. »

Il faut ici noter la présence en contexte depotestate« pouvoir » et de
l’antithèse due aux adjectifssuperioris / inferiorem. Ces termes montrent en
effet toute l’importance du statut de la personne qui fait montre de
clémence :dès la littérature latine classique, la clémence est l’apanage des
grands et, chezSénèque, elle est réservée aux princes. Pour le simple
citoyen, leDe clementiafait apparaître le terme demansuetudo:

(2)Sen.,Clem.I, VII, 3:timent praeterea contemptum, et non
rettulisse laedentibus gratiam inirmitas uidetur, non clementia at cui ultio in
facili est, is omissa ea certam laudem mansuetudinis consequitur.
« Ils[les simples citoyens] craignent en outre le mépris, et ne pas
avoir payé les offenseurs de la même monnaie passe pour faiblesse, non pour
clémence ;mais celui pour qui la vengeance est chose aisée acquiert, s’il
3
s’en abstient, une réputation certaine de douceur . »

4
On remarque toutefois une synonymie d’emploipossible entre
clementiaetmansuetudo. En effet, enClem.I, XI,1,mansuetudoest utilisé
pour évoquer la clémence d’Auguste en parallèle avec celle de Néron, alors
que ce vocable semblait être réservé aux hommes dépourvus de statut
hiérarchique élevé :

(3)Sen.,Clem.I, XI, 1 :Comparare nemo mansuetudini tuae audebit
diuum Augustum, etiam si in certamen iuuenilium annorum deduxerit
senectutem plus quam maturam;fuerit moderatus et clemens, nempe post
mare Actiacum Romano cruore infectum.
5
« Nul n’osera comparer la douceurdu Divin Auguste à la tienne,
même si pour rivaliser avec tes jeunes années, il a laissé arriver une
vieillesse plus que mûre; il aura été modéré et clément, mais ce fut après
que la mer d’Actium eut été souillée du sang romain. »

Dans l’exemple suivant, on constate quemansuetudoest accompagné
deregibus, un substantif désignant les rois et dont la présence fait de
mansuetudoun synonyme clair declementia:

(4)Sen.,Clem.I, VIII, 6:Adice nunc, quod priuatos homines ad
accipiendas iniurias opportuniores acceptarum patientia facit, regibus
certior est e mansuetudine securitas.
« Ajoute que pour les simples particuliers, subir des torts fait qu’ils
se prêtent davantage à en subir; pour les rois une sécurité gagnée par la
douceur offre plus de sûreté. »

22

Par conséquent, si la tendance, chezSénèque, est d’utiliserclementia
uniquement pour la modération des grands dans leur jugement
etmansuetudopour celle des simples citoyens, le second substantif peut également
être amené à désigner la clémence des princes.

1.2. On eût pu attendre d’un auteur chrétien comme saint Augustin
qu’il continuât simplement d’employer le terme declementiaqui évoquait la
clémence des grands, pour dénoter celle de Dieu. Or, on ne rencontre qu’une
seule fois ce vocable dansLa cité de Dieu, en XXII, 17 où le substantif
reçoit comme complément de détermination le motDeidans le syntagme
Dei sapientia et clementia« la sagesse et la clémence de Dieu ».
En fait, ce qu’Augustin préfère de loin employer et ce de façon quasi
exclusive, c’est le motmisericordia. Or, il se trouve que dans la langue
classique ce terme signiie avant tout «et peut êtrepitié oucompassion »
même clairement opposé au concept declementia, comme c’est le cas chez
Sénèque pour qui la clémence est une vertu à rechercher par les grands de ce
monde, contrairement à la pitié qu’il faut mépriser et qui est le fait des
faibles :

(5)Sen.,Clem.II, IV, 4 :Et haec uitium animi est. Utraque circa
seueritatem circaque clementiam posita sunt, quae uitare debemus; per
speciem enim seueritatis in crudelitatem incidimus, per speciem clementiae
in misericordiam.

« Elle [la compassion] est aussi un vice de l’âme. Ces deux sentiments
se trouvent dans le voisinage de la sévérité et dans celui de la clémence et
nous devons les éviter l’un et l’autre: car sous l’apparence de la sévérité
nous tombons dans la cruauté, sous celle de la clémence dans la
compassion. »

Quant à Augustin, il emploiemisericordiapour dénoter
des princes et, par exemple, celle des empereurs chrétiens qui
nécessité de châtier un coupable par une certaine clémence :

la clémence
tempèrent la

(6)Aug.,Ciu.V, 24 :si, quod aspere coguntur plerumque decernere,
misericordiae lenitate et beneiciorum largitate compensant ;
« Si,contraints souvent de prendre des mesures sévères, ils les
compensent par la douceur de leur miséricorde et l’ampleur de leurs
bienfaits […]. »

