Du théâtre et des souvenirs

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Le théâtre est le personnage principal de ces trois nouvelles. La première s'apparente à un récit initiatique où l'héroïne tente de se reconstruire grâce à un stage d'art dramatique aux exercices suprenants, inspirés de Stanislavski. Dans la seconde, l'auteur nous conte la création de Mademoiselle Julie de Strindberg. La dernière nous rappelle enfin que le théâtre ne serait rien sans ses spectateurs, comme ces deux amies qui célèbrent son culte dans la légendaire Cité des Papes.
Publié le : lundi 5 janvier 2015
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EAN13 : 9782336368221
Nombre de pages : 160
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Yoland Simon
Du théâtre
et des souvenirs
Du théâtre Nouvelles
et des souvenirs
Le théâtre est le personnage principal de ces trois nouvelles.
NouvellesLa première, Le bonheur à Honfeur , s’apparente à un récit
initiatique où l’héroïne tente de se reconstruire grâce à un
stage d’art dramatique aux exercices surprenants, inspirés de
Stanislavski. Mais tout stage est aussi une aventure collective
faite d’amitiés, de rivalités, de salutaires solidarités, narrées
ici avec minutie.
Dans Par une belle soirée d’été dans le Marais Vernier,
l’auteur nous conte la création de Mademoiselle Julie de
Strindberg. Une sorte d’effet spéculaire rapproche les rapports
de fascination et de domination, explorés par l’auteur suédois,
et les relations ambiguës entre la comédienne et son metteur
en scène.
Une passion singulière nous rappelle que le théâtre ne
serait rien sans ses spectateurs, comme ces deux amies qui
célèbrent son culte dans la légendaire Cité des Papes.
Yoland Simon a écrit plus de vingt pièces de théâtre éditées
par L’Harmattan, L’Avant-Scène, Actes Sud, L’œil du Prince.
Il a aussi publié Un désordre ordinaire au Mercure de France,
Fichue météo chez HB éditions, ouvrage pour lequel il a reçu
le prix Jean Follain. Attaché à la vie culturelle, il fut président
de l’Union des maisons de la culture.
En couverture : photographie de Matthieu Simon.
Catherine Mocquard dans Les Bonnes de Jean Genet,
mise en scène de François Bizet.
ISBN : 978-2-343-05374-5
15,50 e
Yoland Simon
Du théâtre et des souvenirs










Du théâtre et des souvenirs




Yoland Simon















Du théâtre et des souvenirs

Nouvelles















































































Du même auteur

Théâtre
Dialogues fondamentaux, L’oeil du Prince, 2010.
De la mort et de la nécessité de vivre avec, Alna éditeur, 2008.
Dialogues élémentaires, L’oeil du Prince, 2006.
Chute libre, Actes-Sud Papiers, 1986. L’Harmattan, 2004.
Flora, L’Harmattan, 2003.
Une fin de semaine très ordinaire dans des paysages variés,
ActesSud Papiers, 1985. Les Quatre Vents 1998.
Le Cri de Christelle, Les Quatre Vents, 1998.
Tout un drame, Les Quatre Vents, 1997.
Couleur de cerne et de lilas, L’Avant-Scène n°985, 1996.
Adieu Marion et Si j’osais mon petit coeur, L’Avant-Scène n°967, 1995.
Au Théâtre comme au théâtre, Les Quatre Vents, 1992.
À l’ombre des Lumières, L’Avant-Scène n°884, 1991.
Chroniques nostalgiques, Éditions Corps puce, 1989.
Chroniques villageoises, L’Avant-Scène n°828, 1988.

Proses
Page à page, Chroniques littéraires, l’Aiguille, 2013.
Bleu Horizon, Essai, éditions de l’Aiguille 2013.
Récits de Normandie, éditions de l’Aiguille, 2012.
Le Roman du Havre, éditions de l’Aiguille, 2011.
La douce habitude de pleurer, éditions de l’Aiguille, 2009.
Ephémérides, ASI éditions, Quartier libre, 2005-2010.
Fichue Météo, poèmes en prose, H.B.éditions, 2003.
Un Désordre ordinaire, Roman, Mercure de France, 2001.
Contes et légendes de Normandie, Nathan, 1998.
Et si on arrêtait la mer ? Nouvelles, L’Harmattan, 1994.
Hier Chantaient les lendemains, Récit, L’Harmattan, 1991.












© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05374-5
EAN : 9782343053745
À Xavier Périer,
en souvenir de nos ateliers.
LE BONHEUR À HONFLEURPROLOGUE
CHIls en avaient eu l’idée, tous les trois. Et moi, je les
regardais, hébétée. Je dus dire quelque chose comme :
« C’est tout ce que vous avez trouvé ! » Le crier même.
Évidemment, ils s’y attendaient. Ils entreprirent d’abord,
avec des gestes appropriés, de calmer le jeu. Ce fut
l’expression qu’ils employèrent. Il fallait, pour
commencer, seulement les écouter. Est-ce que j’étais prête à le
faire, tranquillement, sans m’énerver ? Dans la salle, une
mouche bourdonnait. Accusait le silence qui, lourdement,
s’installait. Ils attendaient mon accord. Je ne protestais
plus. Cela leur sufft. « Maman, commença Thomas, mon
aîné, laisse nous t’expliquer. Après ce sera à toi de
décider, librement. » Cette liberté qu’ils me laissaient ! Mais
je le savais, si je les laissais faire, je n’aurais bientôt plus
rien à décider. Ils avaient l’air satisfait, un peu gêné, de
gens qui ont bien préparé leur coup, tout organisé avec
des arguments imparables et, pour épicer les bonnes
raisons, de bonnes intentions. On résiste moins aux bonnes
intentions, si louables, qu’aux bonnes raisons, parfois
discutables.
9CHEnsuite – cet ordre était sans doute prévu par leur
subtile stratégie – Delphine monta au créneau. Delphine avait
toujours su ce qu’elle voulait, pour elle, pour moi, pour
nous. On résistait encore moins à Delphine qu’aux bonnes
raisons, aux bonnes intentions. Elle déclara : « Maman,
voici le projet. » C’était une entrée en matière froidement
objective, presque technique, qui excluait toute espèce
de sentimentalité. Elle commença à exposer le projet en
question, comme elle le faisait sans doute dans son école
de commerce, comme elle préparait aussi nos voyages,
nos vacances : avec clarté et précision. Elle avait déjà
tout envisagé, tout arrangé. Les problèmes à régler, les
dispositions à prendre. Elle conclut par un « Je t’assure,
maman, c’est pour ton bien ». Sans autre épanchement.
Ce n’était pas son genre. Je pressentais que tout était déjà
joué. Déjà, je ne m’intéressais plus à son discours, à cette
absurde proposition.

