Ecritures palestiniennes francophones

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C'est à partir de 1948 que les écrivains palestiniens commencent à s'exprimer dans des langues autres que l'arabe : l'hébreu, l'anglais et le français. La littérature palestinienne francophone s'inscrit dans le cadre d'une littérature d'urgence et de résistance, il s'agit d'une écriture de témoignage qui veut montrer ce qui la double, l'autre versant de l'histoire officielle. Cet ouvrage est une mise au jour des caractéristiques principales de l'identité palestinienne, tout en essayant d'établir l'identité des textes étudiés.
Publié le : vendredi 1 mai 2009
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EAN13 : 9782296226180
Nombre de pages : 174
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ÉCRITURES PALESTINIENNES
FRANCOPHONES

Quête d’identité en espace néocolonial

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Carlos ALVARADO-LARROUCAU

ÉCRITURES PALESTINIENNES
FRANCOPHONES

Quête d’identité en espace néocolonial

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Publications du même auteur

•« Adiaffi et saCarte d’identité. Une identité à chercher et
à défendre »,Philanthropie,Journal des étudiants africains et
africanistes de la Sorbonne, (Paris), n°3, Février2005.
•Con Tinta de amapolas,Yerba Buena, Tucuman,
Argentina: Lucio Piérola Ediciones,2007.
•« Ernesto Nava », Omil, Alba, comp., Italianos en
Tucuman, historias de vida,ouv. collectif, Yerba Buena,
Tucuman, Argentina: Lucio Piérola Ediciones,2007.
•Escritores de Tucuman, Siglo XXI,ouv. collectif, Yerba
Buena, Tucuman, Argentina: Lucio Piérola Ediciones,2008.
•cri« Préfacetique », Gallo, María Elisa,Teclas Negras,
Yerba Buena, Tucuman, Argentina: Lucio Piérola Ediciones,
2008.
•Autres écrits et traductions,
http://www.carlosalvarado.com/, site bilingue (espagnol-français).

© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-08579-4
EAN : 9782296085794

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Nous sommes à la fois le miroir et le visage
Nous sommes ivres de la coupe éternelle
Nous sommes le remède et la guérison
Nous sommes l’Eau de la vie et l’échanson qui la verse

Rûmî,Djalâl-od-Dîn, grand mystique etpoète perse (1207-1273).

Etsi la frontière entre «noues »t«vous »
s’évanouissait? Etsi nous pouvions nous
reconnaîtreun peudéjà étrangers à nous-mêmes?
Etminimiser le paraître pour nous installer dans
l’êtqre ;uitter le symbolique irréel pourtoucher
le «vAlorsrai » ?toutaffrontementdeviendrait
vain… peut-être…

Ce livre estdédié àtous ces grandstravailleurs
pour la Paix, hommes etfemmes detoustemps
qui, dans l’anonymatoudans la notoriété, ont
largementcontribué avec leurs actions etleurs
réflexions à faire avancer le monde autrement.

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AVANT-PROPOS

L’étude de la littérature francophone estintimementliée
à l’étude d’une littérature postcoloniale etde ses critiques.
Cette littérature puise son inspiration dans lestemps révolus
ducolonialismevécus dans les différentes aires culturelles
soumises à ce régime politique. Ausein de cesvoix
postcoloniales l’œuvre fictionnelle se mêle à l’histoire afin de
portertémoignage etde dénoncer ; il s’en dégage commeun
leitmotiv, le récitdusujetdevantl’altérité, l’aliénation et
l’assimilation. Bref, il s’agitd’une littérature abordantsous
plusieurs angles le récitdusujetetde son identité.
Non loin de cette littérature,une autre littérature est
aujourd’hui émergente dansun cadre que nous avons décidé
d’appeler «néocolonialisme »,c’estle cas particulier de la
littérature palestinienne. Le néocolonialisme auquel nous
faisons allusion ne correspond aucunementau
néocolonialisme ouà l’impérialisme du type économique
mais à la situation singulière queviventaujourd’hui les
Palestiniens. Quoique d’aucuns contestentl’existence d’un
« colonialisme »en Palestine en argumentantque dans ce
pays ilya desterritoires dits «autonomes », nous estimons
qu’il convientde signaler que la question palestinienne n’est
pas encore résolue etque ce pays continue à lutter pour son
autodétermination. L’existence de cesterritoires palestiniens
pseudo-autonomes n’estpas synonyme de souveraineté. Bien
aucontraire, encore aujourd’hui de nouvcolonies »elles «
juives s’installentsur lesterritoires palestiniens dits
« occuPar sopés ».uci d’exactitude, nous sommes obligés
d’appeler cettnéocolonialisme »e forme de colonialisme «
car le colonialisme israélien estparticulier, c’estn’estplus
une nation étrangère provenantde l’extérieur qui s’impose à