Ainsi, la clémence, désignée parmisericordia, n’est pas l’absence de
châtiment, mais une certaine tempérance qui l’accompagne: ce substantif
dénote donc la même chose queclementiachezSénèque. Maismisericordia

23

n’a pas, chez». L’évêquepitié, compassionAugustin, perdu le sens de «
d’Hippone rappelle en effet que ce sentiment est méprisé par les stoïciens
comme le Grec Zénon et c’est bien ce que semble conirmer la dernière
citation de Sénèque que nous avons vue plus haut dans l’exemple (5) :

(7)Aug.,Ciu.:IX, 5nam et misericordiam Stoicorum est solere
culpare.
« Les stoïciens, il est vrai, blâment habituellement la miséricorde. »

Ce qui déinit lamisericordiade l’exemple (8) semble très proche de
ce que les stoïciens comprenaient par compassion ou par pitié. Ainsi, elle est
« unecompassion de notre cœur pour la misère d’autrui» et« quinous
pousse à la secourir », comme le souligne Augustin dans la suite du passage
précité :

(8)Aug.,Ciu.IX, 5 (suite) :Quid est autem misericordia nisi alienae
miseriae quaedam in nostro corde compassio, qua utique si possumus
subuenire compellimur ?
« Or qu’est la miséricorde sinon une compassion de notre cœur pour la
misère d’autrui, qui nous pousse à la secourir si nous le pouvons ? »

Ce sentiment, déini par saint Augustin, ressemble en effet fort à la
misericordiaque Sénèque illustre en faisant un jeu de mots dans
l’occurrence suivante oùmisericordiaetmiseria« la misère, le malheur », mots de
la même famille, sont employés dans la même phrase :

(9)Sen.,Clem.II, VI, 4 :Misericordia uicina est miseriae; habet enim
aliquid trahitque ex ea. Imbecillos oculos esse scias, qui ad alienam
lippitudinem et ipsi suffunduntur[…].
« La compassion est voisine du malheur, car elle tient et tire quelque
chose de lui. Ce sont lesyeux faibles, sache-le, qui à la vue d’un autre dont
lesyeux souffrent de rougeur sont eux-mêmes envahis par cette rougeur
[…]. »

Une alternative s’offre alors à nous: soit Augustin emploie un mot
polysémique,misericordia, tantôt pour désigner la pitié, tantôt pour dénoter
la clémence; soit, chezlui, la notion de pitié est à associer étroitement à
celle de clémence, les deux se confondant, ce qui n’était pas le cas chez
Sénèque. Or Augustin utilise le terme demisericordiaavant tout comme
étant la caractéristique de Dieu; en témoignent les expressions, courantes
dansLa cité de Dieu, commediuina misericordia(enCiu.XI, 12) ouDei

24

misericordia(enCiu.XIII, 4). Du reste, les emplois de notre emprunt
françaismisericorderejoignent ceux demisericordiapuisqu’on ne parle pas
de la «clémence de Dieu» mais plutôt de «la miséricorde». Et cette
miséricorde est bien déinie comme étant la capacité de Dieu à tempérer un
châtiment, ce qui ne relève plus de lamisericordiacomme sentiment de
compassion :

(10)Aug.,Ciu.:XVII, 9Non enim Christi ipsius, quod est caput
ecclesiae, possent inueniri ulla peccata, quae opus esset humanis
correptionibus seruata misericordia diuinitus coherceri ;
« Carce n’est pas dans le Christ lui-même, tête de l’Eglise, que l’on
pourrait trouver le moindre péché appelant de la part de Dieu des corrections
humaines en sauvegardant la miséricorde. »

Ainsi, Augustin n’a pas oublié que les auteurs classiques latins ont
employémisericordiaet il réutilise ce terme avecdans le sens de «pitié »,
cette signiication lorsqu’il est question de sentiments humains, mais lui,
auteur chrétien, se démarque de ses prédécesseurs en réutilisant un substantif
du vocabulaire classique pour l’adapter à un lexique spéciique, celui de
l’univers chrétien, oùmisericordiase rapproche, dans sa déinition, de la
clementiade Sénèque et est avant tout une caractéristique de Dieu.

Notons, par ailleurs, qu’Augustin n’utilise que très rarement des
synonymes demisericordiadans l’emploi spéciique de «miséricorde
divine » :outreclementia, attesté une seule fois dansLa cité de Dieu, en
XXII, 17, il peut employerindulgentia(enCiu.X, 22) oumiseratio, mot de
la même famille quemisericordia, et ce, une seule fois enCiu.X, 22.

2. La notion de châtiment

2.1. Les auteurs classiques disposent avant tout du terme depoena
pour désigner le châtiment. Ce substantif fait partie d’une famille de mots
qui appartient au vocabulaire de la punition. Pensons, par exemple, au verbe
punireou à l’adjectif« venger,punir »impunisqui signiiimpuni ».e «
Quant àpoena, comme le souligne le dictionnaire étymologique d’Ernout et
6
Meillet ,c’est un emprunt au gr.poinhàcom-qui a pour sens précis «
pensation versée par quelqu’un pour une faute ou pour un crime, rançon»,
de là « amende, punition, expiation ».

