Contes et mécomptes d'Afrique et d'ailleurs

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Fred Juliani entraîne ici le lecteur dans ses valises de grand voyageur et l'invite à l'accompagner dans ses aventures personnelles et professionnelles qu'il analyse et décrypte. Le patron de gauche au Sénégal ou l'agent de voyages en perpétuel repérage pose un regard original sur des lieux mal connus, loin des clichés, observe et commente les évènements politiques et économiques qui ont influencé sur sa propre destinée.
Publié le : mardi 6 octobre 2015
Lecture(s) : 15
EAN13 : 9782336391915
Nombre de pages : 280
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Fred Juliani
Contes et mécomptes d’Afrique et d’ailleurs
Quand changer d’horizon bouleverse notre destin
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
Contes et mécomptes d’Afrique et d’ailleurs
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen
Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.
Dernières parutions
Jean-François Sylvestre SOUKA,Madame Gentil, 2015. Thierry VUNOKA,Héros anonymes, 2015. Jérémie MULIKARE,La vie des pygmées Batwa au Rwanda, 2015. Irène ASSIBA d’ALMEIDA et Sonia LEE,Essais et documentaires des Africaines francophones. Un autre regard sur l’Afrique, 2015. Jean-Pierre EYANGA EKUMELOKO,Enfin éclos d’un vase clos, 2015. Jules ERNOUX,La Précarité quotidienne en Afrique de l’Ouest. Culture et développement, 2015. Éric BOUVERESSE,Celui qui voulait être roi. L’Afrique, terre des esprits, 2015. Joseph Marie NOMO,L’envers de l’argent,2015. Françoise UGOCHUKWU,Bribes d’une vie nigériane. Mémoires d’une transformation identitaire, 2015. Athanase RWAMO,La rue, refuge et calvaire, 2015. Judicaël-Ulrich BOUKANGA SERPENDE,Et si brillait le soleil…, 2015. Abdoulaye MAMANI,À l’ombre du manguier en pleurs,suivi deUne faim sans fin, 2014. Baba HAMA,Les amants de Lerbou, 2014. Parfait DE THOM ILBOUDO,L’Amante religieuse, 2014. Mamady KOULIBALY,Le miraculé des bords du fleuve Mano : Souga, 2014. Jean-Célestin EDJANGUÉ,La République des sans-souci, 2014. Casimir Alain NDHONG MBA,Au dire de mes aïeux. Une facette du passé des Fang du Gabon,2014.
Fred Juliani Contes et mécomptes d’Afrique et d’ailleurs Quand changer d’horizon bouleverse notre destin
Du même auteur Le goût amer de l’inachevé, Editions Edilivre© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06604-2 EAN : 9782343066042
Avant-propos
«Nous sommes frères par la nature, mais étrangers par l'éducation. » (Confucius). «Celui qui veut du miel doit avoir le courage d'affronter les abeilles». «Chaque marigot a son crocodile». «Si tu ne changes pas de place, tu ne peux pas savoir quel endroit est agréable». «Dans un pays où l'on danse sur un seul pied, l'étranger doit danser sur un seul pied». «À celui qui frappe à la porte on ne demande pas : "Qui es-tu ?". On lui dit: "Assieds-toi et dîne". Proverbe africain, auquel un Sénégalais ajouterait « quelle quantité de riz amènes-tu ? ».  Muni de ces proverbes ou citations et de quelques lectures, je me suis cru armé pour quitter mon pays et affronter l’Afrique et le Sénégal en particulier, où j’ai posé ma valise. Dans ce pays où l’humour est un précepte de vie, rien ne doit être pris au sens premier du mot, mais pas toujours. Un autre proverbe, indien celui-là, pourrait parfaitement l’imager : «La pauvreté fait les voleurs comme l’amour les poètes. » Cette ambivalence en fait tout le charme ; tout le monde y est un peu voleur et poète à la fois.  Où que l’on aille, on est toujours un étranger, souvent même dans son propre pays, car faire et entreprendre dérange. Cela je le savais déjà, alors qu’est-ce qui pourrait me surprendre ? L’histoire que je vais vous raconter est vraie, les personnages réels. Confronté à l’impossible réalisation de mes projets, j’ai quitté la France et passé une décennie et un peu plus à voyager. Je voulais être pleinement acteur de ma vie, je m’aperçois vite que je n’ai été que regardeur, impliqué certes, critique sans doute, souvent passif, étonné, quelquefois subissant. J’évoque, commente les évènements que j’ai traversés ou qui m’ont accompagné, je décris aussi les personnages improbables que je n’aurais jamais pu rencontrer en d’autres lieux.
