Ecritures africaines

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Première étape vers une reconnaissance des écritures africaines, l'auteur nous apprend à déceler, analyser et comprendre des écritures traditionnelles d'Afrique (du Mali et de la Côte d'Ivoire) antérieures au XXe siècle. Les textes d'historiens, ethnologues, linguistes et sémioticiens sont étudiés dans une perspective historique correspondant à l'évolution des mentalités sur le sujet. Porte entrouverte sur une littérature encore totalement inconnnue de l'Occident, ce livre autorise un véritable début de lecture des signes africains.
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
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EAN13 : 9782296254923
Nombre de pages : 275
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* Renvoi vers la bibliographie
** Renvoi vers la filmographie
Les planches sont placées en fin de volume

Couverture :Le glã dya. Un des quatre tableauxdesignes retraçantla genèse des
signes. D’aprèsY. T. Cissé etG. Dieterlen (*1972:70, fig.5).

À Manuel

INTRODUCTION

«Afrique, continent sans écriture…», quelle étrange
expression masquant un si horrible programme d’oblitération des
cultures africaines par le monde occidental: un rêve auquel se sont
accrochés tant de chercheurs… Ceux-là mêmes qui traçèrent les
contours du désert dans lequel une recherche universitaire sur
l’existence d’éventuelles écritures africaines se trouverait
marginalisée. Se risquer sur cette voie devait remettre inévitablement en
cause une connaissance trop fortement ancrée et défendue par les
plus grands chercheurs. Je doisassurémentlesoutien de mon
entreprise à l’ouverture d’espritdesethnoesthéticiensetdes
sémioticiens. Aujourd’hui,s’il m’arrive encore derencontrerdes
récalcitrants,sesont-ilspourautantadoucis? Les tempschangentet
lesidéesavancentà leurrythme. Ellesavancent…
Danspareille perspective,une actualité n’estpasattendue
surles résultatsdes recherches: d’une part,
quivoudraitaujourd’huis’informer surcesécritures sansen connaître l’existence et,
d’autre part, qui pourrait supposerleurexistence alorsqu’aucune
institution, aucune manifestationrelaye l’informatLion ?’actualité
desartspremiers suscitée parl’ouverture duMusée
desArtsetCivilisationsduquaiBranly aurait pu servir une meilleure lecture des
œuvres d’artà cesujet,unetentative, même, derévélercesobjets
dansleurpleine dimension ethnoesthétique augrand public… Il
n’en est rien.
Que la curiosité etla perspicacité dulecteur soientdonc ici
remerciées… Ellesl’aurontamenésurlavoie peucommune de la
découverte qui, je l’espère,sera à la hauteurdesesespérances. La
révélation de l’existence desécrituresafricainesest un long
cheminementdontle présentlivre n’estque le commencement.
Audébut sesituaientdes textesexcluantarbitrairementet
sansaucune justification les signesafricainsdesclassificationsdes
écrituresdumonde etd’autres textesessayantde décoderles
systèmesdesignesetn’exposantpasdu toutle problème linguistique
du signe, commesi leschosesallaientd’elles-mêmesconduisant,
dansla plupartdescas, à de douteusesinterprétationsplusqu’à
uneréflexion menéesurlesprocédésde
fonctionnementdesécritures. Il manquaitdonc des textesderéflexionthéorique
permet

tant d’asseoir un travail technique de déchiffrage des signes. Dans
cetespaces’insère le livre présent. Il convientdethéoriserle
problème afin de le légitimerau sein de larecherchescientifique etde
notre propresystème de pensée. C’està ce prixque les travaux
pourront se poursuivre etprendre desorientationsdifférentes,
argumentées, expliquéesen connaissance de cause. Alors
seulement, le milieu scientifiques’ouvrira
auxdifférentesinterprétationspossiblesdesécrituresducontinentafricain.
Les signes sontle plus souvent, comme ailleurs, appliqués
sur un plan (panneauxde bois, lamesdesmasques,textiles,roche,
etc.) dontl’étude préalable menée chezlesDogon, lesBamana et
les Sénoufo a déterminé l’aire géographique prise en compte dans
1
l’étude des signes . Le plan des œuvres d’art est donc un espace de
connaissance et d'enseignement. Supportdes
signesdesdifférentesfamilles, il estlié à l'activitéscripturale. Lesigne graphique,
peint, gravé ou sculpté, omniprésentdanslesœuvresd’art trouve,
dans ce livre, un développement conséquent. La question
inaugurale posée est la suivante : existe-t-il des écritures traditionnelles
Dogon, Bamana et Sénoufo? Un inventaire
desdifférentsgraphismesestnécessaire afin de mieux se familiariseravec euxet
percevoirlesparticularitéspropresà chaque famille. Dans un
discoursde portée plusgénérale, le pointdevue de chercheursde
plusieursdisciplines- historiensde l'écriture, linguistes,
philosophes, anthropologuesetethnologues- concernantla notion
d'écrituresera exposé. La mise en perspective de l'évolution de la
considération de l'écriture dynamise le proposetdresseun panorama
de lasituation ancienne etactuelle de larecherche dansce
domaine. Le point suivantexamine d'une part, les relationsexistantentre
l'écriture etl'art, danslerapportà la calligraphie, dansleurs
techniquescommuneset, d'autre part, entre l'artetl'écriture, dans un
désirde l'artiste dereveniràun graphisme primordial oudese
diriger vers un graphisme imaginaire, dansla mise aupointde
problématiquesartistiquescentrées surlascripturalité.S'engage alors une
réflexionsurla notion desystème designesfaisant suite à
l'interrogation initiale : quel estle fonctionnementpossible des signes
africainsà l'intérieurdudiscoursgénéral linguistique et
sémioti

1
Voirl’ouvrage traitant de l’initialisation du problème à travers l’étude des
surfaces planes des œuvres d’artDogon,Bamana et Sénoufo du Mali, de la Côte
d’Ivoire et duBurkina Faso. N. Martinez-Constantin (*2002).

8

que ? L'étude du signe linguistique estexaminée longuementafin
de mieuxassurerlasuite de larecherche. La dichotomie oral/écrit
estexposée dansle contexte africain, différentde l'occidental, afin
de mettre envaleurdesdisparitésessentielles. La particularité du
contexte africain autorise à penserautrementle problème de
l'écriture etàs'interroger sur sesdiversesfonctions. À lasuite de
ces remarquesesténoncée etdéveloppée l’hypothèse centrale,
suivie d'un essaitraitantde la lecture des signesafricains. Lesujet
s'ouvresurde nouvelles réflexions,surd'autresbasespossiblesde
travail pourdes recherches ultérieures.
Une longue confrontation avec les peintures sur roche des
Dogon etdes Bamana, sur les masquesDogon, Bamana et
Sénoufo,surdivers supports, a été nécessaire afin que naisse l'idée
de l’invention possible d'une forme d'écriture parcesfamilles. À
partirdescentainesd'imagesmanipuléesetétudiéesattentivement,
l'idées'estprécisée. L'observation a longtempsété monseul guide
et selon J. Peignot,
«Les caractères ne révèlent leurs secrets et partant, leurs beautés qu'à ceux qui
2
les regardent attentivement».
Sera traitée ici une forme d'écritureparticulière, la
plusancienne, enseignée aucoursde l'initiation, inscritesurlaroche, le
sable, lesmasques, les tissusetlesdiversobjets. Neserontpas
abordéeslesécrituresd'inventionrécente, nées, pourla plupart, de
3
la colonisation .Certaines sontpeut-être anciennesetleterme

