Dans la courbe de la vague

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Récit autobiographique ou plutôt dialogue avec celle partie de « l'autre côté ». Interrogation sur un cheminement existentiel : comment, pourquoi, à travers cette éducation bourgeoise des années quarante et cette jeunesse à demi-étouffée, suis-je allée vers toi ? Itinéraire spirituel et charnel, errance dans le labyrinthe, tentative de réponse à l'appel d'une lumière peut-être. Un amour à vivre avec cette forte personnalité dont le rayonnement m'aimanta et qui consacra une large partie de sa vie de comédienne à éveiller chez les jeunes le goût du théâtre.
Publié le : vendredi 6 novembre 2015
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EAN13 : 9782336397023
Nombre de pages : 288
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Graveurs de Mémoire
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Monique FLEPP
Dans la courbe de la vag
Graveurs de Mémoire
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DANS LA COURBEDE LA VAGUE
Graveurs de mémoire
Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de textes autobiographiques, s’ouvre également aux études historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en fonction essentiellement de critères géographiques mais présente aussi des collections thématiques.
Déjà parus
Arnaud (Jacques),Filmer des spots de pub, un métier aventureux,2015.
Nicolet (Jean-Louis),Mon enfance marocaine, Souvenirs,2015.
Houziel (Gilbert),Oran, 20 rue de l’Aqueduc, De la marine au quartier juif, des histoires d’un monde disparu,2015.
Rehmany (Wirya),Kurde, journaliste et libre, Mythes, guerres et amours d’un peuple meurtri,2015.
Lab (Manon),L’Alsace en héritage, Histoire d’une famille,2015.
Ayme (Maurice),À l’école du bonheur et de la réussite, La révolte d’un « fossile » du primaire,2015.
Rieuf (Armelle),N’oublie pas d’aller chercher Armelle, Du Nord-Pas-de-Calais à la région parisienne : le chemin d’une vie,2015.
Delfau (Mireille),Résistante un jour, Résistante toujours. Paulette Fouchard-Ayot ou la vie d’une femme de l’ombre, 2015.
Milan (Jean-Pierre),Vol à voile, chemin d’aventures, En planeur avec un inconditionnel du ciel,2015.
Firth (Alan),Le petit Anglais de Béthune, En séjour chez les autres,2015.
Monique FLEPP DANS LA COURBEDE LA VAGUE
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07110-7 EAN : 9782343071107
Et à présent. À présent, ombre parmî es ombres tu as dîsparu au-deà de ces paînes îmmenses, au-deà des sîences où je crîaîs ton nom. Vers que espace întersîdéra, dans quee éternîté de nuît sans bord ? Ou bîen as-tu déjà, mon aîmée, ma rayonnante, rejoînt cette Lumîère, ’Or quî déjà vîvaît en toî – ô tes rêves d’or de jadîs, ceux de notre premîer bonheur, car nous avons parcouru dîvers espaces de bonheur, n’est-ce pas ?
« J’aî encore rêvé tout en or ! » me dîsaîs-tu, émerveîée, rîant de a joîe de ces îmages que tu découvraîs au réveî : « I y avaît un arbre en or et tu venaîs vers moî et toî aussî tu étaîs dorée… »
À présent, e gouffre en moî de son absence – a bombe a détruît e cœur de ’îmmeube dans cette rue de Bouogne sur Seîne où je passaîs, enfant, pour aer à ’écoe, es murs n’épauent pus que e cîe, devant eux es panchers se sont effondrés, a vîoence de ’exposîon a tout dévasté – Et aussî a paîe saîgnante à mon lanc gauche, a doueur aux yeux morts.
Sî oîntaîne et pourtant étrangement proche. Ton absence et pourtant a chaeur de ta maîn sur mon épaue, e soufle de tes èvres sur mon cou. Pour combîen de temps encore vîvants dans ma chaîr ? Car déjà es brumes vont s’abattre, estomper es contours, absorber a moee des souvenîrs. Est-ce possîbe ?
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Je veux te héer de ces oîntaîns quî t’ont engoutîe, où sans doute j’auraî moîns peur de dîsparaïtre moî aussî quand mon heure sera venue parce que tu m’y auras précédée. J’auraî ’împressîon de marcher sur tes traces, de descendre vers es abïmes te Orphée, non pour t’en ramener maîs pour t’y rejoîndre. Bîen que je sache que ces retrouvaîes soîent îusoîres, que ton corps aîmé a dîsparu à jamaîs, je e saîs, et sî vraîment, ors de notre mort, une âme îmmortee jaîît du tréfonds de notre être, ee n’aura pus désîr de ces étreîntes que nous avons connues. Et aors c’est peut-être dans ces lots d’or que déjà tu reposes, ô ma soaîre, écume de umîère étînceante dans ’îmmensîté du Fux de ’Energîe dîvîne, maîs retrouver a douceur humaîne de ton amour, non c’est împossîbe. Perdue à jamaîs, je e saîs.
C’est pourquoî je veux t’évoquer, te ressuscîter par ces mots, te ramener dans mes jours toî, ma teement vîvante – que de armes je vaîs verser, eau amère pour te ressourcer, te faîre resurgîr encore un peu, pour moî, pour ceux quî t’ont aîmée, peurée, ne pouvant croîre à ta dîsparîtîon, parce que, même sîencîeuse et oîntaîne, tu vîvaîs encore en eux, îée à jamaîs à eurjeunesse, toî quî, avec ton rîre, ta joîe, ton ardeur, tes exîgences, tes coères, avaîs été eur înîtîatrîce non seuement à cet unîvers du théâtre où tu es faîsaîs pénétrer maîs à a vîe même, à une vîe teement autre que cee à eux proposée par eurs parents, par eurs professeurs, cette vîe où îs découvraîent, e cœur battant, que e don de soî à ’art et à a beauté exataît eurs jeunes forces et es révéaît à eux-mêmes.