LeDe clementiade Sénèque est aussi intéressant pour l’idée de
châtiment que pour celle de clémence, dans la mesure où les deux notions y

25

sont indissociables. En effet, Sénèque n’a de cesse de rappeler que la
clementian’est pas l’absence de châtiment, mais la modération dans celui-ci.
Ainsi, outre la déinition de la clémence enClem.II, 3, 1 rappelée
précédemment, dans l’exemple (1), nous en avons recensé deux autres
associantclementia-clémence etpoena-châtiment :

(11)Sen.,Clem.:II, III, 1itaque dici potest et inclinatio animi ad
lenitatem in poena exigenda.
« Etainsi on peut également l’[la clémence] appeler une propension
de l’âme à la douceur dans laixation de la peine. »

(12)Sen.,Clem.:II, III, 2Illainitio contradictiones inueniet,
quamuis maxime ad uerum accedat, si dixerimus clementiam esse
moderationem aliquid ex merita ac debita poena remittentem.
« Ladéinition trouvera des objections, bien qu’elle s’approche au
plus près du vrai, si nous disons que la clémence est une forme de
modération faisant quelque remise d’une peine méritée et due. »

Aussi semble-t-il utile pour Sénèque de se référer sans cesse à la
notion de châtiment pour mieux illustrer celle de clémence.
En outre, ce qui intéressera plus particulièrement notre étude à partir
de l’œuvre d’Augustin, Sénèque associe systématiquement l’idée de
châtiment avec celle d’un crime. Autrement dit, il apparaît que, chezce
philosophe, le châtiment ne peut être gratuit. Ainsi, enClem.I, XXII, 3, on
peut remarquer la présence du gérondifpeccandi« le fait de commettre une
faute » dans le contexte proche depoena:

(13)Sen.,Clem.I, XXII, 3:Verecundiampeccandifacit ipsa
clementia regentis; grauior multo poena uidetur, quae a miti uiro
constituitur.
« D’elle-même la clémence de celui qui gouverne inspire la honte de
commettre des délits ; elle paraît bien plus grave, la punition qui est établie
par un homme doux. »

Il arrive même parfois que pour certains types de crimes l’idée de
châtiment soit en fait à l’origine de l’acte concret qu’est le crime. Sénèque
illustre alors son propos avec l’exemple des parricides :

(14)Sen.,Clem.I, XXIII, 1 :itaque parricidae cum lege coeperunt, et
illis facinus poena monstrauit;

26

« Aussibien les parricides ont-ils
châtiment leur a-t-il révélé le crime. »

commencé

avec

la

loi

et

le

Il n’en reste pas moins que dans cette occurrence le crime-facinusest
étroitement lié au châtiment-poena.

Pourinir cet aperçu lexicologique de la notion chezSénèque, notons
que l’auteur emploie également le terme desupplicium, mais ce, beaucoup
plus rarement quepoena, pour désigner le châtiment. Ce substantif n’est pas,
à l’origine, lié à la notion de châtiment. En effet, c’est un dérivé de l’adjectif
supplexsignii». Par conséquent lequi se plie sur les genouxant
«suppliciumest d’abord une supplication adressée aux dieux. Puis le terme a tendu à
se spécialiser dans le sens de «sacriice offert pour apaiser les dieux à la
suite d’une faute commise», d’où les sens de «châtiment »et de
«supplice »dans la langue commune. Ainsi, une occurrence duDe clementia
donne un exemple d’un père trop sévère, pas assezclément, qui, en fait de
châtiment, déshérite sonils dès la première faute et Sénèque de conclure
que normalement :

(15)Sen.,Clem.I, XIV, 1 :Nemo ad supplicia exigenda peruenit, nisi
qui remedia consumpsit.
« On n’en vient à inliger le dernier supplice que si l’on a épuisé ces
remèdes. »

Par ailleurs, Sénèque ne réserve pas ce terme desuppliciumà la
justice paternelle, puisqu’il l’emploie aussi pour celle rendue par le prince.
F-R. Chaumartinrend alorssuppliciumpar «» apeine capitalein de
souligner laforme que prend le châtiment inligé par le souverain dans ce
contexte :

(16)Sen.,Clem.I, XXIV, 1:Non minus principi turpia sunt multa
supplicia quam medico multa funera; remissius imperanti melius paretur.
« Lenombre des peines capitales n’est pas pour le souverain une
honte moindre que pour le médecin le nombre de funérailles. On obéit mieux
à qui exerce le pouvoir avec moins de rigueur. »

On note un point commun entre ces deux occurrences: il s’agit du
contexte péjoratif dans lequel est employé le substantifsupplicium. En effet,
dans les deux cas, il est question desuppliciainligés sans clémence aucune.
Peut-être pourrait-onyvoir une distribution complémentaire entrepoenaet
supplicium: le premier serait le châtiment avec clémence et le second sans