2
(*1967:69).
3
J'en présente quelques-unes afin de bien saisir leurs différences. La plus célèbre
est celle des Bamoun duCameroun, inventée à la fin duXIXèmesiècle parleroi
Njoya pourcorrespondre avecses subordonnésetcomportant466 signes. Le roi
s'enservitpourfonder unereligionsynthétisantlesdonnéesde l’Islam, du
christianisme et de l’animisme.Elle a connulestade idéographique et symbolique puis
syllabique, enfin ellese dirigerait versl’alphabétique. LaSomalie a vu naître un
alphabet créé par Isman Yusuf comportant 19 consonnes et 10 voyelles.
L'écrituresyllabique Éthiopienne comporte environ 180 signes. Au Nigeria est né le
Nsibidi formé de pictogrammes et d'idéogrammes. Levieil alphabet Berbère
datant de plus de2000ansestencore employé sous la forme de l'écriture Tifinagh
des Touareg. L'écriture lybique dont est issu le Tifinagh
comporte24signesconsonantiques tracés soit verticalement,soithorizontalementde droite à gauche. Il
s'agit d'un alphabet consonantique auquel on a ajouté récemment des voyelles et
comprenant 29signes. Il estmaintenantédité puisqu'un clavier informatique a
été créé pour lui (voirLibération,27-28 juillet1996, «L'écrit touareg du sable au
papier»:30-31).Cinq écritures syllabiquesimportantes sontnéesafin detranscrire

9

récent, très relatif, est sujet à débats. Pareillesécrituresnesontpas
sortiesdunéant, la plupartfurent réaliséesà partirde
l'iconographie traditionnelle et leur formation résulte d'une longue évolution
versl'abstraction et la stylisation. Leur naissance estsurvenue dans
un contexte historique particulier: elles sontle fruitd'un
«com4
plexe d'infériorité»favorisantleurmise envaleur,
l'encouragement à les utiliser dans diversdomaines(scolaire, cour royale,
édition, etc.) et leur revendication. À l'inverse, lesécritures
traditionnelles setaisent,sevoilent,se cachent,s’enténèbrent ; on demeure
discret à leur sujet et les familles ne désirent pas les faire
reconnaître comme telles ou peut-être les chercheurs ne leur ont-ils pas
prêté suffisamment d’attention.
L'écriture est aujourd'hui un enjeu de pouvoir,unsigne de
reconnaissancesociale,un facteurd'évolution culturelle et surtout
un outilreligieuxpuisque lespremiersà l'avoirenseignée étaient
principalementdesprêtresoccidentauxetislamiques. Objetde
dévotion, le livre est supposé prédire l'avenir, contenirdes secrets,

leslanguesMandé s'écrivant toutesde gauche à droitesauf le Mendé.Ils'agitdu
Vaï à266 signes, inventé par MomoluDuwaluBukelevers1833auLiberia, du
Mendé à 190 signes, ditKi-ka-kucréé parKisimi Kamara en 1921 danslaSierra
Léone, de l'écriture Bamana dite ma-sa-ba, élaborée parWoyo Couloubayi en
1930danslarégion deKaarta auMali, duToma possédantenvi-ron 140ou197
signesetduGuerzé à 97 signesmisaupointparWido Zabo etChief Gbili dans
lesannées trente auLiberia (pourplusde détails surces syllabai-res,voirCollectif
*1986: 9). Il convientd'ajouterque dansle Hodh en Maurita-nie, on aretrouvé
un alphabetcryptographique dontles signes sontprochesduMendé etduVaï.
Or, comme le note G. Galtier(*1987:259), «c'estdansle Hodh quesont situées
les ruinesde Koumbi, l'ancienne capitale de l'empiresoninké duWagadou(ou
Ghana). Un anciensystème hypothétique d'écrituresoninké pourraitavoirlaissé
des tracesdanscetterégion». Certainesécriturespourraientêtre plusanciennes
qu'on ne lesuppose. Ontrouve ensuite desécrituresmoinsconnues tellesque
l'alphabetBassa (chezlesKrouduLiberia) inventé parThomasGbianwoodeh
Lewisdanslesannées vingtouen 1943(selon le Collectif *1986: 19 etM. Cohen
*1958 :217), ditaussi écriture Kpelle. On connaîtaussi l'alphabetGola du
Liberia, composé de30lettres, l'écriture dite «conjoint» créée parSleweon Doe
auLiberia le 14 avril 1972etcomposée de27lettres. Frédéric BrulyBouabré a
inventé en 1956enCôte d’ivoire l'écriture Bété composée de 401 pictogrammes
monosyllabiques. L'alphabetWolof a été créé le 1erjanvier1961 parAssane Faye
à Dakar. L'alphabetManenka ditN'ko estné deSouleymaneKantè en Guinée et
comprend25 lettres. L'alphabetPeul a été misaupointparAdamaBa auMali et
fonctionne depuis1963. L'alphabet Peul «Dita» a été élaboré parOumar
Dembélé entre 1958 et1966auMali.
4
G. Calame-Griaule etP. F. Lacroix(*1969 :258voirégalement:265).

10

guider et conseiller les hommes ;il est une«puissance
sacrée»,totalementassocié à lareligion comme le note L. Lévy-Bruhl :
«"Il ne leur entraitpas dans latête qu'un homme pûtapprendre à lire, et
5
cependant vouloir rester païen"».
Le livre a engendré des comportements spécifiques : se
faire photographier avec un livre sous le bras, sculpter des
personnages tenant un livre, etc. Ainsi, les Mintandi de pierre desKongo
du Bas-Zaïre montrent des individus vêtus tels desEuropéensdu
XIXèmesiècle et tenant un livre;desplaquesdu Bénin et une
terre cuite de Djennéreprésentent un hommetenantdansla main
un objetpouvantêtreun livre, en quelquesorte devenu«à la
mode». En Afrique, les signes sociaux
sontambigus:sont-ilsl'apanage derésistantsau système d'enseignementextérieur, donnant une
fausse image,sont-ilsmanipulésparceuxdésirantêtre assimilésà
6
l'éliteetpromouvoircette nouvelle forme desavoir?
L'écriture est restée liée audomainereligieuxetpeut-être lui
a-t-elletoujoursété assujettie. L'œufutilisé en magie estdivisé en
plusieurspartiesportantchacuneun message en écriture arabe, les
planchettescoraniques sont utiliséesparlesmarabouts, les stèles
tumulaireslithiquesNioniossé, dontcertaines
sontemployéesdepuis1000ans,sontgravéesd’inscriptionsarabes. L'écriture arabe
a circulétrès tôt(peut-être dèsle XIèmesiècle) dansdes zones
géographiques très vastes. Sans minimiser l'importance
desécrituresditesrécentes, j'ai orienté mon étude vers
d'autresécriturespouvant être qualifiées detraditionnelles. D'un côtéserangerait une
écriture proche d'unsystème occidental,
évoluantduconsonanti

5
Lucien Lévy-Bruhl (*1922:351). Il cite J. Mackensie,Ten years north of the Orange
river(:336). VoirLucien Lévy-Bruhl (:351) pourla «puissancesacrée» qui a
perduré caraujourd'hui, deshommes sontenterrésdansdescercueilsen forme de
bible, de livre (voir C. Glowacki etP.Bigot**1994).
6
Lesclichésconcernantl'écrituresesontmultipliés. Surlatête où se posait la
cruche d'eauoul'amulette, prennentplace aujourd'huiun empilementde livres
sommé du fameux encrier de l'écolier(VoirJ. F.Delassus**1989, III). Lesafricains
portent sousle bras un poste deradio (information orale) ou un cartable ou un
livre le plus souvent religieux(information écrite). Dansla malle aux souvenirs
d'Anaï Dolo (J. Rouch **1972a), aumilieudes tissus traditionnels, onvoit une
photographie de Mami Wata etcelle d'une femme blanche assisesur unvélo
portantpourlégende «LeBoa».PourlesplaquesduBénin etlaterre cuite de Djenné
voirC. Roy(*1957:26),B. deGrunne etB. Bernardi (*1990:39, n°7et40, n°8).
Selon A.Duchâteau(*1990: 45), l’influenceserait venue
deslivresd’imagesimportésparlesPortugais.