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une autre.La Palestine subit un colonialisme qui s’exerce de
l’intérieur, dans sonterritoire morcelé.
La grandetension politique de la région a faitde ce
travail de rechercheunetâche bien délicate. Noustenons à
signaler que cetravail estavant tout untravail de réflexion
littéraire. Notre recherche a comme pointde départla
neutralité sur la question politique ;en ce sens nous avons
essayé de contourner aumaximum,ex professo,toute analyse
portantsur la politique. Ce qui nous a amené à entamer ce
travail a étéuniquementle désir d’ouvrirune parenthèse
d’écoute pour desvoixnouvelles etpeuconnues.
Les œuvres qui formentle corpus de notre étude sontà
présentreprésentatives detous les auteurs palestiniens
d’expression française qui ontété publiés. Les écrivains
palestiniens francophones étantpeunombreux, nous nous
sommes permis d’embrassertous les genres littéraires. C’est
en raison de l’étendue assez vaste de cetravail que nous
l’avons limité à lavoixpalestinienne francophone. En plus,
pour pouvoir effectuerune approche réaliste des auteurs etde
leurs œuvres, nous avons limité aussi notre sujet.
Il estjuste de signaler que jusqu’à présentil n’existe
aucuntexte critique concernantcette littérature palestinienne
francophone, aucuntravail de recherche n’a été entamé,
hormisunethèse qui porte marginalementsur l’œuvre de
l’écrivain palestinien Ibrahim Souss, commeun des écrivains
francophones duProche Orient,thèse soutenue à l’Université
Paris XII (voir références bibliographiques).
Avantd’avancer dans notre réflexion, il nous semble
pertinentde rappeler la définition de la notion d’identité,tant
son emploi sera fréquent.
D’abord, pour aborder le conceptd’identité, soulignons
les deux usages majeurs duconcept, comme nous l’explique

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1
Paul Ricœur dans la revueEspritde juillet 1988, l’identité
comme« mêmeté »(du latinidem) et l’identité comme
« soi »(du latinipse).Ce sontles deuxéléments qui nous
aiderontà définir les concepts d’identité etd’altérité aucours
de notretravail.
Ensuite, en ce qui concerne le conceptd’identité,
retenons la réflexion duprofesseur Edmond Lipianskyqui,
2
dans son article surl’identité personnelle ,soutientque le
phénomène estcomplexe etparadoxal à la fois. Dans sa
signification même, l’identité désigne ce qui est unique, mais
elle qualifie aussi ce qui estidentique, parfaitement
semblabletouten restantdistinct. Le caractère paradoxal de
l’identité présenteune certaine difficulté quand on essaie de
la définir. Cette difficulté réside dans le faitque nous nous
trouvons devant une ambiguïté sémantique, l’identité oscille
entre la similitude etla différence. L’identité estce qui faitde
nousune individualité singulière etqui, dansun mêmetemps,
nous rend semblables auxautres. Les études psychologiques
montrentquel’identité se construit dans ce double
mouvement d’assimilation et de différenciation,
d’identification aux autres et de distinction par rapport à
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eux.
Parler d’identité, c’estforcémentparler de l’identité
d’un «acteur social » ce qui nous situe dans le contexte des
sciences humaines, nous obligeantà avoirune approche
éclectique destextes. Nous avons considéré ceuxde notre
corpus sous l’aspect textuel proprementdit, c’est-à-dire
l’analyse du textetouten nous appuyantsurune étude interne
– structurale – etexterne du texte, detendance plus

1
RICŒUR, P. «L’identité narrative »,Esprit(Paris), n°7-8, juillet-août
1988, pp.295-314.
2
LIPIANSKY, E. «L’identit»,é personnelleL’Identité, l’individu, le
groupe, la société(Auxerre), 1998, p.22.
3
Ibid.