27

rien de tel. C’est, du reste, ce que laisseraient penser les deux dérivés
français de ces termes latins, à savoirpeineetsupplice. Mais ceci n’a valeur
que d’hypothèse bien vague qu’il faudrait vériier dans une étude plus
approfondie de l’œuvre de Sénèque.
7
2.2. Todd Breyfoglecommence ainsi son article sur le châtiment dans
l’œuvre d’Augustin: «Le châtiment est d’abord une pénalité inligée à la
suite du péché originel. Puis, par dérivation, il est aussi une sanction légale
imposée par des conduites criminelles. » Cette remarque implique que, pour
Augustin, le châtiment est avant tout rétributif, il n’est pas gratuit. Or, cette
observation pourrait tout aussi bien s’appliquer à la notion depoenachez
Sénèque. Par conséquent, dans son contexte le plus général, Augustin, auteur
chrétien, continue de voir dans le châtiment ce qui est inligé à la suite d’un
crime plus ou moins important et l’évêque d’Hippone a de nouveau recours
au substantifpoena. Il peut alors évoquer la punition de la loi positive, celle
qui frappe celui qui a transgressé la loi d’un état, d’un prince, d’une société :

(17)Aug.,Ciu.VII, 35 :Nolo enim dicere has artes etiam ante nostri
Saluatoris aduentum in ipsis ciuitatibus gentium legibus solere prohiberi et
poena seuerissima uindicari.
« Pourmoi je ne veux pas dire que ces artiices étaient d’ordinaire
prohibés et très sévèrement châtiés par les lois des nations dans les cités
païennes même avant la venue de notre Sauveur. »

Mais un auteur chrétien tel qu’Augustin évoque avant tout le
châtiment de Dieu et, fait remarquable, il continue d’utiliser dans ce contexte
précis et dans la très grande majorité des cas, le termepoena, substantif que
Sénèque, quant à lui, employait pour désigner le châtiment qu’un être
humain inlige à un autre être humain. Avecpoenasaint Augustin distingue
alors les peines temporelles des peines éternelles :

(18)Aug.,Ciu.:XVII, 2Sed quoniam Deus nouerat hoc eam non
esse facturam, usus est eius etiamtemporalibus poenisad exercendos in ea
paucosideles suos et admonendos qui postea futuri erant in omnibus
gentibus,

« MaisDieu, sachant que cette condition ne serait pas observée, usa
aussi des peines temporelles ain de l’éprouver dans le petit nombre de ses
idèles, et pour avertir ceux qui, dans la suite, parmi toutes les nations lui
resteraientidèles. »

(19)Aug.,Ciu.:XIII, 12secunda uero, ubi anima sine Deo cum
corporepoenas aeternasluit.

28

« Dans la seconde [mort], l’âme séparée de Dieu mais unie au corps,
subit des peines éternelles. »

La justice de Dieu étant bien sûr sans faille, contrairement à celle du
princepsde Sénèque, elle est forcément rétributive, d’où le grand nombre
d’occurrences oùpoenaest en contexte proche d’un terme évoquant un
péché :Ciu:. X, 8poenam iustissimam peccatorum;Ciu, 15. XI:poena
post peccatum;Ciu. XIII, 5 :peccati poena.

Pourinir, observons qu’un autre vocable est employé et ce
exclusivement par les auteurs chrétiens, tel qu’avant Augustin, Tertullien,
pour dénoter le châtiment, c’est le substantifcorreptio. Or le mot est très rare
dansLa Cité de Dieu: nous en avons recensé trois occurrences contre plus
d’une centaine pourpoena. Il est vrai, comme le souligne Todd Breyfogle,
qu’Augustin emploie plutôt le motcorreptiopour ce qui relève de la
punition paternelle ou fraternelle, ce qui n’est pas le sujet deLa Cité de Dieu. Le
mot implique donc des «liens spéciiques marquées par la connaissance
personnelle de l’âme qui doit être corrigée». Saint Augustin parle le plus
souvent decorreptiodans le domaine de la discipline ecclésiastique.
En conclusion, observons que la littérature latine chrétienne met en
jeu un univers très différent de celui des auteurs latins classiques. C’est
pourquoi on pourrait attendre que pour des notions essentielles, comme
celles de clémence et de châtiment, dans des œuvres où il est souvent
question de justice divine, l’auteur chrétien ait recours à des termes
nouveaux ou très peu usités dans la langue classique. Pourquoi en effet
n’observe-t-on pas un emploi plus fréquent d’un terme relativement rare
chezles auteurs classiques, comme le substantifcorreptio, qui a signiié
« l’actionde prendre» (Aulu-Gelle) ou «décroissance »(Vitruve) et
qu’Augustin aurait pu réinventer en lui donnant le sens systématique de
« châtiment » à la place depoena ?En fait, un auteur chrétien comme saint
Augustin a préféré ne pas oublier le lexique classique et le réactualiser : ainsi
poenaconserve son sens classique de « châtiment », mais il est adapté, dans
ses emplois, au contexte chrétien. Pourmisericordia, c’est un peu plus
complexe, puisque l’on observe l’adoption d’un nouveau sens, celui de
« clémence ».Toutefois, on peut assezfacilement voir les processus
sémantiques qui ont permis de passer de la signiication de « compassion » à
celle de « clémence » ou de « miséricorde ».