11

que vers lesyllabique puisl'alphabétique, etde l'autre,une écriture
non conventionnelle, vraisemblablement plus
ancienne,s'inscrivant sur d'autres supportsque le papier.
Élémentfondamental, le premier supportfutprobablement
le corpsde l'homme protégé etparé detextiles symbolisant une
seconde peau. L'écriturese manifeste partoutetnotamment sur
lesmasques,sousl'aspectde gravure, de relief, de peinture, parfois
découpée dans l'espace parlesformesdesajours. Leslamesdes
masques,tellesdesfeuillesde papier, portentdes
signesetconstituentdesplansdétenantles secretsdesfamillesetde l’initiation.
Le masque estenréalité lesupportdu signe etnon lesigneun
décordumasque. Plusieurs auteurs ont remarqué la relation des
signes des masques à l'histoire des familles dont ils racontent le
7
passé . Les éléments d'une telleécriturevarient selon lesgroupeset
les villagesoudemeurentidentiques, fixesetinvariants, créantdes
parentésentre les utilisateurs. Dansla plupartdescas, lesupport
plan est sacré : bois(lié au règnevégétal particulièrement sacralisé
dansla lame desmasques), pierre (élémentjouant unrôle défini
danslesmytheset rare danslescampagnes),textile (associé à
larévélation de la parole etau règnevégétal),terre (élémentlié aux
ritesagrairesetfunéraires), poterie (unie à laterre etaufeu), métal
(élément unissantle feu, laterre, le minerai etlerègne minéral),
tousélémentsfondamentaux.
L'étude des signesd'écrituresafricaines traditionnelles se
limite à leur seul lieud'expression, le plan. Elle consiste enun
examen desdiverspointsdevue deschercheurs surlesujet,une
observation desfrontièresentre l'artetl'écriture - espace
intermédiaire oùles signesafricainsconfineraient-,une analyse
desécrituresafricainesentantquesystèmesdesignesetleurfonctionne-
ment,uneréflexionsurla dichotomie oral/écrit,unerecherche de
la fonction de cesécrituresetde leur relation avec la
communication,unetentative d'apporterdesmodificationsauxdéfinitionsde
l'écriture. Dans unetelle entreprise, leshésitations, lesincertitudes
etlescontradictions s'enchaînent. Souhaitantouvrir une voie
possible de recherche, des hypothèses sontmodestementformulées
qui, je l’espère, mèneront vers une autre perception du problème.

7
F. deDieu(**1959) précise : «Ils sontlesarchivesduclan, le livresacré de
l'école de lavie».

12

ÉTUDE DES DIFFÉRENTS GRAPHISMES

L'étude a débuté parla découverte et l’observation du plan
8
apparaissant dans les œuvres d'artmenantauconstatqu’il est
d’abordunsupportducorpshumain, descroyancesdesdiverses
familles, des signes graphiques et de leur enseignement. Quelle
quesoitlatechnique employée (gravure, peinture,relief, etc.) les
signes sontappliqués sur un plan (roche, lame de masques, dos
des sculptures, murs,tissus, etc.) exerçantla fonction dupapier.

Leslieux réservésaugraphisme ontaussi leurimportance :
abrisde dépôtdesmasques, abrisenrelation avec la circoncision,
abrismortuaires, abrisprofanesauxquels s’ajoutentlesautels, les
sanctuaires, à l'intérieur, à l'extérieur, etc. Avantle dénombrement
etle classementde nombreux signesDogon en bummõ,yala,tõnu
et tõyparM. Griaule etG. Dieterlen, ce dernierchercheuravait
tentéune classification des signespeintsen fonction deslieux:
«[...] dans la région de Sanga, les signes de la catégorie "Amma” sont
exécutés sur le sanctuaire du totem Yébéné ; de la catégorie "personne" inne sur celui
d'Ogoïne ; de la catégorie "jumeaux" giñem sur celui de Tiré ; de la catégorie "eau" di
sur celui de Goummoyana ; de la catégorie "soleil rouge" naybanu(soitsaison
chau9
de) sur celui de Sangabilou, etc.».

Lespeinturesexposéesauxintempériesposent un
problèmetechnique carles signesdoiventêtrerepeintspériodiquement.
La position du scripteuretdes signes varieselon les techniques
utilisées: le dessin au sol etle piquagesur rochesonthorizontaux
tandisque la peinturesur roche est verticale, etc. Entre les signes
comme entre leslettresde l'alphabetoulesmots, le blanc
oul'espace circule, isole et trace le contourdesmots. Omniprésentdans
le mythe, lesigne estécrit surlesol etdanslespaysagesinduisant
une écrituretopographique. Lesmaisons, leschampsetlesdanses
tracentde gigantesques signesau sol :

8
VoirN. Martinez-Constantin (*2002).
9
VoirM. Griaule etG. Dieterlen (*1965) etG. Dieterlen (*1964).

le parcoursdu Sigui dessine
le corps du serpent sur le
territoire desDogon etl'une
desdansesinscritau solun
signe en forme deS;en
tournantautourdespiliers
des sanctuairesBamana, le
corpsdu serpent, Saba
mininyanba,s'imprime dans
laterre dans un
croisementde lignes sinueuses.

SigneBamana Niki nakan inscrit
dans le sol autour des piliers

La diversité des systèmesdesignescomplique le problème
carchaque famille enutilise plusieurs. Ils’agitde présenterces
graphismes variés et complexes, le plus clairement possible.