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sociologique.Deuxcadresthéoriques serontprivilégiés :la
sociocritique etla psychanalyse, cadresthéoriques quivont
nous permettre d’analyser lestextes littéraires comme
émergeantd’un contexte singulier, écrits dansun espace
social ethistorique propre àune communauté spécifique.
Comme production fictionnelle d’un auteur, cestextes
littéraires sontaussiune pratique sociale etpsychologique
dontles formes qu’ils prennentsontindissociables de
l'univers culturel dans lequel ils apparaissent. Au-delà d'une
sociologie de la littérature, il s'agira donc d'abord de prendre
en considération letexte lui-même, l'objectif étantde
s'intéresser àunesociologie du texte littéraire. L'œuvre
littéraire est traversée parune série de discours hétérogènes
qui mettentsans cesse en relation letexte etle hors-texte. Par
ailleurs, l’interaction entre letexte littéraire etle discours
social dans lequel il baigne n'implique aucunement une
parfaite adéquation entre la fiction etsociéla «té réelle».
Ainsi est-il nécessaire devoir commentla fiction repense,
traduitl’identité, entre l'histoire etle quotidien.
Dansune première partie, l’entrée dans le corpus
s’effectuera parune double mise aupoint, celle des rapports
entre la littérature etl’identité etcelle de la littérature
palestinienne dansun cadre de littérature d’urgence. A l’aide
de l’analyse de certains indices, nous allons établir l’identité
des récits francophones palestiniens, c’est-à-direune analyse
qui déterminera si ces récits appartiennentàune énonciation
discursive ouàune énonciation historique; ensuite nous
allons analyser latitrologie ounominalisation comme faisant
partie des discours portantsur letexte. Tous ces éléments
vontnous permettre de survoler la question identitaire du
texte. Cette partie servira donc à établir l’identité du texte
pour pouvoir accéder austade suivantde notre sujet,
l’identité à l’intérieur du texte.

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Une deuxième partie portera donc sur l’identité dans le
texte.Cetaspectde l’identité dans letexte ne peutêtre isolé
de l’identité du texte. C’estpourquoi nous allons établir
quelques précisions minimales sur l’auteur, son œuvre etson
contexte, des précisions pratiques nous permettantde dégager
les premiers éléments externes d’une identité pleinement
abordée à l’intérieur du texte. Notre analyseva nous
permettre devoir commentles auteurs palestiniens
francophones des différents genres littéraires développentou
s’interrogentouconstruisent une identité personnelle,
individuelle, collective ounationale. Nous prélèverons les
traits communs d’une identité issue des rapports d’altérité et
nous ferons ressortir les éléments qui différencientces
auteurs.
Dansunetroisième partie, nous allons analyser
quelques aspects de cette identité qui se profile. Nous
analyserons les aspects d’une identité féminine qui se
dégagentdestextes, etpour conclure, nous allons parler
brièvementde l’identité palestinienne, comme d’une identité
niée qui s’empare de cette négation etqui s’en sertcomme
tremplin pour exposer finalementsa spécificité.
Cetravail peutêtre lucommeuntravail sur l’identité
dans la littérature mais il aspire aussi à êtreune contribution
auxétudes francophones en faisant une mise aupointde cette
nouvellevoixfrancophone, celle des Palestiniens.
Pour mettre en relief l’importance croissante de la langue
française dans la région, nous joignons à cetravailune
annexe sur l’enseignementdufrançais en Palestine car cette
langueya prisun nouvel essor grâce auxactions entamées
par les gouvernements français etpalestinien. L’apparition de
nouveauxécrivains palestiniens francophones seraitdonc
envisageable.
Un autrevoletde notre annexe signale l’importance mondiale
accordée à l’étude des littératures palestiniennes, ce qui est

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un appel pour que les spécialistes en francophonie ne
délaissent pas cette nouvelle voix émergente.
Pour conclure, nous tenons à signaler que ce travail veut
contribuer à la préservation de l’identité d’un peuple car si
l’identité était cachée, perdue, passée sous silence, étouffée
ou ce qui serait encore pire, tuée, il resterait peu de choses
valables ou précieuses de l’identité d’un peuple.Les dangers
que court un peuple quand on porte atteinte à son identité
nous fontsonger auxmots de l’écrivain ivoirien, Adiaffi.

Si tu veux atteindre un peuple dans son intimité la
plus profonde, si tu veux déraciner un peuple, si tu
veux désespérer, déséquilibrer un peuple, si tu veux
rendre un peuple vulnérable pour l’abattre avec une
facilité puérile, en un mot, si tu veux le tuer de
science certaine, détruis son âme, profane ses
croyances, ses religions. Nie sa culture, son
histoire, brûle tout ce qu’il adore et l’objectif sera
atteint, sans que toi-même tu t’en aperçoives. Que
vaut un peuple qui ne sait plus interpréter ses
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propres signes?

Les signes des Palestiniens sontdéstabilisés, en
réponse ils écriventcommeun exercice detémoignage etde
préservation. Les signes de l’identité des Palestiniens sont
tracés dans leur littérature, se dressantcomme des phares sur
une île pour rassurer les navires, pendant une longue et
orageuse nuit.

4
ADIAFFI, J.-M.La Carte d’identitéMonde Noir, Paris, CEDA, coll. «
Poche », 1980, p.39.

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PREMIERE PARTIE :

L’IDENTITE DU TEXTE

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CHAPITRE 1 :

LITTERATURE ET IDENTITE

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