29

Stéphane DOROTHÉE
Université de Rennes II

Notes

1
La cité de DieuMadec), BibliothèqueCombès, revue et corr. par G.(trad. de G.
augustinienne, 1993-1995.
2
Toutes les traductions duDe Clementiasont celles de F.-R. CHAUMARTIN, Les
Belles Lettres, CUF, 2005.
3
Ici, le traducteur, F-R. CHAUMARTIN, a choisi de rendremansuetudopar
«douceur », ain de respecter l’absence de répétition du texte latin où sont utilisés à la fois
clementiaetmansuetudo; mais les deux termes sont bien synonymes dans ce
contexte.
4
Nous entendons par «synony», un cas de smie d’emploiynonymie où certes les
mots ont le même sens, mais où ils sont, en outre, employés dans un même contexte.
C’est ce que J. Lyons appelle des synonySur le sujet de latotaux ».mes «
synonymie et de ses différentes catégories, on peut se reporter aux études suivantes :
— LYONS(J.),Language and Linguistics, Cambridge UniversityPress, 1981,
p. 148.
— FRUYT(F.),Typologie des cas de synonymie en latin, dansLes problèmes de la
synonymie en latin,Actes du Colloque du Centre Alfred Ernout, 3 et 4 juin 1992,
Lingua Latina, P.U.P.S, 1994, p. 33.
5
Même remarque que dans la note 3. En outre, le sens de «clémence »pour
mansuetudoest ici rendu manifeste par la présence de l’adjectifclemens: Sénèque
compare la modération de deux empereurs dans les châtiments qu’ils inligent. Pour
Néron, il emploie le substantifmansuetudoet pour Auguste les deux adjectifs
coordonnésmoderatusetclemens, lesquels dénotent la même caractéristique morale
que le substantif.
6
A. ERNOUTet A. MEILLET,Dictionnaire étymologique de la langue latine,
e
Klincksieck, Paris, 1932 (réimpression de la 4édition : 1994).
7
T. BREYFOGLE,Encyclopédie saint Augustin, éd. du Cerf, Paris, 2005.

30

MONIALES RÉCALCITRANTES ET VIOLENCE
ÉDUCATIVE (FALAQUE)
AU DEIR EL-ABYAD
D’APRÈS UN PASSAGE DU CANON 4 DE CHÉNOUTÉ
(PARIS, BNF 1301)

SydneyH. AUFRÈRE, Nathalie BOSSON

Parmi les noms ayantlaisséunetrace dans l’histoire dumonachisme
copte s’inscriten lettres d’or celui de Chénouté,vénérable maisterrible
vieillard, qui régna sans partage sur plusieurs communautés de moines etde
moniales dans la région d’Atripé, à l’ouestdunome Panopolite, en Haute
1
Égypte .
Retirés jadis à proximité des reliefs dudésertlibyque, séparés du
monde, les bâtiments de la communauté n’ontlaissé commevestiges du
CouventBlanc (ouDeir el-Abyad), que l’église, dontl’architecture emprunte
extérieurementà celle du temple pharaonique. Cette expressiontémoigne
encore de l’essor hors normes d’une communauté qui ne réunitpas moins de
4000moines etmoniales sous la conduite spirituelle de ce patriarche
charismatique qui frôlera les centdix-huitans. Fairevivre dans ces solitudestant
de personnes ayant voué leurvie auChristn’étaitpas sans dificulté. Cela
induisait une organisation sans faille à laquelle ne pouvaitprésider qu’un
homme à la poigne de fer maintenant une discipline dans les rangs de ceux
qui, envertud’une naturetrop humaine, avaientdesvelléités d’échapper à la
rigueur duquotidien en améliorantleur ordinaire contre la règle, quand bien
même les athlètes de Dieuen herbe ne succombaientpastoutsimplementà
des élans charnels.
Nous avons choisi d’attirer l’attention sur les châtiments, et tout
particulièrementsur ceuxqui sontréservés auxmoniales,tantChénouté
semblaitpréoccupé de l’égalité des sexes, quantauxbrimades etaux
châtiments corporels destinés à celles età ceuxqui avaientfauté contre la
règle communautaire. Les règles auxquelles nous allons nous intéresser sont
extraites d’un passage appartenantauCanon 4, conservé à la Bibliothèque
2
nationale de France , etqui fournit un éclairage sans pareil sur le règlement
extrêmementprécis qu’il édicta en mêmetemps que le plaidoyer justiiant
les mesures prises contre les récalcitrantes etles punitions requises. Il se
trouve que les rapports entre Chénouté etles moniales duCouventBlanc ont