Le système de signes Dogon
Le premier système designesDogonse compose de22
catégoriesde 12éléments,soit 264signes, dontchacun està la
base d'unesérie de22ou 24 couples. Ainsi 11616
signescomposentl'écritureDogon. À ce premiercalculs'en ajouteun autre : il
existe2 signesguideset8signesmaîtresdesquels sontissus 266
signesmères.283 024signes sonten fin de comptetotalisés.
Ilsemble que lesystème desbummõ,yala,tõnuet tõy soitcomposé de
signesdontle code consiste à lesdécomposeren guidesetmaîtres,
à lesclasser selon leurappartenance àtel ou tel desquatre
élé10
mentsfondamentaux.
Dieu, Amma, estle créateurdes signes. L'œuf initial,
première forme de Dieu, conçuenunespirale à266points, connote
les 266 signesfondamentauxappartenantà Dieuetgardés sur
terre parle Hogon (grand prêtre desDogon). Ils sontgravés surla
porte dumonde à deuxbattants:surl'un figurentles
signeslibéréset surl'autre ceuxgardésparDieu. Ils sontpeintsparle
patriarchesurl’estrade duHogon etlorsdeson intronisation, le

10
VoirM. Griaule etG. Dieterlen (*1965 : 42et 65). Voirlesfiguresde 1 à 5
planche 1.

14

11
dignitaire s’asseoit sur eux. Diverspersonnages s'installent sur
untabouretpourmarquerleurprise de pouvoiretici, la passation
a lieu surles signes. Ceux-cisontégalement soumisà
lasymbolique deschiffres: le7indique letempsd'élaboration de la création
danslesein d'Amma, le 8, laréalisation, le chiffre deschoses
12
vivantes, autonomesetchaquesignese décompose en7étapes.
Dieua d'abordtracé les signesdans sesclaviculesetaujourd'hui,
lesDogon pensentque lesarticulationsducorpslescontiennent.
À cette premièreécrituresontliésquatretypesdesignes
dontle passage de l'un à l'autre constitueune mise envie. Les
bummõ, «traces»,sontassociésauxâmesde corps(kikinu);les
yala, «marques» ou«images», etles tõnu, «figures» ou«schémas»,
sontconnectésaunyama, forcevitale;les tõyou tõymu, «dessins»
réalistesou«la chose elle-même» ou«pourtourdeschoses»,
illustrentl'idée derassemblementdesprincipes, la mise envie,
l'animation deschosesetdesêtres. Lesbummõsecretsetmal connus
carpeud’informationsontété donnéesà leur sujet, appartiennent
à Dieu. Les yala, constituéspardes traitsen pointillés,sont sortis
de laspirale lorsque Dieuouvritles yeux. On dit:«Leyalad'une
chose estcomme le débutde la chose»,une naissance. Le pointillé
possè13
deune autre fonction : il«[...] classe la chose», formeun nombre .
Letõnuest unsimple dessin qui permet, en levoyant, desavoirà
quelle chose ouêtre ilserapporte. D'aprèscertainesinformations,
cette catégoriesescinderaiten deuxparties: d'une partles tõnu,
signesprofanes, et, d'autre part, lesbammi,signes sacrés. Selon S.
14
de Ganay, les tõnun’ontpasdesens religieux. Le pointestà
clarifiercarles tõnu sontdes signesetà cetitre ilsnesauraient
échapperàune origine divine et sacrée. Ceux utilisés pour la
circoncision sont éminemment religieux et même si
l'auteurdévalorise les abris de circoncis ou de chevriers, les signes de ces derniers
protègent de la foudre, exercent donc un grand pouvoir émanant
deDieuouduRenard pâle (agentdudésordre dansle mythe).

11
VoirM. Griaule etG. Dieterlen (*1965 :78 et84). La porte dumonde est
symbolisée parle masque Ammatã etla porte duHogon. La porte duHogon et
les 266 signes sont représentés surla figure 9A planche3.
12
Voirfigure6planche 1, figure 5 planche2.
13
M. Griaule etG. Dieterlen (*1965 :78 et 75). Parexemple leyala de la maison
est12, etc.
14
(*1940: 90).

15

Quel quesoitlesigne, il estassocié à Amma etpossèdeun
caractèrereligieuxindéniable.De plus,toutce qui passe parlaroche
semble lié àune puissance. Deuxhypothèses sontpossibles: ou
bien on nesaitpasà quoiserapportentexactementles tõnu, ou
bientousles signesdevraientêtre nommésbammi. Peut-être
fautil percevoirdansleraisonnementde l'auteurlatentative de
dissocierde cetensemble le dessinspontané. M. Griaule place leurs
dessinsparmi les tõnu, or, l'activité n'estpasdésignée parle même
termeselon qu'elle estpratiquée pardesenfantsoudesadultes. Le
dessin d'enfantsestnommétãndaba,tãndaga, pousserla clé, ou
15
encoretãndagere .Enfinvientletõy, la chose finie, montrée avec
le plusderéalisme possible, parfois remplacé parla chose
ellemême puisque lesigne équivautà la chose.
Pareilleécritureimplique divers temps. Certains signes sont
éphémères, d'autresdurablesouencore éternels. Lespeinturesde
la caverne deBongosont rafraîchies tousles120anset
«Sur le plan du temps, pourun même objet, les graphies successives
sontexécutées non pas la même année, mais pendantquatre années successives. Exemple :
chaquetotem étantplus particulièrementassocié àunevariété de céréales, les graines de
cettevariété sontdessinées à l'intérieur de la façon suivante : le bummo ausol lors de
l'édification dusanctuaire, leyala sur la paroi dufond l'année suivante, letõnusur la
paroi située à droite de la porte (en entrant) latroisième année, letõyà gauche la
qua16
trième année».
Touslesdessinsexécutésenune annéereprésentent un
jourdu travail d'Amma : les 60ans séparantchaque Sigui, aucours
desquelsdes signes spécifiques sont tracés, équivalent les 60 jours
de la création divine.
D'autresfacteurs, dontla composition de la matière
picturale,sontdéterminants. L'eauestla matière de base età ce premier
ingrédient se mélange de laterre, desgrainesouducharbon,tous
desprincipescolorants. Lesgrainesjouent unrôlespécifique dans
les signes, nonseulementparce qu'elleslescomposentmaisaussi
17
parce que les signesillustrent souventdesgraines. Lorsque les

15
(*1938a : 810). VoirM. Griaule (*1938b : 182) pourl’étude des termes. Le
bummõ étant secret, leyala difficile à identifier, letõyla choseréalisée, letõnu
estlaseule forme que lesenfantspeuvent voirlibrementetessayerdereproduire.
16
G. Dieterlen (*1964 : 42et43).
17
Voirlesfigures 6, 11, 12planche 1, figures1, 9, 10, 11, planche2, figure 17
planche3. Untableau récapitulatif desdonnéesconcernantlesmatières utilisées

16

signes sont considérésvivants, le mil composant la matière
picturale n'estpasécrasé, considérésmorts, lerizetl'oseillesontà
l’inverse écrasés. Les pinceaux sont réalisés en fibres végétales,
sansevière ou panicule de mil. Le blanc est comme le lait d'Amma, il est
la vie, la pureté, la sincérité;le noirestl'eaulustrale;lerouge est
lesang impur. La matière ajoute du sensaux signesDogon.
18
M. Griaule etG. Dieterlen évoquentlasymbolique de
certainesgraines: la graine d'emmeya,sorgho femelle,
«[...] sera représentée dans son ensemble (sur les façades des sanctuaires) en
trempant une panicule de mil dans la bouillie de riz eten l'appliquantbrusquementà
platsur le mur [...] l'emmeya représente l'univers réalisé etrégénéré par le sacrifice du
Nommo anagonno ; elle symbolise ce qu'il donnera, àune étapeultérieure, aumonde
pour être ets'organiser».
L'añu, hibiscus, classa lesélémentsde la création etles
céréalesde base avantleurdescentesur terre. Le põ, fonio, estla
graine la plusimportante : Dieu ycachasa création pourla
préserverdesactesmaléfiquesduRenard. Les 22 traitsfigurésà
l'intérieurdupõsontles 22 yala du sexe etducorpsdupõ ainsi que les
catégoriesd'Amma. Le nombre22 signifie la complétude detoute
chose placée dansla graine, ilserapporte à l'époque
oùDieuprotégea d'Ogo, le Renard,sa création et remit toutdansla graine de
põ qui concentra etdistribua leschoses, amorça leurdescentesur
terre etparacheva letravail divin. Lescréationspassèrentdupõ au
gaba, calebassier, avantd'allerdansl'arche, puisla calebassevide,
témoin, descenditetainsisetermina la création. Enrésumé, les
grainescomposentles signesqui enretour seréfèrentà ellesde
manièresémantique etformelle.
Danscetteécriture, les signes sont souventorientés. La
figure 10planche 4 montre le balancementde l'arche auNord enun
tracé Nord-Sud. L'orientation générale Ouest-Est,signale que les
19
événementsfigurés se déroulèrentauciel. Selon M. Griaule,
«La paroi estdivisée en autantde panneauxqu'ilya de quartiers dansun
village ; de plus, ces panneauxsontorientés selon l'emplacementdes quartiers sur le
sol».