Je dîraî tout cea, cet épuîsant travaî que tu avaîs créé, que tu aîmaîs et es soîrées iévreuses du moîs de Maî, au théâtre Montansîer, à Versaîes, et tant d’autres heures… Je t’éèveraî un tombeau maîs non, quee absurdîté ! Nî e marbre, nî a profusîon des leurs ne peuvent te recouvrîr, t’enfermer, toî quî fus a vîe même. Je veux te ressuscîter tee qu’en toî-même, ma guerrîère, ma bataîeuse, te hîsser au jour, t’arracher à ces eaux noîres où cette nuît encore j’aî pongé pour te ramener sur a rîve.
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Maîs te dîre, c’est aussî me dîre, dîre à voîx haute ce que fut notre amour. Nous n’aîmîons pas ’exposer devant es autres. Encore moîns e revendîquer. Nous ne nous reconnaîssîons pas sous ces étîquettes que certaîns ont dû nous apposer : esbîennes, homosexuees… Nous avîons aîmé des hommes. C avaît été marîé dîx-sept ans. J’avaîs vécu queques brèves îaîsons. Nous étîons deux êtres quî vîvîons ce merveîeux, cet étonnant amour. Bîen que pudîques, nous ne cherchîons pas non pus à e cacher à nos vraîs amîs. D’aîeurs ’écat de notre bonheur devaît nous trahîr, î me sufit de regarder des photos de ces premîères années. Ceux quî comprenaîent ’acceptaîent, ’apprécîaîent, je pense. Ceux quî ne vouaîent pas comprendre se e masquaîent : nous étîons de « grandes amîes ».
Je ne t’aî pas connue dans a spendeur de ta jeunesse, au temps où tu n’étaîs que comédîenne. Seues des photos et es souvenîrs de tes pus ancîens amîs m’ont révéé ta beauté, a déîcatesse de ta sîhouette, a pureté de tes traîts. Longtemps je ’aî regretté, ongtemps j’aî envîé, jaousé ceux quî t’avaîent connue, aîmée aors. Ce n’est que dans e mîîeu de ta vîe que je t’aî rejoînte, dans ’épanouîssement sî désîrabe de ton corps. « Vous ne pouvez îmagîner comme ee étaît bee, dîsaîent ceux-à quî ’avaîent fréquentée aors, aux autres ne ’ayant côtoyée qu’âgée, a sîhouette épaîssîe, es cheveux banchîs. « Maîs sî ! On e voyaît bîen, ee avaît gardé ce beau vîsage ! » répondaîent ces dernîers. Cependant, dans ce temps-à de notre rencontre, en nous encore, presque întactes, es forces de notre jeunesse. En moî aussî quî te suîvaîs à deux années pas tout à faît de dîstance. Et sî rîches toutes deux, sans e savoîr, de ce ong possîbe quî tressaîaît en nous. Sans doute étaît-î nécessaîre ce ent trajet sur des routes teement étrangères pour nous retrouver. À vîngt ans, à trente ans, notre unîon se seraît trop vîte heurtée à nos égosmes, à nos întransîgeances, à d’autres faîms encore.
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Et pourtant je t’attendaîs depuîs sî ongtemps. Tous es êtres rencontrés, que j’avaîs cru aîmer, me aîssaîent amère et désenchantée. Le bonheur n’étaît pas pour moî. Dans un trîste orgueî je me répétaîs a sentence des épîcurîens : « e bonheur est un îdéa de pourceau ». Je ne savaîs pas, je savaîs que tu vîendraîs.
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Sans doute, à treîze ans, à Bouogne, orsque je montaîs sî entement es marches de ’escaîer du petît îmmeube de a rue des Tîeus, défaîante, e cœur chavîré, aant retrouver cette femme, trembante d’une passîon dont je ne retrouveraî a vîoence que des années pus tard, avec Renaud S T, et pus tard encore, avec toî, ouî sans doute, j’aaîs déjà vers toî, ce fut e premîer paîer, ’éveî de ma sensuaîté dans a tendresse de ses bras, dans ses caresses quî pourtant demeuraîent chastes… Aînsî, à ’âge où mes amîes de casse s’excîtaîent de eurs furtîves rencontres avec es garçons du coège d’en face – que es reîgîeuses nous înterdîsaîent de fréquenter, du moîns sous eurs yeux, aux abords des bâtîments – es învîtaîent à eurs annîversaîres, se chuchotaîent eurs premîers rendez-vous, eurs premîers baîsers, moî je vîvaîs, farouchement soîtaîre, cette îaîson secrète, îndîcîbe, je e savaîs.
Cependant, ’été d’avant, à Vîers-sur-mer où ma famîe, depuîs ’enfance de mes frères, aaît en vacances, ma vîe d’adoescente avaît débuté sous es auspîces d’une conventîonnee normaîté. Je passaîs mes journées au mîîeu d’une petîte bande d’amîs, garçons et ies, quî venaîent, es repas à peîne achevés, me racoer à a maîson. Nous aîons sur es pages, en véo sur es petîtes routes bosseées de Normandîe, dans notre Q G, un bockhaus construît
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