faitl’objet, en2002, d’une étude extrêmementfouillée sur la question de la
3
partde Rebecca Krawiec . Les éléments que nous apportons dans la présente
contributionviennenten appui de ces recherches etl’éclairentsur des points
précis detraduction etd’interprétation.
Il estcependantimportantde rappeler, avantd’entrer dans levif dusujet,
la nature de la hiérarchie de cette collectivité ausommetde laquelle setrouvait
l’archimandrite, qui communiquaitavec elle par missives, puisqu’ilvivaitretiré,
se livrantauxjeûnes prolongés etauxmacérations detous ordres. Chénouté
cisèle ses formulations,use d’un richevocabulaire égypto-grec etarticule sa
pensée en recourantauxsubtilités dialectiques, auxigures de rhétorique
égyptiennes etgrecques etauxressources de la grammaire copte, en sorte que
cetauteur rafiné, dificile àtraduire, porte les lettres coptes à leurzénith.
Chénouté régnaitsur deuxcommunautés d’hommes, entout 2200
personnes, auxquelles correspondait une seule communauté de femmes, de
1800personnes. Celles-ci se subdivisaientchacune en moines oumoniales
conirmés eten novices. Les deuxpremières étaientdirigées par deuxPères
supérieurs ouDoyens (5Hllo)tandis que latroisième setrouvaitsous
l’autorité d’une Mère supérieure ouDoyenne (w5Hll), assistée, dumoins à l’époque
de nos documents, d’une certaine Tahôm etde femmes mûres (noç NcHime)
ouanciennes. Sans se lancer dansune étude de sémantique, le motau
masculin ouauféminin5Hllo/5Hllw, rendupar « Doyen, Doyenne », signiie
littéralement«vieillard,vieillarde », mais il s’agitici d’untitre honoriique,
4
comme nous l’avons montré aucolloque qui s’est tenuà Hérisson, en2006 .

Délégation
Doyens (llo5H)

Mh 1
hommes
Mh2
2200

Anciens

LA HIÉRARCHIE
Archimandrite

Éducation
(paideye)

Rapport
Doyenne (lHwl5)

Mf

Anciennes

18
00
femmes

NOTABENE.—Cetableauinsiste sur les conditions faites auxmoniales.

32

Cela dit, les règles édictées par Chénouté induisent une asymétrie de
traitemententre les deuxcommunautés. Si les deuxPères supérieurs etla
Mère supérieure en réfèrentà l’autorité de l’archimandrite etdénoncent
auprès de lui les agissements répréhensibles oususpects des membres de
leurs communautés respectives, seulun Père supérieur, délégué par
Chénouté, estsusceptible d’appliquer les peines prononcées dans celle des
femmes. La nécessité de l’application duchâtimentfaitl’objetd’une
apologie en bonne etdue forme. L’archimandrite estobnubilé par la pureté de
l’espritetducorps, en sorte que le Monastère doits’inscrire dansun rapport
d’étroite symétrie avec le monde de Dieuetde ses anges. C’est une rude
tâche pour Chénouté de maintenirun ordre moral etéconomique dansune
collectivité aussi nombreuse, lieuinévitable detensions internes. Pénétré de
valeurs pauliniennes, celui-ci, se considérantcommeun prophète, exprime
sa souffrance d’avoir à punir pour faire respecter l’ordre sur les moines etles
moniales dontla conduite glorieuse sera pour luiun « manteaude lumière ».
Entre les Canons2et9 de Chénouté,treize lettres contiennent un
discours s’appliquantspéciiquementauxfemmes ;elles sontadressées à la
Mère supérieure. Nous nous pencherons sur l’une d’entre elles,igurantdans
le Canon 4. Cette missive faitressortir lestraits caractéristiques de la pensée
chénoutéenne en matière d’éducation des récalcitrantes à des règles devie,
en ce qui concerne l’alimentation etl’habillement, qui fontl’objetde
restrictions.
Commentpeut-on caractériser les relations de Chénouté avec les
moniales ? Chaque mois,un Père supérieur estdépêché par l’archimandrite
vers la Mère supérieure ain de recueillirun rapportcirconstancié, rapport
auquel il reprochetoutefois omissions etinexactitudes,—preuves qu’une
solidarité fémininevenaitcorriger ce qui étaitperçucomme marque d’excès
d’une autorité masculine. De ce fait, le moine délégué, obligé de revenir, se
trouve investi dupouvoir d’appliquer les peines ainsi qu’on le constate dans
le passage suivant:

etbe paï mN petkwlye Mmof tenoy etrefeire kata petR
anafMpnoyteHMptrefeUisarwtN.eitenet2foywsenej
epitimiaejwoyHariHarooyNHoynHNneymVa.eitenet2foyws
enojoyepmVaMpro.eitenet2foywseHioyeerooyetref-
jnay NHenchse kata peyMpsa. monon oyaga$on nan
nMmhtN|peetrefeUiebolHitethytNnan’efphtNHhtnMmhtN,
jekac Hwwn erepenHht Mton