par lesDogon, bâti à partirde l'ouvrage contenantle plusd'informationsà
cesujet- celui de M. Griaule etG. Dieterlen (*1965) - estdonné en annexe I.
18
VoirM. Griaule etG. Dieterlen (*1965 : 120, 126,203,393, 491).
19
(*1938a : 808). Pointconfirmé parM. Palau-Marti (*1957: 84).

17

Aucune lecture n'a cependantétéréalisée conformémentà
ce procédé etaucun commentaire des signesnerenvoie à
l'information : ce point reste obscur.
Si22catégoriesdesignesfurent révélées aux hommes par
Dieu, d’autresdemeurentencore inconnusmaisleurconnaissance
viendraun jour. À la fin de la création, Dieuconserva les 22 signes
principauxde laseconde création dans sesclavicules- les 22 yala
ducorpsdupõ - puis sereferma en forme d’œuf. Lespremiers
signes terrestresfurentproduitsparl'empreinte dupied gauche du
Nommo prenantainsi possession de laterrevulpine. Les signes
du talon établissentque«[...] le monde estarrivé», ceuxde la plante
dupiedsignifient«[...] letravail qu'ils ontaccompli»etceuxdes
20
orteils, que«[...] la paroleviendra». L'empreinte, préservée du
Renard parBinou Sérou (l’un des quatre ancêtres principaux),
forme un motifDogon fréquemment utilisé. Parfois, l'interprétation
dumythe faite parcertainsauteurs relie les sandales(socques) à
l'arche duNommo (représentantdivinsacrifié auciel
puisdescendu sur terre). Àson arrivéesur terre, l'arche fut tirée par un cheval
dontles sabotslaissèrentdesempreintesdanslesol etleshommes
taillèrentdes sabotsde boisen commémoration de l’événement:
21
les socquesillustrentl’arche .L'empreinte existe chezlesSénoufo
etlesNioniossé ouKouroumba etelle fonde l'écrituredesdevins
puisque lesempreintesdespiedsduRenard parachèventl'ensemble
etdonnent unsensaux signes. LesDogon
lasituentgéographiquementauMontSaintCharles, Soriba,reproduction exacte de
l'empreinte dupied gauche duNommo, quirecèle descavernes
22
peintes .L'empreinte marque la première étape duprocessus
d'ajourementet renferme l'idée de pouvoir, d'appropriation etde
possession. Auparavant, le NommoTitiyayne avaitécrasé lesexe
duRenard désirantfuiretl'avaitchevauchéafin de le circoncire.

20
VoirM. Griaule etG. Dieterlen (*1965 : 420, 495, 498 et443). Nommo fut
sacrifié auciel pour réorganiserle monde perturbé parle Renard, Ogo.
21
VoirM. Griaule (*1950: 16) etM. Palau-Marti (*1957:69).BinouSérouest
l’un desquatre ancêtresSéroudesDogon :Amma, Lébé,BinouetDyongou.
Voirfigure 4 planche 4, figures11 à 14 planche 4. L’usure de
certainesplanchettescoraniquesprend la forme de cette empreinte (voirJ. Cazenave **1984, chez
lesBamana).Pourles Sénoufo, lesKouroumba etlesNioniossé,voirfigure 19
planche 8 etA.Schweeger-Hefel (*1966:275).
22
VoirM. Griaule etG. Dieterlen *1965 : 460. Pourlasuitevoirfigure 16à
gauche planche 4.

18

Aujourd'hui, le NommoTitiyayne exécute lesordresdeDieuet
sertd'intermédiaire, comme le Hogon, ogò. Par son nom, le
Hogon estlié auRenard maisagitcomme le Titiyayne qui l'a
monté. Le Hogon ne chevauche-t-il pasle Renard ?Assissurles signes,
autrementditprenantle pouvoir, n'est-il pascelui, etpeut-être le
seul, às'asseoir surle Renard pourle posséderetle contrôler?
Ainsis'établit une passerelleversla possession, latranse etl'assise.
L'empreinte estaussi à la base des signescarleschasseurs
sontlespremiersà avoir vu, connu, luetinterprété les
traceslaisséesparlesanimaux- comme lesbummõ etles
yalasontdesempreintesdeschoses. Latrace oul'empreinte du serpent, maisaussi
savue en plan, produisent une ligne brisée commune àtousles
bipèdes. L'empreinte futle premierprincipe d'écriture.
De l’ensemble desgraphies répertoriées se dégageun
classement selon desfiguresgéométriquesde base,récurrentes.
Premiermouvementde la création, laspirale estlatrace et
lesigne de Dieu, du soleil etdu serpent. Danslesdanses,
elles'enroule de gauche à droite ensigne de fécondation etensensinverse
ensigne de libération deschoses. La premièrespirale dumythe,
reproduite parle Renard, estliée au vol,
aupõrefermantleschosesen lui etla deuxième estcelle de Dieucréantl'univers. Dansle
signerelevé figure 11 planche 1, elles’associe auxélémentsles
23
plus sacrésde la création .
L'ovale etle cerclesesubstituentl'un à l'autre et véhiculent
desnotionsidentiques. L'ovalesymbolise lesecond monde - le
trianglesereliantaupremier-, le cercle illustre l'assise, leposement,
lastabilité etl'équilibre : êtreassisestla qualité première de Dieu,
le maître possédant tout, dominantetmaîtrisantn'importe quel
être humain. Émergentducercle, lesanglesetla croix- née de
l'ouverture desclaviculesde Dieu- à l’origine ducorpshumain. Le
losangerenvoie àuntempspassé, céleste, à l’opposé ducarré,
expression des tempsnouveaux. L'archereprésentée auciel,
mon

23
Présente dansplusieurs signes(voirN. Martinez*1997: planches 2et
3annexe VII) associésà Dieu, aucuivrerouge, au tournoiementdivin avantla création,
à l'oeuf etauxclaviculesdivines, au sanctuairetotémique, à larésurrection du
Nommo, aupremiernom de l'enfant, à l'étoile età la graine de fonio, à la
naissance - elle détientl'idée d'ouverture etd'expansion future
deschosesdansl'universparla graine -, à la date duBulu, auxgrainesde calebassieretderiz, à
l’articulation de la parole, à lavie, auchamp duLébé, à lasortie desélémentsdans
l'univers, auRenard, à l'autel desmasques, aux tablesde divination età l'acacia.