CHJe repensais à la petite flle indépendante et
débrouillarde qui, à deux ans, enflait, avec une étonnante
résolution, ses chaussettes, ses chaussures, sa culotte,
qui, plus tard, promènerait son caddie dans les allées des
supermarchés, de rayon en rayon, en s’emparant
énergiquement des articles qu’elle avait choisis. Il n’y avait pas
à discuter.
CHIl ne manquait plus que Maxime pour entrer dans la
mêlée. Prudemment, il avait attendu. On se défend plus
facilement contre un mari que contre ses enfants. La
logique conjugale entraîne de naturels affrontements qui
tirent à de moins grandes conséquences, qui s’achèvent
souvent sans vainqueur ni vaincu, querelles vite oubliées.
Mais les enfants, en grandissant, deviennent nos maîtres.
10Prudemment encore, Maxime se réfugia derrière ce
rempart. Il dit tout doucement, le traître : « Ils ont raison, tu
sais », comme s’il venait d’y réféchir, de s’en persuader.
En d’autres temps, d’autres circonstances, j’aurais
envoyé paître cet hypocrite, et les gosses avec. En d’autres
temps... Lorsque j’avais des attentes, des préférences, des
désirs. Et la force de refuser. Maintenant, je ne savais que
me livrer à d’éternels reproches, contre tout et, bien sûr,
contre cette ridicule idée, où donc étaient-ils allés la
chercher ?
CHIls s’entêtaient pourtant. Débordaient mes dernières
défenses, forçaient mes ultimes résistances, violentes mais
faibles, ils ne pouvaient s’y tromper. Je répétais : « C’est
tout ce que vous avez trouvé pour vous débarrasser de
moi. » La suite, ils la connaissaient. Toujours la même
antienne. Que tout m’était égal et qu’ils n’avaient pas
besoin de se faire du souci pour moi puisque, de toute façon,
ils ne venaient plus jamais me voir, ou si peu. Le regard
de Thomas s’attrista. Celui de Delphine prit du champ.
J’étais injuste. Je le savais. Et malheureuse. Ce qui
n’excusait rien. Je me mis à pleurer. Un peu.
CH Ce moment d’émotion passé, la conversation reprit sur
des bases moins affectives. Plus solides. J’avançai mes
arguments. Le théâtre et moi, c’était idiot, complètement.
Ils le savaient. Avec mes brutales sincérités, ma vie
toujours au premier degré, à feur de sentiments, d’émotions,
ils me voyaient vraiment en train de jouer, de simuler je
ne sais quoi, de me mettre dans la peau de quelqu’un ?
Et ils en riaient quelquefois, le déploraient plus souvent,
mentir, je ne savais pas, ni rien cacher, ni me taire quand
il le fallait. Mon âme était sans mystère et mon coeur sans
secrets. Je pensais à voix haute.
11CHMais c’était bien ma chance, pile, c’était pile ce qu’ils
proposaient, dans le stage en question, où ils voulaient
m’expédier. Et leur démarche, justement, consistait à ce
que chacun tente de se resituer, de reconstruire, à partir
de sa parole, son existence, son passé. Il y avait d’autres
termes plus prétentieux encore et, pour fnir, le vilain
mot de thérapie. Je bondis. C’était donc pour cela qu’ils
avaient concocté tout cela, pour soigner une pauvre folle.
« Maman, tu es folle ! », dit Delphine. C’était ce que je
venais de dire.
CHLa conversation prenait une fâcheuse tournure. Ils
changèrent de ton. De sujet. Montrèrent toute la sollicitude
dont ils étaient capables. Comme s’ils avaient beaucoup
à se faire pardonner. Comme si je partais pour me faire
opérer. Comme jadis, Maxime, quand il me conduisait à la
maternité. Ils offraient leurs bras à mes épaules, mettaient
leurs petits soins à mon service, affchaient à tout propos
leur bonne volonté. Je ne souhaitais rien de particulier. Ils
le frent pour moi. Delphine se consacra à la préparation
d’un thé brûlant, servi avec des galettes du
Mont-SaintMichel. Maxime, qui n’en avait pas souvent, eut soudain
une idée : « Ce soir, on s’offre le chinois. » « Génial ! »,
dit Thomas.
CHEntre les nems et le porc à la sauce aigre-douce, ils
entreprirent de m’éclairer un peu. C’était bien le moins,
s’ils voulaient que je le fasse, leur foutu stage. Donc la
chose avait un but, la redécouverte de soi, pour faire
simple, et elle proposait de passer de l’être au paraître
ou l’inverse, par le moyen de l’expression théâtrale. Ce
qui, a priori, ne manquait pas d’ambition, n’engageait à
rien de très évident, non plus. Delphine, toujours précise,
12ajouta que l’événement devait se dérouler sur un peu plus
de trois semaines. Presque un mois. Une éternité ! Mais
c’était à Honfeur, tellement près, je ne serais pas
dépaysée. Je pensai qu’à ce compte-là, il valait mieux rester
chez moi. Comme s’ils avaient deviné, ils se justifèrent.
C’était bien ainsi. Il me fallait changer d’habitudes, de
décor. Créer une rupture. Nette. Mais sans me déraciner.
Trop. Je tentai une pauvre diversion : « Et toi, mon pauvre
Maxime, qu’est-ce que tu vas devenir, seul ici ? » Il
sourit. Je n’avais pas à m’en faire pour cela. Il avait du travail
jusque-là. Son exposition à préparer, et il était à la bourre,
comme toujours. « Dans ces moments-là, tu le sais, je
suis infernal. » En somme, on m’éloignait pour mon bien
et pour le leur. Que pouvais-je encore leur opposer ? Ils
avaient réponse à tout.
CHLa tiédeur de la salle, la chaleur du bordeaux aussi,
un doux engourdissement me gagna. Une sorte de
bienveillance. L’envie de leur faire plaisir. De tout leur céder.
Ils sentirent ce lâche abandon. Devinèrent qu’ils avaient
gagné. Ils en furent contents. Parlèrent de tout et de rien,
avec une joie primesautière, un peu affectée. Thomas
renversa son verre de vin dans le riz cantonnais. C’était
peutêtre bon, après tout. Maxime se dévoua pour goûter. Ce
n’était pas si mauvais. « Franchement dégueulasse », dit
Delphine qui ne mâchait pas ses mots. Le maître des lieux
observait le spectacle avec son impavidité asiatique. Il
vint réparer les dégâts. Sensible à l’atmosphère et vaincu,
lui aussi, par la sérénité retrouvée, il offrit le saké. C’était
le jour des bonnes idées.
CHNous nous sommes retrouvés dans la chambre. Maxime,
sans la protection des enfants, en menait moins large. Par
la porte-fenêtre, je distinguais les lumières du pont de
13Normandie qui clignotaient dans la nuit. Pauvres lueurs
sur un ciel sombre et sans lune. Nous nous sommes
couchés, sans un mot. Spontanément, je lui tournai le dos.
Puisqu’il m’avait lâchée. Avait pris part au complot.
ACTE I
CHLes enfants repartirent vers d’autres activités, leur vie,
laissant à leur père le soin de gérer la situation, selon une
expression chère à Thomas et que je n’aimais pas. Les
jours passaient dans une attente absurde. Et je n’aimais
pas non plus ces moments où tout s’efflochait, fns de
vacances dans la villa bretonne de mes beaux-parents,
locations qui, ailleurs, s’achevaient, penderies à
demivides, valises à demi-pleines, stupides entre-deux. Ce
sacré stage qu’ils avaient, Dieu sait comment, dégoté,
semblait encore loin, assez proche cependant pour que
le temps qui m’en séparait ne se prêtât à rien. Cette
inquiétante perspective occupait suffsamment la pensée,
décourageait de prendre la moindre initiative. Les livres,
littéralement, ne me disaient plus grand-chose, moins
encore les pièces de théâtre que je me crus obligée de
consulter, sans rien comprendre à leurs dialogues
décousus, à tous ces personnages qui se mélangeaient comme
les fgures d’un jeu de cartes. Plus que jamais, je bâillais
devant une télé plus nulle que jamais, mon mari le disait
qui pourtant, longuement, la regardait. Et, avec le mois de
15

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