(ff.330,46–331,31) C’estpourquoi, rien ne l’empêche (= le Père
supérieur) à présentd’agir selon ce qui plaîtà Dieulorsqu’il se rend
chez vous ;
—soitenvers celles auxquelles il souhaite inliger (noyje)un
châtiment(epitimia) à huis clos, à l’intérieur de leurs cellules ;

33

—soitenvers celles qu’il souhaite châtier (noyje) à l’entrée (du
monastère) ;
—soitenvers celles qu’il souhaite amener (de force) (Hioye) pour
5
leur appliquer (jna=) des coups selon ce qu’elles méritent.
C’est une bonne chosetantpour nous que pourvous qu’il revienne de
vousvers nous, satisfaitdevous, ain que nous-mêmes soyons
sou6
lagés .
Relevons d’emblée que la punition plaîtà Dieu. Ensuite ce passage
comporte, entroisvolets, des aspectsvariés duchâtiment. Toutd’abord la
punition à huis clos, c’est-à-dire dans la cellu; ple mêmeuis la correction
exemplaire, au vuetausudupublic, à la porte dumonastère,une coutume
sacerdotale égyptienne résiduelle relative à l’application des peines à la porte
7
destemples . Letroisièmevoletestplus sybillin, car il exprimeune autre
forme de sanction « gratiiée » par le délégué, dans laquelle on perçoitl’idée
que la coupable seraitamenéeversun lieude redressement(cf.infra). Du
faitque la communauté des femmes se résoutà subir les peines de (plus ou
moins) bonne grâce, en sorte que la punition se déroule sans rébellion contre
l’autorité incarnée par le délégué, en découle le soulagementde
l’archimandrite qui, Dieuétantsatisfaitetayantpardonné,voitrenaître pour lui etses
ouailles l’espoir dusalut. Il n’en demeure pas moins que chaque rapport
recueillaitson butin de fautes etdetransgressions auxquelles Chénouté
remédiera par procuration, pour le bien des coupables. Les fortestêtes
nécessitent une éducation adaptée, ainsi que le révèle le f.333,11-52, lorsque
Chénouté, s’adressantà la Doyenne, luitientles propos suivants :

ayw etetNsantNnooy nan etbe netT twn eHoyn eHrhtN HN
teymNtatcwtM.2hetbeçelaayMpe$ooy.tNnarwseerooy
pe epaideye Mmooy. ayw etrenT cbw nay HN epicthmh nim^
kata $e etetNcwtM enetNeire Mmooy HaHthn. Hwc esje
enmocteanNnetNTcbWwnayHathnHNHenjpiVomNHenchse.
Nnecswpe. alla etbe tagaph Ntof ete oyntan2c eHoyn
erooyenTcbWwnayematekatanegravh
8
(f.333,11-52) Etsivous requérez(tNnooy) auprès de nous contre
celles quivous contrarientpar leur désobéissance, ouà propos d’une
9
autre faute ,il nous incombera la responsabilité de les éduquer
(paideye) etde les instruire (T cbw) entoute matière (epicthmh),
10
selon ce quevous entendezdire faire cheznou,s, (les hommes)
—non pas comme si nous détestions (mocte) celles à qui nous
dispensonsun enseignementcheznous aumoyen de brimades (jpio) et
de coups (chse)—cela ne se peut!
—mais aucontraire envertude l’amour (agaph) que nous avons pour
elles, en leur dispensant un enseignementintensif, en accord avec les
Écritures.

34

Il fautcomprendre que sur les instances ciblées de la Mère supérieure,
les récalcitrantes ferontl’objetd’untraitementparticulier, puisqu’elles
seront« éduqupar des brimades (ées »jpio) etdes coups (chse), puis
instruites de façon intensive, selonun enseignementconforme auxÉcritures,
etce, si on le déduitdu texte, en leur faisantsubir cetraitementdans le cadre
ducouventdes hommes oùles insoumises serontredressées.