19

tre des casiers losangiques, mais figurée sur terre, ses casiers sont
carrés. Morphologiquement, le losange se réfère aux quatre
directions de l'espace, à la descente de l'arche dansle cieltandisque le
carrés’accorde auxdirectionscardinalesetà l'impactde l'archesur
terre. La poignée desplatsmatérialisantl’arche oulastructure
intermédiaire entre latête etla lame desmasques(Kanaga,Sirige,
etc.), losange barré verticalement,symbole de la partiesupérieure
de l’arche,se confondsémantiquementavec l’ovale placentaire de
l’œuf primordial dont l’axe vertical figure Dieu. La poignée duplat
illustre encore la main de l’homme désirant se nourrir. Le carré ou
24
rectanglevéhicule la notion générale de construction .
Étroitementlié auxmythes, letriangle est sacré. Associé
auxclavicules, il instaure le corpsduNommo (figures4
à7planche3).Souvent employée, la ligne brisée est unie àune multitude
de choses: l’eau, la parole, leserpent, l’agriculture, la
coursesolaire, la marche desbipèdes, letemps, etc.Elleréaliseunesorte de
synthèse géométrique. Issue ducercle -sesangles sontélaborésà
partirducercle -, ellese forme parassociationsdetriangles, est
rattachée aulosange etaucarré - obtenue par unredoublementen
quinconce -, en l'occurrence aumondeterrestre, au tempsd'après
la descente de l'arche, à l'eau, à la parole, etc. La forme humaine
entre en jeuégalementcarpourl'homme Dogon,«L'image qu'il se fait
25
dumonde estcelle d'un homme»: les représentationsdu type du
Kanaga, parexemple,sontomniprésentesen Afrique de l'Ouest.

24
Pourle cercle, l’ovale etla croix,voirfigures12et13planche 1 etfigures10et
11 planche2pourl’ovale;figures1,2, et 3planche2pourle cercle, figures4, 5,
7et8, planche2, pourlesangles, figures9, 10et11 planche2pourla croix,
figures12, 13et14 planche2pourle losange. Pourla poignée de platetle lien
entre la lame etlevisage desmasquesKanaga et Sirige voir (N. Martinez (*1997 :
catalogue, planches 12, 67 et 68). Le carré ou rectangle se retrouve dans de
nombreux signes (figures 12 à 14 planche 2, figures 1 à3planche3, figure 8 planche
4) liésauplacenta etauxclavicules d’Amma, aux 4 éléments, au Nommo, à la
purification, à l'arche, auxarticulations(angles) ducorpsduNommo,
auxvégétaux, au barankamaza, au fonio, à l'acacia, auciel, auRenard etàses vols, au
soleil, à la main duRenard età la divination, à la mortduRenard, à latortue, au
vol desgrainesparle forgeron, à l'agriculture, auporte-ferment,
auxbriques(élémentsde construction desmaisonsetdu squelette), augrenier, àunesacoche du
Sigui, àune fibule etauxmasquesSirige, Grand masque,Eléphant, Ammatã,
Kanaga,Sim, Valu, Gazelle Wiluet Poule de rocher.
25
G. Calame-Griaule (*1958 : 10). Voirfigures4 à7planche3pourletriangle.

20

Une liste provisoire -incomplète
puisquetouteslesinformationsn'ontpasencore étérecueillies- des scripteurspeutêtre
dressée : prêtre, chevrier, chef de famille, Hogon, filsaîné du
Hogon, patriarche,sacrificateur, initié,surveillantdesinitiés,
médecin, forgeron, la plus vieille femme de la famille, enfantset
les Signes réservés aux chefs dont on ne sait s’ils les tracent
euxmêmes mais en sont les utilisateurs.
26
Les commentaires et les noms des signes
collectésrenseignent sur ceux qui sont le plus souvent, non pas employésmais
décrits,soit: 19 bummõ,27 yala, 97 tõnuet45tõy.
Lesdescriptionsaccentuentle caractèresecretdesbummõ,
ésotérique des yala, ouvert des tõnu et des tõy(cesderniersétant
moinsnombreuxcarils sont souvent remplacés par la chose
ellemême ou une action). Une progressions'établitdu tõnuau tõy
- casdu yala de l'œuf duNommo, du tõnude la circoncision du
27
Renard, du tõyde l'espace devenupoissdanon -sleursdegrés
d'impureté : lesformes relevantdu yala (pur)
nesauraientêtreutiliséesjusqu'aubout.
Lescommentaires révèlentégalementleslieuxpeints:
autels(souset sur),sanctuaires(emplacement, intérieur, façade,
estrade), maison duHogon (estrade, façade, intérieur), maison de
famille, ginna (intérieur), maison duforgeron etforge, maison du
médecin, maison duLébé, maison de l’exciseuse, maisonsdes
malades(au sol), maison etlieuxdesfemmes(façade), greniers,
sacochesdesenfantspourla fêtesoixantenaire du Sigui, calebasses
de la Yasigine et des dignitaites du Sigui, maison des hommes,
Toguna (piliers),tambour(peau),tablesde divination,rochers,
ca28
vernesetchamps.
Dansl’inventaire, les tõnuetles
tõyapparaissentplusfréquemment utilisésque lesautres signesetl’étude du sanctuaire
montre que les tõnu sontplus souventpeintsà l'extérieurqu'à
l'intérieur. Les signesdesestrades sontpeuconnusalorsque les
tablesde divination, lesparois rocheuses, lesfaçadesdes
sanctuairesetlesautels s’avèrentêtre leslieuxlespluspropicesaux signes.
D'aprèsces remarques, leslieux relèvent toujoursd'un choix
stratégique etentretiennent souvent unrapportavec despersonnes

26
VoirN. Martinez(*1997: annexe VII, 89 planchesdesignes recensés).
27
Voirfigures12et13planche 1 etfigures 2et 3planche 4.
28
La Yasigine est unevieille femme adimse au sein deshommesinitiés.

21

susceptibles de savoirécrireet de pratiquer la transe. Les lieux en
relation avec les femmes, le Sigui, le forgeron et la mort, montrent
surtout des tõnu et des tõy, confirmantainsi l’impureté desdeux
dernièrescatégoriescomparativement aux premières.
L'étude de la fréquence des rafraîchissementsdes signesest
encoresource d’enseignement:touslesans,tousles 3ans,tous
les10ans,tousles 24 ans,tousles 60ansoupour toujours. Aux
périodicités s’ajoutentdesdatesaléatoires: lorsde l'intronisation
etdesfunéraillesd'un Hogon etd'un prêtre etlorsde la
circonci29
sion oude l'excision .
Employésde préférence pourleurdurabilité, les signes sont
fréquemmentplacés souslesautelsoùils sontconsidérésdans
30
leuréternitViennené .tensuite les signesannuels rythmantle
tempspuisqu'ils sontdessinésaucoursderitesannuelsà date fixe.
Une foisde plus, les tõnu sontlesplus utilisés.
Lasecondeécritureest réservée
auxhommesetparticulièrementauxdevinspourcommuniqueravec le Renard. Chaque
homme désireuxde l'apprendrese faitinstruire et
reçoitl’ordina31
tion auboutde cinq àsixannéesd'initiatLeion .s vaticinateurs
lesplusexpérimentés sontlesgrandsinitiés, leschefsde familles
indivises, lesdignitairesde lasociété desmasques, lesmédecinset
leschasseurs. Lesprêtres totémiquesetlesHogon ne pouvant
s'approcherdes tables,sontinformésdes réponsesobtenues. Il
existe deux tables: celle de divination etcelle d'instruction des
initiésetfutursdevins. Elles sontnomméeskala, «déchirer» car
elles rappellentle placentavolé parle prévaricateuret sont
utiliséespour répondre à de multiplesquestionsetfixerla date de
plusieurscérémonies.
Le mythe Dogonraconte commentle Renard putaccéderà
la connaissance des signes. Ogo griffa lesoleil,reste deson
pla