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Une expérience qui m’a rendu dubitatif sur les rencontres avec les autres et m’a rendu étranger dans mon propre pays.  Dans mon précédent ouvrage« Le goût amer de l’inachevé », j’ai raconté mes aventures depuis mon arrivée calamiteuse à Orly en mai 1962, jusqu’à ce 2 janvier 1998 à l’aéroport de Toulouse, où j’étais en partance pour Dakar. Ma plume était alors restée en suspens, quand j’en étais à évoquer ce départ ; émotion trop forte, trop de sentiments mélangés. Je disais alors : « C’est une nouvelle histoire qui commence, mouvementée, heureuse et par instant dramatique. Raconter ces dernières années va me demander du temps et de la réflexion. Tout est encore confus dans mon esprit, tant cette période a été intense en évènements, en prises de décisions, en combats menés contre la bêtise, l’ignorance et la trahison. Je m’étais préparé à de rudes épreuves en quittant la France pour cette Afrique noire qui m’était totalement inconnue. Mais rencontrer autant de violence, certainement pas. Le peuple sénégalais, en apparence paisible et sans histoire, se livre quotidiennement à une lutte pour son indépendance psychologique contre la France et les Français, même s’il a obtenu depuis longtemps son indépendance politique. Alors, avec le sourire et le pseudo sens de l’hospitalité, la fameuse «Teranga», (accueil chaleureux), ce peuple livre une bataille opiniâtre contre les blancs. Malgré mon attention, ma compréhension, ma générosité, je me heurte cette fois-ci, non pas à une main obscure, pour limiter mon entreprise et m’encourager à partir, mais à une barrière bien visible, celle de la différence criante de culture, du poids de notre passé commun non assumé de part et d’autre, des méfaits de la colonisation, l’esclavage, le racisme ».  Après quelques mois de réflexion, avoir tourné et retourné les évènements au fond de ma mémoire, tout au long de mes nuits à chercher le sommeil, je crois être prêt aujourd’hui à raconter cette nouvelle période de ma vie, avec, je l’espère, le recul suffisant pour être impartial, faire la part de mes erreurs, de mon impossible compréhension de cet autre monde. Mais d’abord, je dois revenir sur mon état d’esprit à ce moment-là. Partir, quitter mon pays encore une fois, n’est pas une mince affaire. Laisser ma famille, mes amis, mes habitudes, effacer d’un revers de main tout ce qui s’est passé ici, pas sûr que j’en sois capable. Mes fragilités vont être aussi du voyage, mon incapacité à accepter le temps nécessaire pour récolter les fruits de mon travail. Dès que le vent mauvais se lève, confronté aux difficultés, par réflexe, je ne me bats pas. Par lâcheté, par faiblesse ou
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tout simplement par paresse, j’ai cette conscience du combat inutile et la volonté immédiate de passer à autre chose, ici ou ailleurs. Dans ces moments, la tête en ébullition, mes idées se bousculent, je sais alors que je vais me lancer dans une autre aventure, quelquefois incertaine, sans réflexion suffisante. C’est là mon handicap, ma façon d’être et de vivre, avec toujours la même question : est-ce que changer de lieu une nouvelle fois changera mon destin ? Quand je reviens ainsi sur mon histoire, je constate que toute ma vie s’est construite autour de rencontres que le hasard a mises sur mon chemin, d’idées surgies de nulle part, dans l’immédiateté du moment, comme une révélation, une obligation de faire. Cartésien pourtant ; mais bercé par ma culture judéo-arabe, j’ai conscience qu’a contrario, rien ne m’est arrivé par hasard, « le mectoub » (le destin), comme on dit là-bas dans mon pays d’origine, s’est imposé à moi. Ma volonté, mon libre arbitre, sans pour autant m’absoudre de ma responsabilité, n’ont eu, j’en ai pleinement conscience aujourd’hui, qu’une infime influence sur mon parcours. Pour apporter une explication à ce besoin toujours inassouvi de bouger, changer de place, d’aller toujours et encore ailleurs, je me permets cette métaphore, en me comparant à un arbre qu’on a déraciné en pleine croissance, replanté à la va-vite, et qui ne pousse jamais bien nulle part, épuisé à refaire ses racines, chercher la lumière au milieu de la forêt, mais jamais désespéré de trouver le soleil. C’est peut-être ce cocktail qui a guidé mes pas : le choc initial du déplacement de mon enfance, mêlé à cette certitude que seul le hasard provoque les évènements, ajouté à un peu de volonté pour accepter, refuser, arrêter ou continuer.  Au fil de mes années, j’ai acquis la certitude que le monde se partage entre ceux, la majorité, qui naissent, vivent et meurent à la même place, avec pour ambition de construire leur maison, puis leur dernière demeure, avec toujours autant de soins - on reconnaît paraît-il les hommes au tombeau qu’ils se font construire - et ceux, une minorité, qui ne construisent rien, qui vivent d’ailleurs en ailleurs, qui ne savent pas où tout cela finira. C’est ainsi qu’avec la fulgurance de la vie quand elle décide que les choses doivent se faire, tout va s’enchaîner en quelques semaines.  À un peu plus de cinquante ans, après avoir tout essayé, fait, refait, défait, détruit, reconstruit, imaginé, de succès en échecs, me voilà aujourd’hui encore à la case départ. J’ai labouré, semé et arrosé sans jamais récolter les fruits de mon travail. Sur cette terre de France, je n’ai pas pu, ou pas su vaincre les rigidités, les intolérances qui m’ont
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