Éduquer
(paideye)

brimades(jpio)

coups(chse)

ÉDUQUER/INSTRUIRE
Désobéissance

Amo

u
r
(
agaph

)

Instruire
(T cbw)

entoute matière
(epicthmh nim)

délivrerun enseignement
intensif(cbw emate)
selon les Écritures

Ainsi que nous l’avons rappelé, la langue de Chénouté estsubtile ; elle
nécessite d’êtrevigilant. On notera, d’un côté, l’emploi du verbepaideye
(dugrecwàapuedi), « élever, formerun enfant» etdontChénouté détourne le
sens, de façon à lui donner la signiication extrême « d’élever en corrigeant
un enfant», enun motdon« dresser »,tnousverrons la signiication sous
peu; de l’autre côté, du verbe égyptienT cbw, qui conserve, plus souvent,
la signiication noble et traditionnelle d’« enseigner
»,icienseigner,instruirepar letruchementdes Écritures, ce qui n’empêche pas leverbeT cbw
cbw
oule substantif (<ég.zbA) d’être ambigus etde se rapprocher dusens
du verbepaideye. En somme, onvoitapparaître eniligrane l’image d’un
centre de redressement, oùl’on rééduque de façontraditionnelle, à latrique,
en sorte d’accélérer l’apprentissage des préceptes des Saintes Écritures. Nous
relèverons en outre la nature dusentiment véritable qui porte Chénouté à
agir, non pas par haine (mocte) mais par amour chrétien (agaph).
Le passage qui suitne dément, quantà lui, aucunementce quivient
d’être dit. Il ajoute des éléments mettanten relief le faitque Chénouté agit
comme juge suprême, plaidant, dans sa missive, pourune égalité des sexes,
dumoins celle qui, dans son esprit, réside dansune identité detraitement, à
partir d’instances écrites ou verbales émanantde la Mère supérieure :

35

plhn’ eite aytçaeiwtN, eite aytmaeiwtN HN netNsaje
entatetNtNnooycenanHNnetNepictolh^2hHN3t2taprVoNnetetN-
tNnooy Mmooy nan^ monon naï entatetNtNnooy nan
etbhhtoy^cenajpijUiNteycbWwHNHenchse^jenencnhyHwoyne^
N$e Nnencnhy etHaHthn Mpeïma

(ff.337,44–338,18) Toutefois, quevous ayezété convaincues de fautes
(tçaeio) ouquevous ayezété justiiées (tmaeio) selon les propos que
vous nous avez transmis dansvos lettres oupar la bouche de ceuxque
vous nous avezenvoyés, seules celles contre quivous avezrequis
auprès de nous, il leur incombera de recevoir leur instruction (cbw) à
l’aide de coups (chse), puisque ce sontégalementnos sœurs, au
mêmetitre que nos frères qui sontici cheznous.

Puisvientl’apologie par laquelle il justiie son
attitudevigoureusevisà-vis des moniales, en déployant unvéritable arsenal dialectique
etrhétorique sur la mise enœuvre de peines corporelles. Cette apologie constitue
une ampliication des propos précédents :

ayw epeneiwt thrN pe pnoyte mN penjoeic I paï
entafjoocebolHitNnefpetoyaabjepetTcVoepefçerwbef-
mocteNnefshremNnefseere.aywHNneïsajeenTcbWw
NnenerhyHNHenjpiVomNHenchseenjWwMmocjeanonHen-
meloc Noywt’ ayw MmN sMmo NHhtN.

emmonNtNob3sanjeMpNçNt2fefchHjeanetoyaabMpro-
vhthc mN Napoctoloc paideye NHoeine HN Hençerwb. eimhti
HMÏnÏeysajeMmate:allatNpicteyejeeswpeoyntayMmay
NHenshremNHenseereeayjpooykatacar3X.2hNtofHen-
shre mN Henseere kata pnoyte eayT peyHht nay^ naï mN
neïkooye tNpicteye je cenamactigoy Mmooy HN Hençerwb
eysanR atcwtM.

tNpicteye de on je aneneiote Narxaioc abraHam^ mN ïcaak^
mN ïakwb^ mN Nkooye throy paideye Nneyshre mN neyseere
entayjpooykatacar3X.eswpedeeaHenkooyecwtMNcwoy
katapnoyte|NcenaçWwanetMÏmËactigoyMmooyHNHençerwb^
eysanparabaNnentolhMpjoeic^2ËheysanRatcbWwetMtrey-
cwtM Nca neysaje mN Hwb nim etoyHwn Mmooy etootoy.

etbenaïesjeanonoycwmaNoywtname’,tNhp’eTcbWw
NnenerhyHNHenjpiVomNHenchse.HNoykakiaËan[m]N
oymocte.oyteHNoyeXoyciaanmÏNoymNtjaciHht’Hwctyra-
nocNbabËeÏrÏwme.aywNsoysoyeaHenkooyeoyaHoyrWw
Holwc. alla HN oyagaph Nte pnoyte eHoyn’ enenerhy eneT
cbWwMpoyVapoyVaMmoneiteHooyt’eitecHime

(ff.338,19–340,49) Dufaitque Dieuestnotre Père àtous ainsi que
notre Seigneur Jésus, lui qui a ditpar ses saint« Qs :ui épargne son
11
bâton (çerwb) haitbel etbien sesils etsesi, eh bien, clles »’esten

36

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