29
Pourle détail deslistes,voirN. Martinez(*1997: 430-433).
30
Il estconcevable que parce qu'ilsfurentconservésilsontétérépertoriésplus
facilement tandisque lesautres,soumisà desoublis, à deseffacements, ne furent
pasgardésen mémoire.
31
Il estalorsnomméyourougouyayne, «celui quiva (à latable) duRenard» ou
yourougoukounnone «celui qui place (les tables) duRenard (voirM. Griaule et
G. Dieterlen *1965 :274, D. Paulme *1937: 9 etJ. Rouch **1972a). Un liense
tisse entre le Renard (Yourougou), le devin etcelui qui l'a circoncisdansle mythe
(Nommo Titiyayne),soitentre le «possédé» etle «possédant» duRenard, assis sur
lui (voirfigures15 et16planche 4) : Yourougouyayne etTitiyayne.

22

centa, brûlasa main et réussità envoler un petitmorceau sur
lequel étaientinscritsquelques signesqui devinrentlesmarques
principalesde l’écrituredesdevins. L'araignée devint sa complice.
Ellese nicha dansl'arbresene etcommença àtisserlesparolesdu
transgresseur, à donner vie aux signes volésen essayantd'yplacer
lesquatre élémentscontenusà l'origine dansla graine. Lesparoles
se déposèrentauxcroisementsdesfilsmaisl'entreprise échoua car
l'eaune parvintjamaisà pénétrerdanslesparolesquirestèrent
sèchesetinfécondes. Toutentissantlesparoles, l'araignéetournait
en formant unespirale : le mouvementest
reprisparlesacrificateurqui laisse coulerlesang des victimesenspirale - Nord, Ouest,
Sud,Est-surl’autel duRenard. Après son échec, l'araignéevoulut
remonterauciel maisDieularefusa carelle avait trop attendu
pourle faire. Elle l'avaiten outretrahi en passantducôté
duprévaricateur. Lasauterelle est un autre insecte lié auRenard :trois
sauterelles se posèrent surl'arche àsastabilisationsur terre
etfurentmangéesparlui. Au titre despremièresnourritures terrestres,
elles sontparfois utiliséesparlesdivinateurs. Ogo pritconscience
dupouvoirdesespatteslorsquesur terre, aprèsavoirdérobéune
jupe de fibresetcroyant son père mort, ils'enrevêtitet se mità
32
danser surlaterrasse duciel ,
«[...] "ses pas laissaientdans la poussière de laterrasse destraces qui
dessinaientle sens de sonverbe". Les fibres contenaientla première parole révélée par
Nommo».
Larévélations'estfaite parlatrace, l'empreinte.
La décision de ne pas supprimerentièrementla parole du
voleur, Ogo, quiréussità posséderquelques signes, montre la
position ambivalente de Dieuetlarelation ambiguë de Dieuau
prévaricateur. Dans un conte, Ammase change entourterelle,
oiseaulié auRenard, à la mortetà la divination.Selon le mythe,
BinouSéroufutle premierdevin. Dèslesdébutsde la divination
33
parle Renard, leschevrierscélébrèrentle Damades renards
morts ;leshommes rendent un culte au transgresseuretlui
édifient un autel, YourougouLébé, Lébé duRenard, prèsdulieuoù
est tracée la premièretable d'unvillage. L'autel estcomposé de
terre provenantd'une maretemporaire etd'une parcellevolée de

32
M. Palau-Marti (*1957: 81). L'araignée estnommée dadãyourougougeze
gezene, «dadã quitend le fil duRenard».
33
Nom dogon de la cérémonie de levée de deuil.

23

l'autel duLébé, ennemi duRenard : ainsisetrouve commémorée
sa proprerésurrection àtraversle culterenduàsonrival. Le cône
estédifiésurla «main duRenard», instrumentdudevin, couvert
parle dessinsommital de l'araignée. L’ambiguïté estpartout.
La «main duRenard» estl’instrumenten boisdesene,
yourougounoumo, employé pour tracerles tablesde divination.
Celle desapprentisesten pierre. Lesmainsde pierresont volées
parlesdevins surl'esplanade duLébé dalasymbolisantle ciel. Le
vol faitàson ennemi, commetout volrituel,souligneune parenté
entre lesindividus. Dansle casprésent, le Lébé estle personnage
dépossédé, or, leresponsable duculte duLébé estle ogò (Hogon),
instruitdesdevinsetpouvantchevaucherle Renard. Devin et
Hogon entretiennent vraisemblablement une parenté particulière.
La pointe de l'outil figure lesoleil etla partie plate le ciel oùl’astre
circule. Poserle plansurlaterre et tracer signifie«[...] "plaquer" le ciel
34
etle soleil sur laterre». Le geste initial du vaticinateurconsiste à
aplaniretlisserlesable, effacerles signes,supprimerlesirrégularités
du sol. Ils’agitensuite detracerles tablesetles signes: ce
nouveaugeste estconsidéré comme premierdansle processusde
creusementde laterre, le dernier résidantdansletranspercementde
la matière. Relativementauplan, la position dudevin
estinaugurale,telle celle duRenard qui inaugura l’espace, letemps,
l’agriculture, etc. Lorsdeson ordination, le futur vaticinateuroffre deux
poulets sacrifiés surl'autel duRenard etle plusancien devin lui
prend la main pourlisserles registresavec la main de bois.
La forme de l'instrument rappelle«[...]une houe grossière et une
35
pirogue renversée, forme etposition évoquantl'échec». Le monde de l’arbre
sene ayantéchoué, Dieuentreprit une deuxième création. La
courbure de la plusancienne houe évoque latige de grosmilutilisée
dansla lecture des tables. Enfin, paradoxalement, la main du
Renardsuspendue àun arbre protège efficacementles récoltes
contre levol pratiqué parlesanimauxouleshommes. La main du
plusgrandvoleurde la création, le Renard, lutte contre levol et
quiconquevoleraitmalgrétoutne pourraitjamaisplusconnaître
son avenir. Une distinction probante estétablie entre levolrituel
riche desens- à l'origine de diversesparentés- etlevolprofane,
stérilesurle plansocial et religieux.

34
VoirM. Griaule etG. Dieterlen (*1965 :276).
35
M. Griaule etG. Dieterlen (*1953: 102) pourlasuite D. Paulme (*1940: 158).

24

Reliéesà la possession età latranse, certainesexpressions
relativesà la divination prennent unerésonance particulière:
«Le devin se place face aunord à cheval sur latable. Tenantle lissoir de la
36
main droite, iltrace les bandes de gauche à droite en commençantpar celle dunord»,
puisil partage letouten deux. Letracementde latable
parchevauchementest un acte capital caril concerne le placentavulpin
c'est-à-dire lesoleil lui-même, etla possession. L'usage de la main
rappelle que le devin pourrait se brûler s'iltravaillaitdirectement
avecsesdoigts, comme Ogo brûlasa main envolant un morceau
deson placenta devenu soleil.
Latableronde, kala gõno «déchiré arrondi», était utilisée
dansles tempsancienset sertaujourd'hui à instruire lesapprentis.
La première auraitété exécutée lorsde l’arrivée desDogon dansla
falaise prèsde la caverne de Ka, en face de laquellesetrouveun
arbresene. Aujourd'hui, les tables sont rectangulairesetleurs six
parties remémorentle placenta primordial divisé ensix registres.
Selon d'autrla terre dues versions, il est divisé en cinq parties
Renard est volontairementoupbliée -rodromesdupartage du
champ duginna en cinq parcellesetdescinq générationsissuesdu
Nommo. Latablerectangulaire nommée kalasibe nay,«déchiré aux
quatre angles»,représente le deuxième morceaude placenta arraché
parle Renard etavantdetracerlatable, le devin marque lesquatre
anglespour situerlespointscardinauxetinvestirl’espace. La
vingt-quatrième parole duRenard correspond à celle du«placenta du
Renard»; sontõyest unrectangle àsixcases,soitlatable; sontõnu
montre latable ovale ancienne ou ronde; sonyala estle fruitde
l'acacia albida,rouge etarrondi comme la mortest rouge etle
monde ancien,rond; son bummõ,semblable auxfruitsallongéset
37
platsdufromageretdukapokier,rappelle la main duRenard. À
gauche du traceur sesituentlescasesafférentesà Dieuetà droite
cellesévoquantla mort. Le devin exécute60 signes,symbolesdes
60 sillonscreusésparOgo dansle premierchamp : il creuse la
terre et tente d’en percerles secretsdans une quête éternelle
proche de celle du transgresseurquis’enfonça danslesprofondeurs
terrestresà larecherche desa jumelle à jamaisperdue.

36
M. Griaule (*1937a : 118).
37
VoirG. Calame-Griaule (*1965 :222, 133et 246). Pourlesinformations,se
reporterà M. Griaule etG. Dieterlen (*1965 :274-276et 27).

25

Les tables d'instruction etde divination se distinguent par
leurs usagers (apprentis et devins) et par leurs sens. La première
représente l'espace où circulent la terre, le soleil et la lune, tandis
que la seconde évoque la terre tournant sous l'action despattesdu
Renard. Les stations, établiesprèsde latanière d'unrenard,sont
38
nommées youlougoubummã. M. Griaule décritcelle desOgol :
«[...] chaque station comprend plusieurstables de sable,yulugugolo,un autel,
yurugulebe, petitcône deterre de20à30cm. de hautplacé assezsouventausud des
tables ;toutauprès sontdisposés des éclats de poterie,un fond de canari
pouvantcontenir encoreun litre oudeuxde liquide,une grosse pierre plate servantauconcassage
des gousses d'arachide etplusieurs lissoirs».
La largeurd'unetable estde60à70cm etla longueurde 1
à 5 m. OrientéesouventNord-Sud, des pierres la délimitent en
traçant une ligne séparatrice commune aux autres tables
adjacentes. Il existe une double table, kala gimme, «déchiré double»,
servant à l'enseignementdesdevins et associant les actes du
prévaricateur à ceux de ses frères. Les figures y sont tracéesensens
39
inverse des autres tables.
Le devin interroge pendant qu'il écritles signes, autrement
40
ditla parole accompagne l'écriture .Les vaticinateurs traçaient
autrefois les signes en fiente de margouillat sur les lieux de la
circoncision et devant la caverne deKa dédiée à DyongouSérouet
Yasigui (la jumelle d’Ogo). À l'instar du Nommo, les hommes ont
pris possession des lieux en inscrivantdes signes surlaroche. Les
figuresde baserenvoientauxdescenteset remontéesduRenard
entre le ciel etlaterre. Latroisième descente le conduisità la mort
etdepuis, incarnantla mort sur terre, il est unmort vivant,tel le
Hogon. Les sillons sont tracésaudoigtouaulissoiretles signes
lesplusévidents sontenrelief. Le cône, figure la plus utilisée,
s’identifie à la forme desautels. Au sommetdespetitscônes
tabulairesconstituésdesablesontdisposésdescaillouxetdesbrindil-
lesde bois sontplantéesdanslesol oucouchées. Les signes sont
plusoumoinsnets selon le nombre de questionsposéescarpour
interpréterles signespiétinés, le devin doitécriretrèslisiblement.

38
(*1937a : 114). Voiraussi B. Guerrini (**1992). Les12cases représententla
marche du soleil pendant une année etles12lunes.
39
VoirM. Griaule etG.Dieterlen (*1965 :280).
40
VoirJ. Rouch (**1972a). Pourl’explication des signesdivinatoires voirN.
Martinez(*1997: annexe VII planches44-48).

26

Les devins tracent les tables avant le coucher du soleil et les
parsèment d’arachides afin d’attirer leRenard qui marche dessus
durantla nuit. La lecturese déroule aumatin etlesdevinslisenten
suivantles tracesavecunetige. Le Renard aurait une préférence
pourles tigesde mil puisqueson ennemi, le Lébé, en estle
possesseur sur terre, etle Hogon, le gardien. Les tracesdu transgresseur
rappellentdiversévénements. Si l'animal contourne latablesansla
piétiner, ilréitèreson voyage autourde l’univers et mesure à
nouveau l'espace de l'œuf d'Amma. Parfois, l’absence de traces
s’interprète comme le prodrome de la mort prochaine d’un homme du
village. Letourà l'intérieur rend présente la marche même du
Renard, celle de laterre.Si les seules traces sontlaisséespar sa
queue, elles renvoient au mouvement de la terre tournant sur
ellemême. S'il piétine le centre etbrouillesesempreintes, ilrappelle le
désordre qu’il engendra enrenversant la création du monde. Les
directions des traces sont source de présages : le
parcoursEstOuestouNord-Sud, néfaste, annonce la mort du demandeur, le
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parcours inverse - Ouest-Esto.u Sud-Nord - est bénéfique
Pour touteslesindications surl’avenirfourniespar ses
pattes, leshommes témoignentleur reconnaissance auYourougou
lorsd’une cérémoniespéciale, leBuluduRenard,réactualisant
égalementle pacte concluentre le premierdevin etOgo,tandis
que le Buludeshommes rend hommage aumil nourricier. Le mil,
le Lébé etleHogonsontenrelation avec le Renard. La divination
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est un bon moyen de communication avec lesesprits.
Lesdimensionsdes tables varientlorsque le Renard est
remplacé parl’hyène. Ce mode de divination est trèscourantdans
toute l'Afrique de l'Ouest. La divination parlasourisen Côte
d’Ivoire ouparle crabe deterre chezlesJoukoun duNigeria
fonctionne identiquementet son origineseraitMossi. Présente partout
sousdesformes variées, chezlesDjennenké, les statues sont
utiliséesdansce butcomme cellesen boisdesBamana, des Sénoufo
et des Mendé ou celles en pierre (Nomoli etPomdo) duNord de

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VoirM.Griaule et G.Dieterlen (*1965 :279) etM. Griaule (*1937a : 132et
124).
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Il existesixgroupesde devinscorrespondantàsixmantiquesdifférentes: par
le Renard, parle commentaire des rêves, parlespetitscailloux, parla gourde, par
la larve de fourmilion (ils'agitd'un enfant) etcelle dudevin quivoitavec latête
(voirG. Calame-Griaule (*1965 : 145)).

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